Marcher – Écouter – Résister

Pour un apaisement du Monde au PAS à PAS

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@photo – Florian Clerc

Sans doute vais-je répéter ce qui a déjà mille fois été dit, me répéter moi-même, mais, selon le vieil adage, cela va mieux en le disant, si ce n’est en le re-disant.
La marche, associée à l’écoute, instaure une série de rituels, de spiritualités, de rayonnements, à vivre en groupe comme individuellement, parfois.
Adopter ces états d’esprit comme un apaisement, une Slow Life assumée, une quiète zénitude, nous fait un peu plus profondément jouir des espaces urbains, naturels, humains, intérieurs…
Le rythme de la marche fait, ou devrait faire fi de l’agitation, bien au contraire, il doit résister, à contre-courant du stress et du zapping ambiant.
L’expérience de la durée, une forme de performance de l’écoute en marche, met le corps à l’épreuve du physique, des aléas météorologiques, des accidents topographiques, jusqu’à une fatigue lancinante, qui peut devenir exaltante, catalysante, cristallisante, magnifiante…
Jusque vers une marche hypnotique.
La majesté ou l’intimité des lieux, de monuments en clairières, nous convient à communier avec les lieux, pour peu qu’on leur tende une oreille généreuse, qu’on y prête une attention suffisante et dénuée de trop d’a priori, de préconçus verrouillant d’emblée nos accointances encore ignorées.
Les pauses jalonnant la marche sont souvent inopinées, guidées par l’ouverture, la disponibilité à profiter de l’instant sérendipien,  de ce qui s’y passe, ou non, de l’autre, des absences et des présences, des entre-deux fluctuants.
La ville n’est plus forcément une arène sonore, aux prises à la seule grande bataille des sons.
Pas plus que la campagne, ou la nature, ne seraient que des modèles idylliques, jardins sonores idéaux.
La marche silencieuse recherche et entretient une forme de méditation partagée, soudant, même momentanément, un groupe dans une bienveillance commune.
Et c’est fou ce que l’on entend (mieux) lorsque l’on fait silence, et qui plus est lorsque l’on écoute.
Le frémissement du vent, le glougloutements de l’eau, entre autres, nous font prendre conscience des échelles soniques, et des limites jusqu’où l’on peut vivre et communiquer sereinement. Au-delà…
Écologie toujours, jusqu’aux bouts des sons, et des oreilles.
Les postures d’écoute, mais aussi celles du regard, du toucher (assis, en rond, dos à dos, yeux fermés, oreilles collées à, allongés…) sont prétextes à ressentir  et à générer des vibrations communes, de préférences inouïes.
Le corps est une antenne, un réceptacle sensible, pouvant être profondément touché, pour le meilleur et pour le pire, par les innombrables sonorités dans lesquelles il se meut, et qui le traversent, y rebondissent, s’y lovent…
C’est en même temps un émetteur capable de rayonner vers l’extérieur, vers d’autres corps écoutants, et eux même rayonnants, corps foyer, corps irradié, corps irradiant. Plus le corps est plongé dans une sorte d’éther acoustique, organique, plus il peut être investi à tisser, autant que faire se peut, de bonnes et belles ententes.
Good vibrations.
Les géographies sont également cartographiées sur des territoires traversés de fureurs et de bruits, de murmures et de chuchotements. Le promeneur écoutant que je suis, inscrit des lignes et des courbes, des vides, des pleins et des déliés, d’interminables sentiers et de fourbes impasses, au rythme de ses pas, et de ceux d’autres marcheurs.
Jamais hélas, le Soundwalking, le PAS – Parcours Audio Sensible, n’éradiqueront la violence, mais sans doute contribueront-il, même très modestement, à en adoucir la pression, voire à en désamorcer une certaine partie.

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PAS – Parcours Audio Sensibles, résidence artistique, collectages/écritures/offrandes…

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@photo – Florian Clerc

Au cours d’une résidence artistique avec Isabelle Clermont, artiste interdisciplinaire québecoise, Gilles Malatray (Desartsonnants) et Abi/Abo, après un mois de pérégrinations écritures dedans/dehors, les balades, axe privilégié de ce travail, ont entre autres fourni une riche matière, entre écrits, images, sons, et réflexions sur la ville, l’autre, la marche, la rencontre, le partage, l’absence et la présence…
A ce propos, sans compter les repérages, 17 marches, certaines assez longues, ont été effectuées, en petits groupes ou avec du public. Ce sont donc Cinq PAS à Lyon (avec Patrick Mathon), dix à Nantes ( pour le Festival [sonor]), deux à Besançon (avec Radio campus Besançon et le FRAC de Franche Comté), qui ont entrainé dans leurs sillages plus de 150 personnes, publics écoutants, étudiants, amis, curieux…

