Point d’ouïe, s’assoir et rencontrer le monde

Translate this page

un-banc-pour-gilles
© photo Jeanne Schmid, banc au Locle, résidence artistique à Luxor Factory
Il y a des marches, des déambulations, des arpentages…
il y a des pauses…
S’assoir, se poser dans la ville, l’écouter, la regarder, rencontrer, échanger…
Un banc, des marches de pierre, un auvent…
Ritualiser le geste, l’action itérée, réitérée.
Rituel d’occupation tranquille des lieux.
Micro performance en toute discrétion.
– Bonjour Monsieur !
– Bonjour !
– Qu’est-ce que vous faites, souvent assis sur ce banc ?
ou bien encore
– Vous lisez beaucoup, qu’est-ce que vous lisez là ?
Réponses en fonction, des entames de conversation.
Échanges sur nos lectures, notre travail, le temps qu’il fait, ou qu’il fera, les sons qui passent, le Covid, le climat, la politique, le tout et le rien, et inversement…
Lorsque je pense à ces moments, quasi quotidiens, je m’aperçois combien j’ai déjà pratiqué, et pratique encore, ce « dispositif d’être et de faire sans le paraitre » doucement, de façon instinctive, dans bien des villes, villages, parcs publics, places…
Un brin d’intimité réconfortante.
Histoire d’apprivoiser les lieux, d’entendre leurs histoires, récits, pures fictions ou non,  de la bouche de ses habitants aussi…
La ville à ouïr ouverte.
La ville à dires ouverts.
Souvenirs, bancs d’écoute à Mons, Lausanne, Le Locle, Victoriaville, Tananarive, Vienne, Sabugeiro, Lisbonne, Paris, Lyon, Saint-Pétersbourg, Malves-en-Minervois, Toulouse, Orléans, Kaliningrad…
Chroniques bancales, et pourtant…
Si le banc n’existait pas il faudrait l’inventer, et surtout l’installer, comme un maillage de points d’ouïe, de points de mire, de points de dire…
Rien n’est plus triste qu’une ville sans bancs.
Prendre le temps…
Et combien par l’entremise de ces assises publiques, de personnes ainsi rencontrées, un fois, ou de nombreuses fois.
Combien d’histoires entendues, discutés, tricotées, inachevées, en chantier…
Combien de conversations entamées, parfois poursuivies au jour le jour, paroles croisées, petits ou grands malheurs et joies échangés, espoirs et désespoirs, états d’âmes, colères ou résignations, aménités curieuses…
La répétition de gestes simples, se poser, ici ou là, lire, écrire, être ouvert au temps qui passe, qui va qui vient, au monde alentour, aux passants et passantes.
Être une présence qui questionne, une présence récurrente, bienveillante, parfois un poil anachronique.
Ce soir, trois personnes connues et deux nouvelles rencontrées…
 
 

 

Entre presque silence et bruitalisation urbaine

tumblr_60dafb510c7fc89c383fccaa21eec699_bcc199c3_1280
Solitaire sifflant @Blandine Rivière

 

Après la stupeur de l’effondrement, de la ville fantômisée, des espaces démesurément vierges d’activités, passé l’installation d’un calme plus inquiétant que serein, la ville s’ébroue à nouveau.

Elle s’ébruite progressivement.

Pas besoin de la regarder, juste lui tendre une oreille de sa fenêtre ouverte.

Le silence, à défaut d’être rompu, perd du terrain, en même temps que son calme.

Les ouatures cotonneuses se déchirent.

Les voitures rouleuses se déconfinent sans vergogne, redonnant du moteur et du claque qui sonne à tour de roues.

Les gazouillis s’estompent car eux sont aussi masqués, et ce n’est qu’un début.

Et comme l’espace public, ainsi que l’autre, notre co-habitant, sont potentiellement de dangereux ennemis semant la pandémie.

Et comme le transport en commun est aujourd’hui trop en commun, terreau de germes viraux, brouillon de culture insanitaire, espace bardé de contraintes…

L’habitacle carrossé fait effet de refuge inviolable, invirussable.

