PAS – Parcours Audio Sensible et World Listening Day, Sabugueiro Opus 6

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Le 18 juillet, chaque année, la World Listening Day, association réseau internationale pour l’écologie sonore (Acoustical Ecology), fête la Journée Mondiale de l’Écoute, qu’elle a du reste créer.
Ainsi, écoutants, militants, marcheurs, partout dans le monde, peuvent inscrire un événement, de la simple soundwalk (marche d’écoute) à des rencontres plus ambitieuses, pour faire vivre et défendre ce mouvement à la recherche d’une belle écoute mondialement partagée . Et Dieu sait sil y a du travail pour y parvenir !

Depuis déjà quelques années, Desartsonnants agit donc en conséquence, où qu’il se trouve, en impulsant des marches d’écoutes suivies de petites causeries autour de cette problématique auriculaire autant qu’écologique.

2019, Je me trouve dons, le 18 juillet, en pleine résidence audio-paysagère dans les montagnes de Sabugueiro, l’occasion ou jamais de fêter ce rendez-vous avec es promeneurs écoutants locaux. D’autant plus que j’ai déjà arpenté le territoire durant plus d’une semaine, micros et oreilles ouverts.

Le parcours s’est d’ailleurs rapidement et logiquement imposé à moi, construit autour de l’eau, sources, rivières, lavoirs, fontaines…

15H30, Rendez-vous sur la place de l’église par un bel après-midi ensoleillé. Des curieux, des membres d’une associations culturelle, des étudiants et professeurs d’un conservatoire de musique de Seia, ville voisine.

Un débriefing rapide sur les origines des Soundwalks et de l’écologie sonore, quelques consignes habituelles, notamment le fait de respecter un silence favorisant une écoute profonde, un premier Point d’ouïe sur la place, et nous nous mettons très lentement en marche.

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Nous passons par de minuscules ruelles très calmes, très minérales, où les sons ambiants sont comme étouffés.
L’une d’elle nous aux deux murs parallèles et très rapprochés nous révèle un bel effet de d’écho Flutter, une sorte de réverbération en échos très rapides, aux sonorités à la fois cristallines et métalliques, que les claquements de mains excitent facilement.

Nous débouchons sur un vallon en contrebas, celui de la rivière Fervença, au bord de laquelle nous descendrons lentement, par un très étroit sentier verdoyant. Les sons se sont soudainement déployés dans l’espace avec l’ouverture, l’élargissement rapide du paysage. Oiseaux, chiens, voix, murmures de micros sources, les espaces acoustiques se dessinent, avec le continuum de la rivière à notre droite en contrebas.

Nous longerons ce cours d’eau rafraîchissant l’écoute, après avoir ponctuellement installé via de petits haut-parleurs autonomes, les sons d’un troupeau de chèvres enregistré, traversant le village quelques jours avant.
Nous profiterons de ce point d’ouïe pour ausculter la végétation et les sols alentours, équipés de mes stéthoscopes et longue-ouïes bricolées pour la circonstance.

Des baigneurs viennent animer le paysage. Quelques véhicules sur la route du haut soulignent les reliefs, des chiens, toujours très présents dans le village, se répondent de loin en loin. Des ouvriers maçons pavent le chemin pentu que nous reprenons pour remonter dans le centre du village.

Nous nous arrêterons pour ausculter la fontaine de la petite place centrale, puis le superbe lavoir tout près de l’église, en lui superposant temporairement les tintements d’un mobile de chimes, petites cloches tubulaires en carillon, venant rappeler de façon anecdotique les chèvres ensonaillées des montagnes alentours.

S’en suivra un échange sur les ressentis, les impressions, la perception de ce paysage en écoute, globalement perçu comme un moment d’évasion tranquille.

Après une pause finale, je retrouverai un peu plus bas dans le village, deux personnes assises à l’ombre d’un porche, qui me disent avoir eu envie de prolonger ce moment d’écoute, et que je laisserai donc profiter de cette extension auriculaire post PAS.

Avoir donner envie de poursuivre ces gestes d’écoute collectifs est pour moi une des plus belles récompense à ces parcours sensibles.

