Point d’ouïe à distance

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@photo Nicolas Frémiot

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Quand un virulent virus

met nos vies à distance

met nos écoutes à distance

de rues en fenêtres

et de fenêtres en rues

l’oreille en pavillon sanitaire

l’oreille en pavillon solitaire

celle de la quarantaine

qui entend bien les distanciations

les barrières auriculaires

se parler mais de  loin

s’écouter mais de loin

sans intime proximité

la voix ne sonne plus au creux de l’oreille

le chuchotement devient un geste trop proche

peut-être trop complice

comme un symbole d’infraction sociale

qui mettrait nos paroles hors de portée

dans une une résistance non tracée

d’un Big Brother qui vous écoute.

 

https://soundatmyndow.tumblr.com/

 

 

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°9 « variations covid-19 »

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Lieu :  A vos fenêtres, balcons, terrasses
Temporalité :  A votre choix
Participant (s): Solitaire
Milieu : Urbain ou rural
Spécificité : Une écoute bien cadrée et confinée

Actions immobile :
– Choisissez une fenêtre, un bacon, une terrasse, un coin de jardin
– En regardant au dehors, écoutez, imaginez que vous marchécouter
– Suivez des yeux des promeneurs, mettez vous à la place de leurs oreilles
– Réitérez cette expérience à différentes heures, autant de fois que bon vous semble
– Gardez l’expérience dans un coin de votre mémoire.

Variante 1, mobile
Effectuez un PAS – Parcours Audio sensible en mode solitaire, dans la limite d’une heure et du kilomètre réglementaire autour de chez vous, muni votre autorisation dérogatoire de sortie. Si les forces de l’ordre vous interpellent, prétextez la marche comme activité physique (en rapport avec la case cochée) si vous parlez de PAS – Parcours Audio Sensibles, on ne vous comprendra pas et vous vous exposerez à un amende. La marchécoute devient ici clandestine, et acte de résistance !

 

Entre temps, vous pouvez aussi écoutez vers d’autres fenêtres ouvertes, voire contribuer au projet « Fenêtres d’écoute/Listening windows ».

https://soundatmyndow.tumblr.com/

https://soundatmyndow.tumblr.com/archive

Points d’ouïe, une façon d’être au monde

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Confiné par cette crise sanitaire qui n’en finit pas de finir, dans une réflexion qui prend parfois, bon gré mal gré, des allures quasi monacales, la notion de point d’ouïe se pose encore, peut-être pour moi plus nécessaire que jamais.
Je creuse cette idée d’écoute, et de lieu et de posture d’écoute, comme un objet portant et maintenant une attention, voire une tension sur le monde environnant, dans tous ses balbutiements, ses incertitudes, ses tâtonnements et sans doute ses peurs d’un avenir plus incertain que jamais.
Des angles d’approche se dessinent.
Le point d’ouïe géographique, le point d’ouïe touchant à l’image, voire à l’imaginaire, et enfin celui qui se rattache à l’idée, à la pensée active développée par une écoute circonstanciée.