La sécurité distanciée d’un chez-soi sur pneus.

Et la voiture de reprendre la route, peut-être plus que jamais, ou pire que jamais, ou les deux on ne sait jamais.

A tombeau roulant, bruitalisant la cité, et même urbi et orbi.

Mais le piéton aussi repeuple la cité.

D’abord ombre fugitive esquivant le voisin trop pressant.

Heureusement, les postillons ne roulent plus, le crachat de la poste faisant froid !

Ainsi le passant, masqué, défie croit-il, la reconnaissance faciale, pour un instant, pour un instant seulement.

Piéton redonnant de la voix dans la voie.

D’ailleurs à propos du masque,  c’est à l’origine objet de théâtre, antique.

Il se nomme personna, mon nom est personne, et mon masque le personnage que je joue…

Du verbe latin per-sonare, qui sonne par, à travers, et par extension qui parle à travers, et non pas à tord et à travers. Quoique…

Car le masque d’alors ne cache pas la parole, bien au contraire, artifice acoustique, il l’amplifie, la fait porter, publique.

Pas sûr que cela soit vraiment le cas aujourd’hui.

Un théâtre urbain d’ombres solitaires distanciées n’aide pas l’échange cordial.

C’est un terrain miné, qui musèle brutalement des velléités de révolte, jugées sanitairement bien trop bruyantes !

L’ether nu ment !

Si le silence se déchire par voix et voitures, la société s’est  sensiblement désociabilisée, sans doute via la politique entretenue de la peur généralisée, bâillon plus redoutable que bien des masques, même de fer.

 

tumblr_bcf3a62d760805349c6133675278a12e_0942bcde_1280
Ombres urbaines @Blandine Rivière

 

Photos Blandine Rivière – Texte Gilles Malatray

Écrit et ouï  de mes fenêtres 06 mai 2020 – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Point d’ouïe, comme un pesant silence

6168d4044ca44f6fe756e3d00ff197d6796578cb

Ici 

ma rue

déserte

désertée

abandonnée 

ou presque

quartier fantôme

ville fantôme

trottoirs fantômes

parfois secoués

en quelques minutes vespérales

de liesses passagères

ou d’un camion vrombissant

vomissant ses vivres

et chaque sons grinçants

ferraillant le trottoir

ronronnements de chambre froide

claquements de porte

prennent des proportions décuplées

si bien que même dans la durée

des gestes ralentis

des mouvements confisqués

l’oreille s’étonne encore

de ce quasi silence 

pesant

que nargue l’insolent soleil

et que les cloches perchées

animent sans scrupules

toniques scansions

bouffées d’oxygène auriculaires

ce printemps manque d’air.

 

@photo​ Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

 

Fenêtres d’écoute – Listening windows – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Un banc, point d’ouïe modifié

b21c30500b61cd66b64a55ad3ddc71e9e0847eab

Ceci est un banc

tout près de chez moi

un banc où

très souvent

je m’assois

j’écoute

je regarde

je lis

j’écris

je parle à des habitués

ou à des rencontres fortuites

un lieu de repos

parmi d’autres bancs

un point d’observation urbaine

d’observation curieuse

des choses répétées

des choses singulières

des aléas du moment

un point d’ouïe ittéré

un espace de tentative d’épuisement

comme une terrasse façon Pérec

une forme de rituel urbain

intervention minimaliste

prenant corps dans la durée

les rencontres causeries

ma présence qui s’installe

mais aujourd’hui

confinement sanitaire oblige

je l’ai déserté

lui préférant

dans mes rares sorties

une marche dégourdissante

ma fenêtre est alors devenue

l’erzatz d’un banc

momentanément inoccupé.

 

@Photo Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

Point d’ouïe – Pratiquer le Zone’Art

23237191992_430ac03119

Démarche essentiellement urbaine, en ce qui me concerne, pratiquer le Zone’Art, voire être Zone’Art.

