Installer l’écoute, expériences ludo-forestières

Forêt trouée

d’échappées vers le ciel

bleu

limipde

accueillant

allongé dans l’herbe

des branchages vibrillonnent

sur écran haut d’azur

frémissant

complicité du vent

tout bouge

doucement

tout s’agite

sereinement

froufroutis

froissements

chuintements

les sens tournés vers le haut

des herbes folles

bruissonnent aussi

la forêt se donne à entendre

sans forcer le jeu

l’écoute est installée

entre nous, et elle

à même le sol

contact terre à terre

ça fait sens

la marche reprend

changement d’axe

verticalité

nouveau point de vue, d’ouïe

l’oreille prend de la hauteur

de même le regard

pour scruter le sol

couleurs et bruissonnances

qui  rythment des pas

ou l’inverse

avancée capricieuse

danse qui ne se dit pas

pour mieux chanter les lieux

mille choses sous nos pieds

des froissements colorés

des voix émergent

scansions

saluts

l’avancement est ludique

l’oreille à la fête

tant de choses et d’espaces à jouer.

Forêt trouée

d’échappées vers le ciel

bleu

limipde

accueillant

allongé dans l’herbe

des branchages vibrillonnent

sur écran haut d’azur

frémissant

complicité du vent

tout bouge

doucement

tout s’agite

sereinement

froufroutis

froissements

chuintements

les sens tournés vers le haut

des herbes folles

bruissonnent aussi

la forêt se donne à entendre

sans forcer le jeu

l’écoute est installée

entre nous, et elle

à même le sol

contact terre à terre

ça fait sens

la marche reprend

changement d’axe

verticalité

nouveau point de vue, d’ouïe

l’oreille prend de la hauteur

de même le regard

pour scruter le sol

couleurs et bruissonnances

qui  rythment des pas

ou l’inverse

avancée capricieuse

danse qui ne se dit pas

pour mieux chanter les lieux

mille choses sous nos pieds

des froissements colorés

des voix émergent

scansions

saluts

l’avancement est ludique

l’oreille à la fête

tant de choses et d’espaces à jouer.

Vidéo Pauline Marty – Montage Gilles Malatray – Desartsonnants

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « »Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Faire trace pour faire exister, pour tracer de nouveaux chemins

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

Au neuvième jours de ma résidence audio-paysagère auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe », la matière sonore, visuelle, textuelle, commence à s’accumuler, à prendre corps, et surtout à progressivement faire sens.

Dans une démarche qui n’a en soi rien de très originale, j’applique ma petite méthodologie de terrain, en immersion, baigné, entouré de paysages aux vertes collines, de forêts multicolores, de rivières chantantes, de lumières automnales délicates, sans oublier les sonorités plutôt apaisées.

Et de quelques tracteurs grondants et ferraillants.

Se promener, arpenter, repérer

Écouter, donner à entendre, partager les points d’ouïe, les chemins d’écoute

Capter, cueillir, enregistrer des ambiances sonores de tous crins, écrire, photographier

Classer, trier, organiser, revisiter, construire les traces

Réécrire, recomposer, raconter…

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

En espérant avoir saisi un peu de l’essence paysagère, du monde sensible in situ, et de les restituer à ma façon, pour ainsi de les partager à qui veut bien entendre.

L’écoute, tout comme le paysage sonore en résultant, étant pour le moins immatériels, fluctuants, fluants, les traces comme outils d’écritures plurielles tenteront de lui donner vie, incarnation sensible, consistance, a posteriori de l’action, et espérons-le dans un certain prolongement temporel.

Traces sonores

Le vécu, l’écoute in situ

Le souvenir, la rémanence

Le capté, l’enregistré

Le montage audionumérique, l’écriture, la création, la composition

La restitution, les installations, les supports de diffusion

Traces écrites

Carnets de notes, relevés, approches descriptives, phénoménologiques…

Essais poétiques, politiques, écologiques, sociaux…

Traces visuelles

La photo in situ, le croquis, la vidéo, le graphisme, la carte mentale, ou sensible…

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers
Fiche d’écoute PePaSon (Pédagogie au Paysage Sonore)
Traces plastiques

L’objet évocateur, sonnant, instrument, installé, interactif (éolien), le site aménagé (point d’ouïe acoustique)

Traces kinesthésiques

La marche, mouvement, danse…

Mémoire du corps, mémoire proprioceptive

Écritures corps et graphiques

Traces géographiques

Sentiers et parcours sensibles

Cartes, relevés

Expériences augmentées , virtuelles, in situ ou déterritorialisées 

Traces transmédiales

Installations multimédiatiques (sons/objets/graphismes/photos/vidéos/expériences corporelles/textes…)

