Points d’ouïe, Points d’eau

Digital Camera

Au fil des ondes luzéennes

Récit de résidence audio Paysagère pyérénéenne.

Avec toute une bouillonnante, écumante matière sono-aquatique, un paysage se met en place doucement.
Il raconte, à sa façon, à ma façon, désartsonnante, un petit périple de Luz Saint-Sauveur à Gavarnie et alentours.
Il parle d’une haute vallée montagneuse, celle des Gaves de Pau, qui a bien voulu me laisser capturer des sons de ses nombreux cours d’eau.
Torrents et cascades, dans tous leurs états, ou presque.
Un corpus de sons assemblés, truiturés, dessinant un lieu imaginaire issu de plusieurs lieux, bien réels eux.
Tenter de montrer la diversité.
Tenter de montrer la puissance.
Tenter de montrer la douceur.
Imaginer les reflets ondoyants par des moirages sonores.
Imaginer un cheminement aux gré de rives creusées à même la montagne.
Imaginer la montagne environnante, puissante.
Imaginer la voix des eaux qui écument les vallées, dévale les falaises, s’assoupit dans des creux.
Ceci n’est pas une rivière, ni un torrent, ni une cascade, mais ce que j’en entend, ce que j’en écris, ce que j’en invente, ce que j’en raconte.

Onirisme compris.

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Écoute au casque conseillée

Album Photos

https://photos.app.goo.gl/xZvzTzmTRRugVDQf6

Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Merci à Béatrice Darmagnac de m’avoir si gentiment guidé vers ces écoutes bouillonnantes

Points d’ouïe, des torrents de sons en cascades

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Suite de mes aventures auriculaires pyrénéennes.
Hier, explorations hydrologiques de la vallée du des Gaves et des alentours du Cirque de Gavarnie.
De l’eau à foison, des couleurs plein les yeux, du bouillonnement plein les oreilles, et un vent revigorant.
Grand merci à Béatrice, ma guide, qui m’a conduit le long de ces voies d’eau.
Ce territoire, autour de Luz-Saint-Sauveur est d’une richesse paysagère, sonore y compris, qui met les oreilles et les micros en liesse.
Des torrents qui, parfois quasiment étales, parfois impétueux, dont les flux viennent se briser avec fracas sur les écueils de roches, des éboulis chaotiques, ces versants de montagnes qui canalisent torrents et cascades, ne cessent de nous éblouir.
Au détour d’un virage, un spectacle aquatique des plus impressionnant qu’il m’ait été donné de voir, et d’entendre. La centrale hydroélectrique de Pranières fait un lâcher d’eau spectaculaire. Une bouche à flanc de montagne crache un volume d’eau incroyable, gigantesque vomissure blanche, écume dantesque, dans un bruit de tempête, qui va s’écraser dans le lit d’un torrent en contrebas. Difficile de décrire la scène, et même d’en enregistrer ce bruit blanc démesuré.
Tout au long de notre ascension, nous ferons des haltes, là où les rives permettent de s’approcher des eaux.
De torrents en cascades, toute une nuance de bouillonnements, glougloutis, clapotis, grondements, chuintements, du plus discret au plus invasif s’offrent à nos oreilles rafraîchies. De quoi à écrire une nouvelle Histoire d’eau, récit fluant de cette vallée.

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Le cadre visuel vient  apporter un contrepoint qui offre des points de vue à la hauteur des points d’ouïe, et vice et versa.
Ce voyage au fil de l’eau me laisse épuisé – champ sémantique adéquat – auditivement repu, mais Oh combien heureux de l’expérience sensorielle vécue.
Je sens qu’il reste encore à creuser le sujet, que d’autres scènes aquatiques sont à découvrir, explorer, ausculter.
Et que le travail d’écoute, de montage, de mise en récit va s’avérer aussi riche que difficile, devant la diversité de matière collectée, sonore et visuelle.
L’aventure ne fait que commencer.

