Point d’ouïe – L’expérience du vécu, un laboratoire d’écoute ambulante

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La marche, associée à l’écoute, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible made in Desartsonnants, sont à la fois des gestes, des actions, des plongées immersives, des modes d’écritures in situ, des outils de recherches et de conceptions de parcours… Et plus si affinités.

Marcher, c’est vivre une expérience, personnelle, collective, et en règle générale les deux.
Le fait d’arpenter les paysages, si ce n’est de les fabriquer en les marchant, tout en les écoutant, s’appuie intrinsèquement sur l’expérience du vécu.

L’expérience du vécu est un axe structurant, moteur, par des formes d’approches qui nous confrontent à notre propre corps, corporalité, face à et dans des espaces, intérieurs extérieurs, dans différentes acceptations du terme, où les sons, lumières, chaleurs, odeurs, nous enveloppent littéralement. Le vécu, l’expérience d’espaces divers imbibent notre corps-éponge de mille effets, sensations, comme autant de caresses kinesthésiques, qui peuvent parfois avoir la rugosité d’un gant de crin.
L’expérience, c’est un geste par définition inédit, souvent volontaire, faire l’expérience de. C’est en cela quelque chose de non encore réalisé personnellement, d’in-abordé, ou de toute autre façon. L’expérience n’a pas besoin d’être démesurée, grandiose, bouleversante, un simple chant d’oiseau près d’un ruisseau peut nous transporter dans des espaces encore jamais entendus, ou jamais de cette façon, moment où le sensible règne en maitre. Vivre une expérience, la convoquer, la provoquer, est par définition un fait vécu qui nous confronte avec le monde, ou une parcelle de monde, autrui compris, et où les sens, la mémoire, les ressentis, nous apprennent forcément quelque chose, de nous-même et d’extérieur, même infime. L’apprentissage permanent est de vivre au plus près du terrain en restant à l’écoute du monde.

Chaque lieu arpenté de l’oreille est en fait unique dans son appréhension du moment, de son espace spatio-temporel. Chaque marche sera donc elle aussi unique, expérientielle, lieux d’apprentissage sans cesse renouvelé.
Le vécu relève, pléonasme s’il en fut, du vivant, du vivre, du vivre avec, ensemble, impliquant des aventures auriculaires, des scénari où des géographies, des architectures sonores se mettent en place au pas à pas, structurent notre pensée, aiguisent nos perceptions, enrichissent nos rapports au monde.

Le parcours d’écoute est une expérience qui met en mouvement notre corps, frotté à des milieux parfois amènes, parfois déstabilisants, voire agressifs et anxiogènes. Mais le plaisir de rechercher des situations inédites, en l’occurrence inouïes, nous fait emprunter avec passion, vivre, moult cheminements tortueux. Ces parcours sont de véritables bibliothèques vivantes, bibliothèques du vivant, collections de matières, matérielles ou éthérées, tangibles ou impalpables, dans un vaste laboratoire multi-sensoriel à ciel ouvert.

La rencontre avec autrui, co-marcheur, co-écoutant, co-acteur, est aussi une expérience, en terme notamment de sociabilité, parfois très forte, jusque dans le silence de l’écoute vécue comme une expérimentation commune.

Dans les milieux traversés, auscultés, la pratique de l’expérience corporelle, du corps réceptacle, auditeur sensible, avec ses filtres et ses proprioceptions, ses approches phénoménologiques, est déterminante pour nous trouver, écosophiquement parlant, une place raisonnable à l’échelle du monde.

PAS – Parcours Audio Sensibles pour écoutants en parkings – Soundwalk for parkings listeners

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Mêle audio en sous-sol – Audio mix in the basement

J’ai toujours aimé, que dis-je, adoré, presque vénéré, les parkings
Surtout leurs niveaux les plus profonds, les plus enfouis, -7, -8, -10…
Ceux qui ont suivi mes pérégrinations urbaines le savent, je les recherche, je les traque, je les arpente avec la constance d’un écoutant underground avide de leur trivialité organique.
La semi obscurité, la froideur des sols et des murs béton brut, les couleurs criardes, les recoins maculés de tâches d’huile, la muzzak omniprésente, tout un univers ambigu…
Et surtout l’acoustique ! Les réverbérations à n’en plus finir, tellement jouissives à l’oreille.
Celles qui donnent envie de crier, voire font crier, chanter, hurler, chuchoter, tel un enfant passant sous un pont, et qui se mesure à un espace pour lui disproportionné, en l’apprivoisant de sa voix.
Celles où le moindre claquement de portière devient déflagration, où les talons claquants rivalisent avec les percutants sticks d’une caisse claire, où les voix sont brouillées et malaxées à souhait.
Les parkings ont souvent une acoustique cathédrale, mais avec en plus la liberté, auto-accordée, d’en jouir sans craindre de profaner le silence, de déranger l’esprit sacré des lieux.
Nous sommes dans des sanctuaires urbains païens, d’un post-modernisme bétonné, architecturalement primitif, comme des avortons corbuséens inachevés.
Ces caves/grottes urbaines, temples de la voiture mise en cases, en rayons, sont également des lieux de prise de son rêvés pour des field recordings obscurs, canailles, souterrains, fouillant des micros les entrailles des villes bétonnées jusqu’aux tripes.
Nous sommes dans des espaces d’expérimentations sonores privilégiés, pour moi en tous cas, semi-publics, et donc sous la haute et généreuse surveillance d’un faisceau de caméras espionnant nos ébats. Nous sommes loin de Dame nature, chère aux audionaturalistes et bioacousticiens émérites. Aux antipodes de l’écologie sonore, quoique…

