PAS – Parcours Audio Sensibles dans le Haut-Bugey

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Une résidence Tiers-lieux, workshop d’une dizaine de jours dans le Centre d’Art Contemporain de Lacoux
Une problématique autour de l’Anthropocène
une fin de plateau montagnard en éperon saillant, dominant une profonde faille jurassique
des forêts, cascades, prairies
un camping sauvage
une yourte,
25 artistes de France, Belgique, Allemagne, Maroc
un souffle de folie, jour et nuit (ou presque)
des dessins, sculptures, ondes sonores
des performances
des mises en scène du vivant, du végétal
deux marches sensibles, vibratoires
deux marches où écoute(s) et graphies s’entremêlent
du lâcher-prise
la conscience de la mère nature
de soi
de l’autre
des ondes circulantes
une collecte de sons
de silences, de mots
de gestes
d’expériences kinesthésiques
de matières
de lumières
de rencontres
de croisements
d’hybridations
une profonde écoute
de ressentis parfois exacerbés
des échanges fertiles
humains
profondément humains
une aventure collective
d’une rare intensité
presque hors du temps.

 

Des images

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Encore des images

 

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PAS – Parcours Audio Sensibles, des phrases et des images

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Je ne suis jamais aussi heureux que lorsque mes oreilles et mes pieds arpentent, avec de nouvelles personnes, de nouveaux cheminements. Mais les retrouvailles de lieux et de gens, les re-parcours qui ne cessent de m’étonner, de me surprendre, sont aussi exaltants.

 

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« Je suis le souverain de tout lieu que j’arpente, mon droit en cela n’est pas à discuter » Alexander Selkirk – Cité par Henry David Thoreau – Walden

 

 

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« Chaque lieu où je m’asseyais était un lieu où je pouvais vivre, et le paysage irradiait autour de moi en conséquence » Henry David Thoreau – Walden

 

 

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Il me faut marcher avec les autres, conteurs, poètes, plasticiens, performeurs, théâtreux, écologistes, urbanistes, sociologues, écouteurs, paysagistes, ou tout simplement marcheurs… Il me faut marcher avec les autres pour comprendre la teneur de mon propre projet et peut-être un peu mieux la façon de le forger. Il ne s’agit pas là de trouver une inspiration, un éclair de génie, de nouvelles explorations reproductibles, mais de partager des moments de rencontre, des situations, des contextes, de chercher l’esprit de la marche, de l’écoute, tout au moins celui auquel j’aspire.

Avant PAS, pré-ambulation

Les PAS – Parcours Audio Sensibles que je préfère sont ceux que j’ai pu préalablement murir sur le terrain, le temps de l’arpentage, le plus long que possible, précédant leurs versions publiques.

C’est dans ce premier repérage où je me joue des surprises et autres impromptus, au détour d’un carrefour, ou je crée du détournement de sites par trop emblématiques, pour en montrer/faire entendre l’envers du décor, fut-il sonore. Traverser une place historique, monumentale, pour en visiter son parking souterrain est un gentil contrepied que ne peuvent se permettre les guides conférenciers du patrimoine, moi si, et qui plus est avec grand plaisir !

C’est là où les préludes à la marche finale, solitaires ou accompagnés, sont des hors-d’œuvres savoureux, et je trouve ici cette expression tout à fait bienvenue, carte en main, ou se fiant à ses seules oreilles livrées sans contraintes à l’espace investi.

Ce sont dans ces pré-ambules que les PAS trouvent leurs rythmes, leurs cheminements, même approximatifs, leurs histoires, dans cette maturation féconde. Et ce y compris dans des lieux que je connais, ou crois connaitre très bien.

Mise en jambe, mise en oreille, en écoute, pré-installation du parcours sonore, j’amorce ce qui deviendra par la suite une construction mobile, éphémère et partageable.

Pour cela, il me faudra sans doute jouer de l’errance, du désordre (et Dieu sait si je suis capable du pire désordre) sans chercher à cadenasser le parcours dans un préconçu mode touriste qui doit voir, passer par, admirer, ne pas rater…

Si au fil du temps et des PAS, il me semble avoir retenu une idée pertinente, c’est qu’il ne faut surtout pas que j’impose mes points de vue, d’ouïe, aux espaces et aux moments, mais que je fasse confiance à l’esprit des lieux pour guider mes cheminements, gestes d’écoute et postures. Quitte parfois à les contredire pour mieux m’y frotter.

Et c’est lors de préambules encore informels que je peux oser et tenter beaucoup de choses, dont certaines viendront tisser la trame du parcours en gestation.

