PAS – Parcours Audio Sensibles radiophoniques

Les PAS – Parcours Audio Sensibles trouvent un bel écho dans le monde de la radio, où les écoutent de terrain se transportent, par la voix des ondes, jusqu’à de lointains auditeurs qui marcheront avec nous par ce beau média radiophonique.

Voici donc deux émissions de Radio France, France Culture et France Musique, qui ont accueillis des PAS – Parcours Audio Sensibles, dans deux espaces parisiens assez différents.

Un Promeneur écoutant – France Culture

Le cri du Patchwork – France Musique

Ce soir-ci, point d’ouïe

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Je suis sorti
Je suis sorti ce soir
Je suis sorti comme tous les soirs
Je suis sorti marcher
Je suis sorti écouter
Je suis sorti dans mon heure autorisée
Autorisée à marcher
Autorisé à écouter
Autorisé à être dehors, dérogation en poche
Autorisée à écouter la ville
Autorisée à écouter mon quartier, dans son kilomètre circonscrit
J’ai choisi, comme souvent, de le faire à mon heure préférée
Celle entre chiens et loups
Partir à nuit tombante
Rentrer à nuit tombée
Et dans cette toute petite fenêtre
Fenêtre d’une soixantaine de minutes
Il s’est passé bien des choses
Nous sommes en confinement
On devrait le sentir
On devrait le ressentir
On devrait l’entendre
On devrait le percevoir
Aux travers des sons étouffés
Aux travers leur disparition
Aux travers leur absence
Et pourtant
À l’écoute, je ne l’entends guère
À l’écoute, je ne l’entends pas
À l’écoute, je ne l’entends même pas du tout
À l’écoute, rien ou presque n’a changé
À l’écoute, rien à voir, rien à entendre
Avec le précédent état d’enfermement
D’enfermement logiquement similaire
Celui de ce printemps passé
Avec sa sidération plombante
Avec ses silences associés
Ce soir-ci
Ce soir-ci, les voitures, sont presqu’aussi prégnantes que de normal
Ce soir-ci,comme si de rien n’était, la rue bourdonne
Ce soir-ci, des flux piétonniers, aussi normaux
Ce soir-ci, des enfants qui jouent sur les places et les trottoirs, aussi normaux…
Ce soir-ci, c’est presque rassurant, en apparence.
Ce soir-ci, du presque normal, dans l’air du temps.
Ce soir-ci, des sons triviaux, sans, comme précédemment, les oiseaux en héros.
Ce soir-ci, pas ou peu de décroissance sonique
Ce soir-ci, un entre-deux auriculaire
Ce soir-ci, une tiède ambiance entre les deux oreilles.
Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent bien nous dire
Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent nous prédire
Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent nous révéler
Et pour demain, qu’est-ce que les sons peuvent nous faire comprendre
ou non

Points d’ouïe aquatiques à Voiron

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A l’invitation de l’artiste Christine Goyard présentant une exposition photos autour de l’eau «De passage »  à l’espace d’art contemporain « La théorie des espaces courbes », à Voiron (38), j’ai créé une ambiance sonore composée à partir d’un collectage de sons de différents pays (France, Portugal, Suisse, Russie, Belgique, Madagascar…).

An fil des ans et des ondes, l’eau fait partie des éléments sonores récurrents dans mes parcours, de ceux que je croise régulièrement, et sans doute de ceux que je recherche avec une certain appétit pour ses ambiances liquides, où que je sois.

De plus, nous avons pensé à parcourir la ville, le temps d’une promenade, à l’écoute de l’eau, de fontaines en rivières.
Et il se trouve que Voiron, pour le plaisir et le rafraichissement de nos oreilles, est une ville sympathiquement bouillonnante, multipliant au fil des places et des rues, fontaines et points d’écoute sur la Morge, rivière urbaine qui parcours le centre ville.

C’est un des rares PAS – Parcours Audio Sensibles qu’il m’ait été donné de faire depuis mars, crise sanitaire oblige, et en plus, il faisait très beau !

