Avatar de Inconnu

Articles par Desartsonnants

Promeneur écoutant, paysagiste sonore, spécialiste des arts sonores, concepteur sonore, curator, conférencier

PAS – Parcours Audio Sensibles, tentative de définitions non définitives

trompe

 

Des mots et des actes, tentatives de définitions contextualisées. Une réflexion lexicologique en chantier, non exhaustive tant s’en faut ! Liste non triée, non hiérarchisée, écrite selon ce qui me venait à l’esprit dans l’instant de la rédaction.

– Écoute : Tendre l’oreille et oreille tendre, se tendre vers et se détendre ici…

– Paysage sonore : Nos lieux de vie, des villes, des forêts, des parcs, des espaces péri-urbains, des sites naturels, entre nos deux oreilles exactement.

– Ensemble : Un groupe de promeneur écoutant à l’oreille solidaire, en synergie de faire avec les autres.

– Parcours : Partir d’un points pour aller vers un ailleurs qui transformera, peut-être, notre façon de voir, et d’entendre, les choses, sonore et autres.

– Ville/cité : Une entité géographique, sociale, territoriale, complexe, que l’on abordera par le petit bout de l’oreillette, ou par le grand, selon les cas.

– Point d’ouïe : un arrêt sur son, un point focal où il fait bon écouter, un espace-temps immobile surprenant.

– Lenteur : Où il faut prendre le temps de marcher et d’écouter sans rien presser, en sentant la présence d’autrui dans chaque geste partagé.

– Partage : Faire ensemble, créer une dynamique collective pour mieux échanger sur nos ressentis, nos émotions, colères, espoirs, désirs…

– Géographie : Une géographie du sensible qui trace des espaces à portée de tympan.

– Société : Des espaces – temps où les communs sont en écoute, voire se construisent en écoutant.

– Marche : Le moteur-même de l’action. un geste kinesthésique, une façon de lire et d’écrire le cheminement, le territoire, de le traverser collectivement et d’en être traversé.

– Repérage : Découvrir des lieux pour en saisir les saillantes auriculaires, les ambiances caractéristiques, se qui nous tire l’oreille.

– Improvisation : Jouer avec l’inattendu, les événements sonores, composer l’espace d’écoute en fonction de ce qui s’y passe, jouer de la sérendipité.

– Corps : Un corps agissant, sensible, émetteur et récepteur, en lien avec d’autres corps, immergé dans une sonosphère vivante.

– Oreille : Le réceptacle de nos petits et grands plaisirs auriculaires, mais aussi de potentiels désagréments.

– Aménités (humaines, paysagères, urbaines…) : Ce qui nous charme, nous met en joie, nous servira de modèle pour embellir notre marche, voire notre vie.

– Nuit : Un espace privilégié pour re-découvrir de l’oreille nos villes et campagnes. Des instants d’apaisement propices à la rêverie de promeneurs solidaires.

– Effets acoustiques : Chercher et jouer avec des échos, des réverbérations, des lieux surprenant nos écoutes.

– Marqueurs sonores : Ce qui fait qu’un espace se révèle singulier, un carillon, une fontaine…

– Sensible : Nos sens en émoi, en éveil, en alerte, en jouissance de l’instant présent, paysage à fleur de peau, d’oreilles, nous sommes des êtres pluri-sensoriels. Développer notre sensibilité pour ne pas rester de marbre.

– Voir : L’œil guide l’oreille, et vice et versa, une complicité/complémentarité bien entendu(e).

– Mixage : L’espace acoustique comme un vaste terrain de jeu, jeu de l’ouïe, parcours en fondues, en ruptures, en glissements progressifs, agrégations sonores, diminution, amplification, zooms… La marche secoue des sons.

– Ambiances : Harmonies ou dysharmonies, atmosphère plus ou moins agréables, fonctionnements ou dysfonctionnement, ce qui nous imprègne.

– Audio : Littéralement, j’écoute !

– Silence : Ce qui permet aux sons de (mieux) trouver les place, espace qui, ou inquiet, poétique ou trivial. Le PAS se fait en silence, pour mieux laisser la place aux sons.

– Oasis : Une zone de calme « naturelle » ou construite, un lieu Agora ou l’échange sera privilégié.

– Récit : De l’histoire qui fait naitre, qui explique, qui transmet, qui charme, à la trace qui conserve en mémoire.

– Traces : Des paroles, des images, des sons, des façon de ré-incarné un geste passé, une action éphémère, immatérielles, ou de la transposer.

– Territoire : Là où la présence humaine se montre, se fait sentir, où l’oreille se socialise (ou non).

– Auriculaire : Une des synonymes d’acoustique que j’aime bien il sonne joliment.

– Mémoire : Ce qui restera en nous d’un parcours, d’une action d’écoute collective, qui peut-être changera notre façon de ressentir les choses.

– Art (sonore) : Une modeste façon de décaler notre regard, notre écoute, notre vision-audition du monde.

– Écologie (sonore) : Sensibiliser, prévenir, conserver (les aménités paysagères), améliorer, prendre conscience d’un patrimoine sonore Oh combien fragile et souvent bruyamment malmené.

– Patrimoine : Des spécificités territoriales et humaines hérités de traditions, de savoir-faire, des cloches, des langues et des accents, des chants et des sonnailles, ce qui fait vie.

– Écho : Un mythe ou un phénomène physique dont je ne me lasse pas, avec lequel j’adore jouer.

– Campanaire : Relatif à la cloche, un objet musical installé de puis fort longtemps dans l’espace public, à défendre envers et contre tout.

– Chemin : Ce qui nous mène à, vers, et aussi ce que l’on construit en marchant, y.

– Poésie : Ce qui nous emmène vers une sensibilité exacerbé, un imaginaire bienveillant, un décalage stimulant.

– Environnement : Ce qui nous entoure, écosystèmes fragiles, agréables ou oppressants, voire hostiles, là où nous sommes à la fois écoutant récepteurs et hommes sonores producteurs, pour le meilleur et pour le pire.

– Philosophie : Ce qui est lié à la sagesse (d’entendre et de s’entendre) à la recherche de clés auditive, à une phénoménologie descriptive du geste d’écoute et de ses sources.

– Hétérotopies : Concept de lieux superposés selon Michel Foucault. Un espace sonore à la fois physique, social, artistique, territoire et paysage en couches.

– Mouvement : Tout ce qui nous empêche de trop prendre racine, met en marche notre corps, notre oreille et notre pensée, nous unis dans une réflexion sociale parfois revendicative, voire résistante.

– Résistance : Ce qui nous évite de tomber dans la pensée unique, l’écoute pré-fabriquée, de résister à la folle accélération du monde, d’accepter l’altérité et l’hybridation pour vivre plus dignement.

– Groupe : Ensemble d’individus potentiellement ou temporairement communauté de promeneurs écoutants, mettent en commun leur énergie et volonté à mieux entendre le monde, et par delà, à mieux s’entendre.

– Chemins de travers : Emprunter des passages inhabituels, décalés, écouter le quotidien le trivial, rompre avec les habitudes des chemins machinaux; mettre du piment dans notre écoute, notre parcours.

– Errance : vagabondage sans itinéraire préalable, utilisation de cartes pour mieux se perdre, et sans doute se retrouver.

– Images : Images acoustiques, visuelles, mentales, tout ce que la promenade écoute peut générer, entre interprétation et rêverie.

– Politique : Au sens premier, qui est partie prenante dans la vie de la Cité, mais peut-être contestataire aussi, marcher/écouter, c’est aussi montrer, questionner, résister, proposer…

– Quotidien : Montrer sous un autre angle (sonore) les richesses d’un dépaysement à partir de nos quotidiens, faire sortir nos trajets d’un geste machinal, ouvrir les oreilles sur le détail comme sur le panorama in-entendu, ou inécouté.

– Universalité : Entendre le Monde comme un vaste chantier d’écoute où se partagent des valeurs universelles, de la voix aux sons des pas en forêt, du vent et de l’eau ruisselante…

– Transmission, apprentissages : Faire passer ses expériences, ses valeurs, ses récits, ses joies et questionnements, donner envie de poursuivre plus avant les chemins d’écoute.

– Promeneur écoutant : Emprunté au compositeur Michel Chion. Dans mon cas, personnage engagé dans une écoute collective, en mouvement, et rune réflexion autour de ce qui fait sens dans nos vie par le prisme, entre autre, du sonore. Atelier our marcheurs entendant à ciel ouvert.

– Installation sonore : Par extension, ou imagination/décalage, considérer que toute écoute peut permettre une posture mentale qui nous ferait considérer le paysage sonore comme une immense installation sonore à ciel ouvert, à 360°, interactive, auto-générative, et plus si affinités…

– Audition/addiction : L’écoute à forte dose peut générer des habitudes addictives dont il fait parfois savoir se dégager our remette les oreilles sur terre, ou les déconnecter de leur activités d’écoutantes forcenées.

– Parole : Source sonore très présente par le biais de la voix. La parole qui précède, qui ritualise, qui fait entrer dans, celle qui suit, qui se libère après une marche silencieuse , qui partage les ressentis, qui exprime son propre parcours et celui du groupe, cette qui aide à conserver en mémoire, celle qui matérialise et parfois combat, ou réunit.

– Postures : Des postures mentales (attention, bienveillance, ouverture, curiosité…) ou physiques, faire ensemble, être guidé (ou guider), s’assoir, tourner le dos à, ausculter, se toucher, s’allonger…

– Plaisir : Un des moteur essentiel pour des parcours d’écoute dont on gardera un souvenir agréable, une impression forte, une envie peut-être de refaire.

– Synesthésie : Quand un son devient forme, couleur, abstraction mentale…

– Transitions : Passer d’un lieu ou une ambiance à l’autre en ressentant les espaces intermédiaires, passer entre, par, dedans, à côté, transiter pour appréhender les vides et les creux, les espaces indéterminés, quasi indéfinis.

– Collaborations : Inviter un graphiste, un élu, un habitant, une danseuse, un musicien improvisateur… à découvrir, faire sonner, élargir ses savoir-faire, hybrider ses pratiques, cultivé une altérité féconde, construite ensemble…

– Acoustique :Tout ce qui vibre autour de nous, colore l’espace, révèle et signe des topophonies, des architectures…

– Acousmatique : Écoute immersive, sans voir les sons, point d’ouïe enfermé qui ne laisse de la place pratiquement qu’à nos oreilles, plaisir et surprises du hors-champ, très fréquent dans l’acte d’écoute.

– Écrit : ce qui peut venir fixer l’écoute, la transposer, la matérialiser via des mots et images mentales, mais aussi substituer au microphone lorsque celui-ci ne parvient pas à faire ressentir le sensible et l’émotion du parcours.

– Questions : Retrouver des questions façon fraîcheur enfantine. Pourquoi le paysage sonore n’existe t-il que s’il y a des auditeurs pour l’écouter ? Pourquoi le chemin n’existe t-il que s’il y a des marcheurs pour le tracé ?

– Synergie : Lorsque la somme de nos énergie amplifie nos capacités perceptives.

– Variations : Sur la base d’un parcours, d’une thématique, explorer les différentes façon de faire, comparer les différentes phases, étapes, modification, ne jamais reproduire à l’identique, une faon d’avancer sans se répéter.

– Contexte : Ce qui entoure la marche, l’écoute. Le lieu de l’action, les circonstances, le climat, l’ambiance, l’histoire, les personnes… Tout ce dont il faut absolument tenir compte pour ne pas dénaturer l’action, mais au contraire la rendre plus crédible.

– Partage : Un élément moteur pour que les PAS – Parcours Audio Sensibles prennent tous leurs sens. Il faut que les expériences et ressentis soient généreusement partagés.

– Guide : Celui qui accompagne, qui montre le chemin, qui imprime l’allure, qui propose des postures, qui sait « sentir » les attentes du groupe et y répondre. Celui qui parfois désoriente et parfois fait se retrouver.

– Sérendipité : Transformer l’imprévu, l’inattendu, l’in-entendu, l’accident, la perturbation en un élément de jeu, de découverte. Rester ouvert à tout ce qui peut venir modifier le parcours et s’en servir comme une nouvelle richesse. Une forme d’improvisation positive.

– Rituel : Ce qui permet d’assoir une base reproductible et rassurante. Mise en condition, mise en marche, offrande et cérémonie de l’écoute, inauguration de points d’ouïe…

– Relationnel (art /esthétique) : Le fait que le faire ensemble soit plus important que la chose faite. Une œuvre immatérielle, construite sur des relations avant tout humaines.

– Nature : Un espace naturel, la nature des chose. Question d’origine. ce qui se fait tout seul (nature) face à ce qui est fabriqué (culture). Un son naturel, culturel, résiduel, conceptuel, hybrides ?

– Couleur : Ce qui donne des aspects singuliers aux sons, des timbres, des chaleurs, des éléments reconnaissables,identifiables.
– Humanité :

– Sens : Le sens de la marche, géographiquement parlant, ou la recherche de définition, de justification, d’un forme de philosophie ambulante, nomade. Les sens qui nous font aborder le paysage sonore comme une construction sensible, pluri-sensorielle.

– Culture : Ce qui fait qu’un son ne sera pas forcément le même ici ou là, que ces perceptions, jugements de valeur, appréciations esthétiques varieront beaucoup. L’écoute et la perception auditive st éminemment culturelle. On peu t également parler de culture de l’oreille lorsque l’écoute est développée comme un apprentissage visant à améliorer l’acuité auditive, sa (re)connaissance des sources. Le chemin de campagne n’a rien de naturel, u-il est construit à travers champs et bois. Comme la campagne aménagée, l’environnement est donc culturel. Quand aux sons… 

– Inauguration (de points d’ouïe) : Une cérémonie officielle, publique, discours et moment d’écoute à l’appui, certifiant un Point d’ouïe comme un site reconnu, identifié, cartographie, renseigné. Un repérage préalable, souvent public, aide à le choisir, à l’aide d’une série de critères esthétiques et sensibles.

– Nomadisme : Ce qui met le promeneur écoutant en mouvement, évite qu’il ne s’enracine dans un paysage trop figé par l’habitude.

– Dépaysement : Un changement plutôt positif, stimulant, à l’inverse du « Mal du pays », dans notre façon de voir les chose, d’aborder un territoire inconnu. A lire le superbe ouvrage de Jean-Christophe Bailly « Dépaysement, le voyage en France »

– Empathie : Entrer et rester en contact avec autrui, et les territoires explorés… Ne pas se faire engloutir par l’émotionnel mais néanmoins, le cultiver comme une émulation créative, et généreuse.

– Bruit de fond : Une masse résiduelle, arrière-fond sonore peu ou pas maitrisée ni contrôlée, un brouillage assez désagréable et perturbant dans son invasion chronique et parfois hégémonique.

– Kinesthésie : Le corps en marche, dans l’espace public, dans l’espace humain, dans un forme de danse, le monde ressenti comme une expérience toujours en mouvement.

– Itinéraire : Se tracer un chemin à suivre tout en sachant que l’on pourra s’en éloigner parfois, bifurquer, hésiter, prendre la tangente…

– Tourisme (culturel) : Visiter en s’imprégnant du patrimoine des langues, des coutumes, des savoir-faire, des sonorités intrinsèques… Mais surtout sans envahir, sans dégrader, sans imposer une présence, une idée, surtout dominante, un préconçu….

– Identité (sonore) : A l’origine, ce qui est identique. Aujourd’hui, surtout ce qui est identifiable, reconnaissable – la cloche, la fontaine, l’écho de la montagne… Des sons et ambiances dans lesquels on se reconnait. Mais attention aux dérives phobiques et excluantes !

– Zoom : Objectif à focal variable, grossissement et dé-grossissement. Se rapprocher d’un son, coller l’oreille à, focaliser un point d’ouïe, isoler, user de la parabole (acoustique)… Tout un monde de micro sonorités inouïes…

– Plans (sonores) : Étagement spatial du plus près (1er plan), au plus loin (rumeur), avec tous les intermédiaires selon les lieux. Mais les sons bougent très vites, s’éloignent, se rapproches, plans mouvants, fugaces, qui peuvent brouiller les carte de l’écoute. Ne restons pas en plan, en tous cas pas systématiquement. Sans parler des bons plans qui se révèlent parfois des mauvais plans…

– Signal : Signe ou geste convenu pour montrer, alerter, déclencher… Sonal, bip, sirène, cloche… Signaux informatifs, de préférence qualitatifs. Signal sur bruit (rapport), rechercher la qualité d’une information qui se détache du bruit de fond, très utile e milieu urbain.

– Scénario : Construction, trame, qui permet, si tout ce passe bien, de raconter, de montrer, de faire entendre, de mettre en scène, à portée d’oreilles, une histoire. Évitons les scénario catastrophes.

– Carte/cartographie : La représentation, ou les procédés représentatif d’un territoire géographique donné, avec la mise en exergue parfois de ses spécificités (dont les sources sonores). Carte mentale, du sensible au subjectif. Outil pour (moins) se perdre. Approche audio-géomatique en chantier.

– Enregistreur : Ce qui sert à enregistrer, à capturer à conserver des données, en un instant T et un lieu donné. Appareils, microphones, pas si objectif qu’on veut bien le dire, l’oreille reste la grande cadreuse. Parfois impuissant à retranscrire la charge émotive que l’on croyais capturée. Les mots peuvent perdre le relai si nécessaire.

– Field recording : Enregistrement in situ, de terrain, de choses existantes, issue à l’origine de la volonté de garder des traces ethnographiques (langues, chants…) et audio-naturalistes (espèces animales menacées). Également sources inspiratrices de paysages sonores.

– Sources (sonores) : Ce qui sourd de, l’eau, de la terre à l’origine. Ne pas confondre ici l’état de surdité et le verbe sourdre. Ce qui nous fait identifier un son par son producteur, son origine. Ce qui ne coule pas toujours de source à l’oreille.

– Décalages : Écart temporel, spatial, ou perceptif. Créer un décalage poétique par des gestes inhabituels, écoute de lieux où l’oreille n’as pas coutume à s’y frotter. Le décalage est bien souvent ce qui permet de vivre plus fortement une action, et de la mémoriser à plus long terme.

– Flux : Déplacements, dans un même sens, de données, de personnes, d’objets, de fluides, de sons… Attention de ne pas se laisser emporter, il faudrait parfois aller à contre-courant, mais pas si facile que cela !

– Coupures (effet de) : Brusque changement dans une ambiance acoustique, généralement disparition ou affaiblissement important et rapide. Il suffit pour cela qu’une source s’éteigne, ou de tourner à l’angle d’une rue, d’un bâtiment… En urbanisme, nous trouvons aussi un effet de coupure, mais en général beaucoup plus préjudiciable. Voie de circulation coupant une ville, un quartier…

– Dispositif : Agencement d’éléments, matériels ou non, pour mettre en scène, en pratique, un parcours, une écoute, une pédagogie, une installation sonore…

– Création sonore : Composition, installation, performance, à dominante sonore, mais non musicale, ou au frontières (imprécises) de…

– Soundwalk : L’équivalent anglophone des balades sonores, promenades écoute, et pour moi, une des formes des PAS – Parcours Audio Sensibles.

– Radio/radiophonie : La radio est un incroyable écran sonore. Terrain de jeu, d’exploration sonore, de diffusion, boite à images sonore, je ne cesserai de défendre ce média, lorsqu’il n’est pas trop médiatiquement instrumentalisé.

– Technologie : Des outils et des techniques qui, lorsqu’elles se font transparentes et ne prennent pas tout l’espace, sont d’incontournables leviers de création, même si parfois on peut faire sans.

– Casque : Dispositif et espace de diffusion intime (trop ?), permettant d’emmener des sonorités nomades au ras les oreilles. Parfois objet d’isolement, parfois prétextes à de beaux parcours d’écoute, parfois destructeurs de tympans… Personnellement, je limite drastiquement son usage. J’utilise aussi des casque anti-bruits plus ou moins trafiqués.

– Microphones : Matériel entonnoir à la base de la captation sonore, permettant de nombreuses techniques de prises de son. Ce qui, côté matériel, remplacerait nos oreilles. Enfin, l’émotion et les filtres psycho-acoustiques en moins.

 

PAS – Parcours Audio Sensible, écritures, extractions et prélèvements à Pérouges

29683995_10216749695161167_8558987113347535933_nExplorations, extractions, parcours sensibles et territoriales

L’action se situe dans le cadre d’un projet art-science, Titre A Venir, autour de l’anthropocène. Un collectif d’artistes, de chercheurs et de citoyens engagés s’est réuni pour une série de résidences/actions, portées par le tiers-lieu la Myne . Sont ainsi développées différentes expériences, réflexions, rencontres, parcours sensibles, documentations, méta-langages, bidouillages de systèmes éco-logiques, modes de communication, expérimentations, revendications politiques, au sens large… et plein d’autres effervescences qui se brassent sans complexe. Ces rencontres activistes donnent lieu à des expositions en chantier, ateliers communs, invitant artistes, chercheurs et publics à modestement re-visiter notre monde, l’environnement, ses fragilités, voire grands périls, sans toutefois sombrer dans un pessimisme mortifère. Il s’agit de poser des questions, sensibiliser, chercher à faire, à mieux faire, à ajouter sa petite goutte de sociabilité, d’humanité, sans vouloir tout résoudre, mais sans totalement subir aveuglément. Dysfonctionnements climatiques, migrations, économie/écologie… sont des sujets brûlants sous le regard (et l’oreille) de personnes venues de différents horizons, mais curieuses d’en expérimenter les tenants et aboutissants,, et surtout de partager ces questionnements plus que jamais d’actualités. Il n’est pas question ici de moraliser à outrance, de sanctionner, de catégoriser le bien et le mal de façon par trop manichéiste, mais bien d’expérimenter ensemble ce que nous pouvons faire et mettre en commun, entre rêves et réalités, quotidien trivial et utopies, société et individus, pensées et agir…
Pour mieux saisir ce projet complexe, l’idéal est de s’inscrire, de participer, même ponctuellement, dans une de ces actions qui, d’une ville à l’autre, s’installent progressivement dans le monde de ce que l’on nomme parfois des alternatives, des fabriques de commun, des tiers-lieux d’innovation sociale, fablabs et autres espaces ouverts…
Le cadre étant posé, revenons à notre Titre à venir. Il se promène dans quatre lieux durant une année. Le PAA (Pratiques Artistiques Amateurs) dépendant de l’École Nationale Supérieurs des Beaux-Arts de Lyon , Le Centre Culturel l’Attrape-Couleurs de Lyon 9e, le Centre culturels la MAC, Maison des Arts Contemporains de Pérouges  et pour finir, le Centre Culturel de Lacoux .
Nous nous retrouvons ainsi, par petits groupes, autour de certains ateliers collectifs, où chacun croise, à sa façon, ses savoir-faire, affinités, champs de pratiques et connaissances, pour donner formes à de nouvelles créations hybrides.
c’est ce qui nous a permis par exemple, lors de balades sensibles, de mixer écriture textuelle, sonore, échantillonnage de différents matériaux in situ, mesures sonores, de la qualité de l’air, des ondes électrostatiques… Nous mettons en place une forme composée de promenades esthétiques et scientifiques, dans un petit village médiéval et sa campagne environnante.
Lydie, artiste férue d’écriture(s), Cécile, militante contre l’envahissement des ondes de tous genres, David, artiste plasticien performer, manager de Titre à venir, entre autres choses, et Desartsonnants, l’habituel promeneur écoutant, ont donc le temps d’un week-end, parcouru un petit bout de la cité médiévale de Pérouges (01), pour mettre en commun leurs pratiques, et en découvrir de nouvelles en regard de l’autre.

29594425_10216749694881160_821159255790594101_n
Nous avons ainsi tenter d’extraire des échantillons de toutes sortes, sur le site investi, pour les insérer à une sorte de matériauthèque, pour certains dans une exposition/atelier in progress, pour d’autres comme catalyseurs d’écritures, installations, et/ou de performances transmédiales.

 

upload_8ecad2c9cbe7a75d86d0de2c5d23364a

 

Première promenade, à deux pas de la résidence, ans le centre historique de Pérouges.
Auscultation des pierres et des mousses de vieilles bâtisses médiévales, relevés graphiques, relevées de la qualité de l’air, enregistrement audio, relevés des taux d’ondes électromagnétiques, écriture (textuelle) in situ, nous déployons une batterie d’outils, pour beaucoup bidouillés pour la circonstance.
L’idée est de jumeler le sensibles, je regarde, j’écoute, je touche… à des relevés in situ, pour les retransposer, les mixer, les interpréter, les incorporer par la suite, dans des actions et créations artistiques.

29683503_10216749696441199_1254686655984278932_n
Deuxième série de relevé au départ d’un sentier en contrebas du village. Notre centre d’intérêt est cette fois-ci, un fil de fer barbelé ! Nous observons quelques centimètres de matière, que nous calculons à) l’échelle du lieu (longueur total du fil).
ausculté, il chante joliment avec des résonances métalliques, et des sortes d’ »échos musicaux.
Une famille indienne nous observe curieusement, avant que de nous demain ce que nous faisons.
s’ensuit une sympathique conversation où nous expliquons notre démarche arts/sciences, au fil de questions et remarques échangés. Notre médiation voyagera finalement loin…
Troisième lieux d’observation et de prélèvement, un ruisseau dans un vallon s’étendant au bas de la colline de Pérouges. Il porte le joli nom de Longevent, déjà tout un poème que l’on se plait à entendre dans notre imaginaire.
Le site est bucolique, une rivière bien bouillonnante, des arbres, beaucoup de verdure, des ruines d ‘un ancien moulin… Mais aussi des promeneurs, nombreux sous ce premier soleil printanier, des chiens, et même des motos…
Alors que j’effectue différentes prises de sons du Longevent, David teste différents modes de captations graphiques via des frottis sur des mousses, terres, et effet de l’eau recomposant de surprenants paysages tout en mouvements.
Notre équipée cherche des moyens de « faire parler » le paysage dans ses moindres recoins, d’en traquer ses matières sensibles, d’en prélevé des échantillons aussi divers que surprenants, de les remodeler et rassembler pour montrer tout à la fois les beautés et les fragilités environnementales.

29695167_1916304275046625_8773411343253212313_n

Le lendemain, dimanche, je me lèverai tôt pour être sur le terrain, magnétophone en main, avant le levé du jour. C’est l’heure bleue, le réveil de la nature où un maximum d’oiseaux chantent pour saluer l’aube naissante.
Ce sont toujours des instants d’une incroyable intensité, surtout lorsque l’on se trouve dans un site très rural et boisé. Sachant que la biodiversité se réduit d’année en année comme peau de chagrin, ces instants sont précieux à savourer.
Nous poseront en fin de matinée nos observations en commun, et surtout nombre de questions sur les mises en formes à venir de nos collectages.
L’après-midi, nous irons explorer l’acoustique de l’église. Beaucoup de monde en ce dimanche pascal et ensoleillé, mais surtout, une insupportable Muzac pseudo religieuse, qui écrase toutes les beautés des acoustiques pourtant oh combien intéressantes pour que l’oreille vienne s’y reposer.
Un week-end riche en expérimentations qui vont murir lentement, au fil des promenades, rencontres, terrains à découvrir et installations à venir.

En écoute

 

29570975_10216749696801208_3989866169587595092_n

Campus Corpus, parcours sensible

Cette promenade est un projet qui nous trottait dans la tête depuis déjà un certain temps, quand nous avons décidé de passer à l’action. C’est donc pour nous une première.
Nous, c’est Natacha Paquignon, danseuse et chorégraphe, Patrick Mathon, trecker urbain amateur de paysages, d’histoires, de lyonnaiseries et de chocolat, et Gilles Malatray, alias Desartsonnants, alias moi-même, promeneur metteur en écoute. Un geste artistique accueilli pour l’occasion au sein de la programmation hors-le-murs du festival Chaos-Danse.
Après un repérage copieusement arrosé, où nous avons sélectionné quelques lieux qui nous semblaient intéressants à explorer, à écouter, à danser, à raconter, nous avons guidé à trois un groupe de personnes entre chiens et loups.
Le lieu choisi était le campus universitaire de la Doua, Lyon 1, tout au moins une partie tant celui-ci est étendu (100 hectares, plu de 22 000 étudiants, 1500 chercheurs, l’un des plus vaste de France…). Un lieux dédié aux sciences de toutes natures.
Ce lieu est d’ailleurs en voie de modernisation et est actuellement le théâtre de nombreux et imposants travaux. Il nous offre de ce fait un merveilleux champs de déambulation, entre architectures et parcs, passages divers et variés…
Nous seront tour à tour guide, écoutant, danseur, raconteur, invitant le public à participer à nos expérimentations sensorielles et postures d’écoute.

Tout d’abord, une petite séance « d’échauffement »  collectif, ouverture à l’espace, mise en condition. On prend conscience de son corps, de l’autre, du paysage environnant, du regard, de l’écoute et du toucher, de son ancrage au sol, de ses déplacements, tout en douceur, avant que de partir déambuler sur le campus.

Première halte au pied d’une sculpture-monument en pointe élancée vers le ciel. Un objet qui attire le regard vers le haut, décale nos perspectives. Une danse qui invite à regarder plus haut, à la contre-plongée comme point de fuite. Une dédicace de ce parcours à notre ami  et artiste marcheur international, Geert Wermeire.

27221199488_c6eb7caca1_o_d

© Patrick Mathon

 

Nous longeons une voie verte de tram, et, geste enfantin, mettons nos pas dans des rails que néanmoins nous n’hésiterons pas à quitter bientôt pour prendre des chemins de traverse.

40199677095_9b5afbbdb7_k_d

© Patrick Mathon

 

Signe symbolique au détour d’un trottoir, un panneau penché nous indique une route à suivre, il vibre longuement lorsqu’on le touche, une petite danse pour le remercier.

40199676595_09aaf12066_b_d

© Patrick Mathon

 

Nous empruntons la rue de l’émetteur. Un nouveau signal pour le groupes de récepteurs que nous sommes.

Une série de bancs, prétexte à une écoute collective assise, dos à dos, pour ressentir les vibrations ambiantes, les vibrations de l’autre, de l’espace également… Des galets percutés et frottés contre les assises de pierres ponctuent l’espace de rythmes, une nouvelle danse se profile, venant solliciter le le corps par des frôlements, de légers contacts tactiles qui nous fait ressentir la « physi-qualité » du groupe.

39285283430_0fbb375bae_k_d

© Patrick Mathon

 

Une clairière, face à la Maison de l’émetteur, nous offre un décor pour une scène où nous deviendrons nous-même antennes, où la danse se fera tournée vers le ciel, sur fond de signaux électromagnétiques, spatiaux, galactiques, installés pour l’occasion à même la pelouse.
Une petite histoire patrimoniale contée in situ.
http://leradiofil.com/LADOUA.htm

39285276610_eb6e38a840_k_d

© Patrick Mathon

Peu après, une petite voie verte, un alignement de peupliers, de végétaux et autres matériaux nous ferons ausculter de micros sonorités, et utiliser quelques longues-ouïes desartsonnantes, toujours en mouvement.

39285278920_791b7c4912_k_d

© Patrick Mathon

 

39285280440_e330eb5ee2_k_d

© Patrick Mathon

40199674815_c7fdcf59f6_k_d

© Patrick Mathon

 

Longeant des terrains de sport, nous gravirons ensuite quelques marches, après avoir partagé rituellement du chocolat, pour emprunter un court chemin en hauteur, séparant le campus d’un périphérique bourdonnant à notre oreille droite. Instant panoramique. Nous somme sur la grande digue protégeant Villeurbanne d’éventuelles crues du Rhône.

Replongeant au cœur du campus, et retrouvant de nouveaux espaces acoustiquement plus apaisés, une série de dalles piétonnières nous pousse à improviser quelques pas de danse collective. Sentir le sol sous ces pieds, jouer avec l’espace, une forme de marelle non linéaire, des jeux de croisements et d’évitement, des immobilités parfois, et un jeu très apprécié. Un lampadaire se transforme en instrument de percussions, donnant des tempi, avant que de se taire subitement pour marquer la fin de la séquence, immobilité.

26222891097_2df419ba02_k_d

© Patrick Mathon

 

Sur le chemin du retour, une autre clairière parsemée de gros blocs granitiques sciés, autre proposition d’ écoute, de mouvements, de postures.