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After City Sonic 2019​-​20 | Winter Sessions

Après l’édition 2019/2020 du festival City Sonic, impulsé par Transcultures, une sélection d’artistes ayant participé au festival est en ligne, écoutable sur Bandcamp.

Ce choix de créations audio démontre bien, s’il fut encore nécessaire de le faire, toute la diversité et la richesses des créations sonores contemporaines, activement défendues par City Sonic / Transcutures.

Remarquons au passage, la présence de Desartsonnants qui réécrit une cité sonifère d’après des extractions sonores de jour comme de nuit de Louvain La Neuve.

Cet album en ligne complète la compilation City Sonic Winter Sessions 2019-2020 (CD + download) sortie sur l’alter label Transonic en 2020 avec une autre sélection de pièces sonores réalisées par des artistes-chercheurs sonores d’esthétiques diverses qui ont participé (dans des installations, performances, projections, workshops…) à la seizième édition particulièrement étendue et exceptionnellement hivernale du festival des arts sonores City Sonic (initié par Transcultures – Belgique). Celle-ci s’est déroulée entre novembre 2019 et mars 2020 dans plusieurs villes du Brabant belge (Louvain-la-Neuve, Braine-L’Alleud, Bruxelles, Wavre) et a réuni près d’une centaine d’artistes qui ont proposé des œuvres créées ou réadaptées spécialement pour ce contexte transurbain.

Bonne écoute !

https://transonic-records.bandcamp.com/album/after-city-sonic-2019-20-winter-sessions?fbclid=IwAR1RTYhBMaW2yP2GG4quIyvtPqSn1p-IM8NkkYBsVjK7PpCCYvbRHz9BsNE

Points d’ouïe, les voix de la ville

Mais c’est quoi ce son là ?
Celui qui colle à mes pas
celui qui colle à mes oreilles ?
Ce son là ?
Mais ce sont les voix de la ville.
Le son de la ville qui chante
comme de celle qui déchante.
Mais si on l’écoute bien, des fois, il enchante.
Mais oui, il l’enchante, mais ouïe !
Après, faut coller l’oreille, à la ville.
Faut coller l’oreille à l’asphalte chaud
qui a peut-être emprisonné le bruit des pas passants
pas gravés dans une mémoire du sol
gravées en vibrations figées mais re-jouables
faut coller l’oreille aux murs transpirants de poussière
des fois qu’ils se souviennent
faut coller l’oreille aux chantiers
ceux qui n’en finissent pas de déconstruire
ceux qui n’en finissent pas de reconstruire
faut coller l’oreille aux passants
ceux qui n’en finissent pas de passer
passer en devisant
ceux qui n’en finissent pas de passer
passer en silence
faut coller l’oreille au passé
passé enfoui
celui qui suinte par les fissures
fissures des industries en friche
des maisons abandonnées
des terrains vagues
des vagues terrains
aujourd’hui tous barricadés
sans cris d’enfants aventuriers
des espaces indéfinis
ou non finis
où se perdre l’oreille
rares espaces
retenant des couches audibles en strates sonores
de celles qui explosent en bulles
qui explosent presque muettes
faut coller l’oreille aux fontaines aussi
celles qui s’ébrouent en flux liquides
quitte à noyer ou en perdre le bon entendement
faut coller l’oreille aux métros
ceux qui font vibrer la ville
la ville du dessous j’entends
il faut plonger dans le bruit des chaos
il faut plonger dans le murmure des oiseaux nocturnes
il faut plonger nuitamment dans un parc livré aux auricularités noctambules
il faut suivre les vibrations des souffleries essouflantes
il fait espérer que la cloche nous maintienne entre trois géographies soniques
celle du haut aérienne
celle du bas terrienne
et celle de l’entre-deux hésitante
il nous faut jouer des lieux
ceux discrets
et ceux tapageurs
passer de l’un à l’autre
et de l ‘autre à l’un
mixer les chemins d’écoute
histoire de dérouter l’esgourde
de désorienter le pavillon
d’émouvoir les écoutilles
et pourquoi pas !
Il faut trouver le lieu ad hoc
le banc d’écoute où l’oreille peut se déployer
où l’oreille peut se tendre
où l’oreille peut se détendre
Il nous faut marchécouter la cité
se fier aux ambulations bordées de sons
et s’en défier sans doute
praticien de dérives à en perdre le sens de l’Orient à sons
quitte à virer de bord
sonique instinct…

