DES CORPS SONORES

La peau est si sonore…

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Parce que l’écoute serait un prétexte.
Un prétexte à métamorphoser le corps.
Un corps qui deviendrait lui-même écoute, membrane vibrante, amplificateur, transducteur d’images mentales, accumulateur de particules sonnantes ou dissonnantes.
Un corps qui serait vivifié par tous les pores d’une peau membrane oreille tendue, pour vibrer au contact de l’espace acoustique qui l’enveloppe, et mieux l’assimiler, en résonance.

Parce que l’écoute serait révélatrice.
Une révélation qui, tel un bain de développement photographique, impressionnerait la pellicule corporelle d’images sonores en vibrations frissonnantes.
Et l’image de s’ancrer dans des corps résonnants.
Et l’image de s’encrer sur une peau toile partition de mots, oscillant entre tumulte et silence.

Parce que l’écoute serait un récit.
Un récit qui se transmettrait, se partagerait, de bouche à oreille, brodé d’infinies variations.
Un récit où le mot se ferait son, et inversement, cherchant parfois la source-même des bruits les plus diffus, ceux qui s’inscrivent presque indiciblement, à peine audibles –
ceux dont il faudrait cherche le sens en les écoutant sans cesse, d’une oreille sans préjugés.

Le paysage pourrait alors se peupler d’une foule de corps entendants, tissant une multitude de fils à démêler sans cesse, car empêtrés dans leurs propres vibrations imprévisibles et capricieuses, et qui de toute façon jamais ne se répéteraient à l’identique.

Et ainsi, l’écoute fermenterait les mots, qui pourraient lire et écrire le texte sonore de chaque lieu, le texte sonore de chacun, à fleur de peau et de tympan.
Le texte de corps sonores en écoute.

