Point d’ouïe – Traversée n° 5 – Écoute et relationnel, écoute relationnelle

PAS – Desartsonnants – CRANE LAb « L’INdescente  » Collectif La Méandre – Chalon/Saône, Port Nord

Que vaut l’écoute si elle n’est pas, à un moment donné, et le plus souvent que possible, partagée ?

Que vaut l’écoute si elle n’est pas pratiquée de concert, commentée, mutualisée, construite en une chose commune, qui appartient à tout un chacun dans l’expérience collective ?

Sans doute peu de chose. Une expérience qui ne s’enrichit pas de l’autre reste pour moi un geste partiellement inabouti, frustrant, une action en cours qui n’aurait pas été jusqu’où elle aurait pu et dû être menée.

Le geste d’écoute, ni même la chose écoutée, ne sont pas forcément une finalité en soit. C’est plutôt la façon dont ces actions sont construites, collectivement, qui fait finalité, ou tout au moins une finalité.

L’important pour moi, est de considérer, de comprendre, comment l’écoute partagée place le relationnel au cœur du projet, de sa réalisation, de son accomplissement.

Un paysage sonore écouté en groupe, en un lieu et un instant, est certes vécu par une somme d’individus ayant chacun leurs propres sensibilités, expériences, façons d’entendre les choses, de s’entendre ou de se mésentendre avec elles, ou avec les gens, mais à n’en pas douter, il gagne du poids, de l’épaisseur, dans une action collective.

Je prends souvent l’exemple d’écouter un concert ou de regarder un film en solitaire, ou de le faire en groupe. Bien sûr, nous pourront, individuellement, en éprouver un certain plaisir. Néanmoins, le fait de sentir autour de soi des personnes qui nous accompagnent dans ces spectacles, amène incontestablement un plus relationnel qui, même sans échanger la moindre parole, le moindre regard, se ressentira fortement.

Assister à un concert ou spectacle avec des amis, c’est sentir une synergie d’écoutants qui accomplissent une action concertée, délibérée, même si chacun appréciera, ou non, dans sa propre différence, les œuvres entendues, ou ressentira à sa façon des sentiments parfois fort différents d’un individu à l’autre.

Cela relève du plaisir de partager nos émotions, nos joies, nos déceptions peut-être, après avoir vécu l’expérience collective d’un partage sensoriel, ou d’un partage tout court.

La notion de partage est intrinsèquement au cœur de l’expérience relationnelle, elle le nourrit, lui fournit un terreau fertile où l’oreille et le corps entier vont se trouver dans un réseau, un nœud de vibrations humaines. Cette sensation, cet état, ne seront pas toujours faciles à expliquer rationnellement, mais tout écoutant ayant expérimenté ces postures de co-écoute s’y retrouvera et comprendra aisément de quoi l’on parle ici

Le relationnel n’exige pas forcément un groupe d’écoutants important. Deux personnes, assises en silence sur un banc, ou marchant en devisant sur ce qu’elles entendent, et cela suffit à créer un contexte d’échange où le relationnel trouve naturellement toute sa place. Place qui serait celle de faire ensemble, ici d’écouter ensemble, y compris a priori des choses triviales et anodines.

Pour prendre un exemple qui m’est cher, je parlerai ici des PAS – Parcours Audio Sensibles façon Desartsonnants, appartenant à la grande famille des soundwalks, balades et autres parcours d’écoute.

Dés la première phase, le repérage, le premier arpentage pour prendre le pouls auriculaire d’un lieu, j’aime inviter des autochtones à m’accompagner. En effet, ils et elles connaissent mieux que quiconque, et en tous cas mieux que moi, ce qui pourrait faire de certains espaces des expériences d’écoute singulières.

Mais d’autre part, c’est déjà engager une relation avec des personnes, discuter de l’histoire, grande ou petite du site, de ses caractéristiques paysagères, géologiques, de ses aménagements, de sa vie au quotidien. Ces moments là sont précieux, tant dans la connaissance des sites arpentés, que dans une sympathique connivence, les personnes qui m’aident se faisant une joie de parler de leurs territoires, d’en partager les qualités comme parfois les dysfonctionnements.

Le moment venu du parcours public, c’est encore une histoire de partage qui fera sa force.

Présenter le PAS, ses finalités, ses modes de déambulations, suggérer des mises en écoute, mettre les auditeurs en condition, unir un groupe d’écoutants, tout se joue dés les premiers contacts, les premiers mots, les premiers regards.

