A votre sentier !

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Prologue pro podologiste

Au départ, j’avais pensé écrire un texte qui serpenterait dans les idées brassées par les marcheurs, et trop rare marcheuse, lors de notre rencontre Marseillaise, entre faiseurs de sentiers-parcours métropolitains.

Un texte un peu sage, ou pas sage, un passage.

Et puis tout c’est un brin entremêlé. Une incertaine Fédération à venir qui sort insidieusement des sentiers battus, une charte qui prend des chemins de traverse, une rencontre post rencontres, au pied de la gare Saint-Charles, où on re-questionne ce qui  semblait évident.

Les visées se révèlent, a postériori, plus dérivantes que prévues, de l’ordre d’une belle collection d’écritures multiples, sensibles, politiques, esthétiques, sociales, où chaque projet trace à sa façon des chemins singuliers, parfois en devenir, parfois aux lisières du non chemin…

Mais le chacun croise fort heureusement le brassage, et remet en question la singularité-même des projets.

Le chantier en sentier serait-il de l’ordre – ou du désordre, d’un laboratoire d’écritures in situ, ex situ, au foisonnement qui ne craint pas l’inextricable, le fil conducteur indémêlable, aux tracés qui ne sauraient parfois rester en place ?

Toujours est-il que mon projet de texte a cheminé autrement, de façon plus sauvage, b(r)uissonnant, aphorismatique, quitte à risquer le hors-piste.

Pré-texte et texte

C’est à Massalia, l’ancienne et bouillonnante cité, que nous avons été conviés à participer aux Assises Nationales – ce terme par trop statique remet déjà en cause le cheminement, ou propose la pause – des Sentiers métropolitains.

Rencontres, raout, retrouvailles, voire trouvailles, Saint Posium et autre conglomérations urbi et orbi, parfois péri humaines, avec autant de démarches, ou dé-marches.

Justement, des marcheurs, arts penteurs, déambulateurs, et à travers, activateurs écriveurs de chemins post Machado, constituent une brochette de gens qui, au final,  ne savent guère tenir en place.

Ils sont béta-testeurs en chantier, en sentiers, ou l’inverse, .

Ils marchent en maniant le stylo, poétisent, politisent, poëtisent, griffonnent, ont le verbe haut, le pied alerte (polysémiquement), sont agitateurs, Ik(r)éateurs, traceurs, tracteurs, des tracteurs en campagne…

Si bien que nous étions au MuCEM invités à fédérer, peut-être à nous fédérer, métropolitainement parlant, voire charter, voire friser ou oser du manifeste… mais l’heureux doute s’installe au fil des paroles. On re-doute la Grande Redonnée, en s’appuyant hardiment sur des lignes fuyantes, le point de fuite est une perspective paysagère en soi, sans compter des lignes brisées, si ce n’est tremblantes.

On refait le monde, un pied à terre, là où nous habitons, enfin on aimerait le refaire d’un pas qui ne serait pas ricide.

A votre sentier !

Carnets de sentiers, collections de traces partagées.

Sans forcément aligner des rangs donneurs.

On apprend par cours, ou presque, à dé-marcher, sans forcément baliser, des ports en peurs vagues, à l’horizon, où le marcheur n’aura plus pied. Ne restons pas pour autant en rade dans la cité Phocéenne.

Le menu est dense à la carte, au risque d’en perdre le Nord, et ses quartiers. Heureusement les hôtels (du Nord) restent de chaleureux guides, avec leurs bureaux attenants.

En bref, on devient plus sens cibles que prés vus.

Cependant, attention à la marche ! on se dé-file conducteurs, ductiles diraient certains d’entre nous, mais de quoi ils semelles.

Auteurs autour d’une table de dés-orientations pas noramique, l’axe, tout comme le centre, ne font plus toujours ni foi ni loi.

Alors on raconte, on se le raconte (le sentier), on brode, on tri-côtes, en montrant les évidences, les évidements. On invente celles qui le sont trop (évidences), dans le paysage de l’un connu et l’autre pas, de côté.

Traits, points, discontinuités, l’impasse (et l’autre pas), la trace ne fait pas le tracé, et inversement, sans parler du demi-tour ou du rebrousse chemin.