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À NANTES

Balades des arts so Nantes

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Desartsonnants est de retour à Nantes, dans cette belle cité où la Loire commence à songer à se perdre dans l’océan, pour quelques nouveaux PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le fief des Petits Lu.
Il est pour l’occasion invité par l’association Apo33 dans le cadre du festival Electropixel #6, l’édition de cette année étant basée sur le détournement urbain, ou le Poverhack, dont la balade sonore serait un volet en mode doux.
Repérage un brin humide, météo capricieuse et changeant à l’envi, mais rien d’étonnant dans ces parages océaniques.
J’y retrouve très vite des repères quasi immuables, à l’échelle du temps de la cité en tout cas, et à celle de l’Ile de Nantes plus particulièrement, où je me promène aujourd’hui, et où j’ai déjà, dans précédentes visites créé et animé d’autres parcours auriculaires
Il faut dire que, depuis quelques déjà nombreuses années, cet ancien quartier de docks portuaires a connu, et connait encore, un gigantesque chantier de requalification urbaine, où grands bâtiments publics, écoles supérieures, pôles de compétences divers, lieux culturels et touristiques se côtoient de façon assez intelligente dirais-je. Ce vaste délaissé industriel, et auparavant port aux tristes souvenirs d’une colonisation esclavagiste, se voit offrir un lifting de grande ampleur. Quelques lieux emblématiques y ont trouvé place, telles les Machines de Nantes, où sont conçus des géants, hommes, animaux, machines robots imposantes, fabriqués notamment pour la célèbre épopée du Royal de Luxe, un des fleurons Nantais, voire Français des arts de la rue. Cette activité n’est pas du reste sans colorer un espace public de barrissements, de tintamarres ferraillant d’objets mécaniques et de la joyeuse rumeur du nombreux public qui y afflue. A l’autre bout de l’Ile, le départ d’un autre grand projet culturel et artistique, l’aménagement de l’estuaire reliant Nantes à Saint-Nazaire par l’installation de sculptures monumentales, sorte de land-art périurbain impressionnant, plus calme acoustiquement que les machines mais non moins surprenant.
Entre les deux, un espace de promenades riche et diversifié, composés de paysages urbains contrastés, où la Loire vient assurément jouer un rôle des plus important, un fil rouge, ou plutôt bleu/vert, entourant l’ile de ses bras  frontières, et qui font de cette partie de la ville un « lieu à part » dans la cité.
Au départ, en se faufilant dans la hall agitée les Machines de l’ile, beaucoup de voix, notamment celles d’enfants émerveillés, qui nous suivront, ou que l’on suivra jusqu’au bord de la Loire.
Nous frôlons des gens, des manèges, volant ci et là des bribes de sons et de rires, dans un jeu de mixage par l’oreille en marche.
Une série de passerelles métalliques nous guident le long du fleuve, points de vue et points d’ouïe intéressants, où nos pas font résonner des structures vibrantes sous nos pieds, et où le regard est porté sur l’autre rive, vers un grand axe routier très urbaniquement (trop) agité. Fort heureusement, de ce côté, hormis le pont routier, nous ne percevons que la rumeur, assez atténuée, en contrepoint de nos pas.
Un jeu,  l’oreille collée à une très longue rambarde de passerelle métallique nous fait entendre le chant du métal caressé, doucement percuté… Étrange spectacle pour les passants non avertis, que de voir un groupe, l’oreille collée à une barrière, en souriant ou fermant les yeux, passage assez surréaliste mais que j’adore tout particulièrement dans cette communion d’écoute(s) et d’écoutants.
Lors d’une deuxième balade, les quais de la Loire sont partiellement occupés par une vaste et tonique « sieste goûter sonore » très électro, qui nous martèle et nous assène de sourds et puissants rythmes de basses.  A chaque jour sa promenade ! Les rythmes de basses, même très atténués lorsque nous nous éloignons du site, seront en fait, une sorte de rumeur continuum, presque un étalon sonore nous faisant prendre en compte les champs, profondeurs et distances du paysage sonore, des échelles quasiment cartographiques à l’oreille, du territoire parcouru. Nous faisons le tour de cette fête en plein-air, jouant à s’arrêter là ou l’écho trouble l’audition en répercutant des rythmes sur de vastes façades qui perturbent les localisations, trompent nos oreilles, puis, modifions le circuit préalablement repéré car l’accès aux passerelles métalliques est ce jour interdit, occupées par des régies techniques.
Nous pénétrons au cœur de l’ile. Apaisement soudain. Une ruelle offre un surprenant concert d’un tout autre genre que le précédent, tout en grondements, gémissements, cliquètements, souffles rauques de ventilations, toujours différentes, du reste, et parfois muettes, selon les moments. Une  forme  d’installation sonore sauvage, involontaire et capricieuse, aléatoire, mais pour moi assez réussie, surtout si l’oreille se risque à la considérer avec une curiosité musicale, et c’est bien l’un des enjeux de ces PAS.
