Lumières et sons de concert

Digital Camera

Les lumières ont ceci de commun avec les sons,

qu’elles elles sont intangibles, fugaces, volatiles, changeantes, parfois totalement imprévisibles.

Elles s’accrochent aux reliefs, aux aspérités, aux anfractuosités, 

comme les sons se jouent des typologies, des matériaux, des obstacles.

Elles caressent les paysages qu’elles contribuent à faire vivre, les noient, les submergent, les façonnent.

Elles accompagnent les jours et les nuits, drapées de plus ou moins de consistance, de présence, d’opacité ou de transparence.

Tout comme les sons, voire même avec eux, elles font sensations, 

elles ambiantisent, 

elles font paysages.

Tout ceci de concert, en résonance, en friction, en dissonance, en harmonie.

Digital Camera

Du gravier magmatique au bloc basaltique,  de la goutte de rosée à la rivière dévalante, les effleurements, les caresses audio-luminescentes colorent le monde, l’irisent, jusqu’à le rendre insaisissable.

Complices compères, l’entendu et le vu sont, le son et la lumière, aujourd’hui, dans les collines auvergnates que j’habite, que j’ausculte, que je scrute, pour un temps, 

sont des formes perceptives qui me font corps antenne, 

corps réceptacle, 

corps accueillant

corps faisant 

corps à ma façon,

faisant paysage.

Digital Camera

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue la DRAC Auvergne Rhône-Alpes

Bancs d’écoute, vers l’Infra-ordinaire auriculaire

Régulièrement assis sur des bancs, mobiliers que j’utilise comme des points d’ouïe, des affuts d’écoute, des lieux d’échange, je parcours donc Tourzel Ronzières, mon lieu de résidence artistique, pour repérer ces derniers.

Le village, quelques deux cent âmes, est pourvu d’une dizaine de bancs dans le seul centre de Tourzel, ce qui est tout à fait satisfaisant, même si ces jours-ci, la saison estivale terminée et les températures fraîchissant, je suis un des rares à m’y poser.

Peu importe, c’est d’ici que je prends le pouls des lieux, que je m’immerge dans ses ambiances, que je capte les mille petits riens qui font vivre à mes oreilles le site investi, surgir ses paysages sonores du moment.

J’ai ainsi testé plusieurs assises, avant que d’en choisir une, au centre du village, en contrebas d’une fontaine, avec une belle vue sur les contreforts d’Issoire, un saule pleureur qui bruissonne joliment sous le vent, tout à côté. C’est ici que je me pose donc régulièrement, avec livres, carnets de notes et micros.

Considérant l’œuvre de Georges Pérec, si le concept d’Infra-ordinaire inspire mes écoutes et leurs narrations, sa tentative d’épuisement (d’un lieu parisien), descriptif localisé entêté dans l’utopique espoir de cerner un espace, d’en faire le tour, de se l’approprier pleinement, donne également du grain à moudre au projet d’installer l’écoute.

Lorsque dans le titre de cet article, je cite l’Infra-ordinaire, concept pérequien s’il en fut, je trouve cette approche, aux tendances minimalistes, on ne peut plus appropriée au lieu et à mes situations d’écoute, dans une ambiance où les sons sont assez ténus, nonobstant le passage parfois tonitruants de tracteurs et autres machines agricoles.

Et puisque nous en sommes à citer les acteurs et gestes inspirants, je ne saurais ignorer les « Presque rien » de Luc Ferrari, où le paysage sonore composé semble tout autant se construire que se dérober, (re)fluant sans vers d’autres espaces imaginaires.

Revenons à Tourzel et à mon banc d’écoute.

Quelques rares passants, pas et voix.

Le son de la fontaine voisine en continuum.

Des chiens qui se répondent d’un bout à l’autre du viillage.

Des véhicules  qui rompent brusquement une forme de torpeur pré-hivernale.

Des oiseaux, par séquences, pigeons et passereaux.

Quelques sons discrets, des portes s’ouvrent et se referment, presque en catimini…

Des feuilles mortes raclant le sol.

