Points d’ouïe, une façon d’être au monde

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Confiné par cette crise sanitaire qui n’en finit pas de finir, dans une réflexion qui prend parfois, bon gré mal gré, des allures quasi monacales, la notion de point d’ouïe se pose encore, peut-être pour moi plus nécessaire que jamais.
Je creuse cette idée d’écoute, et de lieu et de posture d’écoute, comme un objet portant et maintenant une attention, voire une tension sur le monde environnant, dans tous ses balbutiements, ses incertitudes, ses tâtonnements et sans doute ses peurs d’un avenir plus incertain que jamais.
Des angles d’approche se dessinent.
Le point d’ouïe géographique, le point d’ouïe touchant à l’image, voire à l’imaginaire, et enfin celui qui se rattache à l’idée, à la pensée active développée par une écoute circonstanciée.

Point d’ouïe, de là où je suis, de là où j’écoute
La première approche, sans doute la plus évidente dans l’énoncé même du point d’ouïe, est pour moi celle d’un point d’écoute localisé, géographié, un Locus Sonus, pour reprendre le nom d’un laboratoire de recherche marseillais autour de la chose sonore et de ses mobilités.
La question est donc d’où est-ce que j’écoute ? Comment j’écoute, de là où j’écoute ? Et comment, de là où j’écoute, je peut parler de ce que j’entends, en terme de point d’ouïe ?
Quelles sont les circonstances, ou facteurs, critères, qui m’ont fait choisir tel lieu plutôt qu’un autre ? Un lieu avec lequel je m’entends bien. Qu’elle est la part d’arbitraire, de non maitrisé, d’hasardeux, en regard d’un choix délibéré, réfléchi, anticipé, dans la localisation d’un poste d’écoute, même temporaire et très bref ?
Sans doute peut-on penser que, selon les circonstances, les projets d’écoute, les lieux définis sciemment et ceux qui s’imposent plus ou moins naturellement, alternent et parfois se superposent même, en des cheminements mi-contrôlés, mi-spontanés.
Si l’on prend le cas d’un PAS – Parcours Audio Sensible, d’une marche d’écoute, les points d’ouïe viendront jalonner, entrecouper la déambulation, soit qu’is aient été repérés préalablement, soit qu’ils se présentent de façon quasi incontournable, par des aléas sonores méritant un arrêt sur image sonore.
En fonction du lieu, de son acoustique, de ses sources sonores, activités du moment, l’espace d’écoute que j’aurai décidé comme tel va donc faire entendre sa propre géographie acoustique, du topos et du tempus, là où, et au moment où.
Le point d’écoute, qu’il soit remarquable, emblématique, ou plutôt indifférencié, nourrit la curiosité auriculaire de l’écoutant. Il lui fournit un cadre, un là où je suis, qui permet peut-être de ne pas trop égarer l’oreille dans les méandres infinies des ambiances acoustiques, et parfois des saturations complexes.
Par exemple, la situation de confinement sanitaire, vécue à l’instant où j’écris ces lignes, impose des cadres assez strictes. Mes fenêtres, et parfois le court trajet de mon domicile au lieu où je vais faire mes courses. La situation est ici inédite, et de plus, dure suffisamment pour en devenir lieu d’itération où se comparent les jours qui passent, avec leur monotonie et leurs variations sans cesse renouvelées.
Une expérience du lieu-cadre comme point de référence, pivot et champs d’expérimentation, géographiquement prédéterminé par notre lieu de résidence, et/ou de confinement, est ici totalement inédite, et en cela inouïe.
Fort heureusement, cette expérience du point d’ouïe confiné, fortement contraint est, en tous cas espérons-le, exceptionnelle. Si elle nous pose, voire impose des cadres d’écoutes singuliers et de nouvelles façons de les penser, sa violence et sa durée ne sont pas choses faciles à vivre.
Lorsque nos oreilles retrouverons la liberté de choisir des lieux d’écoute extérieurs, gageons que nous apprécieront plus que jamais ces espaces retrouvés, sons y compris, même si certains redeviennent vite envahissants.
L’importance du « là où j’écoute », de la géographie embrasée par l’oreille, des ambiances intrinsèques à un lieu donné, des activités qui animent ce dernier, humaines, météorologiques ou animales, mettent l’écoutant au cœur du concert de la vie, qu’il soit selon les moments, harmonieux ou bruitistes, concertants ou déconcertants.
On pourrait se questionner, de façon plus systématique, à chaque poste d’écoute choisi, sur le pourquoi et le comment, les raisons qui ont motivé notre choix, et au final, si c’était ou non « le bon lieu », pertinent dans ses réponses auriculaires. Ces questions soulèvent des problématiques toposoniques qui sont très liées au domaine de l’affect, du subjectif, de l’interprétation de ressentis. elles restent ainsi difficiles à évaluer, d’un individu ou d’un lieu à l’autre par exemple. Elles sont à considérer sans doute comme des formes de récits propres à chaque écoutant, et aux climats locaux dans lesquels ll est plongé au cœur de tels ou tels espaces. Néanmoins, ses récits, ancrés dans des points d’ouïe spécifiques, circonstanciés, mis bout à bout, raconteront sans doute pertinemment une histoire de nos paysages sonores en marche, et par-delà, de notre société, Oh combien chaotique et complexe ces temps-ci.