Lors d’une promenade, un homme ponce une chaise en bois dans une ruelle. Je trouve la fréquence, et presque le grain du timbre, le rythme, de son outil, grâce à une baguette frottante bricolée, et à la complicité d’un portail métallique résonnant. Un jeu en imitations réponses est alors amorcé. L’homme s’en rend compte et me sourit, surpris de ce dialogue à l’improviste, en s’amusant avec les élément sonores du moment. Je fais de même lors d’un passage d’avion à basse altitude, et il en passe beaucoup sur la ville. Les promeneurs s’en amusent mais cette fois-ci, le pilote dans les airs ne peut pas rentrer dans le jeu, ou bien fort  involontairement… hasard et sérendipité très appréciés lors de ces PAS.
Un mail piéton, planté d’arbres en bac, retour à une sorte de sérénité urbaine, avec peu de monde durant ces vacances, les touristes ne s’aventurent guère en dehors des sentiers touristiques bien balisés, et où ils trouveront des choses plus spectaculaires et sans doute rassurantes.
Dans ce mail, une cour intérieure est animée d’une curieuse fontaine aux sonorités surprenantes, autre repère stable depuis ma dernière visite déambulatoire, il y a maintenant 3 ans. Ici, le jeu consiste à ausculter les glouglouttis de l’eau à l’aide de différentes longue-ouïes, stéthoscopes, dans une approche résolument ludique. J’ai du mal à arracher les écouteurs de cette fontaine et pourtant, l’heure tourne, et j’ai quelques contraintes horaires à respecter, liées à la programmation du festival.
Un parking, classique lieu d’écoute décalée, nous offre un terrain de jeu magnifique, de par ses passerelles métalliques cloisonnant chaque étage. Des voitures ronronnent, grondent, des claquements de portières joliment réverbérées, des rythmes métalliques de grilles sur lesquelles passent les autos, des couloirs sas, à l’acoustique soudainement très sèche, suivies de réouvertures dans de véritables cathédrales de bétons, animent la déambulation dans ce lieu surprenant à l’oreille. Clou du spectacle, une pause sous une passerelle ajourée sur laquelle passent les voitures avec forces sons, quelques centimètres au dessus de nos têtes, créant dans un premier temps une surprise un brin apeurée, puis le plaisir de cette étrange situation acoustiquenet visuelle. Autre lieu emblématique de ce même parking, le dernier niveau inférieur, plus sombre, encore plus réverbérant, où s’éparpillent de sourdes et presque inquiétantes sonorités… Cet espace est prétexte à une installation éphémère à l’aide d’une dizaine de micros haut-parleurs autonomes, placés de façon à entourer les promeneurs, en profitant de l’acoustique pour les immerger dans d’exogènes sonorités aquatiques et forestières, franchement décalées dans cet univers minéral, et d’ordinaire plutôt dédié aux voitures. Ce même dispositif aura été, lors d’une précédente promenade, disposé dans la cour minérale d’un immeuble, lui-même animée d’une belle  et discrète installation sonore en extérieur. Les sonorités sont dissimulé dans de beaux bardages métalliques, et  conçues par le célèbre artiste sonore Rolf Julius. Après avoir frottée nos oreilles à cette belle œuvre, l’irrévérencieux Desartsonnants ose superposer ses propres sons à ceux de Julius, clin d’oreille néanmoins très respectueux et admiratif pour le du travail  de ce maître.
Avant de quitter les antres du parking, je joue à faire entendre les longues réverbérations à l’aide d’une trompe vuvuzela. Le site me répond bien, en prolongeant avec une réelle complicité mes sons de klaxons souterrains. Il  s’agit simplement de savoir parler eau lieux, et de bien s’entendre avec les espaces traversés.
Au détour d’une rue, nous descendons et nous blottissons dans une large cavité menant à l’entrée d’un parking sous un immeuble. Du fond de cette fenêtre bétonnée, s’élargissant vers l’extérieur, nous regardons et écoutons comme au fond d’ure oreille, dans un cadre visuel et auditif dirigeant nos sens vers le fond de la rue-scène sonore, comme une sorte d’amplificateur haut-parleur dans lequel nous serions réfugiés pour mieux ressentir l’environnement – mise en scène d’écoute via les aléas et ressources terrain et de l’architecture.
Retour progressif à l’agitation humaine et mécanique de la hall des Machines de Nantes, la boucle es bouclée, de pieds et d’oreilles fermes, apparemment pour le grand plaisir des auditeurs d’un jour, qui spontanément questionnent et commentent la balade. Nous aurons, une fois de plus, effectué un parcours totalement  silencieux, pas un mot échangé, des propositions corporelles, des gestes invitant, des regards guidant, le tout nourri de mille sons environnants. Pour clôturer l’expérience, des retours sur des ressentis spontanés, des envies d’écouter plus, autrement, ou mieux, le renvoi dans une sorte d’investissement ludique, qui n’est pas pour certains, sans rappeler une enfance curieuse, qui sait s’émouvoir, s’émerveiller, s’embarquer dans d’autres mondes en jouant de et avec des « presque riens »*.