Des sons de la vie de tous les jours, non ostentatoires, non spectaculaires, loin de là, mais Oh combien présents, et signifiants dirais-je même.

Un infra ordinaire auriculaire, qui ne s’impose pas, qu’il faut aller chercher, vers lequel il convient de tendre l’oreille pour en saisir les nuances.

Et des nuances, il y en a ! Surtout lorsque nous installons l’écoute, persévérante, prête à pénétrer par l’exercice de la répétition, de la lenteur, de la réitération du geste d’écoute minimaliste, dans une surprenante trivialité, bien plus excitante qu’il n’y parait de prime abord.

Ces mille et un petits sons, habituels mais sans cesse ré-agencés, repositionnés, secrètement redéployés, offrent une scène acoustique au final très dépaysante, voire exotique, dans sa façon de ne pas se dévoiler, se révéler sans efforts.

L’Infra-ordinaire demande de creuser avec une certaine abnégation, les ambiances sonores, y compris les plus ténues, pour entrer dans le flux, l’immersif, le cœur-même du village, jusqu’à y reconnaitre avant qu’ils ne se montrent, des 4X4 bringuebalants, des tracteurs pétaradants, des voix… 

Il y a un monde entre les bancs de la place lyonnaise, au bas de chez moi, avec ses bars, commerces, scènes parfois  festives, urbaines pour le meilleur et pour le pire, et ce village de montagne isolé, hors des grands axes, que certains trouveraient sans doute bien trop « calme ».

Installer patiemment l’écoute, même si les choses écoutées semblent totalement dénuées d’’intérêt dans leurs apparentes petitesses, est une posture qui permet au paysage d’émerger de ses propres sons, et à l’écoutant de se fondre avec délectation dans les lieux pour en jouir pleinement.

Une forme d’Arte Povera sonore, et au final un profond dépaysement, qui délaisse la grandiloquence (dé)monstrative, ostentatoire, pour ausculter, au sens premier du terme, les petites pépites auditives du quotidien.

Album photos

Écoutez

 

Résidence d’écriture(s) audio-paysagère(s) « Installer l’écoute – Points d’ouie » à Tourzel Ronzières, Puy de Dôme, accueillie par « Danser l’espace – Sous les pommiers ba » , soutenue laDRAC Auvergne Rhône-Alpes

L’apprentissage progressif et gradué de l’écoute paysagère

Après des années passées à entraîner l’oreille pour devenir progressivement plus efficace, pour lui procurer de plus en plus de plaisir, à ouïr une ville, une forêt, une gare, il me faut rester conscient que ce geste d’écoute n’est pas aussi naturel ni évident pour tous, moins en tous cas qu’il ne le paraît de prime abord. 

En guidant de nombreux parcours sonores, des PAS – Parcours Audio Sensibles, il m’a fallu progressivement amener l’oreille vers des espaces au départ relativement « évidents », simples à appréhender, à comprendre, ni trop saturés, ni trop paupérisés, ni trop minimalistes. Les parcours pourront par la suite, petit à petit, de façon graduée, se complexifier, en termes de densité, de longueur.

Il nous faut donc prendre conscience de de l’effort – même agréable – à fournir pour un promeneur écoutant débutant, pour entrer dans une écoute attentive et soutenue, qui sache dénicher les trésors de chaque lieu, et en jouir le plus naturellement que possible, sans trop d’a priori « bruitistes ».

Il nous faut également, comme dans toute forme d’enseignement, se garder de juger trop hâtivement, des formes « d’inculture sonore » alors que l’apprentissage, fût-il auriculaire, ne demande qu’à s’épanouir à son rythme, ici au rythme des pratiques d’écoutes.

Point d’ouïe – Et pourquoi PAS ?

Et pourquoi PAS* ?