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel Criativo – Juillet 2019

Sabugueiro, impressions estivales

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Vers le haut
Des odeurs de poussière tournoyante
de pierre écrasée
de blocs granités
crissements des cailloux roulant
sous nos pas incertains
et puis des eaux moussues
gouleyantes
des herbes écrasées
arbustes desséchés
carqueja odorante
arbres calcinés
car le brulé persiste
des sonnailles grêles
de troupeaux invisibles
fondus dans la pierraille
des chiens au loin
se jouant des échos
le souffle du vent chaud
aux commissures des lèvres
dans la bouche entrouverte
comme à fleur de narines
tel un bouillon d’été

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vers le bas
des voix
profondes et joyeuses
riantes impétueuses
s’hêlant de rues en rues
devisant sur un banc
une terrasse ombragée
où pétille une bière
aux contours embués
Olà Boa tarde obrigado
musique à mes oreilles
qui ne décryptent rien
Ou bien si peu de choses
Un tracteur haletant
une moto d’un autre âge
sa charrette de paille
brinquebalante
ferraillante
le jardin que l’on bine
quelques voitures en prime
encore des chiens errant
en premier plan cette fois-ci
en concert impromptu
qui secoue la quiétude
du village assoupi
une cloche qui tinte
marqueur du temps qui passe
l’Angélus s’annonce
la fontaine qui s’égoutte
un lavoir en réponse
des bidons sont remplis
des sceaux y sont lavés
des enfants aux ballons
qui font sonner les lieux
de rebonds en rebond
les pavés cliquetants
des portes et des fenêtres
qui s’ouvrent et qui se ferment
des poubelles qui claquent
la fraîcheur qui s’installe
la lumière déclinante
des lampadaires s’allument
et la vie qui s’écoute
Sans accrocs apparents
comme l’eau des fontaines.

 

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel Criativo – Juillet 2019

Des géographies sonores, Sabugueiro opus 5

Rentré à Lyon de résidence Portugaise, je poursuis là , le travail d’écriture autour du paysage sonore, commencé in situ, à Sabugueiro, Serra de Estrela.

Je fais maintenant le point sur différentes zones géographiques spécifiques du village, qui, au cours de mes promenades ou points d’ouïe statiques m’ont permis de mieux comprendre une topologie sonore locale, celle qui m’a guidé, tant pour trouver des lieux d’enregistrement que pour repérer un PAS – Parcours audio sensible publique, le jour de la World Listening Day. Mais également celle qui m’aidera pour le montage audionumérique en chantier, à construire le paysage environnant autour des sons.

J’ai au final relevé quatre zones, périmètres ou parcours d’écoute assez différenciés, tout en restant dans le village de Sabuguerio, ou dans une proximité qui arpente des cheminements piétonniers à partir du centre du village.

Zone 1

Rue des commerces

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La première zone est naturellement la rue principale, celle qui traverse le village de bas en haut, ou inversement, selon d’où on arrive. Rue assez pentue, bordée de part et d’autre de commerces touristiques, vendant des produits locaux, des hôtels, bars, restaurants.

Grande rue

Des voitures, mais pas trop invasives

Des voix dans les commerces et bars

Des chiens, des chenils

Une fontaine/lavoir, encore en activité, et de multiples sources le bord de la route.

Zone 2

Le vallon de la rivière Fervença

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En contre-bas, tout au pied du village, une petite rivière, Fervença, enchâssée dans un vallon de verdure.

Une aire de pique-nique

Une aire de baignade aménagée

Des sentiers qui relient la rivière au villages

Des jardins accrochés à la colline entre le village et la rivière.

Rivière

Des sons d’eau courante , des oiseaux, baigneurs, promeneurs, des jardiniers sur le chemin du haut, des chiens dans le lointain, et un poulailler…

Possibilité d’une jolie boucle pédestre, entre jardins et sources, rivière en contrebas.

Zone 3

Le cœur du vieux village historique

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A l’écart de la rue principale, un village de pierres granitiques aux rues étroites, pentues et tortueuses.

Des fontaines et lavoirs, une église.

Une belle place ombragée et des bancs, point d’ouïe idéal et aussitôt exploité en tant que tel.

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Des voix de l’eau ruisselante, des chiens, encore, mais aussi des chats, une cloche, quelques voitures et motos, motoculteurs, un troupeau de chèvres ensonnaillées, des enfants, toute une vie de village tranquille.

Zone 4

Les montages alentours

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Dés que l’on quitte le village, on monte vers un ligne de crêtes, souvent assez abruptes, cernant le village de sommets décharnés et rocailleux, tout en offrant de magnifiques points de vue.

Montagnes

Oiseaux, cigales sur le peu d’arbres ayant échappé aux incendies des dernières années, souvent des rafales de vents bruissonnant dans les taillis, le rythme de pierres roulant sur les chaussures, parfois quelques sonnailles de chèvres souvent invisibles. Sons d’altitude estivale.

