Six bonnes raisons pour (se) construire des paysages sonores

PAS – Parcours Audio Sensible – Kaliningrad (Ru)

Du plaisir avant tout 

Dans une société où les tensions anxiogènes ne manquent pas, avoir du plaisir, à faire, à entendre, à écouter, est une chose plus que bénéfique, sinon vitale.

Bien sûr, le monde est complexe, brouillon, bouillonnant, parfois au bord de la saturation, et tout n’y est pas, tant s’en faut, réjouissant, y compris dans les scènes et ambiances sonores au quotidien.

L’oreille ne peut, par un coup de baguette magique, gommer les dysfonctionnements, ignorer les choses qui nous agressent le tympan, envahissent nos nuits.

Néanmoins tout n’est pas que bruit et déplaisir, y compris au cœur des grands complexes urbains.

A nous de rechercher, voire de construire, de préserver, des espaces où le monde sonne bien à nos oreilles, où la parole est intelligible, claire, non obligée de « passer par dessus ».

A nous de profiter de belles scènes acoustiques et autres points d’ouïe, une place où jouent des enfants, un marché volubile, une volée de cloches, les clapotements du fleuve…

Le plaisir est sensoriel, parfois sensuel, multiple, dans nos ressentis environnementaux, nos bains de sons. Il passe par la contemplation d’un coucher de soleil rougeoyant, l’odeur des croissants chauds au détour d’une rue, l’écorce d’un arbre que l’on caresse au passage, nos pieds foulant le sol, l’air frais du matin, la lumière qui nimbe la colline nappée de brouillards ténus, le soleil de printemps qui nous réchauffe enfin, les gazouillis qui se répondent dans le parc voisin…

Scènes de la vie quotidienne.

Tout cela peut nous paraître anodin, futile, peu digne d’intérêt. Et pourtant nous avons besoin de ces stimuli, de ces ambiances et repères entre autres auriculaires , qui vont rendre nos lieux de vie agréables, sinon vivables.

S’imaginer un monde gris, atone, sans relief, aseptisé, relève du cauchemar inspirant les pires dystopies science-fictionesques.

L’écoute procure, si on la laisse s’installer, de véritables émotions stimulantes, que l’on arpente la ville où qu’on l’entende de son banc, poste d’écoute et  point d’ouïe.

Et tout cela se construit, se favorise, se ménage et s’aménage, les postures d’accueil, l’ouverture sensoriel, le choix des lieux et des rencontres amènes… Nous ne sommes pas forcément dans des gestes de méditation, de transe, ni même de spleen ou de contemplation, simplement dans une réceptivité à fleur d’oreilles, de celles qui nous relient au monde.

Partager le plaisir 

Prendre du plaisir personnel, quasi hédoniste, est une bonne chose pour nous maintenir à flot. Le partager est encore plus riche.

L’écoute, dans un cadre d’action collective est donc, dans l’idée de construction relationnelle, au cœur du processus.

Marcher ensemble.

Écouter ensemble.

Faire ensemble…

Bien sûr, l’écoute collective ne sera pas la même pour chacune et chacun, même si les espaces et temporalités se superposent.

C’est même ce qui en fait sa force et sa richesse, le fait de pouvoir échanger sur nos ressentis propres, de partager nos émotions, parfois intimes, nos moments apaisés ou non, nos ralentissements dans une marche immersive, nos façons de nous entendre, plus ou moins bien, avec le monde, avec ses sonorités, avec ses écoutants…

Écouter de concert, c’est puiser dans un silence partagé, installé comme un rituel, une énergie, une synergie, que le groupe amplifie, comme une bulle qui favorise l’expression de nos affects.

Si l’après d’une déambulation auriculaire collective n’est plus comme son avant, une porte est alors ouverte sur de nouvelles expériences à venir, que les moments vécus ensemble auront sans aucun doute inspirés.