 

*Hommage au compositeur « paysagiste » Luc Ferrarihttps://www.youtube.com/watch?v=aKq-LRYv1Q4

 

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INSTALLER DE L’ECOUTE

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@Crédit Photo Yuko Katori

Je m’installe devant, dans un paysage, je l’écoute, je le regarde, je l’arpente, et il me dit ce que je peux y faire, et ne pas y faire. C’est lui qui s’installe alors devant, autour de moi. C’est lui qui guide, voire dicte mes gestes, mes actions, mes projets.
Il se pose, à un moment donné, suite à une forme d’apprivoisement mutuel, en contraintes déchiffrées, en évidences décelées. Il me saute aux yeux, et aux oreilles. Il s’offre comme je m’offre à lui, dans une respectueuse synergie.
Il me faut pour cela une certaine lenteur, une prise de temps à ménager, un non stress me protégeant d’agir dans l’urgence, dans le superficiel, tout ce qui met à mal la connivence.
Alors s’installe l’écoute.
Alors s’installe l’écoutant.
Alors peut s’installer le partage.
Cette connivence artiste paysage établie, pour moi aussi via le canal auditif, je pourrai dés lors, en toute honnêteté, inviter à écouter ensemble.
Certaines fois, les connections sensibles s’opèrent rapidement, logiquement, avec aisance et facilité.
D’autres fois, le territoire résiste, moins spectaculaire peut-être, ou plus réservé, plus taiseux, plus secret.
Il faut alors user de patience, varier les angles d’écoute, gratter les interstices, coller l’oreille à la matière-même pour chercher le presque indicible, afin de bien m’entendre avec les lieux.
Il me faut également chercher les manières de partager intimement ce qui ne s’offre pas spontanément à l’oreille. Le paysage alors se mérite, il nous demande des efforts pour en jouir enfin.
L’écoute se déploie alors, s’installe comme une oeuvre collective, relationnelle, fusionnelle, émotionnelle, à 360°.

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@crédit photo Maxime Jardry

Points d’ouïe, postures et images sonores

PAS – Parcours Audio Sensibles, Points d’ouïe, postures et images sonores

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Se balader, toutes oreilles ouvertes, pour :
– S’immerger dans une grande vague, magma sonore
– Percevoir le quasi inaudible
– Frotter ses oreilles aux feuilles des arbres, les coller aux troncs enlacés
– S’assoir face à la rivière
– Tourner le dos à la ville, face à la muraille
– S’allonger dans l’herbe bruissonante d’insectes
– Sentir les grondements, vibrations, frissons d’un pont métallique au dessus de notre tête
– Se laisser porter par les longues réverbérations d’une église
– Appréhender la rumeur de la ville, accoudés à la rambarde d’un belvédère
– Tourner le dos à la mer, et décrypter ses mille et un chuchotis
– S’allonger dans une forêt par une chaude nuit estivale
– Exciter un bel échos sur la colline qui nous fait face
– Déboucher brusquement, au détour d’un sentier, dans le grondement imposant d’un torrent montagnard
– Sentir les pas de promeneurs écoutants que l’on guide, derrière son dos
– Se figer dans l’éclatement d’une volée d’airin, jusqu’à la dernière, infime et fugace résonance
– Capter ça et là, des bribes de phrases volées dans la foule d’un marché, d’une gare, d’une rue piétonne
– Attendre les passages successifs de trains, de métros sur les caisses de résonance de vieux ponts métalliques
– Apprécier la musique d’un alpage où s’ébattent des troupaux de vaches ensonaillées
– S’éloigner d’une fontaine lentement, jusqu’à la perdre d’écoute
– Passer d’une fontaine à l’autre,lentement, en fondue enchaînée
– Ressentir la puissante énergie collective d’un groupe d’écoutants concentrés
– Jouir de l’heure bleue, des ambiances vespérales et de leurs sons naissants, et d’entre chiens et loups, à l’estompement du jour
– Se diriger vers un musicien de rue, puis vers une table de restaurant, puis encore ailleurs, en jouant à mixer les sources et les ambiances in situ
– Frissonner sous la puissance acoustique d’un feu d’artifice urbain, d’un orage en montagne, d’un bagad trouant la ville d’une fière tonitruance en marche
– Apprécier les rythmes des skate-boards et des rollers se jouant des aspérités du sol, des obstacles minéraux
– Se sentir revigorer par l’explosion de rires estudiantins festifs, à la veille des vacances
– Entendre et tenter de dicerner la musique de moult accents, langues, dans la rue piétonne d’un quartier historique
– Rester un très long moment à l’écoute des pointillismes sonores flutés des crapauds amoureux
– Surprendre une étrange polyphonie instrumentale s’échappant des fenêtres ouvertes d’un conservatoire de musique
– Attendre que la dernière goutellette se soit briser sur la rive, après le grand remue-ménage aquatique d’une péniche remontant un fleuve
– Sentir le crépitement de la pluie sur un poncho de randonneur
– Guetter l’orage qui s’approche inexorablement, jusqu’à son paroxisme de sons et de lumière, puis le laisser filer
– Se tenir sous un peuplier tremble pour jouir du bruissement du vent dans ses feuilles
– Oublier et masquer la ventilation tenace pour aller chercher au loin des voix enjouées
– Se jouer des brusques coupures acoustiques au détour d’une rue, d’une place
– Attendre l’événement, la cloche, le train, ou le plus imprévisible, laisser s’installer la sérendipité
– Apprécier les ronronements rythmés des valises à roulettes faisant chanter les sols des gares et des aéroports comme une invitation au voyage
– Penser que telle place, à tel moment, est unique à l’oreille, et que ce que nous lisons, tel un livre d’images sonores ouvert, ne se reproduira plus
– Profiter de l’énergie acoustique dégagée par une cour de récréation en pleine ébulition
– Faire résonner ses pas, traîner ses guêtres, avec d’autres promeneurs urbains, dans un concert de semelles battant le territoire
– Marcher à contre-courant d’une allée investie par une foule de joggers rythmant l’espace de souffles haletants et de foulées crissantes
– Faire sonner, racler, mettre en vibration, les grilles, les portails, les sculpures métaliques
– S’étourdir de l’inconnu, d’une inquiétante et stridulante première nuit en forêt équatoriale
– Penser son quartier comme un espace exotique à redécouvrir chaque jour
– S’assoupir sur un banc poste d’écoute, bercé des milles et une rumeurs urbaines
– S’inventer au quoitidien une infinité de voyages sonores pour combler et tenir en haleine ses oreilles comblées