Traces indisciplinaires, ou indisciplinarisées

Approches tracées, mêlant, croisant, faisant interagir différentes disciplines ou « spécialités » (arts, sciences dures et sociales, aménagement du territoire, santé, pédagogie, design, politique) 

Dans le meilleur des cas, on imagine un travail réunissant, sans doute encore un brin utopique, musiciens, artistes sonores, géographes, sociologues, architectes, urbanistes, designers, plasticiens, vidéastes, danseurs, écrivains, poètes (et autres écrivants), photographes, graphistes, acousticiens, paysagistes, politiques, soignants, habitants et promeneurs du quotidien, et bien d’autres champs d’actions/performances in situ.

Faisons en sorte que tous ces acteurs puissent co-écrire, via des expériences en chantier, un paysage sonore pluriel, multiple, comme il l’est du reste intrinsèquement.

@photo France Le Gall –Danser l’espace – Sous les pommiers

Dans cette visée, installer l’écoute est une chose pour moi importante, mais à condition de le faire dans un contexte donné, en privilégiant une approche relationnelle des plus ouvertes que possible.

Le croisement, l’hybridation, la créolisation de gestes, de savoir-faire, d’expériences, d’envies, est au cœur, toutes traces aidant, de l’écriture, et qui plus est de l’aménagement d’un territoire, avec toutes ses potentialités, ses faiblesses, et ses fragilités inérentes.

C’est dans cette optique que la construction avec et par les traces, par le ré-agencement d’objets sensibles, témoins, recueillis pour construire un processus narratif et constructif, prendra tout son sens.

Cependant, notons que sur le terrain, la tâche n’est pas si simple. Les barrières restent nombreuses, les freins multiples.

Entre contraintes financières, soucis de rentabilité à tout prix, manque de temps alloués, tendance à l’entre-soi culturel, incompréhension, plus ou moins volontaire, de la démarche, isolement et méfiance du monde rural, comme du milieu urbain, les obstacles, dont certains pas des moindres, contraignent les projets souvent dans des résultats en deçà de nos attentes et espérances.

Fort heureusement, certaines structures, institutions, lieux alternatifs, osent courir le risque de faire un pas de côté.

En espérant que cela fasse trace(s), et qui plus est trace de nouveaux chemins d’écoute, et d’actions en tous genres.

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

@photo France Le Gall – Danser l’espace – Sous les pommiers

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Tourzel-Ronzières, paysage (sonore) en approche

Approche . La petite liaison ferroviaire Clermont-Ferrand/Issoire me mets en appétit, sensoriellement parlant.

Collines, vallons, forêts, rivières, sucs* se succèdent sous mes yeux, avant que les oreilles n’entrent vraiment en jeu.

Le train est décidément une très belle fenêtre pour contempler les paysages alentours, fuyants, en mode rêveur.

Et l’arrivée sur site, dans le petit village de Tourzel-Ronzières tient toutes ses promesses !

Une première boucle d’environ trois kilomètres, pour se mettre en jambe et en oreille.

Parcours sur un superbe sentier en sous-bois, avec des murets et constructions de pierres sèches, des prés ouverts, d’autres parquant des ânes qui nous regardent passer, sans un seul braiment, le vent qui anime la forêt, des oiseaux, par épisodes, une rivière bouillonnante, un panoramique visuel et sonore devant une belle église romane, qui nous fait entendre les sons de la vallées, des collines environnantes…

Prendre l’air des lieux…

Premières rencontres humaines, fugaces mais sympathiques, des saluts, quelques paroles échangées, le temps qu’il fait, courir les chemins, ne pas se presser…

Des ambiances plutôt apaisées pour un premier contact tout en douceur.

Et un nid douillet comme habitat, une belle roulotte nichée dans un écrin de verdure. 

Un atelier de danse comme studio atelier, dominant le terrain, un plateau intérieur-extérieur, avec son ouverture sur une terrasse caillebotis, les forêts juste en face. Un superbe lieu pour « Danser l’espace« , qui m’accueille en résidence dateliers-écritures « Installer l’écoute, Points d’ouïe », projet soutenu par la DRAC Auvergne-Rhône Alpes, le Département du Puy de Dôme, la Commune de Tourzel Ronzières et sa bibliohèque.

Ne reste plus qu’à laisser courir l’oreille, les micros, les pas, entre explorations et balades ateliers d’écoute.

