Bruitalité urbaine

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Bruitalité ?
Mot-valise
Barbarisme briutal
barbarisme bruitiste
Bruitalisme…

Comme bruissonnance
indice vie
contre silence demeure
bruitalité frétille oreille
s’ébruite comme gouttes
gouttes sonifères
s’égouttent comme bruits.

Bruitalité briutale
bruitalisme
comme assourdissement
attaque sonique
crue ondes bruitoniques.

Ici je banc d’écoute
écrivant bruitique
voiture déverse torrent musique
festive électro
agressive électro
points d’ouïe…

Flux voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues
voitures revenues…

beaucoup  passager unique
si de rien n’était
bruitatalement parlant.

Vroum…

Bruité.

Bruitalité métaphore
monde mal traitance
sous traitance
lobbies bruitalisants
monde oreille peine
corps entier
trouver repos.

Bruitalité ça
et contraire
verre trop plein
trop vide
moitié de tout.

Et…

Scènes villes
non saines villes
épipandémie sonore
proliférante
paupérisation aseptisée
pandémisée
silences étouffés…

Bruitalité multiple
déploiements écoutes
faire entendre
faire entendre meilleur
faire entendre pire
pire meilleur
meilleur pire
sous pires
ex pires
en pires…

Bruitalité oasis
source bruit sonnante…

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Point d’ouïe, comme un pesant silence

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Ici 

ma rue

déserte

désertée

abandonnée 

ou presque

quartier fantôme

ville fantôme

trottoirs fantômes

parfois secoués

en quelques minutes vespérales

de liesses passagères

ou d’un camion vrombissant

vomissant ses vivres

et chaque sons grinçants

ferraillant le trottoir

ronronnements de chambre froide

claquements de porte

prennent des proportions décuplées

si bien que même dans la durée

des gestes ralentis

des mouvements confisqués

l’oreille s’étonne encore

de ce quasi silence 

pesant

que nargue l’insolent soleil

et que les cloches perchées

animent sans scrupules

toniques scansions

bouffées d’oxygène auriculaires

ce printemps manque d’air.

 

@photo​ Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

 

Fenêtres d’écoute – Listening windows – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Paysages (rien que) pour les oreilles ?

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Paysage(s),
représentation
artistique
d’un fragment de nature,
de lieu
de scènes
de mythologies…

Peinture,
paysage-toile,
vue de et par l’homme,
homo artiste,
picturaliste
naturaliste
urbaniste
idées à listes…

Représentation(s),
étalée de couleurs,
agencée sur la toile,
paysage re-présenté,
non naturel,
re-construit,
transmission,
vision,
artefact
inclinaison dominatrice
environnement capturé
entoilé.

Paysage et picturalité,
des écoles,
des genres.

Paysage photographique,
carte postale,
tout est
en partie
affaire de cadrage
ou de décadrage
d’éclairage
ou d’obscuricissement
polysémies lumineuses.

Paysages cinématographiques
le mouvement en plus
kinesthésie à volonté.

Le paysage se montre
dans et par l’espace
délimité,
points de vue,
parti-pris
que le regard choisit
en s’aidant de la main.

Quid d’un paysage sonore ?

Idem,
parcelle d’espace
de temps
d’espace-temps
mis en boîte,
capté
enregistré
conservé.

Traces in-fidèles ?
fossiles d’écoute ?
reliquats acoustiques
résidus acoustiques
échantillonnages de territoires…

Technicité
choix du lieu,
des sources
des sujets
de l’instant
de la durée
des mouvements…

Composition,
re-composition,
de l’espace
plan auditif,
réagencé,
remixé pour l’oreille.

Décision de captation sonore
geste prémédité,
volontaire,
contraint de subjectivité latente.

