POINTS D’OUÏE – VILLES À MUSER

Ma ville ma muse

Dans la ville je muse

La ville est ma muse

La ville m’amuse

J’y construit mon je

mes modes de jeux

j’y écrits mes écoutes

j’y écrits mes parcours

j’y écrits mes partages

Points d’ouïe

Points de vue

Points de contact

Points de départ…

Des postures,

Panoramiques,

Belvédères

Assis sur un banc

Fenêtres

Au fond d’une impasse

profondeurs

Souterrains urbains

Intimités

Un passage couvert

Trivialité

La rue de tous les jours…

A lire les signes cités

Panneaux d’affichage

Publicités perverses

Messages tapageurs

Insinuations futiles

Détournements

l’écoute affichée !

Ville aux trottoirs écritoires

Ville signée de géophonèmes

Ville archivée de géographèmes

Ville à livre ouvert

Ville d’ailleurs incertains

Ville chanson de geste

De douceurs et de bruits

D’insolence  frondeuse

De pudeur malicieuse.

La cité en jeu

Jeu de l’ouïe

Je décris

Jeux d’écrits

Je de muse

Invitation…

Qui suit le  je ?

Qui suit le Jeu ?

Ma ville s’affiche

Je vous l’offre en écoute…

Zones d’écoutes affichées…

Zone de calme

 

Venez, d'ici...

 

L'écoute s'affiche

 

Ca ne s'entend pas ?

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POINTS D’OUÏE – SOMMES NOUS LIBRES ? -GIVORS (69) – COLLECTIF ABI/ABO

OCCUPATION POÉTIQUE

Pause au salon

Durant un mois environ, un jour ou deux par semaine, nous (Le collectif Abi/Abo) nous installons, un seul artiste, parfois eux, trois ou quatre, sur une place de Givors, face à un lycée. Place dent creuse, délaissé urbain en attente de requalification, entourée d’immeubles, avec des vestiges carrelés d’un ancien immeuble, qui nous sert de « salon » en plein air. Canapés et fauteuils, étrange pèche, lecture et écritures au sol, roses et mausolées, tissages de fil de laine, écoute, dialogues. Les lycéens, des adultes, même des policiers, viennent nous voir. Ils sont tout d’abord intrigués de cette étrange occupation, puis nous parlent de leur quartier, de ses agréments et désagréments, ils font naturellement salon avec nous… En somme, tout ce que l’on recherche dans cette occupation poétique de l’espace public ! Nous parlons, écrivons, photographions, enregistrons… Matière urbaine à (re)composer, traces tranches de ville sensibles, lectures et écritures croisées de territoires en constante mutation… Et sans doute, modestement, un brin de décalage poétique, visiblement apprécié, dans ce monde violent, incertain et inquiet

Des sons

Des images

Territoire givordin
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Un texte 

