PAS – Parcours Audio Sensible, des marches auriculaires thématiques

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English below

Sensorialité, sociabilité, l’oreille partage des PAS et des écoutes…

PAS – Parcours Audio Sensible, étrangeté urbaine
Où l’on recherche les lieux les plus insolites, surprenants, parfois dérangeants, pour en écouter les triviales beautés. L’instant idéal, entre chiens et loups et nuit tombée.

PAS – Parcours Audio Sensible, ligne de flottaison
Où l’on suit le cours d’un fleuve, d’une rivière, d’un ruisseau, un parcours de fontaines… Comment se rafraichir l’écoute au fil des ondes bruissonnantes.

PAS – Parcours Audio Sensible, auscultation, sonification
Ausculter les matières, les mobiliers, végétaux, bâtiments… Amplifier les micro-sons, composer une intime musique des lieux, tester des objets d’écoutes insolites, donner de la voix aux choses…

PAS – Parcours Audio Sensible, gare aux oreilles !
Une gare, ses ambiances, acoustiques, annonces, flux humains et mécaniques. L’oreille va bon train…

PAS – Parcours Audio Sensible, l’oreille verte, l’oreille ouverte
De jardins en parcs, de coulées vertes en délaissés, vers la sagesse des arbres murmurants, un parcours d’écoute pour mettre notre oreille au vert.

PAS – Parcours Audio Sensible, postures des marches
Chercher la posture ad hoc, physique, mentale, commune, singulière… Ce qui nous relie au lieu, à l’autre, celle de l’oreille kinesthésique.
Possibilité de travailler avec un(e) artiste danseur.euse.

PAS – Parcours Audio Sensible, points d’ouïe en oasis sonores
Des zones calmes, espaces apaisés, où l’écoute et la parole se déploient sans forcer. Des oasis auriculaires urbains où il fait bon écouter et vivre.

PAS – Parcours Audio Sensible et écologie sonore
Comment sonne la cité ? Et avec ta ville, comment tu t’entends ? Un parcours, des lectures, autour de l’écologie sonore sur les concepts de Raymond Murray Schafer, Félix Guattari, Henry David Thoreau…

PAS – Parcours Audio Sensible, entrez dans la résonance
La ville et ses effets acoustiques, réverbérations… Des lieux qui sonnent, intérieurs extérieurs, des espaces architecturaux où l’oreille prend la mesure des lieux…

PAS – Parcours Audio Sensible, Inauguration d’un point d’ouïe
Après des balades repérages collectives, on choisit un point s’ouïe pour ses spécificités et aménités paysagères et sensibles. On l’inaugure officiellement par une cérémonie avec des discours, minutes de silence-écoute, signalétique…. S’ensuit une géolocalisation cartographique, des traces sonores, visuelles et écrites…

PAS – Parcours Audio Sensible, écritures et guidages de parcours d’écoute pour un lieu donné
Construction d’un parcours d’écoute in situ, selon des thématiques locales (site minier, portuaire, industriel, architectural, ville d’art, parc naturel ou urbain, forêt…) L’écoute contextualise le territoire arpenté et se joue de ses ambiances. Possibilité de travailler avec des structures culturelles, associations, artistes locaux pour co-écrire/construire à plusieurs oreilles, mains, pieds, regards…

 

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English

PAS – Parcours Audio Sensible, thematic Soundwalks; Sensoriality, sociability, the ear shares PAS and listenings …

PAS – Parcours Audio Sensible, urban strangeness
We research the most unusual places, surprising, sometimes disturbing, to listen to the trivial beauties. The perfect moment is between Dogs and Wolves and in the night.

PAS – Parcours Audio Sensible, Waterlines
We follow the course of a river, a river, a stream, a walk about fountains … Refresh the listening over the waves rustling…

PAS – Parcours Audio Sensible, auscultation, sonification
Auscultate materials, furniture, plants, buildings … Amplify the micro-sound, compose an intimate music places, test unusual listening objects, give voice to things …

PAS – Parcours Audio Sensible, beware of the ears !
A Railway station, its atmospheres, acoustic, announcements, human and mechanical flows. The ear is going well …

PAS – Parcours Audio Sensible, green-ear, open ear
From gardens to parks, from green castings to abandoned spaces, the wisdom of whispering trees, this a soundwalk for to put our green-ears.