Zone’Art pentage
Souvent entre chiens et loups, nuit tombante, voire plus tard, si ce n’est bien plus tard. Errances, déambulations au hasard des rues, des quartiers, parcs, places, escaliers, impasses, parcours d’instinct, au fil des choses croisées, vues, entendues, entr’aperçues… Post debordage. Dans des villes connues, celle où je vis par exemple, celles parcourues régulièrement, pleines de balises apprivoisées, ou en cités abordées de prime abord, ou depuis peu. Espaces peuplés d’inconnu(s) et réservoir de surprises sensorielles, lieux d’excitantes perditions géographiques, fabriques de repères en chantiers, parfois catalyseurs de dépaysements exosoniques, exotoniques. Pensées vagabondes, souvent fugaces, fugitives, recouvertes par d’autres, au fil des pas. Zone’Arthétérotopique.

Puis le besoin de pause se fait sentir.

Zone’Art soyez vous donc
Un banc, un recoin de muret, d’escaliers… Pause. Ne plus aller vers les choses, les gens, les laisser venir à moi, ou pas. Immersion, être au cœur d’une ville, même dans sa périphérie, ses lisières, plongée dans ses sons, lumières, mouvements, rythmes, ambiances, météo comprise, palpitations plus ou moins ténues, effrénées, mi-figue, mi-raisin… Regarder, écouter, lire, noter, rêvasser, échafauder des scénari, des plans d’actions, plus ou moins réalistes, laisser murir l’idée, celle qui parait pertinente, avoir des velléités d’écriture, désirs d’actions, de rencontres, creuser les choses, différemment… Croiser le chemin de passants, connus ou inconnus. Renseigner sur une direction, échanger sur la pluie et le beau temps, sur le roman qu’on lit, sur l’anecdote, le front social grondant, la galère quotidienne de celui qui a juste envie de s’épancher, et qu’on l’écoute un peu. Banc d’écoute, j’y reviens. Bureau nomade avec ses points habituels, ponctuels, ponctuant, et ses nouveaux spots Zone’Artendus. Parfois, voire souvent Art du presque rien. Zone’Artborés, bordés, ceux de la vie à ciel ouvert, du prendre place à 360°, assises hors-les-murs, espaces du fragile et du solide concomitant. Zone’ Artifices, sans cesse réécrits, pour le meilleur et pour le pire.

Zone’Artchitecture, urbaine, urbanique, lieux publics où vivent et parfois survivent certains, qui auraient pu presque être citoyens. Lieux qui peuvent se donner à entendre si on leurs prête l’oreille. Donner du grain à moudre à mes oreilles, perpétuelles insatisfaites, mais réjouies aussi.

 

Point d’ouïe, accordage des lieux swingants

Restaurant-Cipiace-coktail-Bruxelles-622

Parvis Saint-Gilles à Bruxelles

Réflexes musico-motri-sensoriels.
J’arrive dans une ville, un quartier inconnu, ou peu connu, par moi en tous cas.
Exemple personnel cette semaine, le quartier Saint-Gilles à Bruxelles.
En soirée, nuit tombée.
En début de week-end.
Presque en hiver, mais avec un temps frais et clément.
Réflexe, le parcourir pour l’entendre, mieux l’entendre, tendre à mieux s’y entendre.
Se laisser guider par l’instinct, les lieux, les mouvements, les gens, les imprévus, le sons, et encore les sons…
Marchécouter, marcharpenter.
Repérer des lieux où se poser, ou poser ses oreilles, son écoute, un banc de pierre, des marches d’escalier…
Prendre le pouls de la ville, du lieu, en sentir les pulsations, autrement dit, musicalement parlant peut-être.
Ville groove.
Ici, c’est encore le temps où Bruxelles chante, si l’on veut bien, autrement, en capter les rythmes et mélodies, parfois cadencées dans une frénésie expansive.
Si l’orchestre urbain, son installation sonore ambiante, semblent s’emballer, l’oreille doit rester indulgente, patiente; elle doit lâcher prise pour s’ouvrir un peu plus, ou totalement, à une composition sonore qu’elle ré-orchestre elle-même, posture post Russolienne, au cœur, au corps de la ville-sons.
Ville scène ouverte, où Schafer, Russolo, Neuhaus, parmis d’autres, l’avaient bien senti, ville qui ouvre des champs de possibles audibilités dont on ne fait qu’effleurer les sonopotentiels.
Tuning of the World, disait Murray Schafer, l’accord(age) du monde, comme une musique trublionne, canaille, indisciplinée, ionisée, façon Varèse.
Accorder ses sens à, vers, dans, pour la ville, ou accorder la ville à ses sens, dans une syntonisation réciproque, en perpétuel ré-accordage.
Sentir la pulse, ou l’impulser.
Construire, composer une écoute groovante, qui emprunterait au Jungle Ellingtonien, au swing made in Basie, à un lyrisme de Gershwin, comme à la rêverie de Yves ou aux paysages de Ferrari, dans un brassage melting-pot que j’aime à imaginer sauce Bruxelloise.
Filer la métaphore de la ville swing.
Penser le beat, les lieux qui groovent, qui swinguent, ou qui s’étirent dans des balades hyper slow, qui sembleraient faire marcher la cité à reculons.
Traquer les breaks, les cassures, ruptures de tempi, ponts/transitions, modulations, dissonances, impros et chorus…
Une ville à vaux-jazz, que je perçois ce soir, sur le Parvis Saint-Gilles, dans une grille d’accords qui laissent une large place à l’improviste, et à l’humain, bien présent.
Des trames sonores qui se déroulent comme des thèmes, des t’aimes, in the mood…