Presque rien…

J’ai appris, progressivement, à aimer des lieux où il ne se passe pas grand choses. Presque rien disait Luc Ferrari. Des lieux anodins, calmes, sans histoires ostensibles, sans aspérités remarquables, sans prises pour, a priori, les saisir quelque part.
Et pourtant, les choses qui se passent dans ces lieux, que l’on pourrait qualifier de banales, voire triviales, qu’elles soient infimes, intimes, ou brusquement saillantes, trouvent tout naturellement leur place dans la généreuse discrétion de ces espaces, échappant aux regards (et aux écoutes) trop pressés de (les) comprendre.
Un train qui déboule sans prévenir, coups de cornes réverbérées sur les collines environnantes, rythmes ferraillés, une déferlante de lycéens aux rires contagieux, un merle qui résiste aux premiers frimas de ses trilles vigoureuses, les crissements de pas, pressés ou indolents, des voix lointaines, brouillonnes dans leur halo réverbérant, des émergences de bribes sonores des fenêtres d’un immeuble, ou d’une voiture dance floor … Autant de pièces d’un puzzle qui, patiemment rassemblées par les sens en alerte, rendent plus tangible le territoire, si anodin soit-il.
Cet assemblage d’images, de sons, de lumières, d’odeurs, le tout nimbé d’un brouillard tenace et un brin visqueux le jour où j’écris ce texte in situ, va bien au-delà de la simple construction d’un paysage intime, en voie de matérialisation. Il nous conduit en fait, progressivement à ressentir une véritable affinité, peut-être une forme d’empathie avec les lieux.
Il suffit parfois de se poser, longuement, ou de déambuler, ou bien encore d’alterner mouvement et stati-cité, et de laisser le temps faire son œuvre immersive. Un plongeon en douceur, ou non, au cœur des lieux et de ses micros événements.
L’expérience aidant, on parvient de plus en plus aisément à entrer dans ces états perceptifs, parfois quasi exacerbés, où les lieux nous parlent alors à livre ouvert.
La difficulté se posera vraiment à partir du moment où l’on voudra partager ces instants privilégiés. Il nous faudra alors inventer des gestes, trouver des mots, des rythmes, des images… pour emmener avec nous des tierces personnes dans des voyages sensoriels, en arpentant des terrains qui ne se livrent pas sans efforts, tant s’en faut.
Mais l’artiste n’est-il pas là pour, tout simplement, donner à voir, et dans mon cas à entendre, les choses autrement.

Texte écrit le 12 Novembre 2015, vers 12 heures, face au lycée Danièle Casanova de Givors (69), dans le cadre des ateliers « Chemins de traverse », avec le collectif Abi/Abo, en partenariat avec le Grand Parc de Miribel Jonage.

 

Géolocalisation sonore
radio aporee ::: maps – Givors, Rue casanova

 

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POINT D’OUÏE – RÉSONANCE LYONNAISE

Entrez dans la résonnance – Tunnel de l’ile du souvenir

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Une improvisation libre, inspirée par le passage dans le tunnel de l’Ile du souvenir, Parc de la Tête d’or à Lyon. Tels des enfants, toujours attirés par la résonance des passsages couverts, Gilles Malatray et Natalie Bou, en repérage ce jour là sur des ambiances aquatiques, jouent à faire sonner. Tout commence inopinément par quelques gouttes d’eau…

J’ai toujours beaucoup aimé cet effet acoustique qu’est la réverbération. Elle nous donne d’emblée l’échelle du lieu, elle nous immerge dans un bain vibratoire parfois jouissif, elle développe mille couleurs sonores, chatoyante, de l’intime à l’ostentatoire.

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Je recherche des aventures acoustiques, en  écoutant avec bonheur sous les piles de larges ponts urbains, aux derniers niveaux inférieurs de parkings souterrains, dans des églises, cathédrales, basiliques, sans musique de fond, dans des rues couvertes…

Lieux sombres, sonorités à fleurs d’oreille…

Entrez dans la résonance d’une ville, de lieux en lieux, comme un parcours sonores jalonné de petites perles sonores qui bruissent. Nos pas, les voix, la moindre petite goutte d’eau, autant d’objets d’écoute anodins qui, plongés dans un bain réverbérant, donnent à l’espace une poésie parfois apaisante, parfois un brin angoissante, mais toujours pour moi excitante.

 

 

ÉCOUTEZ – ENTREZ DANS LA RÉSONANCE – PASSAGE SOUTERAIN DE L’ILE DU SOUVENIR – PÂRC DE LA TÊTE D’OR À LYON

 

 

 

 

INAUGURATION D’UN NOUVEAU POINTS D’OUÏE À MARSEILLE

INAUGURATION DE NOUVEAUX POINTS D’OUÏE
Jardin du Mas Joyeux à Marseille

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Un point d’ouïe, voire deux, sont nés d’une envie commune, avec Sophie Barbaux, paysagiste, de travailler avec des enfants sur le choix de leurs emplacements, leurs fabrications, leurs mises en place, jusqu’à l’inauguration finale. La configuration du jardin du Mas Joyeux, qui a accueilli le projet, se structure en deux parties, l’une étant un lieux de vie des enfants du centre, et l’autre lieux de rencontre, de pratique et d’expérimentation autour d’un jardin partagé intergénérationel (3 maisons de retraite à proximité permettent des activités entre personnes âgées et enfants). Ce qui nous a fait envisager la nécessité de deux points d’ouïe différents, ayant du reste chacun leurs propres spécificités.

