L’espace nous traverse Comme nous traversons l’’espace Traverser, passer par, pénétrer à travers, chemins de traverse A travers le traversable, dans une matière suffisamment diffuse Faire le chemin initialement inexistant, façon Machado Parcourir et reconnaitre les interstices, les détails, les inaperçus Les ajuster, peut-être, inconsciemment, plus ou moins Le chemin se fait régulier, itératif, traçant des sillons de mémoire volatiles Le corps les enregistre, en objets quasi indicibles La ville, comme le village, ou même le quartier, la ruelle, se reconstruisent en puzzle Graines éparpillées qui s’assemblent sous nos pieds Bribes de sons, déchirures d’images, fragrances d’odeurs fugaces Micros fissures et taches volatiles, éphémères, ou tenaces L’espace fragmenté s’arpente furtivement Le corps s’y engage, même à petits pas, inlassablement Il fait apparaitre des paysages parfois fantasques Leurs donne vie, les érige en événements, fussent-ils éphémères Il est Oh combien stimulant de traverser, d’être chamboulé, même par des presque rien.
PEAC Cali (Communeauté d’agglomération du libournais) et le festival Littérature en jardins) en collaboration avec les écrivains Eduardo Berti et Laurent Contamin.
Faire entrer l’oreille, le corps, dans les sons Faire entrer les sons dans le corps, les oreilles Jeux de l’ouïe, des osselets, des colimaçons S’enfoncer dans les acoustiques sonnantes Y rebondir en échos Se prolonger dans l’espace raisonnant S’étirer dans la réverbération trompeuse Perdurer après le choc vibratoire Feindre une trace d’énergie fantomatique Faire vibrer sympathiquement Se syntoniser jusqu’à une relative stabilité Architecturer des espaces sonores Y construire des bulles de silences et de sons Naviguer au gré des ambiances transitoires Se métamorphoser en peau vibratile La tendre comme un tympan déployé S’immerger dans les nappes soniques Être à l’unisson Être en dissonance Être corps entendant Être corps écoutant L’ouïe fine ou grossière Ouvrez les écoutilles Descendre au fond des sons Jusqu’au silence intarissable.
Marcher en silence A nuit tombée Arpenter les rives d’un fleuve Puis celles d’une rivière Vers sa confluence inéluctable Écouter Les rumeurs de la ville Exacerbées d’obscurité Le nappage au noir Éclaboussé de lumières Et les sons s’y faufilent S’y installent Et s’entendent à merveille Traversée noctambule Une nuit transfigurée D’auricularité en zones d’ombres Contrastes en clair-obscurs Des fêtes rythment nos arpentages Sauvages ou bien sages La nuit à portée d’oreille Nous invitent à marcher Dans la fraîcheur acoustique D’une cité bavarde Même au cœur des ténèbres Qui savent aussi êtres bienveillantes. Invitation à une exploration bruissonnante Tout en nuances et contrastes L’oreille se réjouit Des traversées nocturnes Où la ville murmure Où la ville s’entend Dans les furtivités canailles D’une nuit bien sonnante.
« … Allez dans les forêts, allez dans les vallées ; Faites-vous un concert de notes isolées ! Cherchez dans la nature, étalée à vos yeux, Soit que l’hiver l’attriste ou que l’été l’égaie, Le mot mystérieux que chaque voix bégaie. Écoutez ce que dit la foudre dans les cieux ! Enivrez-vous de tout ! enivrez-vous, poètes, Des gazons, des ruisseaux, des feuilles inquiètes, Du voyageur de nuit dont on entend la voix ; De ces premières fleurs dont février s’étonne ; Des eaux, de l’air, des prés, et du bruit monotone Que font les chariots qui passent dans les bois. Contemplez du matin la pureté divine, Quand la brume en flocons inonde la ravine ; Quand le soleil, que cache à demi la forêt, Montrant sur l’horizon sa rondeur échancrée, Grandit comme ferait la coupole dorée D’un palais d’orient dont on approcherait ! Enivrez-vous du soir ! à cette heure où, dans l’ombre, Le paysage obscur, plein de formes sans nombre, S’efface, des chemins et des fleuves rayé ; Quand le mont, dont la tête à l’horizon s’élève, Semble un géant couché qui regarde et qui rêve, Sur son coude appuyé ! Si vous avez en vous, vivantes et pressées, Un monde intérieur d’images, de pensées, De sentiments, d’amour, d’ardente passion, Pour féconder ce monde, échangez-le sans cesse Avec l’autre univers visible qui vous presse ! Mêlez toute votre âme à la création ! Car, ô poètes saints, l’art est le son sublime, Simple, divers, profond, mystérieux, intime, Fugitif comme l’eau qu’un rien fait dévier, Redit par un écho dans toute créature, Que sous vos doigts puissants exhale la nature, Cet immense clavier !
Victor Hugo, « Pan » (extrait)
Poète : Victor Hugo (1802-1885) Recueil : Les feuilles d’automne (1831).
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Je pensais, il y a peu Regagnant tardivement Ma petite et quiète ville Toutes lumières éteintes Vers un minuit sonnant Que le noir nocturne Est Oh combien sonore J’avançais prudemment Mes pas à l’aveuglette Sous un ciel très couvert Un dôme ténébreux Point de lune éclairante Je redécouvrais ainsi Un paysage en strates noircies Plus épaisses dans la nuit L’obscurité totale Immersion fascinante Et je lance l’écoute Dans cette intime noir Un presque rien nocturne Une non voyance exacerbée L’obscurité bruissante Mes pas Ma respiration Quelques nocturnes voletant Des voix, très lointaines Pas de rumeur ici De timides émergences Et c’est très beau Et j’en écoute encore En marchant lentement Puis me pose sur un muret Les sons se raréfient Prennent de l’importance Dans un espace lisible Comme un grand tableau noir Un espace acoustique habitable De mon muret d’écoute Enveloppé de profondeurs Sons inscrits dans le noir Précisant d’obscurs contours Ceux de la nuit justement Celle qui porte conseil A l’oreille noctambule J’aimerais inviter des gens Ceux et celles noctambules Mais les autres eux aussi A vivre un rituel D’un espace nocturne Juste pour écouter Juste pour faire silence Entendre les sonnances D’une nuit chuchotante Histoire enveloppante Ambiances ouatée De nature lascive Rien ne dort vraiment Dans d’infimes obscurs On perçoit moult souffles Des énergies fluantes L’invisible ruisseau Ses coulures si proches Vibrations ondulantes La vie qui bat son cours Envers et contre tout Ça ouvre des possibles A l’oreille intrépide Et à la nuit féconde.
