La marche, comme processus de recherche – action autour du paysage sonore

 

Le soundwalking pour travailler à corps le paysage sonore

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© photo Florian Clerc – Balade urbaine avec Patrick Mathon et Isabelle clermont (Lyon 2016)

La, ma recherche – action ?

Je vous propose ici un début de réflexion autour d’un travail que je mène à long terme, et depuis déjà de nombreuses années, sur des territoires très différents.

Il s’agit pour moi d’analyser comment la marche, et plus particulièrement le soundwalking (marche d’écoute ou PAS – Parcours Audio Sensible d’après la terminologie Desartsonnants), peut constituer un processus de recherche-action au service de mon objet d’étude, à savoir le paysage sonore.

Le terme de recherche-action restant ouvert à de nombreuses interprétations, il me faut définir ici ce que j’entends par là, ou tout au moins quelques notions, quelques entrées constituantes, qui me semblent importantes dans mon propre projet.

Tout d’abord, il me faut préciser que les enjeux s’appuient à la fois sur une approche théorique, méthodologique et une expérimentation de terrain, à la fois concomitante et indissociable.

Ces approches ont d’ailleurs tendance à faire sortir la recherche d’une sphère institutionnelle, comme par exemple celle des universités, sans pour autant, bien au contraire, couper les ponts avec ces dernières qui s’avèrent de précieux alliés et partenaires.

Notons également que la ville, l’urbanité, le social, le socioculturel, le politique ont une place importante dans le processus, devant notamment l’urbanisation, le phénomène de métropolisation, voire de mégapolisation galopante, qui fait que de plus en plus d’humains sont des homo-urbanus. Pour autant, là encore, la prospective audio-paysagère n’est pas circonscrite à la seule cité, mais aussi dans ses franges, ainsi que dans le milieu rural et naturel.

Cette recherche-action pourrait d’ailleurs être complétée, pour être plus pertinente, ou plus adaptée, d’expressions telles recherche-expérimentation, atelier de recherche in situ, recherche-intervention, recherche impliquée… Bref, on aurait recours ici à un élargissement sémantique qui affirmera l’importance des croisements, des synergies entre l’objet d’étude, le terrain, les pratiques sociales, les promeneurs invités, associés, les « spécialistes », politiques…

Cette position me permet de ne pas restreindre la notion de paysage sonore au seul champ de l’esthétique, de l’artistique, de l’écologie, du social, du politique, voire de l’économique, mais de tenter de l’appréhender selon différentes entrées, en fonction du projet mis en place.

Je serais dans cette démarche assez proche de la vision écosophique de Deleuze et Guattari, en même temps que des approches hétérotopiques de Michel Foucault.

Je prendrai enfin, comme exemple de travail, trois phases régulièrement pratiquées dans une démarche de soundwalking : le repérage préliminaire, l’expérience du groupe, et la, ou les traces d’actions.

Le repérage

Se repérer, prendre ses repères, ses points de repères, des ancrages, se situer dans l’espace, dans le temps (celui d’une marche), construire un parcours, ne pas (trop) partir à l’aventure, tout en se gardant ne marge de manœuvre, d’improvisation, préparer le terrain pour un groupe de marcheurs écoutants… Autant de visées qui font du repérage un moment pour moi très important, si ce n’est un moment clé pour amorcer une nouvelle déambulation paysagère, et surtout préparer tout ce qui en découlera en réflexions,, ressources, rendus, traces….

Il y a quelques années, j’effectuais en principe ces repérages en solitaire, prenant un plaisir certain de découvrir par moi-même, à l’oreille, de nouvelles parcelles de terres sonores, gardant pour moi secrets des itinéraires auriculaires possibles, ne les révélant que le jour J, celui où l’on partirait marcher et écouter le territoire concerné en groupe.

Aujourd’hui, si je continue de repérer parfois seul, j’invite régulièrement des autochtones à m’accompagner dans ces marches préliminaires, voire à me guider, posture de l’arroseur arrosé, dans leur quartier, village, forêt… D’une part, les résidents connaissent beaucoup mieux que moi, c’est une évidence, le terrain, même s’ils ne l’ont souvent jamais vraiment écouté, d’autre part, cette entrée en matière privilégie d’emblée des relations avec des personnes souvent très engagées dans des associations locales, avec des personnalités, des élus du cru. Autant de partenaires potentiels en même temps qu’une pratique relationnelle dynamisante.

L’expérience de groupe, paysages sonores partagés

Après le repérage, s’ensuit le fait de franchir le  PAS – Parcours Audio Sensible, ce qui emmènera, guidé d’oreille ferme, un groupe de promeneurs écoutants réuni pour la circonstance.