Tout d’abord le cadre.
Le Mas Joyeux est une des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS). Ces lieux éducatifs sont des établissements sociaux ou médico-sociaux, spécialisés dans l’accueil temporaire de mineurs en difficulté. Ils fonctionnent en internat complet ou en foyer ouvert (les enfants sont alors scolarisés ou reçoivent une formation professionnelle à l’extérieur).
Le placement en MECS a notamment lieu dans les cas de violence familiale (physique, sexuelle ou psychologique), de difficultés psychologiques ou psychiatriques des parents, de problème d »alcoolisme, de toxicomanie, de graves conflits familiaux, de carences éducatives, de problèmes comportementaux de l’enfant, de l’isolement en France d’un enfant étranger…
C’est donc dans ce cadre, très particulier que nous avons travaillé, trois jours durant, avec Sophie Barbaux, Nicolas Bailleul, un artiste qui pratique le « design indigent », comme il se définit lui-même, et travaille notamment au Mas Joyeux. Mais nous avons bien sûr œuvré avec des animateurs, éducateurs, et les enfants.
Tout d’abord, un repérage, sans les enfants dans un premier temps. Je visite les lieux, on me les explique, je les regarde, je les écoute, je m’imprègne de cet ilot sur les hauteurs du 10e arrondissement de Marseille, au cœur du quartier village de Saint-Loup.
S’en suivront une série d’ateliers, avec différents groupes d’enfants, de 4 à 12 ans environs.
Un chantier participatif où il s’agit de construire, symboliquement comme physiquement ces deux points d’ouïe
Partir écouter à l’oreille nue. Qu’entends t-on dans les lieux? Comment s’y sent-on ? Où se situerait un Point d’ouïe idéal ?
Auscultations, longue-ouïes, de près, de loin, les arbres, les feuilles, l’eau, nos pas, nos voix… Expérimenter, chercher le calme (relatif). Discuter…
Ajouter, installer, spatialiser des sons « extérieurs ». Univers sonores décalés. Tester différentes configurations, fixes ou en mouvement. Revenir à l’état initial. Comparer.

Des questions. Pourquoi un point d’ouïe ? Pourquoi le symboliser, le matérialiser, le pérenniser ? Où ? Comment l’expliquer à ceux qui n’ont pas participer ? Pourquoi l’inaugurer ? Questions simples. Questions compliquées, car parfois abstraites pour certains.
C’est pour cela que Sophie me précise qu’il est nécessaire le faire exister matériellement, physiquement, de lui donner une existence concrète, d’en faire un « vrai » point où l’on pourra revenir, écouter, discuter, après…
Anecdote, dans le jardin du lieu de vie, le point d’ouïe idéal, celui faisant l’unanimité, y compris pour les adultes, est situé au centre du terrain de football. Difficile d’y planter notre point d’ouïe sans gêner quelque peu les pratiques sportives.
Compromis à trouver. Différents autres points sont envisagés. Après réécoute, négociations, avis partagés, un point est finalement adopté, en dehors de l’aire de jeu, se posant lcomme e plus pertinent que possible à l’oreille.
Ce point sera matérialisé par une signalétique type logo, avec un cône acoustique comme représentation de l’écoute, et les mots Points d’ouïe inscrits tout autour. Ce symbole suggére et propose l’écoute in situ, au pied du panneau. Il est pensé et réalisé par Colas, avec l’aide des enfants, jusque dans son implantation final (voir le diaporama).
Dans le jardin partagé, espace plus fermé, plus intime protégé, réservé à des ateliers, le deuxième Point d’ouïe sera plus « interactif ». Ce sera ici un véritable cône d’écoute, planté au milieu des jardinières, dans une petite clairière, espace choisi à l’abri d’une « fenêtre acoustique » laissant un peu trop, au goût de chacun, rentrer la rumeur de la circulation automobile.
Dans les deux cas, une inauguration festive sera organisée On creuse, enfonce, visse, petits discours, moments d’écoute, musique improvisée à la flute, gâteaux, bonbons et boissons… Il s’agit de faire une vraie manifestation pour marquer officiellement le moment où prendront effectivement vie ces points d’ouïe.
L’inauguration du dimanche, celle du jardin partagé, invite des personnes extérieures, sympathisants, curieux, artistes… Avec les enfants bien entendu !
Au final, de très beaux échanges, des écoutes, une expérience singulière, des moments de partage, ateliers, repas en commun, qui vont, pour moi, bien au-delà de l’écoute-même.