Que les déambulations s’appuient sur des perceptions esthétiques, écologiques, sociétales, urbaines, ou mieux, sur un mixe d’approches croisées, plus ou moins indisciplinaires, le partage d’expériences reste une manière de faire corps en restant ouvert à différentes sensibilités. l’échange, même non verbal de  savoir-faire est un terreau enrichissant nos inter-relations.

Façons plurielles de décupler le plaisir d’installer une écoute partagée.

Chercher à comprendre 

Si la curiosité est, dit-on, un vilain défaut, chercher à comprendre comment fonctionne notre environnement sonore, comment s’associent les sons, se génèrent les ambiances, évoluent nos bande-son au fil du temps, des événements, des aléas au quotidien, nous renseigne sur la façon dont, écouteurs-producteurs, nous vivons avec les sons.

De nombreuses approches investissant les domaines de l’écoute, physique, psychoacoustique, questionnent nos rapport au monde sonore, de ses modes de perceptions, d’analyse, mais aussi d’acteurs participants que nous somment à modeler, à fabriquer des scènes sonores, pour le meilleur et pour le pire.

Des outils de sensibilisation, des approches pédagogiques, des processus de description, de modélisation, croisant différents domaines des arts, des sciences, des problématiques éthiques, philosophiques nous aiderons à mieux comprendre les enjeux du sonore, notamment dans l’aménagement.

Être sensibilisé à ces problématiques participe à ce que nous soyons plus attentifs, non seulement au monde sonore lui-même, dans toute sa complexité, son côté éphémère et instable, mais aussi à nos propres gestes impactant le milieu et ses habitants, humains ou non. Questions de cohabitation oblige.

Depuis le travail de feu Murray Schafer les environnements sonores n’ont cessé d’évoluer, parfois dans le sens de raréfactions, disparitions, souvent dans un état d’accroissement, d’extension, de saturation, en tous cas pour ce qui est des grandes cités.

il est donc nécessaire d’accroître notre vigilance, de porter attention aux dysfonctionnements chroniques, aux pollutions parfois insidieuses qui nous rendent la vie difficile, faute d’espaces de calme où reposer nos oreilles et nos corps écoutants, parfois contre leur gré.

Malgré tout les dispositifs de filtres cognitifs, neuro-perceptifs, qui nous permettent d’effacer, d’atténuer ce que l’on pourrait qualifier ici de gêne, de choses plutôt négatives, brouillant souvent nos entendements, de paroles, de signaux et plus généralement de la lecture globale de nos milieux, nous sommes fortement impactés, voire perturbés par les sons ambiants.

Il est clair que l’on agira d’autant plus efficacement que l’on maîtrise le sujet, ici celui de notre cohabitation active avec les milieux acoustiques.

Il n’est pas cependant besoin d’étudier la physique vibratoire ni les neurosciences, il s’agit déjà, à la base, de rester à l’écoute et d’entraîner celle-ci à une lecture où plaisir et curiosité œuvrent de concert.

Défendre 

Si le fait de chercher à (mieux) comprendre  nos milieux sonores, à apprendre comment ils fonctionnent et évoluent, nous pousse à développer des sensibilités, et  peut-être des savoir-faire, cette curiosité activiste peut aussi faire de nous des militants de la belle écoute.

Nous touchons là le domaine de l’écologie sonore, prônée et développée par Murray Schafer, et plus que jamais d’actualité. Être sensible, sensibiliser, protéger, améliorer, construire, dans une idée écosophique, ou l’environnemental, le sociétal et le mental, sont portés par une éthique, une philosophie et une volonté d’agir plus que de parler, nous fait prendre la défense de ces milieux si fragiles que sont les espaces acoustiques.