Plus loin, un jardin collectif avec une spirale accueillant des plantes aromatiques, elles-même attirant et accueillant des insectes pollinisateurs et autre micro faune locale. Une pause, assis sur une spire de pierres sèches, rappel de notre propre ADN en ce haut-lieu de recherche scientifique, mais aussi de notre colimaçon cochléaire, un des sièges de l’écoute lové au creux de notre oreille interne. Toujours de la danse et des sortes de massages stimulant une énergie tout en rotation dans nos bras.

39285274950_81f632f446_k_d

La nuit tombe doucement, le ciel vire au bleu de plus en plus soutenu, avant l’obscurité trouée d’une belle installation lumineuse multicolore vers la clairières aux granits que nous avons quitté depuis peu. Une moto passe vrombissante, coupure tonique de cet espace entre douceur et accidents sonores impromptus. Un moment entre chiens et loups aux atmosphères changeantes que j’apprécie beaucoup.

39285275460_81d6f11e9d_k_d

Une dame promenant son chien nous aborde, visiblement intriguée par nos expériences sans doute bizarres vues d’un observateur non averti. Lui ayant expliqué notre dé-marche, elle nous trouve sympathiques, accueillants, avec une douce folie bienveillante qu’elle ne regrette de ne pas pouvoir partager, vu son emploi du temps. Sympathique rencontre emplie d’empathie. L’espace public c’est aussi cela !

Retour à notre point de départ, au Toï Toï le Zinc. Des images, des sons et des idées plein la tête, avec l’envie de poursuivre et de développer ailleurs, et sans doute autrement, ce genre de parcours somme toute très hétérotopique, au sens foucaldien du terme.

 

 

Points d’ouïe, Le paysage sonore, exercices de logique sans a priori, ou presque

 

9369_10200865785583470_211076436_nPar déduction (syllogistique)
Tous les paysages sonores sont bruyants
La ville est un paysage sonore.
Donc la ville est bruyante

Par induction (anti syllogistique)
Tous les matin, j’entends les sirènes des véhicules de pompiers qui quittent leurs casernes.
La ville résonne comme une caserne de pompiers.
La ville, et au-delà, est une immense caserne de pompiers, à deux tons.

Par analogie
L’environnement sonore urbain est au concert ce qu’est le grand vacarme qu’ont orchestré des Fluxus, Russolo et autres metallo-noisy réunis.

Par intentionnalité (phénoménologique)
A travers le chant d’un oiseau en cage (enfin des oiseaux !), j’entends la grande symphonie de la nature. Merci Monsieur Krauss !

Par l’effet de synthèse (a priori)
L ‘environnement sonore est menacé, comme du reste tout autre environnement. il est de ce fait dangereux car il sera à la fois le fossoyeur et le tombeau de nos oreilles exsangues

Par la compréhension (ou l’inverse)
Le paysage sonore est d’autant plus insaisissable qu’il nous révèle toute sa subjectivité culturelle et par-delà, le côté acoustiquement instable de son approche.

Par l’imagination
La sirène d’un camion de pompier est posée sur un rocher, au centre d’une fontaine, pour attirer à elle toutes les voitures de la villes.

 

Part du rêve. Bien sûr, au-delà de ces exercices de style, on peut toujours parcourir un paysage sonore, celui que l’on se construit en marchant par exemple, en recherchant des affinités plus généreusement apaisées…

Écritures sensibles et dépaysement au quotidien

29433220_1903147453028974_6749279609649477012_n

©Angela Edwards  Crowd Paintings

 

J’essaie de penser ce qui ne m’accrocherait pas, me laisserait indifférent, dans une ville, un village, un quartier, un territoire péri-urbain, naturel… Mais je n’y arrive pas vraiment. Il y a toujours, partout, quelque chose, une petite aspérité, un infime décalage, qui m’accrochent, m’attirent, m’inspirent. Des expériences en marche, des rencontres, des micro-événements imprévus, l’attrait du quotidien, d’une forme d’inconnu non spectaculaire…

Poser l’oreille et le regard quelque part, dans une ville, goûter ses spécialités culinaires, se faire raconter la cité historique, sociale, politique, culturelle, anecdotique, par des guides autochtones, c’est déjà chercher une forme de dépaysement stimulant. Je peux alors un peu plus jouir de ses ambiances, sonorités, couleurs, odeurs, températures, lumières…

En apprenant à (mieux) écouter, j’ai appris à (mieux) regarder, sentir, tâter, lever la tête vers des détails architecturaux, vers d’autres rythmes qu’il faut aller chercher. Il me faut être curieux de ce qui construit un territoire hétérotopique comme dirait Foucault, en l’occurrence celui que je marcherai.

Je suis d’ailleurs très reconnaissant à Jean-Christophe Bailly, dans son livre « Le dépaysement, voyage en France » d’avoir, pour moi, mis en lumière, révélé, exacerbé, cet état de fait, cette richesse de l’écriture narrative sans cesse renouvelée, quel qu’en soit le terrain.

Au final, au fil de ces traversées auriculaires collectives, des workshops que je mène, ce sont bien l’écriture et le partage d’histoires, de récits, celles et ceux que l’on tisse ensemble, qui seront le pivot, l’axe moteur de ces déambulations multiples.

Gare aux oreilles, un point d’ouïe, un banc d’écoute, une liste

saxe_interieur

Des pas et des pas
beaucoup de pas
discrets ou claquants
assurés ou hésitants
rapides ou flâneurs…
Des voix et des voix
beaucoup de voix
féminines et masculines
Jeunes ou matures
dans différentes langues
différentes accentuations
des voix annonceuses aussi
microphoniques et amplifiées
des trains au loin
à gauche, au-dessus du talus entr’aperçus
grondant et ferraillant par intermittence
klaxonnant vivement
ponctuation virulente déchirant l’espace ferroviaire
et nocturne de surcroit
des métros chuintant en dessous
s’arrêtant puis repartant cycliques
des bips de composteurs véloces
stridences aigus sur bruit de fond magmatiques
des portes coulissantes
feutrées feulantes et sans claquement
et d’autres portes sésames
soumises aux cliquetis des tickets approuvés
parfois une sonnerie rageuse
bad compostage ou hors délai
puis un balai effleurant les dalles
en traquant l’immondice
un charriot cliquetant
des bruits de papiers froissés
de bouteilles jetées
decrescendo avec la nuit tombante
un apaisement gradué s’installe
des bus qui s’arrêtent tout près derrière la vitre
des portes qui s’ouvrent alors
des flux de pas et de voix en déferlantes
puis un relâchement détente résiliant
un calme envahissant qui revient
les espaces qui ’apaisent discrètement
les voix au loin encore
se perdant dans un enchevêtrement de réverbérations
un bébé braillard s’égosille
un curieux effet d’écho
au fond d’un long couloir vitré et obstinément dallé
deux enfants passent en trombe
de l’énergie dans les voix
de l’énergie dans les corps
des boules de vitalité
bousculant la presque somnolence des lieux
avant que de lui rendre
la sirène d’une escouade policière
parcourant furieusement les quais
une valise à roulette fait chanter le jointoiement des dalles
scansion entêtante qui marque son trajet indécis
crescendo decrescendo chaotiques
et vis et versa entremêlés
jusqu’à l’extinction lointaine irrémédiable
un tintement de clés des gardiens médiateurs
le vacarme oh combien envahissant
d’un rideau de fer qui coulisse en grondant
en fermeture d’un commerce fatigué
une gare toute aux oreilles en somme
sa multiplicité
ses acoustiques
ses activités
ses passagers
ses objets
fixes ou ambulants
ses ambiances changeantes
ses paysages forgés par l’écoute postée autant qu’obstinée
des scènes remodelées par les mots du récit adjacent.

 

 

Points d’ouïe, un abécédaire

affiche-abecedaire-l-70-x-h-50-cm

 

En écho, en lien hypertextuel à un précédent article « Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots », traitant des rapports des PAS – Parcours Audio Sensibles et de l’ écrit, des procédés littéraires, voici un exemple d’abécédaire.
Dans une forme d’écriture quasi spontanée, d’élan instinctif, cet abécédaire n’est ni achevé ni parfaitement maitrisé. Il est un exemple parmi bien d’autres possibles. Il est un renvoi d’un texte à l’autre, dans un jeu de miroirs où le mot s’associe aux gestes d’écoute, de marche, et à des formes un brin oulipiennes de réflexions socio-acoustico-littéraires. Il est mien et peut être autre.

Mais commençons par le commencement, et suivons le programme à la lettre !

A – Audio (j’écoute) – Auriculaire – Acoustique – Admiration – Aménités – altérité – actions – anthropocène

B – Bruit – binaural – brisures – basses

C – Calme – couleur – colimaçon – créativité – colère

D – Densité – désinence – destination – drôle

E – Écoute – écho – éclats – extinction

F – Force – fragilité – fixation – fuite – fabrique – fête

G – Grâce – gêne – généralités – grelot – glissement (glissando)

H – Heurts, histoire – heuristique – Hululement

I – Indice – identité – incidence – irréversibilité – icône

J – Joie – jaillissement – jeux – je – justesse – juxtaposition

K – Kilowatt – kaléidoscope – Kermesse – Kant

L – Limite – lancinante – litanie – littérature – labial

M – Mouvement – micro/macro – musique – mixage – mort – monodie – mélodie marche

N – Nuisances – nuit – narration – neutralité – noir- neurones

O – Organisation – originalité – organisme – obsession – ouverture

P – Paroles – paysages – puissance – paix – phénomène – pluri – partage

Q – Quotidien – quiétude – quantitatif – qualitatif – quoique

R – Repos – ressac – rythme – résistance – résilience – récit

S – Silence – saturation – société – secret – suspension – soi-même

T – Timbre – ton – tension – tonicité – ténacité – terminaison

U – Uniformité – unicité – uchronie – utopie – ultime

V – Voyage – vie – vélocité – variantes/variations – versatilité

W – Web – Wiki – workshop

X- X/inconnu – xylophone – xénophilie

Y – Yoddle – Y avait-il ? – Y a t-il ? – Y aura t-il ?

Z – Zéro (absolu ) – zones – zénitude – zygomatiques

Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots

IMG_5617

Depuis longtemps je me pose la question de ma propre perception du monde sonore environnant, et des interactions complexes entre vie sociale, monde sensible, création artistique, environnement, paysage et territoire auriculaires…

Comment les questions écologiques, écosophiques, sociales, patrimoniales, politiques, résonnent-elles entre mes deux oreilles ? Quelles sont les moyens de représentation, d’analyse, de partage, qui me permettraient de comprendre un tant soit peu plus finement mes espaces auriculaires, les stimuli qu’ils déclenchent, les modes de vie et de pensée qu’ils influent ?

Je relie alors des pratiques qui me sont familières, et au final chères. L’écoute est bien entendu au tout premier plan. La marche s’impose d’emblée comme une pratique spatio-temporelle, kinesthésique, sensible, vectrice d’une énergie intellectuelle connectée, traversant moult éc(h)o systèmes, m’immergeant dans des ambiances plurisensorielles. Et enfin, le mot, la description textuelle, voire même littéraire m’ apportent de nouveaux modus operandi, qui eux-même peuvent m’amener à une forme de distanciation féconde.

Je convoque alors le récit, la narration, la description littéraire, ou littérale, sensible, poétique, analytique, phénoménologique, sémantique, l’inventaire, la liste, le journal (de bord, de voyage, intime), le carnet de notes, la fiche (pratique, de lecture, de renseignement), le glossaire, l’abécédaire, le corpus, la note, le renseignement, la consigne… Je cherche l’espace, le moment où le mot, le texte, l’écrit, peuvent élargir, et/ou rafraichir l’écoute et ainsi l’appréhension environnementale pour les conduire vers des approches plus pertinentes. Quand le fait de s’assoir longuement sur un banc, ici ou là, ou de traverser la ville à pied, armé de mon carnet et de mon stylo, fait de moi un marcheur (plus) impliqué.

Un croisement d’actions et de réflexions est sans doute plus que jamais nécessaire pour démêler un brin la complexité du monde, en saisir les prémices de ses innombrables hybridations, ne pas trop s’y noyer, et surtout rester socialement connecté au territoire. Car si le paysage sonore est esthétique, le territoire sonore est tout d’abord et avant tout social. Dissocier ces deux réalités amputerait ma, notre perception environnementale d’une bonne partie de sa crédibilité, de sa force, voire de sa légitimité.

PAS – Parcours Audio Sensibles, des oasis sonores et des traversées nocturnes

Je travaille aujourd’hui sur de nouveaux projets dé-ambulants, en chantier, en co-gitation :
– Oasis sonores, les aménités paysagères urbaines
– Traversées nocturnes, la nuit transfigurée.

 

24434375126_c68f32167e_o© Photo  Nomade Land  – PAS à Lyon Croix-Rousse

Les oasis sonores sont, pour moi, une forme de réponse à un monde trépidant, voire acoustiquement stressant dans l’augmentation, la surenchère du bruit ambiant. Ils questionnent donc essentiellement le milieu urbain. Il s’agit de retrouver des poches de tranquillité, des microcosmes sereins, des espaces auriculairement apaisés, esthétiquement beaux. Je propose pour cela une déambulation urbaine dans des lieux parfois surprenants, amènes, décalés, en rupture avec une ville survoltée. En bref, la recherche d’un panel d’aménités paysagères contrebalançant une certaine violence sonore du monde urbain, est au cœur du projet.

 

La Romieu - Gilles Malatra - foto ienkeka - 08© Photo Ienke Kastelein – Made of Walking – La Romieu 2017

Les traversées nocturnes, marches urbaines de nuit, participent également à la quête d’une écoute empreinte de quiétude. La nuit est un espace-temps où les perceptions sont à la fois augmentées, stimulées, et atténuées. Les lumières et les sons s’y trouvent dé-densifiés et pourtant mis en avant, comme des figures sur fond nettement marquées, très prégnantes bien que plutôt adoucies. Nos perceptions, les stimuli sensoriels, sont baignés, lors de parcours urbains, dans un halo poétique, une quiétude inhérents aux ambiances nocturnes.

Les deux projets, étant pensés dans une continuité, se font naturellement écho, et peuvent donc se mener de façon complémentaire et enchainée.

Des espaces de travail in situ, tels des universités, festivals, résidence artistiques, workshops, sont d’ors et déjà en prévision. Parmi eux : Lyon, Mulhouse, Villeurbanne, Saint Vit, Cagliari, La Chaux de Fond, Paris, les centres culturels de Pérouges, Crane Lab et Lacoux, City Sonic à Charleroi, Aix-en-Provence…
Ailleurs… Chez vous ?

Et toujours plus que jamais d’actualité, l’Inauguration de Points d’ouïe cherche des nouveaux sites auriculaires remarquables à valoriser !

Ceci est une oreille tendue vers des espaces intéressés ?

Desartsonnants@gmail.com

Point d’ouïe, un lieu, un moment, une image, des mots, des sens

19756602_2321879034704352_6077402660371555944_n

Un point d’ouïe


un groupe d’écoutants


une écoute collective


l’attention aux sons


des postures d’écoute


les yeux fermés


un espace sensible


la perception des aménités paysagères

une trace mémorielle


une pause dans un PAS – Parcours Audio Sensible


un arrêt sur sons


les sens émoustillés


une douce concentration


une écoute intergénérationnelle


le murmure de l’eau


un pont, architecture et acoustique


une chaleur printanière


un instant de quiétude


prendre le temps


la musique des lieux


une belle acoustique


les oiseaux pépiant


une géographie sonore


un instant de quiétude

un lieu auriculaire remarquable


la rumeur d’un village, au dessus


l’inauguration d’un point d’ouïe


le nouveau statut d’un espace


une légère brise dans les arbres

la 
fabrique d’un souvenir sensoriel


une instant de fraîcheur

une part de poésie

une émotion

une phénoménologie paysagère

l’attention, collective, au monde

l’essence des sens.

 

PAS et inauguration d’un Point d’ouïe – Saillans (Drôme) – Festival « Et pendant ce temps les avions » avril 2017

Réminiscence en marche

isa

C’était une fin de soirée,
c’était une fin d’été
une chaleur tenace
C’était un rendez-vous
des marcheurs
des arpenteurs
des diseurs
des écouteurs
et des marcheurs encore
et en corps
des mouvements, pérégrinations, déambulations
de jours comme de nuit
des collines tranquilles
des fruits mûrissants
des bâtisses de pierres séculaires
une collégiale marquant le centre
un vieux lavoir blotti dans un espace verdoyant
des chats félins de pierre également
ou de chair d’os et de poils vivants
prolongement d’une légende gravée
dans une histoire de délivrance

chatfamillephotodt

c’est un carrefour pérégrinant
axe vers  Compostelle
La Romieu nous accueillait
c’est en pré-ambulation
une silhouette blanche, diaphane
qui nous offre la lenteur d’une marche extatique
partagent des offrandes sur la place publique
dans un silence posé sur la chaleur déclinante
trajet tout en douceur
éloge de la lenteur
les murs sont frôlés
les pierres caressées
nous suivons ce chemin, et cette ombre blanche
traversons le village en cortège quasi religieux
le temps s’étire sereinement
prendre le temps de marcher
marcher pour prendre le temps
guidés par une silhouette butoïste
tout au bout du village
tout au fond d’une allée
derrière une porte de bois
c’est ici que nous avons été guidés
pénétrons
installation
des toiles colorées, organiques, suspendues
des fils de couleurs organisent ou brisent l’espace
des images fluctuantes s’accrochant ça et là
des reflets miroitants, univers mouvants
des chemins tracés de moirures organiques
entre lesquels nous nous faufilons prudemment
des aquarelles d’itinérantes labyrinthiques
des nappes sonores, aquatiques, à fleur de tympans
des prolongements de la marche en quelque sorte
une étape, ou bien une arrivée, ou bien un oasis, ou un nouveau départ
pèlerinage spirituel autant que silencieux
vision intime d’Isabelle la marcheuse, traces d’un narrateur subjectivant.

21078556_10214360798278495_4605894064723594822_n

Vendredi 16 février, un TGV filant entre les brumes d’un jour levant, quelque part en Lyon et Paris, des mots à la volée

Point d’ouïe, vers une phénoménologie de l’écoute paysagère

37b22774c871f60ff48603617e72c9ce

Apprendre, décrire, ressentir, percevoir

Je me pose régulièrement la question de la transmission, de la retransmission de Parcours Audio sensibles, du partage d’expériences, et de la réflexion qui pourrait emmener mes marches un peu plus loin, au-delà de la marche-même.

Le travail de Maurice Merleau-Ponty, autour de la phénoménologie de la perception amène incontestablement quelques gouttes d’eau à mon moulin. Et justement, l’une des énergies faisant du moulin un puissant moteur, c’est bien l’eau.


Chercher l’essence – de l’écoute, du paysage, de l’écoutant, des sens-sensations, des rapports intrinsèques entre eux…, décrire en profondeur, minutieusement, replacer le corps, ses membres-extensions sensibles, sa propre proprioception comme vecteurs d’expériences d’écoute in situ, penser la corporéité, le langage, le caractère complexe de la sensation… Autant de fils à saisir, à tirer, à démêler, à entremêler, à tisser.

 

J’ai également, pour alimenter cette réflexion, relu un texte de Brian Eno, faisant implicitement écho à la notion phénoménale de l’écoute, que je vous livre ici.

« Il y a une expérience que j’ai faite. Depuis que je l’ai faite, je me suis mis à penser que c’était plutôt un bon exercice que je recommanderais à d’autres personnes. J’avais emmené un magnétophone DAT à Hyde Park et, à proximité de Bayswater Road, j’ai enregistré un moment tous les sons qui se trouvaient là : les voitures qui passaient, les chiens, les gens. Je n’en pensais rien de particulier et je l’écoutais assis chez moi. Soudain, j’ai eu cette idée. Et si j’en prenais une section — une section de trois minutes et demies, la durée d’un single — et que j’essayais de l’apprendre ? C’est donc ce que j’ai fait. Je l’ai entrée dans SoundTools et j’ai fait un fondu d’entrée, j’ai laissé tourner pendant trois minutes et demie, puis un fondu de sortie. Je me suis mis à écouter ce truc sans cesse. Chaque fois que je m’asseyais pour travailler, je le passais. J’ai enregistré sur DAT vingt fois de suite ou quelque chose comme ça, et donc ça n’arrêtait pas de tourner. J’ai essayé de l’apprendre, exactement comme on le ferait pour une pièce de musique : ah oui, cette voiture, qui fait accélérer son moteur, les tours-minute montent et puis ce chien aboie, et après tu entends un pigeon sur le côté là-bas. C’était un exercice extrêmement intéressant à faire, avant tout parce que je me suis rendu compte qu’on peut l’apprendre. Quelque chose d’aussi complètement arbitraire et décousu que ça, après un nombre suffisant d’écoutes, devient hautement cohérent. Tu parviens vraiment à imaginer que ce truc a été construit, d’une certaine façon : « Ok, alors il met ce petit truc-là et ce motif arrive exactement au même moment que ce machin. Excellent ! » Depuis que j’ai fait ça, je suis capable d’écouter beaucoup de choses tout à fait différemment. C’est comme se mettre dans le rôle de quelqu’un qui perçoit de l’art, de décider simplement : « Maintenant, je joue ce rôle. »

(Brian Eno, cité in David Toop, Ocean of Sound, pp. 165-166.)

Brian Eno se pose la question de l’apprentissage d’une séquence sonore, non musicale, où les sources seraient des « thèmes », des motifs, où la construction d’un univers a priori non organisé musicalement, non composé, se re-construirait au fil d’écoutes mémorisant et décrivant, jusqu’à trouver au final une cohérence liée à la signature de l’écoute minutieuse. Exercice qui permet de passer logiquement de la captation à l’écoute, puis vers une analyse structurante, compositionelle, donnant au final du sens à notre écoute.

Il s’agit là d’une  façon expérientielle pour poser une écoute pragmatique, inhabituelle, sans doute sur les traces de Raymond Murray Schafer et de Max Neuhaus. Il nous faudra pour cela nous s’astreindre à l’exercice de mémoriser une tranche de paysage en écoute, avec ses composantes, ses ruptures, transitions, ses ressentis. La phénoménologie versus Ambiant Music, façon Brian Eno en quelque sorte.

 

Pour revenir à la phénoménologie « historique » de la perception, une expression de Merleau Ponty trouve chez moi un écho assez fort via « notre contact naïf avec le monde », qui implique « l’être présent et vivant » (dans l’exercice de la perception du monde). Ceci étant, au-delà d’une naïveté novice, évitant des a priori trop enfermants, le travail archéologique autour de la sensation, conduit par le philosophe, nous emmène du terrain « naturel » vers un cogito renaturant, réinterprétant. Cette fouille intellectuelle autant que physique, exigeante, me pousserait entre autre à sans cesse décrire et écrire mes expériences corporelles, sensorielles et perceptives. Peut-être à les partager également. C’est là sans doute un travail acharné et de longue haleine, voire de longue-ouïe, qu’il me faudrait mener plus en avant, pour emmener modestement mes PAS à percevoir un peu plus loin que de la sensation, du ressenti, des aménités paysagères, mais vers la perception du sens-même, comme l’a remarquablement fait et explicité Maurice Merleau Ponty.

PAS – Parcours Audio Sensible – Ile Barbe à Lyon

PAS1© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Auscultation

 

Résidence anthropocènique Titre à venir

Où il s’agit de se retrouver pour réfléchir à des productions artistiques, sociales, autour de l’anthropocène, et plus particulièrement durant cette marche, de l’écologie sonore.
Un PAS – Parcours Audio Sensible d’une heure trente environ, qui nous immerge dans les sons urbains.
Un dimanche où le soleil luit généreusement, où la température est douce, les couleurs hivernales, superbes dans leurs nuances assez tranchées.
Un petit groupe de cinq à six personnes, pour l’occasion écoutantes.
Une marche lente, ponctuée d’arrêts Points d’ouïe, comme à l’accoutumée.
Premier arrêt, assis sur des bancs d’un espace très animé. Un quai très circulant, commerces, voix, voitures, limite saturation, mais au final un espace humainement tonique.

800px-pont-s01-ile-barbe-rg-06

Traversée d’un pont suspendu pour rejoindre une ile, elle aussi éminemment urbaine.
Traversée lente de l’ile par une série de chemins de traverse zigzaguant d’une rive à l’autre.
La rivière Saône est en crue, bouillonnement aquatique à droite, à gauche, tout autour !
Une multitude de personnes la regarde, dans sa furie du moment, l’écoute, ?
Sous un pont, une acoustique étrange, des grondement et cliquetis par dessus.
Traversée d’une pelouse bruissante, puis de jeux d’enfants, d’autres espaces en parcelles toniques.

4_vue-sur-saone-lyon

Sous une haie-tunnel de bambous, intimité, des matières auscultées, le long d’un mur, décalage audio poétique vers les sons d’habitude inaudibles.
Tout au fond de l’ile, impasse sur l’eau, les quais ronronnants au loin, de vieilles murailles encaissées, toujours et encore des voix récurrentes traversant nos champs d’écoute en différents plans plus ou moins rapprochés.
Retour par le même chemin, à rebrousse poil en quelque sorte, un film rembobiné.
Nous re-déroulons la trame sonore et visuelle à l’envers, donc forcément très différente.
Un ami artiste relève, depuis le début du PAS, les vibrations environnantes, du bout de son crayon sono-sismographique. Traces sensibles, audio vibro pédestres cartographiques autant que kinesthésiques, crayonnages en mouvement. (Voir en pied de texte).
Puis une ruelle, amorçant une deuxième tranche de notre parcours.
Bascule.

PAS2© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Auscultation

 

Le calme se fait soudain, comme un apaisement bienvenu.
Une aération soufflerie néanmoins bruyante ronronne, arrêt sur son, l’étrange beauté du trivial industriel.
Une montée entre deux murs resserrés, le calme se densifie encore.
Une bouche dégoût s’égoutte à l’oreille, au détour du chemin, tel un ruisseau, tandis que s’égosille une oiseau caché dans les frondaisons d’un arbre. Halte urbano-bucolique et heureux mixage auriculaire qu’il nous faut saisir en l’état. Il a abondamment plu les jours précédents, les traces sonores en témoignent, tout en ruissellements diffus.
Le parvis d’une église, et une placette, presque silencieuse, un espace sensoriel privilégié.
Le contraste est ici affirmé avec l’ile trépidante au bas, la décompression acoustique s’installe.
Nous pénétrons un jardin caché, le Jardin secret c’est son propre nom, nous approchons là une forme d’intime quiétude urbaine.
Un oasis acoustique, tout juste une rumeur lointaine, quelques douces émergence motorisées, ponctuelles.

PAS3© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Longue ouïe

 

Des mini haut-parleurs installés dans l’instant viennent, très localement, très éphémèrement, animer-perturber l’espace. Voix, oiseaux, oiseaux, voix…
Suivi d’un moment de calme, toujours oh combien appréciable.
Des objets longues-ouïe pour écouter les pas amplifiées sur une allée gravillonnée, les plantes auscultées, nouveau zoom focal vers les micros sonorités ambiantes.
Retour, progressif vers le point de départ.
La parole se libère alors, prenant tout son temps.
Il s’agit de ne rien brusquer, la nuit tombe doucement.

 

PAS4© Photos Titre à venir, David Bartholoméo – Le chant d’une ventilation

 

Traces vibro pédestres

20180204_10593020180204_10595320180204_10595920180204_11002020180204_11002720180204_11003720180204_110041

©  Titre à venir, David Bartholoméo – Traces vibratoires

 

 

Tracé(s) de PAS – Parcours Audio sensible

15-09-05-Balade_en_Ardoinais-Anja003

Une histoire de tracé(s) et/ou les tracé d’une histoire

Par définition, un tracé serait, dixit les dictionnaires :
La représentation par des lignes d’un dessin, d’un plan : Le tracé d’un boulevard.
Une ligne continue formant le contour naturel d’une côte, d’une voie, etc.
Un jalonnement sur le sol des lignes caractéristiques d’un ouvrage (tracé d’une route, d’une voie de chemin de fer, d’une fortification).

Si le tracé se réfère très vite à la ligne, aux lignes, celle-ci ne sont fort heureusement pas forcément droite. Bien au contraire, leurs sinuosités, parfois leurs discontinuités, à l’instar de l’écoute, traceront un plan de marche tendant à nous éloigner des sentiers battus. Quitte à risquer de perdre la trace. Charge alors à l’oreille de nous remettre sur le « droit » chemin.

Comment alors envisager de tracer, de relever le tracé d’un parcours sonore, pensé pour l’oreille ? Quelles en seraient les contraintes, les modes de représentations, les possibilités de lectures, les formes de récits envisageables pour le suivre de l’oreille ?

Proposer, construire et fixer le tracé un PAS suppose que l’oreille parcourt au préalable l’espace, ou les espaces envisagés comme terrain de déambulation sonore. Le tracé et la carte le recueillant complice de l’oreille en quelque sorte.

Il faudra donc envisager l’écriture d’un itinéraire sonnifère, partant d’un point de départ donné, jusqu’à un autre (d’arrivée), avec la possibilité de multiples variantes. Ce trajet pourrait ou devrait parcourir différents lieux/séquences susceptibles de raconter une, des histoires auriculaires, ou tout au moins de les (faire) vivre dans ses péripéties acoustiques.

30138520232_1cdcdf7942_z

Comme pour un topo guide de randonnée , une sélection de points d’ouïe intéressants, spécifiques, spectaculaires ou non, d’ambiances caractéristiques, d’écoutes surprenantes, pourrait construite et ponctuer un cheminement piéton. Une hodologie s’appuyant sur des milieux sonores choisis pour leurs aménités paysagères par exemples.

Prenons le cas de circuits thématiques. Nous pourrions envisager un fil rouge donnant à notre PAS une cohérence écoutante et assumée, affirmée. Par exemple, un parcours autour de l’eau (fleuves, rivières, fontaines, lacs…), ou de lieux résonants (églises, passages souterrains, parkings, ponts…), des architectures spécifiques (cours intérieures, traboules), un parcours forestier, une exploration de friches ou sites industriels…
Ainsi, notre tracé afficherait une sorte de continuité rassurante, une logique préméditée, une forme de récit accompagnant l’oreille, sans trop ni la contraindre, ni la perdre dans la complexité, la densité de l’environnement sonore, surtout en milieu urbain.

Il s’agirait donc de tracer un territoire d’écoute, dont les délimitations, les lisières seraient forcément mouvantes, du fait des plans sonores toujours en mouvement, des innombrables hors-champs qui font du média son un objet qui ne peut être appréhendé comme un le serait celui du champ visuel.

Tel quartier, ou écosystème, serait abordé par le biais d’une écriture propre à en faire saillir leurs spécificités, aménités, ou même trivialités, révélées voire exacerbées par des gestes dépaysants. Il m’est par exemple arrivé, avec des étudiants d’architecture/urbanisme, d’entendre comment sonnait une vieille cité aux rues et trottoirs pavés, via des valises à roulettes. On pourrait ainsi développer des parcours d’après des expériences partagées avec des aveugles, ou des handicapés moteurs, des habitants d’un quartier, des danseurs cherchant des appuis corporels et sensoriels urbains, des écoles, un tissage industriel…

L’histoire même des espaces parcourus alimenterait des écritures in situ où les récits de territoires joueraient du passé, du présent, des mutations en cours, et pourquoi pas d’un rêve pour demain. Des sites industriels, parfois en ruine, ou reconvertis, voire disparus, ensevelis par de nouvelles couches urbanistiques nourriraient des sortes de fables à écouter en arpentant les lieux.

La notion de tracé, de ses lignes fixées sur papier, via l’informatique, des applications numériques, cartographiées, signalisées, emmenant le promeneur au fil des itinéraires sonores proposés, serait alors matérialisée par un ensemble de marqueurs territoriaux, pour explorer sensiblement les lieux sans perdre leur entendement.

Le PAS peut être physiquement guidé, animé, comme c’est régulièrement le cas, où bien alors associé à ne forme de balisage qui n’est cependant pas évidente à matérialiser sur le terrain, du fait de l’immatérialité et de la mouvance des cheminements sonores. Entre cartographie, parfois subjective, et guidages numériques, applications mobiles, des balises plus souples sont aujourd’hui possibles quitte à en inventer ou à en contextualiser de nouvelles.

Un des points intéressants de la démarche étant de jouer sur une réalité de terrain qui ferait émerger un imaginaire collectif, par lequel tout un chacun se raconterait sa propre histoire, tout en restant soudé au groupe par un geste d’écoute collectif.