Le micro,
asservi par l’écoutant,
manipulé,
à l’instar de l’objectif,
à effet loupe
grossissant jusqu’au presqu’ inaudible,
aspirant les sons,
travellings auditifs,
gros plans auriculaires
fabrique d’artifices…

Micro parfois complice de l’oreille,
et parfois dissident

Les sons nettoyés,
certains expurgés,
débarrassés de leur gangue
ou de résidus indésirables,
selon la définition de chacun
sons traités
parfois maltraités;
renforcés
amoindris
mélangés
malaxés,
étirés ou raccourcis dans le temps,
séquencés,
déplacés,
pour de trompeuses histoires.

Paysages en fabriques,
admirés,
dénoncés,
caricaturés,
incarnés,
par ou pour l’oreille.

Nouvelles histoires
à croire ou ne pas croire.

Paysage sonore
volonté politique
une approche sonore écho-citoyenne,
une pensée et des gestes d’écosophie sonore
les utopies s’entendent-elles ?

Le paysage,
sonore,
n’est pas fidèle au réel,
mais sans doute un reflet
un miroir déformant
de l’écoute elle-même,
personnelle,
parcellaire,
modelée
contaminée de culture,
et c’est en cela
que le son se fait paysage,
ou bien inversement.

2020 échorésonances 2020

20202020
2000 vins
chercher les ivresses
celles amènes
à venir
à construire
séparer le bon grain (acoustique)
de l’ivraie-son
mettre de l’ordre dans ses pas
ses écoutes
ou pas
ou chercher le dé-sordre
erratique
en chantier
risquer l’impasse
et l’autre non
la perdurance
la zigzagance
l’arpentance
la synthonance
mobile body ears appli
l’audioaltéritance
des ZAD
Zones d’Écoutes Prioritaires
de cités en forêts
et vice et versa.
marchécoutécrire
pluriels
le bruit qui coure
le son de choses
oreille en coin
en colimaçon
en partance
audiomorphosance
la voix de son mètre
échelles et talons
walking in the sounds
with the sounds
by the sounds
for the sounds
via the sounds
listen to
tout
on sonne tout
instrumenter le monde
le musiquer
le sonner
résonner
vibrer
vibrionner
sans excès
juste mesure
juste tempi
justance
modérance
empathance
ralentissance
se garder des rumeurs
des on-dit
des on-dit pas
des non-dis
des poncifs
dits sonnants
des sonterrances
desartsonnances en cours
tendre l’oreille
l’oreille tendre
la prêter
l’apprêter
écoutance
écoussonnance
projeter en des-marches
mettre l’oreille au pas
ou l’inverse
sans contraindre
ouïssance
jouissance
jouissonnance
consonance
points d’ouïe
arrêts sur sons
sweet spots
focalissonance
paysager l’auricularité
auriculariser le paysage
façons d’écouter
objets d’écoute
soundmapper
soundmappance
calligraphissonance
espaces acoustiques qu’on signe
taguer l’acoustinance
griffer les murs-murs
graphissonance
récitance
écouter
bruissonnance
2020

Sabugueiro, impressions estivales

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Vers le haut
Des odeurs de poussière tournoyante
de pierre écrasée
de blocs granités
crissements des cailloux roulant
sous nos pas incertains
et puis des eaux moussues
gouleyantes
des herbes écrasées
arbustes desséchés
carqueja odorante
arbres calcinés
car le brulé persiste
des sonnailles grêles
de troupeaux invisibles
fondus dans la pierraille
des chiens au loin
se jouant des échos
le souffle du vent chaud
aux commissures des lèvres
dans la bouche entrouverte
comme à fleur de narines
tel un bouillon d’été