REGARDEZ LE DIAPORAMA

ÉCOUTEZ LA CARTE POSTALE SONORE

 

 

Liens

les jardins du Mas Joyeux

Sophie Barbaux

Colas Bailleul

POINT D’OUÏE – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AGERA

Balade sonore en presqu’ile lyonnaise, le 22 octobre 2015

Je vous relate ici une déambulation écoute, un PAS – Parcours Audio Sensible, jalonné de Points d’ouïe, avec une vingtaine d’étudiants de Grandes Ecoles, via l’AGERA (Sciences po Grenoble, ENTPE, ESAM et Ecole d’architecture de Lyon…), et Nomade Land. Ils sont allemands, chinois, croates, espagnols, anglais… et sont là pour découvrir Lyon autrement. Certains ont choisi l’histoire, le patrimoine, la gastronomie, le street art… Ce groupe là a chois! de d’écouter Lyon, en tous cas une partie de sa presqu’ile, centre urbain névralgique.

Le temps est très beau, les lumières d’automne magnifiques. Nous sommes partis pour environ deux heures trente de marche, entre la place Bellecour et celle des Terreaux, via moult chemins de traverses.

Ecouter, regarder, découvrir l’hyper centre de la cité lyonnaise, de façon un brin décalé, constitue donc le programme de cet après-midi.

J’ai décidé de montrer, et autant que possible de faire entendre, à la fois les aménagements et architectures emblématiques, rue de la République, espace piéton haussmanien incontournable, les grandes fontaines, le passage de l’Argue, galerie marchande couverte fin XIXè, le Palais Saint-Pierre, musée des Beaux-arts, l’Hôtel de ville, le musée de l’imprimerie et sa cour intérieure renaissance, l’église des Cordeliers… Le Lyon historique et patrimonial en quelque sorte. Mais j’ai aussi la perspective d’explorer des endroits décalés, insolites. La traversée d’un super marché par le rayon parfumerie (odeurs en sus), le hall d’entrée d’un cinéma, un manège pour enfant, un parking souterrain, des travaux… Un Lyon moins habituel, surtout si l’attention se porte (aussi) sur les sons.

Je joue sur la surprise, la diversité, parfois le jeu, la posture, l’étrangeté des situations, et surtout, les coupures et changements assez rapides qui nous permettent d’appréhender un centre ville, entre intérieurs/extérieurs, grands espaces et lieux resserrés, nobles, monumentaux, historiques ou triviaux, sombres ou lumineux, bruyants ou calmes…

Quelques moments forts.

Un panneau routier qui vibre très longtemps lorsqu’on le frôle, semblant animé d’un quasi mouvement perpétuel, rythmique, sonore, dans une sorte d’impasse visuellement très intéressante de par ses perspectives diverses.

Une belle engueulade des plus sonores sur un chantier.

Le silence et la magnifique acoustique de l’église des Cordeliers.