La description pragmatique, l’analyse d’ordre phénoménologique, d’autres approches analytiques, seraient toujours confrontées, frottées, avec une expérience éminemment sensorielle, qui tracerait des chemins parfois sinueux, aux contours plus ou moins définis, aux variantes propices à des écarts assumés entre tracés et marche. Chemin de travers obligent. De la représentation itinérante au geste, il n’y a qu’un pas.

Le tracé d’un parcours sonore peut donc être contraint par l’expérience même d’un PAS qui résisterait parfois à l’itinéraire imposé, pour s’encanailler selon les caprices d’un déroulé auriculaire facétieux.

Des cartes sonores pour mieux se perdre en quelque sorte, ou en tous cas ne pas forcément suivre les sentiers battus que préconiserait un tracé, aussi travaillé fut-il dans ses écoutes en sentiers, en ruelles, ou avenues.

L’histoire proposée, suggérée, serait donc un mélange de rigueur et d’audio libertinage vagabond, un tracé somme toute un brin rebelle, que l’œil, l’oreille et les pieds, tenteraient de suivre avec une curiosité entretenue par la part d’incertitude liée au monde auriculaire-même. Les tracé nous entraine dans une forme de réalité augmentée (sensoriellement) qui ne fait pas appel à des dispositifs ou un appareillage technologique pour nous embarquer, nous immerger, dans une histoire à portée de pieds aventureux d’oreilles titillées.

Cette carte à jouer de l’entendre, plus suggestive qu’injonctive, démultiplierait les possibilités de l’écoute, selon les territoires traversés, jouant sur des surprises, des ruptures, le déroulé des dépaysements, qui nous offriraient de vraies friandises sonores.
Et je sais par expérience qu’il suffit de déplacer, de décaler légèrement l’attention à ce qui nous entoure, de solliciter une posture physique plus réceptive, un imaginaire de cueilleur de sons par exemple, un scénario de marche original, des points d’ouïe inhabituels, pour s’ouvrir une belle aventure sensorielle, qui n’est pas par autant par avance toute tracée. En tout cas, dont le tracé ne demande qu’à s’échapper de ses propres lignes, pour y revenir à l’envi.

DSC06495

Points d’ouïe, florilège d’écoute(s)

19756602_2321879034704352_6077402660371555944_n

La pratique récurrente (et passionnante) des PAS – Parcours Audio sensibles, m’a amené à construire, petit à petit, une forme de mémoire vive, auditive, sensible, à fleur d’oreilles. J’en extrais ici un florilège de Points d’ouïe emblématiques, subjectifs et non exhaustifs, ayant marqué mon expérience d’écoutant, voire ma vie quotidienne dans son rapport à l’environnement sonore.

Ce sont, généralement lors de parcours d’écoutes collectives, mais parfois solitaires, des espaces temps auriculairement exceptionnels, ponctuels ou non, parfois très fugaces, vécus en général lors de PAS*, ou de repérages de ces derniers… Souvent survenus tout à fait à l’improviste.

Ils ne sont (pas tous) particulièrement beaux, esthétiquement parlant, mais généralement surprenants, poétiques, décalés, inattendus, et livrés ici par le prisme, le filtre culturel, donc forcément subjectif de l’écoutant promeneur que je suis…

J’ai déJa relaté, dans des articles antérieurs, certaines situations d’écoutes présentées ici, certes de façons assez différentes, souvent plus développées. Cependant, le fait de confronter des espaces/temps/événements se rapportant à des paysages sonores fort différents, joue des frottements inhérents à ces situations d’écoutes multiples. De résonances en dissonances, ces micro récits construisent in fine une trame support d’écoutes actives, des formes de process d’écritures auriculaires transposables in situ, c’est à dire à peu près partout, mais jamais répétés à l’identique.

En ce tout début d’année 2018, comme un best-off auriculaire, j vous en livre quelques exemples, sans chercher aucune forme de tri ou de hiérarchisation, plutôt dans l’ordre d’apparition capricieuse à l’écran de ma mémoire.

 

Fontaine des lépreux (Dole 39).
Au centre ville de Dole, sur un trottoir de la belle cité historique Jurassienne, se trouve un simple escalier descendant on ne sait où de prime abord. Celui qui aura la chance de s’y aventurer se retrouvera dans un espace magique, souterrain urbain conduisant à une vaste fontaine souterraine que l’on parcourt tous yeux et oreilles charmés. Des gouttes d’eau réverbérées, des voix, des sons de la ville qui nous parviennent par une sorte de puits à ciel ouvert. En ressortant d’un autre côté de la ville, le canal au bord duquel naquit Pasteur, des chutes d’eau alimentant un ancien moulin bruissent. Un oasis sonore et visuel rare, à ne manquer sous aucun prétexte, Dole étant une ville sonique autant qu’aquatique !

Un jour de grand vent, au pied du beffroi de Mons (Be)
Je suis assis sur de mes bancs (d’écoute) favoris, sur une hauteur de Mons, vieille cité Belge de la Région du Hainaut. Je suis en résidence Montoise pour le festival d’arts sonores City Sonic. Le vent souffle fort, très fort se jour là. Je me trouve juste sous le célèbre beffroi Montois, figure architecturale et monumentale emblématique dominant la ville et ses alentours de ses 87 mètre de haut, et qui plus est juché au plus haut d’une colline. Victor Hugo ne l’appréciait guère : « une énorme cafetière, flanquée au-dessous du ventre de quatre théières moins grosses » écrivait-il à son épouse Adèle en 1837.
Ce beffroi est également reconnu par tous les carillonneurs de Wallonie, de Flandres et de Navarre pour la qualité de ses 49 cloches. Ce soir là, la nuit est tombée, le fond de l’air très humide, charme de la Belgique en automne, et justement, un carillonneur s’exerce, passant en revue un répertoire varié, de Bach à la Vie en rose, des Feuilles mortes à un Ave Maria. Son jeu tout en élégantes fioritures d’influence baroque, est très virtuose. Le vent tourbillonnant en tous sens, joue avec les notes d’airain égrenées selon les caprices d’Éole. Les mélodies grossissent, disparaissent presque, reviennent, tournoient, virevoltent, comme sous les mains d’un mixeur fou se jouant de l’espace. Moment exceptionnel s’il en fût.

 

Tour d’une place d’une chanteuse nocturne à Orléans
Je réside une semaine durant à Orléans, lors d’un worshop autour du paysage sonore avec des étudiants de l’École des Beaux Arts et du Design. La nuit est tombée, je me suis posté sur un banc, en périphérie d’une place très tranquille, lovée au cour de la vieille ville. Il est près de minuit, l’ambiance est douce, calme, sereine. Quand soudain arrive une jeune femme promenant son chien, et chantonnant d’une fort belle voix « Summertime » de Georges Gershwin. Elle fera lentement le tour de la place, sans cesser de chanter, marquant son trajet d’une sorte de ruban mélodique aussi ténu que présent. Instant suspendu…
Le même jour, avec un groupe d’étudiants en exploration, nous étions surpris par le puissant grondement de la Loire en crue, elle qui est d’habitude très discrète dans sa traversée urbaine.
Les moments se suivent et ne se ressemblent pas.

 

Un périphérique routier, au travers un mur anti-bruit, vers Vaulx-en Velin
Qui a dit que les murs ont des oreilles ? Et bien dans ce cas oui ! Lors d’un repérage, nous sommes trois ou quatre promeneurs écoutants dans le cadre d’un projet « Des cartes pour mieux se perdre », où se retrouve chercheurs, aménageurs et artistes. Nous longeons un périphérique Lyonnais, à hauteur de Vaulx-en-Velin La Soie, en empruntant des itinéraires « traboulant » via des jardins, ilots d’immeuble, terrains vagues… Bref des espaces périurbains que le piéton lambda ne visite guère d’ordinaire. Au détour d’un petit square, une cité est construite tout près d’un périphérique très circulant, masqué par un mur anti-bruit assez haut, aveugle, et construit en une sorte de très grandes plaques de matières plastiques, l’ensemble placés sur un talus dominant les immeubles en contrebas. Le son de la voie de circulation est donc très filtré, amoindri, au détriment d’un horizon visuel pour le peu très rétréci. Cette imposante cloison offre néanmoins, pour l’écoutant curieux et aventureux, un terrain de jeu acoustique intéressant. En collant l’oreille contre ces murs, on entant, via un effet stéthoscopique, et une forme de conduction vibratile osseuse, le flux des voitures transformé en une sorte de musique, si j’ose dire, curieusement filtrée. On sent parfaitement les flux rythmiques, les déplacements stéréophoniques, à travers des timbres adoucis, épurés de leur agressivité mécanique… Une finalement belle découverte pour qui ose coller l’oreille à un objet au départ qui en dissuaderait plus d’un de le faire.

 

Une chanteuse dans une traboule des pentes de la Croix-Rousse (Lyon)
Après celle d’Orléans, encore une histoire de chanteuse. Cette fois-ci dans les célèbres traboules de la Croix-Rousse à Lyon. Avec une groupe d’étudiants designers, nous écoutons les pentes en passant d’escaliers en couloirs, de cours intérieurs en passages resserrés, un brin labyrinthiques entre de très hauts immeubles. Bref, nous traboulons de l’esgourde dirait-on chez les gônes. Au débouché d’une belle enfilade de cours intérieures, chacune avec ses ambiances propres, isolées des sons de la circulation via une série de sas architecturaux, nous attend une petite friandise acoustique. Dans un espace minérale resserré, donc résonnant, intime, s’élève une voix de chanteuse faisant ses gammes, ses échauffements, vocalisant des arpèges volubiles. Un piano exhorte notre chanteuse, à chaque pause, via un bref accord, à monter d’un degré de plus vers l’aigu, par demi-tons pour parler musique. Par une fenêtre ouverte, au-dessus de nos tête, les vocalises, trilles et autres enjolivures, emplissent joyeusement l’espace. C’est une scène dont il faut profiter sur le vif, un peu comme l’instant décisif de Cartier-Bresson, ni trop tôt, ni trop tard, sinon nous la manquons, irrémédiablement.

 

Les échos multiples du pont Schuman (Lyon)
Un tout nouveau pont a été construit à Lyon, enjambant la Saône à quelques encablures de chez moi. Ses quais ont d’ailleurs été réaménagés ces derniers années, avec de belles promenades piétonnes, avec un circuit parsemé de commandes artistiques en espace public. Alors que nous faisions, avec un collègue preneur de son un Parcours en duo d’écoute, nous passons sous ce pont sans rien remarquer d’ exceptionnel a priori. Arrive alors à notre hauteur, une dame promenant son petit chien en laisse, type fort en gueule et en aboiements m’a tu vu. Et là, merci toutou, nous découvrons stupéfaits une incroyable série d’échos digne des plus spectaculaires paysages jurassiens (des sites à échos remarquables). Nous en jouons bien sûr. Des cris, susurrement, claquements, face à la rivière ou dos tourné. l’écho toujours, comme dans le mythe, répète inlassablement nos productions sonores. Je ne manque pas depuis, lors de balades dans le quartier, surtout en nocturne, d’y revenir, d’y jouer de l’écho, voire d’emmener des promeneurs découvrir cette petite perle acoustique.

 

Une grue entre chiens et loups à Auch (Gers)
C’est un nouveau PAS avec un groupe d’écoutants, à tombé de nuit, dans la vieille ville haute d’Auch. Nous sommes en février, le temps est frais, le ciel dégagé, et les lumières hivernales parent le ciel d’une déclinaison chatoyante de rouges orangés, qui nous invitent ‘emblée à une belle promenade, yeux et oreilles à la fête. Des ambiances de rues piétonnes à la sonnerie majestueuse de la cathédrale, tout y est pour dresser le décor sonore ad hoc. Et c’est pourtant une événement curieux et inattendu qui captera notre attention et nous fera nous arrêter longuement sur une place dominant la vallée en contrebas où coule le Gers. Une grue, se détachant visuellement sur le ciel de fin de soirée, pivote lentement sur son axe, en émettant des sons somme toute très mélodieux, bien loin des grincements que l’on pourrait attendre de cette imposante masse métallique. Notre groupe restera un long moment à écouter/regarder cette musique et ballet mécaniques où un monstre de fer pivotant dans le ciel, produit une effet sirène, captivant son auditoire de voix enjôleuses. Écoute en chantier, écoute enchantée, la beauté des paysages sonores n’est pas toujours là où on l’attend.

 

Des grillons et autres animaux, nocturne à St Martin-en-Haut (Monts du Lyonnais)
Notre cortège s’ébranle, à nuit tombée, dans une site rural des Monts du Lyonnais, lors d’une rencontre universitaire autour des métiers des Arts et de la Culture. C’est un soir d’été assez chaud. Après avoir fait le tour d’un petit étang où coassent d’agiles batraciens qui plongent dans l’eau avec de multiples ploufs à notre approche, nous empruntons un sombre chemin grimpant à travers bois, à l’assaut d’une colline. Nous débouchons soudain en haut d’une vaste combe verte, des prairies en forme d’amphithéâtre naturel. Des milliers de grillons et autres insectes ponctuent le vaste paysage, profitant de la chaleur nocturne de la terre. Des chiens et des vaches au loin nous donnent la mesure du site, son échelle acoustique. La tentation de se coucher dans l’herbe pour profiter de ce concert nocturne est trop tentante pour que nous y résistions plus longtemps. Et c’est un long moment de quiétude qui s’installe tout naturellement dans notre groupe, soudé par ce paysage sensible qui nous est offert. Tant et si bien que nous auront beaucoup de mal à nous extirper de cette ambiance apaisée, pour redescendre vers notre village et retourner vers des sons plus festifs.

 

De l’eau et des ventilations à Victoriaville (Québec)
Lors d’une résidence québécoise où je travaille autour de l’écologie sonore, je décide de composer une petite carte postale sonore et nocturne de Victoriaville, mon camp de base. Cette cité est d’ailleurs considérée au Centre-Québec comme un berceau expérimental du développement durable. Parti pour une promenade nocturne, je longe le Nicollet, rivière traversant Victoriaville dans un vaste parc urbain. L’eau et ses multiples bruissements accompagnent mon trajet. En sortie de ville, des chutes d’eau alimentant d’anciens moulins et industries, grondent de part et d’autre du chemin piétonnier et cyclable. Je remonte la ville en empruntant cette fois-ci un itinéraire beaucoup moins bucolique, zigzaguant à travers des ilots d’immeubles, des arrières-cours et des parking, quasiment déserts à cette heure-ci. L’espace sonore est ponctué, comme dans beaucoup de sites urbains par les vrombissements et cliquettements ferraillants des ventilations et autres climatisations. Étrange musique minimaliste nocturne qui se mêle aux sons de roulements chuintants sur les chaussées humides de quelques voitures encore éveillées. L’eau et l’air brassé font finalement bon ménage pour composer une cartographie sonore de Victoriaville tout en flux et en variations de longues plaintes aqua-aériennes. Une vision parfaitement subjective du promeneur écoutant découvrant la ville.

 

Des RER à Vitry/Seine (région parisienne)
A Vitry/Seine, je suis invité par Gare au théâtre, structure culturelle installée dans le beau site d’une ancienne gare SNCF, à effectuer des PAS, diurnes et nocturnes. Sur plusieurs saisons, dans le cadre d’un programmation de recherche/actions « Frictions urbaines » autour de la ville, de l’urbanisme, d’aménagements et d’actions sociales, sont invités différents artistes à emmener le public arpenter le quartier des Ardoines, chacun à sa façon. La mienne sera bien entendu sonore et écoutante. Le quartier des Ardoines est surprenant, coupé par une ligne très passante de RER, bordé par de beaux quais de Seine où subsistent encore des infrastructures portuaires monumentales, on y trouve côte à cote un immense foyer de réfugiés Maliens, une impressionnante usine thermique désaffectée, aux tours totémiques rouges et blanches, sorte de marquer territorial repère visuel ardoinnais, des lotissements, des zones industrielles, le tout entremêlés façon patchwork. Un urbanisme de ville, de quartier, qui ont connu des développements tentaculaires et désordonnées lors des extensions du Grand Paris. Ce qui les rend tout à la fois curieuses, presque inquiétantes, mais aussi attirantes dans leurs brassages un brin sauvages. Lors de ces promenades, un lieu, parmi bien d’autres a fortement impressionné ma mémoire. Il s’agit d’une sente enfermée entre des clôtures, des murs, des végétations sauvages, longeant les lignes du RER toutes proches. De nuit, d’incroyables déchainements sonores explosent très régulièrement, à quelques encablures de nos oreilles. Il s’agit de nombreux passages des trains, certains faisant halte en gare, d’autres filant à pleine vitesse. On se sent presque broyé, malmené par ces féroces intensités ferroviaires, et à la fois exalté, un peu comme devant une déferlante de Hard Rock des années 70. Il faut le vivre pour en ressentir toute la poésie tonitruante, façon Pacifique 231 revisité par un acousmate futuriste contemporain.

 

Une obscurité silencieuse à La Romieu (Gers)
Après une déferlante sonore, un oasis de calme. Les vacances touchent à leurs fins, la chaleur est encore écrasante dans la petite ville de La Romieu, blottie sur des terres Gasconnes où se côtoient vignes et pruneliers, sans parler de toute la tradition culinaire locale née à l’élevage de volailles notamment. Nous sommes une quarantaine d’artiste marcheurs, venus du Monde entier ou presque, réunis pour une semaine de rencontres, d’ateliers, de réflexion, de partages, de marches sensible, expérimentales, de jour comme de nuit. Made of Walking, réseau international, à choisit de s’installer dans le magnifique site de La Romieu, de sa collégiale classée au patrimoine mondiale de l’Unesco, et lieu de passage incontournable pour des milliers de pèlerins en marche sur les chemins de Compostelle. Si la journée est assez animée dans ce petit bourg historique, la nuit tombée, les deux bars restaurants fermés, s’installe un incroyable silence. Un silence que je n’ai rarement entendu aussi profond, même en pleine montagne. C’est l’expérience que nous vivrons avec un groupe d’une trentaine de personnes, dans un étroit chemin très obscur, au sortir du village. Seuls quelques discrets grillons osent s’aventurer dans cette espace d’obscurité et de silence. Presque une chape tangible qui nous ferait toucher de l’oreille l’immatérialité d’une rare quiétude.

 

Une combe Jurassienne et des saxophonistes (Parc Naturel Régional du Haut-Jura, 39)
Années 80, nous travaillons, avec des collègues d’ACIRENE, à un inventaire des sites acoustiques remarquables du Parc Régional du Haut-Jura. Une commande qui infléchira fortement et irrémédiablement mon approche paysagère et tous les projets marchés que je pratique aujourd’hui.
Le territoire jurassien, gruyère karstique de failles et de grottes, de combes en reculées, de cascades en lacs, de forêts en prairies humides, sonne magnifiquement. Il possède notamment quantité de sites à échos vraiment incroyables ! Un lieu où aurait pu naître l’inspiration du mythe d’Écho. Ce jours-là, nous avons invité un quatuor de saxophones à venir jouer avec l’acoustique, dont les multiples échos, d’une vaste combe entourée de collines et moyennes montagnes. Une demi-journée durant, nos musiciens expérimenterons des émissions sonores, se déployant dans l’espace, se répondant, superposant leur jeu à celui des échos parfois bavards. La mise en son de l’espace est fascinante, digne de la plus belle installation sonore que l’on puisse rêver. Un musicien me dira plus tard qu’il a retrouvé dans ces rapports sons/espaces, des postures physiques et mentales quasi animales, sauvages, où il s’est mis à ramper dans l’herbe avec son saxophone. Je retrouverai ailleurs, dans le Parc Régional du Haut-Jura, des sites aux merveilleux échos dont j’ai parfois joué à l’envi. Moments inoubliables entre tous que j’espère bien un jour revivre, magnétophone en main cette fois-ci.

 

Un concert de cornes de bateaux à Cagliari (Sardaigne)
Nous somme de dernier jour d’un séjour – workshop consacré à la prise de son naturaliste, avec le GMVL (Groupe de Musique Vivante de Lyon), dans la belle ville de Cagliari, Capitale de la Sardaigne. Ce jour là, se déroule dans la ville une immense fête, la procession, ou pèlerinage, d’environ 60 Kilomètres de San Efisio. Des milliers de participants costumés, des chants, des bœufs et chevaux, chars et charrettes ornés, enclochetés, des couleurs, des ornements, des chants, des musiques, des prières, animent la ville sur leur long défilé urbain… De quoi à réjouir plus d’un preneur de son durant quasiment quatre heures consécutives. Le bouquet final, que je serai le seul à avoir la chance d’emprisonner dans mes micros, c’est le salut du port au Saint quittant la ville. Durant quinze minutes environ, tous les bateaux, petits et gros, mouillant au port de Cagliari, nous offre un incroyable concert de cornes de bateaux. Des sons graves, aigus, joyeux, disséminés aux long des quai, ou plus loin vers le large, une polyphonie, poly-rhythmie, des sortes de joutes et réponses sonores, l’effet est puissant, saisissant, magique ! On ne peut s’empêcher de penser au célèbre enregistrement des bateaux à Vancouver par Raymond Murray Schafer dans les années 70, ou aux symphonies portuaires de Montréal..

 

Une Valiha, un slameur et des musiciens danseurs à Antananarivo (Madagascar)
Lors d’un travail avec des musiciens, slameurs, danseurs, vidéastes Malgaches, nous expérimentons moult postures d’écoute et d’improvisations urbaines pour faire sonner le paysage et ses différentes acoustiques. Nous sommes sur une des nombreuses collines de la ville, dans un grand campus universitaire jouxtant un quartier populaire, riche en couleurs et en sons, à la lisière de la ville et de la forêt. Le site offre des points de vue comme des points d’ouïe magnifiques sur la ville et ses rizières en contrebas. Quelques expériences, a priori de simples jeux d’écoute et d’improvisation in situ, donneront lieu à des moments inoubliables. Un parc périurbain où chantent des centaines d’oiseaux, et dans lequel chacun se disposera dans des points stratégiques pour dialoguer avec la voix, le corps, les instruments en en écoute et en réponse à l’environnement sonore. J’entends encore la valiha (prononcer vali), harpe cithare cylindrique traditionnelle et spécifique à la Grande Ile, égrainer ses délicates perles sonores en contrepoint des chants d’oiseaux. Plus loin, sous une dalle très réverbérante d’un parking, c’est Tagman le slameur, accompagné de musiciens improvisant, qui fera sonner les lieux d’un texte « Écoute le son », écrit et lu pour la circonstance. Puis un danseur qui se jouera de l’espace urbain tandis qu’un joueur de didjeridoo scandera l’espace. Autant de séquences dont la prise de son aura bien du mal à traduire les émotions. Je retiendrai ici la joie d’écouter et de faire ensemble, dans l’espace public (ce qui n’est pas chose courante à Tana), aux yeux et aux oreilles de tous, au long d’une promenade écrite par les stagiaires, durant la dizaine de jour que nous aurons passé ensemble.

 

Un point focal en aveugle, des installations sonores et de l’eau et des canards à Neerpelt (Be)
Le centre Culturel Musica, à Neerpelt, dans le Limbourg Belge, m’avait invité a concevoir le tracé et l’animation d’un parcours d’écoute au sein d’un parc, dans lequel une imposante collection d’installation sonores pérennes est mise en place. Nombre d’artistes sonores internationaux de renom ont été invités à concevoir ou a contextualiser une œuvre, installée dans l’espace public du parc. Ce dernier résonne donc de toute une collections de sonorités surprenantes, que le visiteur peut découvrir en se promenant au sein de ce musée sonore à ciel ouvert, souvent de manière interactive. Le pari était pour moi de tracer un parcours d’écoute qui éviterait donc les œuvres pour s’attacher à entendre l’environnement sonore paysager, des forêts de pins et de feuillus, des dunes de sable, une rivière, des infrastructures sportives et hôtelières, une route avoisinante… Bien sûr, l’oreille n’échapperait jamais totalement à certaines sculptures sonores, mais je prenais le parti de les donner à entendre mixées au paysage sonore pré-existant, comme faisant partir d’une ambiance globale, et non comme un spot artistiquement installé. Une semaine de repérage a été nécessaire pour trouver les Points d’ouïe intéressants, en dégager un parcours cohérent, penser à des jeux et postures d’écoute qui seraient signalisés. Lors ces repérages, un passage m’a beaucoup intéressé, intime sente enfermée dans de hautes et épaisses haies de lauriers. En s’arrêtant au centre, on percevait mille sonorités alentours sans en voire aucune source. Point d’ouïe acousmatique* par excellence. Cette allée débouchait sur une sorte de caillebotis où le Dömel, petite rivière sinuant dans le parc, produisait tout une série de clapotis, de sussions gaves, et autres sons ténus, mais qui émergeaient nettement pour se frotter à ceux des installations proches. Sans parler d’un groupe de canards cancanant parfois joyeusement, qui adoraient visiblement cet espace.Un parfait mixage tout en finesse où je pouvais demeurer longtemps, oreilles charmées.
* Acousmatique : Fait d’écouter sans voir les sources sonores

 

Du vent dans le bâtiment d’une Minoterie du Pas de Narouze (Ariège)
Nous sommes le jour de la World Listening Day. je suis invité par le poète, musicien perforateur Alain Joule, à effectuer un parcours et une mini installation sonores dans et autour d’une très ancienne minoterie aujourd’hui transformée en partie en chambre d’hôte et restaurant. Cependant la grande partie historique des bâtiments, avec ses immenses greniers, sa fosse souterraine voûtée où se déverse un fracassant et assourdissant torrent d’eau, ses machineries désormais immobiles, mais encore quasiment intactes. Les alentours sont semi boisés, mais surtout parsemés de cours d’eau, de bassins, des aménagements d’un canal et de cours d’eau datant du règne de Louis XIV. Bref, le site, sur lequel se trouve une ligne de partage des eaux est tout simplement splendide ! Ce jour- là souffle très violemment le terrible vent d’Autant qui descend des montagnes noires. Le vent qui rend fou, ou des fadas, dit-on dans les terres sauvages du Lauragais. Ses rafales avoisinent les 100 km /heure faisant gémir et craquer les arbres, au bord de la rupture. Le paysage entier semble s’agiter dans un mouvement désordonné, violent et tonique à la fois. Notre balade se fera dans dette atmosphère des plus turbulente. A l’intérieur de la minoterie, tout craque, claque, planches et volets disjoints, tout l’espace semble remué par le vent furieux qui vient buter sur les épais murs, cherche le monde interstice pour s’y engouffrer, fait siffler les tuiles mal emboitées. Une atmosphère de tourmente sifflante et tourbillonnante, et pour autant incroyablement vivifiante pour les promeneurs aux cheveux et oreilles décoiffés que nous sommes.

 

Des échos de la Saline Royale d’Arc et Senans (Franche Comté)
Lors de mes nombreux passages dans le site majestueux de la Saline Royale d’Arc et Senans, j’avais très vite déceler une particularité acoustique intéressante : les échos générés par les vis à vis symétriques de très grands bâtiments en arc de cercle. C’est donc pour une résidence de création sonore, que je décidais de les ausculter de plus près. Le point focal étant visiblement, ou plutôt acoustiquement, le centre de la grande pelouse, centre-même du site architectural, armé d’une puissante trompe, je déclenchais différents échos en tournant lentement sur moi-même dans une rotation à 360°. Je visais ainsi alternativement chaque bâtiment pour en écouter ses réponses. J’avais d’ailleurs pris soin d’effectuer mes sonneries hors d’une période d’activité touristique, pour ne pas trop importuner les visiteurs. Tout le monde n’apprécie pas je de la même façon je pense, des échos longuement répétés, fussent-ils, pour moi en tous cas, très intéressants esthétiquement. Couplés aux longues résonances intérieures des bernes, immenses pièces où l’on faisait sécher le sel, ces échos ainsi repérés, écoutés, sonnés, et enregistrés serviraient de base à une installation sonore collective. Celle-ci se tiendrait dans une allée reliant des jardins Est-Ouest, au cœur de l’enceinte-même de la Saline. j’ai donc joué sur un recyclage de matières sonores itératives, transposées d’un espace à un autre, et recomposées pour faire sonner l’espace différemment, tout en conservant respectueusement « l’esprit des lieux ».

 

Des patineurs nocturnes au Stade Boucaud (Lyon)
Au cours d’un repérage pour le projet  Européen « Les paysages sonores dans lesquels nous vivons » nous parcourons le quartier de la gare de Vaise, à Lyon, une fois encore en nocturne.
Nous descendons dans l’enceinte d’un grand complexe sportif, où s’alignent plusieurs stades destinés différentes pratiques. Le lieu est une immense fosse construit sur une ancienne « Gare d’eau », port fluvial intérieur, aujourd’hui entièrement asséchée et comblée. Cette position en contrebas de ville environnante, non seulement isole acoustiquement les lieux des voies routières alentours, très circulantes, mais confère à l’espace acoustique une étrange réverbération, qui fait que l’on ne sait plus trop si l’on est à l’intérieur ou à l’extérieur. Ce soir là, sur la piste, anneau de vitesse, entourant le grand stade de foot, des équipes de rollers s’entrainent. Visuellement comme acoustiquement c’est un spectacle fabuleux. Des grappes de sportifs en rolllers, filant à une incroyable vitesse, soudés les uns aux autres par une précision virtuose dans la coordination des mouvements, passent devant nous, dans une traine de chuintements, de feulements. De nuit, ces mouvements véloces, ces sons extrêmement dynamiques et doux à la fois, les voix réverbérées des entraineurs qui managent l’ensemble, créent une scène aux ambiances chatoyantes, captivantes.

 

Des annonce SNCF en gare TGV de Massy Palaiseau (Région parisienne)
Plusieurs fois, j’ai transité par la gare TGV de Massy-Palaiseau, une grande bande couloir bétonné aussi chaleureux qu’un abord de périphérique aux heures de pointe. Bref, l’endroit qui ne donne pas trop envie d’y musarder, en tous cas au long des quais. Sauf peut-être pour une oreille curieuses de phénomènes et d’effets acoustiques surprenants. Et là, il s’agit de la sonorisation des quais, celle annonçant les arrivées, départs, et parfois retards, des convois ferroviaires. Ce très long couloir aux murs lisses est donc ponctué de haut-parleurs qui sont sensés nous transmettre des informations utiles pour entamer ou poursuivre notre voyage. Cependant, c’est sans compter sur les caprices acoustiques des lieu qui créent d’incapables effets de décalages, d’échos, de phasing, de superpositions, faisant que si on est placé entre deux haut-parleurs, le message entendu est pour le peu très « brouillon ». Intéressant certes pour un écouteur curieux, mais pas des plus efficace pour le voyageur indécis. Jacques Tati s’en serait sûrement inspiré pour sa célèbre scène ferroviaire de départ en vacances.

 

Les bords du Lignon (Forez, 42)
Invité par le Centre Culturel de Rencontres du Château de Goutelas (42) pour un colloque autour du paysage, en plein cœur de la magnifique région du Forez, à quelques encablures de Saint Étienne, je présentais, pour aborder pratiquement le paysage sonore, deux PAS – Parcours Audio Sensibles. L’un se déroulant dans une forêt en nocturne, l’autre le long des rives méandreuses du Lignon, rivière qui vit la naissance du célèbre roman fleuve l’Astrée d’Honoré d’Urfée. Le Lignon nous offrait un fil rouge d’écoute aquatique aux mille sonorités, déclinaisons de chuintements, de glougloutements, de ruissellements, tintinnabulis…Les méandres capricieuses de la rivière jouant un mixage sonore surprenant au fil de la marche, amplifiant ou diminuant les sons de l’eau, les faisant brusquement disparaître ou ressurgir au fil d’un détour du chemin. Un beau moment de poésie dans un paysage gorgé d’eau, de lumières et de sons.

 

Une Masscleta Façon Valencia à Besançon (Franche-Comté)
Il y a quelques années, lors de la dernière édition bisontine du festival « Musiques de rues », lequel brassait joyeusement et sans vergogne des fanfares de rues et des installations/performances sonores, j’assistais à une scène assez époustouflante pour mes oreilles. Les programmateurs avaient invité des « artificiers » spécialistes de la Mascletta, une tradition espagnole festive autant que tonitruante, tout droit venue de Valencia. La mise en œuvre est simple, mais bigrement efficace. Il s’agit de faire exploser, une bonne vingtaine de minutes durant, une impressionnante quantité d’énormes pétards, selon une succession, une progression assez apocalyptique et somme toute assez guerrière dans l’esprit. Surtout que ces dits pétards ressemblent plus à des bâtons de dynamite qu’à des objets festifs pétaradants ! Je vous laisse imaginer le résultat. J’avoue que ce jour là, n’ayant pas de protections acoustiques ad hoc, je me suis tenu à l’écart du lieu de ce déferlement sonore, juste ce qu’il faut pour assister à cette Masceletta sans y laisser mes tympans. Lorsque tout se tu, un immense nuage gris-blanc traversait Besançon, accompagné d’une forte odeur de poudre. Tonique voire brutale expression festive hispanique !