PAS – Parcours audio sensibles en écrits, et inversement

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L’écriture, je parle ici de l’écriture textuelle, et non pas celles, géographique, physique, corporelle, kinesthésique, que le promeneur écoutant trace de son propre corps in situ, est un moteur dynamique essentiel pour mes PAS.

Qu’elle soit préalable, écriture prospective, de projet, ou bien concomitante, écriture de l’action, du geste, d’expériences, ou encore postérieure, écriture trace, partage, reconstruction, recréation, ces différentes formes d’écritures donnent à mon travail un allant quasi vital.

Par le mot, la phrase, la pensée couchée sur papier, ou ailleurs, je ne cesse de questionner le pourquoi et le comment, doute parfois, cherche ce qui peut fructifier en moi à l’issue de mes marches, et ce que je pourrais dés lors en proposer à mes futurs promeneurs écoutants embarqués.

Je tente de réinventer, ou tout au moins à repenser, dans ces écrits, pour chaque nouveau PAS, un cadre, un dispositif, une posture, un état d’esprit, esprit des lieux, esprit du groupe, esprit de la marche.

L’écriture est un acte d’ouverture, d’aventure, de désenfermement, d’extrapolation, de rebondissement, de problématisation, de remise en cause, de revitalisation, et bien plus encore… C’est une forme de jeu fonctionnel, permettant une marge de manœuvre, si ce n’est une marche de manœuvre (pacifique), voire une forme de jeu, au sens premier du terme, participant à la construction d’espaces ludiques et dynamiques. Sans elle les choses peuvent aussi marcher, mais sans doute de façon plus figées, moins allantes, dans une routine paupérisante, pétrie d’immobilisme.

Le pendant de l’écriture, son alter ego, intimement lié, jumeau symbiotique, est le geste ambulant, où le corps-même est en jeu dans les Parcours Audio Sensible. Les aller-retours entre gestes factuels physiques et écritures-pensées sont les ferments d’un dispositif suffisamment souple et malléable pour épouser différents cas de figure, aléas et singularités, et s’adapter, autant que faire se peut, à de nombreux espaces-temps-publics.

Je pense donc je marche, je marche donc je pense, et qui plus est, j’écoute.

 

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Marcher, parler, danser l’espace Matières/manières d’écoutes

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Le corps est dans l’espace
Il y bouge
s’y déplace
s’y déploie
s’y replie
y prend place
danse
écoute
sensible aux stimuli
réceptacle sensoriel
miroir de soi
de l’autre
d’un iota de ville toujours en devenir
le corps construit sa bulle
il occupe sa bulle
croise celles des autres
les traverse
les modifie parfois
y crée des interstices
espaces privés publics
personnels et communs
intimes et extimes
imbriquements complexes
tissu de gestes physiques
tissu de gestes perceptuels
tissu de gestes relationnels
tissu de gestes conceptuels
l’espace est dans le corps.

 

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La ville comme terrain kinesthésique
arpenter
sentir
se sentir
re-sentir
se protéger
s’ouvrir
entre les entre-deux
les entre-sols
les entre-soi
entre-l’autre et entre autres choses
aller vers ou s’éloigner
tendre l’oreille
prêter l’oreille
bien ou mieux s’entendre avec
une ville un corps autrui
oreille arpenteuse
oreille épieuse
oreille un brin voyeuse
oreille généreuse
oreille voyageuse
oreille cartilagineuse
organe prolongement d’un corps
comme un cap tendu vers
ou aimant sonifère
l’écoute est mouvante
La kinesthésie comme terrain urbanique.

 

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Tout espace est in-carné
à prendre corps
à bras le corps
à corps perdus et retrouvés
de villages en cités
l’oreille au pied du mur
le mur à portée d’oreilles
et le mouvement syncrétique
telle hétérotopie mouvante
cité de sons en friche
rumeurs et signes
magmas et émergences
accrochés au construit
architecture liquide
flux et autres flux
le corps s’y noie
le corps s’y baigne
adapte sa rythmie-cité
aménage sa sur-vie
via les sens chahutés
des résistances salutaires à terre
tout in-carnation est espace.

 

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La marche met en branle
le mouvement architecture
la trajectoire balise
le parcours accomplit
l’espace contraint
l’obstacle stimule
la barrière se contourne
ou donne envie de franchir
la lisière se dessine
comme parfois structure
le sensible y fait sens
le phénomène y apparait
la carte peut guider
ou tracer les traces
ou faire perdre le Nord
à celui qui s’y fie
tandis que l’oreille entre autre
jauge juge repère
l’ébranlement met en marche.

