Points d’ouïe – Installer l’écoute, de l’expérience aux récits

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

Premier PAS – Parcours Audio Sensible public de ma résidence auvergnate « Installer l’écoute – Points d’ouïe »

Il s’agit de mettre en pratique l’intitulé de la résidence, en arpentant, oreille aux aguets, corps réceptacle sonore, et aussi bien entendu producteur, acteur, joueur, improvisateur selon les moments.

Un groupe d’écoutants de diverses pratiques, éducation, graphisme, danse, architecture, pour la plupart déjà rompus à l’exercice de la marche sensible.

Et des sentiers, prairies, une église, des sites préalablement repérés, et déjà marchés/dansés par plusieurs.

Faire corps avec les sons, expérimenter et installer l’écoute, en faire récit, trois visées principales de cet atelier.

Premières mises en oreilles, calibrage tympanesque, quelques gestes, des directions d’écoute, des visées auriculaires, et nous partons grand chemin petits sentier vers de soniques aventures.

Partir en silence, installer le silence de même que l’écoute, et nous le garderons sur une grande partie du trajet. une communauté éphémère, silencieuse, en tous cas par la parole communiquante. 

Traversée d’une rivière. Sur le pont, nous essayons quelques postures d’écoute pré-testées, pour faire entendre le fil de l’eau ondoyante sous toutes ses coutures, ou presque.

Un sentier en sous-bois, vent, oiseaux, rivière en contre-bas, qui s’éloigne, passe de gauche à droite, et se rapproche selon les détours caminés; quelques motos et quads, pas vraiment les bienvenus, heureusement, ils ne monteront pas vers nous et se feront très rares au fil de la journée.

Nous investissons un beau petit pré ouvert, chacun y trouve sa place, son point d’ouïe, un positionnement de corps écoutants qui maille l’espace instinctivement mais joliment.

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

Des pierres qui sonnent, percutées, nous sommes dans la régions des phonolites qui, comme le nom l’indique, sont bien sonnantes, toutes désignés à musicaliser le chemin de percussions minérales.

Un autre espace de jeu s’ouvre à nous, au dessus de la rivière qui gronde par une percée, vers un contrebas aquatique.

Sthétoscopes ou stéthophones, longue-ouïe, on gratte, effleure, tapote, vise, improvisons chacun son concert intime, au creux de l’oreille. Les gestes exploratoires sont beaux à regarder, comme une sorte de ballet lent et silencieux, dans l’esprit de la structure qui m’accueille « Danser l’espace ». 

Espace danse au gré des sons, parfois dense, parfois moins, parfois peu, très aéré, fugace.

Des troués de vent, d’autres d’oiseaux, des guetteurs rapaces criards tournoient plus haut, des scènes au détour du sentier qu’il nous suffit de capter pour nourrir ce qui fait du paysage écouté, une véritable installation sonore à ciel ouvert.

Un triangle de verdure, espace idéal pour ajouter quelques sons parfaitement exogènes, urbains, venant titiller, décaler la scène acoustique. Un transport d’une ville vers cette forêt, surprise de ce facétieux chamboulement, cependant éphémère et discret, à l’échelle des oreilles écoutantes.

Une cupule sanctuaire ornée d’ex voto, dont nous respecterons le calme.

Passage de cyclistes et saluts.

Des voix chuchotantes, ou parlantes, les nôtres, qui se jouent des lieux en distillant onomatopées et bribes de phrases, mots parsemés, éclatés, impromptus.

Passage pentu, rocheux, le son de la respiration se fait plus présent.

Débouché sur un oppidum surmontant le village. Point haut. La vue s’ouvre. Une assez grande clairière herbeuse, un tilleul ancestral, majestueux, un petit cimetière dans l’enclos d’une église fortifiée. 

Le cadre inspirant de nouvelles expériences à portée d’oreilles, et de corps.

Pique-nique, le lieu s’y prête à merveille, entre sustentations et échanges nourris de l’expérience de chacun.

Reprise exploratoire, le cimetière et des lectures épithaphiques improvisées.

L’église romane et sa remarquable acoustique, idéale pour des jeux vocaux et percussifs. nous n ‘y manquerons pas.

On tuile, entrechoque, joue des grincements, souffles, cris et autres productions qui s’entremêlent dans un liant architectural  très réverbéré. 

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

On écoute aussi.

Aller-retours oreille, voix, gestes, dans un écrin sonore qui donne envie de jouer encore et en corps avec les sons les plus impromptus. Et de ce côté là, les promeneurs.euses du jour ne manquent ni de ressources, ni d’imagination.

Extérieur.