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@photo – Florian Clerc

Mais aussi, ces promenades ont été le champ de nombreux collectages, des glanages multiples, au fil des PAS, Nous avons ainsi glané, en même temps d’ailleurs que semé :
Des paysages,
des ambiances,
des instants,
des rencontres,
des sourires,
des images,
des paroles,
des relations parfois complexes,
des photos,
des sons,
des mots et des phrases,
des arômes (sauge, romarin)
d’autres traces diverses, fugaces, parfois intangibles…
Ces collectages ont favorisé la construction de territoires, notamment sonores, entre réel et imaginaire, des fictions ou frictions urbaines, tissées sur trois villes, au bord du Rhône et de la Saône, de la Loire, et du Doubs. Se sont inscrites en filigranes des narrations in situ, lors de balades qui étaient à la fois le théâtre des collectages et des lectures-écritures d’espaces scénographiés, sonographiés  et partagés.
Des formes de cadres d’écoute se sont installées, improvisations performatives, gestes d’écoute, connivences à deux guides promeneurs écoutants, jouant à partager des espaces sonores, entre mots et couleurs, objets et postures…
En toute fin de séjour, lors d’une soirée sortie de résidence, toutes ces bribes de couleurs de formes et de sons, ces images, ces mémoires tricotées (de fils de laine) ont participé à alimenter une nouvelle histoire, transposée à l’intérieur celle-là.

Et cette nouvelle histoire, comme aime à le dire Isabelle, est une offrande, une offrande collective qui plus est.

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@photo – Patrick Mathon

Mais tout cela n’est qu’un début, car déjà, d’autres projets sont en marche !

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Concevoir, construire le paysage sonore comme une œuvre plastique, en marchant

(en marchant)

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En écouter ses contours (même mouvants)
En écouter ses limites (même mouvantes)
En écouter ses plans (sonores)
1e plan, 2e plan, arrière-plans
lointains (diverses rumeurs et bruits de fond)…
Lui donner une existence géographique, topologique, par la marche
pas à pas
soundwalking
balade sonore
Itinéraire d’écoute
parcours d’écoute
sentier d’écoute
traces et traçages
cartographies du promeneur écoutant
rendre le paysage sonore tangible
objet sonores
objets d’écoute
installations sonores délimitant des cadres auditifs
installations sonores interactives
jouer sur les couleurs sonores du paysage
ambiances
filtrages
irisations
gommage
camaïeux
jouer sur des couches ou amas sonores
accumulations
stratifications
magmas
jouer sur des principes compositionnels
géographies trans-soniques (en marchant)
mixages (en marchant)
passages (en marchant)
transitions (en marchant)
atténuations (en marchant)
augmentations (en marchant)
fondus, fade in/fade ou (en marchant)
coupures (en marchant)
paysages sonores hétérotopiques, paysages sonores sensibles
Construire des architectures d’écoute dédiées à la choses sonore
Construire des architectures sonores ou sonnantes
des sculptures éoliennes
des sculptures aquatiques
des sculptures cinétiques
favoriser ou provoquer des synesthésies couleurs/formes/sons…
représenter graphiquement des sons, partitions graphiques de la ville
des textures sonores
des matières sonores
des densités sonores
des granulosités sonores
des mouvements sonores
des dynamiques sonores
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à ciel ouvert
considérer la ville, ou ailleurs, comme une installation sonore à 360°
considérer la ville, ou ailleurs, comme une ample orchestration des bruits urbains
considérer la ville, ou ailleurs, comme une fenêtre radio ouverte sur le monde
favoriser des esthétiques relationnelles entre écoutants et paysages
et vice et versa
toujours en marchant.