Nous avons surplombé la rivière, visible ou non, mais toujours audible.
Nous l’avons longée.
Nous l’avons quittée et retrouvée dans divers spots urbains.
Nous avons zigzagué de fontaines en fontaines.
Nous avons tourné autour.
Dans un sens et dans l’autre.
Nous avons mixé les sons d’eau à ceux de la ville, des voix, des voitures.
Nous en avons ouïe des monumentales, des discrètes, des sereines, des majestueuses, des chuintantes, des tintinnabulantes, des glougloutantes.
Nous sommes passés de l’une à l’autre, avec les trames sonores urbaines en toile de fond, ou en émergence, selon la progression.

Une ville irriguée de nombreux points d’eau, donc aussi points d’ouïe, qui tissent une trame bleue et bouillonnante, est une ville tonifiée, dynamisée par la présence aquatique.
Les montagnes alentours rendent cette impression de tonicité encore plus vivace, pour le plus grand plaisir des promeneurs écoutants de ce jour.

@crédit photos Christine Goyard

Les sons de l’expo

Partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, des modes de jeu

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Dans l’un de mes chantiers actuels, les partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, ces dernières ne sont pas une fin en soit, même si l’idée de  construire un sorte de collection a , de prime abord, un côté assez jouissif.

Ces partitions vont plutôt dans le sens d’une joyeuse stimulation, conduisant à des déclinaisons où les postures d’écoute(s) sont des moteurs très actifs.
Ces déclinaisons, ou variations pour rester dans une métaphore d’écriture musicale, décentrent, ou recentrent, selon les points d’ouïe adoptés, l’objet-même de l’écoute, voire l’objet-même qu’est l’écoute.

L’écoute, envisagée comme pratique expérimentale, peut être ainsi décalée, parfois via la recherche de postures inouïes, même très simples, mais également affirmée comme un geste infléchissant sensiblement la perception d’ambiances auriculaires spatio-temporelles.

Il s’agit ici de remettre en question les gestes d’écoute, frottés aux lieux, mais aussi à leurs occupants et activistes divers.

On peut alors se positionner comme un acteur qui n’est jamais sûr de se trouver au bon endroit, au bon moment, ou dans le bon geste, mais qui questionne sans relâche sa position, la ou les postures de l’écoutant, de l’objet écouté, dans des espaces eux aussi en écoute.

Les interactions, inter-relations, synergies, hybridations, alimentent un jeu, ou plutôt des modes de jeux, qui seront partitionnés en vue d’être joués, re-joués, interprétés, offerts et soumis aux aléas de la variation, elle-même soumise aux contingences du moment.

Il est donc essentiellement question de jouer, de mettre en mouvement des situations ludiques, de construire des jeux comme autant de mises en situation in situ. Le verbe anglais « to perform », prend ici tout son – ses sens, celui d’exécuter (musicalement), d’interpréter, mais aussi de réaliser, de produire, même immatériellement, et qui plus est, si on le croise avec l’idée polysémique de performance dans notre langue, de frotter notre propre corps à l’expérience, parfois éphémère, fugace, de l’espace sonore, du groupe.
La partition/consignes, d’ailleurs plus suggestion que véritable consigne injonctive, nous donne des pistes à explorer de l’oreille et du corps. Jeux de déambulations, de postures physiques et mentales, de rapports à l’espace, au groupe, à la vibration des lieux, qui puisent dans des « scores »* pouvant s’écrire, se composer, se jouer en même temps parfois que le geste improvisé, celui en réponse à des stimuli souvent inattendus, sinon inouïs.

Un multitudes de situations, de sensations sont envisageables, possibles, de la plus écrite jusqu’à la plus spontanée, entre trame/canevas et improvisation, partition et expression libre.

* Dans l’acception anglaise de la partition

Page des Partitions de PAS : https://desartsonnantsbis.com/pas-parcours-audio-sensibles-partitions-de-pas/

Expérience sensorielle nocturne urbaine

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Un soir d’automne avancée, après une journée plutôt bureau-ordi, j’éprouvais, comme souvent à la nuit tombante, l’envie de faire ma promenade urbaine quasi quotidienne. Après un bon quart d’heure de marche, je constatais une ambiance très étrange, qui transformait sensiblement l’atmosphère de la ville, sans que je n’ai pu déceler de quoi il s’agissait vraiment.

