L’ÉCOUTE EN MARCHE

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Le sens de la marche,

celui qui fait sens

celui qui fait que,

la marche appelle la marche

inlassablement

pour ne pas sombrer dans l’immobilité

ne pas se fermer les oreilles

ne pas se couper du monde

même s’il est parfois cruel

prendre son pied

en allant de l’avant

toujours

encore

en corps

chercher ce qui m’émeut

chercher ce qui me meut

ambulator auditor

walker listener

et inversement

l’effet piétonnier

pour ne pas piétiner

ou pas trop

pour fuir l’étiolement

évincer la sclérose

chercher du calme

au pas à pas

en ouvrant les écoutilles

les synapses pieds oreilles

comme moyen de transportage

comme moyen de transpartage

la semelle légère

et l’oreille amène

comme un embellissement du monde

comme un apaisement du monde.

 

 

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BROUILLONS D’OISEAUX ET OISEAUX BROUILLONS

CRAZY BIRDS

Travail préparatoire à une installation sonore. Improvisation audionumérique pour syrinx en folie… En même temps que test d’une plateforme d’hébergement de fichiers sons…

PAYSAGES SONORES ?

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Après une journée de travail autour du paysage sonore et du montage audio-numérique avec des étudiants designers, toujours de belles questions, 15 ans après avoir initié l’atelier. C’est quoi un paysage sonore ? Ça s’écoute comment ? Sur quels lieux travailler ? Pourquoi ? Comment ? Ça se note comment ? Ça s’enregistre comment ? Ça se (re)travaille comment ? Ça nous apporte quoi ? Ça se partage comment ? À chaque session, ces questions me paraissent de plus en plus pertinentes, et favorisent de beaux échanges qui enrichissent chaque fois mon questionnement sur le sujet.

AMÉNITÉS FERROVIAIRES

OÙ L’ÉCOUTE VA BON TRAIN

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Ce soir, de nouveau assis sur un de mes bancs d’écoute favoris et récurrent, je me pose la question d’une collection de sons, collection virtuelle, à construire, juste dans ma tête. Par exemple ici, des trains. Trains de marchandises notamment. Une butte où il passent devant moi, s’étirent, disparaissent, imprévisibles, de droite à gauche, ou à l’inverse, un pont qui les amplifie, des rythmes ferraillés… Et chacun différent, musique urbaine et ferroviaire, tranche de quartier à l’oreille, sur banc d’écoute. Je les apprécie d’autant plus que je les écoute attentivement, comme de vrais micros concerts impromptus.

Là où l’on pourrait y voir excès, nuisances, désagréments, mon oreille cherche, en toute bonne foi, les aménités du paysage, celles, esthétiques, qui me permettent de bien m’entendre avec ma ville, et au-delà. 

Ce point d’ouïe est singulier, lié au lieu, à l’instant et au geste de l’auditeur, signant sa propre écoute.

Ce point d’ouïe est également universel, susceptible de relier à l’envi une communauté d’écoutants partageant un paysage sonore comme une composante d’espaces communs, voire d’espaces où fabriquer du commun.

Lyon 9e arrondissement, un dimanche  à 23H

BANC D’ÉCOUTE EN SOLITAIRE

POINT D’OUÏE – GARE DE VAISE À LYON

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Intérieur gare
point d’ouïe
logiquement statique
assis
comme un voyage auriculaire immobile.

Les oreilles calées
au centre même
 de la scène acoustique
point zéro
point référence
point balance
d’où et autour duquel
bougent
s’installent et se désinstallent
les sons.

Plans séquences
plans
séquences
premiers plans
seconds plans
arrières plans
plans intermédiaires
et autres
car non localisables
géographiquement parlant.

Marqueur spatio-temporel
Une porte
toute proche
coulissante
découpe ponctuelle
dedans/dehors
chuintements
coulissements
selon les passages activeurs
des piétons détectés.

Événement saillant
Train
grondements
ferraillements
fondu sonore en entrée
fade in
fondu sonore en sortie
fade out
le tout de droite à gauche
ou l’inverse.

Trame
fond sonore
musique d’ambiance
pénible envahissement
usure
érosion acoustique de l’espace
applanissement affadissement.

Émergence
des voix enfantines,
riantes
dynamiques,
figures sur fond.