Le calme et la sérénité architecturale de la cour intérieure du musée de l’imprimerie. Anecdote : ayant installé dans ce lieu quelques sons alentours, ces derniers venant gentiment troubler l’espace acoustique, une première responsable de l’établissement vient me demander ce que nous faisons là. Après avoir tenter de lui expliquer le but de notre promenade, elle me dit que la prochaine fois, il serait bien de demander une autorisation officielle pour ce genre d’intervention. Pour la petite histoire, elle m’a déjà fait la même requête un an auparavant, lors d’une promenade similaire avec l’AGERA. Peut-être me résoudrais-je un jour à faire les choses dans les clous… Une deuxième vient me questionner, trouve la démarche très intéressante et, curieuse, reste un peu avec nous pour écouter son propre lieu de travail. Nul n’est prophète en son pays, oreille comprise.

Autres surprises, une véritable collections de sons aquatiques, les fontaines, petites ou monumentales, se posant comme une série de jalons sonores ruisselantes au travers la ville. Avec l’une d’entre elle, toute petite et toute mignonne, encastrée dans un angle de rue, nous jouons avec des objets d’écoutes divers à ausculter ses glougloutis, mais aussi les espaces environnants.

Puis, c’est l’imposant hall d’accueil, ancien réfectoire des moines, du Palais Saint-pierre, musée des Beaux Arts, et sa superbe acoustique, révélée au fil des pas et des voix des visiteurs. Une halte acoustique et visuelle absolument incontournable, avant que de découvrir son superbe jardin, oasis de fraîcheur et de calme très apprécié des lyonnais comme des touristes.

Nous longeons une école maternelle donc le préau et la cours donnent sur une rue très étroites, très minérales, ceinte de hauts et anciens bâtiments. Les voix des enfants en récréation prennent une joyeuse et tonitruante place !

Bouquet final, le niveau moins 7 du parking des Célestins. Des sons cathédrales, une semi obscurité,l’espace ébranlé de voitures qui tournent longuement au-dessus de nos têtes, dans une rampe hélicoïdale, pour rejoindre l’air libre, et l’imposante sculpture en miroir de Buren qui vient fragmenter les lieux par un magique kaléidoscope. Une alliance de sons et de lumières, d’acoustiques et d’architecture qui clôt joliment notre parcours.

C’est la fin d’une balade assez silencieuse, entre nous en tous cas, très peu de paroles échangées, mais une belle communion sensorielle, un groupe soudé via l’écoute. Objectif atteint !

PS : Un très grand merci à Marylou Petot, qui m’a accompagné lors de ce parcours, pour ses prises de sons et photos !

Diaporama ici

En écoute ici

POINTS D’OUÏE – LE CEGEP DE VICTORIAVILLE EN ÉCOUTE

Point d’ouïe – Balades sonores estudiantines québécoises

CEGEP* de Victoriaville – Section arts et lettres

Je tente de retracer ici la encontre avec une vingtaine d’étudiants, et d’un professeur à l’enthousiasme aussi bouillonnant que communicatif.

Nous n’avons pas un grand temps d’intervention, il s’agit de montrer et de faire vivre une expérience liée à la notion de paysages sonores à un public qui n’est pas forcément versé dans le champ des arts sonores, mais qui au final se montrera vraiment très réceptif, voire enjoué. Des oreilles conquises, pour mon grand bonheur.

Après quelques brèves explications sur les origines des soundwalks, ou balade sonore,  et quelques mises en condition pour vite s’imprégner des ambiances, nous partons, par une radieuse et fraîche matinée automnale, à la découverte de paysages sonores ambiants du CEGEP.

Premier arrêt, l’immense hall d’entrée, encore à l’intérieur du bâtiment. Hall boisé, vitré, d’imposante taille, tout ce qu’il faut pour faire  entendre de magnifiques réverbérations. Des voix, des pas crissants, des portes qui s’ouvrent et se ferment sur des espaces intérieurs, sur la cour extérieure, une spacialisation digne du meilleur dispositif de diffusion électroacoustique multicannale, voire très largement supérieure. Dès ce premier point d’ouïe, les oreilles sont en alerte, ouvertes à la rencontre sonore, à l’imprévu acoustique, aux petites comme aux grandes modulations du paysage. La première approche s’avère très souvent décisive pour souder une communauté temporaire d’écoutants, il faut judicieusement préparer, mettre en scène ce moment, pour embarquer déréchef le groupe dans un voyage d’écoute qui les prendra dès le premier instant, et les maintiendra, sous l’emprise des sons jusqu’au moment où l’on décidera de repasser en « mode  normal ».