Mars 2024, Amplepuis, écoute installée, aux alentours de minuit
C’est ainsi C’est ainsi que le lieu s’est asséché Que ses larmes ont tari Que son herbe a jauni C’est ainsi C’est ainsi que les oiseaux ont fui Les ondes évaporées Le désert minéral C’est ainsi C’est ainsi que le lieu s’est tu Les flots cessé de gémir Les arbres de bruisser` Les rivières de couler C’est ainsi c’est ainsi que survint le silence Les eaux empoisonnées La vie déshydratée.
Mais que fait donc l’oreille, si ce n’est trainer les rues et errer le long des berges. Elle s’encanaille et se saoule de sons, parfois jusqu’à plus soif. Elle s’enivre à bon compte, de grandes rasades chantées, hurlées, ou chuchotées. Elle tend l’oreille, offerte comme une coupe pétillante de breuvages toniques, autant que soniques. Parfois, elle se laisse aller dans le creux de vallées bourdonnantes, de forêts frissonnantes. D’autres fois, elle noie sa solitude dans le souvenir des villes aux rumeurs nostalgiques, qu’elle a quitté un jour. Il lui arrive de ne plus supporter les violences qui explosent le monde, massacrant impunément des milliers de vies, sacrifiées à l’autel d’une folie destructrice. Elle peut aussi s’émerveiller d’une musique échappée par la fenêtre ouverte un soir d’été, comme des sons d’un cloche carillonnant nuit tombante, ou du frôlement soyeux, quasi imperceptible des pipistrelles aux chasses noctambules. L’oreille jauge l’espace comme une architecture sonique, insaisissable, qui ne cesse de modifier ses formes et ses volumes. Elle se repaît de réverbérations et d’échos bondissant de murs en parois, de falaises en collines. Elle rêve à des paysages sonores qui la maintiennent à l’écoute, sans être trop sonnée par des tsunamis cacophoniques, d’assourdissants vacarmes. Elle suit des chemins bruissonniers, s’abandonnant aux ambiances fugaces, aux immersions fragiles. L’oreille esseulée cherche parfois la compagnie d’autres promeneurs écoutants, partageant des récits à fleur de tympans, des histoires racontant le monde, ou l’inventant avec la liberté des conteurs brodeurs prolixes. Elle nous entraine dans l’intimité frémissante de ses colimaçons ciliés, où viennent se lover les infinies écoutes, à perte d’oreille. Son sens aux aguets, à l’affût de la moindre vibration, nous relie, pour le meilleur et pour le pire, à un monde qui peut nous réjouir autant que nous anéantir. On dit qu’elle n’a pas de paupière, mais fort heureusement que si, à sa façon. Elle nous cache des choses, en amortit d’autres, et en efface jusque dans nos mémoires douloureuses. Souvent néanmoins, l’oreille reste à l’écoute, porte attention, fait attention, prend soin d’entendre la vie ambiante, dans toute la complexité de ses rumeurs imbriquées, de ses dits et non-dits, de ses amours et trahisons. Au creux de l’oreille, l’amitié peut se fortifier de secrets partagés, loin des vindictes hurlées, des bombes assassines, qui pourtant ne cessent d’éclabousser rageusement la vie de leurs vacarmes meurtriers. Si l’oreille prend plaisir au clapotis du ruisseau, aux trilles du rossignol, elle n’échappe pas pour autant, au bruit et à la fureur du monde. Trouver un fragile équilibre entre une forme d’harmonie vers un monde entendable, et l’insoutenable cacophonie qui le secoue sans cesse, est un exercice Oh combien difficile, mais vital.
Il s’agit de l’eau Territoire liquide Chuintant ou silencieux Monde fluant Matière indocile Nourricière Flottements Terres humides Striées de veinules Innondantes Irriguantes Terres arides Craquelées Que l’on entend gémir Se gercer L’eau retirée Écoute à flot Parfois noyée Submergée Berges éboulées Graviers roulés Limons fertiles Bois flottés Cognés aux rives Oreille flottante Plaintes d’ondines De vouivres colériques Surgissements aqueux Appels sirèniques Plouf narcissique Aujourd’hui Le paysage dégouline Ruisselance des sols Submersion hors des lits Qui l’eut crues Oreilles immergées Voix d’eau affleurantes.
Au creux À l’intime À l’abri fragile A mon oreille indocile Des branchages se frôlent Automne finissant Ils crissent à mi-voix Saluent les froidures La pluie goutte à gouttante Prolongements ligneux Ils ont cessé de croitre Aux chaleurs manquantes Mais ils parlent encore En frôlements furtifs Qu’il faut tendre l’oreille Pour croire percevoir Leurs infra presque rien Caresses tympaniques Apre brise ténue Rameaux défeuillés Crissements râpeux Que la bise révèle Pré-engourdissement D’un hiver refuge Où s’assoupit l’oreille Hibernation sonore Les branchages taiseux Faisant croire au silence Utopie acoustique Le fragment persiste Un infime grésil Au plus creux de l’écout
Les mouettes, toujours elles, ricanent bruyamment en picorant d’invisibles insectes.
Des sternes piaillent aussi à qui mieux mieux.
Retour progressif de la mer, marée montante.
L’eau s’étale en faisant crisser le sable.
Temps calme et légèrement bruissonnant.
Un autre jour, ailleurs, sur une jetée.
Le vent s’en donne à cœur joie, sans jamais s’essouffler.
Les vagues fouettent les murs de pierre, s’y enroulent, retombent, et recommencent, inlassables.
Le fracas ambiant couvre toute tentative de paroles, ou bien il faut hurler.
Le spectacle est impressionnant, fatiguant à l’écoute, un trop puissant bruit blanc nous réduit au silence.Les éléments nous montent nos propres limites
Autre part, autre moment, autre topographie.
Cette fois-ci, une très haute falaise vient empêcher les vagues.
Rageuses, elle l’érodent sans relâche, bouillonnantes et entêtées.
Et le monstre-falaise s’écroule petit à petit, reculant sans cesse devant l’assaut des lames répétées. Bruits d’avalanches pierreuses, la craie s’éboule inexorablement, jusqu’à menacer des bâtiments qui se reculent prudemment.
En temps calme, les petits galets roulés chantent comme des lithophones aquatiques.
La falaise se fait mur amplificateur, gardant les sons au plus proche de l’écoute excitée
Je ne me lasse pas de ces délicats entrechocs cristallins.
Celles et ceux qui ont déjà prêté l’oreille à ces bruissements itératifs sauront de quoi je parle.
Les mots parfois sont patinés de sons résurgents. Il suffit de dire pour donner à entendre. Raconter une ambiance marine, si ténue soit-elle, comme un récit au fil de l’eau.
Retour aux rivages.
De gros bateaux naviguent au loin, images silencieuses.
Une embarcation de pêcheurs rentre à bon port, pétaradante.