Jeux de marche, gravier, escaliers, recoins…

Devant nous, un belvédère, point de vue et d’ouïe panoramique par excellence, la vue et l’écoute à 180°.

Une ferme en contrebas, percussions métalliques de réparations agricoles.

Un tracteur au loin, dont on perçoit distinctement des cliquetis de sa herse, beaucoup plus que le moteur, qui le rendent bel objet musical.

Postures en surplomb, la vue parfois en désaccord avec les sons, parfois en concordance.

@photo France Le Gall – Danser l’Espace

Là encore, une invitation à s’attarder, se laisser happer par le soleil, généreux, les ambiances  lascives.

Le descente libère la parole.

Échanges sur le statut des sons selon les écoutes, ce qui fait groupe dans cette marche, ou ailleurs, les sons, le silence interne, la marche comme écriture œuvrée,  les synesthésies partagées…

De retour sur une terrasse toujours ensoleillée, quelques butins, délicats végétaux, exposés, et à nouveaux auscultés, dont en vedette, une bogue bien piquante de châtaigne… 

La petite magie des sthétophones qui courent sur les surfaces les plus variés, des cheveux, et aussi à la recherches des cœur battants, littéralement.

Une dernière séance d’écoute, en intérieur. 

Qu’est ce qui, dans les traces enregistrées, cueillies, fait paysage sonore, du plus figuratif, carte postale, au plus abstrait, où la matière sonore s’est diluée dans d’improbables manipulations, triturages, ou l’impression prime sur l’image ? 

Et ce que l’on a recueilli du jour, comment réécrire un paysage post marché, post écouté, post vécu ?

Des dessins, graphismes, fiches, cartes mentales commentées, ou plutôt racontées.

Des textes nés in situ et lus, parmi d’autres récits.

Des questions sur le faire ou le défaire paysagers, entre expériences esthétiques, militances écologiques, et sociabilités en écoute, celles du prêter attention, du prendre soin, du mieux être.

Une belle journée d’expérientiel s’achève.

A suivre…

Installer l’écoute…

@photo France Le Gall – Danser l’Espace
En écoute : Installer l’écoute – Expériences audio-paysagères
En écoute : Installer l’écoute, récits

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Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

PAS – Parcours Audio Sensible, où l’oreille nous mène en bateau

Digital Camera

Lyon Vaise est un quartier historiquement emblématique du 9e arrondissement de Lyon.

Qui plus est, celui où j’habite, depuis plus de 20 ans.

Donc celui où je me promène très souvent, oreilles à l’affût, ou non.

Celui aussi où je teste des choses, parcours, postures, matériels, dispositifs, rencontres…

Hier, avec Greg, un activiste sonore avec qui nous partageons beaucoup de points d’ouïe communs, nous déambulions dans un parcours que j’apprécie pour sa diversité auriculaire; gare dehors/dedans, parkings résonnants, stade immersif, pont à échos multiples, promenade aménagée en rives de Saône…

Bref, un petit panorama, ou sonorama urbain.

Mais hier, un inédit auriculaire pour moi, et une belle surprise au final.

Celui ci se passa sous le pont Schumann, que je qualifie de pont à échos, générateur de multiples et superbes effets en audio-miroirs, qui me rappellent ceux excités dans le Haut-Jura. Bref, un incontournable site auriculaire remarquable de mon quartier, de ceux que je nomme volontiers Point d’ouïe, un vrai !

Comme à l’accoutumée, nous jouons longuement, sous le tablier du pont, avec ses magnifiques réponses,  ou bribes de réponse en écho. ÉHO, ÉCHOS, HOOOOO, HÉEEEEE, et des claquements de mains et autres jeux audio interactifs dont on ne se lasse pas… Nous jouons comme les enfants le font spontanément en passant sut une  voûte, un tunnel, ou tout autre endroit résonant.

Notre jeu tirant à sa fin, alors que nous apprêtons à repartir, arrive une imposante péniche descendant la rivière en direction du Rhône.

Une de ces immenses barges transportant du sable, propulsée par une cabine juchée sur un énorme moteur diesel aux teufs-teufs lents, puissants, rythmant l’espace de graves entêtés.

Nous entendons clairement la trajectoire de la péniche, arrivant de notre droite, puis s’engageant lentement sous le pont. Arrive le moment où la cabine moteur, tout à l’arrière du bâtiment, se trouve progressivement au centre du pont, face à nous. Et là, la puissance sonore et rythmique du moteur est incroyablement amplifié, remplit l’espace,  nous immerge dans une vague sonore irrésistible.