 

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La parole se fait nomade
elle dit
commente
invente
raconte
récite
interpelle
appelle
urbanise
ré-unit
critique
revendique
résiste
va de paire à l’action
réinvente l’Agora
fabrique le récit
les mythes de cités inaccomplies
elle se colle à l’écoute complice
s’encanaille d’emprunts
part du corps racontant
des histoires ambulantes
les propose à autrui
ou en son for intérieur
le mot peut se coucher
sur le grand livre des villes
ou s’oraliser façon griot
le nomade se fait parole.

 

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Aller plus loin que la marche
danser l’espace
lâcher prise
un brin de révolte douce
des corps à l’unisson
des corps frictions
forcer l’union
prendre prises
les aspérités aidant
des contrepoints urbains
les sons comme musique(s)
donnent le la comme le là
façon de chorémarchécouter
les acoustiques s’en mêlent
la ville est corps écoute
réceptacle sonique
spectacle auriculaire
le bruit se fait complice
le groupe crée de l’espace
l’espace soude les contacts
le spectateur peut y emboiter le pas
ou pas
la marche s’organiser autrement
ses rythmes impulser le tempo
en cadences stimulantes
chamboulements urbains
l’oreille se démultiplie
relie la ville au corps
et le corps à la ville
danser plus loin pour aller.

 

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Ce texte est né de rencontres d’ami.es complices de marches/expériences, qui dansent et performent la cité, la traversent autrement, et me donnent l’énergie d’expérimenter encore en frottant mon oreille et battant le pavé.
Lyon, dans la chaleur de l’été 2018

ZEP – Zone d’Écoute prioritaire Lyon

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La World Listening Day Lyonnaise

Le mercredi 18 juillet, comme tous les ans à cette même date, au quatre coins du Monde, on célébrait la Journée mondiale de l’écoute, autrement et initialement nommée World Listening Day, impulsée par le réseau World Listening Project

Desartsonnants étant Lyonnais ce jour là choisit d’investir le parc de la tête d’Or, et d’inviter tous ceux qui le souhaiterait à venir marchècouter ce magnifique poumon vert urbain de quelques 120 hectares.

Une poignée de personnes répondirent à l’appel et acceptèrent une marche silencieuse d’une bonne heure.

Ce jour là, pas de Point d’ouïe, pas d’arrêts sur écoute,mais le parti de marcher lentement, sans interruption, en jonglant d’une source sonore à l’autre, dans un grand mixage plein de coupures, de superpositions, de transitions, est somme toute de belles surprises. Surprises parfois calculées par le guide, ou tout au moins revisitées à l’aune de la marche.
Pas de repérage préalable pour cette marche dans ce parc, qui m’est du reste assez familier; une errance guidée par les événements sonores, la recherche de l’ombre parfois, et les humeurs du meneur.

Un première petite boucle de mise en jambes et en oreilles.
Cris d’enfants
jeux de ballons
bribes de conversations volées ci et là
Cygnes barbotant dans le lac
sous-bois bruissonnant du vent dans les feuilles…

Retour à la porte d’entrée pour récupérer une nouvelle promeneuse, nouveau départ pour une grande boucle cette fois-ci.
allée gravillonnée, crissements de pas
joggeurs haletants
une pelouse où les voix s’égaillent dans un vase espace, belle spécialité acoustique
traversée d’une troupe d’oies bavardes (pléonasme), qui nous regardent méfiantes
un autre groupe d’oie se posent, augmentant cette basse-cour dans un déchainements de cacardages impressionnants
traversée d’une roseraie assez calme
passerelle en bois qui résonne sous nos pas
petite chute d’eau rafraîchissante
une famille africaine, dont les enfants sont effrayés par un (petit) chien, pourtant pas méchant. Cris, cris, cris, interjections, rires, pleurs… Nous passons discrètement au milieu de cette scène très animée.
un jardin botanique alpestre assez calme
de tout jeunes canards dans un filet d’eau poussent des petits cris aigus.
une voix ferrée droite, des trains grondent au-dessus de nos tête, cachés par un talus arboré.
nouveau tronçon d’une allée gravillonnée, beaucoup plus de joggeurs dans la chaleur diminuant de cette fin de journée. Chacun y va de son rythme, martèlements piétinements incessants, respirations saccadées, aisance ou souffrance. Le passage-séquence a quelque chose d’envoûtant, telles des variations répétitives à la Steve Reich.
Une allée centrale goudronnée, avec cette-fois-ci des vélos, skates, trottinettes… autres mobilités, autres rythmes, autres sons.
allée longeant le lac, une buvette en cours de fermeture, sons métalliques, charriots
La grande porte à nouveau, fin de ce PAS.