 

Déferlante de bagads à l’Interceltique de Lorient (Bretagne)
Les cornemuses, bombardes et percussions façon celtique, autrement dit les bagads, ou bagadoùs en Bretagne, ont toujours exercé sur moi une sorte de fascination, jouissive. Ces grands défilés, cette puissance sonore, ces timbres caractéristiques, ces mélodies ornementées, ces rythmes extrêmement rigoureux, se déversant au pas cadencés par les rues, et que l’on entend, de arriver de très loin, mettent en fête un espace public revigoré. C’est donc tout naturellement que j’assistais à une grande parade du festival Interceltique de Lorient, où moult régions et pays cultivant certaines traditions Celtes, de La Grande Bretagne en passant par la France, La Galicie espagnole, des régions de l’Inde défilaient de concert. Plusieurs heures durant résonnent ces ensembles colorés, grande vague de Celtitude d’où l’on repart un brin sonné, dans la plus traditions des anciens sonneurs bretons, mais généreusement repus. Fortement déconseillé à ceux qui n’apprécient pas bombardes et cornemuses !

 

Un bateau péniche dans un aber du Trieux (Bretagne)
Toujours en Bretagne, mais un un lieu et contexte très différents. Lors d’une rencontre autour du paysage sonore, nous sommes, à nuit tombante, assis sur les bords encaissés d’un aber, au pied du château de la Roche Jagu en Trégor, en compagnie de quelques audionaturalistes très expérimentés. L’un d’entre eux, Fernand Deroussen pour ne pas le nommer, a décidé de poser ses micros une nuit durant sur ce site, dormant tout près, dans son camion studio aménagé pour ce genre de pratiques. Il fait très doux, l’acoustique réverbérée de ce fleuve côtier qui serpente entre les collines est très agréable, la nuit est doucement tombée et nous pouvons, après une journée de colloque, nous laisser aller à une quiète et ressourçante rêverie. Soudain, un grondement puissant enfle rapidement, tandis qu’un éclairage type projecteur balaie les méandres du Trieux. Et débouche alors, au détour d’une courbe fluviale, un assez gros bateau (de pêche) qui vient radicalement chambouler tout le paysage de ses moteurs diésels pétaradants, et de son éclairage éblouissant. De quoi à nous tirer de notre douce torpeur ! Néanmoins, comme des soucoupes volantes surgissant des collines dans « Rencontre du 3e type », l’effet est spectaculaire, et pour tout dire assez magique. D’autant plus que, par un phénomène de résilience rapide et efficace, le bateau disparu de notre vue, le son de ses moteurs estompé, puis éteint, le site retrouve sa quiétude initiale. Et ceci pour le plus grand plaisir des micros de notre ami preneur de sons.

 

Le portillon chantant d’un parking souterrain à Saint-Étienne (42), et d’autres…
L’association stéphanoise « Cartons pleins », travaillant sur des vitrines de magasins fermés dans l’ancienne ville de Saint-Étienne, m’invite à effectuer un PAS, lors d’un Biennale internationale Design, explorant à l’écoute de ce territoire en pleine requalification. Comme à mon habitude, notre itinéraire, s’appuyant sur un repérage préalable, mais se jouant des événement sonores tels qu’ils surviennent, emprunte un parcours parfois surprenant, entre cours intérieures et parkings souterrains. C’est d’ailleurs dans ce dernier type de lieu que nous dénicherons notre pépite sonore du jour, parmi d’autres. Une porte-sas séparant la cage d’escalier d’accès au parking lui-même, et qui chante joliment, pourvue nous trouvions le doigté pour lui tirer des gémissements, cris, plaintes, appels insistants, et autres mélopées souterraines. Une manne pour créer un temps fort lors d’un montage type « carte postale sonore », composition trace de notre PAS collectif. Je commence d’ailleurs à collectionner quantité de chants de portes, portails, dans différentes régions, villes, villages, parcs publics, parkings… Chacun, une fois trouvé la façon d’utiliser le potentiel sonore et musical de ces instruments sauvages, offre une gamme de sons, de timbres et de rythmes très intéressants. Je ne sait pas encore comment je tisserai à partir de tout cela une pièce sonore, concert ferraillant, ou une installation entre deux ou plusieurs portes, mais j’y songe…

 

La Villa d’Este à Tivoli et ses eaux folles (Italie)
C’est ici le souvenir extrêmement présent d’une visite pourtant déjà ancienne à la célébrissime Villa d’Este et de ses eaux paysageant visuellement et acoustiquement le site. Passé les portes du parc, nous nous trouvons devant un jardin de fontaines, fantasmagorique, où sont mises en scène les plus belles installations hydrauliciennes que l’on puisse rêver. Ses fontaines, dont la célèbre dite « de l’orgue », orgue hydraulique cela va sans dire, habitent et façonnent le jardin de mille sonorités aquatiques, de la plus intime à la plus majestueuse. Une symphonie des (grandes) eaux qui inspirera sans doute une autre architecture paysagère, que pour ma part je trouve moins féérique, malgré sa qualification. Au détours d’une allée, du panoramique d’une terrasse, de chutes en ruissellements, les eaux se déploient tout autant aux regards qu’aux oreilles. Elle nous baignent dans un flux d’ondes soniques venant rafraîchir notre écoute. Et ce texte me donne sans doute l’envie de revisiter, physiquement, ce lieu de l’oreille.

Et tant d’autres Points d’ouïe vécus ici et là, ou à découvrir encore.

* ©PAS – Parcours Audio Sensibles – Gilles Malatray/Desartsonnants

 

 

PAS – Parcours Audio Sensibles canailles

IMG_1647 (1)

Les PAS – Parcours Audio Sensibles, doivent s’aventurer dans des espaces surprenants, déroutants, là où les sons s’encanaillent, ne sont pas gentiment lisses, dans une version trop « entouristiquée ».
Ils doivent explorer des territoires improbables, à des heures où l’utopie peut facilement titiller notre imagination, la nuit par exemple, feutrée et propre à l’éclosion de tous les doux dingues complots sociaux- idéalistes.
Ils nous faut traquer des situations amènes, où la surprise et le dépaysement sont plus douces rêveries qu’oppressantes anxiétés.

2018, paysage sonore arpenté et autres utopies

2018.Bis

Je vais faire en sorte d’avancer d’un bon pas
croisant sur mon chemin des personnes que j’aime
d’autres que je découvrirai, j’ai hâte, dans l’action,
dans le geste et la parole réciproques
partageant avec eux des routes incertaines
des idées à défricher de concert
à tracer de l’oreille toujours insatiable
et de nos corps kinesthésiques
être dans leur pas ou bien modeste guide
l’oreille en sentier, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée
des points de vue et des points d’ouïe
des lignes de vie, lignes de fuite, en perspective
des croisées de chemins pour tenter de se perdre
pour égarer la certitude d’un tracé par trop tracé
la sérendipité comme un attrape-rêve d’inattendus,
comme un cueilleur fidèle d’in-entendus
un ou deux pas de côté pour sortir des sentiers battus
un chemin de travers(e) pour contourner les idées rebattues
des écritures multiples, forgées d’aménités paysagères
inspirées de rencontres fertiles d’humanité
des forêts traversées telles d’initiatiques démarches
les frontières et lisières incertaines voire  piétinées et confondues
franchissables sans heurts violentant le droit du sol
les itinéraires qui deviendraient paradoxalement  errances
et vice et versa nous perdant pour mieux nous retrouver
des cartes qui n’en feraient sensiblement qu’à leur tête
des obstacles qui, de gré ou de force, nous confortent le pas
des détours d’horizons qui nous échappent encore,  et toujours
des altérités sédentaires comme d’autres en mouvement, ou bien en alternances
une société parcourue à fleur de pieds librement vagabonds
leur plante qui ne s’enracine que pour mieux repartir
des postures, de pied en cap, à oreille comprise
des récits dignes des plus beaux clochards célestes
et de ceux qui sont restés rivés aux solitudes terrestres
des road-movies qui tracent et filent vers des espaces fuyants
des empreintes éphémères modestement effacées de résilience
des balades entre chiens et loups, où on ne sait plus qui est qui
dans l’obscurité bienveillante d’un entre-deux fertile
des espaces temps ou l’imaginaire s’exalte
des communautés de marcheurs soudés de nomadisme
des cités aux contours flottant entre béton et jardins
de grandes avenues et d’infimes intimes passages
des oasis de calme et des agoras bavardes
des mains comme des oreilles, tendues
des escales dans des ports bien sonnants
où jeter l’encre noire ou bleue, écritoires de nos pérégrinations
des labyrinthes en colimaçons complices et complexes
une boussole effervescente qui parfois perdrait le Nord
des bancs havres de paix, refuges d’urbanité,
accueillant nos plus folles rêveries urbi et orbi
des envies de lenteur comme décroissance prospère
un logis planétaire bien ancré, autant que rhizomatique
des hôtes bienveillants, avec qui refaire généreusement le Monde
un arpentage salvateur pour se mesurer à soi-même, comme à l’autre
une ligne droite qui n’est pas toujours, tant s’en faut, le meilleur des chemins
il nous faudra également combattre des exodes planifiés, à l’échelle de la barbarie
des migrations qui marchent hagardes d’atrocités
sur les routes d’une terre qu’on épuise à grands pas
accepter de ne pas toujours connaître le bon sens de la marche
mais ne pas renoncer à en chercher sans relâche l’essence vitale
avancer toujours pour ne pas tomber dans le piège du hiatus
forger des utopies sans fin vers lesquelles sans doute, on titubera
rien ne sert de courir, il faut marcher à point
rien ne sert de courir, il faut marcher ensemble.

 

 

 

Points d’ouïe, expérience acoustique

26000988_1808951602448560_3686400553191019412_n

 

PAS – Parcours Audio Sensible. C’est ici que l’on s’arrête, Point d’ouïe obligé, dans un couloir étroit, lumières à chaque extrémité, obscurité ambiante, immobiles, adossés, oreilles frémissantes. Un cadre sonore resserré devant, un autre derrière, des lointains proches, ou l’inverse. L’écoutant est au centre, dans une ligne-couloir circonscrite et très délimitée, expérience acoustique traversante, mêlant nos propres sons intimes à ceux d’une ville perçue en focales opposées. L’expérience est auditive autant que visuelle, humaine autant qu’architecturale, simple, autant que surprenante, frisant sinon fricotant avec l’in-ouïe.

Saillans 2017 – Festival « Et pendant ce temps les avions »

http://bza-asso.org/index.php/archives/-festival-2017/

Chemins de voix

 

Il faut partir de quelques chose.
Une voix peut-être.
Dans une rue passante,
une impasse déserte,
peut importe où.
Il faut tenter de la garder,
cette immature voix fugace
de la garder en ligne d’écoute,
cette voix-ci, cette voix-là
ou bien s’accrocher à une autre
tisser tracer filer
tricoter l’écheveau
écheveau vocalique,
via la corde sensible
via la corde vocale
tendre l’organe pavillonnaire
d’une épopée tympanique
laisser du moût aux amarres de la langue
ou des dialectes entre-choqués
vers un cri haut perché
un éternuement tonique
un soupir par trop résigné
un rire qui n’en finirait pas.
Il faut partir de quelque chose.
Et si la voix s’éteint,
et si la voix s’enroue,
se perd dans l’urb-espace saturé,
se dissout dans le brouhaha,
s’englue dans le dialogue piétiné
il nous faut recommencer encore
à traquer la parole indocile
comme chair vibrante
même si l’on perd le sens,
le mot de la fin repoussé
ne reste alors que sonore,
matière crûment indéchiffrable.
Il faut partir de quelque chose.
Du bord du souffle volatile,
cycle et rythme de brises fragiles,
de l’articulation maladroite,
apprivoisant le phonème revêche,
d’une respiration diffuse,
corporellement évanescente,
d’un murmure aux confins de l’inaudible,
susurrant tout en retenue,
aux frontières d’une bouche,
coincée dans un palais sans trône,
à l’instar d’une labiale,
dite du bout des lèvres,
d’une explosive non létale
d’une mue anamorphosée,
autant qu’incontrôlée
allant vers d’autres corps,
enveloppes charnelles à peine connues,
espaces organiques à peine reconnus.
Il faut partir de quelque chose,
dont l’oreille saurait que faire,
comme une nourriture langagière,
une rumeur bétonnée d’urbanité,
ou vers d’autres leurres acoustiques,
sirènes mielleuses susurrantes,
sirènes aux traces-Dopler hullulantes,
des voix cassées fracassées contre une rude altérité
éraillées comme les graviers du chemin,
des stentors criant sans vergogne,
un magma de langues babélisées,
Il faut partir de quelque chose,
même si la voix n’est jamais vraiment sûre.
pas plus qu’un ersatz de route
une voie in-définitivement tracée,
Il faut partir de quelque chose,
Pour dire en corps et écouter encore,
ou bien inversement.

24460584435_fb8920d438_o

Point d’ouïe, FluxOdiOcartO

PAS – Parcours Audio Sensible et cartographie sonore

FluxOdiOcartO est une action/installation audio-paysagère qui mixe en temps réel des ambiances sonores locales, pour nous les faire voir et entendre autrement. Nous fabriquons ainsi une scène acoustique et une cartographique singulière, à la fois bâties sur des points d’ouïe emblématiques, captés in situ, identifiables, et sur un brassage sonore permanent réalisé par une sorte d’audio-morphose numérique. Cette exploration auditive nous fera percevoir un paysage auriculaire en perpétuel mouvement, naviguant entre un terrain (re)connu et d’autres inouïs, mais toujours alimentés par le terreau sonore local, les ambiances du cru. C’est une façon ludique et prospective de (re)découvrir des territoires auriculaires environnants, de la concrétude du paysage arpenté jusqu’au qu’à son interprétation via le dispositif de monstration.
Entre apparition et disparition, cette installation, par de multiples morphings et polyphonies tissées en contrepoints, pose non seulement la question de l’identité sonore des lieux, de ses esthétiques, mais aussi de l’équilibre fragile, voire du déséquilibre acoustique, liés à une saturation ou à une paupérisation sonore tout aussi sclérosante. Ces dysfonctionnements chroniques se réfèrent et font écho aux concepts de l’écologie sonore, développés depuis les année 70 par le compositeur et chercheur Canadien Raymond Murray Schafer.
Et avec ta ville, ton quartier, tes lieux de vie, d’activité, comment tu t’entends ? la question est posée !
Entre musique(s) des lieux et questions environnementales, sont convoquées des approches esthétiques, tout autant que des problématiques liées au confort ou inconfort d’écoute, jusqu’au niveau de l’insupportable, de l’intolérable. En contrepartie, sont aussi abordées les questions des aménités paysagères, du plaisir d’entendre, de s’entendre, voire de bien s’entendre, réflexions primordiales entre toutes ici.
Ce travail, dans ses différentes phases d’élaboration ou dans sa globalité, peut faire l’objet d’ateliers partagés, outdoor/indoor, avec et pour différents publics.
Il peut également être complété par l’inauguration officielle d’un point d’ouïe. https://desartsonnantsbis.com/2016/05/23/inaugurez-votre-point-douie/

 

aaiaaqdgaaoaaqaaaaaaaayjaaaajgvkzmfly2iylwu2owitngmxnc1hnjk3lwq4mmfjmdiymzuwyg

Phasage

Phase 1 : Se promener dans une ville, un quartier, un espace rural, naturel, un site spécifique,…Écouter, repérer des points d’ouïe emblématiques, des ambiances caractéristiques (cloches, fontaines, acoustiques réverbérantes, échos, marchés, commerces…).

Phase 2 (en règle générale concomitante à la phase 1): Enregistrer des séquences sonores caractéristiques pour esquisser un paysage auriculaire des lieux investis, élaborer la construction d’une cartophonie in progress, d’un cheminement intra muros, un PAS – Parcours Audio Sensible.

Phase 3 : Positionner les sons et ambiances, les géolocaliser comme des Points d’ouïe sur une carte numérique, audio-géographique dédiée, aux paysages sonores, en prenant soin de les taguer et renseigner très précisément.

Phase 4 : Mettre en place un player multipiste, application qui mixera de façon aléatoire deux à 4 points sonores des lieux investis, avec la possibilité de les travailler/jouer en live lors d’une audition/performance, à la suite d’un PAS collectif, in situ.

Phase 5 : Mettre en scène la projection de la carte sonore qui se modifiera en même temps que les sons seront mixés, aléatoirement, en faisant voir les points écoutés et des liaisons mouvantes entre les différentes sources mixées (fond de carte et multi-player Open Source Aporee).

 

carto

 

Dispositif
Un espace d’installation plutôt obscur et acoustiquement isolé.
Un ordinateur relié à internet.
Un vidéo-projecteur.
Une surface de projection (assez grande).
une système se diffusion sonore de bonne qualité (2 ou 4 HP).
Une ville, un quartier, un site naturel et leurs ambiances à cueillir à fleur de tympans et de micros, des résidents, acteurs potentiels.

Timing
2 à 4 jours de repérage/écriture, voire une résidence artistique de quelques semaines à quelques mois, enregistrements in situ, dérushage et mixage des sons, création sonore contextuelle…
1 journée d’installation, pouvant être finalisée par un concert mixage audio-paysager en live, un ou plusieurs PAS – Parcours Audio Sensible publics…
L’installation pourra se poursuivre ensuite de façon autonome.

Intervenant(s)
Une personne, artiste sonore, promeneur écoutant, avec éventuellement d’autres acteurs associés, des participants à des ateliers dans les lieux d’accueil (Centres culturels, écoles, écoles de musiques, structures d’éducation populaire, conservatoires de musique, Beaux arts…).

Ce projet recherche des lieux de résidences, d’accueil, et équipes susceptibles   de ramifier et mailler des territoires/paysages sonores dans une synergie d’écoute partagée. Qu’on ce le dise !

 

Desartsonnants,
L’art du paysage sonore
Gilles Malatray-Desartsonnants
34, rue Roger Salangro 69007 LYON
28, rue Lamartine 69003 LYON
Skype : desartsonnants
Portable :07 80 06 14 65
desartsonnants@gmail.com

 

Points d’ouïe, Points de vue et fils d’écoute

6bc21fbd-107e-4929-be73-cbefac66a1fb-original
Aujourd’hui, je tente de tirer des fils entre quelques focales telles que l’écoute, la marche, la cartographie, les audio-data (in situ comme dans la galaxie numérique).
Arpenter un territoire, en capter des ressources (sonores), les organiser comme objets d’étude et/ou de création artistique, les jouer, rejouer in situ, les cartographier pour les mixer ici ou là, du local au mondial, hybrider des savoir-faire, en ébaucher d’autres…
De la recherche action, au corps des paysages, comme dans des laboratoires, amphithéâtres et ateliers décentrés, jusque dans les archipels de réseaux numériques, de l’arpentage au cloud, en passant par le papier, la matière, la rencontre humaine, surtout…
Avec l’oreille guide pour ne pas (trop) se perdre.
Un exemple en chantier, qui cherche des lieux de résidence, recherche/action, partenariats, pour tisser et partager sa toile d’écoute : https://drive.google.com/file/d/1yKET80WF_aLEjPaSiTwhrYwWMD1tlsxD/view?usp=sharing

Desartsonnants, transmission/transition éc(h)ologique – Formations, colloques, séminaires, résidences-ateliers – Année 2018 (En chantier)

Avatar de DesartsonnantsDesartsonnants

aaiaaqdgaaoaaqaaaaaaaau5aaaajda5mjaymtuwlthjy2mtndiyyy1iogyyltqyyzm1yme1zjnmnq

– Intervention lors d’une journée de travail « Parcours métropolitainS » Partenariat avec le Grand Parc de Miribel Jonage – porteurs de projet le collectif interdisciplinaire Abi/Abo, Lyon City Treck, Desartsonnants – Rencontres le 15 et promenade exploratoire le 16 décembre 2018 (à préciser)

– Formation workshop « Carte sonore » – écriture de parcours-paysages sonores – École Made In, les Maristes à Lyon – Session en janvier et février 2018

– Colloque « Marches sonores et chorégraphies » Centre National de la Danse à Paris, invité par l’Université Paris 8 Pantin – 12 et 13 janvier 2018

– Table ronde autour de la création sonore environnementale, dans le cadre du projet « Titre à venir », sur des thématiques liées à l’anthropocène. Centre d’art l’Attrape couleurs, Lyon9e – Samedi 20 janvier 2018 (à confirmer)

– Conférence « De la captation audio à la création sonore » École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon-Vaulx-en-Velin, en partenariat avec le LabEx IMU –…

Voir l’article original 179 mots de plus

Paysages et ambiances de villes 2015

dsc0278

Je relaie ici une page écrite par mon ami et collègue sound designer Frédéric Fradet.

Enseignement dispensé à l’École Nationale Supérieur d’Architecture de Lyon, ENSAL
Enseignants : Gilles Malatray, Jean-Yves Quay, Anna Wojtowicz, Sandra Fiori, Olivier Collier, Cécile Regnault, Frédéric Fradet

Cours magistraux, terrain et séances de projet d’analyse urbaine, réalisation de cartes postales sonores, dispensés à une centaine d’étudiants.

Les séances de montage sonore ont eu lieu dans les studios son de l’école, très bel outil pédagogique mis à disposition pour les étudiants.

Studio

©Frédéric Fradet

 

https://fredfradet.com/2015-paysages-et-ambiances-de-villes/

Journées d’étude – Les promenades sonores et chorégraphiques en question

Vendredi 12 et samedi 13 janvier 2018
CND (Centre national de la danse, Pantin), studio 14

Journées Promenades 12-13_01_2018

L’histoire des artistes marcheurs au XXe siècle s’est principalement tournée vers les pratiques performatives d’artistes visuels : elle va de dada aux artistes du Land Art en passant par les surréalistes ou Fluxus, jusqu’à des artistes contemporains tels Francis Alÿs, Sophie Calle ou le collectif  Stalker. Si cette histoire s’est volontiers articulée à la littérature, notamment à travers la figure du flâneur, elle intègre rarement les démarches des compositeurs et des chorégraphes.
Réunissant artistes, musicologues, chercheuses en danse, géographes, philosophes, ces journées d’étude interrogeront la marche (solitaire ou collective) en relation avec la création sonore ou chorégraphique : comment penser la dimension « hodologique » (du grec hodos, chemin) de l’art, c’est-à-dire le caractère situé d’une expérience esthétique dont la saisie perceptive implique le déplacement du spectateur-marcheur ? Comment y articuler les notions de milieu, de paysage d’ambiance et d’écoute ? De quelles façons ces œuvres instaurent-elles un lien spécifique avec le contexte de leur effectuation ? Y a-t-il des logiques de composition commune à l’art hodologique ?
Quelle écologie perceptive est en jeu dans l’expérience esthétique multimodale d’une œuvre hodologique ? Quelles méthodes d’analyse spécifiques de tels objets d’études engagent-ils ?
Organisation : Julie Perrin (Université Paris 8, IUF), Nicolas Donin (STMS, Ircam-CNRS-UPMC)

Vendredi 12 janvier 2018 / 13h-18h
Studio 14 (3e étage du CN D)
13h Introduction par Nicolas Donin et Julie Perrin
SESSION 1 : EXPÉRIENCES ESTHÉTIQUES EN MOUVEMENT
13h30 Elena Biserna Marche et pratiques sonores et musicales in
situ. Lire et réécrire les milieux urbains
14h15 Alix De Morant Étendues, sillages, ponctuations : Terrains,
temporalités et pratiques de la marche en danse
15h Bastien Gallet Marcher dans les sons : pratique et esthétique
de la marche sonore

/ 15h45 : Pause /

16h Joanne Clavel Expériences de natures : les treks danse comme
dispositif de médiation
16h45 Gilles Malatray Points d’ouïe et Parcours Audio Sensibles –
dialogue avec Elena Biserna
17h15 Jean-Luc Hervé De l’auditorium au plein air, de l’immobilité
à l’écoute ambulatoire – dialogue avec Nicolas Donin

Samedi 13 janvier 2018 / 9h30-18h

SESSION 2 : ATELIERS CHORÉGRAPHIQUES
9h30 Atelier au choix (sur inscription la veille, jauge limitée) :
Myriam Lefkowitz Toile d’écoutes (studio 1, RdC du CN D)
Laurent Pichaud Démarcher sa disponibilité — ou activer son
corps sensible dans des espaces publics non artistiques
(RDV devant le studio 14, 3e étage du CN D)
/ 11h30 : Pause /
12h Séance plénière (ouverte à tous, studio 14)
avec Myriam Lefkowitz et Laurent Pichaud, en dialogue avec Nicolas Donin, Gilles
Malatray et Julie Perrin

/ 13h : Pause déjeuner /

SESSION 3 : TRACES, MÉTHODES ET PERSPECTIVES
14h Julie Perrin En quête de traces hodologiques pour la danse
14h30 Makis Solomos Promenades sonores : un art en transition ?
15h Roberto Barbanti Promenade écosophique
/ 15h30 : Pause /

15h45 Interventions de Gretchen Schiller et Jean Marc Besse, suivies d’une
table ronde réunissant les participants.

PAS – Parcours Audio Sensible – Où il s’agit de faire entendre le dépaysement

26849954809_018df0e443_k_d

© Photo Philippe Joannin

Il s’agit de faire entendre les angles morts d’une ville labyrinthique, d’une forêt non balisée, des abords d’une rivière sinueuse, et d’autres lieux tout aussi imprévisibles.

Il s’agit de faire entendre des lieux que les cartographies ignorent parfois, tout au moins dans des interstices et la mouvance de tiers-espaces (temps) transitoires.

Il s’agit de faire entendre des espaces a priori sans histoire, sans saillance manifeste, des territoires occultés, inécoutés, dans et par leur apparente trivialité.

Il s’agit de faire entendre une forme de paysage sonore vernaculaire, dépourvu de tout artifice ostentatoire.

Il s’agit de faire entendre des points d’ouïe non spectaculaires, en les considérant avec précaution, comme une série non figée, non définitive, de points estimés*

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la surprise.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre le dépaysement.

Il s’agit en fait de faire entendre que de là peut naitre la rencontre.

* « On appelle point estimé celui qui donne la position d’un bateau par le fait d’un jugement prudent, ou de données dans laquelle entre une grande part d’incertitude »
Gabriel Ciscar, Cours de navigation – 1803

 

38626117391_71b77febbe_k_d

©Photo Philippe Joannin

PAS – Parcours Audio Sensibles in carnets

58333072

Carnet, du français médiéval quernet (« Groupe de quatre feuilles »), du latin quaternum (« relatif à quatre », « plié en quatre »).

Plions nous ici en quatre pour ouvrir et couvrir quelques feuillets encore vierges, au gré des chemins sauvages.

S’il y a des mots, et plus matériellement des objets que j’aime beaucoup, le carnet en est un !

Carnet de notes, de chèques, de voyage, de comptes, de campagnes, du jour, de bal, de santé, de timbres, de croquis… Les carnets sont multiples. Tous n’ont pourtant pas pour moi le même attrait, ou la même utilité. Celui que j’apprécie et utilise le plus est certainement le carnet de notes. Je vais donc en parler prioritairement.

Iles tiennent dans la poche et pourtant, carnets de notes, de voyages, ils (me) font rêver, sur un écran beaucoup plus large que n’importe quels télévision ou cinéma.

J’en ai toujours un ou deux dans une poche, un sac à dos, une valise, pas des télévisions il va de soi, des carnets.

En marchant, en transport en commun, assis sur un banc, au bureau, ils fixent quelques idées par trop volatiles, fugaces, dont on he sait pas forcément pourquoi elles viennent, d’où elles viennent, et ce qu’elles feront par la suite germer, ou non.

Le carnet est pense-bête, une mémoire papier tangible.
Il est terrain d’explorations sensibles écrites ou griffonnées.
Il est fixateur de ressentis, d’images, de sons, de lumières, pas si fixes que cela du reste.
Il est l’intime et l’extime confondus.
Il est un attribut de la mobilité, d’une forme de légèreté, de bribe de liberté donc.
Il est la porte d’un exotisme dépaysant, ou d’un quotidien, tout aussi dépaysant.
Il est la compilation de signes divers, sur lesquels on reviendra peut-être.
Il est gardien de notes de contacts, d’adresses, de noms, de ressources potentielles.
Il est bien plus encore, ce que l’on veut bien en faire, y compris dans les hybridations les plus singulières.

Les PAS – Parcours Audio Sensibles, ont besoin de légèreté, d’une forme de liberté, sérieusement frivole, d’une souplesse mobile, et d’une trace possible. Un petit bloc de papier, est bien mieux pour moi qu’un ordinateur, un smartphone, une tablette, l’objet qui répondra à mes attentes nomades et parfois imprévisibles.

Un carnet en poche, ou de poche, et plus parfois, est, de façon plus libre qu’un microphone, et la mémoire est sauve, ou presque, ou une partie, propre à être réactivée.

Le carnet, notes à la volée, croquis maladroits, plans de textes, est souvent, dans mon travail, le préliminaire à un écrit plus étendu, développé, prélude à l’article à venir, à des rendus potentiels et différés.

Je suis pour ma part, resté à la matérialité de l’objet, bloc de papier et crayons compris. J’aime les toucher du doigt, rassurants car à portée de main, toujours prêts à l’emploi. J’aime les effleurer dans une poche, sans même y noter quoi que ce soit, sans même les ouvrir, juste sentir leur présence complice.

Pour fixer l’écoute, ou la transcrire, la commenter, la développer, l’interpréter, imaginer sa transmission, son partage, sans en fixer les sons par une quelconque captation, les mots noircissent les carnets, de verbes en adjectifs, de formules descriptives en ressentis poétiques, d’analyses en graphies-utopies, dans des projets en chantiers d’écritures.
Le carnet accompagne mes PAS, les expériences et réalisations, il en recueille les confidences, les scories, les substantifiques moelles, quitte à les re-cuisiner selon les caprices ou rêveries de celui qui le tient.

D’ailleurs, le fait de tenir un carnet, implique non seulement de s’y tenir, avec la force et la ténacité d’un geste répété au fil des marches et démarches, mais aussi un sentiment d’attachement personnel. Je tiens un carnet de notes, je m’y tiens, et j’y tiens !

La richesse de croiser des carnets, ou de savoir les remplir de mots comme de dessins, est une porte ouverte vers l’ailleurs, le demain, parfois en (dés)ordre de marche, en même temps qu’un regard vers ce qui est advenu, et dont on a voulu, même de façon très fragile et éphémère, garder trace.

Ne sachant ni dessiner ni prendre correctement une belle photo, je recherche souvent des carnets à croiser sur des chemins communs. L’un prêtant l’oreille, l’autre aiguisant le regard, l’un couchant des mots, l’autre jouant des formes et des couleurs crobardées sur le vif. Car le carnet n’est pas seulement, et pour moi pas du tout, un repli auto-biographique dans une chambre douillette de post adolescent, ni une tour d’ivoire protégeant des tourbillons du monde. Il est aussi, et surtout, un passeport pour l’altérité, y compris dans ses formes qui n’ont parfois rien d’avenantes.

L’exercice du carnet vagabond m’invite à coucher des parcelles de monde par mots, ou autre signes interposés, à rêver ce monde, tout comme à nous heurter à ses violences sans concessions. À nous de décider, plus ou moins consciemment, ce que nous conserverons et partagerons le cas échéant d’un monde revisité, y compris via le sonore, in-carnets.

En fait, le blog dans lequel vous vous trouvez est principalement un carnet de notes auriculaire, qu’on se le lise et qu’on se le dise.

 

Points d’ouïe, de la veille informatique au terrain

23622368_1767056809971373_2805594696331009864_n

Faire une veille informatique, comme c’est mon cas actuellement autour des parcours sonores et de la marche en général, c’est tous les jours s’étonner de la richesse et de la diversité des projets de par le Monde. Une curiosité toujours ravivée de découvertes parfois très inspirantes, et par delà l’écran, une envie de réseaux, de voyages, de rencontres, d’hybridations… Une aspiration à partager, à transmettre, à échanger. Au-delà de la veille, c’est une sorte de jardin sonore planétaire en chantier, pour reprendre l’expression de Gilles Clément, qui se tisse entre l’immatérialité de la ressource et la concrétude du terrain, et bien sûr de l’humain. A la façon d’un collectionneur addict, plus on avance, plus on se rend compte du chemin qui reste à parcourir, plus on s’engage sur de multiples routes, toutes plus passionnantes, parfois inquiétantes, les unes que les autres dans leurs entrelacs, croisements et bifurcations. Une recherche-action qui invite à un nomadisme fécond, toujours en quête d’amènes humanités.

PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute, parcours et cartographie

13325692_1217837998226593_840360610560660901_n

City Sonic -Mons (Be)

 

PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute

J’envisage généralement deux principales postures physiques, pour écouter, tout simplement, et mettre en scène, et ou en action, un ou plusieurs Points d’ouïe.
En plus du fait d’être promeneur-écoutant, voire écouteur public, je m’efforce de mettre en scène des espaces d’écoute(s), afin de pouvoir partager ces ambiances où finalement, l’immatérialité des sons pose un voile parfois assez épais sur les oreilles potentiellement intéressées. Souvent, lorsque l’écoute se porte consciemment sur des lieux, cela tient du fait que ces derniers sont soumis à des déséquilibres sonores parfois extrêmement violents, à la limite de l’invivable, d’une insupportable pollution acoustique. Il est évident que, si nous ne pouvons ignorer ces situation de crise, d’excès, il ne faut pas attendre qu’elles se généralisent pour porter une écoute active sur notre environnement. Nous ne pouvons pas non plus ne montrer que ces points de déséquilibre stressants, en ignorant le fait qu’il existe encore, pour l ‘instant, de beaux oasis sonores, y compris en hyper centre urbain.
Bref je tente de mettre en scène ce que le paysage sonore possède comme des aménités environnementales constructives, pour ne pas tomber dans le panneau sclérosant du bruit sans autre échappatoire que de s’enfermer dans un habitat cocon isolé, dans une situation quasi autistique.

L’écoute se pratique bien évidemment au cœur des sons, des cités, de l’espace public, et des personnes qui l’habitent et le façonnent au fil de leurs activités.

Je procède par une approche d’écoute immersive, si possible dans des laps de temps suffisamment conséquents pour prendre la mesure des ambiances sonores, mais aussi plus globalement des ressentis plurisensoriels.
Deux postures se sont ainsi imposées au fil des expériences, l’une statique, en situation d’affut, de guetteur qui laisse venir à lui les sons, l’autre en mouvement, via la marche, pour aller vers les sources sonores, et en mixer des ambiances au gré des PAS.

904389_694132547263810_836298549_o

Invitation à l’écoute

 

Je parlerai ici de la première, celle qui s’effectue de façon statique, immobile, et le plus souvent assise.
J’ai très rapidement élu domicile, en tous cas dans des situation d’écoutant, sur des bancs publics, ceux que je nomme souvent « Bancs d’écoute ». Ils se sont révélés d’excellents points d’ouïe, faisant face à des situations urbaines, ou non, très variées, tantôt sereines, tantôt turbulentes, étant parfois situées dans des lieux surprenants, atypiques. Certains bancs sont posés de façon assez anachronique, faisant face à une rue, tout en tournant le dos à une forêt, un magnifique panorama, une rivière de beaux cas d’étude.
Mais pour moi, c’est bien la visée sonore qui m’intéresse dans un premier temps.
Je suis capable de m’assoir parfois deux à trois heures consécutives sur un même banc, voire plus, écoutant, regardant, notant, enregistrant, parfois conversant… Ce mobilier devient alors, lorsque le temps le permet, un bureau de travail provisoire, susceptible ainsi de se déplacer dans différents points d’un quartier, de la ville, dans différentes cités, via une forme de construction géographique studieuse autant qu’audiophile. Prenant mon propre quartier et ses bancs comme terrain d’expérimentation, tel un laboratoire auriculaire urbain, ou, modestement, une ré-écriture de la performance de Georges Pérec qui tentait de mener à bien l’épuisement d’un lieu parisien, j’ai ainsi cartographié, au fil des écoutes assises et publiques, une série d’ambiances finalement assez caractéristiques, en fonction des jours, des heures, et des saisons.
Il me faut, comme lors des PAS – Parcours Audio Sensibles, construire dans une certaine durée, dépassant de très loin es quelques minutes accordées à des pastilles sonores radiophoniques, pour viser une immersion qui se compte plutôt en heures. Il me faut aussi tabler sur une répétition, une itération des écoutes, sur un même banc, sur une compilation de situations qui feront que j’appréhenderai les scènes acoustiques comme des pauses non contraintes par des rythmes de vie trépidantes, mais visant plutôt le repos du flâneur, une certaine aspiration vers la lenteur, le non pressé, le temps de vivre, de ressentir à l’envi. Pierre Sansot avec ses ouvrage « Du bon usage de la lenteur » et « poétique de la ville », mais sans doute aussi un Gaston Lagaffe travaillant à « rebrousse poil » sont des références des plus inspirante dans mon appropriation en mode doux.

 

544392_564125500264516_688697015_n

Cadre d’écoute et point d’ouïe

 

 

La géographie des mobiliers, la spécialisation des bancs dans l’espace public, urbain, dessine une forme de parcours qui nous conduit d’un point d’ouïe à l’autre, jouant sur les différences sensibles d’un espace à l’autre.

J’ai ainsi conçu un dispositif, un mode d’écriture de PAS qui sont directement liés à des implantations de mobiliers urbains, ici les bancs, sachant que, d’une ville à l’autre, ou dans différents villages, les déambulations, les modes de jeu, seront très donc différents.

J’ai expérimenté ces parcours dans différentes villes ou villages, de Mons (Be), Lausanne (Ch), Malves en Minervois, Lyon, Charleroi, Paris, Orléans, Loupian, Victoriaville (Québec), Tananarive (Madagascar), Nantes, La Romieu, Cagliari (Sardaigne), Vienne (Autriche)…
Dans chaque lieu, sur chaque banc, le parcours et ses haltes sont tellement différents, que l’on peut imaginer une collection infinie de points d’ouïe, tous plus riches et dépaysants les uns que les autres.

 

aaeaaqaaaaaaaavuaaaajguymme1mwm1lwzmntmtndqxzc1hyme2ltq4owm0mjewmzzlyg

PAS – Lyon – Projet Parcours métropolitainS – ©photo Pierre Gonzales

 

Ainsi, un parcours de bancs d’écoutes géolocalisés et cartographié dans mon quartier (Lyon 9e)
https://www.google.fr/maps/d/edit?hl=fr&mid=1IEid3WtJ2bsP92Ejss-iLmauDsNnDIJA&ll=45.77441642784203%2C4.808858875940018&z=18

Un texte
https://www.linkedin.com/pulse/bancs-publics-d%C3%A9coute-gilles-malatray/

Un projet de parcours
https://fr.scribd.com/document/156704291/Bancs-d-e-coute-parcours-sonore-urbain

Desartsonnants, promeneur et metteur en écoute

Lyon le17 novembre 2017

 

9d8a200a72aad0ea0d498cb55a9788b4

Audiographie

PAS – Parcours Audio Sensible au Parc de La Villette à Paris

À La Villette, on tranche l’écoute !

 

38101195432_180027628b_o_d

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

C’est sur l’invitation de chercheurs de Paris 1 Sorbonne, Notamment Frédéric Mathevet et Célio Paillard, dans le cadre d’un  séminaire autour du thème « Partitions »* et accueilli par le CDMC (Centre de Documentation de la Musique Contemporaine) que s’est déroulée ce nouveau PAS Parisien.
Le LAM, structure organisatrice, Laboratoire l’Autre Musique est associé à l’ACTE, UMR 8218 Paris1 Panthéon_Sorbonne/CNRS, équipe Musique et Arts Sonores effectue des recherches/actions; ouvertes à la participation de nombreux artistes et chercheurs, autour de thématiques musico/sonores. Parmi celles-ci, se construisent des des axes de réflexion tels que le corps/corporalité, le rapport social, la circonstance, le bruit, la technologie… Des publications électroniques sont ainsi accessibles à tous pour prendre connaissance de ces foisonnantes recherches interdisciplinaires.
Le CDMC quant à lui, qui nous accueille, est situé entre la Cité de la musique et la toute nouvelle Philharmonie, et à quelques encablures du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de paris, tout près de la Fontaine aux lions et de la Grande Halle de La Villette, donc dans un espace haut en sonore.
La journée de travail portait sur les partitions, objets de conservation, d’interprétation(s), de (re)lectures multiples et variées. Des partitions graphiques aux jardins en passant par l’architecture et le Parcours sonore, il n’y a qu’un, ou que quelques pas, que nous avons allègrement franchi. Des enregistrements sonores de ces débats seront prochainement en ligne.
J’ai donc été invité à présenter mon travail sous deux aspects, une présentation orale des PAS – Parcours Audio Sensibles, de leurs généalogies, objectifs, formes esthétiques… Et une déambulation in situ, démonstration physique et sensible qui vaut bien de longs discours, d’autant plus que le site s’y prête à merveille.
Comme à mon habitude, même si ce n’est pas ma première exploration auriculaire à la Villette, j’ai effectué un traditionnel repérage préalable, mise en oreilles et en jambes, façon de voir les chantiers en cours, les atmosphères de saison, et de me ré-immerger dans le tissu sonore local.

38101195512_5430a60ea1_o_d

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Le repérage fut tout à fait concluant même si, comme d’habitude, le PAS public ne le suivra pas dans son intégralité, qui peut le plus peut le moins, par manque de temps. La température et l’ensoleillement en ce début d’automne sont très agréables, ce qui ne gâche rien à la balade, bien au contraire.
Le jour dit, je dispose d’une heure et demi de présentation et parcours, devant un public de d’intervenants et de participants, logiquement déjà très impliqués dans les choses sonores et musicales.
L’imposante Fontaine aux lions, formant une sorte de grand rond-point piétonnier, lieu de casse-croûte et de discussion aux margelles fort appréciées, sculpture rafraîchissant l’espace acoustique par sa pétulance aquatique nous attire inévitablement, pour constater l’effet de masque. En acoustique, un effet de masque est un son continu qui cache presque tous les autres. La fontaine en est un exemple flagrant, lorsque que l’on se tient très près de ses jeux d’eau, toute la circulation alentour, la vie animée d’un espace public semblent tendues presque muets, à quelques émergences près.
Nous éloignant lentement de la fontaine, les sons du parc réapparaissent progressivement, dans un fondu croissant, un fade in diraient les spécialistes des studios électro-acoustiques.
Tournant le dos à la fontaine, nous nous dirigeons lentement sous l’immense auvent de la Grande Halle, vestige conservé des anciens abattoirs installés en ces lieux. Nous jouons alors avec l’effet de fondue en sortie, ou Fade out, qui fait disparaître peu à peu le drone aquatique pour laisser ré-émerger les sons ambiants du parc, voix et rumeurs urbaines entremêlées. Longeant les bâtiments de la Grande Halle, nous écoutons à l’intérieur des essais de sons annonçant un concert à venir, en percevant visuellement quelques mouvements internes, sans trop les distinguer. Nouveau mouvement en direction du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, nouvelles trajectoires dans la partition sonore de La violette, que nous sommes en train d’écrire in situ. Nous nous arrêtons sous le auvent de l’entrée principale, en jouant, comme à l’entrée de la Grande Halle, sur les notions de lisières, de frontières, et à la fois de porosités sonores intérieur/extérieur.
La veille, jour du repérage, des sons instrumentaux, virtuoses, entre gammes et traits techniques, exercices et décorticage d’un passage ardu, partition déchiffrée, travaillée, rabâchée à l’envi, s’échappaient des minuscules fenêtres du conservatoire. Aujourd’hui, vendredi après-midi, aucun musicien ne daigne se faire entendre, le week-end arrivant, beaucoup ont sans doute quitter le navire. C’est toujours la surprise du décalage entre repérage et geste public, où ce qui était n’est plus, ou fort différemment, et où ce qui n’était pas s’est installé depuis, sans vergogne.
Même sans un seul musicien audible, le fait de s’aligner de part et d’autre de l’entrée, d’écouter les flux de personnes passer entre nous, nous regardant d’ailleurs curieusement, d’entendre les portes battantes entremêler le dedans du dehors, par séquences aléatoires, de regarder la dense circulation du proche boulevard sans pour autant que celle-ci envahisse notre espace d’écoute, n’est pas sans intérêt, loin de là. Nous nous offrons un petit concert insolite, que seul notre groupe perçoit, à l’entrée d’un grand temple de la Musique, la Grande…
Nous empruntons maintenant une allée bordée de vastes pelouses et sous-bois, où de nombreux groupes de promeneurs profitent de l’été indien, égrenant ci-et là cris, rires et bribes de voix qui anime l’espace à 360°.
J’en profite pour faire sonner de ma trompe,les échos et réverbérations, et s’envoler en même temps des masses de pigeons, dans un froissements d’ailes et un flot de roucoulements.

38101195302_dfc861be90_o_d

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Commence alors la partie plus intime, et sans doute la plus surprenante, de ce PAS. Nous nous engageons dans une petite sente qui descend directement au cœur du jardin des bambous, dans lequel se trouve le Cylindre sonore, cette magnifique installation sonore de Bernhard Leitner, que nous ne pouvions pas manquer de visiter, surtout qu’elle n’est pas, au final, pas si connue qu’elle le mérite. Pour ceux qui ne connaitraient pas, Le cylindre sonore est une sorte d’amphithéâtre circulaire, niché dans un espace en creux, à l’intérieur du jardin des bambous. Il est construit de huit plaques de béton arrondies, alvéolées, contenant chacune un haut-parleur. Ces plaques diffusent une composition électroacoustique, dont les sons se confondent parfois avec ceux de l’environnement du parc. Ils entourent le public en jouant des mouvements sonores véloces, en contrepoint avec les sonorités de l’espace alentour. La porosité acoustique de cette grande installation avec son milieu crée un bel effet immersif. Pour ma part, je connais cette œuvre depuis longtemps, et ne manque jamais d’y passer un moment lors de mes déplacements à La Villette. Notons que Bernhard Leitner mène, depuis le début des années 70, un remarquable travail autour des rapports sons/espace/architecture/postures d’écoute (voir le lien ci-avant).

 

38101195392_0b2ced67eb_o_d

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Mais autour du cylindre, la musique des lieux est elle aussi bien présente. Enfermés dans une fosse plantée de bambous, la plupart des sons nous parviennent en mode acousmatique. Nous les entendons en effet sans en voir les sources, ce qui rajoute un véritable intérêt à ce paysage sonore perçu au maxima par les oreilles. Par exemple, une voix (africaine?) lance de belles mélopées non loin de nous, sans que nous sachions précisément la situer. Nous empruntons une étroite passerelle métallique, zigzaguant au milieu d’une bambouseraie sauvage, que nos pas font sonner. Brusquement, des rollers, ou skates, nous passent juste en dessus de la tête, sur une passerelle surélevée enjambant la fosse dans laquelle nous déambulons, effet de surprise assuré!.
Débouchant sur une sorte de clairière, toujours enchâssée entre murs de béton et végétaux, des sons de voix et de djembés se mêlent à d’autres ambiances, auxquelles je rajoute une éphémère installation sonore personnelle. Ici aussi, ces acousmaties sont saisissantes, tout cela à quelques encablures de la Philharmonie.
Remontant « en surface », nous traversons une grande pelouse qui nous ramène vers la Cité de la musique. Profitant de cette belle journée ensoleillé les, de nombreux groupes se prélassent, jouent au ballon, dans un pointillisme de sons disséminés sur cette aire, qui tranche assez radicalement, de par son ouverture acoustique et visuelle, avec la scène d’écoute précédente, très intimement circonscrite.
Lorsque soudain, bouquet sonore final, retentit, venant du bâtiment de la Philharmonie toute proche, une puissante sirène d’alarme, très rythmique, dont les motifs sonores ne cessent de se répéter, façon minimalisme américain survitaminé. Cette sonnerie d’alarme fait violemment sonner l’espace, le rudoyant même dans sa répétitivité, son insistance tonitruante, et sa durée. Ce leitmotiv n’en finit pas de bousculer l’acoustique des lieux, quelques minutes avant plutôt sereine. Les sons incisifs nous font remarquer de beaux échos contre la façade d’un théâtre, qui se modifieront selon nos déplacements. Tout semble calculé pour nous accueillir, de façon très tonique, en fin de PAS.
Sauf que nous nous retrouvons, avec beaucoup d’autres, refoulés au-delà d’un périmètre de sécurité, contenus par des sentinelles vigipirates, tous les bâtiments ayant été évacués, ou étant en voie de l’été. Alerte à la bombe oblige. Après une bonne attente, l’alerte ayant été levée, nous réintégrons notre salle pour clore ce parcours d’une façon tout à fait imprévue. Néanmoins, le petit parcours effectué dans le parc de La Villette aura tenu toutes ses promesses, voire plus encore, en nous offrant un vaste panel de sons, d’acoustiques, d’ambiances. Un PAS, entre les lieux repérés et les improvisations liées à d’heureux accidents sonores, reste, et restera sans doute toujours, une expérience unique, à vivre en groupe, et entre les deux oreilles.

38101195202_00074c0c88_o_d

©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Enregistrer

Sounds Automn leaves

Ces derniers jours, sous l’effet d’une saison où se raccourcissent rapidement les jours, et où le vent du Nord vient s’enrouler, parfois sans ménagement, dans les arbres qui se déplument, l’espace sonore se teinte d’automne. Dans les allées tranquilles d’un parc urbain, un crépitement de feuilles tombantes nous entoure, de gros papillons marrons/ocres qui viennent tapisser le sol. Le vent pousse ces objets bruissants sur l’asphalte des routes, en les faisant joliment chuinter. Nos propres pas rythment nos déambulations, sur des tapis de feuilles qui crissent sous nos pieds. Petit concert urbain annonçant (peut-être) les frimas à venir.

 

L’image contient peut-être : arbre, plein air et nature

PAS Parcours Audio Sensible, des bosquets de Goutelas aux berges du Lignon

600__400__crop__~wp-content~uploads~noesit~medias~4795072~14-juillet-fete-du-chateau-chateau-de-goutelas-marcoux

C’est dans le cadre de rencontres autour de la thématique « Paysages en mouvement, lignes de fuite, lignes de vie » au Centre culturel du château de Goutelas, que Desartsonnants promène ses oreilles, ainsi que celles d’autres écoutants, dans la belle région du Forez. Entre plaine et monts, tout près de Saint-Étienne, le Forez, et plus spécifiquement le lieu où nous étions, a vu naître, sous la plume d’Honoré d’Urfé, le très célèbre roman fleuve l’Astrée. Cette fresque littéraire de presque 5400 pages, roman pastoral où bergers et bergères nouent et dénouent des aventures galantes, où il est question de politique guerrière et d’œuvres d’art, et où la nature très présente, a guidé nos PAS sur les sentiers de l’Astrée. L’œuvre est quasiment irracontable, aussi méandreuse que le Lignon et ses rives capricieuses.
L’Astrée débute ainsi «  « Auprès de l’ancienne ville de Lyon, du côté du soleil couchant, il y a un pays nommé Forez, qui en sa petitesse contient ce qu’il y a de plus rare au reste des Gaules… Plusieurs ruisseaux en divers lieux vont baignant la plaine de leurs claires ondes, mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmazel jusqu’à Feurs où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan. », plantant d’emblée le décor bucolique qui accueillera néanmoins moult perfidies et intrigues. Ses chemins balisés nous emmèneront jusque dans l’un des territoires d’Arcadie, pas moins ! Pour finir de planter le décor, Céladon, le nom du berger héros de l’Astrée signifie « Chant du ruisseau » en Grec, et le Lignon, ruisseau astréen par excellence, sonne superbement bien, mais je vous en reparle très vite.
Pour revenir aux propos du colloque évoqué ci-avant, plusieurs thématiques ont été soulevées, défendues, décortiquées et discutées, par une phalange érudite de juristes, architectes et paysagistes, historiens, politiciens et autres chercheurs en sciences dures ou sociales.
J’avais donc, dans ce cadre, proposé de sortir hors-les-murs pour parcourir, ressentir, lire à haute oreille, deux tranches de territoires sur lesquels nous nous trouvions. Le premier, en nocturne, étant les proche des abords du Château de Goutelas, dans son parc boisé, ses sentiers sylvestres. Le second était une portion des chemins d’Astrée, là où, entre, autre se noya Céladon, l’amoureux dépité, qui fut du reste sauvé des eaux par des nymphes, permettant à l’œuvre de rebondir encore. Le parcours s’effectue en bordure du Lignon, boucle autour du château Renaissance de La Bâtie d’Urfé, de jour cette fois-ci.

juin2012 (16)

Un premier repérage hivernal, dans de beaux paysages enneigés m’avait d’emblée permis de découvrir ces beaux sites et d’en mesurer tout le potentiel sensible, et il est énorme.
Juste avant le début des rencontres, un autre repérage s’imposa, pour se remettre les parcours en jambes, les ambiances en oreilles, et trancher entre différentes variantes de parcours. Après ma première visite hivernale, le changement de décor est cette fois assez radical, en ces premiers jours d’automne. Les couleurs et lumières sont très différentes, hésitant entre le vert perdurant et l’ocre naissant, néanmoins toujours aussi belles, changeantes. Les sonorités elles, sont plus actives, notamment avec les oiseaux qui profitent d’une agréable douceur post estivale. Le château de Goutelas est beaucoup plus animé que lors de mon premier passage, entre promeneurs et participants aux rencontres. Néanmoins j’avais beaucoup apprécié l’atmosphère hivernale, un brin ouatée, dans ses apaisantes lumières neigeuses et ses vivifiantes fraîcheurs.

J’effectue donc deux repérages en solitaire dans les bois du parc, de jour et de nuit, et un autre près du Lignon, accompagné d’une personne très engagée dans la vie du centre culturel de Goutelas, très activement militante dirais-je même. Nous sommes accompagnés par sa pétulante petite chienne, qui jouit tout autant que nous des beautés de ces paysages foréziens, voire qui semble elle-même nous guider sur les chemins du Lignon qu’elle connait visiblement par cœur.

Première sortie publique en nocturne. La fraîcheur automnale se fait nettement sentir. Après une petite histoire du paysage sonore, du paléolithique à nos jours, pas moins, en mentionnant quelques jalons de musiciens « environnementalistes », de mouvements écologiques auriculaires, de nouvelles pratiques croisées entre esthétiques et aménagement du territoire, tourisme culturel et patrimoine sonore, nous nous enfonçons dans la nuit.
Une chouette hulotte nous salue de ses cris, vigile discrète nous surveillant de l’épaisseur des frondaisons. Ses appels marquent la nuit de repères spatio-temporels qui nous invitent à la pérégrination. L’obscurité se fait vite presque totale, la lune ne se levant que très tardivement à cette époque. Nos sens n’en sont que plus en alerte. Le son de nos pas, parfois hésitants, foulant feuilles mortes et branchages, rythme notre avancée de mille craquements et froissements amplifiés par la nuit.
A l’embranchement de chemins élargissant le paysage vers des collines devinées, au loin, je sonnerai de la trompe pour exciter les échos du Forez, perturbation temporaire qui fera taire, momentanément, les oiseaux nocturnes.
Quelques lumières du Chambon-sur-Lignon pénètrent timidement la forêt, et quelques sons urbains, lointains et très étouffés. Soudain, alors que je jouais à égrener de subtils tintements d’une boule chinoise, la cloche anime le paysage, par une sorte de magie de l’instant, de l’imprévu, d’un contrepoint-réponse arrivant à point nommé. Onze coups dans une atmosphère nocturne, qui se répéteront quelques minutes plus tard. Plus loin, sur un élargissement de la sente, se sera la voix d’Écho, désespérée de l’ignorance Narcissique, qui se mourra d’amour jusqu’à se fondre dans la forêt, réduite à une seule voix fragile et solitaire, condamnée à répéter toujours les derrniers sons qu’elle entend. Une micro installation sonore éphémère qui je trouve, sonne très poétiquement dans les arcanes de la nuit.
Au retour, nous ausculterons des matières et végétaux pour terminer ce parcours en toute intimité, avec la chose sonore.

Deuxième PAS vers 10 heures du matin, alors qu’un soleil timide, mais qui se montrera de plus en plus généreux, tente de percer les nuages insistants.
Nous somme devant l’emblématique château de la Bâtie d’Urée, qui sera en quelque sorte le pivot de notre marche, point de départ et d’arrivée d’une boucle, pastorale à souhait. Le Lignon, et un de ses biefs alimentant le château, seront notre fil conducteur, de bosquets en prairies, de rives enchâssées en plages de galets.
L’atmosphère de cette déambulation, matinale, sera donc très différente de celle de la veille au soir, autres ouvertures – fermetures paysagères, autres lumières, odeurs, sons, ressentis… J’effectue une présentation, préambule, mise en oreille, toujours autour des thématiques du paysage-environnement sonore, axes qui guideront encore nos pas.
Le fil rouge sonore sera bien cette fois-ci une, ou plutôt des ambiances aquatiques, déroulant sous nos oreilles rafraichies tout un vocabulaire émaillé de glouglouttis, clapotements, chuintements, et autres bruissonnements du Lignon.
Cette rivière capricieuse, nous mène dans de multiples détours, chemins facétieux, de rives en bosquets, nous faisant suivre parfois des bras morts, dont certains seront revivifiés au fil des saisons et des pluies. Tantôt nous entendons le Lignon tout proche, tantôt, au fil d’un détour, nous le perdons d’ouïe, en même temps que de vue, puis il se rapproche à nouveau, en fondue sonore progressive, ou très vite, sans prévenir.
A chaque rencontres, le Lignon se révèlera si différent ! La richesse de ce parcours tient sans doute beaucoup à ces thèmes et variations au fil des ondes.
Un pont enjambant la rivière se fait instrument de percussion. En effet, en le martelant, tapotant, grattant, l’oreille collée à ses rambardes métalliques, nous déclenchons une série de sons étranges, fugaces, rapides, aux couleurs d’un synthétiseur surprenant. Une improvisation collective nait spontanément de cette étrangeté acoustique. Un grand merci aux deux jeunes architectes, dont leur belle cabane en renouée du japon voisine avec ce pont, de m’avoir signalé cette particularité auriculaire !
Plus loin encore, nous trouvons le « Tombeau du poète », site astréen, une stèle et un monticule de terre recouvert de lierre, entourés d’arbres, et de bancs. Nous nous y asseyons et, magie du moment, les images et les sons mêlés peignent une scène romantique à souhait. Des corbeaux coassent en volant d’arbre en arbre, des coups de fusils d’une battue de chasseurs animent le paysage au lointain, face à ce tombeau que nombre de peintres auraient pu coucher sur la toile, nous somme plongés en plein cœur d’un Freischütz Forézien, d’un promenade romantique, introspective, que Goethe lui-même n’aurait pas dénié vivre.
Bifurquant pour revenir ver le château de départ, nous longeons le bief qui nous apparait tout à coup fort silencieux, laissant la place aux oiseaux que le soleil, réchauffant progressivement les lieux, poussent à chanter un brin plus vélocement. La dernière prairie nous fait passer de la pénombre des bosquets à la lumière vive d’espaces ouverts, où l’écoute même se déploie vers des horizons plus lointains. Horizons marqués d’ailleurs ce jour là de trainées sonores vrombissantes, un rallye automobile nous apprend t-on. Pour autant, ces rumeurs motorisées, dans leur éloignement, en contrepoint aux coups de feu des chasseurs, n’envahissent pas la scène acoustique. Elles lui conférent même en toile de fond, écoutées avec un certain recul, une posture « musicale », plutôt intéressante, esthétiquement parlant. Au cours du parcours, il y aura bien entendu eu une micro installation sonore éphémère, et une auscultation des objets environnants, sortes de marques de fabrique des PAS Desartsonnants.
Ainsi s’achève in situ, de belles et riches journées du colloque « Paysage, lignes de fuite, lignes de vie »

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne à Loupian

Les chants de la nuit

visuel-2

 

Je suis cette fois-ci invité par Pascale Ciapp et Thomas Andro, de l’Espace O25rjj à loupian, belle petite bourgade tout près de l’étang de Thau, juste en face Sète (34), dans le cadre d’une soirée consacrée aux arts sonores « Prozofoni#5 ».

Loupian est pour moi un terrain d’écoute qui ne m’est pas étranger, voire même familier. C’est en effet la quatrième fois que j’aventure mes oreilles dans ce village, pour différents PAS, diurnes ou nocturnes, en groupe ou en duo, précédés parfois d’un massage sonore. L’acoustique de cette cité fortifiée, ses points d’ouïe, bancs d’écoute, ont donc déjà été l’objet de plusieurs explorations desartsonnantes, repérages ou actions collectives. Je trouve d’ailleurs très riche ce genre de récurrences où, à chaque passage, on peut creuser différemment les gestes et postures d’écoute, les itinéraires, en constituant peu à peu une collection locale de parcours sonores, et une sorte de géographie sensible, auriculaire, de Loupian. Un site laboratoire en quelque sorte.

Ma proposition était cette fois-ci encadrée, temporairement, par un concert de musique « bruitiste », où le musicien Jules Desgoutte, légataire d’un artiste trop peu connu et reconnu, qui interprétait l’œuvre posthume « Ana-logue #1 de Ulrich Herrlemann (performance sonore, live électronique, synthèse analogique en temps réel) et le Duo électrique par Lionel Malric (clavicorde amplifié) et Pak Yan Lau (Pianet, objets électroniques). Le PAS conduisant ainsi le public d’un lieu à un autre, d’un concert à un autre, c’est -à-dire de l’Espace o25rjj à la chapelle Sainte-Hippolyte, en prenant bien entendu moult chemins de traverse en écoute.

Le PAS s’effectuait à la nuit tombée, comme beaucoup d’autres ce début d’année, et d’autres encore à venir, ceci dans une démarche d’appréhender le paysage sonore dans ses ambiances nocturnes, un axe de travail en chantier.
Après un repérage, comme à l’ordinaire, même en connaissant les lieux, la remise en écoute d’un site est toujours un passage obligé, un élargissement du champ exploratoire, une façon de tester d’autre modes d’action, ou tout simplement de remettre l’oreille dans le bain local.
Le soir premier soir de mon arrivée, le bar du village est en fête, juke-box, voix et rires fusant comme un feu d’artifice de sons éclaboussant la nuit, jusqu’à ce que tout s’éteigne subitement, à l’heure de la fermeture légale de l’établissement. Bel enchainement de séquences, l’une tonique et festive, et l’autre ramenant le village dans un calme profond, serein, tout cela en quelques minutes. La magie des sons en mouvement, qui apparaissent parfois aussi rapidement qu’ils disparaissent.

Le lendemain, est donc le jour du PAS collectif. Le soir venu, un bon groupe, très inter-générationnel (voir les photos au pied de l’article) m’emboite le pas, et de fait l’oreille.
Après quelques mots de présentation, le silence s’installe. Nous partons d’un pas tranquille, dans une belle nuit chaude de son d’été. Des sons s’échappent des fenêtres ouvertes, ambiance caractéristique des rues étroites et placettes enserrées, où le dedans et le dehors se mélangent, où le public et le privé, l’intime et l’extime s’interpénètrent. L’oreille se fait un brin voyeuse, ou plutôt écouteuse, volant innocemment ici et là quelques bribes de vie intime.
Les réverbérations minérales sont toujours bien en place, maintenant les sons dans une jolie brillance, un halo qui séquence l’espace en plans sonores nettement différentiés, du plus proche au plus lointain, du plus nettement perceptible dans ses moindres détails au plus diffus.
Nous débouchons sur une place jalonnée de vieux et imposants platanes où, à cette heure nocturne, des centaines d’étourneaux braillards, de retour d’une grappille viticole, animent les arbres d’une vie trépidante. Je claque des mains et un incroyable mouvement de cris et de battements d’ailes frénétiques inonde la place dans une sorte de folie collective. Puis les étourneaux, peu farouches, se reposent en grappes pépiantes, dans les peupliers, qui semblent trembler de toutes parts dans leurs branchages. Je répète plusieurs fois l’opération, et à chaque fois la même séquence , envole frénétique et retours non moins bruyants se réitère. Un jeu tout à fait improvisé dans cette rencontre inopinée entre promeneurs et oiseaux, lesquels semblent se plier de bonne grâce à orchestrer cet étrange et surprenant ballet aérien, pour le plaisir de nos oreilles amusées.
J’ai distribué, au départ du parcours, des stéthoscopes et autres longue-ouïes, que les enfants, mais aussi les adultes, utilisent ici et là, auscultant un mur, un tronc d’arbre, un lampadaire, le sol et ses matériaux divers… L’écoute peut ainsi se déplier des ambiances globales vers les micro sonorités, généralement inaudibles, effectuant des allers-retours entre le lointain et le très proche, la rumeur et le détail, le spectaculaire et le trivial, de l’éthéré à la matière…
Une place publique en belvédère nous offre une plongée visuelle et acoustique vers le bas du village. J’y installerai ponctuellement quelques sons rapportés, un mythe d’Écho suppliant l’insensible Narcisse (encore une histoire éminemment sonore) transposé en un facétieux conte urbain, une éphémère mythologie pointilliste qui susurre dans la nuit, ramenant dans les lieux des sons décalés et virevoltants.
Cette petite traversée sonore d’une parcelle d’espace et de nuit rejoindra à son terme, après quelques nouveaux détours, la belle et très ancienne chapelle Sainte-Hippolythe, pour le dernier concert.
Nous aurons, durant une parcelle de temps nocturne, arraché à la nuit, au village, quelques doux secrets que seule une oreille attentive, et qui plus est une écoute collective, peuvent faire émerger de la pénombre ambiante. Une poésie des lieux sereine, entre douces sonorités et lumières portant des ombres dansantes.