Cet effet cathédrale du hall ayant parfaitement joué son rôle de catalyseur d’écoute, nous pouvons alors sortir frotter nos oreilles aux espaces extérieurs.

La porte, par un effet de sas, élargit d’un coup d’un seul le champ auditif vers des horizons plus lointains. Nous ressentons physiquement une pression acoustique plus détendue, un changement très net dans les perceptions de plans sonores différemment étagés.

Deuxième halte, juste quelques mètres plus loin, après le franchissement de ce seuil transitionnel. L’audition se porte vers des sons ténus mais bien identifiés et localisés dans l’espace, porte grinçant à droite, oiseaux à gauche, voix et rires devant, au loin, voitures en fond… L’espace acoustique se met progressivement en place, avec ses repères, ses sonorités intrinsèques, ses mouvements, l’échos des bâtiments qui obturent ou réfléchissent…

Nous passons ensuite derrière un bâtiment, encore une rupture rapide et surprenante. Des sons brusquement disparaissent, sont étouffés, noyés, d’autres apparaissent, se superposent. Entre autre, un ronflement de ventilation qui émerge du sol par une large bouche grillagée, ouverte sur le flanc d’un mur. Nous nous regroupons tout autour. Étrange scène d’écoute, un brin surréaliste, lieu improbable, posture inhabituelle, sons des plus surprenants, triviaux, voire laids, surtout à choisir comme ressource de « concert ». Or c’est justement l’incongruité de ce moment qui fait naître une véritable magie.

Autour  de cette action volontairement décalée, va pouvoir se construire une nouvelle scène, de nouveaux gestes, une modification sensible du paysage. Subrepticement, j’installe autour de ce point d’ouïe pour le moins trivial, des sources sonores discrètes, avec des micros HP autonomes. Des voix, des gouttes d’eau, des grincements, des tintements anachroniques, se spécialisent dans la pelouse, les arbres, les rebords de fenêtres environnantes. L’écoute se déporte, se décale, se dirige vers, physiquement ou non. On est entré dans un nouveau territoire sonore « renaturé », la surprise est là, le geste réactivé, l’oreille ré-alertée… Nous restons dans cette nouvelle posture un moment suffisamment long pour nous imprégner de l’étrangeté de l’ambiance, jusqu’à en oublier , ou en accepter cette bizarrerie comme un état quasi naturel.

L’ambiance bien installée, je propose d’autres formes d’écoutes  à l’aides d’objets exploratoires, auscultatoires, longue-ouïes, casques filtrants, stéthoscopes… Sans un mot. Juste des gestes, postures proposése, suggérées. Puis des objets abandonnés à d’autres mains, à d’autres oreilles, à discrétion.

Une autre phase s’amorce. D’autres mondes sonores se profilent, d’autres gestes, postures, situations…. On ausculte le mur, les feuilles et le tronc d’un érable, on dirige les cônes acoustiques vers  telles ou telle source, on écoute, on s’écoute, on rit, on s’étonne, on s’isole pour expérimenter, ou on se rassemble, le groupe se retrouve dans cette expérience ludique, spontanée, collective. Le temps passe, et il est difficile d’extirper les étudiants de cette petite aventure sonique.

Rentré à l’intérieur, des sons plein les oreilles, je montre aux étudiants quelques exemples d’interventions, qu’elles soient plastiques, physiques, acoustiques, liés à l’environnement, au sens très large d ferme.

La rencontre fut riche, entre professeur, « étudiants, et paysages, même si ces derniers ne dépassèrent pas, géographiquement,  le cadre habituel et quelque peu « banal »de l’établissement. Une façon de ré-enchanter des espaces parfois tellement usés sensoriellement par leur trop grande fréquentation…

* CEGEP