* Un suc est un mini volcan; une petite (petite) montagne en forme de cône ou de dôme due aux éruptions phonolitiques, propres aux paysages volcaniques auvergnats.

De ma fenêtre de résidence, je vois des arbres, j’endends la rivière au bas, les oiseaux alentours…

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Point d’ouïe – Paysages pluriels, y compris sonores

Paysages milieux

paysages sensibles

paysages fragiles

paysages écosystèmes

paysages perçus

paysages racontés

paysages instables

paysages inventés, rêvés, espérés…

En tant qu’artiste promeneur écoutant

conteur de paysages sonores

voire de paysages tout court

il me semble que le droit au paysage est une cause qui s’entend

comme une entité vivante, partagée, vécue – pour le meilleur et pour le pire

que le droit du paysage, fût-il sonore

se défend comme une entité complexe, mouvante

et qu’il doit, ou devrait être envisagé comme une cause entendue

dans l’idéal sans visée hégémonique, ethnocentrique, productiviste… 

Préserver, aménager, imaginer, créer, de belles choses à entendre, regarder, toucher, sentir, goûter…

Paysage à vivre de l’oreille .

Faire paysage,

faire partie du paysage;

en prendre conscience,

comme une responsabilité partagée.

Point d’ouïe, installer l’écoute – Résidence artistique sous les pommiers

Atelier « Points d’ouïe et paysages en écoute »

Public : Tout public à partir de 12 ans – 15 personnes maximum

Objectifs : Activer une écoute sensible sur le paysage via la marche et la recherche de postures d’écoute in situ.

Partager une expérience contextuelle et relationnelle, entre esthétique sociabilité et écologie sonore.

Lieux : Site  « Sous les pommiers Ba », verger, chemins environnants, village…

Déroulé :

Matinée « Installer l’écoute » (3 heures)

– Présentation en marche des PAS – Parcours Audio Sensibles (les origines, les acteurs, quelques mots sur l’écologie sonore, les pratiques du field recording, entre captation et création sonore, notions de ponts d’ouïe

– Arpentage des lieux, écoutes silencieuses, en mobilité et en points d’ouïe. Recherches de postures d’écoute mentales et physiques, faire sonner les lieux, kinesthésie et géographie sonore.

– Écrire un parcours, repérer des points d’ouïe

Après-midi (3 heures) installer un paysage sonore

– Écoute de quelques paysages sonores commentés

– Enregistrement in situ, réécoute collective, exemples de traitements sonores en direct

– Retour au terrain, dernière immersion sonore en résonance avec les ateliers d’écoute précédents.

Matériel : Les participants qui le peuvent sont invités à amener un enregistreur, smartphone enregistreur…

Remarques : Prévoir de bonnes chaussures et une tenue « tout terrain », voire un vêtement de pluie…

Artiste encadrant : Gilles Malatray aka Desartsonnants, paysagiste sonore et promeneur écoutant

Gilles Malatray, artiste Français né en 1959, vit à Lyon (Fr).

Promeneur écoutant et pédagogue, il travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, culturelles, artistiques et écologiques, l’écriture et la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, qu’ils soient ville, périurbain, milieu rural, espace naturel, site architectural… Ces problématiques occupent une position centrale dans la pratique Désartsonnante via la curation, la recherche, les écritures transmédiales, la formation et les interventions artistiques in situ. L’écoute environnementale, reste ainsi, quelle que soit la forme d’intervention convoquée, au centre de toute investigation et création sonore.

https://souslespommiersba.wixsite.com/63320/agenda

Le lieu

Association Danser l’espace – France Legall

Contact :

              France Le Gall

              Chemin des Horts

              63320 Tourzel-Ronzières

              Tél :(33) 06 20 10 79 97

                      (33) 04 73 56 12 74

              Mail : souslespommiersba@gmail.com

Points d’ouïe, les Z’incroyables Z’inouïs

Où Desartsonnants vous invite à jeter une paire d’oreilles Z‘ubaines hors des chantiers battus, à oser l’inécoutable, le mal entendu, la triviale poursuite sonore, les dessous, marges et franges de la ville où l’oreille s’encanaille, l’audiorbex tympanique…

https://www.academia.edu/51026860/les_Zincroyables_Zinoui_s

Point d’ouïe – Traversée n° 5 – Écoute et relationnel, écoute relationnelle

PAS – Desartsonnants – CRANE LAb « L’INdescente  » Collectif La Méandre – Chalon/Saône, Port Nord

Que vaut l’écoute si elle n’est pas, à un moment donné, et le plus souvent que possible, partagée ?