PAS – Parcours Audio Sensible, Walking ans listening postures
Seeking the ad hoc walking and listening posture, physical, mental, common, singular …
What connects us to the place, to the other, to the kinesthetic ear.
Possibility to work with a dancer artist.

PAS – Parcours Audio Sensible, hearing points in sound oases
Quiet areas, soothed spaces, where listening and speech unfold without forcing. We’re looking for the Urban ear oases.

PAS – Parcours Audio Sensible and Acoustical Ecology
How does the city ring? And with your city, how do you get along?
A course, readings texts around Acoustical ecology about the concepts of Raymond Murray Schafer, Felix Guattari, Henry David Thoreau …

PAS – Parcours Audio Sensible, enter the resonance !
Listen to the city and its acoustic effects, reverberations, echoes …
Listen to places that sound, exterior interiors, architectural spaces where the ear takes the measure of places …

PAS – Parcours Audio Sensible, Inauguration of a hearing point
After collective sounwalks, we choose a « point d’ouïe » for its specificities and landscaping and sensitive amenities. It is officially inaugurated by a ceremony with speeches, minutes of silence-listening, signage ….
Then follows a cartographic geolocation, sound traces, visual and written…

PAS – Parcours Audio Sensible, writing and route guidance for a specific location
Construction of a listening path in situ, according to local themes (mine site, port, industrial, architectural, historic city, natural or urban park, forest …
The listening contextualizes the surveyed territory and plays with its atmospheres.

 

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Document PDF téléchargeable ici : https://www.academia.edu/40315529/Du_PAS_-Parcours_Audio_Sensible_au_Point_dou%C3%AFe?fbclid=IwAR2o5HFrkiJUODMF_IQ9PGaLgKrxQubWlPKuUk9stBhJiDwylvBy8UwkEJc

PAS – Parcours Audio Sensible et écologie sonore

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Samedi après-midi, beau soleil, températures printanières, un groupe d’une vingtaine de personnes, un parcours accueilli et organisé par Nomade Land Lyon, et écrit et guidé par Desartsonnants.

Nous avons décidé de marcher et parler autour de la thématique de l’Écologie sonore.

Pour certains, ce terme désigne vaguement quelque chose, la plupart n’en n’ont jamais étendu parlé.
Je m’aperçois que, au fil des actions et rencontres, j’explique un nombre de fois considérable ce que ce vocable signifie, son histoire, ses idées, ses acteurs, ses actions, ses enjeux…
La pensée de Monsieur Raymon Murray Schafer m’a en tous cas permis de creuser le sujet, entre esthétique et social, arts, sciences et politique…
Je ne retracerai pas ici une fois encore ces pratiques et réflexions, et vous conseillerai, si vous en ressentez le besoin, d’aller lire, ou relire, “Le paysage sonore” de Murray Schafer édité aux magnifiques éditions Wild Project de Marseille.
Ou bien encore de vous référer aux liens que je cite en fin d’article.

De la notion de paysage sonore à celle de bioacoustique, de la vision audio-naturaliste à celle d’architecture sonore, l’Acoustical Ecology, terminologie Anglo-saxonne, tisse un réseau d’activistes écoutants dans différentes pratiques, ce qui en fait parfois sa force, et parfois sa faiblesse de chapelles.

Pour revenir à notre parcours Lyonnais, nous avons sillonné une partie du 7e arrondissement, de la Guillotière au parc Blandan, ancienne très grande caserne militaire et aujourd’hui vaste parc assez récemment aménagé tout près du centre ville. Dans un tout autre vert si je peux me permettre.

Notons que le lieu de rendez-vous, la place Gabriel Péri, plus connue à Lyon sous le nom de Place du Pont, épicentre d’un quartier (encore) populaire et riche en mixité sociale, ethnique, est ce jour là le point de départ d’une manifestation pour “L’Algérie libre”. L’ambiance sonore y est chaude, dans le bon sens du terme, très bon enfant et joyeuse; des slogans, musiques, percussions, beaucoup de chants, colorés de vert et de rouge. Du beau son pour se mettre les oreilles en appétit, même si le rassemblement de notre petit groupe est moins facile que prévu de prime abord.