Point d’ouïe, de là où je suis, de là où j’écoute
La première approche, sans doute la plus évidente dans l’énoncé même du point d’ouïe, est pour moi celle d’un point d’écoute localisé, géographié, un Locus Sonus, pour reprendre le nom d’un laboratoire de recherche marseillais autour de la chose sonore et de ses mobilités.
La question est donc d’où est-ce que j’écoute ? Comment j’écoute, de là où j’écoute ? Et comment, de là où j’écoute, je peut parler de ce que j’entends, en terme de point d’ouïe ?
Quelles sont les circonstances, ou facteurs, critères, qui m’ont fait choisir tel lieu plutôt qu’un autre ? Un lieu avec lequel je m’entends bien. Qu’elle est la part d’arbitraire, de non maitrisé, d’hasardeux, en regard d’un choix délibéré, réfléchi, anticipé, dans la localisation d’un poste d’écoute, même temporaire et très bref ?
Sans doute peut-on penser que, selon les circonstances, les projets d’écoute, les lieux définis sciemment et ceux qui s’imposent plus ou moins naturellement, alternent et parfois se superposent même, en des cheminements mi-contrôlés, mi-spontanés.
Si l’on prend le cas d’un PAS – Parcours Audio Sensible, d’une marche d’écoute, les points d’ouïe viendront jalonner, entrecouper la déambulation, soit qu’is aient été repérés préalablement, soit qu’ils se présentent de façon quasi incontournable, par des aléas sonores méritant un arrêt sur image sonore.
En fonction du lieu, de son acoustique, de ses sources sonores, activités du moment, l’espace d’écoute que j’aurai décidé comme tel va donc faire entendre sa propre géographie acoustique, du topos et du tempus, là où, et au moment où.
Le point d’écoute, qu’il soit remarquable, emblématique, ou plutôt indifférencié, nourrit la curiosité auriculaire de l’écoutant. Il lui fournit un cadre, un là où je suis, qui permet peut-être de ne pas trop égarer l’oreille dans les méandres infinies des ambiances acoustiques, et parfois des saturations complexes.
Par exemple, la situation de confinement sanitaire, vécue à l’instant où j’écris ces lignes, impose des cadres assez strictes. Mes fenêtres, et parfois le court trajet de mon domicile au lieu où je vais faire mes courses. La situation est ici inédite, et de plus, dure suffisamment pour en devenir lieu d’itération où se comparent les jours qui passent, avec leur monotonie et leurs variations sans cesse renouvelées.
Une expérience du lieu-cadre comme point de référence, pivot et champs d’expérimentation, géographiquement prédéterminé par notre lieu de résidence, et/ou de confinement, est ici totalement inédite, et en cela inouïe.
Fort heureusement, cette expérience du point d’ouïe confiné, fortement contraint est, en tous cas espérons-le, exceptionnelle. Si elle nous pose, voire impose des cadres d’écoutes singuliers et de nouvelles façons de les penser, sa violence et sa durée ne sont pas choses faciles à vivre.
Lorsque nos oreilles retrouverons la liberté de choisir des lieux d’écoute extérieurs, gageons que nous apprécieront plus que jamais ces espaces retrouvés, sons y compris, même si certains redeviennent vite envahissants.
L’importance du « là où j’écoute », de la géographie embrasée par l’oreille, des ambiances intrinsèques à un lieu donné, des activités qui animent ce dernier, humaines, météorologiques ou animales, mettent l’écoutant au cœur du concert de la vie, qu’il soit selon les moments, harmonieux ou bruitistes, concertants ou déconcertants.
On pourrait se questionner, de façon plus systématique, à chaque poste d’écoute choisi, sur le pourquoi et le comment, les raisons qui ont motivé notre choix, et au final, si c’était ou non « le bon lieu », pertinent dans ses réponses auriculaires. Ces questions soulèvent des problématiques toposoniques qui sont très liées au domaine de l’affect, du subjectif, de l’interprétation de ressentis. elles restent ainsi difficiles à évaluer, d’un individu ou d’un lieu à l’autre par exemple. Elles sont à considérer sans doute comme des formes de récits propres à chaque écoutant, et aux climats locaux dans lesquels ll est plongé au cœur de tels ou tels espaces. Néanmoins, ses récits, ancrés dans des points d’ouïe spécifiques, circonstanciés, mis bout à bout, raconteront sans doute pertinemment une histoire de nos paysages sonores en marche, et par-delà, de notre société, Oh combien chaotique et complexe ces temps-ci.