Résidence City Sonic Winter Sessions
23 novembre 2019
Parvis Saint-Gilles à Bruxelles

PAS – Parcours Audio Sensible, des marches auriculaires thématiques

6266835353_c1ed0d35ec_o

English below

Sensorialité, sociabilité, l’oreille partage des PAS et des écoutes…

PAS – Parcours Audio Sensible, étrangeté urbaine
Où l’on recherche les lieux les plus insolites, surprenants, parfois dérangeants, pour en écouter les triviales beautés. L’instant idéal, entre chiens et loups et nuit tombée.

PAS – Parcours Audio Sensible, ligne de flottaison
Où l’on suit le cours d’un fleuve, d’une rivière, d’un ruisseau, un parcours de fontaines… Comment se rafraichir l’écoute au fil des ondes bruissonnantes.

PAS – Parcours Audio Sensible, auscultation, sonification
Ausculter les matières, les mobiliers, végétaux, bâtiments… Amplifier les micro-sons, composer une intime musique des lieux, tester des objets d’écoutes insolites, donner de la voix aux choses…

PAS – Parcours Audio Sensible, gare aux oreilles !
Une gare, ses ambiances, acoustiques, annonces, flux humains et mécaniques. L’oreille va bon train…

PAS – Parcours Audio Sensible, l’oreille verte, l’oreille ouverte
De jardins en parcs, de coulées vertes en délaissés, vers la sagesse des arbres murmurants, un parcours d’écoute pour mettre notre oreille au vert.

PAS – Parcours Audio Sensible, postures des marches
Chercher la posture ad hoc, physique, mentale, commune, singulière… Ce qui nous relie au lieu, à l’autre, celle de l’oreille kinesthésique.
Possibilité de travailler avec un(e) artiste danseur.euse.

PAS – Parcours Audio Sensible, points d’ouïe en oasis sonores
Des zones calmes, espaces apaisés, où l’écoute et la parole se déploient sans forcer. Des oasis auriculaires urbains où il fait bon écouter et vivre.

PAS – Parcours Audio Sensible et écologie sonore
Comment sonne la cité ? Et avec ta ville, comment tu t’entends ? Un parcours, des lectures, autour de l’écologie sonore sur les concepts de Raymond Murray Schafer, Félix Guattari, Henry David Thoreau…

PAS – Parcours Audio Sensible, entrez dans la résonance
La ville et ses effets acoustiques, réverbérations… Des lieux qui sonnent, intérieurs extérieurs, des espaces architecturaux où l’oreille prend la mesure des lieux…