A quelque encablures de la sortie, le guide libère la parole, échanges, d’expériences, de connaissances, ainsi s’achève la World listening Day lyonnaise.

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La marche, l’écoute, pratiques du commun

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Très jeune, nous avons arpenté, avec mes parents, forêts, prés et montagnes.
La randonnées entre amis a occupé par la suite nombre de mes vacances et loisirs.
Milieu des années 80, je découvre le paysage sonore, et les promenades écoute, pour comprendre et partager des préoccupations esthétiques, environnementales, écologiques, sociales…
Cette découverte infléchira profondément mon travail, et plus généralement ma façon d’entendre le monde.
Aujourd’hui, plus que jamais, je questionne la marche, solitaire ou collective, l’écoute, dans une recherche-action liée à des projets de territoires, à des sites et à des hommes.

Par curiosité, j’ai fouillé et creusé en direction des pratiques pédestres, dans leur grande diversité.
Marche sportive, athlétique, de santé
flânerie, errance, dérive
approche touristique, randonnée
forme méditative, poétique, philosophique, quantique
performances artistiques, écritures kinesthésiques, esthétiques in situ, photographiques, sonographiques
lecture, analyse, diagnostique de territoire, géographie sensible, outil d’aménagement du territoire, étude des mobilités et sociabilités
action politique, revendicative, commémorative, contestataire
Et toute autre formes hybrides et inclassables…

Accumuler de la ressource, quantité d’écrits, de traces, des expériences, des rencontres… fabriquer des matières à penser la marche en grande pointure, au sens large du terme… Tout cela me pousse à rechercher quel fil conducteur, quel point(s) commun(s) je pourrais dégager de cette pratique en ébullition, en tous cas fort prisée de nos jours.
Comment trouver chaussure à son pied pour suivre un chemin, voire plusieurs, sans trop s’égarer, ou juste ce qu’il faut pour garder la curiosité intacte et mobile ?

N’en déplaise à Jean-Jacques, pour moi c’est le geste collectif qui prime sur l’individuel, même si je reconnais qu’arpenter en solitaire puisse avoir un certain attrait, notamment celui de se retrouver dans ses propres pas, de tenter de suivre ses propres traces, et peut-être d’en laisser de nouvelles.
Construire collectivement, ne serait-ce qu’un espace-temps d’écoute, est un atout que la marche favorise. Elle peut faire éclore des prises de consciences par l’expérience partagée du terrain et au-delà, des actions à venir, plus engagées, quel que soit le niveau d’engagement.

Il m’apparait ainsi que marcher m’inscrit d’emblée, m’implique, dans un territoire. Je passe par, et le paysage me traverse aussi, il influe ma démarche, me modèle quelque part. Je suis un acteur mobile, récepteur-émetteur, qui pourra conscientiser des formes d’admiration, de respect, voire prôner des politiques de protection, de valorisation (en se méfiant d’un tourisme de masse), d’aménagement raisonné…

Quelque soit la forme de marche, sa durée, sa destination, sa trajectoire, son public, la marche s’inscrit donc dans une visée politique, au sens premier du terme, celui qui a rapport à une société organisée, pour le meilleur et pour le pire. Marcher, écouter, c’est dés lors participer, me confronter, me frotter à une organisation sociale, avec l’envie naturelle d’en extraire les meilleurs choses, et si possible de les faire fructifier. Un exemple terre à terre si je puis dire, serait le fait de mieux réfléchir aux circulations piétonnes en ville. Moins de voitures, plus de piétions, des trajets agréables, sécurisés, dans des approches à la fois fonctionnelles tout en laissant la place aux déambulations plus « aventureuses ». Des cheminements, tracés, ou simplement suggérés, qui puissent encore surprendre, en s’encanaillant avec le péri-urbain par exemple, comme des liens tissés entre hyper-centres et territoires excentrés, souvent par les politiques d’aménagement, ou les politiques tout court.

Le commun est donc à portée de pieds, se fabriquant au fil des marches, accumulant les expériences sensibles et les réflexions autour des pratiques partagées. Traverser la ville, suivre un chemin de pèlerins, participer à une manifestation, partir en randonnée, en promenade familiale, ou guider un PAS – Parcours audio Sensible, autant de façon de franchir, de s’affranchir même d’un quotidien souvent trop balisé.