Point d’ouïe, l’image et l’idée que je m’en fais
Je réécoutais il y a peu, des émissions consacrées à Pierre Schaeffer. Intarissable et cultivé, ce personnage qui a dépoussiéré notre façon d’entendre, et bien au-delà, inventer de nouvelles façons d’écrire avec des sons.
Lors de ces entretiens, il parlait régulièrement d’image sonore, comme l’ont entre autres fait François Bayle, Michel Chion, et bien d’autres.
Ces derniers qualifiaient ce qui sortait du haut-parleur, entre musique et ambiances sonores, d’image-de-son, comme des représentations de l’auditeur, représentations d’objets sonores ou musicaux, ou constructions d’un cinéma pour l’oreille.
La question que je pose ici comme postulat, est d’adopter ces modes perceptifs, représentatifs, en regard, ou plutôt en écoute du paysage sonore, et ce par l’entremise du cadre point d’ouïe.
Après avoir donc choisi un lieu, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, nous sommes donc parés pour l’écouter d’oreille ferme, acceptant ainsi toutes les représentations/images qui pourraient en découler.
Prenons l’exemple d’une posture d’écoute, physique, assez classique, dans des approches pédagogiques comme dans des expériences performatives sensibles, l’écoute en aveugle, yeux fermés, avec éventuellement un bandeau…
Le monde du sonore peut effectivement se priver de la perception visuelle, pour parfois entrer plus avant dans une écoute profonde, attentive, immersive.
Même si j’aime associer et corréler les perceptions visuelles et sonores, avec toutes leurs connivences et leurs décalages de champs/hors-champs, cette écoute en aveugle est souvent riche.
Si on prend comme posture d’écoute un mode blind listening, que ce soit en situation de point d’ouïe fixe ou de marche guidée, c’est notamment pour éprouver un peu plus fortement l’image sonore interne, mentale, qui va se substituer à celle du regard ponctuellement confisqué.
Supposons que je sois guidé, en aveugle, dans un lieu qui m’est inconnu, et que je me poste pour l’écouter, sans le voir.
A quoi vais-je me rattacher ? A des sources connues, reconnues, courantes, peut-être rassurantes?
Ou bien au contraire à des choses spécifiques, singulières, pas nécessairement identifiées, et delà questionnantes, si ce n’est inquiétantes ?
Ou encore à un mélange des objets et ambiances sonores que nous avons déjà cataloguées comme reconnaissables dans notre immense banque de sons, et de celles qui devant encore à l’être, donc ignorées, non identifiables.
Et dans quelles sens ces images audio-mentales, ces représentations acousmatiques seront -elles plus ou moins en phase avec une certaine « réalité » du paysage entendu ?
Notre cerveau, par l’occultation de l’un de ses sens, reconstruira t-il un monde crédible, ou se laissera t-il berné par des trompes-oreilles qu’il aura cru reconnaitre ?
Cherchera t-il une forme de véracité ou au contraire un imaginaire assumé, voire recherché, via peut-être des sensations synesthésiques associant sons, formes couleurs,de façon très symboliques ou plus ou moins abstraites… ?