Artistes, scientifiques, pédagogues, aménageurs, décideurs politiques… chacun à sa place, avec ses compétences, ses réseaux d’influence et terrains d’action, et si possible en interaction, peut se faire défenseur de paysages sonores, les plus accueillants et vivables que possible.

l’Éducation Nationale, l’Éducation populaire, l’enseignement supérieur et la recherche, les centres culturels, les festivals, les associations de terrain, les collectivités publiques,  autant de structures, de lieux, d’institutions, publics ou privés, où peuvent, voire doivent s’exercer des actions militantes.

L’apprentissage de l’écoute sous toute ses formes restant au centre de nos préoccupations d’écoutants impliqués, comme un levier  pédagogique incontournable.

De la « simple » promenade écoute, PAS – Parcours Audio Sensible, en passant par des actes performatifs, des créations sonores, installations interactives, des groupes de travail, séminaires, conférences, débats publics, interventions scolaires, publications, des études autour de la bioacoustique, de l’éco-acoustique… beaucoup de moyens d’interventions, d’actions de terrain peuvent être mis en place pour faire entendre la voix des défenseurs sonophiles.

C’est encore par le partage du plaisir de faire ensemble, et au départ d’écouter, de s’écouter, que se puisera sans  nul doute l’énergie militante.

Être sur le terrain, croiser les chemins de nombreuses personnes, mobiliser des énergies, expérimenter de façon transversale, quitte à emprunter les chemins de traverses, tout un champ d’action ne demande qu’à être activer.

Et c’est sans doute, au delà de tout discours, par l’expérimentation de terrain que passeront les actions les plus engagées et efficaces.

Expérimenter 

Plutôt agir que parler, même si la parole est source d’enseignement, d’échanges et de transmission, d’invention même, l’action de terrain reste la meilleure façon de faire vivre et évoluer des idées, des projets. Et donc ici, de construire des paysages sonores dignes de ce nom. Écoutables.

L’expérimentation, ou l’expérienciation, le fait d’acquérir des connaissances par l’expérience personnelle, sont donc moteurs dans ces constructions audio-paysagères.

Si je dis par exemple que le paysage sonore est particulier, spécifique, voire reconnaissable pour chaque lieu géographique, mon affirmation ne sera valide que si je l’appuie par des exemples concrets, si je prouve en quelque sorte sa véracité, son fondement.

Il faudra alors aller sur le terrain, tester plusieurs protocole d’écoute, temporalités, moyens techniques, façons de rapporter les résultats, de les comparer, de tester ces expériences sur différents lieux, à différents moments, avec différentes personnes, de diffuser l’information…

L’expérience joue ici un rôle déterminant. Tout d’abord pour mettre en place un processus efficient. On déclinera ainsi plusieurs variations dans les modes d’actions possibles, pour que la notion de paysage sonore prenne vie, peut-être sous forme de différents modèles, typologies.

Expériences humaines, relationnelles également, quels groupes, comme travailler en équipe, à combien, croiser des expériences… Comment se répartir les tâches, croiser nos savoir-faire, et surtout, vibre en ensemble une expérience auriculaire riche pour chaque membre du groupe ?

Expérimentations de matériel, d’outils, de méthodes.

A chaque visée, à chaque lieu, des façons de faire, de penser, de récolter, d’analyser, de construire… Il m’est difficile, sinon impossible, de concevoir une méthode clé en main, transposable à l’identique d’un endroit à l’autre, sans que l’expérimentation de terrain n’implique la mise en place de gestes et de stratégies appropriés.

Expériences de transmission, de diffusions, de traces tangibles.

Rapporter les faits et gestes, décrire, analyser, tirer des conclusions, ouvrir de nouvelles investigations, diffuser, vulgariser… L’expérimentation va là aussi nous aider à trouver des supports ad hoc, des réseaux, des relais, partenariats, sans se cantonner dans l’utilisation de modèles clé en main, figés, mais vers des solutions plus adaptatives en regard du terrain;

L’expérience de terrain est, dans toutes les phases, primordiale. Le terrain est laboratoire. On part de l’expérience in situ pour se forger, au fil du temps, une expérience globale. L’expérience professionnelle comme on dit. Celle qui nous permet de réagir à terme, assez rapidement, selon les contraintes des projets, à la mise en place d’outils répondant au besoins, ou à leurs adaptations, si ce n’est à l »invention » de nouveaux outils.