Voix, discours, théorie de la marche en marche, comment restons nous en phase avec le No Made, et le risque du méga pôle éthique.

On peut facilement se perdre en chemin, comme en conjonctures.

Si l’un passe, en silence, l’autre mure murs. Les frontières ne sont pas toujours aussi étanches que le marcheur, grand et généreux ordonnateur universel, le voudrait. Les franchissements parfois risqués, dans un chaotique droit du sol renversé à l’extrême.

Les pieds sur Terre gardons, en prose, en vers,  et contre tout.

De calanques en traboules, d’estuaires en portuaires, les lisières se brouillent, ou se débrouillent au mieux. L’écriture partagée tisse des iles marginaires, archipels et mouvants, entre utopies et hétérotopies. Les gros mots sont lâchés !

Territoires de flous s’il en est !

Chemins faisant, ou défaisant, on trace, on signe, on désigne, mais pas trop, on sonifie, on signifie, ou on tente de le faire. Battre le faire pendant qu’il est chaud n’est pas une posture tiède.

Certains ponctuent le parcours d’abris, nids, où les corps se couchent comme les écrits, en douces performances qui conduisent au rêve, partagé, co-habitatif, reliant des chemins habités.

Bords d’eau et des rivages des rivants.

L’inter se tisse entre des haltes, non injonctives.

Il y a également les ceintures, grandes ou petites, vertes ou noires, qui tentent de circonscrire la cité, barrant parfois la route au marcheur, celui qui n’a de cesse que de transgresser les obstacles, passer et outrepasser, pour relier le disjoint.

Mais les cités comme le marcheur sont indociles, indicibles parfois, à défaut d’invisibles.

Fédérer des marcheurs n’est pas chose facile. Il est toujours un franc-tireur qui vient casser le rythme, fait un pas de côté, quand ce n’est demi-tour; mais c’est là que réside la force,  qui ne nous fait que nous ne croyons guère en l’immobile absolu, quitte à ne jamais boucler la boucle.

Les péripraticiens que nous sommes au final, se rejoignent pour ne pas perdre pied, et résister à la grande route d’une pensée trop commune.

Apologie, podologie, promenadologie sont les semelles du destin cheminant.

Les talons sont mesures d’art d’ares, côtes comprises, et marché, si l’on fait œuvre.

On périurbanise en décentrant le cœur de ville, quitte à s’encanailler du quotidien trivial, caminant en étoiles, en grands huits, en Y, en virtualités des errantes.

Il nous faut chercher les limites pour mieux s’en extraire, ou les repousser plus loin.

Chacun à sa façon, ou en conjuguant nos pas, au risque d’aller vers l’extinction de voies.

Le tracé est-il rang donnable ? Soluble dans la marche ?

Le tracé est-il rassurant, ou somme de fuyantes à la recherche de vérités flux tuantes ? Il peut forcer le trait d’utopies bétonnées, de cités radieuses, ou de tiers-lieux politiquement corrects, ou non.

L’archi texture emboite la cité, comme on emboite le pas d’autrui. Mais le marcheur qui a l’âme pèlerine ne se laisse pas si facilement arrêter pas une mise en boite. Il a besoin d’aires plus vastes et de plus d’air qu’il souhaiterait moins vicié.

L’urbanisme est parfois producteur de chausse-trappes. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il n’est jamais trottoir pour bien faire, mais le terrain est souvent glissant, dans toute l’essence du terme.

Reste à creuser d’autres sillons à fleur d’asphalte, car le marcheur est citoyen, parfois en déplaçant les bornes, voire en les dépassant.

Méfiance, même le marcheur court le risque d’être borné !

Trouver les bords sans être débordés, aurait dit Debord…

GR de rien en réécrivant des prés sentis, ou vers les prés textes, pas toujours échos logiquement fleurs bleues.

Pro-meneur, pro-metteur – en scène, en espace – on conte nos pas super posés, on muse comme à musé. Mais que montrer dans les vitrines sentiers ?

L’entrelacs des sentes montre bien des différences de niveaux, au dessus ou au dessous de l’amer, mais le marcheur résiliant, résidant, résiste mieux aux pires des enlisements. Prendre racine n’est pas mieux que perdre ses racines.