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PAS – Parcours Audio Sensibles à Besançon

La ville lyre , une musique des lieux

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Nous sommes accueillis, avec Isabelle Clermont, dans le cadre du festival « Hors les murs » organisé par Radio Campus Besançon et  le FRAC Franche Comté.
Le chœur de la vielle  cité bisontine est un superbe site enchâssé dans les méandres du Doubs, qui dessinent une lyre autour de cette ville musique.
Besançon se prête à l’écoute.
Se donne à entendre.
Invite à prêter l’oreille.
Se fait belle toute en sons.
Superpose généreusement points de vue et points d’ouïe.
Ses rues resserrée, ses falaises alentours, les miroirs d’eau bordés de vertes promenades, sont autant de micro dépaysements, comme une invitation au PAS.
Départ du FRAC, pour un enfoncement progressif dans une ruelle ne cessant de se rétrécir, jusqu’à ne laisser passer que deux personnes de front.     Une belle intimité qui laisse percevoir un débouché, une échappée en perspective fuyante, fenêtre cadrée sur une rue perpendiculaire. Le calme s’installe rapidement après la déferlante des quais.
Un square  gallo-romain, oasis de verdure ornée d’antiques fontaines, murs, porches  en ruines majestueuses mais sans trop, petit musée à ciel ouvert où notre oreille joue à se faufiler contre des pierres chargées d’histoire. Des auscultations, des micro installations, un groupe d’écoutants joueurs, une écriture collective mi-proposée, mi-improvisée, un micro théâtre auriculaire des plus agréable.
Plus haut, la cathédrale, perchée, regardant, et peut-être protégeant la ville en contrebas, avec ses cloches qui arrosent d’un heaume protecteur la cité séculaire.
A l’intérieur, l’apaisement d’un repli empli de quiétude, d’une spiritualité tangible, de rituels imprégnants, qui semblent baigner chaque recoin. Les sons furtifs ricochent de travées en travées, s’adjoignant au passage une vie prolongée de mille échos additionnés. La déambulation s’attarde naturellement dans ce havre acoustique, occasion de discrètes explorations, pour ne pas troubler le lieu,  d’immersions en aveugle.
Un sas suffit à nous réouvrir sur la ville, l’espace acoustique se trouvant subitement élargi, les plans s’étageant de nouveau en strates donnant de plus vastes échelles des profondeurs urbaines.
Quelques pas pour franchir un escalier en arrière de la cathédrale,suffisent pour que tout change , subrepticement, quasi subitement. Une nouvelle ambiance s’installe, un instant superposée à l’ancienne, comme un jeu de calques marquant les stratifications auditives du quartier.
Un carrefour où des voitures et des piétons cohabitent, au pied de la citadelle dominant Besançon,  alternance de séquences qui dessinent des mouvements sonores devant, derrière, dessus, dessous, à droite, à gauche. Sans compter les mouvements incessants. Beaucoup de situations acousmatiques où l source sonore est d’emblée cachée par les murs ambiants, avant que de s’offrir de visu, au détour d’un virage, et au débotté.
Une enfilade de rues étroites, à flanc de colline, presque silencieuses, néanmoins scandées de voix ou de moteurs, tout cela restant baigné d’un doux équilibre.
Redescende, progressive, vers le centre ville, direction vers la place Gravelle, épicentre de la ville.
Les sons bien évidemment de re-densifient, crescendo vers une nouvelle ambiance qui reste néanmoins très écoutable.
Un mixte très intéressant, nous traversons la place centrale (Granvelle)  habitée ce jour d’un marché européen, et d’une fête foraine. Et là, un mixage s’opère, ou plutôt est opéré, en marchant,  entre voix, musiques des manèges forains, accidents et autres imprévus audibles; un kiosque à musique nous permet de nous poser dans une sorte de système inversé : nous sommes des écoutants dans un lieu qui est initialement prévu pour jouer une musique. Ce qui veut dire que l’’oreille peut aussi s’adapter à, participe bien sûr, en actrice principale, à des formes d’écriture in situ, en marche.
Puis encore des choses à venir, des postures à tester, des rencontres privilégier, des suites à donner… A suivre !

PAS – Parcours Audio Sensibles à Nantes

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Contexte

En compagnie d’Isabelle Clermont, et invités par le festival de création radiophonique « Sonor #9, nous arpenterons 10 fois l’Ile de Nantes en trois jours, emmenant avec nous différents publics au gré de nos sono-pérégrinations.
Raconter 10 balades sonores pouvant se révéler difficile, voire un rien redondant, c’est donc par mot-clés que je relaterai, comme à l’accoutumée d’une façon très subjective, très personnelle, nos duos d’écoute nantais.

Duo
Partager à deux des parcours sonores est une belle expérience, réalisée avec l’artiste interdisciplinaire et performeuse  québécoise Isabelle Clermont. Nous repérons à deux paires d’oreilles et d’yeux. Nous mettons en commun nos synergies. Nous prenons la maîtrise du PAS alternativement, l’un guidant, proposant, improvisant, l’autre répondant, dialoguant, complétant, étirant le champ des possibles, puis relançant à son tour une autre scène. Le scénario s’écrit  naturellement à deux, tout comme le parcours. Regards, clins d’œil, clins d’oreille, le duo fonctionne à la connivence, à l’envie du moment, à la chose ou au lieu interpelant l’un ou l’autre, parfois en contre-point, parfois en alternance, parfois en accumulation, ou en effacement. Le rythme, les directions, les haltes, les propositions sont ainsi toujours renouvelés, d’un parcours à l’autre, dans une forme d’improvisation binomique.