Sur une petite place attenante, que j’adore par son ambiance “coupée du monde”, la Place Pierre-Simon Ballanche, j’expose en quelques phrases se que contient la terminologie d’écologie sonore, en précisant que notre marche serait dés lors silencieuse, ce qui m’est assez coutumier, hormis quelques lectures de textes se rapportant au sujet, sur des arrêts Points d’ouïe.

Et nous partons, de places en ruelles, de cours intérieures en squares, naviguer entre les voix, les automobiles, ne les oublions pas, les jeux d’enfants, les oiseaux qui se réveillent sous les premières chaleurs, une cloche… Tout y est ou presque. Le décor sonore se dresse petit à petit.

Des ambiances en cascades, en couches, assez riantes ce jour, sur un parcours plutôt apaisé même s’il croise immanquablement quelques grandes artères bien circulantes.
Une ville vivante dira en fin de parcours un participant. Le terme est juste, la ville que nous arpentons vit bien à l’oreille.

Chaque lecture sera précédée de quelques minutes silencieuses, pour prendre le pouls acoustique du lieu, puis, la lecture terminée, à nouveaux d’une pause écoute. Les deux points d’ouïe encadrent ainsi le texte, comme pour le mettre en exergue, sans autres commentaires. Une posture parmi tant d’autres, mais qui fonctionne assez bien dans ce format audio-déambulatoire.

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Le terme de notre déambulation, de quasiment deux heures, à marche lente, s’effectue dans Parc Blandan, où alternent promenades, jeux d’enfants. Plus exactement, nous nous posons dans un espace boisé, “aménagé” en friche façon tiers-paysage, comme le définirait Gilles Clément, un de mes jardinier planétaire et penseur favoris.

Dernier spot d’écoute dans cette petite “forêt sauvage”, assis sur une plateforme de bois, ou dans l’herbe… Des voix, des oiseaux, la rumeur de la ville a disparu, un bel endroit, visuellement et acoustiquement parlant.

La parole est alors libérée, et elle sera prolixe.
Beaucoup de questions, un débat (presque) improvisé. Le silence du chemin a accumulé les questionnements, parfois les frustrations, mais stimule l’échange final.
Des questions autour des textes, des auteurs lus.
Des questions autour du son au quotidien, des seuils de tolérance, de l’écoute, du respect mutuel des postures écouteurs/producteurs sonores.
Des échanges autour de l’inter-culturalité sonore, des cités auriculaires et de leurs aménagements acoustiques, ou de la non-pensée bru(i)tale, des zones délaissées, des espaces assagis (trop ?), des zones calmes, du zonage urbain, des conforts acoustiques où la voix étalon reste le critère d’audibilité, du peu de place du sonore (paysager, sensible, qualitatif, culturel) dans les enseignements, en architecture et urbanisme, des rapports sons-musiques, des actions de l’artiste écouteur en résidence, se ses lectures écritures de territoires par l’oreille, de la mise en scène d’écoutes dans l’espace public…

Le public est varié, curieux de la chose sonore, ou écologique, curieux d’appréhender une tranche de ville autrement, artistes, aménageurs, promeneurs patentés voire créateurs de parcours sensibles…

Presque encore deux heures d’échanges suivront la déambulation, pour les plus tenaces, qui s’achèveront à la terrasse d’un café, pause bien méritée. Un format de parcours à la fois sensible et pédagogique, construit entre bulles d’écoute et relationnel, que j’affectionne tout particulièrement.

Au-delà de son histoire, de ses actions et réflexions, l’écologie sonore est, ou doit être une prise de conscience des saturations/disparitions, mais aussi des milles plaisirs à partager de l’oreille, au quotidien. Dans mon parcours artistique, je cultive ces formes d’échanges déambulants, où la parole s’ouvre au fil des pas, même s’ils préservent des zones silencieuses, et s’affinent au fil des situations rencontrées, sans doute plus qu’entre quatre murs.

Cerise sur le gratin, une participante a saisi, de son habile crayon, des moments de lectures et d’écoutes.

