Points d’ouïe, les Z’incroyables Z’inouïs

Où Desartsonnants vous invite à jeter une paire d’oreilles Z‘ubaines hors des chantiers battus, à oser l’inécoutable, le mal entendu, la triviale poursuite sonore, les dessous, marges et franges de la ville où l’oreille s’encanaille, l’audiorbex tympanique…

https://www.academia.edu/51026860/les_Zincroyables_Zinoui_s

Points d’ouïe, les voix de la ville

Mais c’est quoi ce son là ?
Celui qui colle à mes pas
celui qui colle à mes oreilles ?
Ce son là ?
Mais ce sont les voix de la ville.
Le son de la ville qui chante
comme de celle qui déchante.
Mais si on l’écoute bien, des fois, il enchante.
Mais oui, il l’enchante, mais ouïe !
Après, faut coller l’oreille, à la ville.
Faut coller l’oreille à l’asphalte chaud
qui a peut-être emprisonné le bruit des pas passants
pas gravés dans une mémoire du sol
gravées en vibrations figées mais re-jouables
faut coller l’oreille aux murs transpirants de poussière
des fois qu’ils se souviennent
faut coller l’oreille aux chantiers
ceux qui n’en finissent pas de déconstruire
ceux qui n’en finissent pas de reconstruire
faut coller l’oreille aux passants
ceux qui n’en finissent pas de passer
passer en devisant
ceux qui n’en finissent pas de passer
passer en silence
faut coller l’oreille au passé
passé enfoui
celui qui suinte par les fissures
fissures des industries en friche
des maisons abandonnées
des terrains vagues
des vagues terrains
aujourd’hui tous barricadés
sans cris d’enfants aventuriers
des espaces indéfinis
ou non finis
où se perdre l’oreille
rares espaces
retenant des couches audibles en strates sonores
de celles qui explosent en bulles
qui explosent presque muettes
faut coller l’oreille aux fontaines aussi
celles qui s’ébrouent en flux liquides
quitte à noyer ou en perdre le bon entendement
faut coller l’oreille aux métros
ceux qui font vibrer la ville
la ville du dessous j’entends
il faut plonger dans le bruit des chaos
il faut plonger dans le murmure des oiseaux nocturnes
il faut plonger nuitamment dans un parc livré aux auricularités noctambules
il faut suivre les vibrations des souffleries essouflantes
il fait espérer que la cloche nous maintienne entre trois géographies soniques
celle du haut aérienne
celle du bas terrienne
et celle de l’entre-deux hésitante
il nous faut jouer des lieux
ceux discrets
et ceux tapageurs
passer de l’un à l’autre
et de l ‘autre à l’un
mixer les chemins d’écoute
histoire de dérouter l’esgourde
de désorienter le pavillon
d’émouvoir les écoutilles
et pourquoi pas !
Il faut trouver le lieu ad hoc
le banc d’écoute où l’oreille peut se déployer
où l’oreille peut se tendre
où l’oreille peut se détendre
Il nous faut marchécouter la cité
se fier aux ambulations bordées de sons
et s’en défier sans doute
praticien de dérives à en perdre le sens de l’Orient à sons
quitte à virer de bord
sonique instinct…

Points d’ouïe, Audio-portraits de villes

Je commence à comprendre, après de nombreuses années d’écoute, ce qui peut construire une signature sonore urbaine, des marqueurs, des repères, des parcours, des rencontres, des mises en situation…

Mais il reste beaucoup à affiner.

Alors affinons.

Par exemple, quels seraient les marqueurs acoustiques d’une ville que j’appréhende via l’oreille ?