Itinéraires et errements
Là où nous avons repéré préalablement des choses singulières, emblématiques, triviales, intéressantes, surprenantes, déroutantes…
Là où nos pas nous mènent, au hasard d’une marée nous barrant le passage, d’une pluie violente et soudaine, d’un obstacle ou de l’invitation d’un passage discret, ou de celle d’un son sirène, du détour assumé ou imprévisible, de l’envie du moment, du groupe…

Rythmiques et temporalité
Balisage d’un début et d’une fin reliés de séquences, spots plus ou moins longs – Vitesse modulable, changements d’allures, marcher vite vers, avant que quelque chose ne s’estompe, ne disparaissent, ou mixer l’ici d’où l’on part et le là-bas vers lequel on se dirige. Des cassures, ruptures se posent comme des effets de surprises, tout en restant dans une attention et des modes de perceptions plutôt zen, sereins, qui tentent d’échapper à la violence du monde et à son chaos ambiant.

Pédagogie
La première journée est consacrée à l’accueil de lycéens et collégiens. Il faut rebondir vite, entre le ludique et le questionnement, le geste, la posture, parfois désarçonnante pour de jeunes ados qui craignent souvent le regard de l’autre, celui du groupe comme celui des passants – Nous sommes dans l’espace public, donc bien visibles, surtout dans des actions un brin singulières, ne serait-ce que de ne « d’écouter sans rien faire », du moins en apparence. Une fois le groupe embarqué, un lâcher prise installé, la surprise des sons rarement écoutés agit, questionne, même si parfois elle déstabilise.

Corps sonores, rituels et postures d’écoute
La notion de postures, ou de rituel est essentielle.
Parler pour mettre en condition, en réception, pour préparer l’immersion.
La lenteur, une marche apaisée, prenant le temps de faire ensemble, de l’imprégnation, du bain sensoriel, pluri-sensoriel, du ressenti, du contact…
Les postures communes, communions sonores, regarder vers, tourner le dos à, coller l’oreille à, longer, traverser, s’assoir, se mettre dos à dos, être reliés par un fil de laine, ou par la seule écoute, convoquer moult attitudes, gestes, en fonction de ce qui se passe, du groupe…
Le rituel de la marche recommencée, d’un début, d’une progression, d’une fin, d’une forme de pensée sacrale, d’une fête sensorielle, d’un œcuménisme audio-paysager, d’une célébration d’un moment unique, d’un état unique, dans un lieu qui plus jamais ne sera le même, de l’événement à partir duquel rien (surtout l’écoute) ne sera plus comme avant.

Objets sonores, objets d’écoute
Des prolongements, des extensions… Des effets loupes, grossissements/amplifications sonores, auscultations stéthoscopiques à fleur de membranes, des cônes dirigeant, orientant, axant ou désaxant, menant en avant ou obscurcissant, filtrant, colorant, percutant, grattant… Objets d’écoutes, objets d’écoutants, objets écoutants, récupérations, DYI, bricolages pour mettre les oreilles en colimaçon.
Ici c’est un sifflement rajouté
une caresse ou un raclement métallique,
une série de petits haut-parleurs entourant le groupe, emmenés au creux de la main, échangés
une radio déplacée
des graviers lancés
des tiges pour exciter les barrières métalliques…

Jour et nuit, ambiances
Des parcours en journée, des parcours nuit tombée. De l’intime à l’extime, de la clarté à la pénombre, du clair au feutré, de l’agitation à l’évanescence, atténuation nocturne, bouillonnement diurne, les ambiances se fabriquent au fil des heures, dans des densités de sources sonores fluctuante, avec ou sans éléphants barrissants, cris d’enfants et d’adultes, vociférations machinantes ou pas doucement réverbérés sous la grande galerie. Les potentiomètres semblent se placer à des curseurs différents selon le moment, les mixages se font plus progressifs de nuit, même si, à tout moment, peut surgir une brutale émergence…