Mais plus surprenant encore, à un moment donné, alors que nous voyons la péniche passer devant nous, nous l’entendons clairement, dans un effet de bascule, derrière nous, contre le mur du pont, auquel nous tournons le dos. Si ce phénomène acoustique est assez courant dans certains passages voûtés, il est ici magnifié par l’échelle du lieu, par la puissance des sonorités du moteur, de quoi à perdre, un instant durant, tout repère auditif. Lorsque la péniche s’éloigne du pont, nous l’entendons à nouveau, logiquement, à notre gauche, là où elle se trouve vraiment, hors de l’illusion acoustique qui a berné un instant nos oreilles.

Pour faire suite à cette mini symphonie fluviale, un phénomène de batillage vient clore cette scène auriculaire d’un bel effet de stéréophonie ping-pong. Des remous, vaguelettes, et presque vagues, provoquées en son sillage par le passage de cette énorme péniche viennent battre les rives. Le mot batillage est d’ailleurs joliment expressif à l’oreille. Clapotis, bruissements, éclaboussements, écumes, tout un jeu de bruits blancs, humides, mouvants. Tout d’abord à droite du pont, sur des avancées immergées, puis à gauche, puis retour à droite, puis gauche… L’oreille ballotée par une stéréophonie dans une forme d’échos latéral cette fois-ci, changement dépaysant de l’axe d’écoute.

Décidément, ce dessous de pont que je pensais bien connaître de l’oreille, n’a pas finit de me révéler ses singularités acoustiques pour le moins étonnantes.

Je tente de vous décrire cette scène sans support audio, n’ayant pas, une fois de plus, d’enregistreur à portée de main. Je doute cependant que les micros, même les meilleurs binauraux, aient pu reconstituer l’effet d’inversion sonore au passage de la péniche, ou alors en trichant un brin via une diffusion quadriphonique, en bougeant les sons vers les haut-parleurs arrières pour reconstituer cette sensation de trompe-l’oreille. Les jeux de la technologie peuvent parfois nous en faire entendre de toutes les couleurs sonores, des plus crédibles aux plus improbables, même si ces dernières existent bel et bien.

Frustré de ne pas avoir de trace audibles, je me suis promis de revenir avec un enregistreur, et un siège pliant, pour capter différentes sources de bateaux en tous genres, petits ou gros, et en saisir les probables différents effets acoustiques sous ce pont à échos. Reste à savoir comment les faire entendre dans leur facultés immersives et dans leurs mouvements capricieusement spatialisés.

Point d’ouïe – Un paysage sonore ?

Tout d’abord,
à l’origine,
un paysage sonore,
ça n’existe pas,
et puis,
ça s’entend,
comme une musique,
ça s’arpente,
ça s’écoute,
ça se partage,
ça se raconte,
ça se construit,
ça s’installe,
et finalement,
ça existe bel et bien,
à chaque oreille tendue,
à chaque chose entendue 

PAS -Parcours-Audio-Sensible, la tourbière de Nanchez, Parc Naturel Régional du Haut-Jura

A l’invitation du Parc Naturel Régional du Haut-Jura, nous explorons de l’oreille un superbe site de tourbières, prairie humide, où faune et flore locale, activités rurales, lumières et autres ambiances font que les yeux et les oreilles sont à la fête !

Nous effectuons un parcours en boucle d’environ 3 km, une première fois pour le repérage, et deux autres en invitant le public à tendre l’oreille alentours.

Trois périodes de marche découpent l’après-midi, 13.30/15.00 – 15.30/17.00 et 18.30/20.00.

Ces traversées à différentes heures nous permettent de suivre l’évolution acoustique, mais aussi lumineuse, et globalement sensorielle du site, ce qui n’est pas toujours facile à expérimenter sur un même lieu et parcours.

La première boucle, un repérage préalable, est réalisée à deux personnes seulement, moi et Laurane, mon accompagnatrice, chargée de mission pour la conservation, la valorisation et la labèlisation de la tourbière. Connaissant parfaitement le terrain, elle me fait découvrir (presque) tous les secrets des lieux, faune, flore et autres singularités locales. 

Nous croisons un duo de chercheurs effectuant un relevé enthomologique, essentiellement des orthoptères et des papillons. Si les premiers sont clairement audibles, certains pour une oreille exercée, les seconds sont gracieusement silencieux, et commencent d’ailleurs à se faire rares en cette fin d’été.

Des activités agricoles, rythment la combe, une faneuse tractée met en roules le regain de foin coupé d’une prairie voisine, avec des ferraillements, cliquettements, parfaitement audibles.

Une route en milieu de pente, sur le versant opposé, est traversée de moteurs, discrets mais bien présents, n’envahissant cependant pas trop le paysage. Dès que nous descendons au creux de la combe, dans la zone humide, les moteurs disparaissent de notre champ auditif.