Point d’ouïe, croque-notes impromptu

Hier soir, un peu avant 19.00, une belle et surprenante scène d’écoute, s’est jouée.
Je suis assis sur un banc, ce qui chez moi est courant, sur une place où jouent de jeunes enfants sous la surveillance de leurs parents.
L’air est frais, mais il fait beau, et de magnifiques lumières inondent le quartier.
Le décor est posé, action !
Un jeune est homme est assis sur un banc, pas très loin du mien.
Il sort une trompette de son boitier, et joue, de douces phrases bien swinguées, interrompues de moment de silence.
Il a un belle technique, des phrasés qui laissent deviner une pratique d’assez bon niveau.
C’est donc très agréable à entendre.
Les enfants et parents s’arrêtent pour profiter de ce concert inattendu.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
D’une fenêtre d’un immeuble voisin, une autre trompette se fait entendre.
Elle égraine des thèmes de Star Wars.
Le trompettiste du banc, surpris, regarde qui lui répond de sa fenêtre.
Les autres écouteurs en font de même.
Surprise, c’est un enfant d’une dizaine d’années qui se prête au jeu.
S’installe un dialogue, jam session à distance, de banc à fenêtre, de fenêtre à banc.
Les trompettistes jouent à tour de rôle, s’écoutant, laissant des instants de silences, de respiration.
Celui au banc reprend les thème lancés par celui à la fenêtre, les faisant swinguer dans de modestes mais fines improvisations.
L’échange est surprenant, rafraichissant, revigorant.
Les auditeurs de cette fin de soirée applaudissent.
Un accordéon, débutant lui aussi apparemment, viendra se joindre, d’une autre fenêtre, à cet ensemble improvisé.
Moment étonnant, et qui réchauffe le cœur comme les oreilles, dans cette pénurie ambiante de musique live.
Merci à ces protagonistes d’un instant, à ce public bon public, merci au hasard des choses.
Je me dis que mince, je n’ai pas d’enregistreur pour pérenniser le moment.
Et puis je me dis que, de toute façon, un enregistrement aurait eu bien du mal à faire ressentir la magie de cet instant suspendu; alors tant pis, je vous le raconte, tel que je l’ai vécu.

Un brin d’écoute

Installer et partager l’écoute
un brin de musique
de sonore
d’architecture
de poésie
d’urbanisme
de danse
de récits
de politique
d’arts en espace public
de parcours
d’expérimentation
de brassage
de théâtre
d’images
d’hybridation
de rencontres
de notes
de partage
de bonne humeur
d’écologie
d’écosophie
d’action
de recherche
de nomadisme
d’amitié (beaucoup)
d’imagination
d’humilité
de transmission
de persévérance
de militance
de rêve
de réalisme
d’utopie
d’ouverture
de doute
d’opportunité
de sérendipité
de plaisir
de résistance
de pas de côté
de curiosité
d’aménité
de tolérance
de réseau
de bienveillance
de folie
de sagesse
de philosophie
de sociabilité
d’espoir
de révolte
d’écritures polymorphes
d’incertitude
de fête
d’attente
d’espoir
d’engagement
d’errance
de probabilité
d’esthétique
de contextualité
de relationnel
et plus si affinité

Points d’ouïe, Audio-portraits de villes

Je commence à comprendre, après de nombreuses années d’écoute, ce qui peut construire une signature sonore urbaine, des marqueurs, des repères, des parcours, des rencontres, des mises en situation…

Mais il reste beaucoup à affiner.