Pépites sonores
Des clapotis, glougloutements, chuintements, sifflement, une passerelle longeant la Loire, des marées venant agiter l’espace aquatique…
Et de la pluie qui ruisselle, goute, s’écoute à goutes, paysage humide et animé de mille irisations sonores, véhicules semblant glisser sur des nappes chuintantes…
Des voix multiples, réverbérées, disséminées, mouvantes, en groupe, isolées, des rires en éclats.
Des skates et rollers tissant des espaces claquants, des explosions boisées, des striures sonores filantes.
Des claquements métalliques secs, ou réverbérés, dans un parking souterrain, des autos qui grondent sur un couloir de métal ajouré, juste sur nos tête, l’étrange filtrage acoustique de la ville, comme une couche de ouate, dans ce même parking, ses réverbérations, un véritable parcours d’écoute dans le parcours global.
D’étranges sons d’eau aspirée par le trop plein d’une fontaine à l’intérieur d’une cour.
Le grondement fréquent d’avions à très basse altitude, qui peut être selon les cas, de belles et puissantes nappes sonores, comme, il y a de fortes chances, une pollution difficile à vivre pour les riverains exposés.

Rencontres et dialogues
La marche achevée, peut s’engager un espace de dialogue la prolongeant. Ressentis, plaisirs, surprises, images, couleurs, synesthésie, souvenirs, pratiques, questionnements, projets… On tisse une nouvelle écoute, des relations renforcées par l’expérience vécue. Parfois, il faut laisser décanter, prendre du recul, revenir à la surface de soi-même, attendre que nos PAS se recalent dans le quotidien.

Album photos

Marches desartsonnantes - Sonor #9 Nantes

 

En écoute :

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Partager les « Chants de la Terre »

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des ateliers à ciel ouvert

Arpenter le terrain-paysage comme un atelier d’écoute à ciel ouvert, une radio diffusant les innombrables musiques du Monde à 360°.

Écrire de multiples chemins d’écoute, trouver les lieux où l’oreille soit au centre-même d’espaces auriculaires magnifiés.

Construire des relations intimes, privilégiées, entre les écoutants, le paysage sonore, chercher les postures communes qui feront d’un groupe d’écoutants une véritable enceinte acoustique vivante, sensible et réactive.

Envisager tout ce qui peut nous relier aux sonorités du monde, notamment en favorisant les interactions – les gestes, les objets, les écrits, les graphismes, les images, les sculptures et architectures, même infiniment fragiles et éphémères.

Rechercher toutes les connivences entre artistes musiciens, danseurs, sculpteurs, architectes, plasticiens, poètes, sculpteurs, aménageurs, pédagogues, chercheurs, marcheurs, écoutants des villes et des campagnes.

Chercher le paysage hétérotopique, multiple, le repérer, tenter d’en trouver les ou des contours, tout en continuant de l’improviser au gré des marches.

Privilégier une forme de tourisme culturel respectueux, privilégiant des approches écosophiques, en s’appuyant sur l’existant plus que sur de nouvelles couches de sons rajoutés.

Transmettre par la parole, l’expérience, le partage de gestes et de postures d’écoute, l’inscription de parcours sensibles tracés de l’oreille à même le chemin.

Desartsonnants dans ses PAS est toujours en quête de belles expériences d’écriture in situ, de rencontres pétries des sons de la Terre.

PAS – Annonce de Parcours Audio Sensibles à Nantes

SONOR#9 – Marches désartson-Nantes

 

Entre les gouttes ou à l’abri (si trop de pluie) # Samedi 15 octobre et dimanche 16 octobre à 11h/15h/19h30 # Départ de Trempolino

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Dans les PAS d’Isabelle Clermont (Canada) et de Gilles Malatray (Lyon), déambulez sur l’Île de Nantes et imaginez la ville comme une immense scène d’écoute, une installation sonore à 360°, comme une radio vivante, à ciel ouvert… Durée de la marche : environ 1h30 – 2 euros sur résa à sonor@jet-asso.fr – En cas de fortes pluies, le parcours est modifié et peut se faire à l’abri !

 

PAS, comme Parcours Audio Sensibles avec points d’ouïes, mini installations sonores mobiles, objets d’écoutes, lectures, postures d’écoutes, cartographie in situ…

Imaginons la ville comme une immense scène d’écoute, une installation sonore à 360°, comme une radio vivante, à ciel ouvert… Deux guides nous emmènent, toutes oreilles ouvertes, à la découverte d’acoustiques surprenantes, de plages sonores aussi naturelles qu’inouïes, d’une vie urbaine toute bruissonnante d’humanité. Des balades sonores, telles des
carnets de notes partagés, ponctuées de sons, de traces/cartes graphiques, de textes, d’objets, de points d’ouïes et de micros installations éphémères…

Des postures convoquant une approche esthétique, écologique, sociale, un art relationnel où de petites communautés de promeneurs écoutant partageront, le temps d’une balade, une expérience auriculaire intime, dans la poésie d’espaces urbains décalés par le regard de l’oreille.