 

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https://naisa.ca/radio-art-companion/an-introduction-to-acoustic-ecology/ (EN)
https://www.wfae.net/
https://www.acousticecology.org/
http://syntone.fr/exclusif-lecologie-sonore-est-nee/
https://www.wildproject.org/journal/4-glossaire-ecologie-sonore

Audiobaladologie PAS – Parcours Audio Sensible à Lyon

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Jeudi 14 mars 2019 de 18:30 à 20:30

Dans le cadre de la Journée Nationale de l’Audition, PAS, Parcours Audio Sensible. Parcours d’écoute à tombée de nuit et nocturne autour de la gare de Vaise. Dedans-dehors, dessus-dessous, l’oreille se balade au rythme de nos pas

Pour découvrir des lieux décalés, insolites, à fleur de tympan…

Départ 18H30 Place de Paris Lyon 9, parvis de l’église Notre Dame de l’Annonciation – Métro D terminus Gare de Vaise.

Événement Facebook ICI

Inscriptions (gratuites) ICI

Explorer les seuils, une marche Vénissianne

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©Claire Daudin

Claire Daudin, artiste plasticienne marcheuse, nous convie, lors d’une sortie de résidence artistique à lEspace d’Arts Plastiques, à une traversée Nord-Sud de la ville de Vénissieux. Une quinzaine de kilomètre à pied, en mode urbain et périurbain, pour arpenter les seuils de la ville. Seuils que l’artiste à découvert avec la complicité des habitants qui l’on emmené marcher à Venissieux.
Ces résidents, avec l’équipe du centre d’art et quelques curieux, lui emboiteront le pas, dans cette sortie de résidence singulière, tout en mouvement.
Les seuils sont multiples, nous le constaterons, des plus imposants au plus modeste, minimaux, quasi invisibles, imperceptibles.

Limites de la ville, lisières parfois affirmées et parfois ténues, voire indicibles, pas de porte où l’on échange entre le dedans et le dehors, y compris comme des espaces symboliques ou métaphoriques, lignes de tram, entrées de métro en espaces de télétransportation qui nous emmènent rapidement au centre de Lyon, vieille ville industrielle et post industrielle, immense cité des Minguettes des années 60, marchés, zones commerciales, écoles, périphériques franchis par dessus et par dessous, chantiers, jusqu’à la petite bordure de trottoir qui vient entraver la circulation d’un fauteuil roulant, les seuils nous montrent une ville qui ne cesse de se redessiner.

Autant de riches sujets d’échange lors de cette marche urbaine, dans une ville d’ailleurs déjà connue pour une longue déambulation historique, celle pour l’égalité et contre le racisme (1983), rebaptisée Marche des beurs.

Je laisserai ici à Claire l’exploration plastique et kinesthésique, et la construction de ses récits des seuils, d’entre-deux, sur lesquels elle a œuvré plusieurs mois durant, et qui lui a permis de rédiger un blog carnet de notes avec textes et photographies à l’appui.

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Ce jour là, j’avais pour ma part décidé, en contrepoint au travail de Claire, de tenter de comprendre si un seuil était décelable à l’oreille, et si oui, comment le retranscrire par la captation et le montage sonore. Un seuil est-il (aussi) auriculaire, acoustique, sonore ? Les ambiances écoutées au fil de cette marche tracent-elles des lisières, dessinent-elles des espaces, des passages, des contrastes, des fondus progressifs, des îlots, des porosités, des fermetures, des sas… ?
Bien sur, à force de promener mes oreilles urbi et orbi, j’avais déjà une petite idée de la chose. Néanmoins, sur cette longue traversée, pourrais-je, avec les autres marcheurs, construire une trace audible qui confirmerait, infirmerait ou nuancerait l’idée de seuils acoustiques ?

J’allais donc, micros en main, capter non pas l’intégralité de la marche, mais ici et là, de petits espaces-temps qui me semblaient significatifs. La ville quadrillée de ses axes de circulation, où s’infiltrent parfois de façon virulente et intrusive, voitures et autres engins motorisés, y compris sous-terrains. Ville ponctuée de voix, les nôtres, d’autres, de travaux, d’activités diverses, d’oiseaux, même en cette période hivernale, des bruits de pas, des commentaires, de questions… Un patchwork sonore montrant une cité multiple, complexe, parfois bouillonnante, parfois apaisée, parfois dans un entre-deux.