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vers le bas
des voix
profondes et joyeuses
riantes impétueuses
s’hêlant de rues en rues
devisant sur un banc
une terrasse ombragée
où pétille une bière
aux contours embués
Olà Boa tarde obrigado
musique à mes oreilles
qui ne décryptent rien
Ou bien si peu de choses
Un tracteur haletant
une moto d’un autre âge
sa charrette de paille
brinquebalante
ferraillante
le jardin que l’on bine
quelques voitures en prime
encore des chiens errant
en premier plan cette fois-ci
en concert impromptu
qui secoue la quiétude
du village assoupi
une cloche qui tinte
marqueur du temps qui passe
l’Angélus s’annonce
la fontaine qui s’égoutte
un lavoir en réponse
des bidons sont remplis
des sceaux y sont lavés
des enfants aux ballons
qui font sonner les lieux
de rebonds en rebond
les pavés cliquetants
des portes et des fenêtres
qui s’ouvrent et qui se ferment
des poubelles qui claquent
la fraîcheur qui s’installe
la lumière déclinante
des lampadaires s’allument
et la vie qui s’écoute
Sans accrocs apparents
comme l’eau des fontaines.

 

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel Criativo – Juillet 2019

Ce que, pour moi, écouter veut dire

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Tendre l’oreille
l’oreille tendre
audio, j’entends
je vous entends
ausculto, j’écoute
je vous écoute
mais avec attention
attention portée au Monde
au vent, à l’eau, au tonnerre roulant
aux végétaux et aux animaux
aux choses et aux gens
sans doute plus encore aux gens
attention bienveillante à tout ce qui bruisse
à la parole donnée
à la parole recueillie
à la parole partagée
qui n’est rien sans écoute
comme lettre morte sans auditeur
écouter pour discerner
entendre le sujet et son environnement
percevoir le sujet dans son environnement
distinguer le sujet, ses valeurs, ses limites, ses faiblesses
sa véracité, ses contresens, ses manipulations
entendre en se gardant des choses confondues
par erreur ou à dessein
écouter pour résister
à la frénésie ambiante
aux grondements climatiques
aux murs qui s’érigent en protectionnisme sourd
en barrières de mésentente
en cloisons mortifères
aux parois de silence
dans l’étouffement des voix
muselées de discours totalitaires
qui s’emploient à faire taire
écouter pour comprendre
un peu mieux
pour ralentir la course
dans des marches apaisées
dans un calme silence
écrin de mille bruissements
écouter le Monde par plaisir
s’immerger dans les sons
en prenant garde de ne pas s’y laisser submerger
en prenant garde de ne pas s’y noyer
Ouïr par empathie, altérité aidant
syntonisation de l’oreille et des espaces auriculaires
paysages sonores en communs
plus qu’en lieu-commun
laisser sourdre la sympathie, les émotions
des sentiments et ressentis
des bonheurs bien sonnants
des aménités sonnifères
chercher des oasis quiets
et s’ils n’existent pas
les construire d’urgence
des refuges où parler et écouter sont choses faciles
et avant tout choses tolérées
écouter d’une oreille curieuse
se laisser surprendre pas l’inattendu
par l’inentendu
dans les limites de l’audibe
aux lisières de l’inaudible
des petites parcelles soniques
des micros sons intimes
de la plume soyeuse
de la caresse d’Éole
écouter pour rester vigilant
ne pas s’endormir sur nos certitudes
accepter la sérendipité
voire la rechercher
paysages sonores à perte d’entendement
pensés du petit ou grand bout de l’oreillette
des marteaux, enclumes et étriers
comme un jeu d’osselets sonores
le paysage s’honore
écrit à l’aune d’un tympan réactif
membrane vibrante et fragile
réceptacle des musiques du monde
oreille en coin
oreille verte
oreille en colimaçon
au creux de l’oreille
sans la faire sourde
en tenant compte que les murs aussi en ont
et que ce qui rentre par l’une peut ressortir par l’autre
qu’en cas de bêtise, on risque de se les faire tirer
qu’il arrive qu’ont les ait battues
qu’on en ait par-dessus
quelque soit notre écoute
participons à bien s’entendre
pour nous entendre mieux.

Des règlements temporels ?