Ce parcours ne sera bien évidemment pas la redite du repérage, ce dernier étant plus une réserve de possibles que pourront, plus ou moins, avec une marge de liberté liée à l’improbabilité, exploiter les balades.

Car bien sûr, entre l’humeur du guide et les aléas du terrain, météo, scènes sonores impromptues, réaction du groupe, il peut se passer mille et une choses venant influer le cours de la marche et donc  des écoutes.

D’autres pédagogies, d’autres discours, mises en situation, modus operandi, dispositifs y seront déployés

Dans certaines conditions, et certains lieux, il m’est arrivé d’emmener une douzaine de groupes, sur une semaine, suivant un parcours (presque) similaire, à quelques variantes prêt. Chaque promenade a été toutefois très différente des autres, et jamais je n’ai ressenti une certaine forme d’usure de l’écoute et du corps marchant, de lassitude ou de morne répétition. Bien au contraire, le fait de creuser le terrain, de le sillonner obstinément, comme une modeste et utopique tentative d’épuisement pérequienne,  a ajouté un réel intérêt à l’expérimentation.

Car bien évidemment, même si le terrain a été repéré, préparé, pensé et  repensé, la marche collective procède bien de l’expérimentation. L’expérience du relationnel toujours renouvelé au fil des groupes, du ou des parcours, des postures sérendipiennes, qui constituent une forme de laboratoire déambulant, d’ateliers en marche comme une suite  de modèles de territoires, bâtis autour d’écoutes collectives.

Ici, la synergie du groupe est prédominante. Savoir trouver les mots et les postures pour embarquer une vingtaine de personnes dans une aventure à la fois silencieuse (entre écoutants) et peuplée de mille sons, est à chaque fois une nouvelle gageure. Le côté performatif de l’expédition, longues marches, silences, postures communes, lieux insolites, expériences corporelles, ambiances nocturnes, regards curieux des autres – spectateurs extérieurs non promeneurs et non avertis -, entraîne le groupe dans une forme de rituel où il faut « rentrer dedans ». Il doit s’installer entre nous une osmose tangible, comme lorsqu’une salle entière peut vibrer de concert devant un grand air d’opéra – toujours et plus que jamais l’importance du relationnel et du contextuel. D’où la notion de paysages sonores partagés

Des traces en rendus, des récits

Abordons maintenant la dernière étape de cette recherche-action, celle qui vient après une production physique, collective, in situ, dans le prolongement d’une une écriture corporelle et mentale d’un parcours à même le terrain. Elle concerne cette fois-ci la production d’outils de réflexion, de synthèse, d’analyse, ou de créations sensibles, qui pourraient être envisagés comme une série de traces, de narrations, de récits. Ces traces, ces rendus, contribuent, au-delà de l’action physique, à faire vivre le projet (urbi et orbi), notamment via sa dissémination, ses effets de contamination, d’infiltration, que permettent aujourd’hui les réseaux sociaux (et autres réseaux). Quels que soient les formes et média employés, ce sont des objets qui vont perdurer, plus ou moins, participant à faire connaître la démarche, à la partager, y compris dans des aspects purement pédagogiques. On peut espérer également favoriser de nouveaux échanges et peut-être impulser de nouvelles dynamiques

Enregistrements sonores bruts (field recordings)  ou montés et remixés, d’ambiances comme de paroles, textes, photographies, vidéos, graphismes, objets, installations, notes techniques, analyses méthodologiques, dispositifs multimédia spécifiques, beaucoup de possibilités nous sont offertes.

Une recherche-action digne de ce nom, avec ses actions sociales intrinsèques, ne peut rester confidentielle. Elle doit au contraire essaimer, servir d’exemple, d’inspiration, fournir des ressources accessibles à tout un chacun, qui pourront à leurs tour se développer,  fructifier dans d’autres territoires, et alimenter à leur tour la réflexion, l’expérimentation.

Lire les récits d’autres ateliers, d’autres laboratoires issus des quatres coins du monde, s’emparer de nouveaux outils pour les contextualiser, les reforger à notre main, à notre oreille, selon notre projet, avant que de les redistribuer, est une chose très enrichissante, très excitante même.

On peut ainsi entreprendre au niveau de nombreux territoires sonores, des corpus de sons, d’images, de textes, où se tisseront des protocoles adaptables, modulables, des espaces d’échanges, de discussions, et sans doute des rencontres tant à distance que de visu (et d’auditu), lors de symposiums.

 

Les trois phases proposées ici ne sont qu’une trame, une esquisse parmi tant d’autres. Bien d’autres modèles existent ou restent à combiner, à construire, si possible par et pour une communauté d’écoutants. Cette dernière devra toujours être soucieuse de partager et de défendre de multiples paysages sonores où l’humain trouvera naturellement sa place, dans un respect mutuel, au sein de territoires d’écoute qui demeurent à ce jour , en grande partie inouïs.