La réécoute des sons enregistrés me confirme qu’ils y a bien des espaces sonores qui font seuils, qui font entre-deux, qui font coupures, qui font transition, donc qui font sens.
Émerger d’un chantier, traverser une immense cité d’habitations, la regarder du haut d’un tertre enherbé, y assister au nettoyage d’un imposant marché achevé, se tenir sous un pont au cœur d’une circulation tout autour et au-dessus de nos têtes… des expériences sensorielles parfois déroutantes, mais qui nous font cheminer de l’oreille dans les méandres urbains. On passe parfois très rapidement d’une ambiance à un autres, seuils de coupures où tensions et apaisement se succèdent au fil d’une urbanisation chaotique, incertaine, surprenante.

Comme souvent, j’ai pris le parti ici de ne pas suivre un trame purement chronologique. Le parcours est revisité plutôt comme une forme de partition sonore discontinue qui, si elle reste assez fidèle à l’esprit des lieux, est réagencée pour nous faire sentir des seuils montrant une ville sans cesse en mouvement, à la fois tonique, parfois oppressante et parfois plus intime, où des oasis de calme installent des espaces de vie quiets, des proximités rassérénantes.

Les seuils, pour qui apprend à les déceler, nous font jouer avec les marges. Ils nous autorisent, notamment en marchécoutant, de prendre du plaisir à les appréhender, à les reconstruire, espaces hétérotopiques, urbanistiques, sensibles, esthétiques, sociaux, à fleur de tympan.

En écoute

 

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©Claire Daudin

[Conférence] De l’écoute paysagère à la composition musicale

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De l’écoute paysagère à la composition musicale et sonore, entre nature et culture
par Gilles Malatray

Le moment où l’homme a imprimé durablement sa trace dans le monde a été qualifié d’ère de l’anthropocène. En conséquence, on pourrait imaginer une longue période où l’environnement et ses sonorités ont imprimé leurs traces dans la composition musicale et la création sonore. Parlerait-on alors d’anthroposonie ? On peut toujours inventer le terme pour l’occasion.

L’intervenant Gilles Malatray, créateur – paysagiste sonore et « promeneur écoutant » jalonnera cette période imaginaire par une série de citations, d’emprunts et de transcriptions musicales et sonores. Entre emprunts, transcriptions et créations de paysages imaginaires, le musicien ou artiste sonore puise régulièrement matériaux, rythmes et inspirations de son environnement quotidien. Loin d’un genre ou d’une esthétique, il s’agit la d’une multitude d’œuvres cosmopolites se référant ou évoquant des sons anthropophoniques, ambiantaux…
La conférence sera centrée sur des œuvres empruntant clairement des éléments rythmiques, des timbres et des éléments issus du field recording.

La conférence s’articulera en trois parties illustrées par des exemples sonores ou musicaux.

La première partie : « Nature, culture, le cas des oiseaux « nous fera parcourir quelques siècles en montrant comment musiciens, chanteurs performeurs et autres installateurs ont utilisés le langage des oiseaux dans leurs écritures.

La seconde partie sera marquée par la ville : vivante, dynamique, toujours en chantier… Les bruits urbains questionnent l’écoute, entre esthétisme et écologie sonore. (D’après le concept de Raymond Murray Schafer)

La troisième et dernière partie portera sur la composition paysagère dans la musique acousmatique : ses emprunts et ses esthétiques spécifiques. La question du paysage sonore est abordée par les compositeurs, recréant des univers à la fois reconnaissables et imaginaires, où la musique acousmatique est un espace de création tout indiqué.

Extraits diffusés :

▰ Première partie – Nature, culture, le cas des oiseaux

Différents compositeurs, de la Renaissance à nos jours, ont retranscrit, interprété, reformulé, installé, composé, à partir de chants d’oiseaux :
– Clément Janequin « Le chant des oiseaux – l’alouette»
– Olivier Messiaen « le catalogue des oiseaux – l’alouette »
– Bernard Fort, « Miroir des oiseaux » Le Bruant jaune»
– Sainkho Namtchylak « Nights birds »
– Gilles Malatray « Les oiseaux-leurres – Canopé »

Deuxième partie – Ville, vitesse, vacarme ?
– Clément Janequin « Les cris de Paris »
– Luigi Russolo – Intonarumoris »
– Pierre Schaeffer « Étude aux chemins de fer »
– Frédéric Acquaviva « Concerto pour ville et voix »

Troisième partie – Le paysage recomposée via la musique acousmatique
– Luc Ferrari « Presque rien n°1 »
– Claude Risset « Sud »
– Yannick Dauby « Phonographie de Taïwan »

A propos de l’intervenant :
Gilles Malatray est un artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, l’écriture, la composition de paysages sonores sont
fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désarçonnante. Formations et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute reste au centre de toute création et construction, notamment via des PAS – Parcours Audio Sensibles, marches d’écoutes collectives, ateliers de lecture et d’écriture du paysage.

