PAS – Parcours Audio Sensibles, des oasis sonores et des traversées nocturnes

Je travaille aujourd’hui sur de nouveaux projets dé-ambulants, en chantier, en co-gitation :
– Oasis sonores, les aménités paysagères urbaines
– Traversées nocturnes, la nuit transfigurée.

 

24434375126_c68f32167e_o© Photo  Nomade Land  – PAS à Lyon Croix-Rousse

Les oasis sonores sont, pour moi, une forme de réponse à un monde trépidant, voire acoustiquement stressant dans l’augmentation, la surenchère du bruit ambiant. Ils questionnent donc essentiellement le milieu urbain. Il s’agit de retrouver des poches de tranquillité, des microcosmes sereins, des espaces auriculairement apaisés, esthétiquement beaux. Je propose pour cela une déambulation urbaine dans des lieux parfois surprenants, amènes, décalés, en rupture avec une ville survoltée. En bref, la recherche d’un panel d’aménités paysagères contrebalançant une certaine violence sonore du monde urbain, est au cœur du projet.

 

La Romieu - Gilles Malatra - foto ienkeka - 08© Photo Ienke Kastelein – Made of Walking – La Romieu 2017

Les traversées nocturnes, marches urbaines de nuit, participent également à la quête d’une écoute empreinte de quiétude. La nuit est un espace-temps où les perceptions sont à la fois augmentées, stimulées, et atténuées. Les lumières et les sons s’y trouvent dé-densifiés et pourtant mis en avant, comme des figures sur fond nettement marquées, très prégnantes bien que plutôt adoucies. Nos perceptions, les stimuli sensoriels, sont baignés, lors de parcours urbains, dans un halo poétique, une quiétude inhérents aux ambiances nocturnes.

Les deux projets, étant pensés dans une continuité, se font naturellement écho, et peuvent donc se mener de façon complémentaire et enchainée.

Des espaces de travail in situ, tels des universités, festivals, résidence artistiques, workshops, sont d’ors et déjà en prévision. Parmi eux : Lyon, Mulhouse, Villeurbanne, Saint Vit, Cagliari, La Chaux de Fond, Paris, les centres culturels de Pérouges, Crane Lab et Lacoux, City Sonic à Charleroi, Aix-en-Provence…
Ailleurs… Chez vous ?

Et toujours plus que jamais d’actualité, l’Inauguration de Points d’ouïe cherche des nouveaux sites auriculaires remarquables à valoriser !

Ceci est une oreille tendue vers des espaces intéressés ?

Desartsonnants@gmail.com

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POINTS D’OUÏE – LA MINOTERIE DU SEUIL DE NAROUZE (Aude – France)

Minoterie de Naurouze

Le bruissement des lieux et La clé des Dormants

Sources : http://minoteriedenaurouze.blogspot.fr/2014/07/meta-morphoses.html#comment-form

Parcours d’écoute entre eaux, vents et pierres
Le bruissement des lieux

Minoterie du Seuil de Narouze (Aude)
sur l’invitation d’Alain Joule et de Pascale Goday 
dans le cadre du Méta-Opéra « La clé des Dormants »