Des chaînes qu’on jette, arrimage joyeux, des caisses de poissons jetées à quai, des cliquettements de gréments tangués, la vie se déroule à portée d’oreille, habituelle pour certains, dépaysante pour d’autres, pour moi en tous cas.…
J’arpente les quais pour avoir l’oreille marine, l’immersion est ici intrinsèque.
Je foule les plages où le pied fait chanter les galets.
J’ouvre une fenêtre pour entendre la rumeur entêtante d’une mer venteuse.
L’oreille m’entraine au large. L’imaginaire joue le jeu des esprits marins convoqués.
Les vagues toujours, s’enroulent et se déroulent, plus ou moins furieuses sous les rafales.
2024 sera bouillonnante Une année au fil des ondes Des territoires liquides Des dérives en rives Eaux courantes Eaux dormantes Eaux étales Eaux profondes Eaux souterraines Terres karstiques De cénotes en dolines Résurgences A fleur de terre Eaux torrentueuses De rus en cascades Puits et fontaines Biefs et lavoirs Canaux et écluses Les flux aquatiques se feront entendre Tendons-leurs l’oreille Écoutons leurs secrets Leurs puissances Leurs discrétions Leurs fragilités Et parfois agonies Remontons les berges De la goutte affleurante au majestueux delta D’embouchures en estuaires Mers et océans Traversons les gués Donnons la paroles aux cours d’eaux Et à ceux et celles qui les côtoient Des sources en estuaires D’affluents en confluents De glaciers moribonds en moraines glissantes Entendons des paysages sonores aquaphoriques Qui tracent et modèlent des paysages audibles Des méandres soniques Façonnées à petits ou grands bruits Entre crachins, pluies et déluges Lisons l’histoire des villes, des industries, des moulins Par le biais de leurs eaux Racontons les à notre façon Au travers les flots d’une mémoire nourricière Les voies d’eaux reliantes Les hydro-énergies déployées Les végétations bordantes Les cours des lits sinuants Entendons les récits Les contes et les légendes Les monstres engloutis Toujours prêts à resurgir Bonhommes ou maléfiques Maillons un territoire extensible De points d’ouïe aquatiques Dressons une cartographie sonore Humide et rhyzomatique Un inventaire de sites audio-aquatiques remarquables Protégeons les comme des communs à portée d’oreille Déchiffrons les textes influents, odes aux ondes rafraichissantes Construisons un réseau auriculaire irriguant Des trames bleues et chemins de halage Des douces mobilités riveraines apaisées Des sentiers nichés dans des vallons modestes Mêlons la vue et l’ouïe au long cours Croisons les arts et les sciences Hydrologiques et humaines La culture scientifique et la création sonore L’histoire et la géographie des flux Celle des riverains mariniers ou marins Meuniers ou sauniers Indisciplinons des approches mouvantes Entre crues et tarissements Débordements et assèchements Prêtons attention au flux salvateurs Prenons en grand soin Affirmons l’urgence de le faire Écoutons pendant qu’il en est encore temps Les milles et unes sonorités liquides Les poésies aux images ondoyantes Et les chants ruisselants des eaux vives.
L’automne s’enfuit, doucement Glissant vers l’hiver, inéluctable Les passereaux se sont tus Les corneilles persistent, résistent Et même bavardent de plus belle De cris en cris De vols en vols Secouant l’arbre solitaire de leur étrange frénésie Les terrasses rentrées Le quartier va vers l’endormissement À pas feutrés, mais décidés Les volets se ferment plus tôt Claquant contre les vents automnaux Les paroles-même s’amenuisent Dans la sphère du privé Les rires se font discrets Au travers les fenêtres prestement fermées Parfois dans la rue engourdie Les places se vident, lentement Et les bancs inoccupés Sont balayés de trainées venteuses De bourrasques rageuses Les feuilles ocrées raclent le sol de crissements furtifs La cloche semble teinter quasiment en sourdine Ses sonneries éparpillées au gré des vents facétieux La fanfare attends des jours meilleurs Pour sonner et réveiller les rues Les pipistrelles volent en silence Engloutissant les insectes encore remuants Avant que de s’endormir à leur tour La fraîcheur s’est installée, sans éclat Timide pour l’instant Les réverbèrent accompagnent l’entre chiens et loups Jetant au sol des flaques jaunies Sur les dalles de pierre luisantes Que la pluie percussive tambourine avec vélocité Je regrette déjà les excès de l’été Et même ceux, automnaux, de ses attardements indiens Leur brûlante et sonore insolence Les halètements sous un soleil trop souvent cuisant Il me faut accepter que tout baisse d’un ton Glisse parfois vers un presque silence Que tout s’apaise enfin Que l’oreille comme le corps respirent En aspirant déjà à un prochain réveil Bruissonnant sans vergogne Une entame à nouveau bien sonnante Aux accents volubiles Mais au cœur de l’hiver, inexorable Que l’on sent approchant Je garderai l’oreille alerte En posture curieuse Pour la nourrir encore Du moindre son restant Si fugace fût-il.
Il suffirait d’un presque rien D’un doux ralentissement D’une façon de dé-densifier l’espace D’un geste minumental D’une allure modeste D’une chaise posée là D’un arrêt sur son D’une installation d’écoute sans aucun dispositifs D’une posture à oreilles nues D’un parcours hors sentiers battus D’un silence concerté De corps dans le mouvement De corps dans l’immobilité De corps dans la durée D’un corps dans le silence D’une expérience éphémère D’un partage attentionné D’une joie qui demeure D’un flux contextuel D’une histoire pour les oreilles D’une histoire auriculaire sans ajouts D’une histoire à fleur de tympans De la richesse du temps perdu D’espaces infra ordinaires De récits au fil de l’eau De paroles sans emphase D’oasis sonores à découvrir D’une nuit transfigurée D’une simple écoute.
Merci à Luc Ferrari, Georges Pérec, Marcel Proust, Jean Giono, Will Self, Arnold Schoneberg pour leurs inspirations…
Se poser par ici, ou se poser par là Jeter un œil furtif, ou un regard insistant Une oreille discrète, ou une oreille scrutante Savourer les mouvements, les arrêts, les hésitations Le ballet du vivant qui danse sans le savoir Écouter des bribes, ou bien plus longuement Les gens furtifs, originaux Bavards ou taiseux Marginaux, anonymes Pressés, nonchalants Élégants, négligés Semblants et faux-semblants Ceux qui vous sourient, ceux qui vous saluent Ceux qui vous ignorent, ceux qui vous toisent Ceux qui vous bousculent Et tous ceux que vous ne voyez pas, et réciproquement Se sentir vivant, ou se sentir moins seul Tout simplement être tout près Assis sur un banc de pierre, de bois ou de béton Dans ou devant une gare, une église, un parc Dans la fraicheur d’un matin précoce Dans la chaleur d’un midi torride A nuit tombante, à nuit tombée Aux premières ondées automnales Dans les frimas engourdissants Dans des espaces incertains Y trouver des habitudes, des ancrages Y faire des rencontres récurrentes S’inscrire dans le quotidien, ou presque Comme usager rompu aux lieux Écoutant regardant insatiable Un beau jour pour se sentir bien là Un beau jour pour se sentir ailleurs Un beau jour entre-deux erratique Rester immobile et que tout tourne Les sons les gens et les odeurs Et les lumières qui bougent Et les les ombres fuyantes On est point fixe, axe dans un chaos branlant Un banc des villes, un banc des champs Autour desquels tout s’agite Autour desquels danse le paysage hésitant Ralentir la marche est nécessaire Pour se poser sans s’abimer Juste dans nos écoutes regardantes A la croisée imprévisible de tourbillons fantasques Où danserait l’inconscience du monde. Se poser par ici, se poser par ailleurs Dans le groove chaloupement du monde.