Si le guide a le pied ferme, la ruralité n’est pas trop vacharde, comme traire d’union et pis encore, et pis aller. Le laid peut-être le calcium de nos pérégrinations.

Battre la campagne, sans méchanceté, n’exclue pas la péri-féérie, clin d’œil Nantais.

Périphérie Gonzo, je cite encore, un brin voyeuriste, qui surgit parfois sans prés venir, sujets à banlieues arts, écritures perverses, jouissives ou cathartiques.

Le péril urbain est-il ex-croissance mal ligne. Plus mégapole tumeurs ! Ou tu t’inventes, te réinventes dans l’urgence, comme fée Nixe.

Le syndrome de la grenouille qui périt sans s’en apercevoir, parce que la température de ses eaux ambiantes augmente très très lentement, est-il un symbole d’une décoassance inévitable ?

D’autre part, conter n’est pas duché, ni baronnie, quoique… Les châteaux s’écartent à jouer, pouvant s’écrouler, comme chacun sait. Et pourtant le marcheur s’écarte en corps.

Parler ici, à Marseille, d’écroulement est hélas relié à une funeste actualité, même si je sens la cité à la fois bouillonnante de rage et forte d’une solide résilience.

Le récit n’est jamais si loin du terrain que lorsqu’il y prend sa source, et si proche que lorsqu’il invente, sans vers grogne, le cheminement qu’il va, ou pourra  traverser.

 

Les participants aux Assises : Julie Le Muer, Noémie Galvez, Baptiste Lanaspeze, Philippe Piron, Jens Denisen, Paul-Hervé Levassière, Patrick Mathon, Gilles Malatray, Pierre Gonzales, Fabrice Frigout, Nicolas Maimain, Thibault Berlingen, Yvan Detraz, Alexandre Field, Denis Moreau

 

Suite aux Assises Nationales des Sentiers métropolitains, au MuCEM de Marseille, dans le train du retour, après une discussion impromptue avec Baptiste Lanaspeze au pied de la gare Saint Charles. Le 09 novembre 2018, Ouigo entre Massalia et Lugdunum.

CARNET DE NOTES AURICULAIRES MÉDITÉRANNÉENNES

CARNET DE NOTES AURICULAIRES, PIÉTONNIÈRES, AUTANT QUE MÉDITERRANÉENNES

Loupian
C’est un petit village pittoresque, blotti dans la garrigue, tout près de l’étang de Thau.
C’est une halte régulière, depuis quelques années, pour y retrouver des amis, les créateurs et programmateurs l’espace 0rJJ25, cette année à l’occasion des 10 ans du lieu, et d’autre artistes.
Dans ce village, Desartsonnants, pour y avoir promené les oreilles à différentes reprises, retrouve à l’écoute des points de repères, passages voûtés, placettes ceinturées d’épais murs, grande rue, place centrale  et terrasses de cafés, bancs adossés aux murailles médiévales, magnifique acoustique de la chapelle Saint-Hippolyte… des lieux testés lors de précédents PAS – Parcours Audio Sensibles.
Cette année, ambiance festive, une série de performances et de concerts, d’expositions, viennent animer le centre du village pour l’anniversaire de l’0rJJ25.
Desartsonnants, invité à la fête, décide d’intervenir de façon légère, mobile, à l’improviste, autour de trois postures d’écoute en duo, enchaînées, ou non, à la carte.
Première phase, nous nous asseyons côte à côte, sur des chaise posées ici ou ailleurs. Je propose à mon co-écoutant de chausser une paire de lunettes au travers desquelles on ne voit absolument rien. Posture d’écoute en aveugle. Immersion auriculaire durant quelques minutes, on s’imprègne des ambiances environnantes, on habitue l’oreille à être quasiment seule maître à bord.
Puis doucement, je commence à approcher des oreilles de mon co-écoutant de douces sonorités exogènes, pour un massages sonores spatialisant autour de l’écoutant des sons issus de matières récupérées ici ou là – papiers, bois, boite à musique, billes, pailles de fer,  petits objets divers qui viennent bruisser tout près des oreilles, sans les toucher pour autant, s’approchant, s’éloignant, tournant autour…  C’est une sorte de musique acousmatique, sans dispositif amplifié, sans haut-parleurs, un espace intime au creux de l’oreille, laquelle est mise en appétit pour un PAS – Parcours Audio Sensible en duo, et toujours en aveugle.
Troisième phase optionnelle, néanmoins très demandée, nous partons, main dans la main, effectuer le PAS, une boucle au travers les ruelles et les placette du vieux Loupian. Les sonorités de la fête s’estompent lentement, decrescendo, qui ramènent à l’oreille des sons discrets, ventilation au loin, oiseaux, bruits d’intérieur s’échappant des fenêtres ouvertes en cette belle fin de soirée. Le village se livre, l’écoutant guidé perd ses repères visuels, en retrouve d’autre, l’ouïe bien sûr, la sensation du sol, des micro reliefs sous les pieds, les courants d’air fluctuant au gré des espaces, les sensations d’ombres et de lumière, de chaleur et de fraîcheur… C’est un parcours sensoriel bâti sur la confiance de celui qui guide, sur l’intime, les relations entre des écoutes communes, les lieux parcourus, les sons du moment…
Final crescendo, retour progressif vers la place centrale où les sons de la fête reprennent progressivement le devant de la scène.
On retrouve l’usage de ses yeux, on commente les émotions, l’expérience vécue le temps de ces trois postures d’écoute enchaînées.
Presque 4 heures de parcours enchainés. Une riche et dense expérience à creuser dans d’autres lieux, d’autres ambiances, avec d’autres écoutants, complices d’un instant.