PAS – Parcours Audio Sensible, Inauguration d’un point d’ouïe
Après des balades repérages collectives, on choisit un point s’ouïe pour ses spécificités et aménités paysagères et sensibles. On l’inaugure officiellement par une cérémonie avec des discours, minutes de silence-écoute, signalétique…. S’ensuit une géolocalisation cartographique, des traces sonores, visuelles et écrites…

PAS – Parcours Audio Sensible, écritures et guidages de parcours d’écoute pour un lieu donné
Construction d’un parcours d’écoute in situ, selon des thématiques locales (site minier, portuaire, industriel, architectural, ville d’art, parc naturel ou urbain, forêt…) L’écoute contextualise le territoire arpenté et se joue de ses ambiances. Possibilité de travailler avec des structures culturelles, associations, artistes locaux pour co-écrire/construire à plusieurs oreilles, mains, pieds, regards…

 

39285280440_e330eb5ee2_k_d

 

English

PAS – Parcours Audio Sensible, thematic Soundwalks; Sensoriality, sociability, the ear shares PAS and listenings …

PAS – Parcours Audio Sensible, urban strangeness
We research the most unusual places, surprising, sometimes disturbing, to listen to the trivial beauties. The perfect moment is between Dogs and Wolves and in the night.

PAS – Parcours Audio Sensible, Waterlines
We follow the course of a river, a river, a stream, a walk about fountains … Refresh the listening over the waves rustling…

PAS – Parcours Audio Sensible, auscultation, sonification
Auscultate materials, furniture, plants, buildings … Amplify the micro-sound, compose an intimate music places, test unusual listening objects, give voice to things …

PAS – Parcours Audio Sensible, beware of the ears !
A Railway station, its atmospheres, acoustic, announcements, human and mechanical flows. The ear is going well …

PAS – Parcours Audio Sensible, green-ear, open ear
From gardens to parks, from green castings to abandoned spaces, the wisdom of whispering trees, this a soundwalk for to put our green-ears.

PAS – Parcours Audio Sensible, Walking ans listening postures
Seeking the ad hoc walking and listening posture, physical, mental, common, singular …
What connects us to the place, to the other, to the kinesthetic ear.
Possibility to work with a dancer artist.

PAS – Parcours Audio Sensible, hearing points in sound oases
Quiet areas, soothed spaces, where listening and speech unfold without forcing. We’re looking for the Urban ear oases.

PAS – Parcours Audio Sensible and Acoustical Ecology
How does the city ring? And with your city, how do you get along?
A course, readings texts around Acoustical ecology about the concepts of Raymond Murray Schafer, Felix Guattari, Henry David Thoreau …

PAS – Parcours Audio Sensible, enter the resonance !
Listen to the city and its acoustic effects, reverberations, echoes …
Listen to places that sound, exterior interiors, architectural spaces where the ear takes the measure of places …

PAS – Parcours Audio Sensible, Inauguration of a hearing point
After collective sounwalks, we choose a « point d’ouïe » for its specificities and landscaping and sensitive amenities. It is officially inaugurated by a ceremony with speeches, minutes of silence-listening, signage ….
Then follows a cartographic geolocation, sound traces, visual and written…

PAS – Parcours Audio Sensible, writing and route guidance for a specific location
Construction of a listening path in situ, according to local themes (mine site, port, industrial, architectural, historic city, natural or urban park, forest …
The listening contextualizes the surveyed territory and plays with its atmospheres.

 

Logo seul

 

 

Document PDF téléchargeable ici : https://www.academia.edu/40315529/Du_PAS_-Parcours_Audio_Sensible_au_Point_dou%C3%AFe?fbclid=IwAR2o5HFrkiJUODMF_IQ9PGaLgKrxQubWlPKuUk9stBhJiDwylvBy8UwkEJc

PAS – Parcours Audio Sensible et écologie sonore

lyon_3e_-_place_pierre-simon-ballanche

Samedi après-midi, beau soleil, températures printanières, un groupe d’une vingtaine de personnes, un parcours accueilli et organisé par Nomade Land Lyon, et écrit et guidé par Desartsonnants.

Nous avons décidé de marcher et parler autour de la thématique de l’Écologie sonore.