Que vaut l’écoute si elle n’est pas pratiquée de concert, commentée, mutualisée, construite en une chose commune, qui appartient à tout un chacun dans l’expérience collective ?

Sans doute peu de chose. Une expérience qui ne s’enrichit pas de l’autre reste pour moi un geste partiellement inabouti, frustrant, une action en cours qui n’aurait pas été jusqu’où elle aurait pu et dû être menée.

Le geste d’écoute, ni même la chose écoutée, ne sont pas forcément une finalité en soit. C’est plutôt la façon dont ces actions sont construites, collectivement, qui fait finalité, ou tout au moins une finalité.

L’important pour moi, est de considérer, de comprendre, comment l’écoute partagée place le relationnel au cœur du projet, de sa réalisation, de son accomplissement.

Un paysage sonore écouté en groupe, en un lieu et un instant, est certes vécu par une somme d’individus ayant chacun leurs propres sensibilités, expériences, façons d’entendre les choses, de s’entendre ou de se mésentendre avec elles, ou avec les gens, mais à n’en pas douter, il gagne du poids, de l’épaisseur, dans une action collective.

Je prends souvent l’exemple d’écouter un concert ou de regarder un film en solitaire, ou de le faire en groupe. Bien sûr, nous pourront, individuellement, en éprouver un certain plaisir. Néanmoins, le fait de sentir autour de soi des personnes qui nous accompagnent dans ces spectacles, amène incontestablement un plus relationnel qui, même sans échanger la moindre parole, le moindre regard, se ressentira fortement.

Assister à un concert ou spectacle avec des amis, c’est sentir une synergie d’écoutants qui accomplissent une action concertée, délibérée, même si chacun appréciera, ou non, dans sa propre différence, les œuvres entendues, ou ressentira à sa façon des sentiments parfois fort différents d’un individu à l’autre.

Cela relève du plaisir de partager nos émotions, nos joies, nos déceptions peut-être, après avoir vécu l’expérience collective d’un partage sensoriel, ou d’un partage tout court.

La notion de partage est intrinsèquement au cœur de l’expérience relationnelle, elle le nourrit, lui fournit un terreau fertile où l’oreille et le corps entier vont se trouver dans un réseau, un nœud de vibrations humaines. Cette sensation, cet état, ne seront pas toujours faciles à expliquer rationnellement, mais tout écoutant ayant expérimenté ces postures de co-écoute s’y retrouvera et comprendra aisément de quoi l’on parle ici

Le relationnel n’exige pas forcément un groupe d’écoutants important. Deux personnes, assises en silence sur un banc, ou marchant en devisant sur ce qu’elles entendent, et cela suffit à créer un contexte d’échange où le relationnel trouve naturellement toute sa place. Place qui serait celle de faire ensemble, ici d’écouter ensemble, y compris a priori des choses triviales et anodines.

Pour prendre un exemple qui m’est cher, je parlerai ici des PAS – Parcours Audio Sensibles façon Desartsonnants, appartenant à la grande famille des soundwalks, balades et autres parcours d’écoute.

Dés la première phase, le repérage, le premier arpentage pour prendre le pouls auriculaire d’un lieu, j’aime inviter des autochtones à m’accompagner. En effet, ils et elles connaissent mieux que quiconque, et en tous cas mieux que moi, ce qui pourrait faire de certains espaces des expériences d’écoute singulières.

Mais d’autre part, c’est déjà engager une relation avec des personnes, discuter de l’histoire, grande ou petite du site, de ses caractéristiques paysagères, géologiques, de ses aménagements, de sa vie au quotidien. Ces moments là sont précieux, tant dans la connaissance des sites arpentés, que dans une sympathique connivence, les personnes qui m’aident se faisant une joie de parler de leurs territoires, d’en partager les qualités comme parfois les dysfonctionnements.

Le moment venu du parcours public, c’est encore une histoire de partage qui fera sa force.

Présenter le PAS, ses finalités, ses modes de déambulations, suggérer des mises en écoute, mettre les auditeurs en condition, unir un groupe d’écoutants, tout se joue dés les premiers contacts, les premiers mots, les premiers regards.

Puis s’ébranler, sentir le groupe derrière soit, son énergie qui rayonne dans le dos, comme un chef d’orchestre qui sent l’attention du public suspendue à ses gestes, ses postures, ses respirations au gré de la musique, son échange avec les musiciens, encore une histoire d’énergie partagée… Et je parle en connaissance de cause.