Point d’ouïe, l’image et l’idée que je m’en fais
Je réécoutais il y a peu, des émissions consacrées à Pierre Schaeffer. Intarissable et cultivé, ce personnage qui a dépoussiéré notre façon d’entendre, et bien au-delà, inventer de nouvelles façons d’écrire avec des sons.
Lors de ces entretiens, il parlait régulièrement d’image sonore, comme l’ont entre autres fait François Bayle, Michel Chion, et bien d’autres.
Ces derniers qualifiaient ce qui sortait du haut-parleur, entre musique et ambiances sonores, d’image-de-son, comme des représentations de l’auditeur, représentations d’objets sonores ou musicaux, ou constructions d’un cinéma pour l’oreille.
La question que je pose ici comme postulat, est d’adopter ces modes perceptifs, représentatifs, en regard, ou plutôt en écoute du paysage sonore, et ce par l’entremise du cadre point d’ouïe.
Après avoir donc choisi un lieu, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, nous sommes donc parés pour l’écouter d’oreille ferme, acceptant ainsi toutes les représentations/images qui pourraient en découler.
Prenons l’exemple d’une posture d’écoute, physique, assez classique, dans des approches pédagogiques comme dans des expériences performatives sensibles, l’écoute en aveugle, yeux fermés, avec éventuellement un bandeau…
Le monde du sonore peut effectivement se priver de la perception visuelle, pour parfois entrer plus avant dans une écoute profonde, attentive, immersive.
Même si j’aime associer et corréler les perceptions visuelles et sonores, avec toutes leurs connivences et leurs décalages de champs/hors-champs, cette écoute en aveugle est souvent riche.
Si on prend comme posture d’écoute un mode blind listening, que ce soit en situation de point d’ouïe fixe ou de marche guidée, c’est notamment pour éprouver un peu plus fortement l’image sonore interne, mentale, qui va se substituer à celle du regard ponctuellement confisqué.
Supposons que je sois guidé, en aveugle, dans un lieu qui m’est inconnu, et que je me poste pour l’écouter, sans le voir.
A quoi vais-je me rattacher ? A des sources connues, reconnues, courantes, peut-être rassurantes?
Ou bien au contraire à des choses spécifiques, singulières, pas nécessairement identifiées, et delà questionnantes, si ce n’est inquiétantes ?
Ou encore à un mélange des objets et ambiances sonores que nous avons déjà cataloguées comme reconnaissables dans notre immense banque de sons, et de celles qui devant encore à l’être, donc ignorées, non identifiables.
Et dans quelles sens ces images audio-mentales, ces représentations acousmatiques seront -elles plus ou moins en phase avec une certaine « réalité » du paysage entendu ?
Notre cerveau, par l’occultation de l’un de ses sens, reconstruira t-il un monde crédible, ou se laissera t-il berné par des trompes-oreilles qu’il aura cru reconnaitre ?
Cherchera t-il une forme de véracité ou au contraire un imaginaire assumé, voire recherché, via peut-être des sensations synesthésiques associant sons, formes couleurs,de façon très symboliques ou plus ou moins abstraites… ?
N’étant pas versé dans les domaines de la neuro-perception, je n’ai pas de réponses, ni d’explications suffisamment étayées et fondées, par une approche scientifique, à ces questions, pas plus que des modèles d’analyse efficients sur les expériences sensorielles vécues.
Néanmoins, je peux décrire nombre d’images sonores, fortes, éprouvées lors de parcours d’écoute vécus.
Certaines semblent irrémédiablement gravées dans ma mémoire. Des perceptions d’espaces, de profondeur, des géographies palpables de l’oreille, qui sont durablement associées à des lieux bien précis, des événements, des moments d’actions collectives…
Lors d’un parcours nocturne, souvent propice à la fabrication d’images mentales, nous nous sommes retrouvés, un groupe d’une vingtaine de personnes, dans un champ herbeux, dominant une vaste combe, à nuit tombée, allongés dans l’herbe, yeux fermés, durant une bonne vingtaine de minutes. Un panorama sonore à la fois sobre et très riche s’offrait à nous. Grillons, oiseaux nocturnes, chiens et vaches au loin, parfois des bribes de musique d’un fête en contrebas… Un paysage sans moteurs, et avec une incroyable mise en espace des sources, des plans acoustiques, des réverbérations lointaines.Tout un monde bruissonnant dans notre tête, créant un théâtre acousmatique, et intrinsèquement des images auriculaires plein les oreilles. C’est en tout cas ce qu’il est ressorti des échanges post promenade, qui elle fut silencieuse, pour être d’autant plus habitée par les sons.
Des exemples comme cela, je pourrais en citer bien d’autres, dans lesquels un imaginaire dopé par une écoute collective se déroule comme un film, dans laquelle, chacun à sa façon sans doute, se déroule ses propres images au gré du point d’ouïe stimulant.
Si je contextualise ces images sonores au prisme des points d’ouïe actuels, et dans un contexte de pandémie qui nous confine et rend notre écoute forcément plus recluse, je vois nettement des changements se profiler.
Par exemple dans ces fameux rituels de vingt heures, où beaucoup de personnes se mettent aux fenêtres et balcons, pour applaudir une profession, huer des politiques, de nombreux champs cadrés et hors-champs viennent créer de nouveaux imaginaires. Je vois les voisins d’en face, et j’en entends beaucoup, à droite, à gauche, au-dessus, que je ne vois pas. J’imagine alors qui sont mes voisins aux casseroles ou applaudissements. Ces spots auditifs, très cadrés dans le temps et dans l’espace, convoquent des images sonores, et visuelles, tendant à remplir une sorte de vide des hors-champs de signifiés audibles.
il y a donc ce que j’entends, le signifiant auriculaire, et l’image et la représentation que je m’en fait, le signifié entendu.
Et le fait de penser un paysage sonore par points d’ouïe permet de réunir et d’activer plusieurs entités structurantes de l’écoute, tel le lieu et le moment comme cadres, les objets écoutés, et les représentations mentales, ou images sonores associées.