Rencontres internationales « Made of Walking » Listening to the Ground – La Romieu 2017 – Co-commissariat Geert Wermer (Be), Gilles Malatray (Fr) , Isabelle Clermont (Ca Québec))
Chaque scénario offert Aux oreilles assoiffées Mais aussi apeurées Devrait être une histoire Si possible inouïe Une histoire paisible Dans le meilleur des cas Ou sinon turbulente Quand ce n’est virulente Des sons se télescopent Se frottent et s’entrechoquent Cacophonie d’enfer Des bribes insensées Se déplient fébriles Se replient insidieuses Éclatent sans retenue Comme des mots jetés Sur des pages griffées Des images bruyantes Aux confins de l’écoute Des souvenirs en devenir Des prédictions périmées Des choses pas encore nées Des gestations avortées Des chimères trépassées Des films à rebours déroulés Des évidences muettes Des tympans profanés Des oreilles déflorées Des mouvements figés Une cloche au battant suspendu Un cri gelé en bouche Une parole étouffée Un larynx enkysté Une attente d’on ne sait quoi Pourvu qu’elle se résolve En salves explosives En vivats incrédules harangues sans auditoire silences repoussés révoltes ravalées indignations bridées Ce qu’on ne peut entendre Ce qu’on ne veut entendre Et qui pourtant surgit Exultation bruitiste Rumeur exacerbée Paysages sonnés Orchestres désaccordés Timbres enroués Instruments saturés Machines dérèglées Des éléments furieux Eaux grondantes déchainées Tonnerres en écho infinis Fracas volcaniques éructants De l’inaudible à l’excès Des éclats foudroyants Une apocalypse orchestrée Un grandiose final éclatant Un sublime assourdissement Un béance sonifiée Afin que tout se taise Dans un vide sidéral
Résidence de création « Danser l’espace – Installer l’écoute » Sous les pommiers ba– Tourzel Ronzières
Marcher, écouter, retrouver, connecter Pour Sentir le sol sous ses pieds Sentir l’herbe, le bitume, la terre, les feuilles, le sable, l’eau, la boue, la roche Sentir nos silences envers le monde Les sons dans nos oreilles Les co-écoutants voisins L’écho répondant malin L’air dans nos tympans Sentir le temps reconnecter l’espace Sentir l’espace reconnecter le temps Le temps retrouver la lenteur Connecter les retrouvailles Les retrouvailles urbaines Les retrouvailles forestières Les retrouvailles villageoises Les retrouvailles océaniques Les retrouvailles fluviales Les retrouvailles nocturnes Les retrouvailles humaines Les retrouvailles diurnes Les retrouvailles animales Les retrouvailles végétales Les retrouvailles entre chiens et loups Les retrouvailles ventées Les retrouvailles montagnardes Les retrouvailles festives Les retrouvailles estivales, hivernales, automnales, printanières Les retrouvailles de soi Les retrouvailles en soi Reconnecter les alentours Nos sensibilités auriculaires Nos affects à fleur de peau Nos liesses inabouties Nos rencontres impromptues Nos nombreux inachèvements Nos espoirs malgré tout Nos mondes vacillants Et tous les mots pour le dire Et tous les mots pour tenter Et tous les mots pour oser Et tous les mots pour le faire Les mots sonnants comme des cristaux Les mots saillants comme des lames traçantes Creusant les sillons d’histoires nomades Colporteuses de sonorités furtives D’écoutoirs improbables Se perdre dans des méandres acoustiques Se rattacher aux phonèmes Se rattacher aux morphèmes Se rattacher aux monades Se rattacher aux nomades Se rattacher à l’ami confident, à l’autre Se rattacher à soi Se rattacher quoi qu’il en soit Rester connecté quoi qu’il arrive Ou se reconnecter sans cesse Là où se cache le paysage confus Fêter les retrouvailles vaille que vaille.
Comment les sons de la vie quotidienne résonnent-ils dans les paroles des poètes ? Comment les poètes écoutent-ils le monde ? Guetteurs d’inaperçus, ils suggèrent bien souvent des manières inattendues et profondes d’y prêter l’oreille. « Écoute plus souvent les Choses que les Êtres… », écrit le poète sénégalais Birago Diop dans Souffles. Éclats de voix d’un poème aimé et remémoré.
Cet épisode a été enregistré lors d’un atelier d’improvisation et interprétation dirigé par Monica Fantini dans le cadre d’une résidence d’artiste à l’Alliance française de Ziguinchor, au Sénégal, en mars 2023. Merci aux participants en résidence : le poète Chehem Watta, la dramaturge et comédienne Danielle Lyse Itoumba Mbeng et l’écrivain et metteur en scène Luc Alanda Koubidina.
Pascale Evrard
ÉCOUTER LE MONDE, EN BREF
Tout à la fois émission de radio diffusée chaque dimanche dans le journal d’information de RFI et plateforme participative, Écouter le monde donne à entendre les cultures, les langues et les imaginaires du monde à travers des sons d’Afrique, d’Amérique, d’Asie, d’Europe ou d’Océanie. Des centaines d’émissions sont à écouter en podcast sur ce site, tandis que la plateforme participative et évolutive propose des cartes postales sonores et des enregistrements. À ce jour, 245 captations sonores sont disponibles en libre accès. Auteure et coordinatrice d’Écouter le monde, Monica Fantini écoute, enregistre et compose des pièces sonores à partir de sons du quotidien : claquement des portillons du métro parisien, harangues des vendeurs au marché de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, craquement des glaciers en Patagonie, roulement des calèches dakaroises ou encore cloches de la place Saint-Marc à minuit à Venise, voix de poètes… Autant d’éclats de vie avec lesquels elle tisse des récits pour raconter le monde, créer des liens et partager des savoirs.