La PAS s’achevant, il nous faudra rompre le silence, celui qui, paradoxalement, à la fois a plonger les écoutants dans une bulle acoustique intime, et a contribué à souder la communauté éphémère de marchécoutants, unis dans un silence fédérateur car en fait inhabituellement installé et partagé. L’expérience n’en est que plus forte.

Il faut donc rompre ce silence sans violentes cassures, revenir à un état où la parole se libère lentement, en prenant le temps de réémerger à son rythme, de sortir d’un état qui a pu être vécu comme une forme de douce méditation sonore.

Un autre relationnel, ou une autre relation communautaire vont alors s’instaurer. Des échangent qui vont exprimer les ressentis, les choses vécues, les ambiances perçues, les moments de plaisirs, les frustrations, le silence peut en être une, les inconforts parfois…

D’autres sujets vont ainsi régulièrement pointer dans les échanges.

La prédominance parfois de la voiture, selon les lieux traversés, les présences animales fragiles, fugaces, ou exubérantes, liées à des questions écologiques de disparition, de raréfaction.

Le rapport sociétal via une écoute qui prend le temps de ralentir, de réunir un ensemble de personnes dans un espace/temps commun ; la nécessité d’échapper à des situations stressantes, à des accélérations contraignantes, ou à des brusques frein, sanitaires par exemple, qui apparaissent comme des questionnements où la convivialité et le relationnel sont au corps du bien, ou mieux vivre.

L’écoute partagée est sans contexte une façon de construire des valeurs communes et bienveillantes plus que jamais nécessaires, voire vitales.

PAS – Parcours Audio Sensible Kaliningrad (Ru) – Festival « Around The sound » Institut français de Saint-Pétersbourg

point d’ouïe – Traversée n° 3 – Rythmes et cadences, ralentissements, arrêts et progressions

point d’ouïe – Flux aquatique – Cirque de Gavarnie, Hautes Pyrénées
Résidence Audio Paysagère Hang Art

La traversée n°3 sera rythmée, cadencée, ponctuée, tout en mouvements et en pauses, en arrêts et en départs, en mobilité et en immobilité.

Le monde sonore n’est pas, tant s’en faut, un flux régulier, prévisible, un espace temps qui se déroule uniforme, continuum sans surprises.

Le monde sonore suit son train, qui peut être chahuté, et/ou nous suivons le sien, avec toujours la possibilité/probabilité d’accélérer, de ralentir, de suivre des cycles, ou non.

Le flux temporel écouté nous fait mesurer l’incertitude du son dans le courant du temps qui passe, de la chose sonore qui apparaît ici, disparaît là, dans les caprices d’espaces métriques capricieux.

Bien sur, il est des repères que le temps nous indique, nous assène, des découpages rythmant une journée, une semaine, un mois, de façon quasi rassurante…

La cloche de l’église, lorsqu’elle sonne encore, de quart d’heure en quart d’heure, d’heure en heure, ponctue nos espaces de vie en graduant inlassablement le temps fuyant. Une façon rassurante ou anxiogène de nous situer dans un chronos auquel nous n’échappons pas. Notre vie s’écoule en un sablier tenace qui se fait entendre ans ménagement.

Les tic-tacs métronomiques habitent des espaces d’écoute découpée, pour le meilleur et pour le pire.

Parfois l’accidentel ponctue la scène auditive, un mariage qui passe, un coup de tonnerre inattendu, une altercation au coin de la rue… Un brin de chaos que nos oreilles agrippent, y compris contre leur gré.

Les sons font parfois habitude, voire rituel, dans leur itération, même les plus triviales. Le rideau de fer de la librairie d’en face, la sonnerie d’une cour d’école, la présence d’un marché quelques jours par semaine, la sirène des premiers mercredis du mois à midi… Des marqueurs temporels que l’on pourrait croire immuables si la finitude ne les guettait. Des jalons que l’on apprend à déchiffrer au fil du temps. Carte/partition du temps qui fait et défait.

Et puis il y a la façon de progresser dans les milieux sonores, de les arpenter par exemple.

Le rythme d’une promenade, sa cadence, sa précipitation ou sa lenteur, ses inflexions, infléchiront la façon d’écouter, d’entendre, et sur la chose écoutée elle-même.

Avancer vers des sons plus ou moins rapidement, accélérer par curiosité, ralentir par prudence, s’arrêter là où quelque chose se passe, où la musique jaillit, où la cloche sonne, où le rire fuse, où mugit la sirène…

Les sonorités sans cesse en mouvement, ponctuelles pour beaucoup, dans les flux soumis à moult aléas, influent, parfois subrepticement, nos rythmes de vie, de faire, de penser, tout comme nos faits et gestes, réciproquement, peuvent écrire des rythmicités au quotidien.