Au-delà de l’image que me suggère un point d’ouïe, il y a également le jugement critique que je pourrais porter sur un paysage ambiant au travers cette forme de protocole, ou de scénario de mise en écoute que j’installe par l’intermédiaire du point d’ouïe.
Associé à l’image d’un lieu, des notions d’analyse, de jugement, d’appréciation, émergent de façon inéluctable de ces écoutes installées.
L’idée d’esthétique, que j’ai déjà abordée précédemment entre en jeu. Beau, pas beau, insipide, remarquable… ? Affaire de goût, de culture, et sans doute d’affect du jour et de l’instant. La question du jugement esthétique reste sujette à controverse, d’accord pas d’accord, en parti d’accord… L’urbain peut-il combler les oreilles, ou les agressent t-il a l’envi ? La campagne peut-elle être belle a entendre, ou mortifère, en écoute par exemple de la paupérisation systématique de ses écosystèmes des plaines céréalières dévastées? Je ne rentrerai pas ici dans un débat trop souvent conflictuel. C’est sans doute pour cela que je pose souvent cette question « Et avec ta ville, ton quartier, ta rue, ton village… tu t’entends comment ? Approche certes toujours personnelle, discutable, mais plus ouverte que les dichotomies beau/laid, agréable/désagréable. Les demi-teintes et divergences y sont permises, si ce n’est souhaitées. Le tout restant influencé des affinités sur le vif, quiétude d’un instant, irritation d’un autre, le paysage sonore étant très versatile, les jugements pourront être, d’un moment à l’autre, changeants, contrariés, sans pour autant se contredire.
Mais je reviens ici à l’approche sociale d’un lieu d’écoute, qui elle aussi influera, et de façon très sensible, l’analyse d’une ambiance saisie en point d’ouïe. La posture d’écoute, notamment en espace public, est forcément marquée de la vie sociale ambiante, qui se déroule devant et autour de nos oreilles comme devant nos yeux. Sociale donc politique, au sens premier du terme, en rapport à la chose commune que les sons mettent en scène, parfois en exergue, dans une espace cadré de cité audible.
Cette réflexion prend d’ailleurs un sens tout particulier au cœur de ce confinement sanitaire, qui place les fenêtres ouvertes comme des points d’ouïe privilégiés, sinon obligés.
Donc je me poste, scrute de l’oreille, et sens les tensions, les violences, comme les moments plus apaisés, sinon des instants de quiétude.
Les sirènes, police, pompiers et ambulances, qui sillonnent inlassablement les cités sont des signaux souvent liés à des tensions, dangers, accidents, donc nous font entendre un paysage urbain plutôt stressant.
Dans les périodes de mouvements sociaux, et nous en vivons à répétition ces temps-ci, les cris, slogans, chants et musiques offrent une tonicité frondeuse, mais hélas trop souvent contrariée de heurts, violences, bruits de grenades et autres sonorités aux accents guerriers.
Le son est ici, plus que jamais, un marqueur de soubresauts sociétaux, entre liesses collectives contestataires, généreuses, désir de casser, et répressions, souvent démesurées.
Prendre le temps d’écouter la cité, c’est accepter que la ville politique nous saute aux oreilles, pour le meilleur et pour le pire.
Il ne s’agit plus là d’une image, d’impressions, même si elles sont toujours bien présentes, mais d’une écoute qui nous met en relation directe avec notre monde turbulent, et souvent nous pousse à prendre parti, à accepter, refuser, se retirer, rentrer dans la ronde…
Le point d’ouïe est pour moi étroitement lié au point de vue. Non pas le belvédère d’où je contemple, de loin, un beau panorama, mais celui de l’idée que je défends, parfois à chaud, face aux choses qui ne sont pas que vues, mais aussi entendues.
Un feu d’artifice et une répression à grand renfort de grenades lacrymogènes ne sonnent pas pareil, et surtout, ne s’entendent pas avec la même oreille.
Les points d’ouïe nous font entendre, et comprendre, voire juger un monde parfois emprunt de joie de vivre, mais aussi déchiré de violentes tensions, elles-même signes d’une séries de graves crises et dysfonctionnements parfaitement audibles.
Tendre l’oreille est aussi une façon de rester dans une dynamique d’écoutant actif, tendre l’oreille vers l’autre, et vers tous les signaux à même de nous faire percevoir les menaces multiples de notre époque.
Les points d’ouïe sont pour moi comme des radios ouvertes sur le monde, où via l’oreille l’écoutant à son mot à dire, et la place de se faire entendre.