Spirale barrée 72dpi
©dessin Jeanne Schmid

 

Le temps tic

vraiment vrai ?

le temps tac

passe comme il peut

s’écoule comme il pleut

comme il veut

en non fleuve tranquille

il s’ébroue

soubressaute

est compté

mesuré

scandé

montré

montres en main

mécanismes à l’appui

roues âge défilants

chronos féériques

faucheuse irrémédiable

hors loges sécurisantes

balanciers funambules

sur le fil de je ne sais quoi

et de fils en aiguilles

globe-trotteuses

et réveils difficiles

secondes et moi

une minute s’il vous plait

vous n’êtes pas alors

en retards retors sans excuse

pont que tu, elle

nous avançons

ou retardons

dés lors d’été qui n’est plus

dés lors diverses

qui est un tic

qui est un tact

toujours fuyant

tout passe en ses temps dans

passés composés, ou bien décomposés

de rendez-vous manqués

l’heure des traqués

sur des ruines battant la chamade

y’a quelque chose qui cloche

et quand sonne l’heure

la retraite fuyante

vie est, est-ce demeure

le temps l’emporte levant

car l’arythmie nous guette

en cassures métriques

des pas cadencés

des non cas danses

coucou, montre moi

ce qui s’écroule en sablier

ce qui flux en son temps

aiguilles âges des croisements

l’horloge rit toujours

de nous voir retardés

nous croyant en avance

des mesurés sommes nous

m’user du temps

musée du tant

tempus fugit.

 

 

©Dessins Jeanne Schmid – ©Texte et création sonore Gilles Malatray – Résidence artistique le Locle – LuXor Factory – Octobre 2018

 

En écho

https://jeanne-schmid.com/2018/10/16/le-temps-du-locle/

Marcher, parler, danser l’espace Matières/manières d’écoutes

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Le corps est dans l’espace
Il y bouge
s’y déplace
s’y déploie
s’y replie
y prend place
danse
écoute
sensible aux stimuli
réceptacle sensoriel
miroir de soi
de l’autre
d’un iota de ville toujours en devenir
le corps construit sa bulle
il occupe sa bulle
croise celles des autres
les traverse
les modifie parfois
y crée des interstices
espaces privés publics
personnels et communs
intimes et extimes
imbriquements complexes
tissu de gestes physiques
tissu de gestes perceptuels
tissu de gestes relationnels
tissu de gestes conceptuels
l’espace est dans le corps.

 

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La ville comme terrain kinesthésique
arpenter
sentir
se sentir
re-sentir
se protéger
s’ouvrir
entre les entre-deux
les entre-sols
les entre-soi
entre-l’autre et entre autres choses
aller vers ou s’éloigner
tendre l’oreille
prêter l’oreille
bien ou mieux s’entendre avec
une ville un corps autrui
oreille arpenteuse
oreille épieuse
oreille un brin voyeuse
oreille généreuse
oreille voyageuse
oreille cartilagineuse
organe prolongement d’un corps
comme un cap tendu vers
ou aimant sonifère
l’écoute est mouvante
La kinesthésie comme terrain urbanique.

 

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Tout espace est in-carné
à prendre corps
à bras le corps
à corps perdus et retrouvés
de villages en cités
l’oreille au pied du mur
le mur à portée d’oreilles
et le mouvement syncrétique
telle hétérotopie mouvante
cité de sons en friche
rumeurs et signes
magmas et émergences
accrochés au construit
architecture liquide
flux et autres flux
le corps s’y noie
le corps s’y baigne
adapte sa rythmie-cité
aménage sa sur-vie
via les sens chahutés
des résistances salutaires à terre
tout in-carnation est espace.

 

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La marche met en branle
le mouvement architecture
la trajectoire balise
le parcours accomplit
l’espace contraint
l’obstacle stimule
la barrière se contourne
ou donne envie de franchir
la lisière se dessine
comme parfois structure
le sensible y fait sens
le phénomène y apparait
la carte peut guider
ou tracer les traces
ou faire perdre le Nord
à celui qui s’y fie
tandis que l’oreille entre autre
jauge juge repère
l’ébranlement met en marche.