De leur collecte à la création d’œuvres sonores et à leur diffusion, Monica Fantini sollicite la collaboration d’artistes, de chercheurs, compositeurs, journalistes et écrivains, afin de fédérer une large communauté et de mettre en commun expériences et savoirs dans différentes approches du son. Avec l’ambition de développer la pratique, le sens et le plaisir de l’écoute, elle dirige aussi des ateliers sonores s’adressant à tous les publics : enseignants, enfants, étudiants, migrants, détenus, poètes, musiciens… Enfin, les créations sonores d’Écouter le monde font régulièrement l’objet de présentations publiques dans le cadre de festivals, d’expositions, de colloques et d’événements culturels dédiés, imaginés par les auteurs de la plateforme. Tous les ans, la Bibliothèque nationale de France laisse ainsi carte blanche à Monica Fantini autour d’Écouter le monde.
Une forêt peut-elle se cacher derrière un arbre ? Ou inversement ? Un son peut-il se cacher en forêt ? Une forêt dans les sons ? Qu’en dire, qu’en ouïr ? Marcher suivant son instinct Au risque de s’égarer Sans cailloux baliseurs Croiser et écouter l’Ogre Baba Yaga Le roi des Aulnes l’esprit des Sylves Le Grand Méchant Loup GML pour les intimes Les Sept Nains, grincheux compris Pelleas ou Mélisande Ou les deux Le chêne séculaire Le saule, éternel malheureux La biche innocente, quoique… Et tous les esprits frictionnels Qui nous feront voir de quel bois ils se chauffent Et tous les oiseaux nicheurs et dénicheurs Les coucous squatteurs Les pies cleptomanes, de pis en pis Et tous les Elfes, lutins, Hobbits, korrigans, Génies verts, Naïades, Walkiries, Nymphes, Ondines, Échos, Esprits siffleurs, frappeurs, tapageurs…
Choses racontées de souche à oreille Les feuilles grandes ouvertes, ou vertes En embûchcade Des bois sons Hydres à temps Jeux très bûches !
Tout cela fait un sacré boucan ! Une rumeur entretenue de vents Balayée d’orages, saccagée de grêle, assoiffée de sécheresse, Laissant du bois mort, desséché, moussu… Tout ce qui craque sous nos pas Même le verni de l’histoire sylvestre
Sève qui peut !
Mais ça sonne quand même bien !
18 octobre 2022, PREAC Les fictions de la forêt, Permanence de la littérature, forêt de La Double, Cali de Libourne
Laissons les sons vifs L’écoute révélatrice, rêve et lectrice En inter-positions Super-positions Jusqu’à positions En frottis de flots flux d’improbables rangs contre tricoter avec Des arbres, des marbres Des forêts, des faux rets Des sentiers, des chantiers Des mots, des maux Des campagnes, des compagnes Des abeilles, des oreilles Des prisons, des frisons Des rivières, des litières Des lectures, des luxures Des rythmes des myrthes Des marches, démarches Des rires, décrire Des cités, cécités Des ports, des forts Des livres, des vivres Des hôpitaux, dés aussitôt Des images, des mixages Des corps, décors Des danses, des denses Des pluies, des ouïes Des pierres, des paupières Des comptoirs, des pouvoirs Des photos, des photons Des récits, des récifs Des chaos, des cachots Des vins, des vains Des folies, des phobies Des publics, des déclics Des machines, des échines Des étoiles, des étioles Des oiseaux, des appeaux Des enfants, des infants Des voyages, des voilages Des marchés, démarchés Des teintures, des tentures Des collines, des coulines Des lumières, des lanières Des ruelles, des cruelles Des odeurs, des horreurs Des buissons, des bruits-sons Des châteaux, des chats tôt Des murmures, des morsures Des anions, des actions Des nuits noires, des rasoirs Des rochers, des ruchers Des couloirs, des mouroirs Des lignes, des signes Des méandres des esclandres Des bancs, des rangs Des sons, des sangs Des perspectives, des prospectives Des landes, des bandes Des cloches, des croches Des écrans, des écrins Des dangers, des donjons Des regards, des égards Des insectes, des infects Des odeurs, des moqueurs Des fêtes, des faits Des orages, des otages Des sorcières, des cornières Des tempêtes, des enquêtes Des repas, des replats Des frictions, des fictions Et tout ce qui ne coule pas de soi Qui ne coule pas de source De source avérée De source altérée L’oreille s’apprête au jeux de l’ouïe Qui s’y frotte ses piques Des mots, démos Avoir le dernier…
Mais c’est quoi ce son là ? Celui qui colle à mes pas celui qui colle à mes oreilles ? Ce son là ? Mais ce sont les voix de la ville. Le son de la ville qui chante comme de celle qui déchante. Mais si on l’écoute bien, des fois, il enchante. Mais oui, il l’enchante, mais ouïe ! Après, faut coller l’oreille, à la ville. Faut coller l’oreille à l’asphalte chaud qui a peut-être emprisonné le bruit des pas passants pas gravés dans une mémoire du sol gravées en vibrations figées mais re-jouables faut coller l’oreille aux murs transpirants de poussière des fois qu’ils se souviennent faut coller l’oreille aux chantiers ceux qui n’en finissent pas de déconstruire ceux qui n’en finissent pas de reconstruire faut coller l’oreille aux passants ceux qui n’en finissent pas de passer passer en devisant ceux qui n’en finissent pas de passer passer en silence faut coller l’oreille au passé passé enfoui celui qui suinte par les fissures fissures des industries en friche des maisons abandonnées des terrains vagues des vagues terrains aujourd’hui tous barricadés sans cris d’enfants aventuriers des espaces indéfinis ou non finis où se perdre l’oreille rares espaces retenant des couches audibles en strates sonores de celles qui explosent en bulles qui explosent presque muettes faut coller l’oreille aux fontaines aussi celles qui s’ébrouent en flux liquides quitte à noyer ou en perdre le bon entendement faut coller l’oreille aux métros ceux qui font vibrer la ville la ville du dessous j’entends il faut plonger dans le bruit des chaos il faut plonger dans le murmure des oiseaux nocturnes il faut plonger nuitamment dans un parc livré aux auricularités noctambules il faut suivre les vibrations des souffleries essouflantes il fait espérer que la cloche nous maintienne entre trois géographies soniques celle du haut aérienne celle du bas terrienne et celle de l’entre-deux hésitante il nous faut jouer des lieux ceux discrets et ceux tapageurs passer de l’un à l’autre et de l ‘autre à l’un mixer les chemins d’écoute histoire de dérouter l’esgourde de désorienter le pavillon d’émouvoir les écoutilles et pourquoi pas ! Il faut trouver le lieu ad hoc le banc d’écoute où l’oreille peut se déployer où l’oreille peut se tendre où l’oreille peut se détendre Il nous faut marchécouter la cité se fier aux ambulations bordées de sons et s’en défier sans doute praticien de dérives à en perdre le sens de l’Orient à sons quitte à virer de bord sonique instinct…
Courant d’eau comme un courant d’air mais en plus liquide plus tangible aussi plus canalisé bordé rivé semé d’obstacles qui rendent audibles un flux aquatique qui s’y cogne contourne et ça clapote chuinte glougloute plique et ploque dérive écume mousse s’égoutte bouillonne érode arrose songe à crues rafraichit les écoutilles lave des scories bruyantes se la coule douce en sons rincés en houle mouillée en paysage liquide qui s’écoule dans nos corps inondés.