Mouvements
silencieux piétons
au pas non perçus
par l’écoutant
passages furtifs
voire plus
ou moins
rien à ouïr
on pourrait les imaginer
(les pas)
à talons claquants audibles
mais ils ne sont pas
silence
en mouvements…

Bis
La porte coulissante
encore
hachure de l’espace
de l’espace à entendre
de l’espace à sentir
ponctuations frissonnantes
en flux refroidissants
entrecoupés de chaleur
entre-deux ponctuels…

Mixage
un métro en contre-bas
droite
un bus au dehors
gauche
superposition
frottements motorisés
trajectoire en directions opposées
balance croisée
mes oreilles suivent
imaginez !

continuum
ambiance réconfortante

Jalonnements
des bip-bip-bip
fermeture de portes imminente

Suite logique
chuintement d’une rame
métropolitaine
rame qui s’ébranle
rame qui s’éloigne
invisible
audible.

Événement de proximité
une voix africaine
exotisme
dépaysement
oreille droite
derrière
tout près
quelques centimètres
sur le banc adossé
de mon poste d’écoute.

Frémissements
Affleurements progressifs
rumeur
brouhaha
sources sonores crescendo
impossible de tout transcrire
densité renforcée
juste quelques émergences
choisies à la volée
coup d’oreille.

Équilibre relatif
Tout semble se calmer.

Réitération
Voix encore
la voix africaine
derrière moi
perdure
rythme contrapuntique
musique.

Répétitions,
nouveaux pas
sonores ceux-ci
arrivent derrière moi
arrivent à ma hauteur
me dépassent
se perdent
dans l’enfilade
des couloirs fuyants.

Et si,
si j’étais musicien
rien à composer
rien à recomposer
ni trop
ni pas assez
le décor est planté
il sonne juste.

Gageure
transcrire des flux
vivants
transcrire des rythmes
des ressentis
de l’indicible
du sonnant
du trébuchant
relater
une parcelle de gare
gare aux oreilles
en pâture de l’écrit
qui la ferait sonner.

Approximation
elles font partie du jeu
sans elles
point de constructions
ni sonores
ni autres.

Jeu(x)
idem approximations
mais sans doute encore plus
nécessaires au récit.

APPEL À PARTICIPATION – POINTS D’OUÏE – POSE

POINTS D’OUÏE PARTAGÉS EN BANCS D’ÉCOUTE

POSE – Point d’Ouïe Sur Écoute

 

Gilles Malatray Desartsonnants

Après avoir invité différents promeneurs à m’emmener dans leurs propres PAS – Parcours Audio Sensible, en duo, et avoir investit différents lieux, à différentes heures, deviser de concert, participer à la construction d’une petite collection de promenades-écoute, qui sont d’ailleurs toujours d’actualité, avis aux écoutants potentiels, j’aimerais vous proposer un autre projet d’écoute.
Depuis quelques années déjà, j’ai  élu, ponctuellement je vous rassure, résidence d’écoute sur des bancs publics, urbains ou non. Je l’ai ai ainsi érigés en bancs d’écoute, statut qui transforme ces mobiliers urbains en postes d’observation, cadre d’écoute, dans un lieu spécifique. Je suis parfois surpris de leurs emplacements, de leurs implantations, qui réactive d’ailleurs de nouvelles perceptions du paysage, par la mise en situation de postures étranges, anachroniques. A Sète par exemple, vers le village de pêcheurs, des bancs tournent le dos à la mer pour regarder un grand mur surmonté de la voix ferrée. A quelques mètres de chez moi, un banc meuble un pan coupé de mur, dans un espace très réduit, bouché par des immeubles, et au centre d’un carrefour hyper circulé. D’autres au contraire profitent de vues panoramiques magnifiques… Chaque fois, la place de ces bancs proposent des scènes acoustiques locales où, des voies de chemins de fers, des commerces, des écoles, des embarcadères, des gares, jeux d’enfants, quais… affichent leurs signatures sonores qui s’offrent joliment à l’écoutant assis. Ces bancs sont aussi parfois des espaces de rencontres éphémères, où l’on échange quelques paroles sur la vie qui passe, plus ou moins bien d’ailleurs, car ce sont souvent des personnes en grandes difficultés qui viennent confier leurs détresse, ou leur colère, à un écoutant qu’ils voient souvent assis à ne rien faire d’autre que de rester là, un brin désœuvré, ou désœuvrant, en apparence. Bien sûr, la finalité de mes stations d’écoute n’est pas de me transformer en éducateur social, ni en cellule psychologique, ce dont je suis d’ailleurs bien incapable, mais le fait de tendre l’oreille à l’autre, comme au paysage ambiant, semble bien faire partie de ces postures auriculaires.
Laisser venir les sons à soi est en fait un complément au PAS, où l’écoute est en marche, et a donc tendance à proposer à l’écoutant d’aller vers les sons.
Je me suis également confectionné, dans quelques villes ou villages où j’étais en  résidence, de petits parcours de bancs d’écoute, de Lyon à Mons en passant par Sète, Vienne, Madagascar, Victoriaville, Malves en Minervois, Paris… J’ai ainsi joué de la diversité des cadres d’implantation, des acoustiques, des activités environnantes, intérieures, extérieures, panoramiques ou enserrées, étranges et incongrues, comme une série de ruptures, de plans fixes, de stations rituelles, postes d’observation emblématiques, repères, points de référence… Et il y aurait sans doute beaucoup plus de choses à dire, à développer sur le sujet, les choix…
J’ai parfois, rarement, pratiqué ces écoutes postées avec quelques personnes, en général de façon éphémère et impromptue.
J’ai régulièrement écrit, décrit des ressentis, des ambiances, des attentes, des surprises…
J’ai parfois enregistré ce qui s’y passait, parfois commenté vocalement, en direct, in situ…