Cette presque obscurité rend plus pétillantes, plus ciselées, plus délicates, les lumières du village, plus bruissonnants les moindres souffles de vent dans les feuillages, plus intimes les voix filtrant des fenêtres, plus apaisés les moteurs ronronnant au loin, avec parfois la sensation d’un univers ouaté, drapé dans des traines sono-lumineuses qui titillent nos sens plus délicatement et plus curieusement que le jour. Les images ci-après en témoignent je pense.

 

Images – ©Thomas Andro

37610476521_0fbeec3762_o_d

 

37610476601_14910f0d83_o_d

 

37351895910_c7b48e5438_o_d

 

37610476701_a597c58894_o_d

 

37610476761_c2a883a4c2_o_d

 

37351896050_ea776bb27c_o_d

City Sonic 2017 – Points d’ouïe et PAS-Parcours Audio Sensible à Charleroi

Charleroi , écoute by night

37448550131_4dbc6b514c_o_d

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Ce nouveau PAS Belge répond à une commande de Transcultures, association fondatrice et organisatrice du festival international des arts sonores City Sonic.
Cette commande comportait deux opus dans une même fin de journée et soirée. Le premier consistait en une conférence autour de l’œuvre du compositeur américain Max Neuhaus. devant un parterre avec beaucoup de « gens du son ». j’y évoquais les recherches et réalisations de ce visionnaire et précurseur des arts sonores, tels son travail sur l’espace, notamment l’espace public, la perception, le design sonore, les représentations graphiques d’installations, et bien entendu, une de ses actions phares, les Listens. C’est en effet au cours de ces soundwalks, performances d’écoutes urbaines, que l’artiste expérimente une posture d’écoute en marche, performative, transformant la ville en une scène d’écoute musicale. Par delà l’approche pédagogique de Murray Schafer, Max Neuhaus nous invite à une expérience esthétique forte, ce qui résonne fortement en moi depuis que j’ai regardé de près les gestes et les écrits de ce pré-soundwalker.
Le PAS que j’ai effectuer à Charleroi, suite à la conférence, et prolongeant également un fabuleux concert de Charlemagne Palestine, je vous en reparlerai bientôt, sont en effet tout naturellement, et très modestement, en écho des Listens de Max Neuhaus, comme une illustration pratique de ce que j’ai énoncé durant la conférence.
Il ne s’agit pas pour autant de copier le modèle Neuhausien, ce qui ne représenterait que bien peu d’intérêt, mais de mettre la ville en écoute façon Désarsonnante. Pratiquant ces écoutes en marche depuis le milieu des années 80, plutôt dans l’esprit didactique d’un Murray Schafer au départ, j’ai découvert, quelques années plus tard, les Listens, qui ont certainement influencé mes marches pour les rapprocher plus près des arts sonores, tout en gardant une forme de militance pour la belle écoute et une sensibilisation autour de Points d’ouïe remarquables.

 

37191250430_c9a404984f_o_d

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Pour effectuer un PAS dans de bonnes conditions, maîtriser un tant soit peu le paysage investi, ne pas trop s’y perdre, physiquement comme sensoriellement, tout commence par une série de repérages.
Ma première journée à Charleroi fut une grande marche urbaine entre la ville basse et la ville haute, le centre en grand travaux de réhabilitation et la périphérie post industrielle. Bref beaucoup de kilomètres pour s’imprégner des ambiances, des acoustiques, dans un journée très physique, avec quelques bonnes dénivelées. Mais au final, ce fut une plongée vivifiante dans une ville très tonique.
Charleroi est incontestablement, aujourd’hui, une ville de contrastes, auditivement et visuellement parlant. Ancienne cité industrielle, minière, sidérurgique, elle fut très prospère dès la révolution industrielle. De la fin des année 60 jusqu’à 2012, les secteurs industriels qui faisaient vivre la ville s’écroulent les uns après les autres, laissant d’immenses champs de friches industrielles désertées, un paysage digne des meilleurs albums de la BD science-fiction, et une catastrophe économique, sociale.
Le paysage alentour est bordé d’immenses crassiers, certains de plus de 200 mètres de haut, reliefs signant la feu prospérité minière. La Sambre, rivière sinueuse sur laquelle naviguent d’imposantes péniches, canalisée entre d’énormes entrepôts, longe la ville basse. Un incroyable réseau routier ceinture la ville, rings en hauteur dominant la cité d’un entrelacs de ponts et de voies suspendues. Le réseau ferroviaire est lui aussi assez gigantesque. Tout ceci vous vous en doutez bien, n’est pas sans conséquence sur l’ambiance sonore de la ville! Ajoutons à cela d’incroyables trompes, identiques à celles de gros bateaux, qui sonorisent les tramways, notamment à un carrefour où voitures et trams cohabitent, plutôt mal à certaines heures, et la ville se fait se fait parfois trépidante, voire bruyante, n’ayons pas peur des mots.
Fort heureusement, la requalification de certains quartiers a aménagé un réseau de places et de rues piétonnes qui viennent donner un peu d’air à la cité, y compris pour les oreilles.

 

37448550221_0956a66301_o_d

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Mon parcours devant s’effectuer en nocturne, situation que j’apprécie et recherche d’ailleurs de plus en plus, une bonne partie du repérage s’effectuera durant une semaine, de nuit, après avoir interviewé les artistes du festival pour la Sonic Radio.
A ces heures obscures la ville prend une toute autre allure, surtout si l’on se promène sous les rings, le longs d’usines désaffectées, et sur les bords de la Sambre, ce que bien entendu, je ne manquerai de faire, parfois micros en mains, pour capter l’ambiance un brin canaille de cette cité en pleine mutation.
Car la ville, surtout basse, est un immense chantier où les places et les quais sont réaménagés, où un imposant centre commercial flambant neuf a vu le jour, ainsi que plusieurs centres culturels, restaurants lieux d’exposition, cinémas… Déjà riche de quelques lieux phares, culturellement parlant, dont le célèbre Charleroi Danse, la cité mise, comme l’a fait quelques années auparavant Mons sur un développement de l’offre culturelle. Ceci pour redynamiser une ville que les séquelles d’un violent déclin industriel stigmatisent encore, et faire en sorte d’oublier le slogan qu’a développé une équipe artistique « Charleroi Adventure ». Cette dernière propose des circuits safari dans la ville, élue à ce titre comme « la plus laide d’Europe ». Bien sûr, aussi surprenante et contrastée que soit le tissu urbain, il s’agit là également d’un effet d’annonce de ce Safari urbain décalé, même si je me rendrai compte que, inconsciemment, je suivrai plus ou moins ces chemins post industriels de l’oreille. On ne peut, en tant qu’arpenteur, échapper à ce qui fait de Charleroi une ville un brin sauvagement fascinante, même s’il ne s’agit pas pour moi de construire une nouvelle série de situations touristico-artistiques. La ville en tous cas, est multiple et il faut s’en saisir par un bout, celui des oreilles pour moi…

 

36778564283_985dd2b3bf_o_d

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Le jour J, qui s’avère le plus humide de tout mon séjour, mais un PAS Belge, ça se mérite ! À 21H30 devant la basilique Saint-Christophe de Charleroi, se forme un groupe d’intrépides et sympathiques marcheurs écouteurs noctambules.
Sous une pluie fine, qui finalement s’estompera au fil ne notre déambulation, nous entamons une descente de la ville haute vers la ville basse. Beaucoup de passants flânent encore, leurs voix réverbérées entres les murs serrés. Nous zigzaguons pour suivre des passants, coller nos oreilles à une bâche derrière laquelle se déroule une fête, nous arrêtons sous des porches, auvents, fenêtres d’écoute(s) où les gouttes de pluie rythment joliment l’espace. La ville chuinte finalement, joliment en fait, sous les pneus des voitures, dans ambiance caractéristique des journées pluvieuses. A l’approche de la grande place centrale de la ville basse, dite Place verte, alors que paradoxalement son réaménagement l’a transformée en une immense aire minérale, intégralement bétonnée, les voix se font plus denses, plus présentes, dans un crescendo progressif. Essentiellement des étudiants qui s’égaillent en volées de rires partagés.
Nous partons vers la périphérie où l’effet acoustique inverse va se faire sentir, un decrescendo lié à la raréfaction progressive des passants, un apaisement sonore que la nuit renforce sans doute.
Arrêt Point d’ouïe, moment fort du parcours, sous un nœud routier où les rings distribuent nombres de véhicules, quelques mètre au-dessus de nos oreilles. La scène acoustique nocturne est saisissante, entre chuintements tout autour de nous et d’incroyables claquements, grondements, infra basses rythmées juste sur nos têtes. Impressionnant, même pour les carolorégiens qui n’ont finalement pas l’habitude de s’arrêter sous des rings pour en écouter leurs sauvages plaintes nocturnes. J’installerai en contrepoint, de façon éphémère et en décalage, des sons d’une forêt francomtoise et une histoire d’Écho cherchant désespérément à séduire l’inatteignable Narcisse.
Nous longerons ensuite cet entrelacs sonique pour nous éloigner encore un peu plus du centre ville. Une petite rue s’éclaire à notre passage, ilot très vert, très fleuri,féerie passagère en parfait décalage avec le site environnant hyper bétonné, un petit havre de paix pour l’oreille et la vue. Sans prévenir, au détour de cette ruelle, c’est un champs d’usines en ruines, sombres, inquiétantes, qui servent d’ailleurs visiblement à la fois de squats sauvages et de dépôts d’ordures en tout genre. Acoustiquement, c’est plutôt calme, visuellement, plutôt violent, dans une distorsion, un paradoxe sensoriel. Nous voilà débouchés sur les quais de la Sambre, que nous remonterons vers le centre. Arrêt Point d’ouïe sur des clapotements à nos pieds, des gouttes d’eau tombant d’un surplomb, espace aquatique où les lumières de la villes flirtent avec l’eau, dans des miroitements irisés, comme les sons cette fois-ci plus en adéquation. Ce passage des quais de nuit est un vrai délice, sensoriellement parlant, une autre magie urbain qui vient donner à notre PAS une coloration finalement très sereinement inattendue.

 

37448550381_64cca2e4f9_o_d

©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Remontés sur les hauts-quais, là où s’aménagent moult nouveaux lieux de culture et de loisirs, nous nous retrouvons dans une lumière et des sons plus organiquement urbains. Ce sera notre dernière halte, utilisant mes longues-ouïe et audio-stéthoscopes pour ausculter les sols, les mobiliers et plantations, histoire de finir le parcours en ramenant l’écoute vers une micro matérialité, de promener l’oreille de vastes champs vers des parcelles intimes.
Nous nous retrouverons au final dans un de ces nouveaux lieux disposant du reste d’une excellente brasserie, endroit idéal pour échanger sympathiquement autour de notre expérience d’écoute partagée.

Charleroi a donc conquis mon oreille, à tel point je souhaiterais évidemment prolonger la sonique aventure vers d’autres terrains encore inexplorés pour moi.

 

En écoute, deux portraits sonores de Charleroi effectués lors des repérage du PAS

Charleroi, dedans dehors et Charleroi Song Industries

 

 

Point d’ouïe – Face à la mer

Point d’ouïe – Face à la mer

Sweet SpotIn front of the Sea

 

56420f22-ecf5-4e33-806a-eb5eb5309673-original

 

C’est une illustration, presque une modélisation de mes Points d’ouïe, où le regard comme l’écoute recherchent une forme d’exaltation sensorielle, en même temps qu’une profonde sérénité…

C’est aussi un geste récurrent chez moi, que de placer une, ou des chaises, à un endroit acoustiquement stratégique, et d’y capter avidement le bruit du monde, ou d’une parcelle de monde. Une radio ouverte sur des ondes toujours en mouvement. Une installation sonore indomptée, à ciel ouvert, et à 360°. Ou bien encore de dénicher des bancs publics pour les transformer en bancs d’écoute, tout à la fois lieux d’échanges et affûts sonores…

Les images, parfois, suggèrent les sons, comme un beau paysage peut les attirer dans une scène d’écoute qui nous met, dans ces micros événements spatio-temporels, dans une profonde connivence avec le monde, si ce n’est une exaltante harmonie fusionnelle…

L’attention à la marche

Inauguration d’un Point d’Ouïe et PAS à La Romieu – Made of Walking 2017

L’attention à la marche

37167296072_e8e30fd04d_k_d

Made of Walking 2017 s’est tenue dans la petite cité de La Romieu – littéralement une toponymie qui nous enseigne du fait que les pèlerins vont (allaient) à Rome en passant par ou en partant de ce village. C’est ici où se sont rassemblés fin août, une quarantaine de marcheurs, dessinateurs, penseurs, écoutants, venus de différents pays. Des ateliers en marche et réflexions se sont déroulés une semaine durant, de jour, de nuit, poétiques, philosophiques, méditatifs, militants, déambulants.
http://www.themilena.com/pdf-files-projects-the-milena-principle/s-programme-FR-MOW-La-Romieu-final.pdf
Le village de La Romieu est aujourd’hui une étape de pèlerinage importante, non plus vers Rome, mais pour Saint-Jacques de Compostelle. Son patrimoine bâti, un ensemble collégial classé au patrimoine mondial de l’Unesco, un lavoir gothique, la beauté de ses paysages alentours, font que le village constitue un lieu de rencontre symbolique pour tester, pratiquer et célébrer moult formes de déambulations pédestres.

36942693450_abd04fca35_k_d

Comme à mon habitude, et d’autant plus que le séjour se déroule sur une semaine, je m’installe progressivement dans une forme d’immersion. Il s’agit pour moi d’errer de ci de là, tôt le matin, dans la journée, à nuit tombée. Je marche bien sûr, mais aussi prends la mesure de la vie sonore des lieux en m’asseyant sur les différents bancs qui ponctuent La Romieu, de pierre (mon préféré), de bois ou de métal. Mes oreilles sont toujours titillées par l’excitation de découvrir un lieu inconnu, que j’écoute, mais regarde aussi avec une certaine gourmandise sensorielle. J’adore les rencontres, les échanges, avec mes logeurs, les habitants, les commerçants – où trouver ceci et cela, entre autres des spécialités locales, à manger comme à boire. Les spécificités culinaires et viticoles, les produits du cru, j’y ai découvert le melon de Lectoure, de succulents fromages de chèvre locaux, véritables régals, sont un autre patrimoine qui possède pour moi de vraies valeurs repères pour comprendre et bien se sentir dans un territoire.

Mais il faut également entrer dans l’histoire, petite ou grande, ancienne ou en cours, pages couvertes de récits au quotidien, que la marche révèle au fil des pas. Et l’histoire de La Romieu est riche, son architecture en témoigne, mais aussi cette belle légende des chats d’Angeline, et la présence en chair et en os de Rimbô, le célèbre félin, chat fétiche et très âgé du village, à qui une équipe d’artistes a même dédié un parcours géolocalisé.
La Romieu se tisse à mes oreilles des sons du jour comme de la nuit, la cloche de la Collégiale égrenant ses tintements, son Angelus, les terrasses des restaurants qui s’ouvrent et se ferment, avec les clients qui discutent sous les arcades séculaires autant que joliment réverbérantes, un lavoir qui glougloute dans un écrin de verdure bruissonnant, des pas, des rires, un village qui s’anime et s’endort au fil des heures, l’acoustique de ses ruelles très serrées peuplées de pigeons qui s’envolent effarouchés, des nids de jeunes hirondelles pépiantes, lovées sous les toits… C’est ainsi que se dessine, par bribes, l’histoire sonore du lieu, la mienne en tous cas, mais aussi celle que je tenterai de partager avec le plaisir sans cesse renouvelé d’ausculter en groupe l’audio biotope du village, et sa poésie auriculaire intrinsèque.

L’un de mes objectifs, outre de procéder à des PAS – Parcours Audio Sensible, un nocturne et l’autre diurne, est aussi de repérer, de choisir un Point d’ouïe remarquable, afin de l’inaugurer officiellement.
Le premier PAS fut nocturne. Nous sommes entrés dans une douce histoire sonore, au moment où s’endort le village, où des voix et des sons de télé sourdent des fenêtres, où Écho s’installe pour quelques instants dans une intime ruelle, par le biais d’une micro installation sonore éphémère, où l’on ausculte le sons de nos pas sur les graviers (hommage à Pauline Oliveros) via des « longues-ouïes ». Nous auscultons aussi les chants secrets de la végétation, des arbustes, des pierres… Nous plongeons un instant dans la nuit peuplée d’une multitudes de chants d’insectes et autres discrets nocturnes. Le bas du village nous livre un incroyable moment de silence, instant si rare aujourd’hui. Nous finissons notre parcours sur la terrasse désertée d’un bar, pour communier dans l’écoute une dernière fois, ensemble, dans le calme du village…
Le second parcours fut diurne, et donc sensiblement différent. Nous entrons dans les résonance du cloître de la Collégiale, écoutons ici aussi le son de nos pas dans le déambulatoire, auscultons les végétaux du jardin et la pierre de l’édifice. Nous déplorons la « musique de fond » qui écrase et annihile la pourtant belle acoustique de l’église. Dans la somptueuse chapelle peinte, nous jouons avec l’acoustique, par un chant diphonique, et surprise, une réponse chantée nous parvient du haut des escaliers de la tour, où un homme, accompagné de son fils, joue lui aussi avec les résonances des lieux. Une belle et inopinée réponse vocale que nous conserverons dans un recoin de l’oreille.
Chacun de ces deux PAS, si différents fussent-ils, nous entrainent, nous embarquent dans une trame sonore spécifique à La Romieu.

37340264655_ef7750bf32_k_d

Arrive alors le jour de l’inauguration officielle du Point d’ouïe. Ce dernier à été finalement très vite choisi. Il s’agit du magnifique lavoir gothique, en contre-bas du village. Ce site s’est très vite imposé à moi, enceinte aquatique, verdoyante, oasis de calme peuplé, selon les heures, des chants d’oiseaux, d’insectes, des glouglouttements de l’eau, du vent dans les arbres environnants, très prégnant ce jour-ci. D’ailleurs, d’autres artistes avaient choisi ce lieu pour installer leur voix dans une très longue et performative lecture publique de Peter Jaeger, ou pour jouer en contrepoints avec le plic-ploc ambiants et de nouvelles gouttelettes installées par Inge van den Kroonenberg. D’autres encore y reproduiront des gestes séculaires du pliage des draps.
Ce nouveau Point d’ouïe est inauguré en présence de Monsieur le Maire de La Romieu, de l’élue à la culture, d’un élu du Conseil Régional, des représentants de l’association culturelle le bouc qui zouke, d’habitants et des marcheurs de Made of Walking.
Nous y soulignerons que, au-delà du côté symbolique, voire anecdotique, de cette inauguration, c’est une forme de militance pour la belle écoute, la protection de tels lieux, y compris acoustiquement, le plaisir de ré-écouter nos espaces de vie. A cette militance écologique, cette prise de position ancrée dans une écologie sonore telle que l’a pensée Raymond Murray Schafer, viendra s’ajouter de façon plus impromptue, celle d’une militance pour la cause féminine, mélangeant ainsi quelque peu les torchons et les serviettes, ce qui est presque « normal » dans un lavoir. Ainsi se croisent inopinément deux revendications, l’une liée à l’écoute, l’autre à la cause des femmes, dans l’espace symbolique du lavoir, lieu de travail, lieu de rencontres, lieu d’échanges, et ici de revendications.
Comme à l’accoutumée, nous nous rendrons en marche silencieuse vers ce nouveau Point d’ouïe et, après les discours officiels, observerons quelques minutes de silence/écoute collective, non pas commémoratives, mais bien pour acter de l’inauguration de ce nouveau lieu d’écoute à ajouter à la liste de ceux déjà existants.
La mairie, en partenariat avec l’association culturelle locale le bouc qui zouke, matérialisera d’ailleurs le Point d’ouïe d’un panneau in situ.

La carte postale sonore  réalisée durant le séjour est un montage audio de différentes ambiances de nuit et de jour, lors de repérages effectués en solitaire, du centre bourg au lavoir. C’est une vision (audition) très personnelle de La Romieu by Desartsonnants, entre zooms, ambiances, jeux de portails et gouttes d’eau, et bien sûr l’appel quelques chats nocturnes venus saluer mes micros.

36942695070_30c9b53503_b_d

Documents, liens

Vidéo inauguration par ArtFactories : https://vimeo.com/233304865?activityReferer=1

Carte postale sonore, écoutez ici : https://www.mixcloud.com/desartssonnants/lattention-à-la-marche-la-romieu-made-of-walking-2017/

Le Point d’ouïe du lavoir de La Romieu est géolocalisé et répertorié ici – https://www.google.com/maps/d/u/0/edit?mid=1pnyLlyY12C6HeaqKgJhOmLMFM-w&hl=fr&ll=43.983500128879484%2C0.49816358284022044&z=19

 

Enregistrer

Banc d’écoute en duo, Parc de la Tête d’Or à Lyon avec Lucile Longre

 

Jusque là, nous avons régulièrement pratiquer des PAS – Parcours Audio Sensibles en duos d’écoute. Une marche, généralement d’une bonne heure, où nous devisions des choses parcourues tout en en gardant des traces via l’enregistrement audio. (https://desartsonnantsbis.com/les-pas-parcours-audio-sensibles-en-duo-decoute/).

Cette fois-ci, en compagnie de Lucile Longre, photographe, preneuse de sons et auteure très attachée à l’environnement. C’est ici une écoute-discussion posée sur un banc que effectuons. Une première en la matière !

Invitation à la marche – Made of walking 2017 à la Romieu (France-Gers)

Avatar de DesartsonnantsDesartsonnants

MADE OF WALKING 2017 – LA ROMIEU (FRANCE) – 27.08 > 01.09.2017
OUVERTURE – RECEPTION – INAUGURATION SOUND WALK SUNDAY – INAUGURATION D’UN POINT D’OUÏE – TABLE RONDE Du bon usage de la marche – ARTIST TALKS. Salon de randonnée en devisant

Nous avons le plaisir de vous inviter à l’ouverture du Festival Made of Walking en présence des 35 artistes internationaux le 27 août à 18h30 et à l’inauguration d’un Point d’ouïe, suivie d’une Table Ronde « Du bon usage de la marche » et du Salon de randonnée parlant, le 30 août à 18h30, dans la salle de fêtes de la Mairie à La Romieu.

—–

MADE OF WALKING 2017 – LA ROMIEU (FRANCE) – 27.08 > 01.09.2017

L’écoute de la Terre inspirera et guidera nos réflexions et expérimentations tout au long du Festival « Made of Walking 2017 » à La Romieu,

SOUND WALK SUNDAY Le dernier dimanche d’août…

Voir l’article original 360 mots de plus

En PAS, ceux d’être

 

 

Je suis un promeneur,

promeneur écoutant,

arpenteur paysageur,

marcheur au gré des sons,

insatiable partageur d’écoutes,

traqueur de choses bien-sonnantes,

guide accompagnateur Desartsonnants,

installateur de micro points d’ouïe,

aménageur de pauses arrêts sur son,

metteur en scène jusque-bruitiste…

 

Petites et grandes oreilles joueuses,

je vous invite au jeu de l’ouïe,

à l’orée du chemin sinueux,

dans la flânerie des grandes villes,

au travers d’amènes villages,

aux confins des forêts séculaires,

au fil des ruisseaux miroitants,

dans de grands parcs labyrinthiques,

au long de murailles circonvenantes,

vers la parole du marcheur devisant,

vers silence de l’écoute partagée,

partout,

portons l’oreille généreuse !

PAS – Parcours Audio Sensible, l’exercice de l’incertitude stimulante

AAEAAQAAAAAAAAUWAAAAJGVlZTA0ZmEyLTE1NzYtNGQwOS04N2EwLWQxMGI4ZGZjYWJhYw

PAS – Parcours Audio Sensible – Transcultures, École d’arts de Mons (Be) – février 2016

 

Ce qui maintient un projet en vie, ce qui conserve et exacerbe l’envie, ce sont les choses qu’on ne maîtrise pas, ou pas totalement. C’est tout ce qui échappe à notre contrôle, qui peut nous faire tomber les préconçus et habitudes  bridant la poésie du geste, et parfois le rêve tant espéré. C’est tout ce que l’on attend pas, et qui, à chaque instant, joue à nous surprendre, à nous faire connaître des égarements superbes.

C’est le terrain inconnu qu’il va falloir découvrir assez vite, pour ne pas trop s’y perdre, ou bien pour s’y perdre, pour en sentir la substance sensible, au-delà ou en de ça du paysage, de ses sons, de ses apparences, d’ailleurs souvent trop apparentes.

C’est la pluie, le vent, la lumière, la fraîcheur ou la canicule, l’environnement capricieux qui, à chaque PAS, remettent le rythme de la marche en question et la participation même d’autres marcheurs, stimule ou éteint l’énergie de chacun, consolide ou fragmente le groupe.

Ce sont les rencontres, fortuites ou programmées, celles du repérages, celles des marches collectives, celles en marge, qui précèdent ou qui prolongent. C’est de l’humain au corps du projet, avec toutes les interrogations possibles, qui naitrons ou resterons en suspend.

Ce sont les apprentissages des lieux, le fait de se sentir heureusement Candide et fragile, face à des terrains riches, car intrinsèquement semés d’incertitude.

C’est l’itinéraire que l’on trace, que l’on dessine, que l’on projette, que l’on suivra au pas à pas, ou pas, que l’on modifiera à l’envi, au gré des aléas, contretemps, ou joyeuses surprises.

C’est l’événement qui fera qu’au lieu de passer ici son chemin, on s’y arrêtera, brièvement, ou très longtemps, quitte à chambouler radicalement l’ordre des choses.

C’est tout ce qui fait qu’avant chaque nouveaux départ, il nous faudra garder en tête le fait de savoir jouer à l’improviste, d’adapter nos PAS aux caprices des choses, d’aller vers où on ne pensait pas, de rester ouvert, yeux, oreilles, corps en éveil, à toute chose mâtinée de sérendipité; en bref, de se garder  une marge d’incertitude.

 

 

Points d’ouïe et paysages sonores partagés ?

1640368242_a2e7c9e7b5_b

Construire un paysage sonore ?

Un paysage sonore n’est pas monolithique, Il convoque différentes strates acoustiques, esthétiques, sociales, écologiques, entre tourisme culturel et aménagement, pédagogie et création artistique… Je donne ici quelques approches, qui  peuvent, voire devraient s’envisager comme un tissage de différents gestes et postures.

– Des lieux révélés à l’oreille au cours de PAS – Parcours Audio Sensibles, leurs sources et ambiances sonores, leurs acoustiques et événements…
– Des ateliers d’écoute collective favorisant des échanges sur la qualité, ou les dysfonctionnements de nos lieux de vie.
– Un sujet valorisant la, les mémoires (vivantes) des lieux,des récits de vie liés au patrimoine industriel, aux différentes communautés, ethnies, aux mémoires et traditions locales…
– Une façon de parler de l’écologie sonore, concept et mouvement de Raymond Murray Schafer, de considérer des espaces urbains, périurbains, naturels, comme des lieux où nous devons prôner, conserver, voire aménager des espaces de belle écoute.
– Une approche esthétique conviant des artistes sonores plasticiennes, musiciens puiser dans les sources sonores pour composer, créer des installations sonores in situ… Une représentation artistique liée à un territoire en écoute.