A mon arrivée, de très belles surprises, trois éléments se partageaient la vedette pour donner au lieu une incroyable force physique, esthétique, et dynamique.
Le premier à m’accueillir fut le vent. Un grand vent d’Autan, coutumier de cette région, omniprésent et tempêtueux ce jour là. Ce vent gronde, balaie les feuillages à qui il donne voix, du sourd gémissement aux bruissements des peupliers trembles les bien nommés. Il s’engouffre dans les fous les espaces de la minoterie, par le moindre interstice, la moindre tuile mal ajustée, et donne à chaque pièce, à chaque couloir, une couleur sonore différente. C’est un vent maestro, virtuose, même si dit-on, à forte dose, il rend fou par l’intensité de sa présence et sa pugnacité à secouer le paysage. Durant notre balade, il fut néanmoins un allié de poids qui, loin d’écraser l’écoute, lui donna mille reliefs au gré de ses bourrasques, accalmies, et des sites traversés, plus ou moins protégés ou exposés, naturels ou bâtis.
Le second élément rencontré, incontournable lui aussi sur ce site fut l’eau. La minoterie du Seuil de Narouze a naturellement construit son moulin sur un cours d’eau, et est de plus située sur une ligne de partage des eaux, à quelques centaine de mètres du canal du Midi et d’un lac artificiel, bassin de rétention construit sous le règne de Louix IV. L’eau est donc elle aussi une constituante des plus importante du site. Elle est d’ailleurs ici exploitée de façon très complexe pour la régulation et l’irrigation des plaines agricoles du Lauragais. De nappes tranquilles et silencieuses en des rigoles ou bassins encaissés, d’ou elle surgit par des boyaux rétrécis, avec un grondement imposant des puissantes basses, l’élément aquatique propose une riche palette de sonorités. Ces nombreuses manifestations la rendent acoustiquement présente quasiment partout sur le site, à différents degrés, pour le bonheur du promeneur écoutant. Un espace tout à fait magique est la salle des turbines, sous la minoterie. On y accède par un escalier escarpé qui nous amène au cœur d’une immense salle où se dressent d’énormes machineries, turbines, tuyaux… décor de science-fiction à la Jules Verne noyé dans un tonnerre aquatique véritablement assourdissant. A la fois un émerveillement mais aussi, paradoxalement, un enfer pour les tympans pour qui s’y attarderaient trop longtemps.
Un des gestes les plus intéressants de ce parcours fut le grand nombre possibles de mixages eau/vent, en jouant sur des approches ou des éloignement progressifs des sources aquatiques, fondus enchaînés auriculaires, laissant plus ou moins de place aux éléments dans leurs équilibres, ou déséquilibres, dans leurs maîtrises ou hésitations aléatoires.
Et enfin le troisième élément à m’accueillir dans ses murs fut la pierre. L’imposante masse de la Minoterie désaffectée, de ses différents corps de bâtiments sur deux étages, traversés de cours d’eau aménagés, avec le moulin, les silos, les habitations, la sale de lavage, les espaces de séchage… Déambuler dans un tel lieu, au volume impressionnant, offre un choix de points de vue et de points d’ouïe qu’il faudrait prendre beaucoup du temps pour en explorer toutes les finesses. Néanmoins, après une écoute rapide, ces espaces sonnent chacun de façon différente, avec plus ou moins de porosité avec l’extérieur. Des escaliers en bois craquent joliment, une salle avec un bassin de lavage présente une acoustique tout à fait remarquable, endroit idéal pour installer temporairement des sons décalés via des craquèlements de céramiques mêlés à des chants d’oiseaux malgaches et à l’échauffement vocale de l’artiste Pascale Goday captée quelques heures plus tôt in situ… Une grande cage-Volière dans le hall d’entrée se comporte, explorée au stéthoscope, comme une incroyable harpe métallique, avec des résonances et des harmoniques que l’on excite de la main, et qui chantent différemment selon les caresses, tapotements ou pincements de ses cloisons en fil de fer. Dehors, on explore le grondement d’une chute d’eau du trop plein « la rigole » alimentant anciennement le moulin. Sans parler de tout ce qui a échappé à mon oreille tant le lieu et vaste et riche…
J’avais au départ imaginé, au vue des photos du site, un parcours essentiellement intérieur, architectural en quelque sorte. Mais c’était compter sans la beauté et la richesse de l’écrin extérieur que je ne pouvait plus, arrivé sur place, ignorer. Le parcours joua donc sur des rapports extérieurs – intérieurs, ce qui nous amena à ressentir sensiblement les espaces les volumes, et leurs ambiances spécifiques, et tous les « sas auditifs transitoires » qui les relient.
La question liée aux rapports de l’écoute in situ et à la prise en compte de l’écologie sonore, à noter que nous étions à la date de la « Word Listening day 2014 », amena à un sympathique débat avec les promeneurs écoutants du jour, dont la propriétaire, qui fut ravie de redécouvrir le site et son propre bâtiment à l’aune de ses oreilles.
Ce parcours fut suivi d’un autre parcours Méta-Opéra « La clé des Dormants », écrit parAlain Joule et interprété en duo avec Pascale Goday. Œuvre protéiforme, alternant jeu instrumental, chant, déambulation, actions, peintures, installations plastiques, projections vidéos et sonores… Cette Clé des Dormant place la communication entre les hommes comme sa problématique centrale. En 10 tableaux écrits dans les murs de la Minoterie, s’y référant, les citant, les magnifiant, le duo d’artistes donne 14 fois la représentation de ce spectacle, chaque fois différent, peaufiné, élargi par notamment la magie des lieux et le travail in situ. Moments magiques, synesthésiques, profondément humains…

Gilles Malatray le bruissement des lieux  -Vidéo d’Alain Joule

Merci Alain et Pascale pour ces très belles rencontres.

http://fightersoftenderness.blogspot.fr/

POINTS D’OUÏE – LE SENTIER DES LAUZES

POINTS D’OUÏE

LE SENTIER DES LAUZES

1ère journée, la résistance acoustique des Lauzes

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L’immense plaisir de me poster au cœur d’un Oto Data d’Akio Suzuki, pour moi un très grand maître de l’écoute !