Nous nous saluons respectivement avec des promeneurs croisés en chemin.

Nous activons de la voix et d’une petite trompe des échos, caractéristiques à ces topographies de moyenne montagne, et en particulier au massif jurassien qui en compte de nombreux et de très impressionnants par le nombre de répétions, la puissance, la netteté de leurs réponses… En fond de combe, il faut allez les chercher avec beaucoup d’énergie acoustique, si nous montions à flancs de coteau, et mieux encore sur la ligne de crête, ils gagneraient fortement en présence et vélocité.

Sur le chemin de fond de combe, versant opposé, nous entendons clairement la voix de promeneurs, adultes et enfants, malgré les quelques centaines de mètres qui nous séparent; une caractéristique acoustique, en effet miroir, propre à cette topologie de moyenne montagne, qui plus est parfois accentuée par le sol calcaire, et le gruyère des phénomènes karstiques propres au Haut-Jura.

Des hameaux épars se signalent par quelques aboiements canins.

Un petit troupeau de vaches ensonnaillées, enclochatées dit on ici, fait entendre discrètement clarines et sonnailles, signature acoustique jurassienne, comme en d’autres espaces montagnards. 

Nos pas crissent sur les cailloux du sentier, avant que de résonner discrètement sur le patelage en bois qui traverse le chœur de la tourbière, évitant aux pieds indisciplinés de saccager cet espace Oh combien fragile, tout en en faisant découvrir les milles et unes beautés aux visiteurs.

Un couple de milans royaux semblent nous surveiller de haut, jouant majestueusement des courants ascendant, et poussant de temps à autre des cris brefs, touant l’espace de leurs fusées criardes.

Un épervier chasse, pialliant de temps à autre, nous attendons une belle piquée qu’il ne fera pas vraiment. 

La tourbière abrite de nombreux oiseaux, parfois discrets, furtifs, qui vont et viennent autour de nous.

Les insectes bourdonnent à loisir en cette chaude journée estivale. Certains se montrent un brin agressifs en fin de journée…

La cloche de Prénovel Les Piards, juchée sur un promontoire à quelques centaines de mètres,  ponctue joliment notre cheminement

Je me familiarise avec cet environnement si riche et bruissonnant, mais où aucun son n’est vraiment envahissant, voire où il faut tendre l’oreille pour pénétrer l’intimité foisonnante de ce paysage sonore tout en douceur.

Cette première boucle, entre chaleur du sentier traversant un léger pli anticlinal et fraicheur (parfois relative) de la tourbière enchâssée en fond de combe, à la végétation luxuriante, me plonge dans le bain sonore de Nanchez. Un vrai ressourcement après une période plus urbainement citadine !

La deuxième boucle, vers 15.30, se fera avec un petit groupe, trois personnes.

Je commence par dire quelques mots concernant le paysage sonore, l’écologie acoustique, la marche sonore – ou plutôt silencieuse ici – dédiant ces promenades écoutes à Murray Schafer, tout récemment disparu. Puis je lirai un texte, que je trouve magnifique, de Vinciane Despret, sur la nécessité de prêter attention au paysage (sonore) qui nous entoure, de façon à ne pas accélérer la disparition de la musique des lieux, et notamment celle des chants d’oiseaux.

Nous pratiquons une petite série de jeux d’écoute, yeux fermés, pour calibrer et mesurer le potentiel de nos oreilles, bien plus grand qu’il n’y parait de prime abord.

Comme l’essentiel de mes PAS, notre déambulation se fera en silence, pour laisser toute la place aux sons de la tourbière.

Un peu plus loin, je viendrai chahuter (gentiment et discrètement) le paysage ambiant en y installant de façon très éphémère, quelques sons exogènes, qui frotteront des ambiances africaines et francomtoises, avant que de retrouver l’équilibre résiliant et quiet du milieu ambiant.

Puis, dans un autre espace, j’inclurai  quelques tintements de mini cloches tubulaires, carillonnant en douceur, pour faire écho aux « vraies » sonnailles, celles de la colline d’en face.

En milieu d’après-midi, les promeneurs sont nombreux, ils rythment le cheminement de voix et sont de piétinements cailloutés, de rires et de bougonnements d’enfants, de chiens haletants, de bonjours partagés…

La présence de l’activité agricole est toujours bien présente, sur la même prairie, mais il s’agit cette fois d’une botteleuse laissant entendre ponctuellement des chocs sourds de bottes de foin recrachées, tombant sur la prairie comme de grosses déjections sonores, constellant le pré de rouleaux prèts à être engrangés. Un feuilleton agricole…

Les milans sont toujours là, plus discrets, apparaissant et disparaissant rapidement de notre vue.