Quatre zones qui tentent donc de tracer une géographie globale, en même temps que zoomée prenant comme centre/cible l’écoute, avec des marqueurs sonores spatio-temporels, des spécificités, des ressentis tout à fait subjectifs, des récits parmi tant d’autres, des formes d‘écritures croisées, en chantier.

S’immerger dans une vie sonore, dans ce village de montagne, ou dans d’autres lieux, en prenant le temps de les arpenter, d’en mesurer leurs rythmes d’en saisir le centre et les alentours, tout en restant dans un mode de déplacement pédestre, demeure toujours une expérience, solitaire collective captivante, d’où l’on ne ressort pas indemne, mais fortement marqué par de nouvelles expériences sensorielles, sociales, esthétiques…

Métropoles, villes, villages, espaces naturels, peu importe la taille de ces derniers, à partir du moment où l’oreille nous connecte au lieu, à humain, au(x) monde(s) environnan(s), les géographies sonores deviennent captivantes .

En écoute

Sound walking et field recording, un art vert, un brin d’humanité?

DESARTSONNANTS - SONOS//FAIRE

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Longtemps, la notion d’art environnemental est restée associée aux pratiques du Land Art, né dans les année 60, avec entre autres comme chefs de fil des artistes tels Richard Long et Robert Smithson.
Arts de la construction in situ, Earthworks (Terrassements), traces de marches, constructions in situ, usage de matériaux naturels, recherche de grands espaces, le Land Art privilégie une relation forte aux milieux investis, à l’environnement qui l’accueille et le nourrit.

Depuis quelques années, les relations artistes environnement ont pris une autre tournure, avec d’autres modes de revendications, parfois plus politiques, ou autrement politiques, la COP21 aidant, où la coloration verte de nuages d’incinérateurs ou du Grand Canal de Venise, attire l’attention sur des urgences climatiques de plus en plus brûlantes.

Du symbolisme poétique des grands espaces, des rituels post Amérindiens, des éco-artistes de ces dernières mettent le doigt sur des dérives écologiques, réinvestissent la ville mégalopole, les grands…

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Paysages sonores, arts sonores…

Le champ contemporain des arts sonores présente certaines pratiques qui ont progressivement émergé pour constituer des courants qui, a défaut d’être de véritables écoles, mais peut-on parler encore d’école à une époque où s’hybrident allègrement les genres, mettent en lumière des spécificités, territoires, façon de voir, ou d’entendre le monde.

Parmi ces pratiques, notons celle du paysage sonore, souvent très étroitement liée au fil recording, enregistrement in situ et à des mouvements militant pour l’écologie, dont bien sûr l’écologie sonore, issue de l’Acoustical Ecologie que prône Raymond Murray Schafer, la biophonie de Bernie Krause, les pratiques audionaturalistes et le Soundwalking, la marche d’écoute ou balade sonore.

Le but de cet article n’est pas ici de réécrire une énième définition, de proposer un historique en bonne et due forme, ni même un nouveau chantier d’analyse de ces courants, mais plus simplement de référencer quelques sites web dont l’intérêt me semble propre à jalonner ces approches audio-paysagères.

Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive, tant s’en faut, et présente un choix tout à fait personnel, que tout un chacun peu compléter, ou parmi ces liens naviguer librement.

 

https://soundslikenoise.org/– Field recording and soundscape

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World Listening project– Écologie sonore, World Listen

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http://klanglandschaften.ch/fr/explorer/– Paysage sonore

 

https://www.leonardo.info/isast/spec.projects/acousticecologybib.html– Biographie autour de l’écologie sonore

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https://www.sfu.ca/sonic-studio-webdav/WSP/index.html– Barry Truax écologie sonore

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https://www.franceculture.fr/environnement/bernie-krause-contre-l-appauvrissement-des-sons-du-monde– Bernie Krause – biophonie

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https://www.greenroom.fr/99128-a-la-decouverte-du-field-recording/ – Field Recording

 

https://lemotetlereste.com/musiques/fieldrecording/– L’usage sonore du monde en 100 albums (livre)

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https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-3-page-101.htm– Field recording, hypothèses critique – David Christoffel

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https://www.poptronics.fr/Field-recording-un-art-ecolo– Field recording, un art écolo ?