Puis s’ébranler, sentir le groupe derrière soit, son énergie qui rayonne dans le dos, comme un chef d’orchestre qui sent l’attention du public suspendue à ses gestes, ses postures, ses respirations au gré de la musique, son échange avec les musiciens, encore une histoire d’énergie partagée… Et je parle en connaissance de cause.

La PAS s’achevant, il nous faudra rompre le silence, celui qui, paradoxalement, à la fois a plonger les écoutants dans une bulle acoustique intime, et a contribué à souder la communauté éphémère de marchécoutants, unis dans un silence fédérateur car en fait inhabituellement installé et partagé. L’expérience n’en est que plus forte.

Il faut donc rompre ce silence sans violentes cassures, revenir à un état où la parole se libère lentement, en prenant le temps de réémerger à son rythme, de sortir d’un état qui a pu être vécu comme une forme de douce méditation sonore.

Un autre relationnel, ou une autre relation communautaire vont alors s’instaurer. Des échangent qui vont exprimer les ressentis, les choses vécues, les ambiances perçues, les moments de plaisirs, les frustrations, le silence peut en être une, les inconforts parfois…

D’autres sujets vont ainsi régulièrement pointer dans les échanges.

La prédominance parfois de la voiture, selon les lieux traversés, les présences animales fragiles, fugaces, ou exubérantes, liées à des questions écologiques de disparition, de raréfaction.

Le rapport sociétal via une écoute qui prend le temps de ralentir, de réunir un ensemble de personnes dans un espace/temps commun ; la nécessité d’échapper à des situations stressantes, à des accélérations contraignantes, ou à des brusques frein, sanitaires par exemple, qui apparaissent comme des questionnements où la convivialité et le relationnel sont au corps du bien, ou mieux vivre.

L’écoute partagée est sans contexte une façon de construire des valeurs communes et bienveillantes plus que jamais nécessaires, voire vitales.

PAS – Parcours Audio Sensible Kaliningrad (Ru) – Festival « Around The sound » Institut français de Saint-Pétersbourg

point d’ouïe – Traversée n° 3 – Rythmes et cadences, ralentissements, arrêts et progressions

point d’ouïe – Flux aquatique – Cirque de Gavarnie, Hautes Pyrénées
Résidence Audio Paysagère Hang Art

La traversée n°3 sera rythmée, cadencée, ponctuée, tout en mouvements et en pauses, en arrêts et en départs, en mobilité et en immobilité.

Le monde sonore n’est pas, tant s’en faut, un flux régulier, prévisible, un espace temps qui se déroule uniforme, continuum sans surprises.

Le monde sonore suit son train, qui peut être chahuté, et/ou nous suivons le sien, avec toujours la possibilité/probabilité d’accélérer, de ralentir, de suivre des cycles, ou non.

Le flux temporel écouté nous fait mesurer l’incertitude du son dans le courant du temps qui passe, de la chose sonore qui apparaît ici, disparaît là, dans les caprices d’espaces métriques capricieux.

Bien sur, il est des repères que le temps nous indique, nous assène, des découpages rythmant une journée, une semaine, un mois, de façon quasi rassurante…

La cloche de l’église, lorsqu’elle sonne encore, de quart d’heure en quart d’heure, d’heure en heure, ponctue nos espaces de vie en graduant inlassablement le temps fuyant. Une façon rassurante ou anxiogène de nous situer dans un chronos auquel nous n’échappons pas. Notre vie s’écoule en un sablier tenace qui se fait entendre ans ménagement.

Les tic-tacs métronomiques habitent des espaces d’écoute découpée, pour le meilleur et pour le pire.

Parfois l’accidentel ponctue la scène auditive, un mariage qui passe, un coup de tonnerre inattendu, une altercation au coin de la rue… Un brin de chaos que nos oreilles agrippent, y compris contre leur gré.

Les sons font parfois habitude, voire rituel, dans leur itération, même les plus triviales. Le rideau de fer de la librairie d’en face, la sonnerie d’une cour d’école, la présence d’un marché quelques jours par semaine, la sirène des premiers mercredis du mois à midi… Des marqueurs temporels que l’on pourrait croire immuables si la finitude ne les guettait. Des jalons que l’on apprend à déchiffrer au fil du temps. Carte/partition du temps qui fait et défait.

Et puis il y a la façon de progresser dans les milieux sonores, de les arpenter par exemple.