N’étant pas versé dans les domaines de la neuro-perception, je n’ai pas de réponses, ni d’explications suffisamment étayées et fondées, par une approche scientifique, à ces questions, pas plus que des modèles d’analyse efficients sur les expériences sensorielles vécues.
Néanmoins, je peux décrire nombre d’images sonores, fortes, éprouvées lors de parcours d’écoute vécus.
Certaines semblent irrémédiablement gravées dans ma mémoire. Des perceptions d’espaces, de profondeur, des géographies palpables de l’oreille, qui sont durablement associées à des lieux bien précis, des événements, des moments d’actions collectives…
Lors d’un parcours nocturne, souvent propice à la fabrication d’images mentales, nous nous sommes retrouvés, un groupe d’une vingtaine de personnes, dans un champ herbeux, dominant une vaste combe, à nuit tombée, allongés dans l’herbe, yeux fermés, durant une bonne vingtaine de minutes. Un panorama sonore à la fois sobre et très riche s’offrait à nous. Grillons, oiseaux nocturnes, chiens et vaches au loin, parfois des bribes de musique d’un fête en contrebas… Un paysage sans moteurs, et avec une incroyable mise en espace des sources, des plans acoustiques, des réverbérations lointaines.Tout un monde bruissonnant dans notre tête, créant un théâtre acousmatique, et intrinsèquement des images auriculaires plein les oreilles. C’est en tout cas ce qu’il est ressorti des échanges post promenade, qui elle fut silencieuse, pour être d’autant plus habitée par les sons.
Des exemples comme cela, je pourrais en citer bien d’autres, dans lesquels un imaginaire dopé par une écoute collective se déroule comme un film, dans laquelle, chacun à sa façon sans doute, se déroule ses propres images au gré du point d’ouïe stimulant.
Si je contextualise ces images sonores au prisme des points d’ouïe actuels, et dans un contexte de pandémie qui nous confine et rend notre écoute forcément plus recluse, je vois nettement des changements se profiler.
Par exemple dans ces fameux rituels de vingt heures, où beaucoup de personnes se mettent aux fenêtres et balcons, pour applaudir une profession, huer des politiques, de nombreux champs cadrés et hors-champs viennent créer de nouveaux imaginaires. Je vois les voisins d’en face, et j’en entends beaucoup, à droite, à gauche, au-dessus, que je ne vois pas. J’imagine alors qui sont mes voisins aux casseroles ou applaudissements. Ces spots auditifs, très cadrés dans le temps et dans l’espace, convoquent des images sonores, et visuelles, tendant à remplir une sorte de vide des hors-champs de signifiés audibles.
il y a donc ce que j’entends, le signifiant auriculaire, et l’image et la représentation que je m’en fait, le signifié entendu.
Et le fait de penser un paysage sonore par points d’ouïe permet de réunir et d’activer plusieurs entités structurantes de l’écoute, tel le lieu et le moment comme cadres, les objets écoutés, et les représentations mentales, ou images sonores associées.