Pour certains, ce terme désigne vaguement quelque chose, la plupart n’en n’ont jamais étendu parlé.
Je m’aperçois que, au fil des actions et rencontres, j’explique un nombre de fois considérable ce que ce vocable signifie, son histoire, ses idées, ses acteurs, ses actions, ses enjeux…
La pensée de Monsieur Raymon Murray Schafer m’a en tous cas permis de creuser le sujet, entre esthétique et social, arts, sciences et politique…
Je ne retracerai pas ici une fois encore ces pratiques et réflexions, et vous conseillerai, si vous en ressentez le besoin, d’aller lire, ou relire, “Le paysage sonore” de Murray Schafer édité aux magnifiques éditions Wild Project de Marseille.
Ou bien encore de vous référer aux liens que je cite en fin d’article.

De la notion de paysage sonore à celle de bioacoustique, de la vision audio-naturaliste à celle d’architecture sonore, l’Acoustical Ecology, terminologie Anglo-saxonne, tisse un réseau d’activistes écoutants dans différentes pratiques, ce qui en fait parfois sa force, et parfois sa faiblesse de chapelles.

Pour revenir à notre parcours Lyonnais, nous avons sillonné une partie du 7e arrondissement, de la Guillotière au parc Blandan, ancienne très grande caserne militaire et aujourd’hui vaste parc assez récemment aménagé tout près du centre ville. Dans un tout autre vert si je peux me permettre.

Notons que le lieu de rendez-vous, la place Gabriel Péri, plus connue à Lyon sous le nom de Place du Pont, épicentre d’un quartier (encore) populaire et riche en mixité sociale, ethnique, est ce jour là le point de départ d’une manifestation pour “L’Algérie libre”. L’ambiance sonore y est chaude, dans le bon sens du terme, très bon enfant et joyeuse; des slogans, musiques, percussions, beaucoup de chants, colorés de vert et de rouge. Du beau son pour se mettre les oreilles en appétit, même si le rassemblement de notre petit groupe est moins facile que prévu de prime abord.

Sur une petite place attenante, que j’adore par son ambiance “coupée du monde”, la Place Pierre-Simon Ballanche, j’expose en quelques phrases se que contient la terminologie d’écologie sonore, en précisant que notre marche serait dés lors silencieuse, ce qui m’est assez coutumier, hormis quelques lectures de textes se rapportant au sujet, sur des arrêts Points d’ouïe.

Et nous partons, de places en ruelles, de cours intérieures en squares, naviguer entre les voix, les automobiles, ne les oublions pas, les jeux d’enfants, les oiseaux qui se réveillent sous les premières chaleurs, une cloche… Tout y est ou presque. Le décor sonore se dresse petit à petit.

Des ambiances en cascades, en couches, assez riantes ce jour, sur un parcours plutôt apaisé même s’il croise immanquablement quelques grandes artères bien circulantes.
Une ville vivante dira en fin de parcours un participant. Le terme est juste, la ville que nous arpentons vit bien à l’oreille.

Chaque lecture sera précédée de quelques minutes silencieuses, pour prendre le pouls acoustique du lieu, puis, la lecture terminée, à nouveaux d’une pause écoute. Les deux points d’ouïe encadrent ainsi le texte, comme pour le mettre en exergue, sans autres commentaires. Une posture parmi tant d’autres, mais qui fonctionne assez bien dans ce format audio-déambulatoire.

parc-blandan3

Le terme de notre déambulation, de quasiment deux heures, à marche lente, s’effectue dans Parc Blandan, où alternent promenades, jeux d’enfants. Plus exactement, nous nous posons dans un espace boisé, “aménagé” en friche façon tiers-paysage, comme le définirait Gilles Clément, un de mes jardinier planétaire et penseur favoris.

Dernier spot d’écoute dans cette petite “forêt sauvage”, assis sur une plateforme de bois, ou dans l’herbe… Des voix, des oiseaux, la rumeur de la ville a disparu, un bel endroit, visuellement et acoustiquement parlant.