Sète
Deuxième halte sudiste, sous le soleil exactement, dans la ville de Sète.
Ici aussi, des sonorités qui me sont petit à petit devenues familières, au fil de mes passages.
Le port, gréements, mouettes, remous, clapotis, bateaux, vent, un passage commerçant couvert, des halles bourdonnantes, avec de sublimes odeurs et couleurs, des invectives aux accents méditerranéens, et d’autres accents, ou langues, car ce sont, en ce début juillet, les  premières transhumances touristiques…
Les quais sont acoustiquement saturés par une circulation très, très, trop, dense.
Ce week-end, c’est la fête des marins. Défilés de fanfares aux clairons et trompettes un brin désaccordés, ambiances festives, quasi militaires, celles que Brassens, un des héros des lieux, raillait et vilipendait en son temps.
Puis, je monte vers le Quartier du Haut.
Alors, le paysage sonore s’éclaircit, se décante, s’apaise, se désépaissit. Le détail auriculaire reprend droit de cité.
Tout au bout de la corniche, une magnifique vue panoramique, les rumeurs de la ville, mouettes et goélands criards, toujours présents, presque carte postale sonore…
Le cimetière marin, Paul Valéry, des histoires fortement ancrées, si j’ose dire, dans le paysage sètois.
Au bas, la Criée, un nom qui veut bien dire ce qu’il veut dire, une sorte de rituel marchand, assez ésotérique pour le non initié, qu’il faut avoir vu et entendu au moins une fois dans sa vie.
Fin de journée, dans un atelier d’artistes, la Laiterie. Installation in vivo, non prévue initialement à cet endroit, d’une pièce sonore écrite il y a peu, pour et dans une forêt francomtoise. Transposition, délocalisation, un frottement d’univers, des décalages, images anachroniques. Une forêt atypique, au cœur des pentes Sètoise, le son nous joue détours.

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Marseille
Massalia, 10e arrondissement, dans le Jardin du Mas Joyeux
Retour sur un lieu jardin, joliment niché sur les hauteurs du Xe Arrondissements, créé et animé par les amis des Rudologistes associés Sophie Barbeaux, paysagiste et Colin Bailleul, designer. Cet espace est une sorte d’oasis paisible, coupé de la « grande ville » toute proche, où Desartsonnants avait, avec des enfants du centre d’accueil attenant, installé il y a quelques mois un, voire deux Point d’Ouïe  inaugurés et signalisés.
Donc retour à ce point d’écoute, dans ce jardin caché au pied de la garrigue,avec des  discussions autour du son, du paysage, des jardins, de la cuisine, et de moult autres projets ou douces utopies.
Découverte du village des Goudes de nuit, calanque lunaire, étrange bout du monde, fin de ville surprenante, où l’on a envie de partir arpenter ces sites majestueux, où le blanc des rochers illumine un  paysage qui appelle le promeneur écoutant. A suivre…