Le rythme d’une promenade, sa cadence, sa précipitation ou sa lenteur, ses inflexions, infléchiront la façon d’écouter, d’entendre, et sur la chose écoutée elle-même.

Avancer vers des sons plus ou moins rapidement, accélérer par curiosité, ralentir par prudence, s’arrêter là où quelque chose se passe, où la musique jaillit, où la cloche sonne, où le rire fuse, où mugit la sirène…

Les sonorités sans cesse en mouvement, ponctuelles pour beaucoup, dans les flux soumis à moult aléas, influent, parfois subrepticement, nos rythmes de vie, de faire, de penser, tout comme nos faits et gestes, réciproquement, peuvent écrire des rythmicités au quotidien.

Le mouvement de réciprocité, les interactions, les gestes sonores scandant des situations audibles (le marteau d’un forgeron, la frappe du percussionniste), comme les sons déclenchant des gestes ou des mouvements (le sifflet de départ, l’ordre crié) viennent se frotter dans des mouvements que l’oreille perçoit plus ou moins clairement.

La voix de Chronos, père et personnification du temps, dieu ailé porteur de sablier, nous fait entendre notre vie s’écoulant, comme celle de Kaïros parfois, le moment opportun.

Le ralentissement est-il propice à une meilleure écoute, à une entente plus profonde. Sans doute oui. Surtout dans le contexte d’une société où l’oisiveté est non seulement mal vue, mais sacrifiée à l’autel d’un productivisme forcené. Russolo décrivait déjà une cité de bruits où puissance vociférante et guerre sont au final de vieilles compagnes.

Prendre le temps de faire des arrêts sur sons, des pauses écoutes, des points d’ouïe, résister à la course du toujours plus, qui jette dans les espaces publics des torrents de voitures ne laissant guère de place au repos de l’oreille, et de fait de l’écoutant malgré lui… Ralentir, douce utopie ou rythme salutaire à rechercher avant tout ?

Retrouver, à l’aune d’un Thoreau, une oreille qui vivrait au rythme des saisons. Paysages printaniers où, dans une sorte d’idéal enchanté, tout chante et bruissonne, un été plombé de soleil et d’une torpeur écrasante secouée par l’orage, un automne où la vie ralentit au rythme des pluies, un hiver engourdi que la neige ouate dans des quasi silences…

Images d’Épinal où le son est partie prenante, répondant aux ambiances attendues, présupposées, voire participant à les forger à nos visions clichés d’un chronos saisonnier.

Nous progressons dans un monde sonore qui ne répond pas toujours à nos représentations, à nos attentes, trop lent ou trop emballé, trop frénétique ou trop engourdi.

Chaque individu, lorsqu’on le regarde agir, a sa propre dynamique temporelle, selon les contextes, les moments, les événements… Et d’innombrables temporalités se font entendre dans des espaces auriculaires, espaces publics notamment, qui ne sont pas toujours aisément partageables.

Chacun semble avoir sa propre partition, ses propres tempi, ses propres variations rythmiques qui font qu’il n’est pas toujours facile d’accorder nos violons, de se régler sur la même heure, et de jouer de concert une œuvre collective, comme un orchestre parfaitement synchrone. Risque de vacarme résiduel, car non orchestré ?

Ces discordances de tempi se font entendre à qui sait écouter les flux de la vie qui passe, comme deux cloches qui ne sonneraient pas, par un désynchronisme chronique, dans une même temporalité.

Mais néanmoins, nous nous forçons d’adapter la longueur comme la vitesse de nos pas, de caler des moments de rencontres où nos paroles prennent le temps de s’échanger, ou nos métronomes font entendre des pulsations accordées, qui permettent à une vie sociale d’exister, de perdurer, malgré toutes les incontournables arythmies possibles.

A condition comme le chantait Georges Moustaki, de prendre le temps à minima le temps de vivre, et d’écouter la vie qui passe.

Point d’ouïe – Écoute installée pour paysage et duo d’écoutants – Prendre le temps de pause.

Faire un PAS – Parcours Audio Sensible ?