Site web : https://desartsonnants.wordpress.com/
Des Arts Sonnants – Earin’ progress  – https://gmvl.org/

INFOS PRATIQUES :
■ GMVL – 25 rue chazière, parc de la cerisaie 69004 LYON
■ Mardi 12 février – 19 h
■ Buvette sur place
■ Prix libre pour les adhérents – 5 euros d’adhésion pour les nouveaux

Marcher, parler, danser l’espace Matières/manières d’écoutes

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Le corps est dans l’espace
Il y bouge
s’y déplace
s’y déploie
s’y replie
y prend place
danse
écoute
sensible aux stimuli
réceptacle sensoriel
miroir de soi
de l’autre
d’un iota de ville toujours en devenir
le corps construit sa bulle
il occupe sa bulle
croise celles des autres
les traverse
les modifie parfois
y crée des interstices
espaces privés publics
personnels et communs
intimes et extimes
imbriquements complexes
tissu de gestes physiques
tissu de gestes perceptuels
tissu de gestes relationnels
tissu de gestes conceptuels
l’espace est dans le corps.

 

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La ville comme terrain kinesthésique
arpenter
sentir
se sentir
re-sentir
se protéger
s’ouvrir
entre les entre-deux
les entre-sols
les entre-soi
entre-l’autre et entre autres choses
aller vers ou s’éloigner
tendre l’oreille
prêter l’oreille
bien ou mieux s’entendre avec
une ville un corps autrui
oreille arpenteuse
oreille épieuse
oreille un brin voyeuse
oreille généreuse
oreille voyageuse
oreille cartilagineuse
organe prolongement d’un corps
comme un cap tendu vers
ou aimant sonifère
l’écoute est mouvante
La kinesthésie comme terrain urbanique.

 

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Tout espace est in-carné
à prendre corps
à bras le corps
à corps perdus et retrouvés
de villages en cités
l’oreille au pied du mur
le mur à portée d’oreilles
et le mouvement syncrétique
telle hétérotopie mouvante
cité de sons en friche
rumeurs et signes
magmas et émergences
accrochés au construit
architecture liquide
flux et autres flux
le corps s’y noie
le corps s’y baigne
adapte sa rythmie-cité
aménage sa sur-vie
via les sens chahutés
des résistances salutaires à terre
tout in-carnation est espace.

 

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La marche met en branle
le mouvement architecture
la trajectoire balise
le parcours accomplit
l’espace contraint
l’obstacle stimule
la barrière se contourne
ou donne envie de franchir
la lisière se dessine
comme parfois structure
le sensible y fait sens
le phénomène y apparait
la carte peut guider
ou tracer les traces
ou faire perdre le Nord
à celui qui s’y fie
tandis que l’oreille entre autre
jauge juge repère
l’ébranlement met en marche.

 

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La parole se fait nomade
elle dit
commente
invente
raconte
récite
interpelle
appelle
urbanise
ré-unit
critique
revendique
résiste
va de paire à l’action
réinvente l’Agora
fabrique le récit
les mythes de cités inaccomplies
elle se colle à l’écoute complice
s’encanaille d’emprunts
part du corps racontant
des histoires ambulantes
les propose à autrui
ou en son for intérieur
le mot peut se coucher
sur le grand livre des villes
ou s’oraliser façon griot
le nomade se fait parole.

 

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Aller plus loin que la marche
danser l’espace
lâcher prise
un brin de révolte douce
des corps à l’unisson
des corps frictions
forcer l’union
prendre prises
les aspérités aidant
des contrepoints urbains
les sons comme musique(s)
donnent le la comme le là
façon de chorémarchécouter
les acoustiques s’en mêlent
la ville est corps écoute
réceptacle sonique
spectacle auriculaire
le bruit se fait complice
le groupe crée de l’espace
l’espace soude les contacts
le spectateur peut y emboiter le pas
ou pas
la marche s’organiser autrement
ses rythmes impulser le tempo
en cadences stimulantes
chamboulements urbains
l’oreille se démultiplie
relie la ville au corps
et le corps à la ville
danser plus loin pour aller.