Au-delà de l’image que me suggère un point d’ouïe, il y a également le jugement critique que je pourrais porter sur un paysage ambiant au travers cette forme de protocole, ou de scénario de mise en écoute que j’installe par l’intermédiaire du point d’ouïe.
Associé à l’image d’un lieu, des notions d’analyse, de jugement, d’appréciation, émergent de façon inéluctable de ces écoutes installées.
L’idée d’esthétique, que j’ai déjà abordée précédemment entre en jeu. Beau, pas beau, insipide, remarquable… ? Affaire de goût, de culture, et sans doute d’affect du jour et de l’instant. La question du jugement esthétique reste sujette à controverse, d’accord pas d’accord, en parti d’accord… L’urbain peut-il combler les oreilles, ou les agressent t-il a l’envi ? La campagne peut-elle être belle a entendre, ou mortifère, en écoute par exemple de la paupérisation systématique de ses écosystèmes des plaines céréalières dévastées? Je ne rentrerai pas ici dans un débat trop souvent conflictuel. C’est sans doute pour cela que je pose souvent cette question « Et avec ta ville, ton quartier, ta rue, ton village… tu t’entends comment ? Approche certes toujours personnelle, discutable, mais plus ouverte que les dichotomies beau/laid, agréable/désagréable. Les demi-teintes et divergences y sont permises, si ce n’est souhaitées. Le tout restant influencé des affinités sur le vif, quiétude d’un instant, irritation d’un autre, le paysage sonore étant très versatile, les jugements pourront être, d’un moment à l’autre, changeants, contrariés, sans pour autant se contredire.
Mais je reviens ici à l’approche sociale d’un lieu d’écoute, qui elle aussi influera, et de façon très sensible, l’analyse d’une ambiance saisie en point d’ouïe. La posture d’écoute, notamment en espace public, est forcément marquée de la vie sociale ambiante, qui se déroule devant et autour de nos oreilles comme devant nos yeux. Sociale donc politique, au sens premier du terme, en rapport à la chose commune que les sons mettent en scène, parfois en exergue, dans une espace cadré de cité audible.
Cette réflexion prend d’ailleurs un sens tout particulier au cœur de ce confinement sanitaire, qui place les fenêtres ouvertes comme des points d’ouïe privilégiés, sinon obligés.
Donc je me poste, scrute de l’oreille, et sens les tensions, les violences, comme les moments plus apaisés, sinon des instants de quiétude.
Les sirènes, police, pompiers et ambulances, qui sillonnent inlassablement les cités sont des signaux souvent liés à des tensions, dangers, accidents, donc nous font entendre un paysage urbain plutôt stressant.
Dans les périodes de mouvements sociaux, et nous en vivons à répétition ces temps-ci, les cris, slogans, chants et musiques offrent une tonicité frondeuse, mais hélas trop souvent contrariée de heurts, violences, bruits de grenades et autres sonorités aux accents guerriers.
Le son est ici, plus que jamais, un marqueur de soubresauts sociétaux, entre liesses collectives contestataires, généreuses, désir de casser, et répressions, souvent démesurées.
Prendre le temps d’écouter la cité, c’est accepter que la ville politique nous saute aux oreilles, pour le meilleur et pour le pire.
Il ne s’agit plus là d’une image, d’impressions, même si elles sont toujours bien présentes, mais d’une écoute qui nous met en relation directe avec notre monde turbulent, et souvent nous pousse à prendre parti, à accepter, refuser, se retirer, rentrer dans la ronde…
Le point d’ouïe est pour moi étroitement lié au point de vue. Non pas le belvédère d’où je contemple, de loin, un beau panorama, mais celui de l’idée que je défends, parfois à chaud, face aux choses qui ne sont pas que vues, mais aussi entendues.
Un feu d’artifice et une répression à grand renfort de grenades lacrymogènes ne sonnent pas pareil, et surtout, ne s’entendent pas avec la même oreille.
Les points d’ouïe nous font entendre, et comprendre, voire juger un monde parfois emprunt de joie de vivre, mais aussi déchiré de violentes tensions, elles-même signes d’une séries de graves crises et dysfonctionnements parfaitement audibles.
Tendre l’oreille est aussi une façon de rester dans une dynamique d’écoutant actif, tendre l’oreille vers l’autre, et vers tous les signaux à même de nous faire percevoir les menaces multiples de notre époque.
Les points d’ouïe sont pour moi comme des radios ouvertes sur le monde, où via l’oreille l’écoutant à son mot à dire, et la place de se faire entendre.