I always liked, what do I say, adored, almost revered, the parking lots
Especially their deepest, most buried levels, -7, -8, -10…
Those who have followed my urban wanderings know this, I search for them, I track them down, I survey them with the constancy of a listening underground eager for their organic triviality.
The semi-darkness, the coldness of the floors and walls of raw concrete, the garish colors, the corners smeared with oil stains, the omnipresent muzzak, a whole ambiguous universe …
And especially the acoustics! The endless reverberations, so pleasing to the ear.
Those who make you want to shout, or even make them shout, sing, scream, whisper, like a child passing under a bridge, and who measure themselves in a disproportionate space for him, taming him with his voice.
Those where the slightest slamming of the door becomes deflagration, where the slamming heels compete with the hard-hitting sticks of a snare drum, where the voices are blurred and kneaded at will.
Car parks often have cathedral acoustics, but with the additional freedom, self-granted, to enjoy them without fear of profaning the silence, disturbing the sacred spirit of the place.
We are in pagan urban sanctuaries, of a concrete, architecturally primitive post-modernism, like unfinished Corbusian runaways.
These urban caves / caves, temples of the car put in boxes, on shelves, are also places of sound capture dreamed for obscure field records, rascals, underground, rummaging microphones in the bowels of concrete cities up to the guts.
We are in spaces of privileged sound experiments, for me anyway, semi-public, and therefore under the high and generous surveillance of a beam of cameras spying on our antics. We are far from Mother Nature, dear to experienced audio-visualists and bioacousticians. The opposite of sound ecology, though …

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Dans celui-ci, je ne ferai que passer, m’y arrêter, y tendre l’oreille.
Dans cet autre, je jouerai de ma voix, d’instruments divers, ferai claquer et grincer des portes, révèlerai des acoustiques qui au final, ne demandent que cela.
Plus loin, j’installerai ponctuellement des sons, jouant sur les recoins, piliers, angles, parallélismes…
Ailleurs, nous entonnerons chants cris, une improvisation sauvage, des alternances vociférations/silences.
J’imagine une collection de parkings à sonner a l’envi.
J’imagine l’écriture d’un PAS dans un parking de haut en bas, ou inversement.
J’imagine une traversée urbaine reliée de parking en parking, avec des musiciens, des danseurs, des auditeurs acteurs, des échos et silences, des salles de concerts déconcertantes…

In this one, I will only pass, stop there, listen to it.
In this other, I will play my voice, various instruments, slam and creak doors, reveal acoustics which in the end only ask for that.
Further on, I will install occasional sounds, playing on the nooks, pillars, angles, parallelisms …
Elsewhere, we will sing Cree songs, wild improvisation, alternations of vociferations / silences.
I imagine a collection of parking lots to ring out.
I imagine writing a PAS in a parking lot from top to bottom, or vice versa.
I imagine an urban crossing linked from car park to car park, with musicians, dancers, actor listeners, echoes and silences, disconcerting concert halls …

 

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Parfois, marcher me fait écouter, autrement.
Parfois, écouter me fait marcher, autrement.
Souvent, les deux vont de pair, comme compères.

L’écologie/écosophie s’en mêlent, ou s’emmêlent, ou s’entremêlent, un brin lucides et conscientes de mes tiraillements internes, factuels autant qu’éthiques.

La, ou plutôt « le » politique, est intrinsèquement convoqué, comme une conscience, de sociabilités en luttes, en mouvement, en mutation, donc d’autant plus fragiles;
comme un potentiel creuset des gestes et d’idées tentant de dépasser les clivages aux visées dangereusement partisanes, celles enfermées dans des logiques égocentriques qui construisent des murs de non-dialogues, des frontières, y compris celles de doctrines cultivant de violents clivages sciemment exacerbés.

Marchécouter, c’est aussi, au-delà d’une approche sensible, positive, d’un esthétisme jouissif, agir pour une prise de conscience en devenir, qui titillerait l’oreille comme autant d’alarmes sonores sociétales et environnementales, si tant est qu’elles soient dissociables.

Marchécouter, c’est avoir à l’esprit, et/ou construire des mises en garde tentant de déchiffrer les discours pernicieux, les idéologies fabriquant en masse de la pensée unique mortifère, entretenant des fossés sociaux pour éroder, voire éradiquer toute contestation au jour le jour, quand ce n’est pas dénier des urgences bien réelles. En mode écoute active, engagée, impliquée.

Marchécouter c’est bâtir une résistance au fil des PAS, y compris au collapséime ambiant, une résistance même infime et parcellaire, en mode pacifique, mais pour autant non passive et attentiste, tant s’en faut.