 

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La parole se fait nomade
elle dit
commente
invente
raconte
récite
interpelle
appelle
urbanise
ré-unit
critique
revendique
résiste
va de paire à l’action
réinvente l’Agora
fabrique le récit
les mythes de cités inaccomplies
elle se colle à l’écoute complice
s’encanaille d’emprunts
part du corps racontant
des histoires ambulantes
les propose à autrui
ou en son for intérieur
le mot peut se coucher
sur le grand livre des villes
ou s’oraliser façon griot
le nomade se fait parole.

 

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Aller plus loin que la marche
danser l’espace
lâcher prise
un brin de révolte douce
des corps à l’unisson
des corps frictions
forcer l’union
prendre prises
les aspérités aidant
des contrepoints urbains
les sons comme musique(s)
donnent le la comme le là
façon de chorémarchécouter
les acoustiques s’en mêlent
la ville est corps écoute
réceptacle sonique
spectacle auriculaire
le bruit se fait complice
le groupe crée de l’espace
l’espace soude les contacts
le spectateur peut y emboiter le pas
ou pas
la marche s’organiser autrement
ses rythmes impulser le tempo
en cadences stimulantes
chamboulements urbains
l’oreille se démultiplie
relie la ville au corps
et le corps à la ville
danser plus loin pour aller.

 

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Ce texte est né de rencontres d’ami.es complices de marches/expériences, qui dansent et performent la cité, la traversent autrement, et me donnent l’énergie d’expérimenter encore en frottant mon oreille et battant le pavé.
Lyon, dans la chaleur de l’été 2018

2018, paysage sonore arpenté et autres utopies

2018.Bis

Je vais faire en sorte d’avancer d’un bon pas
croisant sur mon chemin des personnes que j’aime
d’autres que je découvrirai, j’ai hâte, dans l’action,
dans le geste et la parole réciproques
partageant avec eux des routes incertaines
des idées à défricher de concert
à tracer de l’oreille toujours insatiable
et de nos corps kinesthésiques
être dans leur pas ou bien modeste guide
l’oreille en sentier, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée
des points de vue et des points d’ouïe
des lignes de vie, lignes de fuite, en perspective
des croisées de chemins pour tenter de se perdre
pour égarer la certitude d’un tracé par trop tracé
la sérendipité comme un attrape-rêve d’inattendus,
comme un cueilleur fidèle d’in-entendus
un ou deux pas de côté pour sortir des sentiers battus
un chemin de travers(e) pour contourner les idées rebattues
des écritures multiples, forgées d’aménités paysagères
inspirées de rencontres fertiles d’humanité
des forêts traversées telles d’initiatiques démarches
les frontières et lisières incertaines voire  piétinées et confondues
franchissables sans heurts violentant le droit du sol
les itinéraires qui deviendraient paradoxalement  errances
et vice et versa nous perdant pour mieux nous retrouver
des cartes qui n’en feraient sensiblement qu’à leur tête
des obstacles qui, de gré ou de force, nous confortent le pas
des détours d’horizons qui nous échappent encore,  et toujours
des altérités sédentaires comme d’autres en mouvement, ou bien en alternances
une société parcourue à fleur de pieds librement vagabonds
leur plante qui ne s’enracine que pour mieux repartir
des postures, de pied en cap, à oreille comprise
des récits dignes des plus beaux clochards célestes
et de ceux qui sont restés rivés aux solitudes terrestres
des road-movies qui tracent et filent vers des espaces fuyants
des empreintes éphémères modestement effacées de résilience
des balades entre chiens et loups, où on ne sait plus qui est qui
dans l’obscurité bienveillante d’un entre-deux fertile
des espaces temps ou l’imaginaire s’exalte
des communautés de marcheurs soudés de nomadisme
des cités aux contours flottant entre béton et jardins
de grandes avenues et d’infimes intimes passages
des oasis de calme et des agoras bavardes
des mains comme des oreilles, tendues
des escales dans des ports bien sonnants
où jeter l’encre noire ou bleue, écritoires de nos pérégrinations
des labyrinthes en colimaçons complices et complexes
une boussole effervescente qui parfois perdrait le Nord
des bancs havres de paix, refuges d’urbanité,
accueillant nos plus folles rêveries urbi et orbi
des envies de lenteur comme décroissance prospère
un logis planétaire bien ancré, autant que rhizomatique
des hôtes bienveillants, avec qui refaire généreusement le Monde
un arpentage salvateur pour se mesurer à soi-même, comme à l’autre
une ligne droite qui n’est pas toujours, tant s’en faut, le meilleur des chemins
il nous faudra également combattre des exodes planifiés, à l’échelle de la barbarie
des migrations qui marchent hagardes d’atrocités
sur les routes d’une terre qu’on épuise à grands pas
accepter de ne pas toujours connaître le bon sens de la marche
mais ne pas renoncer à en chercher sans relâche l’essence vitale
avancer toujours pour ne pas tomber dans le piège du hiatus
forger des utopies sans fin vers lesquelles sans doute, on titubera
rien ne sert de courir, il faut marcher à point
rien ne sert de courir, il faut marcher ensemble.