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Écoute voir ! Le Locle, Point d’ouïe, Point de vue

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©photo Jeanne Schmid

En résidence avec Jeanne Schmid, à Luxor Factory, Le Locle cité Neuchâteloise dont l’urbanisme horloger est classé au patrimoine Mondial de l’Unesco, nous posons une écoute et un regard croisé sur le site investi, arpenté au pas à pas.

Le Locle, Point d’ouïe, Point de vue

Aborder une ville par les sens, cherchant son essence, dans tous les sens, c’est l’arpenter pour tenter d’en lire des lignes fortes, directrices, saillantes ou sous-jacentes.

Après un temps de tâtonnements, errances, déambulations, hésitations, hypothèses, nous appréhendons Le Locle via trois axes qui nous semblent pertinents, si ce n’est évidents.

Il s’agit pour nous de retranscrire des parcelles de vie, de respirations, d’évolution d’une ville en mouvement perpétuel, d’en capturer des instants, fragments, paysages, au travers le filtre de nos pratiques artistiques. La ville et ses activités, ses habitants, ses industries, vivantes ou disparues, ses pratiques collectives, est le vivier de notre investigation, de notre récit en construction.

Comme dans tout récit, les traces du passé, du présent, et certainement d’un imaginaire assumé, d’une fiction audio-visuelle, tissent une petite histoire du Locle, à notre façon.

Le flux, le temps, l’impermence sont les trois lignes fortes que nous posons d’emblée comme fils conducteurs.

La ville flux est une ville sans cesse traversée de flux, aquatiques ou autres.

– Une rivière souterraine, une trentaine de fontaines, des moulins enterrés, la pluie parfois… L’eau est une quasi constante, structurante ici

– Les flux humains qui traversent la ville, flux de pas et de voix.

– Flux de voitures, dont les chuintements se mêlent parfois à ceux de l’eau.

La ville temps s’impose au Locle, un point fort de l’horlogerie, de la micromécanique de précision, du décolletage, avec sa quarantaine de fabriques. La mesure du temps qui passe, du présent et du passé est sans cesse rappellé au promeneur, via notamment l’urbanisme horloger (site classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco).

En regard de notre première approche, le temps est également un flux, de celui qui marque l’histoire d’un lieu, entre passé présent et vision d’avenir.

La ville impermanence, c’est la ville qui bouge, qui connaît une succession d’incendies, démolissions, qui se fissure par endroits, subit des affaissement, écroulements. Les transformations sont permanentes, déconstructions et reconstructions. La ville est chantier, son impermanence la fait résistante aux flux comme au temps qui passe, et lui assure une résilience vitale.

 

Autour du flux, Fontaines Locloises, notre première production à quatre mains, quatre yeux et quatre oreilles. 

Vidéo Jeanne Schmid, son Gilles Malatray

Points d’ouïe, Points de vue et fils d’écoute

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Aujourd’hui, je tente de tirer des fils entre quelques focales telles que l’écoute, la marche, la cartographie, les audio-data (in situ comme dans la galaxie numérique).
Arpenter un territoire, en capter des ressources (sonores), les organiser comme objets d’étude et/ou de création artistique, les jouer, rejouer in situ, les cartographier pour les mixer ici ou là, du local au mondial, hybrider des savoir-faire, en ébaucher d’autres…
De la recherche action, au corps des paysages, comme dans des laboratoires, amphithéâtres et ateliers décentrés, jusque dans les archipels de réseaux numériques, de l’arpentage au cloud, en passant par le papier, la matière, la rencontre humaine, surtout…
Avec l’oreille guide pour ne pas (trop) se perdre.
Un exemple en chantier, qui cherche des lieux de résidence, recherche/action, partenariats, pour tisser et partager sa toile d’écoute : https://drive.google.com/file/d/1yKET80WF_aLEjPaSiTwhrYwWMD1tlsxD/view?usp=sharing

POINTS DE VUE, POINTS D’OUÏE ET ORIENTATION

PAYSAGES ORIENTÉS – BELVÉDÈRES – BELLES-ÉCOUTES

 

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La notion de l’orientation, de tables d’orientation, de panoramas, de belvédères – littéralement belle vue – me questionne régulièrement par rapport à l’écoute.