À l’approche de 2020, si je persisterai à rechercher encore et encore les aménités, les oasis d’écoute, les actions participatives, relationnelles, bienveillantes, les croisements transdisciplinaires, transmédia. Mon oreille et mes pieds tenterons de tracer, autant que faire se peut, des zones de résistances auriculaires, tant intellectuelles, sensibles, sociales, que factuelles, et surtout je l’espère, humaines.

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Point d’ouïe – Pratiquer le Zone’Art

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Démarche essentiellement urbaine, en ce qui me concerne, pratiquer le Zone’Art, voire être Zone’Art.

Zone’Art pentage
Souvent entre chiens et loups, nuit tombante, voire plus tard, si ce n’est bien plus tard. Errances, déambulations au hasard des rues, des quartiers, parcs, places, escaliers, impasses, parcours d’instinct, au fil des choses croisées, vues, entendues, entr’aperçues… Post debordage. Dans des villes connues, celle où je vis par exemple, celles parcourues régulièrement, pleines de balises apprivoisées, ou en cités abordées de prime abord, ou depuis peu. Espaces peuplés d’inconnu(s) et réservoir de surprises sensorielles, lieux d’excitantes perditions géographiques, fabriques de repères en chantiers, parfois catalyseurs de dépaysements exosoniques, exotoniques. Pensées vagabondes, souvent fugaces, fugitives, recouvertes par d’autres, au fil des pas. Zone’Arthétérotopique.

Puis le besoin de pause se fait sentir.

Zone’Art soyez vous donc
Un banc, un recoin de muret, d’escaliers… Pause. Ne plus aller vers les choses, les gens, les laisser venir à moi, ou pas. Immersion, être au cœur d’une ville, même dans sa périphérie, ses lisières, plongée dans ses sons, lumières, mouvements, rythmes, ambiances, météo comprise, palpitations plus ou moins ténues, effrénées, mi-figue, mi-raisin… Regarder, écouter, lire, noter, rêvasser, échafauder des scénari, des plans d’actions, plus ou moins réalistes, laisser murir l’idée, celle qui parait pertinente, avoir des velléités d’écriture, désirs d’actions, de rencontres, creuser les choses, différemment… Croiser le chemin de passants, connus ou inconnus. Renseigner sur une direction, échanger sur la pluie et le beau temps, sur le roman qu’on lit, sur l’anecdote, le front social grondant, la galère quotidienne de celui qui a juste envie de s’épancher, et qu’on l’écoute un peu. Banc d’écoute, j’y reviens. Bureau nomade avec ses points habituels, ponctuels, ponctuant, et ses nouveaux spots Zone’Artendus. Parfois, voire souvent Art du presque rien. Zone’Artborés, bordés, ceux de la vie à ciel ouvert, du prendre place à 360°, assises hors-les-murs, espaces du fragile et du solide concomitant. Zone’ Artifices, sans cesse réécrits, pour le meilleur et pour le pire.

Zone’Artchitecture, urbaine, urbanique, lieux publics où vivent et parfois survivent certains, qui auraient pu presque être citoyens. Lieux qui peuvent se donner à entendre si on leurs prête l’oreille. Donner du grain à moudre à mes oreilles, perpétuelles insatisfaites, mais réjouies aussi.

 

PAS – Parcours Audio Sensible Approche kinesthésique et sensible d’un territoire à l’aune du duo photographie/phonographie

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« Le veilleur retient son souffle… jusqu’à entendre le jour se lever » Marc Dugardin, Fragments du jour (Rougerie, 2004)

Un projet en chantier

Tracer, en marchant, un paysage sensible via les interactions du regard et de l’écoute, entre similitudes et dissemblances. Un travail en duo avec un phonographe et un photographe, ou l’inverse

Polysémie de la trace

– Traces et tracés indiciels, chasser, pister, chercher des traces, repérer ce qui peut nous mettre sur la voie, suivre la piste, suivre à la trace, épier, placer des signe, jeux de piste…
– Traces et tracés conceptuels, dessiner, esquisser, brosser à grand traits, portraiturer, crobarder, mettre en plan, en carte, composer avec des images, avec des sons, avec les deux, faire contrepoint…
– Traces et tracés mémoriels, garder, sauvegarder, mettre en forme des traces, archiver, mémoriser, patrimonialiser, collecter, organiser des traces matériaux et supports d’écritures croisées…

Questionnements

Comment faire paysage par l’image et le son comme média contrapuntiques ?
Comment faire intéragir les traces (audiovisuelles) dans une approche hétérotopique ?
Comment trouver les points de convergences tout en conservant les singularités, jouer dans les interstices du semblable et du dissemblable, du différent et du similaire ?
Comment ces jeux de frottements transmédia, intermédia, favorisent-ils des modes de perception, d’interprétation et de représentation singulières ?

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Desartsonnants@gmail.com
https://desartsonnantsbis.com/

PS :  Si un, une photographe est intéressé-e pour réfléchagir et croiser des expériences sur ces problématiques