@Transcultures – City Sonic 2016- PAS à Mons

Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est se promener dans un lieu donné, mais plus encore.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est écouter un lieu donné, mais plus encore.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est envisager de construire et d’écrire une, des histoires inspirées, autant que possible collectives, via, entre autres, nos oreilles, curieuses et canailles.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est rencontrer plein de gens, échanger, questionner, savoir ce qu’ils aiment entendre, et où, et quand, et comment, et comprendre ce qu’ils aimeraient entendre, et comprendre ce qu’ils aimeraient ne pas, ne plus entendre.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est raconter in situ une géographie sonore, parmi bien d’autres géographies.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est tout d’abord chercher les aménités, celles qui réconfortent, pour néanmoins se frotter inévitablement aux dysfonctionnements auriculaires, qui ne manqueront pas de se dresser en chemin.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est imaginer des scénari, des mises en écoute, des mises en scène, des processus, des rêves, voire des utopies, qui partiront du terrain, et reviendront au terrain.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est frotter des sons à des images, des couleurs, des odeurs, des saveurs, des matières, des textures…
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est frotter du sensoriel, du matériel, du social, du politique, du poétique, de l’aménagement, et plus si affinité.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est accepter que le terrain, et les co-écoutants présents sur le dit terrain, orientent la lecture et l’écriture vers une aventure sonore la plus inouïe que possible, histoire de se dépayser en faisant un (ou plusieurs) PAS de côté.
Faire un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est encore bien d’autres choses, qui restent à découvrir, qui restent à expérimenter.

Pour conclure, sans pour autant en avoir fini avec le sujet : Partout où il y a du vivant, il y a des sons. Partout où il y a du vivant et des sons, on peut imaginer écrire des choses collectives autant que singulières, donc très modestement inouïes.

Point d’ouïe, dérive solitaire marseillaise

Digital Camera

Durant ma semaine marseillaise, les promenades se sont succédées. En duo, en groupe, et parfois, en fin de journée, en solo.

L’une d’elle m’a fait audio-dériver, au sens d’audio-errer sans but, oreilles aux aguets malgré tout, dans le quartier de la place Castelanne.

Fuyant l’agitation de la rue de Rome, je m’enfonce dans une petite rue perpendiculaire, rue Saint Suffren de mémoire.

Rue/ruelle étroite, sinueuse, bordée de petits commerces.

Niveau sonore, on quitte très vite l’ambiance sonique tonique de la rue de Rome pour trouver des espaces beaucoup plus apaisés, où la voix retrouve sa place, et l’oreille un brin de répit-repos.

Prendre le temps d’aller.

Je ne sais pas trop où mais ça m’est égal.

Déboucher sur une place, entourée de commerces, bars restaurants, pour la plupart fermés, covid oblige.

Néanmoins, certains commerces conservent terrasse sur rue.

Quelques chaises, quelques tables, quelques clients.

Suffisamment pour garder un brin de vie sociale.

Ambiance agréable, salutaire, dans ces espaces/temps de (re)confinements à répétition.

Sinon, des parasols pliés, comme des arbres qui resteraient frileusement fermés sur eux-même, attendant des jours meilleurs.

Des empilements de chaises enchainées les unes aux autres.

Une fontaine est endormie.

On imagine facilement qu’en temps normal, hors crise sanitaire, cette place vit, tout autrement.

Qu’elle vit véritablement.

Des bancs sur la place.

Je m’y pose.

Des groupes occupent l’espace, différents espaces à vrai dire.

Adolescentes rieuses ici.

Adolescents footballeurs là.

Isolés lisant ou rêvassant ailleurs…

Chacun dans des espaces qui semblent dédiés, habitués.

Chacun dans des sortes de bulles sonores, ou silencieuses, qui néanmoins se mêlent dans une géographie acoustique assez plaisante.

Un morcellement d’occupations tacites qui s’entend autant qu’il se voit.

Le soleil déclinant, la fraîcheur s’installant, je reprends mon chemin, cessant une écoute scrutatrice pour retrouver la posture du marcheur lambda.

PAS – Parcours Audio Sensible, des sons et des mots

Suite de promenade écoute 2M2C

Un apéro dans un jardin, oasis de calme en centre ville.

Des discussions autour des pratiques de chacun, et bien d’autres choses encore.

Un questionnaire rédigé par Caroline Boë, notre hôte, questionnaire inspiré de celui de Stéphane Marin et aussi de Raymond Murray Schafer.

Un coin studio d’enregistrement autonome, au fond du jardin, où chacun viendra répondre aux question, raconter des bouts de balades, ressentis, plaisirs et agacements, souvenirs…

Des mots et des sons…

Des commentaires, textes produits en balade, ou après.

Distributeurs ronronnants, panneaux publicitaires, réverbération underground, voix, machines, voitures, ventilations, moteurs, métro, bruits de roulement, motos, claquements, ambiances, encore des voix, fontaines, oiseaux, vent, bips, portes, chat, musiques, réverbérations… Et plus encore aurait dit Prévert.