Un point de vue remarquable est-il (toujours) en adéquation, en résonance avec un point d’ouïe, qui serait lui aussi remarquable ?

Peut-on orienter l’écoute ? Et si oui comment ?

Quelle est la part de manipulation sensorielle qui pourrait insidieusement inscrire le regard (et/ou l’écoute), dans une catégorisation restreinte du beau, ou d’un beau commun totalement préfabriqué ?

Et ce questionnement m’amène juste à la délicate question d’une certaine quête identitaire, que se pose également l’artiste photographe Mathieu Farcy, dans le travail autour du « Paysage orienté ».

Ce sont quelques questions, dont certaines récurrentes dans mon travail, qui jalonnent et construisent une réflexion, ici alimentée et en tous cas fortement réactivée par la découverte de ce magnifique travail photographique de Mathieu Farcy.

http://www.mathieu-farcy.fr/portfolio/-belvederes/

 

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POINT D’OUÏE – PARCOURS AUDIO SENSIBLE À LYON

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AGERA

Balade sonore en presqu’ile lyonnaise, le 22 octobre 2015

Je vous relate ici une déambulation écoute, un PAS – Parcours Audio Sensible, jalonné de Points d’ouïe, avec une vingtaine d’étudiants de Grandes Ecoles, via l’AGERA (Sciences po Grenoble, ENTPE, ESAM et Ecole d’architecture de Lyon…), et Nomade Land. Ils sont allemands, chinois, croates, espagnols, anglais… et sont là pour découvrir Lyon autrement. Certains ont choisi l’histoire, le patrimoine, la gastronomie, le street art… Ce groupe là a chois! de d’écouter Lyon, en tous cas une partie de sa presqu’ile, centre urbain névralgique.

Le temps est très beau, les lumières d’automne magnifiques. Nous sommes partis pour environ deux heures trente de marche, entre la place Bellecour et celle des Terreaux, via moult chemins de traverses.

Ecouter, regarder, découvrir l’hyper centre de la cité lyonnaise, de façon un brin décalé, constitue donc le programme de cet après-midi.

J’ai décidé de montrer, et autant que possible de faire entendre, à la fois les aménagements et architectures emblématiques, rue de la République, espace piéton haussmanien incontournable, les grandes fontaines, le passage de l’Argue, galerie marchande couverte fin XIXè, le Palais Saint-Pierre, musée des Beaux-arts, l’Hôtel de ville, le musée de l’imprimerie et sa cour intérieure renaissance, l’église des Cordeliers… Le Lyon historique et patrimonial en quelque sorte. Mais j’ai aussi la perspective d’explorer des endroits décalés, insolites. La traversée d’un super marché par le rayon parfumerie (odeurs en sus), le hall d’entrée d’un cinéma, un manège pour enfant, un parking souterrain, des travaux… Un Lyon moins habituel, surtout si l’attention se porte (aussi) sur les sons.

Je joue sur la surprise, la diversité, parfois le jeu, la posture, l’étrangeté des situations, et surtout, les coupures et changements assez rapides qui nous permettent d’appréhender un centre ville, entre intérieurs/extérieurs, grands espaces et lieux resserrés, nobles, monumentaux, historiques ou triviaux, sombres ou lumineux, bruyants ou calmes…

Quelques moments forts.

Un panneau routier qui vibre très longtemps lorsqu’on le frôle, semblant animé d’un quasi mouvement perpétuel, rythmique, sonore, dans une sorte d’impasse visuellement très intéressante de par ses perspectives diverses.

Une belle engueulade des plus sonores sur un chantier.

Le silence et la magnifique acoustique de l’église des Cordeliers.