Gilles Malatray, aka Desartsonnants : artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, sociales, l’écriture, la composition de paysages sonores sont fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désartsonnante. Curation, formation et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute et le partage d’expériences sensibles restent au centre de toute création et construction.

Isabelle Clermont : « Artiste relationnelle interdisciplinaire, performeuse et créatrice d’univers immersifs, mes projets ont la particularité d’offrir une polyphonie des sens à travers la création d’espaces intimes et publics. Ma démarche se fonde en grande partie sur la quête de transcendance et de transgression symboliques d’espaces. Elle se caractérise par l’utilisation simultanée de nombreux médiums et disciplines artistiques, ainsi que par la portée symbolique, philosophique ou métaphysique qu’elle détient. Celle-ci est inspirée par la marche, l’organicité du geste, créant un contact sensible et poétique avec le spectateur/promeneur… ».

http://www.jetfm.asso.fr/site/-Festival-SONOR-9-.html

FAIRE FRONT DE MARCHE

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@Crédit photo Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à 2015 à Drée – Partenariat CRANE Lab

Si le piétonnage affranchit les frontières
le pas à pas tombe les barrières
le marcheur recule les distances
l’oreille traverse les murailles du visible
le regard se porte à l’horizon d’écoute
décloisonnage en règle se doit
terrain, land no limit in situ
jardins ouverts à l’herbe folle
walking in/out via
je, tu, il, marche, à gravir
cadence à l’envi
mais soucieuse de l’autre
où le pas revit
cathédrale sous nos pieds
de quoi semelle t’elle
sans pourtant claudiquer
l’avance piétonnière
fermera t-elle la marche
qui n’est pas marche arrière
non plus fuite en avant
juste le pas posé
juste le pas pesé
juste le pas pensé
pélerineur talonnant
ou de la pointe piétonne
un coup de pied jamais
n’abolira le hagard
a gare de l’est, du midi ou du centre
longer les rails qui s’éraillent
trouver sa voix sans dérailler
même si chemins erratiques
de traverses ou labyrinthiques
et rance parfois à l’odeur
prendre son pied dans la foulée
un clochard se leste enivré de vent
car le vent aussi se défie des frontières
tisser le chemin de bruits
de doux bruits amènes s’entend
car le bruit quand il n’est pas guerre
fait aussi fi des barbelés…

Le 11 octobre 2016, Place de Paris, Lyon 9e – 21 heures – Dans le cadre de la résidence « Sons  – Jeux/Songes » avec Isabelle Clermont

 

PAS – Parcours Audio Sensible à Belleville (Paris)

Belleville, un quartier de Paris à l’oreille

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C’est un PAS un peu spécifique que celui-là,puisqu’il s’agit d’enregistrer une émission radiophonique autour des PAS Desartsonnants, justement ! Ce PAS répond donc à l’invitation de Clément Lebrun, dans le cade de l’émission « Le cri du Patchwork », sur les ondes de France-Musique.
A départ, choix on ne peu plus délicat, il m’a fallu choisir un lieu, un quartier parisien, pour effectuer un parcours d’écoute, et Dieu sait si la capitale regorge de ressources auriculaires, d’espaces intéressants acoustiquement pour y balader oreilles et micros, tout en expliquant la démarche, le pourquoi du comment, les manières de faire, les revendications et autres militances… !
Après de nombreuses hésitations, j’ai finalement opté pour les hauts de Belleville, quartier parisien historiquement emblématique, avec ses vues surplombantes, ses visions/auditions panoramiques de la ville, ses fourmillements… Pour autant, rien n’est encore joué, il s’agit maintenant de repérer un ou plusieurs cheminements, dans le foisonnement de topologies sonores. Je décide alors de demander main et oreille forte pour effectuer une journée de repérage avec des écoutants de bonne volonté, alors que beaucoup de choses, dans ce quartier qui me fascine, m’échappent encore. Un appel à une balade écoute participative est donc lancé via les réseaux sociaux. Je reçois rapidement de sympathiques réponses de compositeurs, chorégraphes, dont certains habitent ou ont habité les lieux, tous étant intéressés pour jeter ensemble une oreille, voire deux, sur l’espace sonore des hauts de Belleville. Vers 10H, la rencontre commence autour d’un café, histoire de faire connaissance, de parler de nos projets et travaux respectifs. Olivier, compositeur et chercheur, et Sabine, chorégraphe exerçant dans l’espace public, tous deux aguerris à la chose sonore, à l’espace public, à la marche, m’accompagnent dans un premier tronçon de parcours, où ils me guident vers de nouveaux territoires d’explorations sensoriels.