Pour marcher la ville et battre (gentiment) la campagne

pour installer respectueusement l’écoute

pour construire de nouveaux paysages sonores

pour surprendre et ouvrir toutes grandes nos écoutilles

pour découvrir des Points d’ouïe inouïs, ou presque

pour rendre nos oreilles plus éc(h)o ou-vertes

pour créer et raconter des histoires tympanesques

pour tracer et faire ensemble un bout de chemin auriculaire

pour s’encanailler l’esgourde dans les interstices et délaissés bruissonnants

pour que nos corps entiers soient caisses de résonances à fleur de peau

pour accueillir des aménités audio-paysagères

pour profiter d’oasis acoustiques bienveillants

pour écrire une géographie sonore, une géosonie en mouvement

pour porter attention, prendre soin des sites acoustiques, et de leurs écoutants 

pour imaginer des terrains propices à de belles écoutes partagées

pour le plaisir d’être immergé dans la matière sonore

pour le plaisir, tout simplement…

*Parcours-Audio Sensibles

@Marche déposée Desartsonnants

Points d’ouïe, les Z’incroyables Z’inouïs

Où Desartsonnants vous invite à jeter une paire d’oreilles Z‘ubaines hors des chantiers battus, à oser l’inécoutable, le mal entendu, la triviale poursuite sonore, les dessous, marges et franges de la ville où l’oreille s’encanaille, l’audiorbex tympanique…

https://www.academia.edu/51026860/les_Zincroyables_Zinoui_s

Point d’ouïe, traversées de paysages sonores in progress

Emprunter les chemins traversant des paysages sonores, via donc une écoute ambulante, pédestre, me fait les entendre au fil d’expériences qui, géographiques, environnementales, sociales, esthétiques, symboliques, tendent à construire une approche croisée autour de parcours parfois plus complexes qu’ils n’y paraissent de prime abord.

D’autant plus complexes, lorsqu’on les creuse de l’oreille, qu’ils superposent des couches d’écoutes que l’on pourrait qualifier d’hétérotopiques, comme d’ailleurs tout territoires arpentés qui se respecte.

Bref, traverser des paysages auriculaires, s’y frayer des chemins de traverse, de travers, des arpentages, des plus sauvages, erratiques, aux plus balisées, itinérarisées, c’est se garder sous le coude, si ce n’est sous l’oreille, une série d’outils, d’approches, de point de vue, de façons, ou possibilités de faire. C’est ce qui nous permettra sans doute de décaler les points d’ouïe, tout en conservant une approche sensible, et qui plus est sensorielle.

Cette approche, entre expérimentations de terrains, chantiers in situ, une approche du Faire, côtoie les processus descriptifs, l’élaboration de processus d’écritures contextuelles, de modèles conceptuels, de réflexions introspectives…

Le Faire et le Penser s’auto-alimentent dans des aller-retours féconds, qui font traverser le paysage auriculaire en empruntant moult voies, parfois clairement tracées, parfois incertaines, erratiques, superposées, mixées, dans leurs enchevêtrements complexes.

De quoi à ne jamais être sûr de son chemin, ce qui garantit de nouvelles traversées, toujours renouvelées, développées, dans leurs conceptions comme dans leurs mises en situation.

Cette réflexion en cours va se concrétiser par une série de traversées sonores thématiques, prenant vie pour l’instant à partir des textes rédigés pour la circonstance.

On peut envisager par la suite des pièces sonores venant dialoguer avec ces textes, en contrepoint, pas forcément illustratifs, mais amenant une façon de voir par l’oreille certaines traversées et leurs potentiels modes et processus exploratoires.

On peut également envisager une série de PAS-Parcours Audio Sensibles, autour des traversées, expérimentations concrètes, collectives, sur le terrain, qui amènera une couche de pratique et de sociabilité, chose pour moi primordiale à tout projet de recherche.

Action !

Voyons ici quelques façons, non exhaustives et non hiérarchisées, de traverser les paysages sonores sans trop s’y perdre, quoiqu’en osant les explorations favorisant les pas de côté.

Les traversées, des modes et processus exploratoires

Traversée n° 1 – Les seuils, frontières et espaces intersticiels

Être à la limite, être aux limites, voire les dépasser, y compris de l’oreille.

Où les chercher, car ces dernières ne sont pas forcément clairement marquées, identifiées comme telles.

Comme des frontières plus ou moins matérielles, plus ou moins immatérielles, parfois indécises.

Où rentre t-on dans la ville, ou ailleurs, par l’oreille ?

Où en sort-on, et le cas échéant comment ?