Les cloches, carillons des églises, ou des beffrois. Ce qui me vient spontanément et logiquement à l’esprit, et à l’oreille.
Les fontaines, même si elles se taisent parfois aux périodes hivernales.
Les espaces piétonniers.
Les squares et parcs urbains.
Les halls de gares, chacun ayant souvent une signature singulière.
Les marchés, avec leurs voix, leurs harangueurs, les formules litaniques, qu’on repère de loin.
Les acoustiques des ponts (dessous), si ponts il y a, ou des tunnels.
Les acoustiques des parkings publics, surtout ceux souterrains et ceux fermés, à plusieurs niveaux.
Les rives d’un fleuve, d’une rivière
Les espaces de loisir de plein-air
La vie nocturne
Les climatisations en continuum
Les acoustiques des églises, hors cérémonies, leurs souvent belles réverbérations…
Et plus encore selon les villes…

Donc capter ces sons, dans une sorte de collection, d’échantillonnage, de carottage urbain.
J’aime l’idée de la série.
Travailler sur la répétition, le motif, la récurrence, les variations, les déclinaisons…
Les séries permettent de donner un sens à l’écoute, de construire des formes de cohérences sensorielles, dans une urbanité parfois brouillonne et surchargée de signes.
Séries de cloches, d’acoustiques d’églises, de fontaines, de voix…

Vient le moment du tri.
Que conserve t-on et sur quels critères ?
Qualité sonore, affinité, émotion, représentativité… ?
Trier est une opération qui peut se révéler douloureuse, dans les affres de choix empêtrés d’hésitations. Mais l’écriture s’affine à ce stade incontournable.
Éviter la boulimie, aller vers une forme de concision épurante, simplifier, clarifier, comme en cuisine, trouver des textures limpides.

Vient le moment de l’écriture.
Quelle forme d’écriture, et surtout pour quelles mises en situation d’écoute ?

Les formes de mise en scène sonore, les façons dont on va jouer, ou faire rejouer des œuvres/ambiances dans des lieux singuliers, dédiés ou non.
Des questions clés intrinsèquement liées à la notion de paysage sonore en chantier.
J’avoue avoir une attirance pour les lieux non dédiés, de préférence dans l’espace public, ou des bâtiments publics.
Des espaces où on ne s’attend pas forcément à rencontrer des pièces sonores, qui questionnent le lieu-même, par résonance, frottement, effet de surprise.
Des installations/diffusions à l’échelle acoustique des lieux, qui ne viennent pas les agresser, et par là même nous agresser, mais plutôt les habiter respectueusement, s’y infiltrer, s’y blottir,y compris dans les plus subtils décalages et détournements.

Par exemple
Installer des acoustiques de bâtiments religieux dans d’anciens confessionnaux
Des sons de ville sous des ponts
Des sons qui remplaceraient temporairement la muzak des parkings
Des boîtes noires posées dans l’espace public, lieux de diffusions acousmatiques intimes
Des sons discrets dans des passages couverts
Des sons à écouter l’oreille collée à une palissade, une paroi…
Des mises en écoute et des postures d’écoutants proposés en fonction des spécificités urbaines, éminemment contextuelles.

Voilà quelques aventures d’audio-portraits urbains à décliner ici ou là, ou ailleurs.
Ce que je ne manque pas d’imaginer, et de faire.

Partition de PAS-Parcours Audio Sensible n°17 – Lieux étranges

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Rue couverte à Lyon, quartier des Terreaux

Lieux : Partout, de préférence en milieu urbain

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit, avec une préférence pour la nuit.

Public : Groupe de 2 à 20 personnes, ou parcours libre en autonomie…

Actions : Parcourir une ville en y repérant et explorant les lieux étranges, triviaux, délaissées, obscurs, inattendus… Par exemple des passages couverts, halls, passages souterrains, rues couvertes, parkings, travaux, zones industrielles, bâtiments désaffectés… Une forme d’audio-urbex ?

Mettre l’étrangeté du visuel, des ambiances, lumières, en adéquation avec une écoute décalée, des espaces acoustiquement résonants, vides, ou saturés…

Remarque : Ces expériences d’audio-paysages underground gagnent à être vécues en nocturne, pour renforcer le côté onirique et parfois sensoriellement déstabilisant des immersions.