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Points d’ouïe, fenêtres d’écoute, de l’extime à l’intime, une résistance

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Cela va faire maintenant presque cinq semaines que, dans mon confinement d’écoutant, j’ai lancé au gré des réseaux l’appel à contributions « Fenêtres d’écoute – Listening windows.
Et il est toujours actif, alimenté, commenté, au jour le jour.
Des sons bien sûr, mais aussi des photos, des textes, des vidéos, des points de vue et points d’ouïe.
Un riche collectage, qui part de la fenêtre de ma voisine d’en face, photographe et joueuse de louche et d’écumoire, mais aussi des quatre coins de la France métropolitaine, de Corse, Allemagne, Danemark, Suisse, Belgique, Tunisie, États-Unis, Québec, Italie…
Des diffusions et relais en Russie et ailleurs.
Des partenariats belges, européens…. (voir en pied d’article)
Bref, des sons qui se promènent, s’échangent, s’écoutent ici et là.
Des contributions uniques, ponctuelles et pour certaines journalières, en mode feuilleton et série.
Un récit qui se déroule, rebondit, s’auto-alimente, croise des géographies auriculaires et visuelles, communes et singulières.
Des rituels, tels les applaudissements de 20h en France, qui nous font mettre des visages des voix sur nos voisins d’en face.
Des envies de collaborations avec des artistes sonores, ou multimédia, ou autres, des idées de dispositifs, d’installations, des expérimentations…

Au-delà du projet en lui-même, ce sont des liens entretenus, ou repris, avec des personnes que j’ai croisées, avec lesquelles j’ai travaillé, échangé, sympathisé, voire avec qui une amitié s’est forgée au fil du temps.
Ce sont également de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges, de média comme d’idées, confortant un réseau qui, même à distance, s’agrandit par les sons écoutés de nos fenêtres ouvertes, ceux qui s’en échappent, vers l’espace public, comme ceux qui entrent dans nos sphères privées.
Des échanges, autour du son, mais également concernant des situations compliquées, parfois des craintes, des révoltes, des rêves, des impatiences, des colères, des amertumes, des désarrois, de l’humour ou de la tristesse…
Derrière ces échanges soniques, il y a une bonne dose d’humain.
Plus que je ne l’aurais pensé en lançant ce projet.
Et cela fait du bien dans ces périodes de solitudes confinées, de vies ralenties, d’empêchements à répétition.
Au travers ces échanges, il y a des ressentis, des émotions, qui sont véhiculés en filigrane dans les paysages sonores captés, dans les commentaires, dans les images et autres à-cotés.
Certains de ces extensions, très personnelles, resteront dans la sphère intime du privé des donneurs-receveurs, car dans des temps où nos libertés sont mises à mal, nos vies sous haute et insidieuse surveillance, tout n’est pas forcément à verser dans la sphère publique. Il nous faut garder entre nous des parts de sensible, d’émotionnel, qu’il serait sans doute indécent de partager publiquement, et qui donnent d’ailleurs aux échanges une profondeur accrue par des spontanéités avant tout humaines.

Jamais je n’ai autant ressenti le geste d’écouter comme un besoin d’altérité, mais aussi comme une sorte de filtre résistant à des discours présageant des lendemains pour le moins liberticides..

