Des rives en rives, Walk Dating nocturne

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©photo Charlène Gruet

Une marche exploratoire du « Parcours métropolitainS »

C’est une très douce fin de journée, à nuit tombante, vers 20H30, le long des quais du Rhône à Lyon.

Trois marcheurs et quatre marcheuses, réunis ce soir là pour tester un parcours pédestre, en nocturne, au fil de l’eau.

Objectif, descendre le Rhône (une petite partie Lyonnaise) cap au sud, le longer par les berges aménagées, et remonter cap au nord, via la Saône, également par les berges aménagées.

Lyon a su, ces dernières années, mettre en valeur ses cours d’eau, et relier, connecter les piétons aux flux aquatiques.

En cette période de rentrée scolaire, la chaleur aidant, le début de notre périple sera très animé.

Les nombreuses péniches bars restaurants amarrées le long du Rhône voient leurs terrasses bondées.

D’autres préfèrent les pelouses pour siroter des bières et autres boissons.

Les conversations vont bon train.

Vélos, et différents objets roulants non motorisés filent et slaloment en tous sens.

Des voix, des voix et encore des voix, à droite, à gauche, devant, derrière, nous sommes immergés dans un flux vocalisant, riant, avec une certaine bonne humeur ambiante.

Tous les membres de notre communauté ambulante et ponctuelle ne se connaissent pas, même si, avant de nous mettre en marche nous avons discuté autour de nos pratiques respectives.

Et les « spécialités » sont variées, trek urbain, performances marchées sur un quartier Lyonnais, travail sur les formes et traces urbaines, Parcours d’écoute, doctorat autour de marches féminines Algériennes, projets de territoire, poésie, arts plastiques…

Notre groupe est vraiment pluri… et la marche nous rassemble.

D’ailleurs, tout au long du parcours, de petits groupes se créeront, se modifieront, s’aggloméreront, se séparerons à nouveaux, se reconstitueront… au fil des conversations.

Le concept du Walk Dating est né dira (et illustrera) l’une d’entre nous.

Le secteurs des péniches de loisirs étant passé, la foule, dense au début de parcours se raréfie progressivement. Nous croisons maintenant de petits groupes, étudiants en goguette, jogguers noctambules, amoureux cherchant les coins d’ombre. L’ambiance se fait plus intime.

Nous longeons l’imposante Piscine du Rhône et ses colossaux pylônes, sensés éclairer l’édifice, mais que personne d »entre nous ne se souvient avoir vu allumés.`Nous filons vers le sud, direction Perrache, pont Galliéni.

Les bas-quais, assez encaissés, nous protègent de l’agitation tonitruante des voies routières, très circulées, abrités dans un petit couloir apaisé au fil de l’eau.

Nous quittons les rives du Rhône pour enjamber le fleuve par le pont Galliéni.

Rupture.

Nous sommes à nouveaux au cœur de la ville trépidante et pétaradante, remontés en surface dirais-je..

Gare de Perrache à notre gauche, que nous longeons via la place Carnot… Des jets d’eaux glougloutent et susurrent à notre passage, et sûrement continueront-iles après.

Un quai aux ramifications complexes, envahi de voitures.

Nous descendons cette fois-ci vers la Saône, via une rampe pavée, enchâssant une étrange petite voie ferrée plus en service.

Nouvelle rupture, un apaisement s’installe.

Une installation artistiquement singulière, ou brute, de bric et de broc, au pied de la rampe d’accès aux quais semble nous faire un malin clin d’œil en signe de bienvenue. Les quais de Saône sont, dans leur début, plus obscurs, plus intimes peut-être, dans ce début de parcours, moins festifs, en tous cas que les précédents.

Ici aussi, nous marchons au en suivant des aménagements de promenades piétonnes, plus resserrées que précédemment, configuration tologique exige, parsemées d’œuvre d’art type Land Art urbain.

De longues passerelles, constructions de bois entrecroisés de l’artiste Tadashi Kawamata font sonner nos pas sur des caillebotis serpentant au dessus de l’eau.

Un pont de pierre nous révèle de beaux échos, et d’intéressantes réverbérations.

Ici et là, des groupe d’étudiants fêtant une rentrée a priori joyeuse. Nous les contournons, les traversons, les saluons, zigzagant dans ces joyeux sittings.