Un montage sonore à partir des enregistrements de Caroline et quelques uns de Gilles, montage Desartsonnants.

@ photos, sons, Caroline Boë

Point d’ouïe, Massalia Sound Si j’taime

Contexte

Arpentages marseillais

Cette résidence artistique est née d’une impulsion, d’un appel sur des réseaux sociaux, suite à une série de confinements et autres empêchements dus à des contraintes sanitaires rendant les déplacements, espaces de travail restreints, et productions artistiques publiques quasiment réduites à néant.

Devant cette situation pour le moins compliquée et contraignante, une résidence de forme assez libre voit le jour, par l’invitation spontanée et généreuse de Caroline Boé, artiste sonore et chercheuse autour de la pollution sonore « invisible », due à des micros sonorités envahissant insidieusement nos espaces de vie.

Balades écoute en duo, solitaire, groupe, enregistrements, échanges et conversations autour de nos pratiques, rencontres, écritures multiples, arpentages s’en suivront joyeusement, comme une sorte de workshop un brin free style, ballon d’oxygène jouissif dans ces situations sanitaires tendues.

Premier volet d’une série de rencontres à venir, d’expériences à construire, de récits à croiser ; les oreilles ont besoin d’air, le corps d’espaces et de rencontres…

Remerciements

À Calorine et Jean-Eudes qui m’ont si gentiment accueilli et offert un lieu de travail formidable ; à leurs salades et petits plats riches en couleurs et goûts

À Éléna Biserna, Nicolas Mémain, et Caroline Boé, qui ont œuvré avec moi à l’écriture et à l’exécution polyphonique de 2M2B, une balade sensible pleine de rebondissement sonores

Aux participants, au public qui ont joué le jeu de répondre à nos sollicitations parfois bien surprenantes

A Sophie Barbeau pour la présentation visite de son beau projet de jardin partagé à la cité Castellane

Au bureau des guides pour le sympathique entretien que nous avons eu, ainsi qu’à George Withe

A tous les marseillais, marseillaises croisés ici ou là ; commerçants ou flâneurs.

Au superbe temps ensoleillé, propice à de belles déambulations

À Marseille la pétulante, qui sait offrir le meilleur d’elle-même à qui prend le temps de l’arpenter.

Premier arpentage, ces sons qui nous envahissent

Ma compère Caroline, artiste sonore et chercheuse, travaille actuellement sur une thèse autour de sons envahissants, problématique autour de laquelle elle a construit une méthodologie et des outils de création recherche.

https://anthropophony.org/a_propos.php

Pour cette dernière, la promenade urbaine, l’enregistrement et la compilation description, sur un site dédié, forment une série d’outils qui vont alimenter le travail de réflexion, et questionner les auditeurs urbains que nous sommes parfois, la présence dans l’espace public ces étranges objets sonores qui peuplent, parfois insidieusement, nos espaces de vie.

Caroline m’entraine donc, dans nos premières balades, écouter ces sons parfois étrangement fascinants lorsqu’on prend le temps de les écouter. Je redécouvre Marseille par le petit bout de l’oreillette, oreille collée, sensible à des drones insistants bien que quasi ignorés, ou inconsciemment filtrés de nos conscience auditive ; effets de gommages psychoacoustiques… Protection inconsciente, sonorités résiduelles peu prises en compte dans l’aménagement urbain… Mais aussi, sans doute paradoxalement, de beaux objets sonores esthétiques pour l’artiste sonore.

Rencontres sonores en chemin

Alarme de grille fermée, dérèglée https://anthropophony.org/sons.php?id_aff=841

Distributeur de boissons et de malbouffe, sation de métro https://anthropophony.org/sons.php?id_aff=844

Prises de sons, photographie et site Caroline Boë

Paysage sonore station de métro Castelanne

Grondements, claquements, voix, bips, ronflements, ronronnements… La vie acoustique marseillaise souterraine. Un univers acoustique somme toute très immersif !

Prise de son et mixage Gilles Malatray

Point d’ouïe, ambiances en échos

Digital Camera

C’est un petit PAS – Parcours Audio Sensible a minima, et aussi une réunion de travail, avec un collègue, lui aussi passionné de paysages sonores, il y en a.

Nous sommes sur les bords de Saône à Lyon.

Sous un pont, le pont Schuman pour être précis, qui enjambe la Saône en reliant le 9e arrondissement au 4e.