Alors affinons.

Par exemple, quels seraient les marqueurs acoustiques d’une ville que j’appréhende via l’oreille ?

Les cloches, carillons des églises, ou des beffrois. Ce qui me vient spontanément et logiquement à l’esprit, et à l’oreille.
Les fontaines, même si elles se taisent parfois aux périodes hivernales.
Les espaces piétonniers.
Les squares et parcs urbains.
Les halls de gares, chacun ayant souvent une signature singulière.
Les marchés, avec leurs voix, leurs harangueurs, les formules litaniques, qu’on repère de loin.
Les acoustiques des ponts (dessous), si ponts il y a, ou des tunnels.
Les acoustiques des parkings publics, surtout ceux souterrains et ceux fermés, à plusieurs niveaux.
Les rives d’un fleuve, d’une rivière
Les espaces de loisir de plein-air
La vie nocturne
Les climatisations en continuum
Les acoustiques des églises, hors cérémonies, leurs souvent belles réverbérations…
Et plus encore selon les villes…

Donc capter ces sons, dans une sorte de collection, d’échantillonnage, de carottage urbain.
J’aime l’idée de la série.
Travailler sur la répétition, le motif, la récurrence, les variations, les déclinaisons…
Les séries permettent de donner un sens à l’écoute, de construire des formes de cohérences sensorielles, dans une urbanité parfois brouillonne et surchargée de signes.
Séries de cloches, d’acoustiques d’églises, de fontaines, de voix…

Vient le moment du tri.
Que conserve t-on et sur quels critères ?
Qualité sonore, affinité, émotion, représentativité… ?
Trier est une opération qui peut se révéler douloureuse, dans les affres de choix empêtrés d’hésitations. Mais l’écriture s’affine à ce stade incontournable.
Éviter la boulimie, aller vers une forme de concision épurante, simplifier, clarifier, comme en cuisine, trouver des textures limpides.

Vient le moment de l’écriture.
Quelle forme d’écriture, et surtout pour quelles mises en situation d’écoute ?

Les formes de mise en scène sonore, les façons dont on va jouer, ou faire rejouer des œuvres/ambiances dans des lieux singuliers, dédiés ou non.
Des questions clés intrinsèquement liées à la notion de paysage sonore en chantier.
J’avoue avoir une attirance pour les lieux non dédiés, de préférence dans l’espace public, ou des bâtiments publics.
Des espaces où on ne s’attend pas forcément à rencontrer des pièces sonores, qui questionnent le lieu-même, par résonance, frottement, effet de surprise.
Des installations/diffusions à l’échelle acoustique des lieux, qui ne viennent pas les agresser, et par là même nous agresser, mais plutôt les habiter respectueusement, s’y infiltrer, s’y blottir,y compris dans les plus subtils décalages et détournements.

Par exemple
Installer des acoustiques de bâtiments religieux dans d’anciens confessionnaux
Des sons de ville sous des ponts
Des sons qui remplaceraient temporairement la muzak des parkings
Des boîtes noires posées dans l’espace public, lieux de diffusions acousmatiques intimes
Des sons discrets dans des passages couverts
Des sons à écouter l’oreille collée à une palissade, une paroi…
Des mises en écoute et des postures d’écoutants proposés en fonction des spécificités urbaines, éminemment contextuelles.

Voilà quelques aventures d’audio-portraits urbains à décliner ici ou là, ou ailleurs.
Ce que je ne manque pas d’imaginer, et de faire.

Point d’ouïe, Massalia Sound Si j’taime

Contexte

Arpentages marseillais

Cette résidence artistique est née d’une impulsion, d’un appel sur des réseaux sociaux, suite à une série de confinements et autres empêchements dus à des contraintes sanitaires rendant les déplacements, espaces de travail restreints, et productions artistiques publiques quasiment réduites à néant.