Puis, la nuit tout à fait installée sur la ville, je remarquais que c’était en fait au niveau des lumières que l’ambiance était devenue singulière. Tout l’éclairage public, sur un très large secteur géographique était éteint, ou plus exactement ne s’était pas allumé. Les rues et places n’étaient éclairées que par les feux tricolores, les phares des voitures, et l’éclairage des enseignes et vitrines des commerces. Commerces qui d’ailleurs, vers 19H, fermaient pour la plupart leurs portes, ce qui contribuait encore à un assombrissement progressif et général du quartier. Pour autant, celui-ci n’était pas plongé dans un black-out total, car en fait, surtout dans les rues les plus passantes, subsistaient de nombreux points lumineux, de la luciole à la tâche éclaboussante selon leurs importances, maintenant la présence d’ambiances lumineuses suffisantes pour se déplacer sans problème. Ces lumières conféraient aux lieux un côté parfois assez fantomatique, avec des reliefs tellement différents de ceux vus et perçus habituellement, qu’une certaine poésie subjuguante imprégnait le quartier. Je décidais alors de profiter de cet obscur glissement assez sensible de la ville pour explorer de nouveaux « univers », en passant de rues très peuplées à de toutes petites ruelles et placettes, où peu de voitures ne circulaient et peu de boutiques avaient pignon sur rue.


Et là l’obscurité s’intensifiait de façon très marquée, quasi inquiétante. Les rares passants que je croisais, loin de partager mon plaisir de la ville d’ombres, semblaient plutôt inquiets et peu rassurés…


Ces allers-retours entre points assez lumineux et zones d’ombres, en transitions fondues ou rapides m’occupaient une bonne heure durant, jusqu’au moment où les lampadaires arrosèrent de nouveaux les trottoirs et chaussées de leur flux de lumière. Le charme était rompu, la ville redevenait espace de lumières, parfois dans une débauche exacerbée par ce retour brutal à la « normale ».


Une autre chose me frappa ce soir là. Je n’entendais plus du tout la ville de la même façon. Plus l’obscurité s’accentuait, plu les sons se faisaient présents, ciselés, perceptibles, discernables jusque dans leurs infimes détails, par une forme de synesthésie sensorielle qui fait qu’un élément sensitif semble vouloir occuper l’absence, ou la diminution d’un autre, dans une sorte rééquilibrage psychosensoriel.
De même, je suis persuadé que le comportement-même des piétons se modifiait au fil de l’obscurité croissante, dans une crainte à la fois de perturber cette « marée noire » ou peut-être de trop attirer l’attention sur soi, un sentiment d’insécurité naissant, parfois puissant, dans ses circonstances.
Les lumières revenues, les sons semblèrent s’estomper, comme un brin noyés dans une polyphonie retrouvée.


En tout cas, cette atténuation et exacerbation concomitantes me donnaient à voir et à entendre la ville d’une bien belle façon, en souhaitant presque que le phénomène, ou simple panne, se reproduisit de temps à autre pour poursuivre cette expérience sensorielle urbaine.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°14 – Sonner écouter sentir les sols

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Lieux : Partout

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit

Public : Groupe de 2 à 20 personnes

Actions : Marcher sur différents sols de textures très différentes – herbes, sous-bois, graviers, sablé, dalles, pierres, planches, eau, sable…

Écouter ses pas sonner, faire sonner, sentir la matière sous ses pieds, la résistance du sol, la kinesthésie des PAS, collectionner, cartographier des matières/PAS.

Remarque : En hommage à Pauline Oliveros « Deep Listening – Listening to th ground » “Sometimes we walk on the ground, sometimes on sidewalks or asphalt, or other surfaces. Can we find ground to walk on and can we listen for the sound or sounds of ground? Are we losing ground? Can we find new ground by listening for it?”—Pauline Oliveros (1932-2016)

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles N°13 – Hauteurs et Points d’ouïe panoramiques

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Lieux : Ville, espaces naturels avec collines, belvédères, falaises, escaliers…

Temporalités : Pas de contraintes ni durées

Public : De 1 à 20 personnes

Actions : Choisir un point haut, culminant, dominant un site, une ville, une vallée, une place… Écoutez la rumeur du bas, d’un point d’ouïe panoramique, les émergences, bruits de fond…