 

Point d’ouïe, une harpe éolienne lyonnaise

« En priant Dieu qu’il fit du vent… »*

Grange-Blanche_IMG_6224
Le principe de la harpe éolienne est (presque)  vieux comme le monde. Des cordes ou des boyaux tendus sur une caisse de résonance qui chantent sous le vent. C’est tout simple, et c’est magique ! Des luthiers de tous temps, y compris contemporains (voir les liens en pied d’article) ont imaginé des objets surprenants, captivants (capti’vents), tant par leurs esthétiques que par leurs sonorités.
Ces instruments libertaires, en pleine nature ou dans une ville, échappent en grande partie à notre contrôle, n’obéissant qu’à leur Dieu Éole, ce qui les rend encore plus fascinants. Musique des lieux qui ne se fait entendre que lorsque la brise ou la bise s’en mêlent.
Parfois, de façon inattendues, ce sont les haubans d’un pont, un échafaudage métallique ou d’autres structures érigées ici et là qui se mettent en vibration sous les caresses d’Éole.
A Lyon, métro Grange Blanche, c’est la sculpture cybernétique de Nicolas Schöffer. qui se transforme à certains moments en instrument éolien géant. A l’origine, le cybernétisme de la tour traduit une interaction, via les mouvements des voyageurs et des rames de métro, qui anime visuellement la sculpture via des néons colorés dont les teintes et les rythmes d’allumages fluctuent selon l’activité humaine et mécanique. Mais ce que j’aime tout particulièrement, ce sont ses longues plaintes, sortes de sirènes urbaines cherchant un Ulysse à envoûter les jours de grand vent. L’effet est-il pensé à l’origine, ou simple heureux hasard né sous le caprice des vents ? Peu importe, ces ambiances sont bel et bien magiques. Il ne me reste plus, pour vous le prouver, qu’à réaliser un enregistrement le moment opportun, et forcément imprévisible, sauf peut-être à consulter régulièrement la météo locale pour avoir un magnétophone en ce lieu et  à cet instant venté.
Par curiosité
* Citation empruntée à Georges Brassens « L’eau de la claire fontaine »

Points d’ouïe, vers une éco-écoute sensible, sociale et politique

17828026848_35a0746c7d_o

PAS – Parcours Audio Sensibles, Points d’ouïe et paysages sonores partagés, vers une éco-écoute sociale et écologique

Dés le milieu des années 80, les rencontres que je fis, notamment avec Elie Tête et l’association ACIRENE, m’ouvrirent tout un champ de pensée, d’actions, que je ne pensais pas alors si durables, voire essentielles aujourd’hui.
C’est à la lumière des travaux de Raymond Murray Schafer que nos réflexions, recherches et constructions se firent, m’engageant d’emblée dans une démarche liée à l’écologie sonore*.
Aujourd’hui, plus que jamais, face à des réels dysfonctionnements, pour ne pas dire dangers qui guettent nos sociétés, tant écologiquement que géo-politiquement, les deux étant d’ailleurs souvent liées, mes simples PAS – Parcours Audio Sensibles, si ils ne révolutionnent pas les modes de pensées et d’agir, s’inscrivent franchement dans une démarche politique et sociale. Ré-apprendre à écouter, à s’écouter, à écouter l’environnement, à sentir ce qui reste en équilibre, ce qui dysfonctionne, ce qui est devenu véritablement intenable, ce qui crée des liens, ce qui les mets en péril, ce qui peut être pris comme modèle esthétique, social, partageable, aménageable… Le monde sonore ne peux plus être, selon moi, pensé dans une seule visée esthétique et artistique. Il nous avertit par des signes ou des disparitions, des hégémonies et des déséquilibre, par une série de marqueurs acoustiques, des dérèglements sociaux et écologiques. La raréfaction des silences, ou tout au moins des zones de calmes, l’homogénéisation d’écosystèmes, l’accroissement des villes mégalopoles, avec leurs sirènes hurlant nuit et jour, la violence des affrontements et des armes ici et là… tout un ensemble d’alertes qui, malgré la résistance d’oasis sonores, nous obligent à considérer notre environnement, et global, comme sérieusement menacé de toutes parts.
Emmener des promeneurs écoutants au travers une cité, dans une zone d’agriculture céréalière intensive, ou ailleurs, c’est forcément les confronter, à un moment ou à un autre, à des situations d’inconfort, et parfois de stress. Les questions qui suivent ces déambulations le confirment bien d’ailleurs.
Sans tomber dans les excès d’une dramaturgie du chaos, un anthropocène omniprésent, on ne peut rester insensible à des phénomènes d’amplification, ou de raréfaction, qui se traduisent à nos yeux comme à nos oreilles.
Le promeneur écoutant, même s’il le souhaiterait bien intérieurement, ne peut plus se retrancher derrière une cage dorée pour l’oreille, territoires idylliques, âge d’or d’une écoute peuplée de chants d’oiseaux, de bruissements du vent et de glouglouttis des ruisseaux.
L’acte d’écouter est bien liée à l’écologie, au sens large du terme, voire de l’écosophie façon Guattari Deleuze, qui décentre l’omnipotence humaine pour replacer l’homme dans une chaine globale. Chaine qu’il faut aborder avec des approches environnementales, sociales et mentales, économiques, si ce n’est philosophiques, donc éminent subjectives et diversifiées. Prendre conscience de l’appartenance à un tout au travers une a priori banale écoute replace, modestement, l’écoutant dans un rôle de producteur/auditeur et surtout acteur de ses propres écosystèmes, fussent-ils auditifs.
La démarche liée au paysage sonore implique que le son soit pensé à l’échelle d’un paysage en perpétuelle construction, évolution. Un paysage où le jardinier aurait pour rôle de préserver, d’organiser sans trop chambouler, de cultiver des ressources locales, de retrouver et de partager du « naturel », d’éviter l’envahissement hégémonique, de préserver la diversité… Imaginons filer la métaphore paysagère et jardinière avec la notion, ou le projet d’un jardins des sons. Un espace abordé non pas comme un simple parc d’attractions sonores ou d’expériences ludiques, mais comme une forme approchant les systèmes ouverts, favorisés par exemple par la permaculture. Un espace (utopique?) où il y aurait des friches sonores, sans pour autant qu’elles soient colonisées par la voiture ou la machine en règle générale, où il y aurait des accointances favorisées, entre le chants des feuillages dans le vent, des espèces d’oiseaux et d’insectes liés à la végétation, les sons de l’eau, liés à des topologies d’écoutes, des Points d’ouïe aménagés de façon la plus discrète et douce que possibles, façon Oto Date d’Akio Suzuki. Appuyons nous sur des modèles « naturels », qui pourraient servir à concevoir l’aménagement au sein-même des villes tentaculaires, alliés aux recherches scientifiques, acoustiques, économiques, dans lesquelles l’écoute serait (aussi) prise en compte d’emblée, comme un art de mieux vivre, de dé-stresser les rapports sociaux. Recherchons une qualité d’écoute tant esthétique qu’éc(h)ologique, en rapport avec les modes d’habitat, de déplacements, de travail, de loisirs, de consommation, de nourriture… Conservons des espaces d’intimité où la parole peut s’échanger sans hausser le ton, ni tendre l’oreille. Il ne s’agit pas ici d’écrire une nouvelle utopie d’une Cité radieuse de l’écoute, bien que… mais de placer l’environnement sonore en perspective avec un mieux vivre, un mieux entendre, un mieux s’entendre, un mieux communiquer, un mieux habiter, ou co-habiter. Il faut considérer le paysage sonore à l’aune des approches économiques, des savoir-faire, de la santé publique, des domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la recherche, tant en sciences dures qu’humaines. Il nous faut l’envisager dans une approche globale, systémique, où l’humain et ses conditions de vie restent au centre des recherches.
A chaque nouveaux PAS, je me pose, et pose régulièrement et publiquement la, les questions liées aux lieux avec lesquels on s’entend bien, on se sent bien, que l’on voudrait conserver, voire installer, aménager ailleurs. A chaque fois, les réponses sont diverses, même divergentes, prêtant à débat, mais en tout cas très engagées comme une réflexion sur la nécessité de considérer le monde sonore comme un commun dont nous sommes tous éminemment responsables, pour le meilleur et pour le pire.
L’écoute d’un paysage, sans forcément l’ajout d’artifices, le fait entendre ses pas sur le sol, sur différentes matières, sa respiration mêlée au souffle du vent, ses gestes et sensations kinesthésiques qui construisent des cheminements singuliers, intimes, mais aussi collectifs et partageables, sont des prises de conscience de nos corps et âmes éco-responsables d’un environnement qui concerne aussi nos oreilles. Ces gestes de lecture-écriture territoriales en marche, tentent de mettre en balance les lieux où il fait « bon vivre », dans un bon entendement, comme les lieux plus problématiques, plus déséquilibrés. Une des question étant de savoir comment les premiers pourraient sensiblement et durablement contaminer les deuxièmes, et non l’inverse. Comment de ce fait, le politique, l’économiste, l’aménageur, mais aussi le citoyen, peuvent mettre l’oreille à la pâte, dans une action où le son n’est certes qu’une infime partie d’un système complexe, mais néanmoins partie importante pour l’équilibre social.

* https://www.wildproject.org/journal/4-glossaire-ecologie-sonore

 

22737949963_a75064d040_o

Enregistrer

Points d’ouïe en marche, la Sant’Efisio à Cagliari

17194570759_a9639c9814_k

Une journée Oh combien sonore !

Voici une trace sonore de ma Sant’Efisio, des mouvements, des séquences, une longue marche du bas de la ville en haut, puis redescente, des chemins de traverses, déboulés sur la procession, éloignements, mixages en marchant…

Beaucoup de récurrences sonores, voix, musiques, chevaux, des cloches et des cornes maritimes, encore des voix… Des prières et des chants, dedans dehors, des espaces acoustiques, des ambiances…

Je prends le temps de dresser le décor, au rythme de mes pas, des espaces traversés, intermédiaires, des transitions urbaines, des scènes jalonnant mon périple urbain.

J’alterne le sacré, la procession, le cortège, et des espaces plus profanes, dans des ruelles en dehors du cortège, où je trouve d’autres ambiances festives, en résonances.

Parfois, j’accompagne le cortège, suis les sons à la trace, leurs colle aux basques, parfois je les attends de pied et d’oreilles fermes, je les laissent venir à moi, dans leur imposant et chatoyant défilé.

La langue italienne, en cette ile Sarde, dont je ne comprends pas un mot,  résonne d’autant plus autour de moi comme une musique vocale locale.

Les costumes aux couleurs rutilantes font en ce jour écho aux sons de la ville de Cagliari en liesse.

Je zoome et dézoome, m’approchant ou m’éloignant des sons à l’envi, toujours dans l’idée d’une marche curieuse et mouvante, cherchant tantôt le détail, tantôt l’ambiance plus large, voire le panoramique…

Je navigue au gré des son, et de mes envies, comme une sorte d’aimant attiré par les bruissonnances et les images de ce foisonnant défilé religieux.

Il s’en forme progressivement une sorte de vaste carte postale sonore façon desartsonnante, sans itinéraire préalable, ni Point d’ouïe fixe, ou très fugitivement, qui suit les méandres d’un marcheur  fasciné par Cagliari et cette fête bouillonnante.

Feu d’artifice sonore final, un concert de cornes de bateaux salut le Saint qui quitte la ville.

Plus tard dans la nuit, alors que la procession est déjà loin, place de la Convention, un dernier Alleluhia, façon Léonard Cohen, fait écho à cette longue journée Oh combien sonore !

Article précédent concernant Cagliari et le projet Européen « Le Paysage sonore dans lequel nous vivons » https://desartsonnantsbis.com/2017/05/22/points-douie-sardes/

 

 

Prenez en, de la graine !

Prenez en, de la graine !

20155783_695857477281412_6411127335671427467_n

 

Prenez en, de la graine !
Suivant cette injonction, nous l’avons donc fait.
Nous avons cueilli, mis en sachets, décortiqué, regardé, scruté, nommé, ou pas, étiqueté, dessiné, crobardé, photographié, enregistré, marché, de massifs en massifs, discuté, commenté, touché, raconté, imaginé, cueilli de nouveau…
Phlomis, sauge sclarée, chardon bleu, Pyretrum dite pâquerette, blanche, ou mauve, Triforium dit trèfle (en principe à trois feuilles), plantain major ou lancéolé, laitue et épinard sauvages, silène enflée… Petite liste incomplète en litanie fleurie, herbacée, boisée; premier voyage au gré des noms botaniques, récits à l’exotisme enraciné sur divers terrains terreaux.
On rêve à semer plus loin, toujours plus loin, transit de plantes voyageuses et essaimantes, un sachet glissé dans nos poches ou bagages. Graines furtives et avides de nouveaux espaces humus habitables.
On trie encore, pour tenter de se souvenir, classement de formes, matières, couleurs, odeurs, graines-crottes de palmiers, ailettes du pissenlit, gousses explosives de je ne sais plus qui; à chacun sa semence disséminée au gré du vent, des insectes, de digestions fermentations défécations…
Parfois nous mixons, espérant une nouvelle micro prairie fleurie, jusqu’à portée de balcon.
Construisons le voyage, physique ou symbolique, de madame graine, pas pour autant mauvaise graine, nous nous garderons pour l’instant de trier le bon grain de l’ivraie, toute particule reproductrice ayant son droit au sol, jusqu’à prendre racine, si nécessaire.
La graine accrochée aux semelles, dans les pattes d’une abeille ou le ventre d’un rongeur, emportée par le vent ou virevoltante hélice tourbillonnante, se garde toujours une part de clandestinité – graine d’altérité féconde ou chaque pousse naissante maintient en vie la diversité et complexité d’écosystèmes fragiles.
Parfois cependant, l’espèce arrive en force, et se fait invasive, déséquilibre d’une domination en herbe qui ne cessera hégémoniquement de croître, et qu’il faut bien maîtriser quelque part, question d’éthique, d’éthique botanique…
Avant la dissémination urbaine, la contamination joyeuse d’espaces friches, délaissés à la flore libertaire, plate-bandes sans doute trop sages, jardinières désertées, il nous faut raconter encore, dire de l’herbe folle, s’imaginer corps ambulants, avant que de trouver refuge en des sols fertiles. Si le désert est beau, la plante est plus nourricière.
La métaphore nous guette, prenons en, de la graine !

 

20108474_695855817281578_8901190563892614548_n

 

Texte écrit par Gilles Malatray, suite à la récolte du dimanche 16 juillet 2017 « Égrainer les chemins » – Grand Parc de Miribel Jonage l’Iloz et Jardin des Allivoz et Abi Abo. Avec Damien Lamothe, Pierre Gonzales, Jérôme Dupré la Tour, Gilles Malatray/Desartsonnants, et d’autres cueilleurs de tous âges

Avatar de DesartsonnantsDesartsonnants

20155783_695857477281412_6411127335671427467_n©Dessin de Jérôme Dupré Latour – Abi Abo

Prenez en, de la graine !
Suivant cette injonction, nous l’avons donc fait.
Nous avons cueilli, mis en sachets, décortiqué, regardé, scruté, nommé, ou pas, étiqueté, dessiné, crobardé, photographié, enregistré, marché, de massifs en massifs, discuté, commenté, touché, raconté, imaginé, cueilli de nouveau…
Phlomis, sauge sclarée, chardon bleu, Pyretrum dite pâquerette, blanche, ou mauve, Triforium dit trèfle (en principe à trois feuilles), plantain major ou lancéolé, laitue et épinard sauvages, silène enflée… Petite liste incomplète en litanie fleurie, herbacée, boisée; premier voyage au gré des noms botaniques, récits à l’exotisme enraciné sur divers terrains terreaux.
On rêve à semer plus loin, toujours plus loin, transit de plantes voyageuses et essaimantes, un sachet glissé dans nos poches ou bagages. Graines furtives et avides de nouveaux espaces humus habitables.
On trie encore, pour tenter de se souvenir, classement de formes, matières, couleurs, odeurs, graines-crottes…

Voir l’article original 272 mots de plus

Carnet de sentiers

174362589_a60128fc31_b_d
Le terrain est un immense laboratoire à ciel ouvert.
La marche est un exercice sans cesse renouvelé, un dispositif, un processus à la fois simple et complexe.
La marche est également une création en mouvement, combinée à l’écoute, comme un acte d’écriture sonore indissociablement liée au territoire. C’est ainsi qu’elle franchit le PAS – Parcours audio Sensible.
Avec chaque marcheur impliqué à un moment ou à un autre, dans chaque lieu arpenté, nous œuvrons à construire des pièces singulières, Points d’ouïe spécifiques, esthétiques, vécus en chemins d’écoute.

Les sentiers de l’écoute

Dans un modeste PAS

138560653_f767e663a5_z_d

Le sentier, ou plus joliment dit la sente, est pour moi une possibilité, une discrète voie offerte, ou à m’offrir, pour quitter l’arrogance de la Cité, l’imposition de la rue, et même la sagesse du chemin, fut-il de traverse.

C’est ainsi une façon de me laisser gagner par une douce forme d’insécurité, que je ressens intérieurement comme féconde et revitalisante.

Sortir des sentiers battus ne me fait pas pour autant emprunter les sentiers de la guerre, tant s’en faut !

Sentir n’est pas forcément parcourir le sentier, même si cette idée qui m’effleure, faussement étymologique, ne m’aurait pas déplu, bien au contraire !

La sente, étymologiquement Semina, n’est pas sans me rappeler la semence, la fertilité, comme une modeste mais généreuse offrande au corps et à l’esprit.

L’arpentage de multiples sentes m’a fait, et me fait encore, découvrir quantité d’infimes parcelles de paysages. Paysages qui m’échappent sans cesse, s’estompant au détour d’un buisson foisonnant, d’un muret moussu, d’un jardin abandonné, et filant vers d’autres espaces replis, où mon oreille-même peut s’en trouver surprise, désarçonnée dirais-je innocemment.

Si la sente existe bel et bien, le verbe senter n’a pas que je sache d’acception, alors que, par le jeu de l’homonymie, il crée, par cette facétie, une relation des plus intéressantes.

Le sentier me fait prendre de travers de vagues terrains ou des terrains vagues, avec parfois la poétique du vague à l’âme, un quasi effet Wanderer, qui pourrait m’entrainer en des terrains à peine défrichés, donc à peine déchiffrés. Un PAS de côté que je fais et refais à l’envi

C’est alors que je me rends compte qu’il me reste tant de choses paysagères à lire et à relire, pour mieux pouvoir les écrire, dire et redire.

La sente me met également à l’épreuve de l’intime, de mon intimité, quitte à accentuer positivement mes propres indécisions, incertitudes et contradictions.

Son étroitesse sinueuse ne m’offre souvent que des perspectives restreintes, me ramenant à jouir de l’instant présent, sans autre motivation qu’un plaisir immédiat – Carpe Diem (quam minimum credula postero), pour m’échapper un moment au stress ambiant in progress. Lui échapper n’est pas cependant le fuir.

Et en ce qui concerne mon écoute, mon écoute en sentier, je tente de la contenir humblement aventureuse, pour éprouver, ou opérer la syntonie de discrets espaces, tout à la fois physiques et mentaux.

Dans un infime craquement, ruissellement, chuintement, le paysage en sentier s’accommode de peu, voire fuit sans détours l’exubérance sur-enchérissante.

Je retrouverai celle-ci au premiers détours de la ville, car paradoxalement, elle me manquerait bien vite, et je fais là un grand écart assumé.

Néanmoins, emprunter un sentier me fait me retrouver au cœur d’un paysage, y compris sonore, en règle général paisible, sans trop d’artifices, qui me replace, dénudé d’une pesante vanité, dans une chaine bien vivante. Et c’est dans cette chaine complexe, que la sente contribue à me rappeler, régulièrement, le fait je ne suis in fine qu’un très modeste et infime maillon, promeneur écoutant impénitent.

 

PAS – Parcours audio Sensibles, le dynamisme du simple au complexe

La meilleure façon de marcher?

35671563736_562c3e4d21_z_d

Plus je déroule mes PAS, enchaine mes marches, plus leur processus se révèle dans une bienveillante et rassurante simplicité, et plus les paysages, en particulier les paysages sonores, se dévoilent dans une complexité aussi jouissive que stimulante.

Un PAS – Parcours audio Sensible – Gare de Perrache à Lyon

C’est une forme déambulatoire hybride entre le repérage et une version beta-test, avec quelques consignes à l’appui.
– Le non repérage préalable, une errance improvisée selon les événements et envies de chacun
– L’immobilité sur des points d’ouïe (périodique)
– Le fait de faire en sorte que chacun puisse prendre la main (l’oreille) et devenir à son tour guide.
Consignes qui ne seront du reste pas toutes suivies et appliquées durant le parcours – d’où la version d’essai de cette forme de soundwalk.
Nous sommes un petit groupe de quatre personnes, soit huit oreilles calibrées dans une stéréo élargie. Gilles, promeneur écoutant et hôte, Jérémy, paysagiste, Carole, musicienne intervenant avec de très jeunes enfants et Marianne, opératrice culturelle composent notre équipage de marcheurs écoutants.
Nous sommes dans un territoire lyonnais, à caractère nettement ferroviaire. Une gare dons nous explorerons les devants, derrières, intérieurs, extérieurs, dessus, dessous, transversalités et impasses…
Nous croiserons de nombreuses séquences sonores, et plus encore, singulières, joliment singulières dirais-je même.
Un accordéoniste, au pied de la gare, de ses escalators,que nous mixeront avec les chuintements des fontaines et les voix des passants.
Le refuge d’une voûte plastifiée d’un escalier roulant aujourd’hui immobile.
Une porte coulissante anthropomorphiquement gémissante.
Un « pianiste de gare », serinant péniblement la « Lettre à Elise », non sans la massacrer un brin de ses doigts maladroits.
Un escalier surplombant des quais où piaffent d’impatience et halètent des trains ronronnants.
Un autre quai tout en longueur, sente ferroviaire menant à une sorte de gare jardin presque bucolique, bordée d’oiseaux, espace rompant avec la frénésie des lieux.
Un train qui s’ébranle, d’autres qui traversent l’espace, ballet mécanique et plateforme grondante, nous sommes au centre d’une scène acoustique que n’auraient pas renié les futuristes d’antan.
D’autres jardins terrasses surplombant la ville et, fermés à cette heure-ci !
Un nœud ferroviaire où les rythmes ferraillant scandent ce territoire mécanisé, cette zone de partance et de transit, invitation au voyage. J’adore les gares pour cela, et pour mille autres raisons, dont les sons ne sont sans doute pas de moindres choses.
Un parking, où nous jouons une petite improvisation performance, dans un sas fermé de lourdes portes battantes et grinçantes à souhait. Rythmes, grincements, acoustique réverbérante, polyphonie sauvage, nous embarquons furtivement dans notre petit jeu, façon concert post Pierre Henry, des passants amusés, ou intrigués.
Une autre marmotte pour moi, tester les portes et portillons qui pourront devenir de véritables instruments musicaux, ou tout au moins sonores, en explorer des modes de jeux en solo, ou en mode orchestre de chambre comme ici.
Enfin, retour à notre place initiale, non sans avoir emprunter un long tunnel routier assourdissant, comme un final paroxysmique, en apothéose bruyant. La place nous ramène à un espace qui nous semble dès lors très apaisé, par le jeu des contrastes.
Voici donc, comme de coutume, ce petit carnet de notes, où nos oreilles conjointes, les prises de sons de Carole et photos de Marianne assument leur entière subjectivité !

 

34869717094_34db4d281a_z_d

Concertation/écoute ©Marianne Homiridis

 

34901645703_c7a6d63c85_z_d

Lustre de gare ©Marianne Homiridis

 

35671586856_1781360a70_z_d

Passage couvert ©Marianne Homiridis

 

34869725324_76208a3658_z_d

Trottoir Art nouveau ©Marianne Homiridis

 

35671553626_91a1eeccb3_z_d

Ambiance acoustique en panoramique

 

35711002825_c9dfec6099_z_d

Portes chantantes ©Marianne Homiridis

 

35671563736_562c3e4d21_z_d

Passages ©Marianne Homiridis

 

35542406992_ede5008da8_z_d

Couloirs d’antan ©Marianne Homiridis

 

35671562556_936ce5a1fc_z_d

Point d’ouïe et Point de vue – ©Carole de Haut

En écoute

Point d’ouïe – Les flâneries d’un promeneur solidaire

YrfaJB4tXwdxACRmWAVv9Tl72eJkfbmt4t8yenImKBXEejxNn4ZJNZ2ss5Ku7Cxt

Marcher, même seul, même sans but annoncé, est pour moi un geste éminemment social
Pour cela il me faut
Sortir de ma boite, de mon appartement, de mon cocon, prendre l’air, prendre l’air du temps, l’air de rien, et surtout l’air non conditionné
Faire corps, de pied en cap, avec le monde qui m’entoure, ma ville, mon quartier, mes espaces investis d’écoutes
Regarder au long cours, mon quartier, ou d’autres qui n’en finissent pas de se transformer, en démolitions – reconstructions – requalifications, avec de nouvelles rues, de nouveaux parcs, de nouveaux magasins, de nouvelles personnes, et moult espaces et bâtiments qui s’effacent, pour laisser place à d’autres, ville chantier, ville tentaculaire
Instaurer des sortes de rituels spatio-temporels à mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mais aussi en faisant mes courses, ou en flânant tout simplement
Regarder, sentir, apprivoiser là où je vis, ou ailleurs, les aménités et dysfonctionnements, les apaisements et crispations, les transformations et résiliences
Oser se croiser, se regarder, s’écouter, se parler, s’humaniser urbaniquement, un peu plus encore,
Aller à ma propre vitesse, et à celle des passants non pressés, de mes sensations, sans forcer la marche, dans une forme de décroissance pédestre et mentale assumée
Ressentir des paysages tracés par la relation kinesthésique le mouvement de nos corps arpentant l’espace public
Déambuler de concert, tout en devisant de tout et de rien, façon refaire le monde, ou dans un silence partagé
Saluer des inconnus, leur sourire, au détour d’un parc, d’un sentier, d’une ruelle, et pourquoi pas d’un boulevard, d’une place publique, ou d’une avenue
Sortir des sentiers battus, se surprendre, se laisser surprendre, ou surprendre, par des trajectoires inhabituelles, des écarts poétiques, des gestes décalés, de drôles de situations voire des situations drôles
S’encanailler dans les délaissés touristiques, les recoins de la ville non patrimoniale, non monumentale, en tout cas hors d’une historicité visiblement répertoriée et valorisée en tant que telle
Partager des histoires, des tranches de ville, ou de vie, des récits d’expériences, mais aussi des repas, pique-niques, grignotages dans l’herbe d’un parc, ou sur des bancs, y compris entre deux périphériques
Faire œuvre de pédagogie, transmettre au PAS à PAS, l’écoute, ou d’autre valeurs perceptuelles
Résister, quitte à aller manifestement contre
Se poser sur un banc, ici ou là, tout simplement
S’immerger dans une société qui, pour le meilleur et pour le pire, les longues marches urbaines me le faisant bien voir, reste avant tout ce que nous en faisons, et ce que nous en ferons

La marche, un repérage de territoires sensibles ?

playmobil-funpark-4

 

Il y a peu, nous avons marché en groupe*. Une vingtaine de personnes je pense. Des artistes, écoutants, regardeurs, pourfendeurs, raconteurs, photographes, urbanistes, auteurs, paysagistes… Et plus encore, que je n’ai pas identifié.

Une vingtaine de kilomètres parcourus, dans des routes, chemins, ruelles, lotissements, banlieues, villes presque nouvelles, sentiers, parcs, folles prairies et gentilles jungles, gares, centres commerciaux… Une ville en morceaux recomposée au fil des pas.

Une géographie incluant Massy Palaiseau, Antony, la Plaine de Montjean, Wissous, Rungis, Wissous, Orly… Sans doute pas dans le bon ordre et avec des carences, tant je découvrais le territoire trajectoire.

 

image-plaine-de-montjean_image_mediatheque

Passages frivoles, speed, folâtreries, détours et lignes presque droites, nous jouons avec des figures de trajectoires en mode péri-urbain, que nous empruntons, plus ou moins.
Des paroles, des récits, des « que fais-tu – qui es -tu ? », des connaissances communes qui rézautent à n’en plus finir, des bribes d’histoires au gré de la traversée, parfois trop de paroles sans doute, à perdre de vue et d’écoute les enchainements de situations, d’ambiances, de traces de villes.
Mais néanmoins cela brasse et foisonne de façon quasi jubilatoire.

Un bout d’itinéraire parmi tant d’autres, parmi tant de possibles chemins.

À cet endroit, le repérage laisse entrevoir, voire implique une suite, un prolongement, dénote un projet en chantier, qui nous conduit à attendre une version marchée définitive ou presque, plus ou moins achevée.

La ville se lit en même temps que le paysage s’écrit, parfois dans la complexité digressante des paroles de chacun.
Qui du regard, de l’oreille, de la voix n’a pas histoire à proposer, fragmentée au gré des rythmes accidentés, des hiatus urbanus, des embuches trébuches, de cailloux en herbes folles.

79257478_o

Ici, la problématique n’est pas de tisser une cohérence renforcée par des attitudes concentrées, quasi studieuses, ou au moins perceptuellement attentionnées.

Ici, l’ambiance est sujette à l’aléa d’un groupe qui parcellise les perceptions pour au final, trouver des moyens de malgré tout faire ensemble, dans tous les sens du terme.

Da la lumière de Giverny aux frissonnements des peupliers trembles, des tâches de couleurs saillant sur des façades faux-semblant, des beaux châteaux d’eau au béton léprosé, des rampes à chats descendant des balcons et avec une rampe main-courante s’il vous plait, d’un opéra au style un brin désuet ,jusqu’à l’architecture commerciale Play Mobil, le paysage se construit au fil de la marche. Paysages surprenants, d’autant plus qu’on s’y plonge sans trop de retenue, pour en faire saillir les incongruités, celles-là même qui le rendent au final plus humain, plus attachant, y compris sous d’étranges aspects ou dérapages urbano-arcihtecturaux.

C’est un repérage issu d’autres repérages, effectués apparemment de bien d’autres façons, et que je n’ai pas connues.
.
Le repérage est une forme d’écriture en projet, en action, un Projectum, une forme de prospective qui lance devant elle des idées, des essais de mises en situations, des ressentis-stimuli qui s’additionneront pour entamer une ou des collections, des carnets de notes, donnant corps, incarnat de ce qui deviendra l’Œuvre. œuvre sur laquelle pourront s’encanailler de multiples marcheurs, sur les traces de…

Ici, le repérage revient à ses sources, étymologiquement parlant, un trait, une marque que l’on fait pour retrouver une hauteur, une distance, un alignement, pour ajuster avec exactitude différentes pièces d’un ouvrage. La trace trait est le chemin que suivent nos pieds, qu’interprète notre imagination, ce que brasse le groupe, qui fait ainsi vivre une forme de trajectoire sensible dans un paysage polymorphe.

Le repérage est une lecture sensible, polyphonique, de tracés infinis, mais qu’il faut bien cerner, circonscrire un jour, tout en laissant la possibilité de de les transformer, de les varier, ou d’user de la variation, concernant les itinéraires choisis.

Cette action pré-déterminante est elle-même un processus d’écriture qui convoquera le sensible, autant que puisse se faire, dans la modélisation d’un territoire arpenté.
Chacun n’ayant pas les mêmes formes de sensibilité, l’effet groupe pourra contaminer L’action se révèle, par différents ressentis personnels, où l’œil, l’oreille, la sensation cinétique, l’odorat et le toucher, qui parfois, seront partagés dans un mode d’écriture plurielle et (presque) commune.

Le repérage n’en finit pas de repérer des espaces, de se repérer lui-même, de nous y repérer, pour mieux se construire au final, lequel final fuyant sera d’ailleurs toujours remis en question par une série d’arpentages d’un territoire qui se reconstruira au fil des aménagements successifs.

*Des marcheurs acteurs du Sentier Métropolitain du Grand Paris – http://www.enlargeyourparis.fr/sentier-grand-paris-en-marche/

 

 

À votre sentier les oreilles !

23738841696_719edbf737_o_d

Le sentier, la sente, le passage presque secret, intime, un brin aventureux, dépaysant, à demi-caché, sinueux, embroussaillé, celui tissant un entrelacs d’espaces où l’on a envie de se perdre, ou de jouer à se perdre…

Le sentier peut être également urbain, d’un monde bétonné et asphalté, faufilant ses trajectoires contraintes de bloc en bloc, suite d’allées, cours et placettes, longeant une jungle verticale qui ne se laisserait pas appréhender du premier regard, ni de la première écoute.

Le sentier est un fil rouge, ou vert, ou gris, trame d’un terrain parcours d’écoute incitant à pratiquer des cheminements de travers, piégés d’incertitudes rayonnantes.

Le sentier est souvent un moyen de tendre une oreille canaille en des lieux résistants, qui ne se livrent qu’aux écoutants aimant ou osant sortir du droit chemin.

Le sentier est parfois à peine visible, tout juste lisible, à deviner du bout des pieds par d’infimes traces, quand il n’est pas à inventer.

À d’autres moments, à d’autres endroits,  il est parfaitement marqué, poli, comme patiné et tassé d’une multitude de foulées faisant trace.

À votre sentier les oreilles !

 

1261656539_490d7336bb_o_d

PAS – Parcours Audio Sensible, marcher, écouter, cartographier

Une, des cartographie(s) sonore(s), des écoutes à la carte ?

ob_26989ba39e8e7a55485e84aff5157690_soundmap

Arpenter un territoire c’est originellement le mesurer, le diviser en arpents, mais peut-être également s’y mesurer.
Marcher un territoire c’est aussi en prendre la mesure, du centimètre au kilomètre, pas à pas.
Réduire un territoire à une certaine échelle, c’est amorcer un geste cartographique, l’appréhender « vu de haut », en discerner les contours, parfois les détails.
La cartographie sonore est une cartographie du sensible qui mettra en avant la matière sonore et l’écoute posée sur un espace géographique donné.
La cartographie sonore est un mode de représentation territorial pour et par l’oreille. Elle peut être centrée sur les seules informations auditives, ou venir s’insérer dans une carte plus hétérogène, lui rajouter une couche d’information auriculaire…
Un territoire sonore est un ensemble construit sur des flux, des rumeurs, des émergences… Moteurs, brouhaha, voix, oiseaux… Un mille-feuilles acoustique.
L’échelle de l’écoute peut-être donnée par un jalon stable dans la temporalité, la puissance, la localisation géographique. Une cloche par exemple. Néanmoins cette échelle peut être plus ou moins précise, s’effacer ponctuellement. L’oreille reste le capteur qui mesurera les échelles et plans sonores, non sans une certaine subjectivité, voire une subjectivité certaine.
La ou les signatures sonores d’un territoire cartographié se révèleront autour de « singularités communes ». Des cloches, fontaines, espaces acoustiques spécifiques et enchainements ou ruptures dans le mixage urbain, voix avec intonations, accents, langues, parlers locaux…
Une cartographie sonore demande un certain temps d’immersion pour repérer et comprendre les indices que nous choisirons de représenter, ou d’utiliser comme représentation sensible d’un lieu.
La carte/charte sonore peut utiliser différents modes de représentation, différents médias. Le symbole-pictogramme, le sons lui-même, l’image, le texte/onomatopée, le graphisme décrivant la matière sonore, sa puissance, sa « couleur, sa hauteur, ses déplacements spatiaux et dynamiques… sont autant d’outils cartographiques pouvant être utilisés, mixés…
La mise en place d’une représentation sonore peut-être participative, s’appuyer sur la connaissance des autochtones de leurs espaces de vie, se construire en fabriquant nos propres codes,, outils de représentation, esthétisme… Elle en gagnera d’autant plus à être une création collective, partagée, une œuvre contextuelle, perceptuelle autant que relationnelle.
Nous pourrons développer plusieurs degrés de lecture selon les cartes ou couches empilées – Sources et nature des sons, puissances, rythmes et temporalité, ambiances et couleurs, éléments spécifiques (cloches, fontaines, transports publics…)
La carte pourra se décliner en différents formats ou média – Papier, maquettes/matériaux, supports numériques, formats mixtes…
Ce mode de représentation restera, surtout en ce qui concerne la notion de paysage sonore, éminemment subjectif, comme beaucoup de cartographies du reste.
La parole d’habitants, d’usagers, de visiteurs peut-être inclus comme un élément d’une cartographie singulière. qui s’appuie sur une série de témoignages récits oraux.
La cartographie sonore peut être pensée comme un mode de déambulation, offrant différents chemins, trajectoires d’écoute, précisant des points d’ouïe où s’arrêter, singuliers, intéressants, emblématiques.
A chaque territoire, à chaque arpenteur, à chaque projet et histoire, sa propre carte.
Nous produisons bien là, une véritable écoute la carte en quelque sorte.