Les éperviers aussi, toujours en chasse.

Un pic épeiche tambourine ponctuellement des troncs, cherchant un casse-croute d’insectes.

La circulation automobile est beaucoup plus présente, trop présente sans doute sur le chemin du haut, elle tend à gommer des sonorités plus fragiles, insectes, clarines, aboiements lointains, voix… 

Elle s’estompe fort heureusement lorsque nous descendons dans le creux de la zone humide.

Cette boucle sera la plus habitée et bruissonnante de la journée comme un acmé sonore, non pas assourdissante, loin de là, mais néanmoins très tonique en regard, ou en écoute de l’ambiance globale du site.

La troisième et dernière boucle, à 18.30, accueillera une dizaine de personnes.

Elle sera construite sur un déroulé analogue aux précédentes, si ce n’est que les postures, haltes sur des points d’ouïe, mini installation et jeux  d’écoutes seront, comme toujours, tributaires des événements sonores rencontrés, si discrets soient-ils.

Le fait d’avoir un groupe plus important, avec un nombre quasi optimum dans ce genre de marches sensorielle, modifiera grandement l’ambiance de notre déambulation, où l’on sentira une énergie palpable, collective, partagée, dans une écoute profonde.

La qualité du silence installé parmi nous, naturellement, spontanément, sans injonction ni consigne le montrera plus que toute autre parole.

Quand aux sonorités rencontrées, là encore, une atmosphère très différente des deux précédentes déambulations sera nettement perceptible, plus apaisée, laissant place à des sons jusque là moins discernables, gommés par d’autres sonorités.

Les sons de l’activité agricole auront disparu, laissant une place plus grande à ceux discrets de proximité, où à ceux que l’éloignement rend plus ténus.

Les milans ne feront qu’une brève et discrète intervention, comme pour nous saluer une dernière fois.

Les oiseaux de bosquets sembleront, et sans doute l’étaient-ils, plus présents, plus volubiles dans leurs piaillements et déplacements furtifs.

Nous ne rencontrerons que quelques très rares promeneurs en toute fin de parcours.

Une corne assez aigüe, brève et stridente, se déplaçant entre maisons et hameaux éloignés, peut-être le klaxon d’un marchand ambulant, déjà perçu lors de la précédente sortie, animera le paysage, faisant joliment sonner les échos alentours.

Les insectes bourdonneront de plus belle.

Les aboiements de chiens se découperont nettement sur la colline adjacente.

La cloche de l’église sera mise en évidence, sans pour autant s’imposer, dans un juste équilibre acoustique avec les lieux.

Et surtout, le petit troupeau ensonnaillé nous paraitra beaucoup plus présent, plus proche, accompagnant très agréablement notre retour de ses sonorités cristallines.

La lumière-même, étirant nos ombres, mettant en valeur des couleurs pré-automnales de la tourbière, et un ciel bleu qui prend une profondeur teintée de blanc et de rouge, marquera en les ciselant  les reliefs arborés. Ces atmosphères lumineuses se marient à merveille avec l’écrin sonore feutré et bienveillant du site.

Une ambiance tissée d’aménités paysagères, assez envoutante, nous immergera dans des espaces dont il est au final difficile de s’extraire en fin de parcours.

Comme à chaque fin de périple, la parole libérée, le silence rompu, nous échangerons nos ressentis, impressions, questions vis à vis des caractéristiques sonore du site, du massif, et de ce qui constitue au final un paysage sonore, fragile, que nous construisons de l’oreille. Une scène acoustique propre à chaque lieu, chaque moment, et sans aucun doute chaque écoutante et écoutant.

Une belle journée audio-jurassienne se termine, un brin fourbu des kilomètres parcourus et de l’attention portée vers les sons paysagers, le groupe, notre propre perception, mais heureux de cette nouvelle expérience in situ…

Des images et des sons, une multitude de ressentis, qui s’ajouteront à une collection d’expériences sonores s’ancrant progressivement dans une mémoire sensible que la marche tend à fixer solidement par la mémoire kinesthésique, celle du corps en mouvement.

Et une envie toujours plus grande de repartir au plus vite à l’écoute d’autres contrées à déchiffrer et à défricher collectivement de l’oreille.

Remerciements au Parc Naturel du Haut-Jura pour son invitation, et tout particulièrement à Laurane, ma guide accompagnatrice, pour sa gentillesse, le partage de son expérience et de son amour communicatif du le site arpenté de concert.