Vous êtes évidemment les bienvenus, ou re-bienvenus pour écouter, commenter, contribuer…

Partenariats avec Transcultures et les Pépinières européennes de création

Blog « Fenêtres d’écoute – Lisening windows »

Points d’ouïe percutés de vingt heures

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Dégâts collatéraux

quand une louche

une simple louche

une modeste louche

se fait instrument de percussions

battant sur casseroles

heurtoir sur écumoires

dans l’orchestre de vingt heures

à fenêtres ouvertes

elle se poque au fil des soirs

en perd de ses rondeurs

se bossèle bruyamment

s’aplatit nonchalamment

dans ses martèlements véloces

ses envolées trépidantes

volonté d’une main vigoureuse 

à percuter rituellement

les vingts heures bien sonnantes.

@photos Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

Fenêtres d’écoute – Listening windows

Point d’ouïe, comme un pesant silence

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Ici 

ma rue

déserte

désertée

abandonnée 

ou presque

quartier fantôme

ville fantôme

trottoirs fantômes

parfois secoués

en quelques minutes vespérales

de liesses passagères

ou d’un camion vrombissant

vomissant ses vivres

et chaque sons grinçants

ferraillant le trottoir

ronronnements de chambre froide

claquements de porte

prennent des proportions décuplées

si bien que même dans la durée

des gestes ralentis

des mouvements confisqués

l’oreille s’étonne encore

de ce quasi silence 

pesant

que nargue l’insolent soleil

et que les cloches perchées

animent sans scrupules

toniques scansions

bouffées d’oxygène auriculaires

ce printemps manque d’air.

 

@photo​ Blandine Rivière @texte Gilles Malatray

 

Fenêtres d’écoute – Listening windows – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Des 20 heures à nos fenêtres

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@photo Magali Babin

Chaque jour, nouveaux rituels de 20 heures, à ma fenêtre, ailleurs dans la ville, dans d’autres villes.

Applaudissements, cris, percussions ustensiles de cuisine, instruments, chacun y va de sa partition, se mêlant allègrement au charivari ambiant.

Dans le cadre de l’appel à contribution « Fenêtres d’écoute – listening windows » je recueille chaque jour de nouvelles ambiances.

J’ai décidé ce jour de commettre un petit montage, création sonore dédiée à ces rituels de 20 heures, point d’ouïe multiple brassant allègrement les géographies.

Avec la contribution de : Aurélie Pertusot (Berlin), Jeanne Schmid (Cugy, Suisse), Murielle Julliard (Genève), Karine Maussière (Marseille), David Rivière (Lyon 1er) et Gilles Malatray (Lyon 9e).

 

Points d’ouïe, Place de Paris charivaris

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Des ustensiles charivrisent

casseroles et écumoires

en fenêtres applaudissantes

tintamarres festifs

timbres de cuisines

non plus des ustensiles

mais de vraies percussions

instruments instrumentalisés

depuis longtemps déjà faiseurs de charivaris

dénonciateurs bruyants

montrant du doigt

à l’oreille

jamais il n’est bon de trainer des casseroles

et qui plus est retentissantes

 

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mais il y a aussi de la fête aux fenêtres

dans ses casserolades de 20h

entre mécontentements et soutiens

concerts et chahuts

retrouvailles confinées

on les ré-entend avec plaisir

de soir en soir

travaillant de nouveaux rythmes

se répondant parfois

l’orchestre est encore jeune

mais il gagne en dialogues

au gré des soirs chahutés

les casseroles se frottent à l’improvisation collective

sans même s’en douter

mêlées aux voix et claps concertants

que j’engrange au fil des jours.

 

@Fenêtres d’écoute – Listening windows avril 2020

 

Point d’ouïe, de l’écoute confinée à des formes de protocoles

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Troisième semaine de confinement sanitaire.
L’écoute reste toujours au centre de mes préoccupations, déchiffrant progressivement un paysage sonore ambiant, local pour le peu, cadré, transformé au fil des jours et des captations de ma fenêtre.
Tant et si bien que de nouvelles formes de protocoles se sont progressivement mises en place, s’adaptant à ces conditions pour le peu inhabituelles, avec leurs lots de contraintes, de restrictions, liées à des formes d’enfermements qu’il nous faut néanmoins gérer au jour le jour.

