PAS – Parcours Audio Sensible, art(s) dans la rue ?

Translate this page

Le titre, volontairement ambigu, pose la question du positionnement des pratiques auditives et déambulatoires, façon Desartsonnants, notamment face et dans l’espace public.

J’ai rencontré les arts de la rue, théâtre de rue à l ‘époque, arts en espace public aujourd’hui, il y a de nombreuses années, alors que celui-ci était tout jeune et en plein essor, à Chalon sur Saône, où je travaillais sur le paysage sonore, déjà.

J’ai été très vite surpris, conquis, parfois emballé par ces créations souvent impertinentes, inattendues, parfois tout feu tout flammes, parfois très intimistes.

J’ai croisé beaucoup de personnages remarquables, dont certains questionnaient la chose sonore, ou l’utilisaient avec beaucoup de talent et d’inventivité, ce qui n’a pas manqué de questionner, et parfois sans doute d’influencer mon regard, mon écoute, mes approches de l’espace public, et du ou des publics eux-même.

J’ai vu et vois encore évoluer ces pratiques artistiques au fil du temps, de l’installation de ces formes dans des réseaux de création, de l’évolution du public qui est devenu de plus en plus averti, des contraintes économiques, sécuritaires, et aujourd’hui sanitaires… Contraintes qui d’ailleurs ne semblent pas avoir pas bridé ni affaibli la vivacité de ce vivier d’expérimentations, qui a toujours su s’adapter, se renouveler et se ré-inventer, malgré des périodes pour le moins compliquées telle celle que nous vivons actuellement.

De fait, mes parcours sonores croisent ces pratiques artistiques, pour lesquelles vous l’aurez sans doute compris, j’ai beaucoup d’estime et d’admiration, sans toutefois rentrer vraiment dans cette grande famille.

On m’a dit à différentes reprises que mes parcours, lents et silencieux, étaient une forme de performance, dans le sens de performance artistique j’entends, liée à des partages d’expériences auriculaires dans l’espace public, mettant le corps plus que le dispositif au cœur d’immersion dans des paysages sonores en devenir. Ce que j’accepte bien volontiers, sans toutefois là encore me considérer comme entrant vraiment dans le champs de l’art performance.

Je reste sur des seuils, des lisières, des entre-deux, des interstices, ce qui n’est pas pour moi contre-productif, mais au contraire plutôt inspirant.

L’hybridation est pour ma part une façon de résister aux multiples contraintes, et à rester dans un état mouvant, façon de penser mes interventions à l’aune de multiples synergies et modes d’écritures que propose et contraint le terrain et ses aléas de tous genres.

Pour la petite histoire, ce texte à été écrit sur les marches d’une scène nationale voisine, et sur la première page d’un tout nouveau carnet de notes, objet presque sacré pour moi, qui symbolise une rentrée où le mot d’adaptation est plus que jamais d’actualité.

Points d’ouïe et maillage

Translate this page

ob_3ef43b_sound-map-2009-small-file

Je relie de plus en plus les lieux et les moments d’écoute, non pas comme une somme d’identités plus ou moins indépendantes et singulières, mais comme une sorte de récit globalement cartographié, mis en son et en mots. A la façon de Gilles Clément, dont le Tiers-paysage est tissé d’une multitudes de friches, de dents creuses, par des parcelles de non emprise, dans un éco-système global et cohérent, je pense de multiples points d’ouïe, spots auriculaires appréhendés par l’écoute, comme la fabrique, le façonnage, d’un paysage sonore aussi diversifié que quasiment universel.

Certes je n’ai pas posé, loin de là, mes oreilles partout, il me reste tant de zones que j’aimerais tant entendre, mais j’ai sans doute suffisamment posté mes écoutes me me tisser, métisser, un large récit auriculaire à portée d’oreilles.

Des villes et des pays – Lyon, Mons, Cagliari Victoriaville, Tananarive, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Vienne, Paris, Sabugueiro…  endroits singuliers où j’ai installé, souvent se façon récurrente, diverses écoutes, parcours, solitaires ou collectifs, ont fortement maillé une géographie auriculaire qui se fait progressivement cohérente. Partout de l’inouï, partout du déjà entendu…

Et des entre-deux, comme des interstices où l’oreille cherche les seuils, les limites, les lisières et les passages…

Au fil des arpentages, collectages, rencontres, expériences de terrain, se construit un territoire sonore sensible et mouvant, mais néanmoins de plus en plus descriptible dans une forme d’entité perceptible.

Si chaque projet, dans sa contextualité spatio-temporelle, est écrit et cousu main, ou cousu-oreille, il apporte néanmoins à chaque expérience, une pièce supplémentaire à une sorte de carte-puzzle, un jeu dont les règles ne cessent de se ré-écrire, de s’adapter au milieu et aux personnes croisés.

Entre deux villages, voire deux hameaux, à quelques kilomètres ou centaines de mètres, comme entre deux métropoles distantes de milliers de kilomètres, le fil d’écoute est déroulé virtuellement, comme celui d’une pelote de laine vagabonde – un « fil qui chante » transmetteur, qui dessine un voyage au creux de l’oreille. Oreille collective dans le meilleur des cas.

Un voyage où l’image est aussi sonore que visuelle, si ce n’est plus.

Un voyage où les sensations kinesthésiques, haptiques, invitent le corps entier, y compris à gouter et à savourer les saveurs du monde. Le son d’une cuisine qui mijote, associé à sa tenace et jouissive persistance odoriférante, gustative est souvent un moment d‘exception, d’altérité amène. Les épices de la vie passent par et dans tous les sens.

Des voyages donc dans tous les sens, même sans presque bouger…

Lobe-trotters est le surnom que m’a donné un collègue, Michel Risse pour ne pas le citer, lui aussi voyageur et voyagiste de la chose sonore. J’avoue apprécier cette perspective d’une écoute nomade, assez librement déployée partout où un lieu se met à sonner à sa façon, c’est à dire vraiment partout !

Une belle offrande au promeneur écoutant insatiable dans sa quête d’un paysage sonore partagé par de multiples récits et expériences.

Lieux ouïs, lieux dits

Translate this page

Je me pose à différents endroits de la ville, souvent sur un banc, des marches d’escaliers, une pierre d’angle d’un porche… Je regarde, j’écoute, je laisse dériver mes sens dans un flux de stimuli chaotiques. Je cherche à déceler ce que me racontent ces lieux, leurs évidences, sans doute parfois trompeuses, leurs apparences, les choses plus fugaces, quasi secrètes, que seule une immersion prolongée, itérative, fera émerger. Sans compter ce que je construis de purement fictif, d’imaginaire, d’onirique, en toute subjectivité, parfaitement assumée. J’imagine comment les aborder, ces lieux. Comment les parcourir, les écrire ou les ré-écrire à ma ou à mes façons. Façons qui fassent sons, façons qui fassent sens. J’échafaude des scénari pour installer une, voire quantité d’écoutes collectives, expériences singulières, si simples fussent-elles, dans des dispositifs quasi imperceptibles pour qui n’est pas dans le geste concerté, si ce n’est concertant. Parfois déconcertant…

Mais dans la cité, le jeu en vaut le chant d’elle.
Jeu de l’ouïe je dis.