Point d‘ouïe – Traversée n° 6 – Paysages sonores contextuels, écoutes contextualisées

Point d’ouïe Bastia – Zone Libre – Festival des Arts sonores

Tout acte, tout geste, toute pensée, sortis de leurs contextes, n’ont plus guère de sens. On constate même que la décontextualisation, parfois utilisée de façon biaisée pour interpréter un texte par exemple, est un outil de désinformation pernicieux.

Le contexte, fût-il celui d’un paysage sonore, via le geste d’écoute qui le fera exister, est aussi bien spatial, de là où j’écoute, que temporel, du moment où j’écoute, mais aussi liée à une foule d’interactions – ce qui se trouve dans mon champ d’écoute, ce qui s’y passe, les acteurs qui y agissent, le temps qu’il fait, les circonstances géopolitiques du moment…

Autant dire qu’on n’échappe pas à la relation contextuelle qui influe nos pensées, actions, dans un lieu et à un moment donné, voire en amont et en aval.

Ce serait à mon avis un peu présomptueux, voire un brin dangereusement inconscient. Une forme de déni démiurgique qui quelque part, nous couperait du monde, de ses turpitudes comme de ses aménités.

Faut-il pour autant prendre cela comme une chose acquise, et faire « comme si de rien était », voire comme si on était parfaitement maitre de toute création sonore, qui serait un objet indépendant et imperméable au milieu qui la voit naitre ?

Mieux vaut s’en doute examiner de près le contexte, pour faire en sorte que la création, par exemple en espace public, se joue de se dernier, se fondant aux lieux, questionnant l’instant, frottant les usages et les choses croisées in situ, quitte à proposer des situations ludiques décalant nos sens du contexte habituel et « prévisible ». Sans doute me direz-vous, nous sommes des messieurs Jourdain en puissance, recontextualisant sans cesse nos moindre faits et gestes sans le savoir, ou sans en mesurer la portée. Dans ce cas, un homme, et qui plus est un artiste avertit en vaut deux dit-on.

Mais justement, recontextualisons ce texte, en recadrant ce qui nous préoccupe ici, à savoir le paysage sonore et l’écoute, ou vice et versa.

Si je prends des pratiques qui me sont chères, telles le parcours d’écoute sous forme de PAS – parcours audio Sensibles, la captation d’ambiances environnementales, dite en termes techniques le field recording, ou phonographie, la création sonore issue de ces pratiques, dédiées à des espaces spécifiques… la contextualité des projets parait évidente.

Encore faut-il savoir de quoi relève ces évidentes évidences.

Choisir un lieu et un moment pour écrire et faire vivre un parcours d’écoute, c’est tenir compte de ses propres singularités.

Est-il une réserve ornithologique, un espace maritime où se tiennent des marées de grandes amplitudes, un parc urbain accueillant différentes manifestations culturelles et artistiques, une zone portuaire… A chaque cas, nous poserons pieds oreilles et micros de façon circonstanciée, avec des rythmes d’approches permettant de saisir au maximum les signatures acoustiques, un matériel de captation ad hoc, un moment de la journée ou de la nuit favorable à de belles écoutes.

Si cela peut nous paraître évident, pour autant, faute d’arpentages, de lectures, de rencontres, qui n’a jamais un jour eu le sentiment d’avoir raté le bon rendez-vous, d’avoir fait choux blanc, ou d’avoir eu l’impression de passer à côté de quelque chose, peut-être de l’esprit-même du lieu ?

Arriver en forêt trop tard pour jouir de l’heure bleue, ne pas être là où se déroulent les événements sonores recherchés, autant de déconvenues liées à de mauvaises contextualités, de notre fait ou non, la chose sonore escomptée n’étant pas toujours fidèle au rendez-vous, là et quand on l’attend.

Une pluie diluvienne, une crise sanitaire, une panne technique, peuvent remettre en cause tout un plan d’action pourtant soigneusement échafaudé, préparé, à la virgule près.

Plusieurs choix alors, renoncer et réitérer notre action quand les circonstances et le contexte seront plus favorables, si possible, ou changer notre fusil, ou enregistreur d’épaule, nous adaptant à des circonstances a priori négatives, pour les transformer en un contexte fertile dans sa forme inattendue, inentendue. Sérendipité aidant.

De même pour un PAS. Les réactions du groupe, ce qui va se produire d’inhabituel, les conditions climatiques, et bien d’autres aléas contextuels, vont infléchir notre façon d’écouter, de marcher, de proposer telle ou telle posture collective, bref, d’écrire spontanément le parcours en fonction de ce qui compose le paysage, et des événements qui le modifient sans prévenir.

Un artiste marcheur écoutant plus ou moins aguerri, ayant préparé son parcours en prenant en compte un maximum de données contextuelles plus ou moins « stables » – la topologie, les aménagements territoriaux, le climat saisonnier « moyen », le contexte historique des lieux, les usages et fonctions de des derniers… saura, à défaut de maitriser l’ensemble des paramètres, jouer entre les caractéristiques locales, et les imprévisibles toujours possibles.