Devant cette situation pour le moins compliquée et contraignante, une résidence de forme assez libre voit le jour, par l’invitation spontanée et généreuse de Caroline Boé, artiste sonore et chercheuse autour de la pollution sonore « invisible », due à des micros sonorités envahissant insidieusement nos espaces de vie.

Balades écoute en duo, solitaire, groupe, enregistrements, échanges et conversations autour de nos pratiques, rencontres, écritures multiples, arpentages s’en suivront joyeusement, comme une sorte de workshop un brin free style, ballon d’oxygène jouissif dans ces situations sanitaires tendues.

Premier volet d’une série de rencontres à venir, d’expériences à construire, de récits à croiser ; les oreilles ont besoin d’air, le corps d’espaces et de rencontres…

Remerciements

À Calorine et Jean-Eudes qui m’ont si gentiment accueilli et offert un lieu de travail formidable ; à leurs salades et petits plats riches en couleurs et goûts

À Éléna Biserna, Nicolas Mémain, et Caroline Boé, qui ont œuvré avec moi à l’écriture et à l’exécution polyphonique de 2M2B, une balade sensible pleine de rebondissement sonores

Aux participants, au public qui ont joué le jeu de répondre à nos sollicitations parfois bien surprenantes

A Sophie Barbeau pour la présentation visite de son beau projet de jardin partagé à la cité Castellane

Au bureau des guides pour le sympathique entretien que nous avons eu, ainsi qu’à George Withe

A tous les marseillais, marseillaises croisés ici ou là ; commerçants ou flâneurs.

Au superbe temps ensoleillé, propice à de belles déambulations

À Marseille la pétulante, qui sait offrir le meilleur d’elle-même à qui prend le temps de l’arpenter.

Premier arpentage, ces sons qui nous envahissent

Ma compère Caroline, artiste sonore et chercheuse, travaille actuellement sur une thèse autour de sons envahissants, problématique autour de laquelle elle a construit une méthodologie et des outils de création recherche.

https://anthropophony.org/a_propos.php

Pour cette dernière, la promenade urbaine, l’enregistrement et la compilation description, sur un site dédié, forment une série d’outils qui vont alimenter le travail de réflexion, et questionner les auditeurs urbains que nous sommes parfois, la présence dans l’espace public ces étranges objets sonores qui peuplent, parfois insidieusement, nos espaces de vie.

Caroline m’entraine donc, dans nos premières balades, écouter ces sons parfois étrangement fascinants lorsqu’on prend le temps de les écouter. Je redécouvre Marseille par le petit bout de l’oreillette, oreille collée, sensible à des drones insistants bien que quasi ignorés, ou inconsciemment filtrés de nos conscience auditive ; effets de gommages psychoacoustiques… Protection inconsciente, sonorités résiduelles peu prises en compte dans l’aménagement urbain… Mais aussi, sans doute paradoxalement, de beaux objets sonores esthétiques pour l’artiste sonore.

Rencontres sonores en chemin

Alarme de grille fermée, dérèglée https://anthropophony.org/sons.php?id_aff=841

Distributeur de boissons et de malbouffe, sation de métro https://anthropophony.org/sons.php?id_aff=844

Prises de sons, photographie et site Caroline Boë

Paysage sonore station de métro Castelanne

Grondements, claquements, voix, bips, ronflements, ronronnements… La vie acoustique marseillaise souterraine. Un univers acoustique somme toute très immersif !

Prise de son et mixage Gilles Malatray

Paysages sonores, comment ne pas tomber dans la routine écoutante ?