Le mouvement de réciprocité, les interactions, les gestes sonores scandant des situations audibles (le marteau d’un forgeron, la frappe du percussionniste), comme les sons déclenchant des gestes ou des mouvements (le sifflet de départ, l’ordre crié) viennent se frotter dans des mouvements que l’oreille perçoit plus ou moins clairement.

La voix de Chronos, père et personnification du temps, dieu ailé porteur de sablier, nous fait entendre notre vie s’écoulant, comme celle de Kaïros parfois, le moment opportun.

Le ralentissement est-il propice à une meilleure écoute, à une entente plus profonde. Sans doute oui. Surtout dans le contexte d’une société où l’oisiveté est non seulement mal vue, mais sacrifiée à l’autel d’un productivisme forcené. Russolo décrivait déjà une cité de bruits où puissance vociférante et guerre sont au final de vieilles compagnes.

Prendre le temps de faire des arrêts sur sons, des pauses écoutes, des points d’ouïe, résister à la course du toujours plus, qui jette dans les espaces publics des torrents de voitures ne laissant guère de place au repos de l’oreille, et de fait de l’écoutant malgré lui… Ralentir, douce utopie ou rythme salutaire à rechercher avant tout ?

Retrouver, à l’aune d’un Thoreau, une oreille qui vivrait au rythme des saisons. Paysages printaniers où, dans une sorte d’idéal enchanté, tout chante et bruissonne, un été plombé de soleil et d’une torpeur écrasante secouée par l’orage, un automne où la vie ralentit au rythme des pluies, un hiver engourdi que la neige ouate dans des quasi silences…

Images d’Épinal où le son est partie prenante, répondant aux ambiances attendues, présupposées, voire participant à les forger à nos visions clichés d’un chronos saisonnier.

Nous progressons dans un monde sonore qui ne répond pas toujours à nos représentations, à nos attentes, trop lent ou trop emballé, trop frénétique ou trop engourdi.

Chaque individu, lorsqu’on le regarde agir, a sa propre dynamique temporelle, selon les contextes, les moments, les événements… Et d’innombrables temporalités se font entendre dans des espaces auriculaires, espaces publics notamment, qui ne sont pas toujours aisément partageables.

Chacun semble avoir sa propre partition, ses propres tempi, ses propres variations rythmiques qui font qu’il n’est pas toujours facile d’accorder nos violons, de se régler sur la même heure, et de jouer de concert une œuvre collective, comme un orchestre parfaitement synchrone. Risque de vacarme résiduel, car non orchestré ?

Ces discordances de tempi se font entendre à qui sait écouter les flux de la vie qui passe, comme deux cloches qui ne sonneraient pas, par un désynchronisme chronique, dans une même temporalité.

Mais néanmoins, nous nous forçons d’adapter la longueur comme la vitesse de nos pas, de caler des moments de rencontres où nos paroles prennent le temps de s’échanger, ou nos métronomes font entendre des pulsations accordées, qui permettent à une vie sociale d’exister, de perdurer, malgré toutes les incontournables arythmies possibles.

A condition comme le chantait Georges Moustaki, de prendre le temps à minima le temps de vivre, et d’écouter la vie qui passe.

Point d’ouïe – Écoute installée pour paysage et duo d’écoutants – Prendre le temps de pause.

Point d’ouïe, traversées de paysages sonores in progress

Emprunter les chemins traversant des paysages sonores, via donc une écoute ambulante, pédestre, me fait les entendre au fil d’expériences qui, géographiques, environnementales, sociales, esthétiques, symboliques, tendent à construire une approche croisée autour de parcours parfois plus complexes qu’ils n’y paraissent de prime abord.

D’autant plus complexes, lorsqu’on les creuse de l’oreille, qu’ils superposent des couches d’écoutes que l’on pourrait qualifier d’hétérotopiques, comme d’ailleurs tout territoires arpentés qui se respecte.

Bref, traverser des paysages auriculaires, s’y frayer des chemins de traverse, de travers, des arpentages, des plus sauvages, erratiques, aux plus balisées, itinérarisées, c’est se garder sous le coude, si ce n’est sous l’oreille, une série d’outils, d’approches, de point de vue, de façons, ou possibilités de faire. C’est ce qui nous permettra sans doute de décaler les points d’ouïe, tout en conservant une approche sensible, et qui plus est sensorielle.