GIVORS BANC

Je voudrais maintenant passer à une étape où ces expériences, plutôt solitaires initialement, puissent être, tout comme les PAS, prétextes à des écoutes partagées, à des échanges in situ, sur un ou plusieurs bancs.

Le principe, comme sur les PAS, est de se retrouver à un endroit donné, à une heure donnée et d’écouter /regarder  en duo, posté cette fois-ci, débutant ainsi une nouvelle collection d’expérimentations, toujours dans l’idée de construire, inlassablement, des points d’ouïe à partager.

Cet article se termine donc sur un appel à participation vers des écoutants posés
A Lyon, ou dans d’autres lieux que mon travail m’amèneront à arpenter.
Par exemples :
29 22/23 avril à Lyon
20/21/22 mai à Arc et Senans (25)
28/31 mai à Montbard (21)
24/25/26 à Arc et Senans (25)
1/2/3 juillet à Loupian (34)
5/6 août à Vitry/Seine
6 au 16 septembre à Mons (BE)…

Me contacter : desartsonnants@gmail.com

POSE – Point d’Ouïe Sur Écoute@ Desartsonnants – Gilles Malatray 2015/2016

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PAYSAGES SONORES PARTAGÉS, DES VALEURS EN ÉCOUTES

Des écoutes, des marches, et au-delà, des valeurs à défendre

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Mes modestes réflexions, et les événements actuels, confortent l’envie d’associer ma pratique à la défense de certaines valeurs, qui me semblent plus que jamais nécessaires pour tenter de rester encore, autant que faire ce peut, debout.

L’écoute est une façon de garder le contact, mais aussi de se protéger de quelques préconçus réducteurs, de respecter l’autre, même si beaucoup de choses peuvent a priori nous séparer, voire nous opposer, dans une altérité ambivalente.

Si, depuis longtemps, je constate, au-delà des grands discours, les limites d’une sacro sainte démocratisation culturelle, je tente de proposer des actions simples, des ambiances collectives, dans des territoires de vie au quotidien, accessibles… Si ensemble, nous donnons d’un quartier, d’une ville, d’un village, un éclairage légèrement décalé, laissant une petite place au rêve, à une poésie qui viendrait adoucir les aspérités et les tensions du terrain, ne serait-ce qu’un instant… Si nous pouvons retraverser un espace, avec un œil et une oreille bienveillants, ré-étonnés…

Je puise l’essentiel de mes forces dans le quotidien, le trivial, le geste simple, la proximité, le partage d’expériences, de paroles, d’énergie, de relationnel…

J’essaie de ne pas (trop) participer à une surenchère généralisée, d’objets, de gestes, de paroles, de choses sonores rendant illisible un monde souvent plongé dans un brouhaha chaotique effréné, schizophrénique…

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J’essaie de prendre le temps, ce qui est bien difficile dans une société zapping, dans une course pour survivre, gagner plus, étendre son territoire… Prendre le temps de marcher la ville, la campagne, à deux ou en groupe, prendre le temps d’actions simples, collectives, intimes, en dehors des paillettes et des artifices clinquants…

Il n’y a pas dans mes propositions, d’injonctions sans appel. Plutôt des propositions, des aspirations, à construire des valeurs communes  sans autre prétentions que de croiser humainement nos routes, à l’aune de paysages sonores partagés.

Tendre l’oreille est un geste social, politique, au sens premier du terme, une façon d’interroger et j’espère de participer à une construction, plus respectueuse et apaisée, de notre société oh combien malmenée par des tensions et des violences parfois insoutenables.

Un promeneur écoutant debout.

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