 

 

 

Chemins de voix

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@Zoé Tabourdiot City Sonic – Charleroi 2017

 

Il faut partir de quelques chose.
Une voix peut-être.
Dans une rue passante,
une impasse déserte,
peut importe où.
Il faut tenter de la garder,
cette immature voix fugace
de la garder en ligne d’écoute,
cette voix-ci, cette voix-là
ou bien s’accrocher à une autre
tisser tracer filer
tricoter l’écheveau
écheveau vocalique,
via la corde sensible
via la corde vocale
tendre l’organe pavillonnaire
d’une épopée tympanique
laisser du moût aux amarres de la langue
ou des dialectes entre-choqués
vers un cri haut perché
un éternuement tonique
un soupir par trop résigné
un rire qui n’en finirait pas.
Il faut partir de quelque chose.
Et si la voix s’éteint,
et si la voix s’enroue,
se perd dans l’urb-espace saturé,
se dissout dans le brouhaha,
s’englue dans le dialogue piétiné
il nous faut recommencer encore
à traquer la parole indocile
comme chair vibrante
même si l’on perd le sens,
le mot de la fin repoussé
ne reste alors que sonore,
matière crûment indéchiffrable.
Il faut partir de quelque chose.
Du bord du souffle volatile,
cycle et rythme de brises fragiles,
de l’articulation maladroite,
apprivoisant le phonème revêche,
d’une respiration diffuse,
corporellement évanescente,
d’un murmure aux confins de l’inaudible,
susurrant tout en retenue,
aux frontières d’une bouche,
coincée dans un palais sans trône,
à l’instar d’une labiale,
dite du bout des lèvres,
d’une explosive non létale
d’une mue anamorphosée,
autant qu’incontrôlée
allant vers d’autres corps,
enveloppes charnelles à peine connues,
espaces organiques à peine reconnus.
Il faut partir de quelque chose,
dont l’oreille saurait que faire,
comme une nourriture langagière,
une rumeur bétonnée d’urbanité,
ou vers d’autres leurres acoustiques,
sirènes mielleuses susurrantes,
sirènes aux traces-Dopler hullulantes,
des voix cassées fracassées contre une rude altérité
éraillées comme les graviers du chemin,
des stentors criant sans vergogne,
un magma de langues babélisées,
Il faut partir de quelque chose,
même si la voix n’est jamais vraiment sûre.
pas plus qu’un ersatz de route
une voie in-définitivement tracée,
Il faut partir de quelque chose,
Pour dire en corps et écouter encore,
ou bien inversement.

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