 

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Ce texte est né de rencontres d’ami.es complices de marches/expériences, qui dansent et performent la cité, la traversent autrement, et me donnent l’énergie d’expérimenter encore en frottant mon oreille et battant le pavé.
Lyon, dans la chaleur de l’été 2018

PAS – Parcours Audio Sensible, vers une esthétique de la fragilité

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Est esthétique ce qui recherche la beauté, ou sa définition, voire ses différentes définitions, ce qui tend à cerner la perception, si ce n’est la fabrication du beau, avec toutes les variations culturelles et subjectives de ces notions. Le beau, ou la notion du beau, est donc de ce fait fragile

Est fragile tout ce qui peut se rompre, s’altérer, voire se détruire, ou être anéanti.

L’esthétique de la fragilité cherche à construire une beauté pouvant constamment être remise en question, sans canons académiques figés, mais plutôt dans une inconstance constructive, dans un ressenti aussi mouvant que la marche elle-même.
C’est d’ailleurs enfoncer une porte ouverte que de constater la fragilité des ressentis et sentiments humains. Il en est comme de l’état d’esprit, le moral, comme on dit, d’un marcheur, qui variera au fil des dénivelés, kilomètres, embûches du terrain, conditions météorologiques, forme physique…
Le marcheur peut-être fétu de paille dans la tempête, mais aussi, fort heureusement, roseau résiliant, plus tenace et coriace que jamais.

Quand au PAS – Parcours Audio Sensible, il nous ramène au promeneur écoutant, concentré sur des espaces et périodes où les sons prennent une place des plus importantes dans sa perception du paysage.
Là encore, la non matérialité et non visibilité du sonore, comme une trace vibratoire d’action énergétique, nous ramène une fois de plus à la notion de fragilité, de caractère éphémère.
Le parcours, fut-il tracé, balisé, cartographié, prolongé via différents média-supports, pourra lui aussi être dans une logique de cheminement non définitif, chemin de traverse, soumis à de multiples contraintes, modifiable à l’envi par d’innombrables variantes, ou variations, obstacles, égarements, détours, impasses, impraticabilités chroniques.

Si on considère le PAS comme un geste collectif, ce qu’il est intrinsèquement pour moi, vient alors s’ajouter l’aventure humaine, avec toutes ses beautés justement, mais avec aussi tous les risques de ruptures, de non collectif ou de sa dissolution, d’écoutants disparates, de mayonnaise non prise, quand ce pas n’est l’exacerbation de tensions durant de longue marches.

Dés lors, bâtir une esthétique partagée, sur des terrains semblant aussi incertains, peu balisés parfois, peut relever de la gageure, pour qui s’aventurera dans des territoires aux contours et aux contenus sans cesse mouvants. Mais la société, qu’elle qu’elle soit, n’est-elle pas constamment dans la fragilité et la force conjuguée, d’une perpétuelle transformation.

Par expérience, j’aurais tendance à prendre ici le problème via une pensée positive. Une esthétique de la fragilité viserait ainsi à resserrer des liens dans des territoires géographiquement et politiquement plus ou moins dissouts, si ce n’est dissolus, fragmentés, désagrégés, et à exploiter les faiblesses et situations parfois peu amènes, pétris de de tensions, comme une arme de cohésion massive.
Je parlais il y a peu avec un ami de l’ex ZAD de Notre-Dame-des Landes, terrain d’expérimentations sociales aussi fertile que fragile. Fertile parce que sa précarité, soudant sa militance, a conduit à revisiter et repenser des usages et des rapports sans passer par un modèle étatique souverain. Fragile, c’est ce qui lui a d’ailleurs valu d’être violemment détruit par ce type d’État compresseur, comme on désherberait un terrain envahi d’adventices* indomptées via une grosse dose de Round-Up. La métaphore n’est pas évidemment sans références.