La parole est alors libérée, et elle sera prolixe.
Beaucoup de questions, un débat (presque) improvisé. Le silence du chemin a accumulé les questionnements, parfois les frustrations, mais stimule l’échange final.
Des questions autour des textes, des auteurs lus.
Des questions autour du son au quotidien, des seuils de tolérance, de l’écoute, du respect mutuel des postures écouteurs/producteurs sonores.
Des échanges autour de l’inter-culturalité sonore, des cités auriculaires et de leurs aménagements acoustiques, ou de la non-pensée bru(i)tale, des zones délaissées, des espaces assagis (trop ?), des zones calmes, du zonage urbain, des conforts acoustiques où la voix étalon reste le critère d’audibilité, du peu de place du sonore (paysager, sensible, qualitatif, culturel) dans les enseignements, en architecture et urbanisme, des rapports sons-musiques, des actions de l’artiste écouteur en résidence, se ses lectures écritures de territoires par l’oreille, de la mise en scène d’écoutes dans l’espace public…

Le public est varié, curieux de la chose sonore, ou écologique, curieux d’appréhender une tranche de ville autrement, artistes, aménageurs, promeneurs patentés voire créateurs de parcours sensibles…

Presque encore deux heures d’échanges suivront la déambulation, pour les plus tenaces, qui s’achèveront à la terrasse d’un café, pause bien méritée. Un format de parcours à la fois sensible et pédagogique, construit entre bulles d’écoute et relationnel, que j’affectionne tout particulièrement.

Au-delà de son histoire, de ses actions et réflexions, l’écologie sonore est, ou doit être une prise de conscience des saturations/disparitions, mais aussi des milles plaisirs à partager de l’oreille, au quotidien. Dans mon parcours artistique, je cultive ces formes d’échanges déambulants, où la parole s’ouvre au fil des pas, même s’ils préservent des zones silencieuses, et s’affinent au fil des situations rencontrées, sans doute plus qu’entre quatre murs.

Cerise sur le gratin, une participante a saisi, de son habile crayon, des moments de lectures et d’écoutes.

 

G malatray balade sonore 1_cr

 

 

balade sonore jeux d'enfants

 

 

g malatray balade sonore 2_cr

 

 

https://naisa.ca/radio-art-companion/an-introduction-to-acoustic-ecology/ (EN)
https://www.wfae.net/
https://www.acousticecology.org/
http://syntone.fr/exclusif-lecologie-sonore-est-nee/
https://www.wildproject.org/journal/4-glossaire-ecologie-sonore

Audiobaladologie PAS – Parcours Audio Sensible à Lyon

52595407_2364309183579463_443589500845686784_n

Jeudi 14 mars 2019 de 18:30 à 20:30

Dans le cadre de la Journée Nationale de l’Audition, PAS, Parcours Audio Sensible. Parcours d’écoute à tombée de nuit et nocturne autour de la gare de Vaise. Dedans-dehors, dessus-dessous, l’oreille se balade au rythme de nos pas

Pour découvrir des lieux décalés, insolites, à fleur de tympan…

Départ 18H30 Place de Paris Lyon 9, parvis de l’église Notre Dame de l’Annonciation – Métro D terminus Gare de Vaise.

Événement Facebook ICI

Inscriptions (gratuites) ICI

Explorer les seuils, une marche Vénissianne

seuil_670
©Claire Daudin

Claire Daudin, artiste plasticienne marcheuse, nous convie, lors d’une sortie de résidence artistique à lEspace d’Arts Plastiques, à une traversée Nord-Sud de la ville de Vénissieux. Une quinzaine de kilomètre à pied, en mode urbain et périurbain, pour arpenter les seuils de la ville. Seuils que l’artiste à découvert avec la complicité des habitants qui l’on emmené marcher à Venissieux.
Ces résidents, avec l’équipe du centre d’art et quelques curieux, lui emboiteront le pas, dans cette sortie de résidence singulière, tout en mouvement.
Les seuils sont multiples, nous le constaterons, des plus imposants au plus modeste, minimaux, quasi invisibles, imperceptibles.

