2018, paysage sonore arpenté et autres utopies

2018.Bis

Je vais faire en sorte d’avancer d’un bon pas
croisant sur mon chemin des personnes que j’aime
d’autres que je découvrirai, j’ai hâte, dans l’action,
dans le geste et la parole réciproques
partageant avec eux des routes incertaines
des idées à défricher de concert
à tracer de l’oreille toujours insatiable
et de nos corps kinesthésiques
être dans leur pas ou bien modeste guide
l’oreille en sentier, l’oreille en chantier, l’oreille enchantée
des points de vue et des points d’ouïe
des lignes de vie, lignes de fuite, en perspective
des croisées de chemins pour tenter de se perdre
pour égarer la certitude d’un tracé par trop tracé
la sérendipité comme un attrape-rêve d’inattendus,
comme un cueilleur fidèle d’in-entendus
un ou deux pas de côté pour sortir des sentiers battus
un chemin de travers(e) pour contourner les idées rebattues
des écritures multiples, forgées d’aménités paysagères
inspirées de rencontres fertiles d’humanité
des forêts traversées telles d’initiatiques démarches
les frontières et lisières incertaines voire  piétinées et confondues
franchissables sans heurts violentant le droit du sol
les itinéraires qui deviendraient paradoxalement  errances
et vice et versa nous perdant pour mieux nous retrouver
des cartes qui n’en feraient sensiblement qu’à leur tête
des obstacles qui, de gré ou de force, nous confortent le pas
des détours d’horizons qui nous échappent encore,  et toujours
des altérités sédentaires comme d’autres en mouvement, ou bien en alternances
une société parcourue à fleur de pieds librement vagabonds
leur plante qui ne s’enracine que pour mieux repartir
des postures, de pied en cap, à oreille comprise
des récits dignes des plus beaux clochards célestes
et de ceux qui sont restés rivés aux solitudes terrestres
des road-movies qui tracent et filent vers des espaces fuyants
des empreintes éphémères modestement effacées de résilience
des balades entre chiens et loups, où on ne sait plus qui est qui
dans l’obscurité bienveillante d’un entre-deux fertile
des espaces temps ou l’imaginaire s’exalte
des communautés de marcheurs soudés de nomadisme
des cités aux contours flottant entre béton et jardins
de grandes avenues et d’infimes intimes passages
des oasis de calme et des agoras bavardes
des mains comme des oreilles, tendues
des escales dans des ports bien sonnants
où jeter l’encre noire ou bleue, écritoires de nos pérégrinations
des labyrinthes en colimaçons complices et complexes
une boussole effervescente qui parfois perdrait le Nord
des bancs havres de paix, refuges d’urbanité,
accueillant nos plus folles rêveries urbi et orbi
des envies de lenteur comme décroissance prospère
un logis planétaire bien ancré, autant que rhizomatique
des hôtes bienveillants, avec qui refaire généreusement le Monde
un arpentage salvateur pour se mesurer à soi-même, comme à l’autre
une ligne droite qui n’est pas toujours, tant s’en faut, le meilleur des chemins
il nous faudra également combattre des exodes planifiés, à l’échelle de la barbarie
des migrations qui marchent hagardes d’atrocités
sur les routes d’une terre qu’on épuise à grands pas
accepter de ne pas toujours connaître le bon sens de la marche
mais ne pas renoncer à en chercher sans relâche l’essence vitale
avancer toujours pour ne pas tomber dans le piège du hiatus
forger des utopies sans fin vers lesquelles sans doute, on titubera
rien ne sert de courir, il faut marcher à point
rien ne sert de courir, il faut marcher ensemble.

 

 

 

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Chemins de voix

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@Zoé Tabourdiot City Sonic – Charleroi 2017

 

Il faut partir de quelques chose.
Une voix peut-être.
Dans une rue passante,
une impasse déserte,
peut importe où.
Il faut tenter de la garder,
cette immature voix fugace
de la garder en ligne d’écoute,
cette voix-ci, cette voix-là
ou bien s’accrocher à une autre
tisser tracer filer
tricoter l’écheveau
écheveau vocalique,
via la corde sensible
via la corde vocale
tendre l’organe pavillonnaire
d’une épopée tympanique
laisser du moût aux amarres de la langue
ou des dialectes entre-choqués
vers un cri haut perché
un éternuement tonique
un soupir par trop résigné
un rire qui n’en finirait pas.
Il faut partir de quelque chose.
Et si la voix s’éteint,
et si la voix s’enroue,
se perd dans l’urb-espace saturé,
se dissout dans le brouhaha,
s’englue dans le dialogue piétiné
il nous faut recommencer encore
à traquer la parole indocile
comme chair vibrante
même si l’on perd le sens,
le mot de la fin repoussé
ne reste alors que sonore,
matière crûment indéchiffrable.
Il faut partir de quelque chose.
Du bord du souffle volatile,
cycle et rythme de brises fragiles,
de l’articulation maladroite,
apprivoisant le phonème revêche,
d’une respiration diffuse,
corporellement évanescente,
d’un murmure aux confins de l’inaudible,
susurrant tout en retenue,
aux frontières d’une bouche,
coincée dans un palais sans trône,
à l’instar d’une labiale,
dite du bout des lèvres,
d’une explosive non létale
d’une mue anamorphosée,
autant qu’incontrôlée
allant vers d’autres corps,
enveloppes charnelles à peine connues,
espaces organiques à peine reconnus.
Il faut partir de quelque chose,
dont l’oreille saurait que faire,
comme une nourriture langagière,
une rumeur bétonnée d’urbanité,
ou vers d’autres leurres acoustiques,
sirènes mielleuses susurrantes,
sirènes aux traces-Dopler hullulantes,
des voix cassées fracassées contre une rude altérité
éraillées comme les graviers du chemin,
des stentors criant sans vergogne,
un magma de langues babélisées,
Il faut partir de quelque chose,
même si la voix n’est jamais vraiment sûre.
pas plus qu’un ersatz de route
une voie in-définitivement tracée,
Il faut partir de quelque chose,
Pour dire en corps et écouter encore,
ou bien inversement.