 

http://www.bernardfort.com/bernard_fort/bernard_fort.html– Bernard Fort, Field recording, ornithologie et musique acousmatique

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http://www.franciscolopez.net/field.html – Franscisco Lopez – Field recording

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https://chriswatson.net/– Field recordinfg, Sound Art

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https://www.sfu.ca/~westerka/writings%20page/articles%20pages/soundwalking.html – Soundwalking

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http://www.soundstudieslab.org/experiencing-soundwalking/– Soundwalking

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https://desartsonnantsbis.com/– PAS – Parcours Audio Sensible

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https://aporee.org/maps/ – Soundmap

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http://www.kalerne.net/yannickdauby/ – Field recording, sound art, Yannick Dauby

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https://www.espaces-sonores.com/ – Paysages sonore, soundwalking, field recording

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Une écoute apaisée, Sabugeiro opus 4

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Le 16 juillet, Sabugueiro, Serra da Estrela, Portugal.

Il est parfois bon de s’isoler dans une forme de résidence où, dans un petit village de montagne, dont on ne comprend ni ne parle la langues des habitants, on se retranche dans une forme de douce solitude, somme toute très inhabituelle, pour moi en tous cas.
Peu de gens croisés en journée, peu d paroles échangées, mais beaucoup d’instant d’écoute profonde, Deep Listing, disait Pauline Oliveros.

On se lave ainsi, en partie, du surplus d’agitation urbaine, qui nous entraine parfois, à nos corps défendant, dans un tumulte remuant que Montaigne en son temps qualifiait déjà de grande branloire du Monde.

L’écoute nous relie sans doute plus profondément, dans des havres de paix à un Monde plus apaisé, dans une sorte de contemplation, de médiation sur une toile de fond sonore tout en douceur.
L’œil et le regard font de lents va-et-vient, balanciers horizontaux, du sommet des montagnes aux blocs basaltiques chaotiques, aux arbres calcinés, vers le creux du vallon verdoyant, avec sa rivière vivifiante, blottie dans un creux discret repli du paysage.

Je m’offre ici, tout en travaillant sur l’écoute, les parcours auriculaires, la prise de son et le montage de paysages sonores, le carnet de notes et les écritures multiples, une retraite loin de la fureur du monde. J’ignore pour un temps les actualités, les informations déprimantes, les drames et le catastrophisme ambiants, distillés par des médias vitupérant, exacerbant des violences latentes dont ils se repaissent insatiables, voracement.
Il n’est pourtant pas question de fuir les réalités d’une société au rythme par trop emballé, dans sa course folle, mais de ménager une pause temporairement plus sereine. De profiter de cet oasis sensoriel qui détend peu à peu les tensions et les nœuds qui bien souvent nous oppressent.

Les oiseaux et les voix, les sonorités les plus insignifiantes a priori, reprennent ici une place dont j’avais presque oublié les dimensions intimes possibles. Je me revois à 10 ans, dans le petit village de moyenne montagne de mes grands-parents, oncles et tantes, où le paysage sonore restait à une place mesurée, où la vie ne s’écoulait pas de façon si trépidante, même avec les saisons parfois rudes qui guidaient les travaux agricoles selon les urgences de l’instant.

Ici, la cloche rythme la vie, annonce la fin de soirée, accompagne l’obscurité grandissante qui noie progressivement la place et le banc sur lequel je me délecte de cet instant paisible. Un bain sonore sans gros à-coups, qui s’étire en ne brusquant rien, ou si peu, bien au contraire, en invitant à une quiète déprise, à une somnolente rêverie.
Des instants que mon magnétophone peinerait tant à saisir, à rendre, que les mots prennent naturellement le relai.

Au moment-même où j’écris ces lignes, un petit troupeau de chèvres égraine les tintinnabulements cristallins de leurs sonnailles. elles passent presque tous les jours, traversant la route, guidées par leur berger, faisant écho à la cloche de l’église, autre marqueur spatio-temporel rassurant dans sa ténacité à scander le temps qui passe.

J’ai peu à peu l’impression de me fondre un peu plus chaque jour dans le paysage. les commerçants et les passants me saluent d’un Ola souriant, souvent sur mon banc/bureau QGEE (Quartier Général d’Écoute Extérieure). Les chiens, qui au début m’évitaient, passaient au loin me jetant des regards suspicieux, viennent maintenant quémander des caresses, avant que de repartir d’un pas lent, adapté me semble t-il au rythme du village.

Je vis un véritable ralentissement qui, en marchant sur les chemins caillouteux ou en arpentant les ruelles pavées de granit, me transporte vers d’agréables solitudes, dans lesquelles Thoreau et Rousseau se seraient sans doute complus.