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Marseille, l’urbanité toute crue, à pied
L’art de faire de l’anti tourisme urbain en marchant !
Choisir un jour à la météo assez chaude, voire très chaude.
Partir à l’heure zénithale.
Parcourir une assez grande distance, des dénivelés, des grands carrefours – par exemple du haut du quartier Saint-Loup jusqu’à Saint-Charles, via Castellanne, à Marseille bien entendu.
Suivre les avenues et rues les plus circulantes, bruyantes et autres « antes ».
Et s’apercevoir au final que tout cela n’est pas dénué d’intérêt, voire génère un certain plaisir, si si, celui entre autre de se frotter à la vraie ville, sur la durée, sur la distance, et ne pas être qu’un passant qui toiserait la cité de haut, ou de loin…

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Autre balade piétonnière à Marseille
Départ le vieux port, sous les fameux grands miroirs, trace de Marseille 2013 Capitale culturelle européenne. Rendez-vous avec un ami du MIM de Marseille, jean-Pierre Moreau, pour faire une promenade causerie urbaine à l’improviste. Durant cette déambulation, nous avons parlé, à bâtons rompus, Unité Sémiotiques Temporelles, écoute, parcours sonores, philosophie,  société, économie, formation, pédagogie, arts, acousmatique, politique, projets personnels, récit, narration, composition… Nous sommes montés jusqu’au pied de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, et il y faisait très très chaud, avant que de redescendre tranquillement vers la mer. Depuis le vieux port jusqu’aux hauteurs, les sons de Marseille se sont progressivement apaisés, amenuisé, au fil de la montée, de petites rues en escaliers, avant qu’ils ne redeviennent plus denses  au terme de notre boucle urbaine.

Causerie en duo, écoute, balade, une façon qui m’est finalement devenue habituelle et très agréable, pour faire connaissance simultanément avec les gens, et les lieux…

L’autre pratique que je développe avec une certaine constance depuis quelques années, est celle de la chronique, qui vient parfois en appui, en contrepoint à mon vieil ami le magnétophone, mais souvent se suffit à elle-même. La chronique, entre description, ressenti, réflexion, coup de cœur voir coup de gueule, et une arme de description massive. Et bien au-delà de la pure description, le mot transcrit, engendre, crée du paysage, notamment sonore, mais plus largement sensible.

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Retour sur Lyon
C’est là que, paradoxalement, j’ai entendu le plus de cigales… Les temps changent.

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INAUGURATION D’UN NOUVEAU POINTS D’OUÏE À MARSEILLE

INAUGURATION DE NOUVEAUX POINTS D’OUÏE
Jardin du Mas Joyeux à Marseille

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Un point d’ouïe, voire deux, sont nés d’une envie commune, avec Sophie Barbaux, paysagiste, de travailler avec des enfants sur le choix de leurs emplacements, leurs fabrications, leurs mises en place, jusqu’à l’inauguration finale. La configuration du jardin du Mas Joyeux, qui a accueilli le projet, se structure en deux parties, l’une étant un lieux de vie des enfants du centre, et l’autre lieux de rencontre, de pratique et d’expérimentation autour d’un jardin partagé intergénérationel (3 maisons de retraite à proximité permettent des activités entre personnes âgées et enfants). Ce qui nous a fait envisager la nécessité de deux points d’ouïe différents, ayant du reste chacun leurs propres spécificités.