Répétitions et rituels temporaires comme socle de travail
Le fait de travailler dans un seul lieu, celui de son habitation, de ne plus avoir d’autres terrains d’action, d’inter-actions, d’autres contacts professionnels, de visu en tous cas, impose une forme de vie plus ou moins répétitive. On organise un emploi du temps qui tente de conserver des repères spatio temporels, on prend d’autres marques, et les sons qui nous parviennent de l’extérieur rythment ainsi nos journées sédentaires, y compris dans nos activités professionnelles.
Le soir à 20 heures, par exemple, un rituel récurrent devient un élément structurant de la journée, avec ses applaudissements, cris, casserolades de fenêtres en balcons. Rituel de retrouvailles entre voisins également. On s’habitue à des voix, devant, à gauche à droite, dessus… A des instruments bruitistes. On se fait des signes. Une forme de sociabilité se fait jour, grandement portée et exprimée par l ‘expression sonore, donnant une signature acoustique singulière au quartier, à la rue, signée mais jamais la même de soir en soir.
L’occasion pour moi de sortir les micros à heures régulières, et au « long court », en l’occurrence chaque soir depuis plusieurs semaines.
Une façon de collecter par itération, tentative d’épuisement aurait dit Pérec, par séries récurrentes.
Un rituel installé, enregistré, collecté, renseigné, et partagé au quotidien
Jamais je n’avais autant pris conscience de la façon dont la répétition pouvait enrichir l’écoute, quelque part rassurante aussi, car vivante, face à une répétition de chiffres annonçant quotidiennement des morts toujours plus nombreuses.
C’est un véritable socle de travail, qui confère une certaine solidité, voire une profondeur à mon écoute, surtout expérimentée dans la répétition, et dans la durée.
Pour illustrer ces constats, je viens d’ailleurs de me mettre à ma fenêtre, pour capter une fois encore ces ambiances de vingt heures, qui me font entendre les acoustiques de ma rue comme jamais je n’aurais pensé le faire, avec une attention toujours renouvelée, est une bienveillance réconfortante envers mes voisins solidaires.

Cadres d’écoute
Je parlerai ici de cadres d’écoute plutôt géographiques, même si la géographie en question est celle, relativement réduite, de mon appartement lyonnais.
Un cadre topologique, celui auquel je me poste pour écouter, regarder, respirer, sentir, la rue au bas de chez moi.
Un cadre dimensionné par les proportions d’une fenêtre, d’ailleurs assez imposante dans ce très ancien immeuble.
Un cadre orienté, plutôt sud-ouest, très ensoleillé en après-midi, donnant à droite sur une place et une église et à gauche sur un alignement routier conduisant vers la Saône, notre rivière/fleuve locale.
Bref un cadre qui cadre, et de ce fait, qui contraint l’écoutant à des dimensions et placements dans l’espace, lui donnant, bon gré mal gré, des barrières et horizons construits, ouverts et fermés par ces ouvertures en trouées de façades .
C’est ainsi que le protocole prend en compte ces données spatiales quasiment imposées, ou avec des variantes limitées. Non seulement prend en compte, mais qui plus est en joue.
Tout d’abord, j’ai opté pour le côté rue plutôt que celui jardin. Ce qui d’ordinaire n’est pas le cas, je préfère échapper au flux automobile en installant mon bureau tourné côté verdure. Aujourd’hui, devant l’effondrement sonore ambiant, je cherche une scène acoustique où la vie se fasse encore entendre, non pas comme si de rien n’était, ni ostensiblement, mais avec suffisamment de dynamique pour garder l’oreille alerte.
J’ai donc élu une fenêtre d’observation et d’écoute favorite, privilégiée. Elle donne sur des immeubles en face, pas trop loin des cloches de l’église, mais pas trop près non plus pour que, notamment à 20 heures, leurs sonneries n’écrasent pas trop les autres sons ambiants, cris, applaudissements et autres percussions.
Car cette fenêtre est aussi un point d’ouïe stratégique, remplaçant par ailleurs momentanément, mes rituels de banc d’écoute. Le protocole va bien évidemment considérer les points et les moments d’enregistrements combinés. Certains se feront au gré des aléas sonores, d’autres sur une série récurrente évidente, celle de 20 heures, dont j’ai déjà parlé ici. C’est donc la conjonction de l’endroit et du moment, mais aussi du matériel utilisé, et de la photo prise chaque soir, qui vont infléchir une certaine logique auriculaire, en lui donnant des points d’appui, de repère, de comparaison, au fil des jours qui s’allongent peu à peu, dans ce printemps confisqué.