Bruitalité multiple déploiements écoutes faire entendre faire entendre meilleur faire entendre pire pire meilleur meilleur pire sous pires ex pires en pires…
Technicité choix du lieu, des sources des sujets de l’instant de la durée des mouvements…
Composition, re-composition, de l’espace plan auditif, réagencé, remixé pour l’oreille.
Décision de captation sonore geste prémédité, volontaire, contraint de subjectivité latente.
Le micro, asservi par l’écoutant, manipulé, à l’instar de l’objectif, à effet loupe grossissant jusqu’au presqu’ inaudible, aspirant les sons, travellings auditifs, gros plans auriculaires fabrique d’artifices…
Micro parfois complice de l’oreille, et parfois dissident
Les sons nettoyés, certains expurgés, débarrassés de leur gangue ou de résidus indésirables, selon la définition de chacun sons traités parfois maltraités; renforcés amoindris mélangés malaxés, étirés ou raccourcis dans le temps, séquencés, déplacés, pour de trompeuses histoires.
Paysages en fabriques, admirés, dénoncés, caricaturés, incarnés, par ou pour l’oreille.
Nouvelles histoires à croire ou ne pas croire.
Paysage sonore volonté politique une approche sonore écho-citoyenne, une pensée et des gestes d’écosophie sonore les utopies s’entendent-elles ?
Le paysage, sonore, n’est pas fidèle au réel, mais sans doute un reflet un miroir déformant de l’écoute elle-même, personnelle, parcellaire, modelée contaminée de culture, et c’est en cela que le son se fait paysage, ou bien inversement.
2020
2000 vins
chercher les ivresses
celles amènes
à venir
à construire
séparer le bon grain (acoustique)
de l’ivraie-son
mettre de l’ordre dans ses pas
ses écoutes
ou pas
ou chercher le dé-sordre
erratique
en chantier
risquer l’impasse
et l’autre non
la perdurance
la zigzagance
l’arpentance
la synthonance
mobile body ears appli
l’audioaltéritance
des ZAD
Zones d’Écoutes Prioritaires
de cités en forêts
et vice et versa.
marchécoutécrire
pluriels
le bruit qui coure
le son de choses
oreille en coin
en colimaçon
en partance
audiomorphosance
la voix de son mètre
échelles et talons
walking in the sounds
with the sounds
by the sounds
for the sounds
via the sounds
listen to
tout
on sonne tout
instrumenter le monde
le musiquer
le sonner
résonner
vibrer
vibrionner
sans excès
juste mesure
juste tempi
justance
modérance
empathance
ralentissance
se garder des rumeurs
des on-dit
des on-dit pas
des non-dis
des poncifs
dits sonnants
des sonterrances
desartsonnances en cours
tendre l’oreille
l’oreille tendre
la prêter
l’apprêter
écoutance
écoussonnance
projeter en des-marches
mettre l’oreille au pas
ou l’inverse
sans contraindre
ouïssance
jouissance
jouissonnance
consonance
points d’ouïe
arrêts sur sons
sweet spots
focalissonance
paysager l’auricularité
auriculariser le paysage
façons d’écouter
objets d’écoute
soundmapper
soundmappance
calligraphissonance
espaces acoustiques qu’on signe
taguer l’acoustinance
griffer les murs-murs
graphissonance
récitance
écouter
bruissonnance 2020
Vers le haut Des odeurs de poussière tournoyante de pierre écrasée de blocs granités crissements des cailloux roulant sous nos pas incertains et puis des eaux moussues gouleyantes des herbes écrasées arbustes desséchés carqueja odorante arbres calcinés car le brulé persiste des sonnailles grêles de troupeaux invisibles fondus dans la pierraille des chiens au loin se jouant des échos le souffle du vent chaud aux commissures des lèvres dans la bouche entrouverte comme à fleur de narines tel un bouillon d’été
vers le bas des voix profondes et joyeuses riantes impétueuses s’hêlant de rues en rues devisant sur un banc une terrasse ombragée où pétille une bière aux contours embués Olà Boa tarde obrigado musique à mes oreilles qui ne décryptent rien Ou bien si peu de choses Un tracteur haletant une moto d’un autre âge sa charrette de paille brinquebalante ferraillante le jardin que l’on bine quelques voitures en prime encore des chiens errant en premier plan cette fois-ci en concert impromptu qui secoue la quiétude du village assoupi une cloche qui tinte marqueur du temps qui passe l’Angélus s’annonce la fontaine qui s’égoutte un lavoir en réponse des bidons sont remplis des sceaux y sont lavés des enfants aux ballons qui font sonner les lieux de rebonds en rebond les pavés cliquetants des portes et des fenêtres qui s’ouvrent et qui se ferment des poubelles qui claquent la fraîcheur qui s’installe la lumière déclinante des lampadaires s’allument et la vie qui s’écoute Sans accrocs apparents comme l’eau des fontaines.
Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DME – Hostel Criativo – Juillet 2019
Tendre l’oreille l’oreille tendre audio, j’entends je vous entends ausculto, j’écoute je vous écoute mais avec attention attention portée au Monde au vent, à l’eau, au tonnerre roulant aux végétaux et aux animaux aux choses et aux gens sans doute plus encore aux gens attention bienveillante à tout ce qui bruisse à la parole donnée à la parole recueillie à la parole partagée qui n’est rien sans écoute comme lettre morte sans auditeur écouter pour discerner entendre le sujet et son environnement percevoir le sujet dans son environnement distinguer le sujet, ses valeurs, ses limites, ses faiblesses sa véracité, ses contresens, ses manipulations entendre en se gardant des choses confondues par erreur ou à dessein écouter pour résister à la frénésie ambiante aux grondements climatiques aux murs qui s’érigent en protectionnisme sourd en barrières de mésentente en cloisons mortifères aux parois de silence dans l’étouffement des voix muselées de discours totalitaires qui s’emploient à faire taire écouter pour comprendre un peu mieux pour ralentir la course dans des marches apaisées dans un calme silence écrin de mille bruissements écouter le Monde par plaisir s’immerger dans les sons en prenant garde de ne pas s’y laisser submerger en prenant garde de ne pas s’y noyer Ouïr par empathie, altérité aidant syntonisation de l’oreille et des espaces auriculaires paysages sonores en communs plus qu’en lieu-commun laisser sourdre la sympathie, les émotions des sentiments et ressentis des bonheurs bien sonnants des aménités sonnifères chercher des oasis quiets et s’ils n’existent pas les construire d’urgence des refuges où parler et écouter sont choses faciles et avant tout choses tolérées écouter d’une oreille curieuse se laisser surprendre pas l’inattendu par l’inentendu dans les limites de l’audibe aux lisières de l’inaudible des petites parcelles soniques des micros sons intimes de la plume soyeuse de la caresse d’Éole écouter pour rester vigilant ne pas s’endormir sur nos certitudes accepter la sérendipité voire la rechercher paysages sonores à perte d’entendement pensés du petit ou grand bout de l’oreillette des marteaux, enclumes et étriers comme un jeu d’osselets sonores le paysage s’honore écrit à l’aune d’un tympan réactif membrane vibrante et fragile réceptacle des musiques du monde oreille en coin oreille verte oreille en colimaçon au creux de l’oreille sans la faire sourde en tenant compte que les murs aussi en ont et que ce qui rentre par l’une peut ressortir par l’autre qu’en cas de bêtise, on risque de se les faire tirer qu’il arrive qu’ont les ait battues qu’on en ait par-dessus quelque soit notre écoute participons à bien s’entendre pour nous entendre mieux.
Le corps est dans l’espace Il y bouge s’y déplace s’y déploie s’y replie y prend place danse écoute sensible aux stimuli réceptacle sensoriel miroir de soi de l’autre d’un iota de ville toujours en devenir le corps construit sa bulle il occupe sa bulle croise celles des autres les traverse les modifie parfois y crée des interstices espaces privés publics personnels et communs intimes et extimes imbriquements complexes tissu de gestes physiques tissu de gestes perceptuels tissu de gestes relationnels tissu de gestes conceptuels l’espace est dans le corps.
La ville comme terrain kinesthésique arpenter sentir se sentir re-sentir se protéger s’ouvrir entre les entre-deux les entre-sols les entre-soi entre-l’autre et entre autres choses aller vers ou s’éloigner tendre l’oreille prêter l’oreille bien ou mieux s’entendre avec une ville un corps autrui oreille arpenteuse oreille épieuse oreille un brin voyeuse oreille généreuse oreille voyageuse oreille cartilagineuse organe prolongement d’un corps comme un cap tendu vers ou aimant sonifère l’écoute est mouvante La kinesthésie comme terrain urbanique.
Tout espace est in-carné à prendre corps à bras le corps à corps perdus et retrouvés de villages en cités l’oreille au pied du mur le mur à portée d’oreilles et le mouvement syncrétique telle hétérotopie mouvante cité de sons en friche rumeurs et signes magmas et émergences accrochés au construit architecture liquide flux et autres flux le corps s’y noie le corps s’y baigne adapte sa rythmie-cité aménage sa sur-vie via les sens chahutés des résistances salutaires à terre tout in-carnation est espace.
La marche met en branle le mouvement architecture la trajectoire balise le parcours accomplit l’espace contraint l’obstacle stimule la barrière se contourne ou donne envie de franchir la lisière se dessine comme parfois structure le sensible y fait sens le phénomène y apparait la carte peut guider ou tracer les traces ou faire perdre le Nord à celui qui s’y fie tandis que l’oreille entre autre jauge juge repère l’ébranlement met en marche.
La parole se fait nomade elle dit commente invente raconte récite interpelle appelle urbanise ré-unit critique revendique résiste va de paire à l’action réinvente l’Agora fabrique le récit les mythes de cités inaccomplies elle se colle à l’écoute complice s’encanaille d’emprunts part du corps racontant des histoires ambulantes les propose à autrui ou en son for intérieur le mot peut se coucher sur le grand livre des villes ou s’oraliser façon griot le nomade se fait parole.
Aller plus loin que la marche danser l’espace lâcher prise un brin de révolte douce des corps à l’unisson des corps frictions forcer l’union prendre prises les aspérités aidant des contrepoints urbains les sons comme musique(s) donnent le la comme le là façon de chorémarchécouter les acoustiques s’en mêlent la ville est corps écoute réceptacle sonique spectacle auriculaire le bruit se fait complice le groupe crée de l’espace l’espace soude les contacts le spectateur peut y emboiter le pas ou pas la marche s’organiser autrement ses rythmes impulser le tempo en cadences stimulantes chamboulements urbains l’oreille se démultiplie relie la ville au corps et le corps à la ville danser plus loin pour aller.
Ce texte est né de rencontres d’ami.es complices de marches/expériences, qui dansent et performent la cité, la traversent autrement, et me donnent l’énergie d’expérimenter encore en frottant mon oreille et battant le pavé. Lyon, dans la chaleur de l’été 2018
Je vais faire en sorte d’avancer d’un bon pas croisant sur mon chemin des personnes que j’aime d’autres que je découvrirai, j’ai hâte, dans l’action, dans le geste et la parole réciproques partageant avec eux des routes incertaines des idées à défricher de concert à tracer de l’oreille toujours insatiable et de nos corps kinesthésiques être dans leur pas ou bien modeste guide l’oreille en sentier, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée des points de vue et des points d’ouïe des lignes de vie, lignes de fuite, en perspective des croisées de chemins pour tenter de se perdre pour égarer la certitude d’un tracé par trop tracé la sérendipité comme un attrape-rêve d’inattendus, comme un cueilleur fidèle d’in-entendus un ou deux pas de côté pour sortir des sentiers battus un chemin de travers(e) pour contourner les idées rebattues des écritures multiples, forgées d’aménités paysagères inspirées de rencontres fertiles d’humanité des forêts traversées telles d’initiatiques démarches les frontières et lisières incertaines voire piétinées et confondues franchissables sans heurts violentant le droit du sol les itinéraires qui deviendraient paradoxalement errances et vice et versa nous perdant pour mieux nous retrouver des cartes qui n’en feraient sensiblement qu’à leur tête des obstacles qui, de gré ou de force, nous confortent le pas des détours d’horizons qui nous échappent encore, et toujours des altérités sédentaires comme d’autres en mouvement, ou bien en alternances une société parcourue à fleur de pieds librement vagabonds leur plante qui ne s’enracine que pour mieux repartir des postures, de pied en cap, à oreille comprise des récits dignes des plus beaux clochards célestes et de ceux qui sont restés rivés aux solitudes terrestres des road-movies qui tracent et filent vers des espaces fuyants des empreintes éphémères modestement effacées de résilience des balades entre chiens et loups, où on ne sait plus qui est qui dans l’obscurité bienveillante d’un entre-deux fertile des espaces temps ou l’imaginaire s’exalte des communautés de marcheurs soudés de nomadisme des cités aux contours flottant entre béton et jardins de grandes avenues et d’infimes intimes passages des oasis de calme et des agoras bavardes des mains comme des oreilles, tendues des escales dans des ports bien sonnants où jeter l’encre noire ou bleue, écritoires de nos pérégrinations des labyrinthes en colimaçons complices et complexes une boussole effervescente qui parfois perdrait le Nord des bancs havres de paix, refuges d’urbanité, accueillant nos plus folles rêveries urbi et orbi des envies de lenteur comme décroissance prospère un logis planétaire bien ancré, autant que rhizomatique des hôtes bienveillants, avec qui refaire généreusement le Monde un arpentage salvateur pour se mesurer à soi-même, comme à l’autre une ligne droite qui n’est pas toujours, tant s’en faut, le meilleur des chemins il nous faudra également combattre des exodes planifiés, à l’échelle de la barbarie des migrations qui marchent hagardes d’atrocités sur les routes d’une terre qu’on épuise à grands pas accepter de ne pas toujours connaître le bon sens de la marche mais ne pas renoncer à en chercher sans relâche l’essence vitale avancer toujours pour ne pas tomber dans le piège du hiatus forger des utopies sans fin vers lesquelles sans doute, on titubera rien ne sert de courir, il faut marcher à point rien ne sert de courir, il faut marcher ensemble.