Rien ne presse, ou presque

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Aller
on va crapahuter la ville
sans se presser
on va s’y détendre l’oreille
on va y marcher sirènement
à l’appel d’un grand large urbanique
hola, doucement j’ai dit
plus lentement
bien plus lentement
qui va lento va sono
ou plutôt qui va lento va audio
alors moins vite STP
elle nous va attendre la ville
et puis on s’en fout si on rate des choses
il s’en passera toujours bien d’autres
on prend le temps de faire
on prends le temps de défaire
on prends le temps de parfaire
on prends le temps de refaire
un ou des théâtres sonores in progress
chantier d’écoute en cours
on s’ébroue dans la lente heure
on s’ébruite comme dans un flux continuum
on s’étire l’oreille gentiment augmentée par notre seule attention
care audio ou audio care
doucement les basses
molo les aigus
du calme les médiums
on joue sur tous les tons
ou presque
tessiture étendue et néanmoins apaisée
on joue dans les heures creuses
côtoyant le calme à fleur de pied
en le recherchant si besoin est
en le privilégiant quiètement
on joue dans les recoins que le vacarme ignore
on joue dans les ilots que la rumeur évite
on joue dans les oasis où tinte l’eau gouttante
on joue dans les refuges camouflés et étanches au tintamarre
on se planque à l’affut du moindre bruit qui coure
on cherche la surprise du presque rien roi du silence
on avance à l’oreille-boussole audio-aimantée
quitte à se perdre pour une ouïe pour un non
hypothèses de vespéralités et d’heures bleues
d’aubades en sérénades surannées
dans une ville qui nous susurre
de ses mille anfractuosités sonnantes
des chuchotements ou des cris derrière ses murs
de l’intimité volée en voyécouteur
des frémissements végétaux
qui plissent et déplissent l’espace acoustique
des fontaines qui pleurent comme il se doit
mais je n’insisterai pas encore ici
sur les pesanteurs morbides et plombantes
d’un silence par trop silence
préférant glaner des friandises sonores
les extraire de leur gangue potentiellement bruyante
si ce n’est assourdissante
les poser comme un souffle tout contre l’oreille
notre oreille
nos oreilles
tout contre ton oreille aussi
je t’offre des sonorités toutes fraiches si tu veux
tirées de gisements et d’extractions audiorifères
celles que l’on creuse et où l’on recueille sans rien excaver
sans meurtrir le milieu en bruitalités stressantes
sans laisser de violentes cicatrices soniques
comme ceux qui strient et défigurent parfois la ville de pièges à sons
juste en accueillant dans nos pavillons sidérés et bienveillants
des bribes de mondes en délicates boules de sons
que l’on pétrira de mille sonorités amènes
pour s’en faire une histoire à portée d’oreilles
une histoire que je pense à remodeler sans cesse
dans une polysonie complexement contrapuntique
modulations à tue-tête ou chuchotements mezzo voce
et dans toutes les nuances et subtilités entre-deux
un concert déconcertant par sa trivialité pourtant tissée d’in-entendu
qui fait de nous des ravis béats auditeurs auditant
alors allons y tout doucement
très doucement si tu veux
adagio adagietto rallentendo
ralentissons encore cette marche de concert
presque jusqu’à l’immobilité du point d’ouïe
qui nous livre la bande passante de la ville ébruitée
quitte à la recomposer sans cesse
à la recomposer de toute pièce
mais ne sommes-nous pas là pour ça
compositeurs d’audio-urbanités
agenceurs de slow listenings
et au final de paysages sonores pour qui
dans l’idéal
rien ne presserait
ou presque
sauf l’urgence d’en préserver les aménités
et d’en inventer d’autres.

Le 29/10/2020 à Lyon
Sans avoir anticiper le confinement #2

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles N°13 – Hauteurs et Points d’ouïe panoramiques

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Lieux : Ville, espaces naturels avec collines, belvédères, falaises, escaliers…

Temporalités : Pas de contraintes ni durées

Public : De 1 à 20 personnes

Actions : Choisir un point haut, culminant, dominant un site, une ville, une vallée, une place… Écoutez la rumeur du bas, d’un point d’ouïe panoramique, les émergences, bruits de fond…

Variantes : Faire un parcours de Points d’ouïe panoramiques, enregistrer les rumeurs, les décrire, les comparer, construire des PAS des hauteurs…

Point d’ouïe, traces d’écoute imagée entre chiens et loups

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Un jeudi soir, temps pluvieux, ciel joliment menaçant, du vent en rafale racle les feuilles mortes au sol.