Avoir fait une belle expérience, c’est avoir vécu et qui plus est entendu de fort belles choses, qui resterons gravées en mémoire, qui jalonneront notre parcours, chacune  apportant une petite pierre à l’édifice sonore en continuelle évolution.

D’ailleurs, dans le mot expérience, il y a expert, ou expertise. Par l’expérience, et l’expérimentation, on devient « expert », expert en perpétuelle construction  certes.

Cent fois sur ton métier tu remets ton ouvrage, c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en écoutant qu’on devient écouteur, c’est parce qu’il y a des écoutants qu’il y a des paysages sonores… Suite de maximes avérées.Et croyez moi, j’en parle d’expérience.

Confronter  

Confronter, se confronter à, littéralement en face à face, de front à front, proche d’ailleurs du fait de s’affronter…

Mais ici, évacuons la notion belliqueuse, ne montons pas au front, prenons la confrontation dans son sens plus positif, celui d’espaces de comparaison, de frottements, de rencontres et d’échanges. Et c’est dans le sens de la rencontre, non pas guerrière, mais plutôt en la pensant féconde en échanges que la confrontation s’opère ici.

Confronter des paysages.

Imaginons.

Plusieurs parcours, plusieurs points d’ouïe, plusieurs moments, plusieurs contextes…

Chacun singulier, dans ses événements, son déroulé, les enchaînements,  les itérations, les superpositions d’ambiances, de sources…

Les comparer, en tirer de chacun la substantifique moelle, les faire de croiser, s’entre-écrire, se fictionnaliser, de façon à proposer une série d’expériences parfois improbables mais Oh combien stimulantes.

Confronter les participants

Imaginons.

Acteurs sur différentes actions, acteurs de différents champs, confrontons nos vécus sur un projet commun, ou pourquoi pas, sur l’ensemble de nos activités. Ne pas garder pour soit mais avoir l’envie de créoliser, d’hybrider, de malaxer une pâte aux ingrédients multiples, penser et pratiquer une ouverture sur de multiples possibles offerts à la rencontre.

Confronter les moyens

Imaginons.

Comme des coopératives qui mettraient en commun(s) des savoir-faire théoriques, techniques, opérationnels, allons plutôt vers le partage que le pré carré aux « secrets » jalousement gardés.

Concoctons ensembles des dispositifs, outils pédagogiques, ressources open sources, développons des passerelles participatives, des portails et autres outils qui confrontent, sans esprit de concurrence, et croisent nos projets.

Ces confrontations positives, bénéfiques, sont parfois inscrites dans des réalités de terrain, mises en œuvre, expérimentées, et parfois restent en formes de vœux pieux,  de choses potentiellement faisables à plus ou moins long terme, voire de parfaites utopies dans des tiroirs oubliés.

Osons néanmoins confronter idées et  réalisations, acteurs et savoir-faire.

Osons faire en sorte de sortir de notre petite niche confortable, pour que les raisons et les motivations de construire des paysages sonore écoutables et vivables restent plus que jamais une priorité d’actualité.

Et comme je le répète régulièrement, les choses étant ce qu’est le son.

Immersion, l’oreille paysagère

Festival ElectroPixel à Nantes – Apo33 – 2013

L’immersion dans sa définition première, désigne « quelque chose, quelqu’un qui, plongé dans un liquide, subit un mouvement descendant »1.

Il y a donc une notion de bain, d’être entouré de, qui peut être agréable, mais aussi, dans la descente, une sensation nettement moins positive. Être trop immergé, peut risquer la noyade, dans le sens physique comme symbolique. Une forme de Muzac envahissante par exemple, qui noierait notre discernement, annihilerait la notion de goûter pleinement et volontairement à quelque chose d’audible.