Cette approche, entre expérimentations de terrains, chantiers in situ, une approche du Faire, côtoie les processus descriptifs, l’élaboration de processus d’écritures contextuelles, de modèles conceptuels, de réflexions introspectives…

Le Faire et le Penser s’auto-alimentent dans des aller-retours féconds, qui font traverser le paysage auriculaire en empruntant moult voies, parfois clairement tracées, parfois incertaines, erratiques, superposées, mixées, dans leurs enchevêtrements complexes.

De quoi à ne jamais être sûr de son chemin, ce qui garantit de nouvelles traversées, toujours renouvelées, développées, dans leurs conceptions comme dans leurs mises en situation.

Cette réflexion en cours va se concrétiser par une série de traversées sonores thématiques, prenant vie pour l’instant à partir des textes rédigés pour la circonstance.

On peut envisager par la suite des pièces sonores venant dialoguer avec ces textes, en contrepoint, pas forcément illustratifs, mais amenant une façon de voir par l’oreille certaines traversées et leurs potentiels modes et processus exploratoires.

On peut également envisager une série de PAS-Parcours Audio Sensibles, autour des traversées, expérimentations concrètes, collectives, sur le terrain, qui amènera une couche de pratique et de sociabilité, chose pour moi primordiale à tout projet de recherche.

Action !

Voyons ici quelques façons, non exhaustives et non hiérarchisées, de traverser les paysages sonores sans trop s’y perdre, quoiqu’en osant les explorations favorisant les pas de côté.

Les traversées, des modes et processus exploratoires

Traversée n° 1 – Les seuils, frontières et espaces intersticiels

Être à la limite, être aux limites, voire les dépasser, y compris de l’oreille.

Où les chercher, car ces dernières ne sont pas forcément clairement marquées, identifiées comme telles.

Comme des frontières plus ou moins matérielles, plus ou moins immatérielles, parfois indécises.

Où rentre t-on dans la ville, ou ailleurs, par l’oreille ?

Où en sort-on, et le cas échéant comment ?

Existe t-il des seuils par où passer du dehors au dedans, et inversement, d’un plan sonore à un autre, ou d’une scène acoustique à une autre ?

Des seuils où se tenir en attente, attente d’une invitation à pénétrer dans un paysage sonore, invitation à le quitter ?

Les lieux interstices où les sons fondent, se confondent, en des espaces mouvants.

Se tenir ici et entendre au-delà, ou inversement.

Être au croisement de champs acoustiques qui se télescopent, agrandissent ou resserrent leurs bulles, notre audio-bulle, nous questionnent sur la place à tenir, comme écoutant, plus ou moins actif, ou non…

Les espaces intersticiels sèment le doute dans une géolocalisation auriculaire. Suis-je encore ici, ou déjà là, ou temporairement ici et là ? L’entre-deux fluctue dans ses flux-mêmes.

Les interstices sont aussi espaces de jeu, faire de l’incertitude, du flou audio-géographique, de l’entre-espace, des terrain d’explorations, de transitions, des zones tampons, par exemple dans un parcours friand de surprises, qu’il nous faut, sérendipité oblige, laisser venir.

La notion de passage se noie t-elle dans l’écoute, ou l’écoute dans le passage ?

Le passage, en terme de parcours devient un jeu de mixage d’une ambiance à une autre, le promeneur un DJ se jouant en marchant des frontières poreuses mais néanmoins tangibles, audibles. Les pieds et les oreilles comme une table de mixage à 360°, et en mouvement. L’instabilité intrinsèque du son rajoute une dose de piment stimulant la traversée d’espaces dont on ne peut jamais savoir exactement ce qui se passera lorsqu’on l’arpentera.

Les seuils et frontières acoustiques sont par essence mouvants, au gré des vents, des écoutants, des perceptions, des déplacements…

Lorsque l’on entend deux clochers de deux villages ou quartiers différents, chacun interpénétrant le territoire de l’autre en bonne entente, sans velléité conquérante, la notion d’espace élargi, de repères spatio-temporaires partagés est alors bienveillante.

La notion de porosité acoustique doit être pensée comme un facteur déterminant. On peut enfermer une lumière entre quatre murs aveugles, pas forcément épais, mais il est plus difficile de contraindre une onde acoustique qui met les matériaux eux-mêmes en vibration. Les espaces intérieurs et extérieurs, sauf traitements complexes, mêlent leurs ambiances acoustiques, pour le meilleur – sentiment d’ouverture, de non enfermement; et pour le pire – sentiment d’intrusion, voire d’invasion, dans des espaces parfois intimes.