Il est un sentier de randonnée, niché au creux des Monts d’Ardèche que je rêvais depuis longtemps de parcourir, tout au moins d’en découvrir de visu, à bout de pieds, quelques parties. Ce sentier, le Sentier des Lauzes pour le nommer, est un itinéraire de randonnée aménagé, ponctué d’œuvres de différents artistes, dont Akio Suzuki, Gilles Clément, Christian Lapie, Domingo Citsernos…

Invité par Raymond Delepierre, nous partîmes donc, sur deux jours, oreilles et regard à l’affut, en exploration de cette incroyablement belle région, où les points de vue offrent de majestueux débouchés sur des vallées encaissées, des collines escarpés à la végétation méridionale, des sentiers qui nous emmènent de surprises en surprises. Ici la pierre grise, la lauze est reine. Elle est travaillée, assemblée avec un art consommé, pour donner corps à de somptueuses maisons lovées à flanc d’escarpements rocheux, sur le lit de rivières temporairement asséchées, ou sur des promontoires aux vues imprenables. La lauze se décline en d’innombrables murets et pavages qui se fondent dans le paysage pétri de matières minérales où de très vieux volcans se décèlent encore. Il est d’ailleurs très difficile de décrire, pour qui n’y est jamais venu, cette région dessinée autour de la sinueuse rivière de la Drobie

Pour ce qui est de la première journée, si la vue offrait sans retenue moult paysages tous plus enchanteurs les uns que les autres, les sonorités du pays, sans être pauvres, présentaient une certaine résistance à l’oreille. En fait, le paysage sonore n’était pas, a priori, en adéquation avec le paysage visuel. Il était beaucoup plus retenu, discret, intime, presque caché pour une oreille non avertie. Bien sûr, quantité de sources sonores étaient bien présentes, cigales ponctuant l’espace de rythmes presque réguliers et pourtant capricieux, oiseaux, bruissement du vent dans les grands feuillus, voix réverbérées qui montaient de gorges encaissées… L’auricularité du lieu n’était pas, loin de là, indigente. Pour autant, dans une idée de partage d’écoute, je pensais que la mise en place d’un parcours ou d’une promenade sonore, dans la partie où nous étions, était difficile à faire nettement ressentir à un promeneur non initié, non habitué à une écoute profonde, active. D’où mon expression de résistance des lieux qui ne s’offraient pas spontanément à qui les parcouraient, sans une attention très soutenue, une ouverture d’esprit, un état de réception sensorielle presque exacerbé. Sinon, le paysage visuel noierait l’espace sonore de son imposante majesté, ce qui n’était peut-être somme toute pas si grave que cela, tous les éléments d’un paysage ne pouvant pas se montrer ou s’entendre dans un parfait équilibre.

Cette première journée m’a également permis de découvrir de près les sculptures de Christian Lapie (Silence des Lauzes), d’Akio Suzuki, un grand maître de l’écoute (Oto Date) de Domingo Cisneros (Paroles de Lauzes) et de Gilles élément (Belvédère des lichens). Que du bonheur !

2e journée, l’ouverture tympanique des Lauzes

La deuxième journée nous amène dans un splendide village, Dompnac, niché au creux d’une vallée encaissée, à la confluence de trois rivières descendant des collines abruptes, contre lesquelles la petite bourgade et adossée.

Ici, à la différence avec la première partie du sentier que nous avons exploré la veille, tout semble soudainement, à l’oreille en tous cas, s’éclairer, devenir limpide, lisible, presque palpable.

