Point d’ouïe, genèse d’un voyage auriculaire

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J’ai, ces dernières années, parcouru beaucoup de kilomètres en voiture (de moins en moins), trains, bus, et parfois avions et bateaux. Néanmoins, l’aventure, petite ou grande, ne commence vraiment pour moi que lorsque je mets pied à terre. Je me sens bien arrivé lorsque j’arpente et écoute, deux gestes souvent indissociables dans ma pratique, le territoire en bout du chemin, où qu’il soit, et fût-il une des innombrables étapes d’un long parcours toujours en chantier.

C’est également lorsque, durant ces arpentages-écoutes, les rencontres, les échanges, les expériences humaines, les explorations partagées, font que les voyages s’ancrent plus profondément dans un parcours intime, paysage sonore affectif, singulier, personnel et pourtant je l’espère partageable.

C’est sans doute ici que le récit se construit, autre voyage dans le voyage, pétri de mémoires vives, où les sons sont inscrits en exergue d’une histoire rhizomatique, entre les deux oreilles.

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Écritures sensibles et dépaysement au quotidien

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©Angela Edwards  Crowd Paintings

 

J’essaie de penser ce qui ne m’accrocherait pas, me laisserait indifférent, dans une ville, un village, un quartier, un territoire péri-urbain, naturel… Mais je n’y arrive pas vraiment. Il y a toujours, partout, quelque chose, une petite aspérité, un infime décalage, qui m’accrochent, m’attirent, m’inspirent. Des expériences en marche, des rencontres, des micro-événements imprévus, l’attrait du quotidien, d’une forme d’inconnu non spectaculaire…

Poser l’oreille et le regard quelque part, dans une ville, goûter ses spécialités culinaires, se faire raconter la cité historique, sociale, politique, culturelle, anecdotique, par des guides autochtones, c’est déjà chercher une forme de dépaysement stimulant. Je peux alors un peu plus jouir de ses ambiances, sonorités, couleurs, odeurs, températures, lumières…

En apprenant à (mieux) écouter, j’ai appris à (mieux) regarder, sentir, tâter, lever la tête vers des détails architecturaux, vers d’autres rythmes qu’il faut aller chercher. Il me faut être curieux de ce qui construit un territoire hétérotopique comme dirait Foucault, en l’occurrence celui que je marcherai.

Je suis d’ailleurs très reconnaissant à Jean-Christophe Bailly, dans son livre « Le dépaysement, voyage en France » d’avoir, pour moi, mis en lumière, révélé, exacerbé, cet état de fait, cette richesse de l’écriture narrative sans cesse renouvelée, quel qu’en soit le terrain.

Au final, au fil de ces traversées auriculaires collectives, des workshops que je mène, ce sont bien l’écriture et le partage d’histoires, de récits, celles et ceux que l’on tisse ensemble, qui seront le pivot, l’axe moteur de ces déambulations multiples.