Dans des lieux d’enfermement, la prison en étant un par excellence, la communication sonore, est très impressionnante lorsqu’on la découvre pour la première fois. Un vacarme organisé, qui tente de faire exploser les murs, de garder a minima un contact humain, car décloisonné, autant que faire se peut.

Dans la scénographie sonore muséale, peut-être que cette notion de porosité acoustique nous pousse à penser des ambiances globales plutôt que cloisonnées, ce qui d’ailleurs fonctionne rarement correctement ou tend le visiteur à chausser des casques audio l’isolant du milieu ambiant.

Dans l’aménagement du territoire, ces porosités capricieuses devraient nous faire réfléchir à des cohabitations plus vivables, amènes, pour des habitants/usagers, dans leurs déplacements, activités, leurs besoins des zones apaisées, oasis acoustiques non pas coupées du monde, mais simplement protégées de ses sur-tensions sonores, ou autres. Des lieux ou parler reste chose facile sans crier…

Construire un mur anti-bruit est mettre une frontière sonique entre deux espaces, dont l’un doit généralement être protégé d’un vacarme invasif, intrusif, si ce n’est hégémonique.

La tentative de segmentation d’espaces acoustiques, supposons l’un calme et l’autre non, fait naitre des expériences de zonages acoustiques, recherchant des bulles de confort, pas forcément pertinentes, voire insoutenables, socialement parlant.

Se couper des bruits en s’enfermant derrière des doubles vitrages et des murs acoustiques peut vite virer à une forme d’autisme sclérosant, enfermant, isolant, dans le pire sens du terme.

Mieux vaut réfléchir en amont aux problèmes de cohabitations sonores potentiels, et prévenir que guérir, ou réparer partiellement les dégâts d’un territoire sonore non pensé.

Les limites et les seuils ne doivent pas être envisagés comme des espaces géographiques excluants, clivants, mais comme des interstices féconds, où un brassage dynamique favorise les bonnes ententes.

La belle écoute doit rester un objectif articulant le plus harmonieusement que possible les espaces et milieux sonores toujours très fragiles. Trop ou trop peu de frontières est un écueil à prendre en compte.

Des séries thématiques vers un paysage sonore global

Selon les lieux, les projets, la façon de travailler, de collecter de la matière, de la mettre en forme, sera parfois très différente.
Des processus, façons de faire, vont très vite apparaitre comme plus opportuns, adaptés à la situation de l’espace et du moment.
Cette semaine, immergé dans une haute vallée pyrénéenne, l’écriture sonore va passer par un collectage et un travail autour de thématiques acoustiques. Selon les opportunités hasardeuses, les périples, les envies, certains jours seront dédiés à une série de sons traitant d’un sujet commun, d’un micro événement, d’une thématique anticipée ou non.
Sur d’autres lieux et à d’autres moments, il en ira différemment.
L’écriture d’un paysage sonore in situ partira donc ici d’éléments de même nature, ou très proches, traités par petits blocs, avant d’être ré-assemblés, pour aller vers une composition audio-paysagère plus globale.
Au départ, des éléments a priori indépendants les uns des autres, dissociés, presque autonomes, pour aller, à l’aune d’une sorte de description phénoménologique, vers un paysage sensible, construit de briques sonores agencées par le montage et le traitement audionumérique.
Prenons par exemple quelques thématiques rencontrées lors de mon actuelle résidence montagnarde.
Des oiseaux, premier jour et heure bleue, passereaux, rapaces et hirondelles, la gente avicole se fait entendre.
Des eaux, rigoles, pluies,fontaines, torrents, cascades… Le paysage est à cette époque printanière ruisselant.
Des voix, des timbres, des activités, des accents, des dialectes, les voix synonymes de vie et d’espaces sociaux…
Du campanaire, des cloches d’églises et de chapelles, des ensonnaillements de troupeaux, le paysage tinte.
Des phénomènes météorologiques, vent/pluie/orage, le ciel printanier est très changeant en montagne.
D’autres sonorités plus singulières, telles que celles d’un hélicoptère tournoyant longuement au dessus d’une montagne, élément sonore habituel dans ces contrées. Peut-être à mettre en analogie avec les oiseaux, un sujet potentiel autour des « sons volants ».
Tous ces marqueurs sonores, plus ou moins permanents ou plus ou moins éphémères, recomposés entre eux, me permettront de dessiner des ambiances sonores qui, à défaut d’être réalistes, dresseront un portrait auriculaire des lieux. Portrait bien sûr en temps que représentation subjective et personnelle, mais où chacun pourra je l’espère, ici ou là, à un moment ou à un autre, s’y retrouver.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021