Une interruption dans notre parcours. Des travaux non achevés sur une centaine de mètres, dus à des problèmes de malfaçon, de maîtrise d’œuvre, d’assurance, nous oblige à rebrousser chemin pour quitter temporairement les bas-quais. Depuis quelques années, cette partie est à l’abandon, protégée de hautes grilles, attendant que se résolvent les questions technico-judiciaires pour voir le cheminement pédestre prendre totalement et intégralement forme, sans cette coupure accidentelle.

Les quais sont maintenant de ce côté-ci aussi très peuplés, très arpentés, très occupés par des groupes festifs, même si la densité de l’occupation est moindre que sur le côté Rhône.

La promenade se terminera à la hauteur du quartier des Terreaux, par un petit rafraichissement débriefing bien mérité.

Une belle promenade où lumières et sons jouent en miroir sur les eaux scintillantes.

Une presque boucle qui nous permet de tester une petite traversée urbaine nocturne, où l’espace sensible est riche de surprises.

L’envie de pousser, une fois prochaine, plus au sud, jusqu’à la pointe de la Confluence. Peut-être aussi de rejouer cette promenade en deux épisodes, Nord-Sud par le Rhône, Sud-Nord par la Saône, en l’agrandissant un peu.

Chemin faisant, nous avons construit des traces, chacun chacune à sa façon; Croquis, photos, carte sensible, texte, notre voyage de rive en rive se matérialise ainsi et construit une parcelle de mémoire, et une extrapolation du projet Parcours métropolitainS, Grand Lyon et lisières. Mémoire et outil prospectif. Comment parcourir sa ville, ses alentours, relier des points géographiques, des espaces emblématiques, ou triviaux, comment surprendre encore le marcheur ?

Aujourd’hui, les lisières, thématique qui nous préoccupe, étaient celle de l’eau, fleuve et rivière, structurant fortement le territoire Lyonnais, le centre en tous cas, prétexte à déambulations nocturnes, à expérimentations d’écritures plurielles, sensibles et kinesthésiques.

A suivre.

 

Des traces

Carte sensible ©Alice Neveu 42655872_1034913076680730_5502099512744738816_n

 

 

Album photos ©Chalène Gruet, Croquis ©Claire Daudin : https://flic.kr/s/aHsmo1wJkC

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Parcours métropolitainS Grand-Lyon et lisières; être dans la boucle

Trace 1 – Récit de Gilles Malatray

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Un mercredi après-midi, 14 heures, Sept personnes, toutes intéressés par le fait de marcher les lisières de la ville, se retrouvent à la station de bus Interpol à Lyon. Nous sommes tout près du Parc de la Tête d’Or et de la Cité Internationale, vers les périphériques Nord de Lyon.

Atmosphère lourde, orageuse, ciel plombé, saturé de gris/noir, ce qui n’arrête pas, pour l’instant, les pèlerins promeneurs ponctuels autant que périurbains.

Quatre zones bien différenciées jalonneront le parcours.

Quatre zones en boucle.
Comment faire la boucle ?
Comment boucler la boucle ?
Comment être dans la boucle ?
Des questions de tracés, de parcours, d’enchainements, de transitions, de passages par, vers, d’un espace à l’autre, d’occupations, de zonages fonctionnels, parfois de ruptures, de cassures, des petites frontières, plus ou moins visibles…
Des esthétiques et des ambiances spécifiques ou communes, distinctes ou entremêlées, question de perception…

Lorsque j’ai proposé ce circuit, je connaissais personnellement bien chaque tronçon, pour m’y être déjà longuement promené. J’avais néanmoins l’envie de tenter de (re)coller les espaces bout à bout, d’éprouver la boucle pédestre qui réunirait, ou tenteraient de réunir, ces territoires à forte personnalité, ayant chacun des singularités paysagères bien affirmées. Une boucle qui pourrait également être une partie, une micro variante d’un tout, un segment d’une autre boucle à beaucoup plus grande échelle, celle que pourrait tracer le circuit de Parcours MétropolitainS dans son intégralité.