Contextualiser un projet, un événement, n’est pas envisager toutes les variations et perturbations possibles, ni encore moins l’enfermer dans une trame immuable, quoiqu’il advienne.

C’est au contraire connaître suffisamment le contexte, les sources auriculaires, les acoustiques, les rythmes de modes de vie, les récurrences festives ou sociales… pour pouvoir se laisser des marges de manœuvres qui apporteront la fraicheur et une certaine inventivité du spontané.

Le contexte et tous ses imprévus sont nos alliés, dans l’arpentage jusque dans la création sonore qui s’en suit, son installation, sa médiation.

L’ignorer, ne pas suffisamment le mesurer, en calquant par exemple des modèles d’interventions ne prenant pas en comptes le contexte dans ses côtés spatio-temporels, sociétaux , c’est s’exposer à passer à côté de plein de choses, à paupériser grandement nos objectifs initiaux, y compris dans les relations humaines intrinsèques.

La contextualisation d’une écoute partagée, d’un territoire sonore in progress, n’est pas (qu’) une série de contraintes, mais aussi la possibilité stimulante de jouer avec le(s) potentiel(s), y compris le(s)pus improbable(s), d’un lieu et d’un moment.

PAS _ Parcours Audio Sensible à Saillans (Drôme)
BZA – Festival « Et pendant ce temps là les avions »

Carte de points d’ouïe

Deux villages accolés.
Luz Saint-Sauveur d’un côté de la rivière Le Bastan.
Esquièze Sère de l’autre.
Des Points d’ouïe.
Des bancs d’écoute.
Des promenades.

Cliquez sur la carte, quelques points d’ouïe

Puis cliquez sur les points pour en savoir plus

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Points d’ouïe, Points d’eau

Digital Camera

Au fil des ondes luzéennes

Récit de résidence audio Paysagère pyérénéenne.

Avec toute une bouillonnante, écumante matière sono-aquatique, un paysage se met en place doucement.
Il raconte, à sa façon, à ma façon, désartsonnante, un petit périple de Luz Saint-Sauveur à Gavarnie et alentours.
Il parle d’une haute vallée montagneuse, celle des Gaves de Pau, qui a bien voulu me laisser capturer des sons de ses nombreux cours d’eau.
Torrents et cascades, dans tous leurs états, ou presque.
Un corpus de sons assemblés, truiturés, dessinant un lieu imaginaire issu de plusieurs lieux, bien réels eux.
Tenter de montrer la diversité.
Tenter de montrer la puissance.
Tenter de montrer la douceur.
Imaginer les reflets ondoyants par des moirages sonores.
Imaginer un cheminement aux gré de rives creusées à même la montagne.
Imaginer la montagne environnante, puissante.
Imaginer la voix des eaux qui écument les vallées, dévale les falaises, s’assoupit dans des creux.
Ceci n’est pas une rivière, ni un torrent, ni une cascade, mais ce que j’en entend, ce que j’en écris, ce que j’en invente, ce que j’en raconte.

Onirisme compris.

->

Écoute au casque conseillée

Album Photos

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Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Merci à Béatrice Darmagnac de m’avoir si gentiment guidé vers ces écoutes bouillonnantes