Le calme et la sérénité architecturale de la cour intérieure du musée de l’imprimerie. Anecdote : ayant installé dans ce lieu quelques sons alentours, ces derniers venant gentiment troubler l’espace acoustique, une première responsable de l’établissement vient me demander ce que nous faisons là. Après avoir tenter de lui expliquer le but de notre promenade, elle me dit que la prochaine fois, il serait bien de demander une autorisation officielle pour ce genre d’intervention. Pour la petite histoire, elle m’a déjà fait la même requête un an auparavant, lors d’une promenade similaire avec l’AGERA. Peut-être me résoudrais-je un jour à faire les choses dans les clous… Une deuxième vient me questionner, trouve la démarche très intéressante et, curieuse, reste un peu avec nous pour écouter son propre lieu de travail. Nul n’est prophète en son pays, oreille comprise.

Autres surprises, une véritable collections de sons aquatiques, les fontaines, petites ou monumentales, se posant comme une série de jalons sonores ruisselantes au travers la ville. Avec l’une d’entre elle, toute petite et toute mignonne, encastrée dans un angle de rue, nous jouons avec des objets d’écoutes divers à ausculter ses glougloutis, mais aussi les espaces environnants.

Puis, c’est l’imposant hall d’accueil, ancien réfectoire des moines, du Palais Saint-pierre, musée des Beaux Arts, et sa superbe acoustique, révélée au fil des pas et des voix des visiteurs. Une halte acoustique et visuelle absolument incontournable, avant que de découvrir son superbe jardin, oasis de fraîcheur et de calme très apprécié des lyonnais comme des touristes.

Nous longeons une école maternelle donc le préau et la cours donnent sur une rue très étroites, très minérales, ceinte de hauts et anciens bâtiments. Les voix des enfants en récréation prennent une joyeuse et tonitruante place !

Bouquet final, le niveau moins 7 du parking des Célestins. Des sons cathédrales, une semi obscurité,l’espace ébranlé de voitures qui tournent longuement au-dessus de nos têtes, dans une rampe hélicoïdale, pour rejoindre l’air libre, et l’imposante sculpture en miroir de Buren qui vient fragmenter les lieux par un magique kaléidoscope. Une alliance de sons et de lumières, d’acoustiques et d’architecture qui clôt joliment notre parcours.

C’est la fin d’une balade assez silencieuse, entre nous en tous cas, très peu de paroles échangées, mais une belle communion sensorielle, un groupe soudé via l’écoute. Objectif atteint !

PS : Un très grand merci à Marylou Petot, qui m’a accompagné lors de ce parcours, pour ses prises de sons et photos !

Diaporama ici

En écoute ici

POINTS D’OUÏE ET POINTS DE VUE CROISÉS

L’œil écoute et l’écoute regard

ListenToYourEyes

Un point d’ouïe seul

jamais ne se suffira

je recherche à l’envi

une synchronie de l’œil

et de l’ouïe brassés

rencontres transmédiales

d’un lieu et d’un moment

d’idées et de personnes

où les sens conversent

où les sens convergent

où les sens divergent

où l’essence persiste

j’espère émoustiller

dans des duos sensibles

un espace partiel

ou bien intersticel

paysages partagés

dialogues concertants

aussi déconcertants

contrepoints tricotant

du voir et de l’entendre

représentations croisées

du sonore multiple

contaminé de lumière

d’images rémanentes

et de formes mêlées

symphonies syntones

d’accords en vibrations

en couleurs et en sons

représentations fragiles

de singuliers ressentis

arpentage à la marge

de territoires piétonniers

synesthésies convoquées

expériences du réel

mâtinées d’écritures

qui s’aventurent hardies

sur des terres d’échanges

erratiques complicités

ou itinéraires concertés

duos d’écoutes rétiniennes

duos de visions sonifiées

duos d’écoutants regardants

duos de regardants écoutants

il me faudrait sans compter

combattre l’hégémonie

d’un absolu sens unique

d’une pensée sens unique

d’une écriture sens unique

ne pas m’enfermer marri

dans de tristes tours dorées

chercher en périples humains

en des marches urbaniques

le regard de l’autre

comme force d’écrire

comme force de vivre.