Mais nous laisserons ici l’approche négative, voire dangereuse de l’immersion, pour la penser comme « le fait de plonger ou d’être plongé dans une atmosphère quelconque »2, qui est sa deuxième définition; ici plongé dans un bain sonore et/ou musicale.

Prendre un bain de son, être entouré de sons, sentir les sons nous envelopper, se laisser porter, transporter.

L’immersion est donc ici une posture sensible, produite par un geste artistique, en l’occurence par une œuvre audio proposée aux écoutants, eux-même placés de façon à ressentir l’espace sonore se déployer autour d’eux, dans des mouvements qui les placent au centre de la scène acoustique, et non pas dans une configuration frontale, comme dans beaucoup de concerts.

Ces dispositifs immersifs et de diffusions via notamment le multicanal, ne sont certes pas nouveaux. Dés le début des années 70, l’Acousmonium, tel que l’a nommé François Bayle, ou orchestre de hauts-parleurs, permet aux compositeurs d’écrire et de diffuser dans des espaces acoustiques multi-directionnels. De la musique concrète à la musique électroacoustique, puis acousmatique, l’auditeur est au centre de l’écoute, avec néanmoins toutes les limites de se trouver au plus près du sweet spot, point d’écoute idéal et central, géographiquement parlant.

Les technologies évoluant, le multicanal emprunte différents dispositifs, de la diffusion WSF – Synthèse d’hologrammes sonores de l’IRCAM aux diffusions ambiphoniques, sous des dômes équipés de très nombreux haut-parleurs, en passant par des casques VR, des diffusions spatialisées par des HP mobiles hyper-directifs… Les procédés d’immersions continuent de placer l’auditeur dans un bain sonore parfois assez impressionnant.

Reste à sortir d’une forme d’esbrouffe technologique pour composer des œuvres qui, par leurs qualités intrinsèques, fassent justement oublier le dispositif, pour que ne reste plus que le geste créatif, l’œuvre, qui va embarquer l’écoutant sans mettre le dispositif en avant.

Mais au-delà des dispositifs, petits ou grands, modestes ou impressionnants, l’immersion peut-elle se faire sans machinerie technologique spécifique, sans appareillage de l’oreille, à oreille nue ? Peut-on se sentir entouré de sons, voire de certaines formes de musiques, sans avoir recours à des modes de diffusions électroacoustiques, ni même instrumentales ?

Bien sûr, si je pose ainsi ces questions, c’est que je vais certainement répondre que oui. Question orientée.

Dans ma pratique liée au paysage sonore, le Soundwalking, la balade sonore, et ce que je nomme les PAS – Parcours Audio Sensibles, sont de fait des gestes qui proposent aux « marchécoutants » des situations naturellement immersives.

Se plonger dans les sons des centres villes comme dans ceux de forêts, de montagnes, de bords de mer, sentir les sons bouger autour de nous, nous envelopper, nous dessiner tout un paysage auriculaire lorsque nous fermons les yeux (cinéma pour l’oreille) sont des façon de se trouver dans un bain sonore sans cesse en mouvement, en transformation.

Je penserai ici aux « Listen » de Max Neuhaus.

De même, la notion de point d’ouïe, d’arrêt sur son, de poste d’écoute, nous proposent de mettre notre écoute au cœur des ambiances acoustiques, paysagères, que nos marches ponctuées d’arrêts nous font pénétrer de plain-pied, de pleine oreille oserais-je dire.

Cette immersion paysagère est donc esthétique, mais aussi écologique, voire écosophique. Poser une oreille attentive aux ambiances environnantes nous apprend à écouter, à nous entendre, à mieux, à bien nous entendre, peut-être à nous ré-entendre avec nos milieux, vivant et non vivant compris. On pourra y percevoir les aménités qui nous feront apprécier les musiques des lieux, tout comme les désagréments, les frictions, les dysfonctionnements, entre saturation et paupérisation.