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Le fait (somme toute assez habituel chez Desartsonnants) de partir de l’intérieur de l’église place Jourdain constitue une façon de se préparer sereinement l’oreille, avant que de nous diriger vers le parc des Buttes-Chaumont. Du métro Jourdain, un rapide decrescendo s’opère, en pénétrant dans de petites rues plus abritées de la cohue motorisée. Des voix, colorées, timbrées, de multiples langues et intonations… Une entrée du parc des Buttes-Chaumont, une fois pénétrés dans l’enclos joliment paysager, s’ajoute une nouvelle couche-filtre d’apaisement, voix et sonorités de proximité en profitent pour émerger un peu plus, se tailler une place plus tranquillement présente.
Scène surprenante, des groupes pratiquent le Taïchi à l’épée et à l’éventail dans un recoin du parc, dans une musique de différents claquements et cliquetis rythmiques.
Les oiseaux sont encore en éveil dans cette automne quasi estivale.
Le parcours est aussi riche que paisible à cet endroit, je le garde en mémoire.
Retour vers la place Jourdain avec un effet inversement proportionnel dans son accumulation progressive de sonorités urbaines.
Sabine nous quitte, pour partir vers d’autres travaux. Nous envisageons de garder contact autour de la marche, de l’écoute, du paysage sonore, ici ou là.
Pause.
Un nouvel arrivant se joint à notre groupe, Dan, compositeur acousmate. Nouveaux dialogues, prise de contact de visu, après les réseaux sociaux, échanges, longue conversation autour de nos pratiques, un autre petit cercle d’écoutants se reforme.
Un nouveau départ, cette fois-ci vers la rue de Belleville, à l’opposé de ce matin, qui débute par une séquence plus dense acoustiquement. Nous nous dirigeons maintenant vers le parc de Belleville, très différent, à tous points de vue, et d’ouïe, de celui des Buttes-Chaumont. Nous retrouvons, par la pénétration dans le parc, la même sensation d’apaisement, une sorte d’oasis sonore urbain. Des lieux à respecter, à défendre, à sauvegarder, à développer, à installer… Messieurs les aménageurs s’il vous plait !