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DU TERRITOIRE AU TERROIR SONORE

PARCE QUE L’ECOUTE ET LA CONSTRUCTION AUDIO-PAYSAGERES NE SONT PAS CHOSES SI SIMPLES

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j’au décidé d’être artiste, écoutant engagé, marcheur arpenteur

une oreille vers les autres, respectueuse

un regard et une oreille vers le paysage, multiple, partagé

d’avoir une concience écologique, voire écosophique assumées

un engagement social, politique

je tente de mettre en Oeuvre, ou espère bien le faire

des communs à stimuler, partager, révéler

des patrimoines à défendre, à protéger, à voloriser, à portée d’oreille(s)

des réseaux à construire, inter-disciplinaires, trans-disciplinaires

de méthodologies et outils à co-concevoir, diffuser

une ou des économies alternatives à intégrer, développer

des croisements de pratiques, de savoirs, de points de vue et de points d’ouïe

des ancrages in situ, territoires et terroirs sonores

des territoires à écouter, aménager

des territoires mille-feuilles, sons compris

une sensibilisation – transmission et un enseignement nécessaires

une recherche impliquée

des expériences de terrain, et terrains d’expériences, collectives

des modes d’écritures croisées

des ressources elles aussi collectives, participatives

un tourisme culturel, intelligent et respectueux

Une pensée locale, en même temps qu’universelle

une modeste mais réelle philosophie de l’écoute, essentiellement paysagère et environnementale

Une approche humaine, au service des autres

des croisements et rencontres, des ouvertures

une intermédialité non exhaustive, non contraignante

une démarche sensible

des passerelles et actions convoquant des projets arts/sciences

des invitations et échanges publics-chercheurs-artistes-pédagogues-élus-aménageurs-techniciens-entreprises, et plus encore si affinités…

des lieux connectés, un maillage d’acteurs, de penseurs, de décideurs, de passionnés

une histoire, des récits, des narrations à écrire, à plusieurs voix

une idée, une pensée, du territoire au terroir sonore

et du plaisir de faire ensemble !