Tout d’abord le cadre.
Le Mas Joyeux est une des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS). Ces lieux éducatifs sont des établissements sociaux ou médico-sociaux, spécialisés dans l’accueil temporaire de mineurs en difficulté. Ils fonctionnent en internat complet ou en foyer ouvert (les enfants sont alors scolarisés ou reçoivent une formation professionnelle à l’extérieur).
Le placement en MECS a notamment lieu dans les cas de violence familiale (physique, sexuelle ou psychologique), de difficultés psychologiques ou psychiatriques des parents, de problème d »alcoolisme, de toxicomanie, de graves conflits familiaux, de carences éducatives, de problèmes comportementaux de l’enfant, de l’isolement en France d’un enfant étranger…
C’est donc dans ce cadre, très particulier que nous avons travaillé, trois jours durant, avec Sophie Barbaux, Nicolas Bailleul, un artiste qui pratique le « design indigent », comme il se définit lui-même, et travaille notamment au Mas Joyeux. Mais nous avons bien sûr œuvré avec des animateurs, éducateurs, et les enfants.
Tout d’abord, un repérage, sans les enfants dans un premier temps. Je visite les lieux, on me les explique, je les regarde, je les écoute, je m’imprègne de cet ilot sur les hauteurs du 10e arrondissement de Marseille, au cœur du quartier village de Saint-Loup.
S’en suivront une série d’ateliers, avec différents groupes d’enfants, de 4 à 12 ans environs.
Un chantier participatif où il s’agit de construire, symboliquement comme physiquement ces deux points d’ouïe
Partir écouter à l’oreille nue. Qu’entends t-on dans les lieux? Comment s’y sent-on ? Où se situerait un Point d’ouïe idéal ?
Auscultations, longue-ouïes, de près, de loin, les arbres, les feuilles, l’eau, nos pas, nos voix… Expérimenter, chercher le calme (relatif). Discuter…
Ajouter, installer, spatialiser des sons « extérieurs ». Univers sonores décalés. Tester différentes configurations, fixes ou en mouvement. Revenir à l’état initial. Comparer.

Des questions. Pourquoi un point d’ouïe ? Pourquoi le symboliser, le matérialiser, le pérenniser ? Où ? Comment l’expliquer à ceux qui n’ont pas participer ? Pourquoi l’inaugurer ? Questions simples. Questions compliquées, car parfois abstraites pour certains.
C’est pour cela que Sophie me précise qu’il est nécessaire le faire exister matériellement, physiquement, de lui donner une existence concrète, d’en faire un « vrai » point où l’on pourra revenir, écouter, discuter, après…
Anecdote, dans le jardin du lieu de vie, le point d’ouïe idéal, celui faisant l’unanimité, y compris pour les adultes, est situé au centre du terrain de football. Difficile d’y planter notre point d’ouïe sans gêner quelque peu les pratiques sportives.
Compromis à trouver. Différents autres points sont envisagés. Après réécoute, négociations, avis partagés, un point est finalement adopté, en dehors de l’aire de jeu, se posant lcomme e plus pertinent que possible à l’oreille.
Ce point sera matérialisé par une signalétique type logo, avec un cône acoustique comme représentation de l’écoute, et les mots Points d’ouïe inscrits tout autour. Ce symbole suggére et propose l’écoute in situ, au pied du panneau. Il est pensé et réalisé par Colas, avec l’aide des enfants, jusque dans son implantation final (voir le diaporama).
Dans le jardin partagé, espace plus fermé, plus intime protégé, réservé à des ateliers, le deuxième Point d’ouïe sera plus « interactif ». Ce sera ici un véritable cône d’écoute, planté au milieu des jardinières, dans une petite clairière, espace choisi à l’abri d’une « fenêtre acoustique » laissant un peu trop, au goût de chacun, rentrer la rumeur de la circulation automobile.
Dans les deux cas, une inauguration festive sera organisée On creuse, enfonce, visse, petits discours, moments d’écoute, musique improvisée à la flute, gâteaux, bonbons et boissons… Il s’agit de faire une vraie manifestation pour marquer officiellement le moment où prendront effectivement vie ces points d’ouïe.
L’inauguration du dimanche, celle du jardin partagé, invite des personnes extérieures, sympathisants, curieux, artistes… Avec les enfants bien entendu !
Au final, de très beaux échanges, des écoutes, une expérience singulière, des moments de partage, ateliers, repas en commun, qui vont, pour moi, bien au-delà de l’écoute-même.

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Liens

les jardins du Mas Joyeux

Sophie Barbaux

Colas Bailleul