Plus l’immersion sera profonde, plus la conscience d’un milieu acoustique superposant et alternant moult ambiances nous réjouira, nous inquiétera, peut-être nous alarmera.

Le geste artistique, y compris celui de l’écoute, n’est pas que fabriquer du beau bien pensant, du divertissement et du rêve. S’il peut aspirer à des formes de sublimation du monde, il peut aussi déranger nos bonnes consciences, montrer ce qui va dans le mur, et pas que dans le mur du son. L’artiste n’est pas exclus, bien au contraire, de prendre une position politique, au sens premier du terme, de s’impliquer dans l’espace public.

L’écoute paysagère immersive, être au cœur des choses, prend ici partie de montrer ce qui fonctionne comme ce qui dysfonctionne (Low-Fi et Hi-Fi de Murray Schafer) et de nous mettre l’oreille devant des dégradations écologiques, sonores comprises, dont l’accélération, si ce n’est l’emballement, doivent urgemment nous alerter.

A bon entendeur salut ! Disait Scarron.

1Définition CNTLR

2Définition CNTLR

Texte rédigé pour les Rencontres Acousmatiques 2021 « Imaginer l’immersivité » 2 et 3 juillet 2021 – CRANE Lab« 

A lire : Actes des rencontres, tous les textes

L’écologie sonore, encore et toujours

L’écologie sonore, développée par feu Raymond Murray Schafer dans les années 70, est bien plus qu’un concept.
C’est un approche esthétique recherchant une meilleure, voire une belle écoute de nos éc(h)osystèmes, et de ses habitants, usagers…
C’est une façon de poser une écoute critique in situ, vigilante aux dysfonctionnements de nos milieux auriculaires, entre saturations, paupérisations et disparitions, mais aussi vers des aménités paysagères.
C’est un façon d’introduire la notion de paysage sonore comme une constituante, non seulement sonométrique, quantitative, mais aussi esthétique, patrimoniale, sociétale, dans des groupes de recherches, des équipes d’aménageurs, artistes, décideurs politiques…
C’est un inventaire des lieux fragiles, ou des espaces oasis acoustiques, à préserver et à modéliser/adapter pour des aménagements urbains ou non.
C’est une action de tous les jours et de chacun.es, quelle que soit son échelle.

PIC – Paysage, Improvisation, Concert

Paysage

Improvisation

Concert

PIC
Les choses étant ce qu’est le son

 

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Intention

Je suis parfois insatisfait de morceler, de diviser, une démarche qui convoque à la fois des approches liées à l’écoute, la musique, ou la création sonore, le paysage, l’écologie voire l’écosophie et des formes de sociabilités sonores.

Comment trouver une cohérence qui puisse servir un propos alliant le faire et la réflexion, avec un large public, non forcément initié ?

Alors je construis un projet , un processus, un démarche qui pourrait tomber à PIC (Paysage Improvisation Concert).

Marcher, écouter, repérer, enregistrer, improviser des paysages en live, à partir des captations sonores captées in situ, faire ré-entendre, en parler... Un projet contextuel, de quelques jours à quelques semaines, que j’ai expérimenté et pratiqué lors de mes dernières résidences artistiques en Russie et au Portugal… Un dispositif à la fois bien cerné pour être efficace, et assez souple pour se confronter à de multiples espaces géographiques.

Des PICs en chantier qui, bien évidemment, ne demande qu’à s’exporter…

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Paysage Improvisation Concert

Le projet:

Un promeneur écoutant preneur de son, un travail autour du field recording, du soundwalking, de la lecture/écriture de paysages sonores.

Phase 1

Se promener, magnétophone en main, oreilles aux aguets.

Capter des ambiances, des échantillons sonores, l’esprit auriculaire des lieux.