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Points d’ouïe dits

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Très haut, un point noir parcourt le ciel blanc.

La pluie déchiffre une délicate partition.

Les merles font silence.

Une poutre craque.

Une gouttière déborde.

L’eau trouble la rêverie muette d’un forsythia en fleurs.

De la mousse verte coule sur le mur gris.

J’écoute l’air soudain immobile.

Texte de Philippe Baudelot

Cinglante écoute

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en hivernal sec parcourerue
froidure telle pierromarbre
coupance telle pointelaméfilée
sons cingleventeux
champ scintillé tel longuouïe
chant des gouttes fluoaqueuses
mordense telle cristalogivre
oreilles auriculairement gelée tympanique
bise crument ocrougissante
lobes ourlés rosempourprés
quasi hypodérature cassante
cristaux scintilletintants
fleur d’eau grasse des rives
fleuve tel paresse clappotembourbée
ville indolente bruitemmitouflée
grondements sourdomeurtris
échappements polufumants
carrosseries réfléluisantes
sonitruance telle audiogelure                                                                                                                villes de grandes sonitudes
échomarche telle réchauffe
rythmes saccadacérés
luminopadaires contre sombrétoiles
apprentinomades tel poctuomarcheurs
glacés de tentaculicité
ville telle improbable sociorefuge
extérieuration telle nocturnuitée
quaidérives tels guides aquasoniques
glougloutances telles microbulles mourantes
pas dissonants au temps qu’hasardeux
pavés tels obscurs sonomiroirs
rues telles labyrhintoméandres
marches telles itérépétitions
itinébravance scandée frisqueuse
promeneur tel permanécoutant.

POINTS D’OUÏE – MARCHER POUR MIEUX S’ENTENDRE

ALÉATOIRE ET À TRAVERS

Marcher,
Marcher encore,
Marcher toujours,
Si possible,
Emmener,
D’autres marcheurs,
Grossir les rangs,
Partager,
Ou non,
Parcours,
S’immerger,
Dans la ville,
Dans les rues,
Le long des quais,
Dans la proximité d’un territoire à trouver,
Dans les interstices,
Dans la trivialité d’un moment,
De jour,
De nuit,
Entre chiens et loups,
A l’aube,
Dans nulle part,
Ou ailleurs,
Marcher,
S’user,
Urbaniquement parlant,
Déambulation,
Se fondre dans la pierre,
Le bitume,
Dans les sons,
Dans la lumière,
Dans la pénombre,
Dans l’obscurité,
Se confondre avec des gens,
S’en extraire,
Les fuir,
Les retrouver
S’imprégner des odeurs,
S’arrêter,
Parfois,
à l’envi,
Marcher,
Ecouter,
Regarder,
S’isoler,
Péripler,
Pas à pas,
A perdre son entendement,
Ou l’aiguiser,
Qui sait,
Errance,
Ne pas résister,
Se couler,
Dans un flux,
Ou plusieurs,
ans le courant,
A contre-courant,
Oublier,
S’oublier,
Marcher,
Solitaire,
De concert,
Flânerie,
Frôler,
Se glisser,
S’immiscer,
Trouver les failles,
Les aspérités,
Le lisse,
Le rugueux,
La foule,
Le silence,
Le chaos,
Ou un semblant de chaos,
Le vide,
Le plein,
L’entre-deux,
Avancement,
Etre stoppé,
Découvrir l’obstacle,
Trouver l’allure,
Ou non,
Emmener,
Sur ses traces,
Dans l’éphémère,
Faire durer,
Perdurer
Inviter,
Sans forcément savoir à quoi,
Se poser,
Se laisser submerger,
Envahir,
Déborder,
Céder,
S’aider,
Ne pas calculer,
Sensations,
Ne pas préméditer,
Frissons,
Ne rien lâcher,
Ou lâcher prise,
Eprouver,
Le végétal,
L’humain,
La pluie,
Le vent,
L’inconscience,
Aller vers la musique,
Le brouhaha,
Le tintamarre,
Le chuchotement,
Le non entendre,
Ou s’en éloigner,
Echanger,
Un regard,
Un sourire,
Une complicité fragile,
Une incompréhension latente,
Une parcelle d’invisible,
Marcher,
Aller vers,
Aller contre,
Aller avec,
Aller sans,
Aller, encore
Souvenirs,
Du paysage ouvert à l’incertitude,
Association,
Ou rupture,
Perdre ses repères,
En trouver d’autres,
Peut-être,
Avancer,
Point de chute,
Détours,
Impasses,
Passages,
Reliefs,
Platitudes,
Accentuations,
Rondeurs,
Traversées,
Un semblant d’initiatique,
Une terne réalité,
Des pans de rêves cités,
Les mots s’étirent,
L’esprit se noie,
Trop de sensations sauvages,
Zig-Zag,
Du coin de la rue,
Du pied de l’escalier,
A la porte de je ne sais où,
De ruelles en collines,
Se régénérer,
Se défiler,
Filer,

Ecouter

Transcender,

Dans la marche, erratique, ou écrite…

Texte en écoute, lecture croisée avec Valérie Champigny