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN ARDOINAIS

OREILLES EN SEINE, ET EN ECRITS

PAS-Parcours Audio Sensible en Ardoines

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Vitry sur Seine, quartier des Ardoines, le retour.
Après y avoir effectué une première balade, PAS – Parcours Audio Sensible en nocturne, l’an passé, je ramène mes oreilles, entre industries et bords de Seine, quartier des Ardoines, par de chaudes journées estivales.
Ces parcours d’écoutes s’inscrivent dans la programmation de « Gare au théâtre« , structure culturelle vitriote initiatrice entre autre des Balades en Ardoinais.
Entre repérage et parcours d’écoute collectif, tout de même une trentaine de personnes en ce mois d’août, des sons me reviennent aux oreilles, et j’en découvre quantité d’autres, sur un itinéraire parfaitement identique à celui de l’an passé.
Identique en tout cas au niveau du trajet, car pour ce qui est des ambiances, vraiment très différent.
Aussi différent que le jour et la nuit, car le précédent partait à 21H, entre chiens et loups, et ce dernier à 14H.
Villes en répétitions…
Des RER qui rythment le paysage, nous partons en effet d’une gare à l’autre (Les Ardoines – Gare de Vitry).
RER feulant, grondant, ferraillant, cliquetant, dans le vacarme de la proximité, ou dans l’étouffement du lointain, ou dans un entre-deux… selon les endroits.
Une scène que j’adore, nous somme tous accoudés sur un pont surplombant les voies du RER, un immense tuyau nous occulte la vue au loin, le paysage, nous laissant apercevoir en contre-bas, juste une très étroite portion de rails.
Attente… Assez courte du reste… Les rails se mettent à chanter, à vibrer, à gémir, et soudain, un, puis deux RER passent en trombe, prenant nos sens par surprise, surtout la vue. Effet acousmatique, cinétique, surprise…
Glissements.
Des rails impétueuses aux usines relativement calmes, en passant par de courtes séquences habitées, et puis bien sûr, la Seine q’on longera un moment donné, assez longtemps, passage inévitable.