Cela fait maintenant longtemps
Longtemps que j’écoute
Longtemps que je marche
Longtemps que j’enregistre
Longtemps que j’installe des sons
Longtemps que j’en triture
Longtemps que j’en joue
Longtemps que j’écris autour du dit paysage sonore.
Donc le risque est bien là
Celui de s’encroûter
De s’endormir
De rouiller
De s’ennuyer
D’ennuyer
De tourner en rond
Ou en d’autres formes géométriques.
Innover n’est pas chose simple
Inventer encore moins.
Alors l’expérience aidant
Peut-être
Il faut que j’expérimente
Comme échappatoire inconditionnel.
Des choses pour moi inhabituelles.
Par exemple repérer un parcours d’écoute
Et surtout ne pas le suivre
Ou le prendre à l’envers, à rebrousse-poils d’oreille
À contre-sens
Enregistrer des sons
Et en utiliser d’autres
Utiliser un logiciel qui n’est pas prévu pour ce que je vais en faire
Une carte géographique qui n’est pas celle du lieu marchécouté
Un micro à contre emploi
Des sons que je déteste
Des lieux où je me sens mal
Des contraintes à la limite du paralysant
Faire avec ou tenter de, avec des gens qui ne croient pas au projet
Avec des dénigreurs patentés
Avec des détracteurs stimulants.
Se tracer un cheminement pour mieux s’y perdre.
Toujours remettre tout en cause.
Penser à des choses improbables, irréalisables
Les expérimenter malgré tout
Et voir ce que l’on peut en garder au final, même a minima
S’écrire des partitions que l’on ne jouera pas, ou de façon aléatoire
Avec beaucoup de dissonances, de fausses notes, d’erreurs assumées
Trop aléatoire pour qu’il en reste quelque chose de reconnaissable
Accueillir tout ce qui peut l’être, sons, ambiances, personnes
Changer de rythme, ne plus rechercher l’apaisement, le ralentissement, mais l’emballement, l’accélération
Varier les rythmes, alterner tensions et détentes, speed et zen
Ne pas focaliser, ne pas porter attention, laisser faire, laisser venir, sans volonté de contrôler quoique ce soit.
Privilégier l’informel, le non cadré, le non programmé
Chercher le dés-œuvrement, dans toute la polysémie/polyphonie du terme
Expérimenter les variations, les distorsions, du micro changement au chamboulement radical
Explorer les lieux les plus insolites, les postures physiques les plus saugrenues
Réitérer moult fois le même geste, le même parcours, jusqu’à en éprouver l’usure, la dégradation
Ne pas se donner de limites, de fenêtres spatio-temporelles, faire où et quand bon nous semble
Demander des sons à des cuisiniers, mécaniciens, barmen, et même à des musiciens
Ne pas avoir de projet et aller à l’instinct, à l’improviste, aller nulle part et partout à la fois
Imaginer et tester tous les brassages possibles, imprévus, inattendus, voire des plus anachroniques si ce n’est contre-nature
Faire confiance au hasard, le provoquer si nécessaire, rechercher l’aléas
Ne pas fuir l’inconfort
Faire comme si tout était inouï, jamais vu, jamais entendu
Être en capacité de surprendre, d’être surpris
Être en capacité de se surprendre soi-même

Points d’ouïe et milieux sonores indisciplinés

Discipline versus indiscipline, ou vers l’indisciplinarité*
La discipline est, pour être effective, ou efficace, encadrée de règles, de codes, d’obligations ou de suggestions, bien souvent (trop) stricts.
C’est aussi un champ, une spécialité, notamment professionnelle, pouvant généralement être marquée du même défaut que dans l’acception précédente, de par ses cadres trop cadrés.
L’indiscipline elle, est entre autre choses une façon de refuser une trop grande soumission, de faire un, ou plusieurs pas de côté, de résister à des carcans étouffants.
L’indisciplinarité, c’est être dans une forme d’in-discipline permettant de ne pas s’enfermer dans une discipline trop catégorisante, une spécialité qui nous collerait à la peau en nous contenant dans des pratiques bien balisées, nous laissant peu d’échappatoires.