Limites de la ville, lisières parfois affirmées et parfois ténues, voire indicibles, pas de porte où l’on échange entre le dedans et le dehors, y compris comme des espaces symboliques ou métaphoriques, lignes de tram, entrées de métro en espaces de télétransportation qui nous emmènent rapidement au centre de Lyon, vieille ville industrielle et post industrielle, immense cité des Minguettes des années 60, marchés, zones commerciales, écoles, périphériques franchis par dessus et par dessous, chantiers, jusqu’à la petite bordure de trottoir qui vient entraver la circulation d’un fauteuil roulant, les seuils nous montrent une ville qui ne cesse de se redessiner.

Autant de riches sujets d’échange lors de cette marche urbaine, dans une ville d’ailleurs déjà connue pour une longue déambulation historique, celle pour l’égalité et contre le racisme (1983), rebaptisée Marche des beurs.

Je laisserai ici à Claire l’exploration plastique et kinesthésique, et la construction de ses récits des seuils, d’entre-deux, sur lesquels elle a œuvré plusieurs mois durant, et qui lui a permis de rédiger un blog carnet de notes avec textes et photographies à l’appui.

52263823_10155713926640672_5540326800443310080_n

Ce jour là, j’avais pour ma part décidé, en contrepoint au travail de Claire, de tenter de comprendre si un seuil était décelable à l’oreille, et si oui, comment le retranscrire par la captation et le montage sonore. Un seuil est-il (aussi) auriculaire, acoustique, sonore ? Les ambiances écoutées au fil de cette marche tracent-elles des lisières, dessinent-elles des espaces, des passages, des contrastes, des fondus progressifs, des îlots, des porosités, des fermetures, des sas… ?
Bien sur, à force de promener mes oreilles urbi et orbi, j’avais déjà une petite idée de la chose. Néanmoins, sur cette longue traversée, pourrais-je, avec les autres marcheurs, construire une trace audible qui confirmerait, infirmerait ou nuancerait l’idée de seuils acoustiques ?

J’allais donc, micros en main, capter non pas l’intégralité de la marche, mais ici et là, de petits espaces-temps qui me semblaient significatifs. La ville quadrillée de ses axes de circulation, où s’infiltrent parfois de façon virulente et intrusive, voitures et autres engins motorisés, y compris sous-terrains. Ville ponctuée de voix, les nôtres, d’autres, de travaux, d’activités diverses, d’oiseaux, même en cette période hivernale, des bruits de pas, des commentaires, de questions… Un patchwork sonore montrant une cité multiple, complexe, parfois bouillonnante, parfois apaisée, parfois dans un entre-deux.

La réécoute des sons enregistrés me confirme qu’ils y a bien des espaces sonores qui font seuils, qui font entre-deux, qui font coupures, qui font transition, donc qui font sens.
Émerger d’un chantier, traverser une immense cité d’habitations, la regarder du haut d’un tertre enherbé, y assister au nettoyage d’un imposant marché achevé, se tenir sous un pont au cœur d’une circulation tout autour et au-dessus de nos têtes… des expériences sensorielles parfois déroutantes, mais qui nous font cheminer de l’oreille dans les méandres urbains. On passe parfois très rapidement d’une ambiance à un autres, seuils de coupures où tensions et apaisement se succèdent au fil d’une urbanisation chaotique, incertaine, surprenante.

Comme souvent, j’ai pris le parti ici de ne pas suivre un trame purement chronologique. Le parcours est revisité plutôt comme une forme de partition sonore discontinue qui, si elle reste assez fidèle à l’esprit des lieux, est réagencée pour nous faire sentir des seuils montrant une ville sans cesse en mouvement, à la fois tonique, parfois oppressante et parfois plus intime, où des oasis de calme installent des espaces de vie quiets, des proximités rassérénantes.

Les seuils, pour qui apprend à les déceler, nous font jouer avec les marges. Ils nous autorisent, notamment en marchécoutant, de prendre du plaisir à les appréhender, à les reconstruire, espaces hétérotopiques, urbanistiques, sensibles, esthétiques, sociaux, à fleur de tympan.

En écoute

 

51940873_10155705025440672_5979740334651867136_n
©Claire Daudin