Annexes :
– Un panel de cartographies sonores (article Desartsonnants) – https://desartsonnants.wordpress.com/2014/06/27/cartographier-le-monde-a-loreille/
Images

Cartes sonores et dérivés (Article Desartsonnants)http://desartsonnants.over-blog.com/cartes-sonores-et-d%C3%89riv%C3%89s-repr%C3%89sentations-de-la-chose-sonore

Écoutant marcheur, acteur chercheur

33322483813_c102daed51_k_d

Suite à une semaine riche en rencontres avec des chercheurs et laboratoires de recherches, notamment dans des rencontres-actions marchées, une petite pause écriture s’impose.

Il me faut parfois tenter de prendre du recul sur mes propres pratiques pour voir comment elles évoluent au fil du temps et ces expériences, et surtout faire en sorte qu’elles continuent d’évoluer.

Je marche, j’écoute, je triture des idées, malaxe des concepts, écris, partage des réflexions et actions de terrain, marche encore…

Du terrain, de l’action à la réflexion, de l’expérience individuelle ou collective à la cogitation intellectuelle, et vis et versa, la « des-marches » avance, empruntant souvent des chemins de traverse à peine défrichés, ni donc déchiffrés.

Je reprends ici un extrait de texte du chercheur Hugues Bazin*, que je trouve très intéressant dans son approche d’activisme décloisonné.
« … L’acteur-chercheur n’est pas défini par un statut, une mission, une appartenance professionnelle ou sectorielle. Il peut jouer sur ces rôles, mais ne peut se cantonner à une posture entre agent, acteur et auteur. Qu’il vienne du milieu de la recherche ou d’autres environnements socioprofessionnels, sa posture est de nature hybride et se définit par la capacité de construire une démarche réflexive vers laquelle il ira puiser les éléments méthodologiques utiles. Autrement dit, l’acteur-chercheur se définit par l’espace circulaire qu’il crée entre implication et distanciation.
C’est un espace aussi bien social, mental que géographique qui le caractérise comme sujet autonome, auteur de sa pratique et de son discours. C’est dans cet espace que l’on peut s’impliquer tout en impliquant l’autre… »

Revenons de ce fait à la marche et au marcheur écoutant les environnements sonores qu’il a choisi d’investir.

Marcher pour marcher n’est pas une fin en soi, pas plus qu’écouter pour écouter, et au final théoriser ces actions sans volonté d’agir sur le territoire n’est pas très stimulant ni productif. Il faudra que le geste de mettre un pied devant l’autre, comme celui d’ouvrir ses oreilles au monde environnant, engendre non seulement de nouvelles formes de récits, de pensées, mais s’ancrent dans un processus d’aménagement du territoire, autant que faire se peut.

Emmener des personnes écouter la ville, ou une forêt, est un engagement physique et intellectuel dans lequel chaque individu, quel qu’il soit, peut devenir co-auteur d’une petite histoire d’écoute, voire d’un paysage sonore collectif en gestation.

Ensuite, souvent, les rencontres feront le reste. Dans tel ou tel atelier d’écoute en marche, des habitants, géographes, artistes, chercheurs en sciences humaines, élus, aménageurs, seront amenés à croiser leurs gestes de marcheurs écouteurs, leurs ressentis, retours d’expériences personnelles et travaux… Et c’est peut-être à cet endroit que naîtront de nouveaux projets, des actions partagées in situ.

Battre le pavé, courir la campagne, flâner le long des rues, qu’elles qu’en soient les raisons premières, font que le territoire à la fois se révèle et se construit, se raconte et se partage, mais aussi que les réseaux s’étoffent, que les recherches gagnent en profondeur, tout en me laissant dubitatif devant l’étendue croissante de ma propre ignorance.
Du bout de l’oreille, du pied, de l’action, du verbe, le projet devient aussi passionnant que fuyant, chaque rencontre entre des lieux et des personnes dérobant un peu plus des réponses, des problématiques et postulats de départ. L’effet chemin de traverse de l’arpentage du terrain jouant certainement le rôle de questionneur permanent qui nous montre au jour le jour une multitude de chemins possibles, dans un parcours qui n’a de cesse de se modifier au gré de la marche.
Le statut du paysage sonore se trouve à cet endroit confronté ainsi à une belle incertitude.
C’est ainsi que mes propres PAS – Parcours Audio Sensibles, et les productions qui en découlent, se trouvent constamment remis en question, mais qu’ils gagnent de ce fait une in-stabilité jubilatoire.

*chercheur indépendant en sciences sociales depuis 1993, animateur du Laboratoire d’Innovation Sociale par la Recherche-Actionhttp://recherche-action.fr/hugues-bazin/presentation-de-lauteur/

Improbable paysage#1 – Nœuds d’écoute

14074250306_493087ba4d_k_d

Ceci n’est pas un paysage.
Ceci est un amalgame paysager.
Ceci est un jeu.
Ceci est un mixage débridé.
Ceci est un mixage live, d’un seul tenant, non retouché.
Ceci est un mixage live à partir de multiples échantillons paysagers glanés sur Aporee.
Ceci est un voyage dans ma tête, un raccourci sono-spatio-temporel.
Ceci est un rêve de voyage immobile.
Ceci est ce que vous en ferez, ou non, à l’écoute.

14284325748_2fd06230a0_k_d

Situation d’écoute, musée sonifère à ciel ouvert – opus1

Préambule
Je commence aujourd’hui, officiellement à construire mon propre musée des situations sonores.
Je précise ainsi que :
– Chaque situation est singulière, unique, impossible à reproduire, éphémère, et sans doute invisible
– Chaque visiteur se construit sa situation et l’expose à ses propres oreilles
– Cette situation peut être partagée, effectuée de concert, même si elle restera personnelle à chaque auditeur
– Un auditeur est à la fois bâtisseur de situations et réceptacle, avec l’interaction intrinsèque que ces gestes peuvent produire
– Il n’y a pas de règles strictes pour cadrer une action , ni dans les choix spatio-temporels, ni dans les postures adoptées, objets rapportés, sollicitations extérieures… Tout lieu et tout instant, toute circonstance peuvent être considérée comme une scène propice à la construction de ce musée sonifère.
– Les scénographie des espaces sonores varient fortement selon les espaces, les moments de la journée, ou nuit, les saisons, les transformations urbaines, les occupants et leurs occupations, tout en restant reliées par le geste d’écoute-même.
– Le projet est librement ouvert à tous les écoutants potentiels, où qu’il se trouvent
– Il est bon de garder la trace de ces situations, non pas pour les ériger en modèles absolus, mais pour éventuellement que d’autres puissent s’en inspirer, s’en emparer pour en bâtir de nouvelles, en construire des prolongements, des variations…

PDPMARCH2

Situation d’écoute Opus1 – Où je fais mon marché de sons
Le 3 juin 2017
Un marché, vers 10H du matin, place de Paris, quartier Vaise, Lyon 9e arrondissement, un banc sur le marché-même.
Soleil et chaleur.
Le commerce bat son plein, chalandise vocalisée, des voix, des voix, des voix… Même les voitures semblent avoir mis la sourdine !
Scène politique, campagne législative oblige, quelques militants, tracts en main, ici mélanchonistes, là macronistes, tentent de se rassurer avec leurs sympathisants, ou d’appâter les autres, encore des voix, pré électorales celles-ci, ou à venir, dans le silence des urnes.
Le marché et une scène sonore qui met les productions vocales au tout premier plan, couleurs, accents, intonations, haranguent… On y raconte ses potins, marchande, se hèle, rit ou énonce doctement…
L’espace est large, les sons s’y déploient, s’y ébattent, s’y répondent, s’ignorent, se mêlent, s’emmêlent, sans même le savoir, dans une polychromie acoustique – cherchez le détail dans une masse grouillante car organiquement bien vivante.
Cherchez les plans, à côté de vous, à l’autre bout, sans ligne d’horizon bouchée, tant par la gare barrière que la masse sonore impassible.
Un continuum qui résiste en toile de fond, percé d’émergences, elles encore humainement vocales, essentiellement, si ce n’est parfois l’énervement d’un klaxon furibard. Eclat coloré.
Midi, les cloches prennent le dessus de la scène, écrasant tout sur leur passage en volée, mais un joli vacarme qui fait presque danser l’espace.
Puis se taisent, comme regrettant d’avoir trop parler, ou trop fort, sans prévenir. J’en arrive à les regretter, alors que d’autres soulagés reprennent le fil de leurs discours.
Ainsi les voix reviennent en surface, et les voitures en arrière-plan, presque une quiétude après le bel orage cuivrée.
13 heures, l’estompage est amorcé, decrescendo incontournable, des étals claquent, des portières aussi, les voix se raréfient, les voitures reprennent de l’espace, la scène évolue vers d’autres équilibres, eux aussi instables, à saisir dans l’instant.
3 heures d’immersion, comme face à une toile trop grande pour être appréhendée d’un seul coup d’oreille, comme une sorte de fresque à la Géricault, qui nous aurait noyé de prime abord, puis de laquelle on s’extirpe pour plonger vers le détail, histoire de ne pas se laisser engloutir sans résistance.
Diriger l’écoute à droite, à gauche, zoomer sur nos voisins, aller chercher le lointain, si possible, tout en ayant l’air de ne rien faire, sans bouger d’un iota. Ruse d’écouteur anonyme, qui vous pille sans vergogne vos bribes sonores, sans que vous vous en doutiez le moins du monde.
Faire son marché de son sans bourse délier, un bébé  crie de faim ou de colère, deux commerçants chargent de lourdes caisses en les faisant claquer sur les hayons métalliques des camions, les arroseurs du service de nettoyage friturent l’espace par de longs chuintements asphaltés…
Pour cette première scène de ma sono-muséographie naissante, j’aurais pu choisir un espace moins rempli, faisant place à des vides et des creux, des respirations plus apaisées. Mais sans doute le marché s’imposait aujourd’hui comme un début logique, une évidence à portée d’oreilles, un terrain connu aussi, une source qui ne laissera que peu de repos à l’oreille, mais à la fois la sauvera de l’effet page blanche.
Sans doute aurais- je pu également appuyer l’écriture de cette situation par une prise se son.
Mais sans doute était-il plus sage que seules les oreilles soient principalement sollicitées, pour ne pas que les vu-mètres de l’enregistreur ne se montrent trop présents.
Sans doute les trois heures n’ont pas été dans une écoute contemplation sans faille, sans relâche, sans égarements rêveurs, comme toute visite de musée, à l’heure où les sens saturent de matière prolifique engrangées.
Mais voila, c’est au cœur de ce Point d’ouïe lyonnais que s’inaugure, sans autres invités que moi-même, mon musée sonifère, avec la néanmoins précieuse collaboration des lieux et des gens ignorant combien ils m’ont été très agréablement utiles.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°6 – « immobilité, statues de l’écoute »

17352257_10154487408592362_3508116528485917256_n

Public
Solitaire, à 2, en  groupe

Temporalité et durée
De jour, de nuit, durée variable, de quelques minutes à quelques heures

Lieu
Ici ou là, en ville ou en milieu naturel, ailleurs…

Actions


- Choisissez un itinéraire, repéré, ou non; sinon préférez lui une pure errance…
– Mettez vous en marche
– Lorsque vous en sentez le besoin, lorsqu’il se passe à vos oreilles des choses intéressantes, surprenantes, immobilisez vous
– Gardez, autant que faire se peut,  une immobilité totale, quelques minutes, plus, beaucoup plus… Selon l’humeur et la scène qui se joue, votre résistance physique à l’absence de tout mouvement
– Écoutez en vous sentant au centre, le centre, du paysage sonore. Sentez le bouger autour de vous. Ces temps d’écoute immobiles s’effectueront il va sans dire dans le plus parfait silence.
– Repartez lorsque vous le souhaitez, et réitérer l’action autant de fois que vous le désirez

 

Remarques et variations
Si vous effectuez ces actions en groupe, n’ayez pas peur d’être observés avec une certaine curiosité, voire jouez en pour interroger l’espace public et ses passants intrigués.

Si groupe il y a, ce dernier devra rester assez compact pour conserver l’énergie partagée de l’écoute collective.

Un ou plusieurs décideurs pourront proposer des points d’écoute immobiles. Tout un chacun peut le faire à un moment donné après en avoir signalé son intention au groupe.

 

 

Postures – Installations d’écoute(s) collective(s)

Version forestière

34264195932_e3205cf6e7_k_d

Se tenir debout, longuement, immobile, au cœur de la forêt, et l’écouter bruisser. Aujourd’hui, ma recherche questionne les façons d’installer une forme d’écoute performative, via différentes postures physiques et mentales, quelque soit le lieu (nature/urbanité…) et de préférence en groupe.

Version panoramique

28126477643_ffa37881d6_k_d

Belvédère acoustique… Dominer le sujet ? pas vraiment certain d’y parvenir à ce jour…

La question de la posture, ou des postures, comme une façon d’installer de nouvelles formes d’écoute, donc de nouveaux paysages sonores, pose une problématique qui irrigue et alimente mes travaux, tant dans le faire que dans la réflexion. Comment donner vie à une écoute intense, collective, par quelles postures physiques et mentales ? Comment plonger ses oreilles dans une forêt comme en centre ville, en périphérie comme dans des sites architecturaux, en les transformant en scènes auditives, en installations sonores permanentes ? Et par delà, se pose la question de comment partager ces constructions sonores à un groupe, via des gestes performatifs, oscillant entre marche et immobilité ?

Version urbaine

28435036656_5193e683b8_k_d

La notion de groupe partageant une même (in)action, in-action, notamment celle de l’écoute est bien au cœur du questionnement. Comment mettre en place des espaces d’écoute par des formes de rituels, de cérémonies, la création des micro communautés éphémères d’écoutants ? Comment la trace du geste accompli  pourrait, à contrecoup, influencer (durablement) des sensibilités plus actives ?  Autant de terrains restant très largement à explorer… Jeux de l’ouïe, le chantier est vaste et d’autant plus passionnant.

« Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante. »
Marcel Duchamp

Enregistrer

Paysages – espaces sonores, une prolifération mise en récit

3545982332_be2a839ddb_b_d

L’écouteur, et qui plus est le promeneur écoutant que je suis est un vaste réceptacle sonore. Il reçoit en lui, parfois à son corps défendant, via l’oreille et tout un système de capteurs sensitifs osseux, aqueux, neuronaux, des milliers et des milliers de sons.
Par exemple, je suis ici, à ce moment, sur un banc, urbain (moi et le banc), écouteur assis au centre du paysage
moteurs cliquetants
voix à droites, étouffées
voix à gauche, criardes
train devant, en hauteur, sur sa voie talutée, ferraillante, coulée mécanique
bus à l’arrêt, soufflant et haletant
poussettes et planches à roulettes conjointes
voix riantes, derrière moi
claquements des perches de trams sur les lignes électriques…
Il y va d’une formidable accumulation a priori sans fin, exponentielle déferlante.
Fort heureusement, des portes, des masquages, des gommages, des évictions, un panel de filtres psycho-acoustiques, régulent le flux, rangeant au passage dans des casiers le déjà entendu, le déjà nomenclaturé, le (re)connu, et engrangeant et domptant l’inouïe.
Mais à certains moments, le rangement ne suffit plus. Il me faut aller plus loin pour ne pas me noyer  dans une méandreuse galerie sonore, labyrinthique à souhait, pour la requestionner à l’envi.
Peut-être, même certainement user du mot, de la phrase, de l’énonciation, chercher l’incarnation. La parole, comme verbe incarné, ou incarnant, tel un prédicat prenant possession des sons jusqu’à leur adjoindre une vie dans une histoire retricotée.
Le récit s’avance alors.
La parole se déploie, métaphorisant de multiples écoutes où des traces sonores, des particules mémorielles partiellement enfouies, sont réactivées dans des moments d’audition contés.
La ville à cet instant et dans ce lieu, vue et entendue comme un agencement métastasé et proliférant de grincements, de vocalises, de bruissements, souffles, tintamarres, ferraillements, tintements et mille autres sonifiances.
Les sons s’agencent par un récit qui les décrypte, les convoquant dans une forme de matérialité, les reconfigure à la lettre près, à la phrase près, à la métaphore près, néanmoins approximativement.
Le tissage de mots tire les sons vers une vie organique, les extrayant d’une éponge captant sans égards ni filtrages, la moindre vibration acoustique, ou presque, harmonique ou dysharmonique.
C’est l’instant de la matière extirpée d’un magma informel, reconstruite par un récit multiple et ouvert.
Ce sont des flux de vibrations du dehors – la ville, l’espace ambiant, et du dedans – une forme de construction, d’abstraction intellectuelle, sans compter d’innombrables  allers-retours et chevauchements entre ces pôles.
Des cheminements incertains, qui se déclinent au fil d’une mémoire, d’une trajectoire validant les zones d’incertitude, quitte à les prendre pour des réalités, tout en sachant bien qu’elles ne le sont pas, ne le seront jamais.
Nous voila à l’endroit où la matière sonore impalpable se cristallise  comme une cité Phénix renaissant de ses propres ondes.
Nous voici dans l’usinage d’un paysage sonore puisant dans une forme d’immatérialité hésitante, elle-même croissant sur un terreau de sono-géographies fuyantes autant qu’éphémères.
Le récit aura sans doute charge de faire un tant soit peu perdurer ce ou ces paysages complexes.
C’est donc d’ici, assis sur un banc par exemple, stylo en main, à  l’ancienne, que peut se rebâtir un espace sonore parmi tant d’autres, reliant oreille, parcelle de ville, images, stimuli, pensée, à un territoire vibratoire bien vivant.
C’est donc également à cet endroit-ci que les sons matières engendrerons par le récit leurs représentations, toutefois propres à chacun.
C’est sur ce banc de bois, ici en espace stratégique, symbolique, que des trajectoires ponctués d’ingurgitations, d’emmagasinements, de régurgitations, feront que l’écoutant que je suis ne sera sans doute jamais assez repu pour capituler devant une pourtant surabondance chronique.
J’en arrive à penser parfois qu’une forme de  récit, par définition fictionnel, est plus bénéfique que la tentative d’embrasser une insaisissable réalité, bien trop complexe dans sa perpétuelle mouvance. Tout au moins dans un récit qui soit, qui reste nourricier, gorgé d’aménités échappant à une matière trop plombée d’expansions systémiques.
Toujours à l’endroit de ce banc d’écoute, parcelle de ville comme de Monde, point d’ouïe, sweet-spot, mille et une sonorités ne renoncent jamais à me raconter un paysage sonore singulier, un récit auriculaire urbain, écrit et réécrit à ma façon, comme un territoire audio habitus, quitte parfois à rechercher la jouissance dans l’excès magmatique de la chose sonore.

Points d’ouïe Sardes

Chroniques de Cagliari et alentours à l’écoute

 

14194110409_78417ba100_z_d

Contexte
Stage de prise de sons audio naturaliste*, à Cagliari (Sardaigne), encadré par Bernard Fort du GMVL (Groupe de Musique Vivantes de Lyon), accueilli par les Amici della Musica di Cagliari, dans le cadre du projet européen Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons »

Prologue
Arrivés tôt le matin, une journée d’exploration urbaine libre s’offre à nous, pédestre bien entendu. En journée comme de nuit, environ cinq heures d’arpentage du haut en bas de Cagliari, et les pentes n’y manquent pas, histoire de se mettre au diapason de la ville. Ses places et bancs, ses recoins, acoustiques, la langue qui reste pour moi musique des mots, une fête nationale… Mais aussi des couleurs, des odeurs, la mer au pied de la cité. Des espaces resserrés de ruelles en ruelles, des panoramiques offerts sur le sommet d’espaces pentus, une ville qui n’est pas encore investie par les touristes, saison oblige, assez nature, qui me semble de prime abord très accueillante, et qui par la suite se révélera l’être vraiment, le tout sous un soleil un brin frais pour la saison.

Pédagogie, des méthodes, un brin de théorie, voire plus
Dés le début du stage, de nombreuses questions sont abordées, autour des techniques de prise de son, notamment audio naturaliste, du matériel, des méthodes de nettoyage, dérushage, compositions liées au paysage sonore. L’occasion pour ma part de me frotter à des pratiques audio naturalistes, qui ne sont pas forcément dans mes habitudes, ni compétences, et de les comparer avec des expériences plutôt liées aux soundwalks et field recordings anthropophoniques qui me sont plus familières.
Certes la base commune reste l’écoute, néanmoins, le fait de confronter des expériences de praticiens sardes, italiens, portugais, grecs, ne peut qu’enrichir nos propres travaux et réflexions par ces échanges transnationaux.

Captations de terrain
Parce que la théorie à elle seule ne suffit pas à comprendre et savoir faire, il nous faut partir sur le terrain, avec une paire d’oreilles affutées, autant que puise se faire, et son magnétophone numérique, parabole, couples stéréo, et autres dispositifs de prises ce sons.
L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt dit-on parfois, et bien c’est au petit jour, voire avant, à cinq heures du matin que nous nous retrouvons.
Première escapade, une pointe rocheuse du Cap Sant’Elia, qui, après un sentier un brin pentu au départ, nous amène sur un promontoire, site archéologique, dominant joliment la ville. Le jour se lève à notre arrivée. Sur ce site archéologique à la flore typiquement maquis méditerranéen, les oiseaux marins se partagent le territoire (sonore) avec ceux des terres. L’occasion pour sortir de nos sacs les enregistreurs et de capter tout ce qui bouge, ou presque. Nous sommes parfois dans un entre-deux, sur certains versants, où la rumeur de la ville qui s’éveille se mêle aux ressacs de la mer, à tel point de ne plus savoir exactement parfois qui dit quoi, et de fait ce qu’on entend vraiment… Cerise sur le gâteau si je puis dire, alors que j’enregistre ce curieux mélange de fond urbano-marin, se met en marche une soufflerie, au bas d ‘une falaise, incroyablement puissante, au point de gommer quasiment tout autre son du paysage. Entorse à la pratique audio naturaliste et penchants personnels qui reprennent insidieusement le dessus, j’’enregistre consciencieusement cette « aberration sonore » qui vient violemment contrarier le paysage sonore.

15400399863_521d3aa959_z_d

Autre point d’intérêt, pour moi, une cabane dont les planchers en caillebotis de bois sont mis en musique par des centaines de gouttes d’eau; il a plu peu avant notre ascension. Plusieurs prises de sons sous différents angles, pour envisager par la suite la façon de rendre l’ambiance des lieux, ou de tenter de le faire… Et bien sûr les nombreux et incontournables oiseaux locaux, prolixes au lever du jour
Sons dans les besaces, ou plutôt  disques durs et cartes SD, nous redescendons notre butin vers la ville.

8375187907_2018ed4ecd_z_d

Deuxième escapade, tout aussi matinale, la réserve naturelle de Monte Arcosu, gérée par la World Wildlife Fund, à une vingtaine de kilomètres de Cagliari. Une escale incroyablement dépaysante pour nos oreilles, et notre regard, voire tous nos sens. Emmenés par une guide, nous traversons, en voiture, un paysage de maquis méditerranéen, au sein d’un massif de moyenne montagne, en empruntant un chemin assez chaotique, pour nous retrouver dans un véritable oasis sonore. Arrivés à destination, moteurs éteints nous passerons une journée sans aucune trace motorisée, sans aucune rumeur urbaine, et même, chose incroyable, avec un seul passage d’avion au loin. Ici la douce rumeur et tissées d’oiseaux et de ruisseaux, de vent dans les branchage et du crissement de nos pas. c’est je pense la première fois que je ressens une telle quiétude dans un paysage havre de paix, où les oreilles comme les yeux sont  véritablement à la fête. Je profite personnellement de cette journée pour tester différentes techniques et micros, notamment au fil d’un cours d’eau, où je promène des micros X/Y, MS et un hydrophone, auscultation aquatique et aviaire oblige, ou comment raconter le paysage au gré de l’onde. Le retour à la civilisation de Cagliari nous montre combien ce genre de lieu est rare et de ce fait à protéger impérativement, y compris (et surtout) en terme d’écologie sonore.

34441028416_890a4edd09_z_d

Dernière escapade d’écoute de notre séjour, et non des moindres, la procession de Sant’Efisio, le jour du premier mai. C’est une autre cerise sur la gâteau, hors de notre champ d’étude initial, qui nous est offert en supplément si je puis dire. Nous somme ici dans un univers urbain, entourés de sons  propres à l’activité humaines, anthropophoniques diraient certains. nous sommes également dans un cadre lui aussi extraordinaire, une des plus grandes et longues processions du bassin méditerranéen, s’étalant sur plusieurs jours et environ soixante kilomètres. Cet immense cortège dédié à San Efisio part du centre de Cagliari, avec des milliers de participants, hommes et femmes en tenues traditionnelles sardes, bœufs enrubannées et enclochetés tirant d’énormes charrettes de bois enguirlandés, chevaux et cavaliers en grand apparat où noirs rouges et ors rivalisent en riches étoffes … Et puis au niveau du paysage sonore, un monde riche, coloré, tissé de chants et prières, d’ensembles de musiciens jouant des launeddas, flutes à trois tuyaux typiquement sarde, jouées en respiration circulaire, ce qui donne une nappe sonore quasi  ininterrompue, sans compter les sabots des chevaux et bœufs battant le pavé et leurs guirlandes de milliers de clochettes tintinnabulantes. Ajoutons à cela la foule enjouée les applaudissements, les voix chantantes de la Méditerranée, les cloches de midi saluant à la volée la procession, et pour finir, l’incroyable et puissant concert de cornes de bateaux sur le port saluant le départ du saint hors de la ville. Bref une ambiance, un paysage que mes oreilles goûtent avec grand plaisir. Ce jour là, après un repérage la veille, chacun avait choisi ses micros et emplacements, postés ici ou là, sur une place, un balcon, un carrefour… J’ai quand à moi décidé d’être mobile, itinérant, restant dans ma logique de promeneur écoutant, d’arpenteur de bitume. De la tour du bastion la plus haute de la cité, en passant par des places, avenues, jusqu’au port, suivant un groupe, ou l’écoutant passer devant moi, micros collés aux roues de bois d’un char, ou captant un plus large panorama, je teste différentes postures en tentant de capter l’esprit de cette immense fête religieuse. Et la tâche n’est pas facile devant la richesse et la diversité de la scène acoustique.
Les fins de soirées urbaines, hors contexte du stage, ont été pour moi, d’autres terrains d’exploration, de marches solitaires, d’écoute(s), au fil de petites ou grandes places, des bancs, des squares, des chanteurs de rue, des cris enfants, des terrasses de restaurants, de la vie qui se déroule à l’oreille, des ambiances du Sud où dés les premiers beaux-jours l’espace public est animé, bien vivant.

34354760251_ab37930649_z_d

Bref, en 7 journées, Cagliari et ses environs m’auront donner bien du son à moudre ! Et présage de nombreuses heures restant à réécouter, nettoyer, trier, monter, affiner ces cartes postales sonores, qu’elles soient issues d’espaces naturels ou urbains.
Et puis sans doute l’envie de retourner un jour à Cagliari pour saisir tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire, comme dans de nombreux lieux où j’ai posé oreilles et micros, toujours insatisfaits de devoir partir si vite…

Des sons à venir…

9709779539_5cdb9888fa_z_d

*Audionaturalisme

L’audionaturalisme est l’étude et la connaissance de la nature par le biais des sons qu’elle produit. Le terme « naturalisme » est généralement employé de nos jours dans une acception qui l’entraîne hors de la science officielle. Peut-être parce que cette dernière, trop cloisonnée, a rejeté le terme de « sciences naturelles » qui évoque trop la tradition pluridisciplinaire héritée des Lumières, de l’Encyclopédie et des grandes expéditions. On peut dire que les naturalistes sont aujourd’hui plus des connaisseurs de la nature – des pratiquants des sciences naturelles, en somme – que des personnes ayant un statut de chercheur. Dès lors, l’audionaturaliste serait un amateur éclairé (ou un professionnel qui n’est ni biologiste, ni acousticien : ce peut être un musicien, un preneur de son, un animateur…) qui se consacre à l’étude des sons de la nature. En marge du milieu scientifique universitaire, les audionaturalistes poursuivent des activités de description et de connaissance de la nature. Ils se focalisent en particulier sur la connaissance du monde animal à travers la production et l’écoute d’enregistrements sonores

Point d’ouïe et rêve(s) de sons

16157673410_d707a98e93_o_d

Je me suis souvent demandé pourquoi les villes, ou des parcelles de villes, des événements urbains, petits ou grands, exerçaient sur moi une telle fascination auditive.

Les immenses marchés de Tananarive, la fontaine souterraine dite des lépreux à Dole, le carillon de Bruges, l’incroyable procession de San Efiso à Cagliari, les fontaines d’Aix-en-Provence, une transhumance à Aubrac, la grosse cloche de la cathédrale de Lausanne répercutée sur les collines voisines… autant de sites/événements, parmi tant d’autres, qui ont marqué durablement l’écoutant que je suis. De petites pépites auriculaires, de véritables friandises sonores.

Ces images fortes, ancrées dans le compartiment archives sonores de ma mémoire, sont pour moi de puissants raccourcis sensibles, totalement subjectifs, de petites ou grandes villes arpentées, parfois dans certaines circonstances murement préméditées, d’autres fois dans des rencontres surprises effectuées par le plus grand des hasards.

Suite à cette collections de sons, j’imagine aujourd’hui ce que j’aimerais entendre, ce que je rêverai de « voir pour de vrai », les ou la ville où il me plairait de promener mes oreilles.

Dans mon imaginaire, sans doute allègrement fabulateur, mais aussi d’après des lectures et des retours de résidents et visiteurs, c’est Rio de Janeiro qui remporte au final mon adhésion, et où je rêverais de faire escale. Ville mythique, où la mer, les plages, la forêt urbaine, la musique, la fête… semblent pour moi une sorte d’Eldorado pour le promeneur écoutant, même si, je m’en doute bien bien, de nombreuses autres facettes moins carte postale devraient inévitablement influencer la façon de tendre mes oreilles et micros. Il n’en reste pas moins ce puissant attrait d’un Rio aux couleurs sonores excitant fortement mon imagination. Un rêve d’écoutant en recherche de dépaysement pour rafraîchir son écoute gourmande, sinon insatiable.

Alors si des Cariocas, ou autres, savent comment faire ?

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles, partition N°5

 

Point d’ouïe et partition de PAS – L’oreille collée à…

 

27851473253_769d05d842_k_d

Crédit photo ©Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à l’Abbaye de Vausse (21) – World Listening Day le 18 juillet 2017, avec CRANE-Lab

Public
Solitaire ou groupe

Temporalité et durée
De jour, de nuit, durée variable, de quelques minutes à quelques heures

Actions
– Choisissez un itinéraire, repéré, ou non; sinon préférez lui une pure errance…
– Regardez autour de vous, repérez, choisissez des cloisons, portes métalliques, portails, vitres, barrières, mains courantes, de préférence métalliques…
– Collez votre oreille contre ces différentes matières/surfaces pour en écouter, ressentir leurs invisibles et intimes vibrations.
– N’hésitez pas à stimuler les surfaces et matières par de légers frottements, tapotements, raclements… de la main ou à l’aide d’un objet.
– Le cas échéant, imaginez ce qui peut se passer derrière les cloisons, des sons invisibles eux aussi, peut-être même de l’histoire ancienne, des bribes de souvenirs enfouis dans et par-delà la matière.
– Passez d’une surface à l’autre pour en comparer les imperceptibles vibrations sonores…

Variations
– Si votre oreille craint le froid, l’humidité, ou si vous voulez tester via un objet d’écoute interposé, vous pouvez utiliser un stéthoscope.
– Dans le cas d’une écoute en groupe, un guide propose, les autres agissent par imitation, tout écouteur ayant potentiellement la possibilité de guider vers une autre surface.