Le retour à la ville sera certainement une autre cassure, un emballement dans un mouvement contraire, a priori contre-nature. Et pourtant, je l’aime aussi, cette ville, avec et malgré tous ses excès.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

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Des Points d’ouïe, l’exemple de Sabugueiro, opus 3

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La notion de point d’ouïe n’est pas neuve. Elle a parfois été explicitée, discutée, mise et remise en question, et sujet à controverse.
Peut importe, je la fait ici mienne, partant de mon expérience propre, et d’une des définitions que j’ai forgé au fil du temps, tout en acceptant la polysémie du terme, les différents sens et applications que tout un chacun puisse lui accoler.
M’étant déjà expliqué sur la définition que j’applique aux Points d’ouïe, je ne m’étendrai pas sur le sujet, si ce n’est pour rappeler que je suis proche de l’idée anglo-saxonne de Sweet spot, l’endroit où il faut être pour bénéficier de la meilleure écoute. Et dans le cas d’une écoute paysagère, je dirais l’endroit et le moment, me rapprochant ainsi de l’instant du déclic photographique. Être là juste au bon endroit, et quand il faut. Une part d’instinct, de repérage, d’opportunité, une part de hasard et de chance.
Il y a pour cela des lieux qui se prêtent à ce genre de situations. Des endroits que je sens propices à me fournir de la belle matière auriculaire, visuelle, qui viendra confirmer, à certains moments, que je suis bien sur un Point d’ouïe, ce lieu qui pourra mes donner du grain à moudre, où je reviendrai régulièrement, me poster dans l’attente d’une scène sonore intéressante, belle, construisant un paysage auriculaire intéressant.

Ces Points d’ouïe peuvent constituer, dans des parcours d’écoute, des haltes, des pauses, des façons de zoomer sur une ambiances, de se concentrer sur un objet sonore, une scène, d’en profiter dans toute sa durée, ou tout au moins sur un long temps, le temps de s’en imprégner. Ils jalonnent une marche, constituent des repères spatio-temporels, des points d’ancrage qui quadrillent et dessinent un territoire sonore.
Ce sont très souvent pour moi des bancs publics, mobiliers placés à différents endroits de la ville, du village, d’un sentier, sur un site panoramique… Je me sens d’ailleurs très bien assis sur un banc, regardécoutant ce qui se passe autour de moi, quitte à construire un parcours autour de ces assises favorisant la pause perception sensorielle, et souvent la rencontre inopinée, lorsque l’on pratique un même banc de façon régulière, sur un certain long terme.

Ils peuvent donc être uniques, fixes et servir d’affûts, points d’ouïe d’un territoire de proximité, circonscrits à un échelle spatiale relativement restreinte.
Mais également être multiples, jalonnant voire constituant un parcours d’écoute, un itinéraire pédestre, où la marche alterne avec des pauses auriculaires préalablement repérées.

Nous en répertorierons donc de ces deux natures différentes. Ceux précisément situés géographiquement comme des espaces bien définis, fixes, quasiment incontournables. Des lieux donc bien repérés dans leur dimension géographique et spatiale. Les objets et aménagements sonnants, tels les fontaines, rivières, cascades, cloches, ainsi que les acoustiques, lieux réverbérants, à échos, ou autres effets acoustiques remarquables constitueront des critères de choix pour les choisir et les localiser..
Nous trouveront également ceux, plus aléatoires, improbables, fugaces, éphémères, non repérés en amont, étant plutôt issus de l’instant, du moment, de ce qui se passe à l’instant T, de l’événement inscrit dans une temporalité et non dans une spatialité déterminante. Une volée de cloches, un musicien de rue, un troupeau ensonnaillé, et bien d’autres « accidents » sonores feront que nous établirons, pour une durée en générale indéfinie, car intrinsèquement liée à la chose sonore, un point d’ouïe temporel, qui ne s’appuiera pas sur une géographie acoustique préalablement repérée.

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Prenons un exemple concret, géographique, un cas pratique, dans le cadre d’une résidence artistique que je suis en train, au moment où j’écris ces ligne, de vivre.