Variantes : Faire un parcours de Points d’ouïe panoramiques, enregistrer les rumeurs, les décrire, les comparer, construire des PAS des hauteurs…

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 11

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 11 « Rejouer/détourner le parcours »

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Lieu :  Partout où il existe déjà un, des parcours sonores géolocalisés (applis)

Temporalité :  A votre choix
, selon les circuits choisis

Participant (s): Seul ou en groupe

Spécificité : Un détournement d’usage d’un appli audio-guidée, un jeu sous forme de variation

Actions Téléchargez une application, un parcours d’écoute au casque, un circuit géolocalisé, type GPS.

Faite le parcours en suivant les consignes données, en écoutant les sons écrits pour le circuit.

Refaite le parcours différemment.

Cette fois-ci, ne chaussez pas le casque, gardez les oreilles au vent.

Suivez visuellement le déplacement du parcours proposé, s’arrêter si l’appli le propose.

Substituez, naturellement, les sons du parcours par ceux des espaces traversés, voyez si cela résonne (autrement), crée des décalages, des frottements, des espaces imprévus, entendus plus ou moins différemment du parcours initialement proposé.

Remarques
Il ne s’agit absolument pas de dénigrer, de contester, de déformer les parcours existants, mais simplement d’en re-jouer une version ludique, frottant deux écoutes, ou formes d’écoutes d’un même lieu.

Éloignement et terrain

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Banc d’écoute et « bureau de plein-air » – Résidence d’écriture « Paisagem sonora » Juillet 2019 à Sabugeiro (Portugal) – Festival DME et Hostel Criativo do Sabugueiro

 

L’essentiel de mon travail, en tous cas dans les phases de maturation de projets, se passe dehors. Je veux dire en dehors de chez moi. Assis sur un banc, des marches d’escalier, en arpentant la ville, un hall de gare, d’aéroport (avant…). Carnet de notes en main, rempli de notes (parfois très difficiles à relire), signes, croquis, idées, projets à la volée, ou avec un magnéto… Puis retour au bercail, devant l’ordi, les idées se posent, s’enregistrent, se trient, se construisent, se peaufinent, se développent, se documentent, s’argumentent, s’organisent… Puis retour au dehors, à l’air libre, ou presque, pour tester, mettre en pratique, adapter aux lieux et aux moments, partager, encore améliorer, trouver des variantes, des espaces de jeux fonctionnels… Ces dernières phases qui, durant quelques mois, m’ont fait cruellement défaut, m’ont beaucoup manqué, m’ont laissé amèrement frustré, dans ces temps de crise qui nous éloignent sans ménagement du terrain, de l’espace public, et surtout de la « vraie » vie sociale…

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°10 « Penser, dire, lire »

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Lecture

Lieu :  En ville, en campagne, ailleurs


Temporalité :  A votre choix


Participant (s): En petit groupe


Spécificité : Une marchécoute dans la pensée d’auteurs

Actions
Préparez un parcours, ou partez à l’aventure
Déambulez en silence, pour laisser s’installer l’écoute
Dans votre sac, des textes, des livres, des citations, parlant de la marche, de l’écoute, de l’écologie… Textes de philosophes, écrivains, aménageurs…
Adaptez le choix des textes aux participants, surtout s’il y a de jeunes enfants
Au cours de haltes, un instant d’écoute immobile puis, des lectures, contextualisées ou non
Faits des lectures sur différents points d’ouïe
Ménagez un temps de libre expression au terme du parcours

Remarques
Il s’agit de frotter la parole, l’idée, la pensée, au lieu, à la déambulation, au groupe.
Chaque trajet d’un point à un autre est marqué d’une pensée qui va animer, stimuler la marche de réflexions multiples, donner aux espaces-temps traversés une coloration mentale singulière.

Quelques auteurs pressentis (non exhaustif)
Jean-Jacques Rousseau, Henry-David Thoreau, Francesco Careri, Walter Benjamin, Leslie Stephen, Philippe Robert, Pierre Sansot, Guy Debord, Thierry Paquot…

Variante                                                                                                                                     
Demandez aux participants d’amener des textes, voire proposez leurs de les lire publiquement