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Transitions de ville en franges de ville.
Des rythmes différents, des rumeurs différentes, des ronronnements, des chuintements furtifs, des ambiances diffuses, et industrieuses.
Assez peu d’humains, bien que…
Etranges atmosphères.
La ville-travail à l’oreille, qui persiste et résiste, jusqu’au mois d’août.
Un lourd portail métallique se met en branle, nous venons y tendre l’oreille de près. Il s’ouvre dans une séries de grincements-gémissements, lentement, laissant s’échapper au dehors les résonances d’un vaste hangar, et se referme de même. Fin de la séquence.
Visions sonores.
Les yeux participent à l’écoute. Ils fabriquent eux aussi, parfois, du non entendu.
Ils nous font imaginer, vivre, recréer, des ambiances virtuelles, mentales.
On entend ainsi les discours, dialogues, les grondements des tyuaux, des cheminées, des engins, engins forcément mécaniques, des matériaux chahutés, puis des grues immobilisées, le tout visuellement sonifère.
Et puis nous voilà, une rue rapidement traversée, presque sans crier gare, sans qu’on s’y attende vraiment, au bord de l’eau.
La veille, j’avais déjà été promener mes oreilles en bord de Seine, dans une portion de Paris Plage, profitant de la douceur pour me prélasser sur un confortable transat. L’écoute fut rythmée de fréquents passages de bateaux
mouches, desquels s’échappait une bouillie vocale amplifiée, paroles yaourtes des guides, s’extirpant de mauvais hauts-parleurs, non sans rappeler les annonces de gare entendues de loin, façon Tati.
La méandreuse Seine structure la capitale dans un dépoiement de paysages propres aux fleuves se coulant sans complexes au sein-même de l’urbanité.
Mais revenons à notre balade.
La Seine s’étale devant nous, exactement, aquatiquement rafraîchissante.
Et tout change, se transforme à nouveau.
Estompement assez rapide des voitures.
La Seine se prélasse, séparant gentiment mais nettement vitry d’Alforville, chacune se regardant tout en se mirant dans les ondes traversantes.
Pour écouter le fleuve, il faut tendre l’oreille, s’y pencher, aller dénicher les glouglouttis, surtout aux abords des pontons et installations portuaires, imposantes machines à roues, bassins desservant la centrale thermique voisine. Autre silouhette emblématique du quartier que cette centrale, avec ses deux énormes cheminées phares totémiques blanches et rouges.
La Seine est donc peu audible, sauf quand passe une péniche qui vient réveiller la tranquilité de ses eaux estivales  allanguies.
Dans le sillage des bateaux, des vagues viennent s’écraser à nos pieds, clappotements qui vont en s’estompant progressivement, jusqu’au prochain passage.
La traine des bateaux déchaine également, superposées aux ronronnements des moteurs, de sourdes et grondantes bulles sonores, jolis et étranges chants qui se résolvent en petites explosions mouillées de graves écumes.
Les chemins de berges sont rythmés de pas rapides de moult joggers, qui font crisser le gravier des sentes, tout en soufflant rythmiquement – cheu/cheu..Cheu/cheu..Cheu/cheu… Puis des vélos discrets, et de simples marcheurs
conversant…
Sous une imposante trèmis, j’installe momentannément des sons aquatiques justement, et acousmatiques, autour du public, profitant des réverbérations locales – Petites séquence musicale décalée, qui fait son effet en venant réveiller l’oreille, la tirer vers d’autres ambiances à mi-parcours. l’expérience durant deux bonnes heures, il convient de varier les postures, les surprises, pour redynamiser de temps à autre, notre potentiel de promeneur écoutant.
Plus loin, ce sera la structure métallique d’une grue portuaire que nous ferons chanter à l’aide de baguettes frottantes, l’oreille des promeneurs collée à même la matière, qui nous offrira une série d’harmoniques amplifiées assez incroyables. L’expérience d’écoute à »oreille collée » avait déjà été faite sur un large portail et des grilles métalliques. Micro-musique des matières… Aller vers le détail habituellement inouï, passer de macro à de micro paysages auditifs.
Une clairière herbeuse accueil une fête, un rassemblement de motards. La musique amplifiée va rebondir sur les berges et les bâtiments d’en face, dans un effet d’écho/résonance des plus spectaculaires, pour notre grand plaisir d’écoutants.
Le matin, lors de l’ultime repérage, c’est un saxophoniste solitaire qui travaillait dans ce même endroit, des traits d’une musique résolument be-bop.
Nous passons sous un large pont en travaux. Ces derniers généraient lors du repérage matinal, d’incroyables cliquettis qu’hélas, je ne retrouverai plus cet après-midi. Mais c’est le quotidien de ces PAS, et j’en ai depuis longtemps pris mon parti. D’autres surprises viennent compenser.
Au terme de ce trajet riverain, une chute gronde sourdement, coupant radicalement la Seine tandis qu’une écluse permet aux embarcations de l’éviter.
Replongée dans les usines et entrepôts qui, en ce samedi après-midi, se sont en grande partie vidés, désertés, immergeant les lieux dans une torpeur, un assoupissement reforcé par une chaleur prégnante.
Nous longeons, via un étrange sentier, les voix des RER, que nous retrouvons et suivons cette fois-ci de très près, à l’approche de la gare de Vitry, notre point de chute. Notre marche est alors régulièrement scandée perturbée de passages de trains, à assez grande vitesse, qui nous assaillent dans une tempête de bruit zébrant l’espace d’éclairs d’acier. Nous ressentons une certaine insécurité, ou fragilité, face à ces monstres tonitruants, mais une expérience somme toute, et paradoxalement assez euphorisante.
En contrepoint à ces sonorités agressives, certains d’entre nous portent, et s’échangent des petits haut-parleurs qui distillent tout au long du groupe une douce méloppée, venant reconstruire une entité acoustique dans notre « procession sonore » qui arrive à son terme.
Rendus au théâtre, nous appréçions des rafraîchissements bien mérités. Je dis quelques mots sur les principes de l’écologie sonore, comme au terme de beaucoup de mes PAS. Après cette expérience de partage d’écoute, et les nombreuses scènes et ambiances acoustiques traversées, l’oreille saisit et entend généralement bien le message.
Cherchons ensemble, envers et contre tout, la belle écoute.

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NB : Le quartier des Ardoines à Vitry connait actuellement une vaste restructuration urbaine, classée Opération d’intérêt national (OIN), et inscrite dans des projets d’envergure du Grand Paris. Les balades urbaines en Ardoinais, y compris sonores, qui y sont menées, permettent de se mesurer au terrain sensoriellement, et de vivre ses transformations in situ.

Desartsonnants aime tout particulièrement placer l’écoute à l’intérieur de projets liés tant à de nouvelles formes de tourisme culturel, qu’à des problématiques d’aménagement du territioire.