Je me trouve, milieu juillet, dans un petit village Portugais, à Sabugueiro, littéralement le Sureau noir, au cœur de la montagne Serra da Estrela, dans un magnifique Parc Naturel.
Le petit village de Sabugueiro, le plus haut en altitude du pays, s’étire en longueur, traversé par une route sinueuse et pentue, au bord de laquelle s’enchainent des magasin de produits locaux, nourriture et peaux, des, chambre d’hôtes et d’hôtels, des restaurants.
A chaque extrémité, des points culminants, cols rocailleux, où la majorité des arbres ont été calcinés par de récents et violents incendies. L’aspect de ces montagnes jonchés d’énormes blocs de pierre est à la fois fascinant et un brin austère.
Au bas du village, une rivière creuse un profond sillon aquatique verdoyant. De nombreuses sources alimentent le cours d’eau Alva, espace rafraîchissant et joliment glougloutant.
En haut de la rue commerçante principale, se tient le vieux village, site historique très pittoresque, dont les habitations, église, fontaines, sont construites dans un beau granit gris bleuté. Village minéral, pavé à l’ancienne, et dont les bâtisses se parent de grandes plaques granitiques du plus bel effet.
Peu de touristes, qui restent généralement vers ls commerces de produits locaux et de peaux, le cœur de Sabugueiro reste dans son jus, espace rural préservé, lieu calme et retiré.

Dans ce cadre géographique rapidement brossé, je vais donc mettre en place mes deux types de points d’ouïe, après l’arpentage repérage qui me permettra de rentrer dans l’intimité sonore des lieux, lieux dans lesquels je resterai deux semaines environ.

Le premier repérage sera celui de points d’ouïe répartis sur un petit circuit, en contrebas du village, que j’appellerai ici le « chemin de l’eau ». Vous aurez sans doute compris que la trame dominante de ce parcours sera bel et bien l’eau, dans tous ses états.
Lavoirs et fontaines au cœur du village, multiples sources le long d’une étroite sente très verdoyante et l’Alva, rivière en fond de vallon, où se trouve aménagée une aire de baignade.
Un panel de sons aquatiques, des filets d’eau de différents débits, de petits cuvettes naturelles réverbérantes, entourées de fougères, le bruissement régulier de la rivière, parfois entrecoupé de petites variations selon les rochers qui jalonnent et brisent jalonnant le cours. C’est un sentier qui ménage moult variations auditives, des transitions, des coupures où l’on adapte la vitesse de son pas, la fréquence et longueur des arrêts selon nos envies, au fil de l’eau.
Il est d’ailleurs assez rare de pouvoir parcourir de l’oreille un cheminement si cohérent, sans jamais perdre de l’écoute les scènes aquatiques, mais sans que celles-ci, dans leurs grandes diversités, ne deviennent pour autant trop omniprésentes, voire oppressantes. Un bel exemple d’équilibre acoustique.

Le deuxième point d’ouïe sera unique, localisé au centre du bourg historique, sur la place de l’église de Sabugueiro. L’environnement visuel et acoustique m’a très rapidement conduit à choisir ce site. Un environnement très calme, éloigné de la route principale, avec très peu de voitures.
Une acoustique légèrement réverbérante et des plans sonores multiples, dans des espaces plein de recoins, de cassures, qui spatialisent agréablement les sources sonores.
La présence d’une cloche, d’une fontaine, d’un lavoir, vient ajouter des éléments acoustiques à la fois ponctuels et d’autres stables, des signaux émergents sur un continuum aquatique discret.
La présence de confortables bancs de bois, comme postes d’écoute vient compléter cette scène acoustique très agréable.
Peu de touristes s’aventurent dans ces rues étroites, minérales et pentues, dommage pour eux, et tant mieux pour la tranquillité de ce centre bourg.
Des scènes sonores viennent parfois secouer la place dans sa douce torpeur. Le passage d’une très ancienne moto pétaradante, un concert de chiens, deux enfants qui jouent avec un chien, ou au ballon, une fête qui se prépare un peu plus haut, l’incroyable passage d’un troupeaux de chèvres ensonnaillées, la conversation d’un couple qui prend l’apéritif sur un banc… Petites événements ponctuels. Puis très vite, tout s’estompe, le calme revient.
Espace propice à enregistrer, pour fixer cette ambiance amène.
C’est un lieu à longues pauses, à nuit tombante, un espace contemplatif, où il faut jouir de ce calme, de cette sérénité apaisante, de ce sentiment d’être dans un monde à part, protégé, à la fois bien vivant et échappant au stress et à la grande branloir du monde, comme disait Montaigne. Assurément un des plus agréable Point d’ouïe que j’ai connu depuis longtemps, lieu d’aucultation serein du temps qui passe devant mes oreilles ravies.

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019