Un coq nous fait découvrir de son fier chant de magnifiques et longues réverbérations portées et entretenues par les collines voisines. Bien que très asséchés dans cette période de grande sécheresse, les ruisseaux animent néanmoins le site à hauteur de deux ponts d’où l’on peut jouer à mixer progressivement les rives droites et gauches par des fondus déterminés via de lents allers-retours entre les deux parapets de pierre. La quasi absence de circulation automobile permet de jouer ainsi sans risques.

Deux belles cloches en campanile de lauzes coiffent l’église attendant de réveiller la vallée de leurs tintements d’airain.

Malgré la chaleur étouffante, des voix s’échappent des maisons où l’on se tient sagement à l’ombre.

Un théâtre de verdure aménagé laisse penser que le site a été prévu pour des représentations de plein-air.

Un banc surplombant la vallée fait office de point d’écoute des plus agréable.

Le site sonne délicatement, très équilibré, véritable entonnoir acoustique qui fait que nous avons l’impression de nous trouver au cœur d’une immense oreille de pierre, construite par le village-même et les collines et vallées environnantes.

Certaines époques, au printemps par exemple, après une période pluvieuse, un orage, doivent voir le site s’animer de bouillonnements et de grondements aquatiques beaucoup plus toniques qu’en cet été caniculaire et desséchant.

Tout ceci n’est pas sans donner des idées désarçonnantes. On envisagerait ici un beau PAS (Parcours Audio Sensible). Tout d’abord un séjour pour ausculter le village de fond en comble, en prélever des sons, les agencer pour une composition sonore qui pourrait être diffusée dans le théâtre de verdure, pour clore par exemple une balade écoute publique. Le site serait également un terrain propice à l’élaboration d’un petit parcours où une signalétique nous inviterait à tester des postures d’écoute, et pour asseoir le parcours, on inaugurerait un point d’ouïe à cartographier et à répertorier dans la liste des petites et grandes merveilles auriculaires naturelles. Il est des lieux qui font rêver l’oreille en même temps que les yeux…

3e journée, ouverture panoramique du belvédère de Beaumont

Nous sommes ici hors du sentier des Lauzes, tout en haut de notre camp de base, dans le très beau village de Beaumont, perché comme son nom l’indique sur une colline dominant un imposant panorama de pierres et de verdure entremêlées.

Un agréable sentier de sous-bois nous amène à la table panoramique de la Croix de la Tourasse d’où nous embrassons du regard quasiment 360°, à un arbre près qui nous cache une petite portion du paysage.

Question – l’oreille jouit-elle du même grandiose effet panoramique que la vue?

Réponse, à priori non, le paysage sonore n’est pas tant s’en faut aussi majestueux et attirant que celui qui s’offre au regard;

Pourtant, en y prêtant attention, le panoramique sonore est bel et bien présent, et qui plus est très riche. Il nous faut pour cela faire l’effort de porter l’oreille au loin, de projeter l’écoute vers les fonds de vallées, les villages, les routes, ne pas se contenter du proche espace acoustique, plus facile à cueillir. Alors on découvre une fine spacialisation sonore où des outils électriques, des sautes de vent chahutant les feuillages, quelques rares voitures, des cigales pointillistes, des chiens au loin, construisent un espace d’écoute qui se plaque délicatement sur le panoramique visuel. Comme pour le premier tronçon du sentier, cette scène acoustique ne se livre qu’avec un peu de patience, d’immobilité, d’attention. Lorsqu’on la découvre, nous prenons ainsi possession d’un immense cercle sonore, que nous écoutons en surplomb, dans une attitude proche de celle convoquée par la « Plateforme des lichens » de Gilles Clément. Le regard et l’oreille dominent, tout en allant pêcher au loin des accroches paysagères reconstituant un vaste théâtre auditif panoramique. Si le paysage visuel est imposant, le sonore lui se fait plus discret, mais reste néanmoins bien présent dans un grand arc de cercle nous positionnant à un focus d’écoutant au centre des sons exactement.

Un grand merci à Raymond Delepierre et Catherine pour m’avoir si gentiment  invité à découvrir tous ces superbes paysages sonores et visuels.

Album photos cliquez ici

http://www.surlesentierdeslauzes.fr/

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Drée Parcours sensible et Point d’ouïe

Drée Parcours sensible et Point d’ouïe

Festival Ex-Voo, Crane Lab, World Listening Day 2015


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Article original : http://www.echodescommunes.fr/actualite_967_Ex-voO-un-festival-pas-comme-les-autres-inaugure-a-Dree.html

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