Les restituer lors d’un PIC (Paysage, Improvisation Concert).

Phase 2

Improviser, lors d’un concert, d’une performance live, à partir des échantillons sonores, non mixés, récoltés in situ.

Possibilité de précéder le PIC d’un PAS – Parcours Audio Sensible (Soundwalk) et de le poursuivre par une conférence/causerie autour des notions de paysages/parcours sonores et points d’ouïe, des rapports esthétique/écologie/sociabilité sonores.

Timing

Cycle court : 2 à 3 jours d’enregistrement, repérage, écoute, dérushage.

Un jour de répétition, concert.

Résidence sur plusieurs semaines, à définir selon le projet

Dispositif

Enregistreur numérique et logiciels audio amenés par l’artiste.

Sur place, un système son stéréo pour la diffusion improvisation.

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Photos PIC Saint-Pétersbourg/Kaliningrad – Institut Français de Russie Festival Sound Around 2019

 

Desartsonnants


POINTS D’OUÏE ET PAYSAGES SONORES PARTAGÉS

SONOS//FAIRE

DESARTSONNANTS PROFIL ET PROJETS SUR LINKEDIN

34 rue Roger Salengro

69009 LYON

Skype : desartsonnants
Portable : +00 33 (0)7 80 06 14 65
desartsonnants@gmail.com

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EN IMAGES

EN VIDÉOS

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des oasis sonores et des traversées nocturnes

Je travaille aujourd’hui sur de nouveaux projets dé-ambulants, en chantier, en co-gitation :
– Oasis sonores, les aménités paysagères urbaines
– Traversées nocturnes, la nuit transfigurée.

 

24434375126_c68f32167e_o© Photo  Nomade Land  – PAS à Lyon Croix-Rousse

Les oasis sonores sont, pour moi, une forme de réponse à un monde trépidant, voire acoustiquement stressant dans l’augmentation, la surenchère du bruit ambiant. Ils questionnent donc essentiellement le milieu urbain. Il s’agit de retrouver des poches de tranquillité, des microcosmes sereins, des espaces auriculairement apaisés, esthétiquement beaux. Je propose pour cela une déambulation urbaine dans des lieux parfois surprenants, amènes, décalés, en rupture avec une ville survoltée. En bref, la recherche d’un panel d’aménités paysagères contrebalançant une certaine violence sonore du monde urbain, est au cœur du projet.

 

La Romieu - Gilles Malatra - foto ienkeka - 08© Photo Ienke Kastelein – Made of Walking – La Romieu 2017

Les traversées nocturnes, marches urbaines de nuit, participent également à la quête d’une écoute empreinte de quiétude. La nuit est un espace-temps où les perceptions sont à la fois augmentées, stimulées, et atténuées. Les lumières et les sons s’y trouvent dé-densifiés et pourtant mis en avant, comme des figures sur fond nettement marquées, très prégnantes bien que plutôt adoucies. Nos perceptions, les stimuli sensoriels, sont baignés, lors de parcours urbains, dans un halo poétique, une quiétude inhérents aux ambiances nocturnes.

Les deux projets, étant pensés dans une continuité, se font naturellement écho, et peuvent donc se mener de façon complémentaire et enchainée.

Des espaces de travail in situ, tels des universités, festivals, résidence artistiques, workshops, sont d’ors et déjà en prévision. Parmi eux : Lyon, Mulhouse, Villeurbanne, Saint Vit, Cagliari, La Chaux de Fond, Paris, les centres culturels de Pérouges, Crane Lab et Lacoux, City Sonic à Charleroi, Aix-en-Provence…
Ailleurs… Chez vous ?

Et toujours plus que jamais d’actualité, l’Inauguration de Points d’ouïe cherche des nouveaux sites auriculaires remarquables à valoriser !

Ceci est une oreille tendue vers des espaces intéressés ?

Desartsonnants@gmail.com