Marcheur immobile, pause à l’affut de la ville.

Oreilles et regard entremêlés.

L’obscurité s’avance.

Les sons persistent et résistent.

L’espace et le temps ralentissent

Les voitures non, toujours pressées

et si empêchés retardées klaxonnantes

les gens se pausent et parlent

Et je reste discret observant écoutant

noyé dans la ville mouvante

qui s’assombrit doucement

en même temps qu’elle s’allume

ça crisse

grince

ferraille

rit

chuinte

s’enfonce dans la nuit

sans portant s’endormir

l’automne se pointe

raccourcissant les jours

sans rien faire taire pour l’instant

Instant suspendu

bascule sensible

Sons et lumières complices

offerts à qui veut bien s’en saisir

sans toutefois les asservir

tout juste une plongée urbaine

comme un spectacle de l’intime

tranche de ville

Lieux ouïs, lieux dits

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Je me pose à différents endroits de la ville, souvent sur un banc, des marches d’escaliers, une pierre d’angle d’un porche… Je regarde, j’écoute, je laisse dériver mes sens dans un flux de stimuli chaotiques. Je cherche à déceler ce que me racontent ces lieux, leurs évidences, sans doute parfois trompeuses, leurs apparences, les choses plus fugaces, quasi secrètes, que seule une immersion prolongée, itérative, fera émerger. Sans compter ce que je construis de purement fictif, d’imaginaire, d’onirique, en toute subjectivité, parfaitement assumée. J’imagine comment les aborder, ces lieux. Comment les parcourir, les écrire ou les ré-écrire à ma ou à mes façons. Façons qui fassent sons, façons qui fassent sens. J’échafaude des scénari pour installer une, voire quantité d’écoutes collectives, expériences singulières, si simples fussent-elles, dans des dispositifs quasi imperceptibles pour qui n’est pas dans le geste concerté, si ce n’est concertant. Parfois déconcertant…

Mais dans la cité, le jeu en vaut le chant d’elle.
Jeu de l’ouïe je dis.

Point d’ouïe, s’assoir et rencontrer le monde

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un-banc-pour-gilles
© photo Jeanne Schmid, banc au Locle, résidence artistique à Luxor Factory

Il y a des marches, des déambulations, des arpentages…
il y a des pauses…
S’assoir, se poser dans la ville, l’écouter, la regarder, rencontrer, échanger…
Un banc, des marches de pierre, un auvent…
Ritualiser le geste, l’action itérée, réitérée.
Rituel d’occupation tranquille des lieux.
Micro performance en toute discrétion.
– Bonjour Monsieur !
– Bonjour !
– Qu’est-ce que vous faites, souvent assis sur ce banc ?
ou bien encore
– Vous lisez beaucoup, qu’est-ce que vous lisez là ?
Réponses en fonction, des entames de conversation.
Échanges sur nos lectures, notre travail, le temps qu’il fait, ou qu’il fera, les sons qui passent, le Covid, le climat, la politique, le tout et le rien, et inversement…
Lorsque je pense à ces moments, quasi quotidiens, je m’aperçois combien j’ai déjà pratiqué, et pratique encore, ce « dispositif d’être et de faire sans le paraitre » doucement, de façon instinctive, dans bien des villes, villages, parcs publics, places…
Un brin d’intimité réconfortante.
Histoire d’apprivoiser les lieux, d’entendre leurs histoires, récits, pures fictions ou non,  de la bouche de ses habitants aussi…
La ville à ouïr ouverte.
La ville à dires ouverts.
Souvenirs, bancs d’écoute à Mons, Lausanne, Le Locle, Victoriaville, Tananarive, Vienne, Sabugeiro, Lisbonne, Paris, Lyon, Saint-Pétersbourg, Malves-en-Minervois, Toulouse, Orléans, Kaliningrad…
Chroniques bancales, et pourtant…
Si le banc n’existait pas il faudrait l’inventer, et surtout l’installer, comme un maillage de points d’ouïe, de points de mire, de points de dire…
Rien n’est plus triste qu’une ville sans bancs.
Prendre le temps…
Et combien par l’entremise de ces assises publiques, de personnes ainsi rencontrées, un fois, ou de nombreuses fois.
Combien d’histoires entendues, discutés, tricotées, inachevées, en chantier…
Combien de conversations entamées, parfois poursuivies au jour le jour, paroles croisées, petits ou grands malheurs et joies échangés, espoirs et désespoirs, états d’âmes, colères ou résignations, aménités curieuses…
La répétition de gestes simples, se poser, ici ou là, lire, écrire, être ouvert au temps qui passe, qui va qui vient, au monde alentour, aux passants et passantes.
Être une présence qui questionne, une présence récurrente, bienveillante, parfois un poil anachronique.
Ce soir, trois personnes connues et deux nouvelles rencontrées…
 