IL fait un temps magnifique.

Nous marchons en devisant des choses sonores et de projets en cours et à venir.

C’est un quartier, le mien, que je connais comme ma poche, et sans doute mieux encore, lieu d’expérimentations auriculaires.

Sous le pont, de beaux reflets aquatiques animés font spectacle, sous le tabouret bétonné de cette architecture réfléchissante.

Et en écho, le mot est ici adéquat, un effet sonore singulier et surprenant. L’écho justement.

Sept échos en réponse à nos sollicitations sonores, identiques à ceux rencontrés en paysage de moyenne montagne, le Haut-Jura étant un territoire on ne peu plus sonnant.

Trois puissants, suivis de quatre brutalement estompés, allant decrescendo jusqu’à tendre l’oreille.

On en joue sans compter, à la trompe, à la voix, au mains claquées.

Les passants sont interpellés par nos jeux, les oreilles titillées, amusés, surpris, dubitatifs…

C’est un de mes points d’ouïe fétiche, que je ne me lasse de faire sonner, et de faire découvrir.

C’est un micro spot d’écoute où il pourrait se jouer bien des choses, sans grand dispositif, juste les lieux sonnants et les sonneurs joueurs.

Et c’est ce que j’aime par dessus tout.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N° 22 « Lignes et cercles »

Lieux : N’importe où, site urbain, périurbain, rural, naturel….

Publics : Tout public, solitaire, en petit groupe

Temporalité : A définir selon l’exploration, le parcours choisi, le temps imparti…

Actions :
Choisir un lieu, une ville, un quartier, une forêt, un site spécifique…
Avoir de préférence une carte du lieu, matérielle ou numérique, embarquée.
Définir un périmètre du PAS, des limites.
Choisir une option de déambulation, en ligne droite, est/ouest, nord/sud, ou en cercle, dans le sens des aiguilles d’une montre, ou inversement.
Tracer un itinéraire d’après ces choix, de X à Y en ligne droite, en cercle…
Le marchécouter en essayant de respecter un maximum le tracé, mais en jouant, par la force des choses, avec les (nombreux) obstacles du terrain.

Jouer des contraintes, aléas, imprévus, obstacles, contournements…

Remarques :
Des aménagements ou spécificités typologiques peuvent parfois favoriser l’exécution et le suivi d’un tracé (route, cheminement piéton, rives, périphériques…)

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°21 « ambiances et frottements »

Lieux : Tous les lieux, intérieur, extérieur, durée variable selon le parcours

Temporalité : Toute période, au cours d’un parcours, ou en spot

Public : Groupe de 2 à 20 personnes

Action : Le guide emmène les promeneurs en silence, parfois, il s’arrête, pose une enceinte amplifiée au sol, des musiques viennent se superposer, se frotter aux environnements sonores ambiants; à chaque halte, une musique, une ambiance différente est écoutée, créant différents climats, décalages, atmosphères aléatoires.

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°20 « géographie sonore oulipienne »

Lieux : Près de chez vous, ou loin, ou très loin, en ville…

Temporalité : Quand l’envie vous en prend, pour une durée indéterminée, ou déterminée

Publics : En solitaire ou en groupe

Actions : Se procurer une carte de la ville, ou suivre un itinéraire géolocalisé sur son smartphone
Se noter, au préalable, une liste de contraintes, ou de règles du jeu.
Exemple : Compter six rues à droite (ou à gauche), à l’intersection de la 6e, faites une arrêt écoute de 3 minutes (ou plus, ou moins), installez un point d’ouïe donc; puis prendre la rue à droite (ou à gauche) réitérez l’opération autant de fois que vous le souhaitez.
Arrêtez vous à tous les numéros de rue se terminant par le chiffre 6 (ou un autre de votre choix) écoutez, repartez…
Arrêtez vous à chaque croisement dont le nom de la rue de droite fait référence à un lieu, ville, région… (Rue de Paris, de Brest, de Provence, d’Italie…) Postez votre oreille.
Suivre une ligne de métro, ou de bus, arrêtez vous à chaque station pour effectuer un point d’ouïe de la durée de votre choix.
Inventez d’autres consignes de jeux, vous pouvez, à certains moments, les tirer au sort ou les faire choisir à l’aveugle par des membres du groupe.

Variantes : en forêt, comptez le 6e (ou un autre ième) arbre sur la gauche du chemin…
Inventez des variantes selon la géographie locale.