L’écoute chauffée à blanc

« Fictions de la forêt » Le fieu, la Double (33)

Texte à brule-pourpoint, assez épidermique.
Il y a quelques semaines, rien ne pouvait me faire penser à réfléchir sur les rapports paysages sonores et grands feux, écoutes et brûlures paysagères. En tous cas rien ne me poussait à écrire, non pas un brûlot, mais juste une petite réflexion liée à mes pratiques récentes, et à l’actualité tout feu tout flamme.

Géographie acoustique bordelaise
Depuis quelques années, je suis amené à ausculter des parcelles de territoires bordelais. Des séjours en forêt (pas encore en feu à l’époque), pour écrire des fictions audio-forestières avec des enfants et écrivains.
Un arpentage de la ville de Lormont, ses lavoirs, la Garonne.
Une installation et promenades aquatique dans un grand domaine viticole…
Certes les incendies ne font pas (encore) rage, mais l’eau, reste, au cœur de régions très chaudes et asséchées, se révèle fragile et indispensable, vitale, et les événements récents ne font que le confirmer.
Bref, une empathie avec le terrain, de belles rencontres et projets, qui ne font que renforcer ma peine de voir des milliers d’hectares de forêts dévastés et des écosystèmes dévastés.

Matières
Il est vrai que, si j’ai recueilli nombre d’ambiances sonores aquatiques, et dieu sait si l’eau est un élément vital face aux déchainements des incendies, je n’ai pas, pour différentes raisons, capté de sons des grands feux.
D’une part, je n’étais plus sur le terrain, d’autre part, pour des raisons évidentes de sécurité, et pour laisser le champ libre à ceux qui luttent contre les flammes, mais aussi par un souci éthique, de ne pas vouloir entrer dans le jeu d’une communication risquant l’audio-voyeurisme.
Néanmoins, j’entends dans ma tête, comme un paysage sonore surchauffé, obsédant, le son crépitant d’immensités qui partent en fumée.

Colères
À l’heure où tout brule, je suis outré par la loi dite d’urgence agricole, et notamment par les immenses concessions faites sur la gestion privée de l’eau à des fins productivistes. Cette dernière ne fera sans doute qu’aggraver lourdement la catastrophe en cours. Une pure inconscience absolument indéfendable, inadmissible !
Sans parler du manque de moyens flagrant concernant les équipements publics des pompiers, indécents face aux milliards consacrés aux data centers et à l’IA, qui, malgré toutes ses « promesses » ne pourra pas éteindre les fournaises sur le terrain.

Rêves et (des)espoirs
J’espère néanmoins pouvoir continuer à promener mes oreilles et micros dans des forêts, comme je l’ai fait dans le libournais, sans piétiner d’immenses zones calcinées, à l’acre odeur de suie, et au silence pesant, où la vie sera bien là, visible, audible, rassurante.
Je ne pense pas toutefois à un retour vers un « âge d’or », si tant est que celui-ci ait existé un jour. J’ai bien peur au contraire, que le monde contemporain et à venir se fasse entendre dans une surchauffe chronique, sociale, géopolitique et, plus inquiétant que tout, climatique.
Puis-je me tromper !

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