Donc un territoire sonore, au sens large du terme, acoustique, esthétique, social, écologique… s’il est précisé par la marche de l’écoutant, des écoutants, via un dispositif a minima, éphémère et lié aux gré des pratiquants, peut construire des aménités et autres bénéfices équitables. La marche traversant des territoires parfois secoués de violentes crises sociales, ne peut ignorer les tensions, souvent nettement perceptibles à l’écoute, et devrait y trouver force de dialogue, de réflexions, bâties sur des politiques sociales de proximité.
Il ne s’agit pas de mettre en avant le bruit comme une violence supplémentaire, ce qu’il peut être parfois, mais aussi de le considérer comme un révélateur de tensions sous-jacentes, sans toutefois tomber dans un catastrophisme résigné.
Marcher, écouter, c’est aussi prendre le temps, prendre de la distance pour échapper au poncifs amplifiés par des média et réseaux sociaux avides de sensations bon marché et régulièrement fabricants de d’images et clivages populistes.
Occuper le terrain, l’arpenter, n’est pas une position conquérante, donneuse de leçon, mais un acte d’agir in situ, de tout simplement marcher à la rencontre de l’autre, pour entre autre sortir des grands discours pré-mâchés.

En déambulant avec une certaines ténacité, les failles et aspérités sociales du terrain nous apparaîtrons avec sans doute plus de force au tout au moins plus de clarté.
Un jour, marchant avec des ados d’une cité stéphanoise, l’un deux me disait » Ici, t’es comme dans le 9.3, mais la ville (ses politiques), elle s’en fout, elle vient tout juste éteindre les incendies de voitures qui crament, il faut que tu viennes la nuit pour écouter ce qui se passe, … » Alors je l’ai pris au mot, et je suis venu, la nuit, avec le même groupe. Force a été de constater que cette nuit là, tout était particulièrement calme. Le récit construit parfois en interne, fait de la cité comme un espace souvent plus violent qu’elle ne l’est en réalité, fort heureusement.
Ce qui n’exclue pas le mal-être de certains territoires, qui se traduit aussi par des pétarades de motos, rodéos de voitures et langages vif et colorés, à l’invective et à l’injure facile, et des voitures qui brulent. Mais reste l’écoute et dialogue, auxquels je suis très attaché, qu’un marcheur sait généralement enclencher, plus facilement en tous cas qu’un automobiliste plus soucieux de sa voiture, propriété intouchable sur quatre roues.

Marcher et écouter différents lieux, c’est explorer des lisières pas toujours très lisibles, entre centres urbains et périphéries, qui d’ailleurs peuvent glisser d’un coté comme de l’autre au fil des grands travaux d’aménagement et requalifications de quartiers.
Des zones deviennent de vraies enclaves, des presque délaissés, d’autres sont absorbées et nettoyées avec la bonne conscience d’une bienveillante gentrification.
Encore une source de fragilité sans doute, que ces porosités, lisières peu claires, parfois récupérées par des politiques instrumentalisantes, celles dont l’artiste marcheur urbain doit entre autre se méfier pour garder son libre arbitre.

Mais c’est bien sur toutes ces incertitudes et mutations constantes qu’une forme d’esthétique, non pas souverainiste, imposée comme un modèle labélisé « politique de la ville » mais plutôt comme une action concertée sur le terrain, ne serait-que prendre le temps d’écouter ensemble, doit se construire. Prendre conscience, avec le plus de partialité que possible, des fragilités d’un territoire, y compris par l’oreille, c’est aussi entrevoir des améliorations qui ne seraient pas de l’ordre du ravalement de façade, aussi coloré fut-il, mais plutôt d’un dialogue où chacun s’écouterait un peu mieux.
Mettre du rap, tout comme du Mozart, partout ne résoudra pas les problèmes si on ne les écoute pas de l’intérieur.
Ce que j’entends par une esthétique de la fragilité passe tout d’abord par des rapports humains, de bouche à oreille, dirais-je dans ce cas là. Construire de l’écoute, et au-delà une esthétique de l’écoute, c’est chercher des points d’apaisement à même le quartier, à même le social, à même l’écoutant.
Et avec ta ville, tu t’entends comment ?

* Une adventice, appelée également mauvaise herbe, désigne, pour les agriculteurs et les jardiniers, une plante qui pousse dans un endroit (champ, massif…) sans y avoir été intentionnellement installée1. Les adventices sont généralement considérées comme nuisibles à la production agricole, bien qu’elles puissent également être bénéfiques.
Leur contrôle est le principal objectif des pratiques agricoles de désherbage.