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Autour du parc, c’est (pour moi) un dédale de petites rues pentues, pittoresques, d’escaliers, échoppes, petits bistrots (encore) populaires ou grandes brasseries qui  dénotent d’une gentrification progressive et indéniable de ce Belleville initialement plus encanaillé. Une galerie d’art au centre de la rue des cascades. Surprenant ! Et qui plus est qui présente une installation sonore et plastique. Causerie avec le galériste. Nous poursuivons l’escapade jusqu’au quartier du Télégraphe, point culminant de Paris, et donc de notre balade. Place des Fêtes, une étrange ambiance tant visuelle qu’auriculaire, voire même sociale – un entre-deux entre différents univers urbains, qui ne manque pas de charme au découvreur que je suis. Fin du repérage, avec le retour sur ce qui est notre noyau d’attraction, le tonitruant métro Jourdain.
Je suis repu de marche, de sons, d’odeurs, d’urbanités, mais très heureux de cette journée tissées au fil des pas, des rencontres, des discussions, de tout ce que j’aime en fait.
Entre ces deux circuits, côté Buttes-Chaumont ou côté Belleville, mon cœur, et mon oreille balancent, rien ne me semblant faire pencher mon choix vers l’un ou l’autre, si ce n’est vers un mixage des deux. La nuit étant sensée porter conseil, j’attendrai demain, j’écouterai sur l’instant, et l’oreille choisira son versant.
Jour J, en amont du PAS, une sympathique discussion avec Clément Lebrun, instigateur du « Cri du Patchwork », émission musicale et sonore fourmillante, très ouverte sur moult pratiques, expériences, esthétiques, sur les ondes de France Musique.
Là encore, nous discutons de choses et d’autres, surtout sono-musicales, d’expériences, de connaissances communes, de projets, et bien sûr de la trame de l’émission que nous allons bientôt enregistrer.
Comme prévu, après avoir rejoint l’équipe d’enregistrement, nous commençons à l’intérieur de l’église, où le premier aléa sonore ne tarde pas à venir contrarier nos plans.
Une dame passe un bruyant aspirateur dans le chœur de l’église. Le vrombissement de son engin avaleur de poussière aspire également toute les micro sonorités réverbérantes de l’architecture. Néanmoins, sérendipité oblige, le réalisateur et le preneur de son décident de capturer cette ambiance pour une future émission, tout n’est pas perdu !
D’ailleurs, la dame à l’aspirateur nous concède très gentiment un instant-espace de silence (celui de son engin), qui nous permet de débuter comme prévu l’émission. Les portes – sas de l’église franchies vers l’extérieur, nous passons sans transition d’un cocon feutré, filtrant la bruyante urbanité, à un flot de décibels qui nous bouscule sans ménagement – effet saisissant !
De belles voix attirent mon écoute vers la droite. Nous nous engouffrons donc à leur poursuite, dans une ruelle longeant l’église. Le choix s’est donc opéré tout naturellement à l’oreille, et il nous guidera ainsi, de sonorités en sonorités, vers les Buttes-Chaumont.
Toujours cet effet apaisant de decrescendo.
Des travaux perturbent joliment notre marche, se jouant des réverbérations minérales alentour.
Une entrée de garage, vers une cour intérieure, nous permet, via un portail donnant sur la rue, de nous construire un cadre de vue et d’écoute, avec en fond, un doux ronronnement de ventilation, venant se superposer , colorer, comme un filtre acoustique, l’ambiance sonore. Situation d’écoute à la fois cadrée et décalée que j’affectionne beaucoup.
Nous alternons marche et Points d’ouïe – arrêts sur sons, ponctués de dialogues sur ce qui se passe entre nos deux oreilles, la façon désartsonnante de le faire vivre, de l’expliquer, ou non, de réagir aux événements, de tenter d’embarquer les futurs auditeurs dans nos PAS, tout en pointant les aménités comme les dysfonctionnements paysagers, écologie sonore oblige.
Une nouvelle belle séquence où, par les portes de différentes petites échoppes ouvertes sur la rue, il fait très beau, de multiples voix aux consonances africaines s’échappent vers l’extérieur – nous somme sur des lisières,  dans un paysage sonore dedans/dehors, privé/public.
Nous arrivons à l’entrée du parc des Buttes-Chaumont où, nouvelle scène imprévue, se déroule un concours de pétanque. Des chocs métalliques rythmiques, roulements, tintements, claquements des boules, voix animées, tout y est ! Le preneur de son, s’étant positionné à l’intérieur même du jeu, voit un cochonnet arriver malencontreusement dans ses pieds. S’ensuit une vive mais sympathique discussion pour savoir si notre technicien, impliqué malgré lui dans la causerie boulistique, a ou non perturbé le cours du jeu, empêchant le cochonnet de « casser ». Pour la petite histoire, il s’avérera au final que non. C’est une heureuse séquence dont il faut savoir profiter au débotté, un de ces plaisirs de l’instant saisi sur le vif, un charme d’une balade où l’improvisation est de rigueur pour garder la surprise intacte et la poésie des lieux vivifiante.
A l’intérieur du parc, plus de taïchi aujourd’hui, mais un calme retrouvé, des joggeurs faisant crisser les graviers et haletant en rythme, des oiseaux, toujours,  des voix spatialisées autour d’une buvette dominant Paris, une belle scène acoustique tout en finesse et en équilibre, un espace idéal pour mettre un terme à ce PAS, riche expérience d’écoute partagée bellevilloise. Cela me donne plus que jamais l’envie de refaire ce genre de repérages collectifs et balades en groupe, explorant de nouveaux quartiers parisiens, ou d’ailleurs. En quelques journées conjointes, mes PAS m’ont fait découvrir de petites villes nichées au cœur de bocages Mayennais puis, sans transition, l’espace plutôt hyper urbain des hauts de Belleville Parisiens.
Toute la richesse de ces expériences auriculaires, géophysiques et humaines dans un temps très resserré.
Mon oreille a finalement la chance de ne jamais s’ennuyer et, par extension, le promeneur écoutant que je suis.
Reste maintenant à attendre de découvrir, sur les ondes de France-Musique, le résultat enregistré de notre périple audio-piétonnier, et qui sera je pense, une autre nouvelle vision/audition, une réécriture radiophonique donnant à entendre quelque chose d’encore bien différents des expériences in situ.  Mais c’est là me semble t-il, que réside la magie des Points d’ouïe, Des Parcours Audio Sensibles, de leurs écritures multiples, et des ressentis, aussi partagés que personnels.

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