Il faut partir de quelques chose. Une voix peut-être. Dans une rue passante, une impasse déserte, peut importe où. Il faut tenter de la garder, cette immature voix fugace de la garder en ligne d’écoute, cette voix-ci, cette voix-là ou bien s’accrocher à une autre tisser tracer filer tricoter l’écheveau écheveau vocalique, via la corde sensible via la corde vocale tendre l’organe pavillonnaire d’une épopée tympanique laisser du moût aux amarres de la langue ou des dialectes entre-choqués vers un cri haut perché un éternuement tonique un soupir par trop résigné un rire qui n’en finirait pas. Il faut partir de quelque chose. Et si la voix s’éteint, et si la voix s’enroue, se perd dans l’urb-espace saturé, se dissout dans le brouhaha, s’englue dans le dialogue piétiné il nous faut recommencer encore à traquer la parole indocile comme chair vibrante même si l’on perd le sens, le mot de la fin repoussé ne reste alors que sonore, matière crûment indéchiffrable. Il faut partir de quelque chose. Du bord du souffle volatile, cycle et rythme de brises fragiles, de l’articulation maladroite, apprivoisant le phonème revêche, d’une respiration diffuse, corporellement évanescente, d’un murmure aux confins de l’inaudible, susurrant tout en retenue, aux frontières d’une bouche, coincée dans un palais sans trône, à l’instar d’une labiale, dite du bout des lèvres, d’une explosive non létale d’une mue anamorphosée, autant qu’incontrôlée allant vers d’autres corps, enveloppes charnelles à peine connues, espaces organiques à peine reconnus. Il faut partir de quelque chose, dont l’oreille saurait que faire, comme une nourriture langagière, une rumeur bétonnée d’urbanité, ou vers d’autres leurres acoustiques, sirènes mielleuses susurrantes, sirènes aux traces-Dopler hullulantes, des voix cassées fracassées contre une rude altérité éraillées comme les graviers du chemin, des stentors criant sans vergogne, un magma de langues babélisées, Il faut partir de quelque chose, même si la voix n’est jamais vraiment sûre. pas plus qu’un ersatz de route une voie in-définitivement tracée, Il faut partir de quelque chose, Pour dire en corps et écouter encore, ou bien inversement.
Marcher,
Marcher encore,
Marcher toujours,
Si possible,
Emmener,
D’autres marcheurs,
Grossir les rangs,
Partager,
Ou non,
Parcours,
S’immerger,
Dans la ville,
Dans les rues,
Le long des quais,
Dans la proximité d’un territoire à trouver,
Dans les interstices,
Dans la trivialité d’un moment,
De jour,
De nuit,
Entre chiens et loups,
A l’aube,
Dans nulle part,
Ou ailleurs,
Marcher,
S’user,
Urbaniquement parlant,
Déambulation,
Se fondre dans la pierre,
Le bitume,
Dans les sons,
Dans la lumière,
Dans la pénombre,
Dans l’obscurité,
Se confondre avec des gens,
S’en extraire,
Les fuir,
Les retrouver
S’imprégner des odeurs,
S’arrêter,
Parfois,
à l’envi,
Marcher,
Ecouter,
Regarder,
S’isoler,
Péripler,
Pas à pas,
A perdre son entendement,
Ou l’aiguiser,
Qui sait,
Errance,
Ne pas résister,
Se couler,
Dans un flux,
Ou plusieurs,
ans le courant,
A contre-courant,
Oublier,
S’oublier,
Marcher,
Solitaire,
De concert,
Flânerie,
Frôler,
Se glisser,
S’immiscer,
Trouver les failles,
Les aspérités,
Le lisse,
Le rugueux,
La foule,
Le silence,
Le chaos,
Ou un semblant de chaos,
Le vide,
Le plein,
L’entre-deux,
Avancement,
Etre stoppé,
Découvrir l’obstacle,
Trouver l’allure,
Ou non,
Emmener,
Sur ses traces,
Dans l’éphémère,
Faire durer,
Perdurer
Inviter,
Sans forcément savoir à quoi,
Se poser,
Se laisser submerger,
Envahir,
Déborder,
Céder,
S’aider,
Ne pas calculer,
Sensations,
Ne pas préméditer,
Frissons,
Ne rien lâcher,
Ou lâcher prise,
Eprouver,
Le végétal,
L’humain,
La pluie,
Le vent,
L’inconscience,
Aller vers la musique,
Le brouhaha,
Le tintamarre,
Le chuchotement,
Le non entendre,
Ou s’en éloigner,
Echanger,
Un regard,
Un sourire,
Une complicité fragile,
Une incompréhension latente,
Une parcelle d’invisible,
Marcher,
Aller vers,
Aller contre,
Aller avec,
Aller sans,
Aller, encore
Souvenirs,
Du paysage ouvert à l’incertitude,
Association,
Ou rupture,
Perdre ses repères,
En trouver d’autres,
Peut-être,
Avancer,
Point de chute,
Détours,
Impasses,
Passages,
Reliefs,
Platitudes,
Accentuations,
Rondeurs,
Traversées,
Un semblant d’initiatique,
Une terne réalité,
Des pans de rêves cités,
Les mots s’étirent,
L’esprit se noie,
Trop de sensations sauvages,
Zig-Zag,
Du coin de la rue,
Du pied de l’escalier,
A la porte de je ne sais où,
De ruelles en collines,
Se régénérer,
Se défiler,
Filer,