Points d’ouïe, les voix de la ville

Mais c’est quoi ce son là ?
Celui qui colle à mes pas
celui qui colle à mes oreilles ?
Ce son là ?
Mais ce sont les voix de la ville.
Le son de la ville qui chante
comme de celle qui déchante.
Mais si on l’écoute bien, des fois, il enchante.
Mais oui, il l’enchante, mais ouïe !
Après, faut coller l’oreille, à la ville.
Faut coller l’oreille à l’asphalte chaud
qui a peut-être emprisonné le bruit des pas passants
pas gravés dans une mémoire du sol
gravées en vibrations figées mais re-jouables
faut coller l’oreille aux murs transpirants de poussière
des fois qu’ils se souviennent
faut coller l’oreille aux chantiers
ceux qui n’en finissent pas de déconstruire
ceux qui n’en finissent pas de reconstruire
faut coller l’oreille aux passants
ceux qui n’en finissent pas de passer
passer en devisant
ceux qui n’en finissent pas de passer
passer en silence
faut coller l’oreille au passé
passé enfoui
celui qui suinte par les fissures
fissures des industries en friche
des maisons abandonnées
des terrains vagues
des vagues terrains
aujourd’hui tous barricadés
sans cris d’enfants aventuriers
des espaces indéfinis
ou non finis
où se perdre l’oreille
rares espaces
retenant des couches audibles en strates sonores
de celles qui explosent en bulles
qui explosent presque muettes
faut coller l’oreille aux fontaines aussi
celles qui s’ébrouent en flux liquides
quitte à noyer ou en perdre le bon entendement
faut coller l’oreille aux métros
ceux qui font vibrer la ville
la ville du dessous j’entends
il faut plonger dans le bruit des chaos
il faut plonger dans le murmure des oiseaux nocturnes
il faut plonger nuitamment dans un parc livré aux auricularités noctambules
il faut suivre les vibrations des souffleries essouflantes
il fait espérer que la cloche nous maintienne entre trois géographies soniques
celle du haut aérienne
celle du bas terrienne
et celle de l’entre-deux hésitante
il nous faut jouer des lieux
ceux discrets
et ceux tapageurs
passer de l’un à l’autre
et de l ‘autre à l’un
mixer les chemins d’écoute
histoire de dérouter l’esgourde
de désorienter le pavillon
d’émouvoir les écoutilles
et pourquoi pas !
Il faut trouver le lieu ad hoc
le banc d’écoute où l’oreille peut se déployer
où l’oreille peut se tendre
où l’oreille peut se détendre
Il nous faut marchécouter la cité
se fier aux ambulations bordées de sons
et s’en défier sans doute
praticien de dérives à en perdre le sens de l’Orient à sons
quitte à virer de bord
sonique instinct…

Point d’ouïe, croque-notes impromptu

Hier soir, un peu avant 19.00, une belle et surprenante scène d’écoute, s’est jouée.
Je suis assis sur un banc, ce qui chez moi est courant, sur une place où jouent de jeunes enfants sous la surveillance de leurs parents.
L’air est frais, mais il fait beau, et de magnifiques lumières inondent le quartier.
Le décor est posé, action !
Un jeune est homme est assis sur un banc, pas très loin du mien.
Il sort une trompette de son boitier, et joue, de douces phrases bien swinguées, interrompues de moment de silence.
Il a un belle technique, des phrasés qui laissent deviner une pratique d’assez bon niveau.
C’est donc très agréable à entendre.
Les enfants et parents s’arrêtent pour profiter de ce concert inattendu.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
D’une fenêtre d’un immeuble voisin, une autre trompette se fait entendre.
Elle égraine des thèmes de Star Wars.
Le trompettiste du banc, surpris, regarde qui lui répond de sa fenêtre.
Les autres écouteurs en font de même.
Surprise, c’est un enfant d’une dizaine d’années qui se prête au jeu.
S’installe un dialogue, jam session à distance, de banc à fenêtre, de fenêtre à banc.
Les trompettistes jouent à tour de rôle, s’écoutant, laissant des instants de silences, de respiration.
Celui au banc reprend les thème lancés par celui à la fenêtre, les faisant swinguer dans de modestes mais fines improvisations.
L’échange est surprenant, rafraichissant, revigorant.
Les auditeurs de cette fin de soirée applaudissent.
Un accordéon, débutant lui aussi apparemment, viendra se joindre, d’une autre fenêtre, à cet ensemble improvisé.
Moment étonnant, et qui réchauffe le cœur comme les oreilles, dans cette pénurie ambiante de musique live.
Merci à ces protagonistes d’un instant, à ce public bon public, merci au hasard des choses.
Je me dis que mince, je n’ai pas d’enregistreur pour pérenniser le moment.
Et puis je me dis que, de toute façon, un enregistrement aurait eu bien du mal à faire ressentir la magie de cet instant suspendu; alors tant pis, je vous le raconte, tel que je l’ai vécu.

Un brin d’écoute

Installer et partager l’écoute
un brin de musique
de sonore
d’architecture
de poésie
d’urbanisme
de danse
de récits
de politique
d’arts en espace public
de parcours
d’expérimentation
de brassage
de théâtre
d’images
d’hybridation
de rencontres
de notes
de partage
de bonne humeur
d’écologie
d’écosophie
d’action
de recherche
de nomadisme
d’amitié (beaucoup)
d’imagination
d’humilité
de transmission
de persévérance
de militance
de rêve
de réalisme
d’utopie
d’ouverture
de doute
d’opportunité
de sérendipité
de plaisir
de résistance
de pas de côté
de curiosité
d’aménité
de tolérance
de réseau
de bienveillance
de folie
de sagesse
de philosophie
de sociabilité
d’espoir
de révolte
d’écritures polymorphes
d’incertitude
de fête
d’attente
d’espoir
d’engagement
d’errance
de probabilité
d’esthétique
de contextualité
de relationnel
et plus si affinité