 

 

Entre presque silence et bruitalisation urbaine

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Solitaire sifflant @Blandine Rivière

 

Après la stupeur de l’effondrement, de la ville fantômisée, des espaces démesurément vierges d’activités, passé l’installation d’un calme plus inquiétant que serein, la ville s’ébroue à nouveau.

Elle s’ébruite progressivement.

Pas besoin de la regarder, juste lui tendre une oreille de sa fenêtre ouverte.

Le silence, à défaut d’être rompu, perd du terrain, en même temps que son calme.

Les ouatures cotonneuses se déchirent.

Les voitures rouleuses se déconfinent sans vergogne, redonnant du moteur et du claque qui sonne à tour de roues.

Les gazouillis s’estompent car eux sont aussi masqués, et ce n’est qu’un début.

Et comme l’espace public, ainsi que l’autre, notre co-habitant, sont potentiellement de dangereux ennemis semant la pandémie.

Et comme le transport en commun est aujourd’hui trop en commun, terreau de germes viraux, brouillon de culture insanitaire, espace bardé de contraintes…

L’habitacle carrossé fait effet de refuge inviolable, invirussable.

La sécurité distanciée d’un chez-soi sur pneus.

Et la voiture de reprendre la route, peut-être plus que jamais, ou pire que jamais, ou les deux on ne sait jamais.

A tombeau roulant, bruitalisant la cité, et même urbi et orbi.

Mais le piéton aussi repeuple la cité.

D’abord ombre fugitive esquivant le voisin trop pressant.

Heureusement, les postillons ne roulent plus, le crachat de la poste faisant froid !

Ainsi le passant, masqué, défie croit-il, la reconnaissance faciale, pour un instant, pour un instant seulement.

Piéton redonnant de la voix dans la voie.

D’ailleurs à propos du masque,  c’est à l’origine objet de théâtre, antique.

Il se nomme personna, mon nom est personne, et mon masque le personnage que je joue…

Du verbe latin per-sonare, qui sonne par, à travers, et par extension qui parle à travers, et non pas à tord et à travers. Quoique…

Car le masque d’alors ne cache pas la parole, bien au contraire, artifice acoustique, il l’amplifie, la fait porter, publique.

Pas sûr que cela soit vraiment le cas aujourd’hui.

Un théâtre urbain d’ombres solitaires distanciées n’aide pas l’échange cordial.

C’est un terrain miné, qui musèle brutalement des velléités de révolte, jugées sanitairement bien trop bruyantes !

L’ether nu ment !

Si le silence se déchire par voix et voitures, la société s’est  sensiblement désociabilisée, sans doute via la politique entretenue de la peur généralisée, bâillon plus redoutable que bien des masques, même de fer.

 

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Ombres urbaines @Blandine Rivière

 

Photos Blandine Rivière – Texte Gilles Malatray

Écrit et ouï  de mes fenêtres 06 mai 2020 – https://soundatmyndow.tumblr.com/