Existe t-il des seuils par où passer du dehors au dedans, et inversement, d’un plan sonore à un autre, ou d’une scène acoustique à une autre ?

Des seuils où se tenir en attente, attente d’une invitation à pénétrer dans un paysage sonore, invitation à le quitter ?

Les lieux interstices où les sons fondent, se confondent, en des espaces mouvants.

Se tenir ici et entendre au-delà, ou inversement.

Être au croisement de champs acoustiques qui se télescopent, agrandissent ou resserrent leurs bulles, notre audio-bulle, nous questionnent sur la place à tenir, comme écoutant, plus ou moins actif, ou non…

Les espaces intersticiels sèment le doute dans une géolocalisation auriculaire. Suis-je encore ici, ou déjà là, ou temporairement ici et là ? L’entre-deux fluctue dans ses flux-mêmes.

Les interstices sont aussi espaces de jeu, faire de l’incertitude, du flou audio-géographique, de l’entre-espace, des terrain d’explorations, de transitions, des zones tampons, par exemple dans un parcours friand de surprises, qu’il nous faut, sérendipité oblige, laisser venir.

La notion de passage se noie t-elle dans l’écoute, ou l’écoute dans le passage ?

Le passage, en terme de parcours devient un jeu de mixage d’une ambiance à une autre, le promeneur un DJ se jouant en marchant des frontières poreuses mais néanmoins tangibles, audibles. Les pieds et les oreilles comme une table de mixage à 360°, et en mouvement. L’instabilité intrinsèque du son rajoute une dose de piment stimulant la traversée d’espaces dont on ne peut jamais savoir exactement ce qui se passera lorsqu’on l’arpentera.

Les seuils et frontières acoustiques sont par essence mouvants, au gré des vents, des écoutants, des perceptions, des déplacements…

Lorsque l’on entend deux clochers de deux villages ou quartiers différents, chacun interpénétrant le territoire de l’autre en bonne entente, sans velléité conquérante, la notion d’espace élargi, de repères spatio-temporaires partagés est alors bienveillante.

La notion de porosité acoustique doit être pensée comme un facteur déterminant. On peut enfermer une lumière entre quatre murs aveugles, pas forcément épais, mais il est plus difficile de contraindre une onde acoustique qui met les matériaux eux-mêmes en vibration. Les espaces intérieurs et extérieurs, sauf traitements complexes, mêlent leurs ambiances acoustiques, pour le meilleur – sentiment d’ouverture, de non enfermement; et pour le pire – sentiment d’intrusion, voire d’invasion, dans des espaces parfois intimes.

Dans des lieux d’enfermement, la prison en étant un par excellence, la communication sonore, est très impressionnante lorsqu’on la découvre pour la première fois. Un vacarme organisé, qui tente de faire exploser les murs, de garder a minima un contact humain, car décloisonné, autant que faire se peut.

Dans la scénographie sonore muséale, peut-être que cette notion de porosité acoustique nous pousse à penser des ambiances globales plutôt que cloisonnées, ce qui d’ailleurs fonctionne rarement correctement ou tend le visiteur à chausser des casques audio l’isolant du milieu ambiant.

Dans l’aménagement du territoire, ces porosités capricieuses devraient nous faire réfléchir à des cohabitations plus vivables, amènes, pour des habitants/usagers, dans leurs déplacements, activités, leurs besoins des zones apaisées, oasis acoustiques non pas coupées du monde, mais simplement protégées de ses sur-tensions sonores, ou autres. Des lieux ou parler reste chose facile sans crier…

Construire un mur anti-bruit est mettre une frontière sonique entre deux espaces, dont l’un doit généralement être protégé d’un vacarme invasif, intrusif, si ce n’est hégémonique.

La tentative de segmentation d’espaces acoustiques, supposons l’un calme et l’autre non, fait naitre des expériences de zonages acoustiques, recherchant des bulles de confort, pas forcément pertinentes, voire insoutenables, socialement parlant.

Se couper des bruits en s’enfermant derrière des doubles vitrages et des murs acoustiques peut vite virer à une forme d’autisme sclérosant, enfermant, isolant, dans le pire sens du terme.