L’ici et l’ailleurs, le dedans et le dehors
Malgré le cadre d’écoute réduit que j’évoquais précédemment, les technologies de réseau et de communication, via notamment l’internet, peuvent sensiblement élargir les champs de perception et d’échange.
En ce qui me concerne, la mise en place, au tout début du confinement, d’un appel à contributions autour de la thématique de l’écoute à la fenêtre – aux balcons- a tissé assez rapidement un réseau d’échange, alimenté par des prises de sons contextuelles venues de nombreux lieux. Des apports sonores, visuels, textuels ont permis de mailler des territoires à l’origine très différents, urbains ou ruraux, bien au-delà parfois du territoire national, contribuant dans un premier temps ouvrir des espaces auriculaires collectifs assez rafraichissants en temps de confinement.
Entendre et voir hors de chez moi, téléporter mon oreille et mon regard parfois loin, parfois tout près, envoyer en retour mes espaces d’écoute vers des géographies ouvertes, n’est finalement pas chose courante.
Les comparaisons s’effectuent à l’écoute, comment sonne une rituel de 20 heures dans plusieurs quartiers de Lyon, mais aussi de Marseille, Grenoble, Ajaccio, Paris ?
Comment chantent les oiseaux dans un jardins danois, français et québécois ?
Comment, chaque jour à 17 heures, un duo de photographe et de musicien auscultent-ils leurs rues parisiennes ?
Comment l’ailleurs se frotte à l ‘ici, s’y confond parfois, dans une sorte de global soundscape qui brasse les similitudes et les singularités ?
Comment tout cela peut prendre corps pour faire récit, récits à voix multiples, de cette période si bouleversée et bouleversante, au sens premier du terme ?
De nouveaux espaces, parfois virtuels, ou distanciés voient le jour. Des partenariats et collaborations s’échafaudent, entre artistes, chercheurs, aménageurs et citoyens, voisins ou non. Des projets post crise également, mais là, on ne peut guère préjuger du quand et du comment.
Les infos et les matières, circulent, se distribuent, sont remises en question, ou proposées comme objets de créations croisées, musées virtuels, espaces de co-constructions online, où se mêlent espoirs, prises de conscience, et inquiétudes, voire peurs sous-jacentes.
Bref, le monde s’adapte comme il peut, tendant des antennes ramenant de l’information, la triturant de différentes façons.
Des questions se posent aujourd’hui, au fil des protocoles adaptés in situ, mettant parfois le doigt là où ça fait mal.
La question de l’enfermement notamment me taraude.
Entendre dehors, entendre dedans, pouvoir passer de l’un à l’autre, sans contraintes, ou avec un minimum, ou bien être, pour différentes raisons, dans la situation de personnes empêchées.
L’écoute que je pose comme une fenêtre ouverte, doit garder, au mieux que possible, la capacité de maintenir, ou de créer du lien, pour échapper à certaines formes d’aliénations potentiellement dangereuses.
Rêves d’évasion entre les deux oreilles…

Lyon le 07 mars 2020

 

https://soundatmyndow.tumblr.com/

 

Un banc, point d’ouïe modifié

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Ceci est un banc

tout près de chez moi

un banc où

très souvent

je m’assois

j’écoute

je regarde

je lis

j’écris

je parle à des habitués

ou à des rencontres fortuites

un lieu de repos

parmi d’autres bancs

un point d’observation urbaine

d’observation curieuse

des choses répétées

des choses singulières

des aléas du moment

un point d’ouïe ittéré

un espace de tentative d’épuisement

comme une terrasse façon Pérec

une forme de rituel urbain

intervention minimaliste

prenant corps dans la durée

les rencontres causeries

ma présence qui s’installe

mais aujourd’hui

confinement sanitaire oblige

je l’ai déserté

lui préférant

dans mes rares sorties

une marche dégourdissante

ma fenêtre est alors devenue

l’erzatz d’un banc

momentanément inoccupé.

 

@Photo Blandine Rivière @texte Gilles Malatray