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Au tout début, la Cité Internationale de Lyon, traversée d’une rue semi couverte, site architectural monumental d’Enzo Piano, avec logements de luxes, casino, restaurants, bureaux d’entreprises hi-tech, Musée d’art contemporain, complexe cinématographique, espace de congrès, salle de spectacle… Une ville « moderne » quasi ex nihilo, reconstituée façon mixage fonctionnel (pas trop social).
A droite, les rives du Rhône, à gauche le parc de la Tête d’or. Un cadre assez privilégié pour cette bande urbanisée de façon somme toute assez cohérente, visuellement parlant.
Une acoustique de ville intérieure.
Des allées et venues, plutôt feutrées, assez loin de l’agitation d’une centralité urbaine.

 

Direction le proche parc péri-urbain de la Feyssine. Traversons la barrière très circulante du périphérique.
Une escapade un brin sauvage est proposée en variante, supplément, par Patrick. Traverser les 4 voies d’un immense rond-point (en courant pour ne pas servir de cibles aux furieuses automobiles), marcher sur les extérieurs d’une fosse centrale jusqu’à trouver un sentier qui descend au cœur de la fosse. Nous sommes dans une enclave ronde, enterrée, à la nature buissonnante et sauvageonne, des sous-sols cachés, entrailles d’un rond-point, une sorte de dent creuse boisée, d’étrange cirque sauvage, en contre-bas des flots circulaires et circulants.
Retour sur les berges du Rhône. Vers un paysage bucoliquement péri-urbain. À gauche, Le Rhône majestueux, puis un périphérique, à droite, un autre périphérique. Au centre une longue bande paysagère, avec d’anciennes stations de pompage hydraulique, de très grands et vénérables arbres, et des castors, invisibles à cette heure là.
Des chants d’oiseaux se mêlent à ceux de moteurs périphériquants. De temps à autre, le bruissement de l’eau, en s’approchant des rives, parfois impraticables, encombrées de végétations foisonnantes, de blocs de pierres, longées de sentiers discontinus, cheminements en pointillés.
D’ailleurs des sentiers multiples jalonnent le parc. Sur l’axe central, une ligne droite en caillebotis, ou un chemin principal, terrain de jeu des promeneurs, avec ou sans chiens, joggeurs, cyclistes…
Plus près des rives, un entrelacement de sentes plus capricieuses, au gré des promeneurs « aventuriers ». Des balmes, creux, pelouses, un amphithéâtre de verdure, des espaces quasi sauvages ou nettement aménagés, l’équilibre est judicieux, et le public de déambulateurs semble s’y trouver bien.

 

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Le Campus universitaire de la Doua, Lyon 1
3e étape, après le franchissement d’un périphérique, nous abordons le retour via un gigantesque campus universitaire. Une centaine d’hectares, plus de 30 000 personnes, des équipements scientifiques, culturels, que nous traverserons en zigzaguant. C’est une ville au confins de la ville. Le campus est en travaux via une gigantesque restructuration, mise aux normes, démolitions/reconstructions, réaménagements des espaces verts, modernisations diverses et variées… Ces espaces, entre des architectures modulaires bétonnées, des passages, des espaces verts en chantiers ou plus anciens, est une sorte de kaléidoscope à l’urbanisation recentrée ces dernières années sur la percée du tramway. De grands pôles universitaires, notamment Lyon 1 Claude Bernard, L’INSA, et d’autres pôles d’ingénieries scientifiques, où physique, mathématique, biologie, informatique s’interconnectent dans cet univers singulier. Le campus, à l’origine très renfermé et cloisonné, s’est ouvert par l’arrivée du tramway qui nous fait maintenant le traverser aisément, sans franchissements. Le parcours piétonnier peut être extrêmement varié, empruntant les grands axes ou chemins de traverses, passages entres des bâtiments, contournements de travaux, traversées herbeuses et boisées… Souvent nous croisons une fête étudiante, ici ou là, expression de la vitalité des lieux, et surtout de leurs occupants…
Les ambiances sont changeantes, aujourd’hui de plus en plus humides, voire pluvieuses, ce qui influera sensiblement sur la fin présumée de notre boucle.

 

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Pour ce qui est de boucler la boucle, notamment en traversant le parc de la Tête d’Or, la pluie, qui se fait de plus en plus insistante nous décide d’abréger notre itinéraire initial. Nous pouvons dés lors l’imaginer dans son achèvement, traverser mentalement les allées du parc, longer le lac central, les grandes serres, la roseraie, croiser des joggeurs haletants, une cohorte de canards cancanant, écouter le bruit de la pluie sous de grands arbres, admirer les lumières changeantes de la fin de journée, et regagner ainsi, virtuellement, notre point de départ. La boucle serait ainsi bouclée.