Du paysage/environnement/territoire au milieu sonore
L’approche du paysage sonore induit une prise en compte de constructions esthétiques, artistiques.
L’approche de l’environnement sonore induit un axe écologique, écosophique.
L’approche de territoires sonores induit la considération des aménagements territoriaux, sociaux, législatifs, géographiques…
La problématique posée en termes de milieu sonore plutôt que de paysages environnements et territoires, comme angle d’attaque, permet de ne pas sur-cloisonner les axes pré-cités, de travailler avec différents corps de métier pour indisciplinariser des formes de recherche-action. On appréhende ainsi un lieu comme un système intrinsèquement complexe, tissé d’inter-relations, d’hybridations, de transformations toujours en mouvement. La complexité étant difficile à appréhender via des outils trop cloisonnants, ou des approches trop cloisonnées, l’indisciplinarité offre des ouvertures vers des formes d’inouï.

Mouvements, pauses et mobilités
Arpenter un lieu/territoire dans une approche sensible et kinesthésique, fait que le corps va se mesurer (arpentage), se frotter au lieu, s’immerger dans ses ambiances, les ressentir à fleur de pied, de peau, d’oreille..
Parcourir un lieu territoire, ou en écrire des parcours partageables, fait que le corps va s’inscrire dans des itinéraires, des cheminements auriculaires plus ou moins balisés, tracés, ou dans des errances convoquant les aléas des espaces et temporalités. Envisageons les parcours comme des sortes de partitions écrites, griffonnées, jouées, interprétées, en gardant une part d’improvisation, une marge d’inconnu, le risque de l’improviste.
Résider, être en résidence, fait que le corps habite, plus ou moins longuement, un lieu/territoire. Il y prend ses marques, ses repères, crée des pensées/actions in situ, des productions matérielles ou immatérielles, toujours avec l’intention de croiser les disciplines, au risque, assumé si ce n’est recherché, de les détricoter.
Se poser, c’est prendre le temps d’installer des points d’ouïe, donc d’installer l’écoute, de s’installer dans l’écoute, dans une certaine durée, ce qui participe à la conception d’une rythmologie alternant et entremêlant tensions et détentes, mouvement et immobilité.
Voyager, c’est faire en sorte que ce travail puisse se construire au gré d’ateliers nomades, même dans de proches distances, passant de lieux en lieux, de résidences en résidences, écrivant une trame géographique à la fois commune aux milieux sonores arpentés, et nourrie de singularités, d’opportunités, d’aléas.
Rencontrer, c’est profiter de l’occasion (kairos) de rencontres multiples, qui seront ici d’autant plus indisciplinées que ces dernières pourront être imprévisibles. Il faut donc se laisser, en plus du temps de faire, la disposition, la latitude, de rester ouvert à toute rencontre, surtout fortuite, surtout les plus improbables, qu’elles soit géographiques, humaines, sensorielles…

Du terrain à la réécriture interprétative, à l’aune de technologies ad hoc
Il nous faut commencer par l’écoute, la prenant comme base, comme socle de la perception, de l’immersion, déclencheuse ou enclencheuse d’écritures plurielles.
Nous pouvons user de la captation, enregistrer, glaner, collecter, recueillir, sons et ambiances, matières à re-composer, à installer, diffuser, partager, sans trop nous limiter à des choix très sélectifs, très cadrés.
Nous bidouillons des dispositifs audionumériques, audiovisuels, quitte à les détourner de leurs fonctions initiales, à en superposer les modes de jeux de façon anachronique, inusuelle.
Il s’agit là de jouer, rejouer, sonifier, interpréter, improviser, installer… des paysages sonores improbables.
Nous pouvons également avoir recours à des technologies embarquées, glisser du réel au virtuel, du factuel au conceptuel.
Au final, nous jonglons, jouons, brassons, décalons, des approches plurielles favorisant l’indiscipline, pour tenter de les rendre plus fécondes dans leurs pas de côté, leurs chemins de travers.

Il ne faut pas cesser de brasser, bidouiller, tricoter, tordre le cou, l’oreille, hybrider…

Vive l’indisciplinaire indiscipliné !