Mieux vaut réfléchir en amont aux problèmes de cohabitations sonores potentiels, et prévenir que guérir, ou réparer partiellement les dégâts d’un territoire sonore non pensé.

Les limites et les seuils ne doivent pas être envisagés comme des espaces géographiques excluants, clivants, mais comme des interstices féconds, où un brassage dynamique favorise les bonnes ententes.

La belle écoute doit rester un objectif articulant le plus harmonieusement que possible les espaces et milieux sonores toujours très fragiles. Trop ou trop peu de frontières est un écueil à prendre en compte.

Carnet de voyage, de point d’ouïe en point d’ouïe

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Mon carnet de voyage, toujours en chantier, est fait de sons et de silences, d’ombres et de lumières, de couleurs et de matières, d’odeurs et de goûts, de visages et de paysages, d’architectures et de natures, de haltes et de mouvements, de trajectoires et d’errances, et surtout, d’une infinité de réminiscences furtives…

L’imprécision chronique d’un réel parcellaire, où le corps et l’esprit semblent pourtant trouver ce qui pourrait faire sens, enracine moult paysages sensibles, complexes, aussi présents que volatiles, dans une mémoire vibrante.

Se nouent ainsi à l’envi, des espace-temps déliés ou entremêlés à l’aune des périples cheminants.

Strate par strate, se compile un mille-feuilles à jamais inaccompli, un sédiment mémoriel où la pensée s’aventure parfois, sans doute pour se rassurer d’être encore bien là, et d’aller de l’avant.

Gare aux oreilles, un point d’ouïe, un banc d’écoute, une liste

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Des pas et des pas
beaucoup de pas
discrets ou claquants
assurés ou hésitants
rapides ou flâneurs…
Des voix et des voix
beaucoup de voix
féminines et masculines
Jeunes ou matures
dans différentes langues
différentes accentuations
des voix annonceuses aussi
microphoniques et amplifiées
des trains au loin
à gauche, au-dessus du talus entr’aperçus
grondant et ferraillant par intermittence
klaxonnant vivement
ponctuation virulente déchirant l’espace ferroviaire
et nocturne de surcroit
des métros chuintant en dessous
s’arrêtant puis repartant cycliques
des bips de composteurs véloces
stridences aigus sur bruit de fond magmatiques
des portes coulissantes
feutrées feulantes et sans claquement
et d’autres portes sésames
soumises aux cliquetis des tickets approuvés
parfois une sonnerie rageuse
bad compostage ou hors délai
puis un balai effleurant les dalles
en traquant l’immondice
un charriot cliquetant
des bruits de papiers froissés
de bouteilles jetées
decrescendo avec la nuit tombante
un apaisement gradué s’installe
des bus qui s’arrêtent tout près derrière la vitre
des portes qui s’ouvrent alors
des flux de pas et de voix en déferlantes
puis un relâchement détente résiliant
un calme envahissant qui revient
les espaces qui ’apaisent discrètement
les voix au loin encore
se perdant dans un enchevêtrement de réverbérations
un bébé braillard s’égosille
un curieux effet d’écho
au fond d’un long couloir vitré et obstinément dallé
deux enfants passent en trombe
de l’énergie dans les voix
de l’énergie dans les corps
des boules de vitalité
bousculant la presque somnolence des lieux
avant que de lui rendre
la sirène d’une escouade policière
parcourant furieusement les quais
une valise à roulette fait chanter le jointoiement des dalles
scansion entêtante qui marque son trajet indécis
crescendo decrescendo chaotiques
et vis et versa entremêlés
jusqu’à l’extinction lointaine irrémédiable
un tintement de clés des gardiens médiateurs
le vacarme oh combien envahissant
d’un rideau de fer qui coulisse en grondant
en fermeture d’un commerce fatigué
une gare toute aux oreilles en somme
sa multiplicité
ses acoustiques
ses activités
ses passagers
ses objets
fixes ou ambulants
ses ambiances changeantes
ses paysages forgés par l’écoute postée autant qu’obstinée
des scènes remodelées par les mots du récit adjacent.