Tranches de villes, ou de zones frontières périurbaines, en attendant les prochaines.
Espaces et parcours à re-construire, entre autre en fabriquant de la trace, et du récit.

 

Trace 2 – Récit de Catherine Serre

La balade commence.
Lieu de rendez-vous un arrêt de bus devant les barrières du Parc de la Tête d’Or. Le petit groupe qui se retrouve là devrait faire une boucle marchante, la pluie en décidera autrement, et séparera les uns des autres au cœur du Campus de la Doua.
Nous rentrerons sous la pluie menaçante par le chemin inverse de l’aller, un tout seul vaquera deux heures avant son prochain rendez-vous, les derniers prendront le tram.
Mais cela se passera dans trois heures, pour l’instant nous commençons la traversée de la rue intérieure de la Cité Internationale.
Aussitôt un effet de palimpseste que je connais bien se déclenche : lorsque je marche dans un lieu connu, chemin, rue, campagne ou ville, me reviennent les occasions précédentes d’y marcher. Dans la rue intérieure de la dite Cité Internationale c’est l’ancien Palais des Congrès un jour de Foire de Lyon, au long des couloirs, à travers des coursives et des kilomètres de passages pour une traversée d’un pavillon à l’autre.
Se mêle à cette journée adolescente le chantier de démolition de ce même palais des Congrès dix ans plus tard, et ses montagnes de gravats de béton armé.
A la fin de ces années c’est la très attendue ouverture du Musée d’Art Contemporain dans le seul pavillon conservé, et la nouvelle biennale qui fait suite à Octobre des Arts.
Ce sont des impressions colorées et kinesthésiques, celles du corps qui marche en plusieurs temps, ce sont des émotions qui superposent les espaces actuels et les souvenirs que j’en ai. Des images de l’ancien, du très ancien ou du récent, de l’individuel ou du collectif qui hantent mes lieux et me transportent dans de paradoxales sensations temporelles.
Aujourd’hui notre groupe s’étire et se regroupe au fil de la rue-ville qui n’en finit de rentrer dans un présent presque fictionnel, puis longe la rive gauche du fleuve et son périphérique et enfin traverse le campus universitaire contre l’orage.
Ce sera un lot nouveau pour mes archives intérieures en construction constante… Une expérience entièrement nouvelle commence par nos voix en éclats lors de la traversée du rond-point pour atteindre la clairière cachée dans un fond. On y verra un homme qui dort, son dos nu à peine visible à travers les feuillages, son visage est tourné vers le mur de soutènement du bosquet. Nous sommes pleins de questions dans ce petit havre, dans ce creux protégé du passage de dizaines de milliers de voitures juste au-dessus. Nous réussirons à nous en arracher sans en avoir compris le mystère, laissant le dormeur à sa sieste.
Des vélos, des chiens, leurs maîtres et maîtresses, quelques coureurs à pieds, personne ne semble-là par pur désir comme l’est notre troupe. Alors à l’entrée du Parc de la Feyssine, pour le plaisir enfantin, nous grimpons sur une borne de captage et nous nous offrons la vue panoramique d’une ouverture entre les arbres aux proportions idylliques. Devant cet équilibre, ensemble, en riant, en se faisant un peu peur, pour rien, nous escaladons cette butée de béton presque rocher, couverte d’herbe et de traces anciennes.
Ensuite nous marcherons au plus près de l’eau, les pieds dans le sable, le long d’étroits passages, avec des restes d’inondation dans les branches, ces petits fouillis d’herbes sèches effilochées un peu grises coincés dans les feuilles nouvelles. Un bord d’eau surveillé mais rendu au naturel, au presque sauvage. Un arbre centenaire ferme la traversée du parc de la Feyssine et nous voilà dans le campus de la Doua, l’orage arrive et nos préoccupations changent.
Parcours métropolitainS nous a impliqué dans une boucle exploratoire un peu modifiée par la pluie, nous avons avancé et serpenté dans ce coin de Lyon que j’ai connu ancien et vu se transformer, si je lui cherche un nom comme d’un pays rêvé à explorer ce sera aujourd’hui, Nom de pays : Le nom.