 

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Images de PAS – Parcours Audio Sensible à Paris

Balade sonore sur les hauteurs parisiennes

 

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Tendre l’oreille à Paris, sur les hauts de Belleville – Clément Lebrun et Gilles Malatray au Parc des Buttes Chaumont © France Musique / © photo Flora Sternadel• « Le cri du patchwork » – https://www.francemusique.fr/…/environnement-1-ecouter-l-en…

Point d’ouïe bien sonnant

Temps fort

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Après deux jours d’intenses rencontres internationales autour du paysage sonore, je rentre chez moi, en empruntant le chemin d’un parc boisé et escarpé d’un parc urbain.
Les allées sont tapies de feuilles multicolores.
Nous sommes un samedi soir doux et humide, vers 18 heures, il fait nuit.
Le carillon d’une église invisible, au bas de la colline, égraine une magnifique et enjouée volée d’airain. Échos, réverbérations, le bronze carillonnant à tout va magnifie l’espace urbain.
Que demander de plus ?
Une superbe et bien sonnante conclusion.

Points d’ouïe, des paysages sonores sociaux et politiques

Le paysage sonore est (aussi) un paysage social et politique !

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@City Sonic 2016 – PAS -Parcours Audio Sensible à Mons

S’il est vrai qu’au travers de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mes Points d’ouïe, je recherche souvent à partager des esthétiques apaisantes, des aménités paysagères, le plaisir d’écouter collectivement le monde environnant, je ne voudrais pas pour autant réduire mon travail à une écologie (acoustique) fleur bleue, qui ignorerait, éviterait, fuirait, ou pire, tendrait à cacher les tensions ambiantes de nos sociétés.
Car le paysage sonore est un véritable marqueur social, avec toutes les frictions que ces territoires peuvent contenir et engendrer, un paysage audiblement politique, où se font entendre les grincements, les violences urbaines, ou rurales, les solitudes également, celles d’espaces délaissés, en friche, quasi abandonnés.
Bien sûr un promeneur écoutant n’est pas forcément armé pour analyser socialement, politiquement l’énorme masse d’informations qui lui tombe sous l’oreille, tel un sociologue pourrait par exemple le faire. Néanmoins, à force d’écoute, la vie s’impose belle et bien l’oreille, avec ses joies et ses misères, parfois oh combien cruelles et tragiques !
Un écoutant aguerri ne peut pas faire abstraction, ne peut pas tout filtrer, se boucher les oreilles devant quelques désordres, sans doute un euphémisme, sociaux et politiques qui marquent régulièrement les paysages sonores traversés.
Se promener dans la rue, arpenter la cité, ne peut laisser l’oreille indifférente aux fractures sociales, à l’emprise du politique, même hors discours.
Si l’oreille perçoit nettement le dynamisme de certains quartiers où existe encore une saine mixité inter-culturelle, un véritable brassage social, qui peuvent rendre des espaces plus « vivants » que d’autres à l’écoute, les tensions sociales, les ségrégations, la gentrification, la ghettoïsation, d’y perçoivent aussi nettement par l’auditeur. arpenteur
Violences langagières, cris, exhortations, bagarres de rues, insultes, harcèlement, discriminations, harangues, scènes de ménage, conflits de voisinage, d’automobilistes à cran, et j’arrêterai là cette liste assez sombre, tissent aussi le quotidien de l’espace public, comme de l’espace privé qui transpire parfois ses rancœurs et violences dans la rue, bafouant  ainsi tout intimité.
J’ai d’ailleurs personnellement assisté, à différentes reprises, promeneur écoutant en repérage, et témoin auriculaire involontaire, à des scènes de ruptures, ou de profondes fractures sentimentales extrêmement violentes, en tous cas dans la douleur exprimée par les mots et les intonations vocales, exacerbées, de celles qui nous glacent, nous atteignent profondément,  nous émeuvent dans ces drames, pourtant à l’origine  intimes.
Des conflits dune « tragédie humaines» révélée à l’écoutant, des cris, pleurs, supplications, qui parfois se mettent en scène via les smartphones où les acteurs hurlent leurs haines et leur vindicte aux oreilles de tous, entre colère surjouée et débordement catharsis, et qui d’ailleurs rajoutent des couches de tensions dans l’espace public. Ces violences quotidiennes s’ajoutent, ou se superposent aux concerts de klaxons exacerbés, et même aux insipides, lénifiantes et insupportables musaks d’ambiances, qui envahissent parfois nos rues, comme des empilements de sons contraignants.
De même, les revendications sociales, mouvements sociaux, grèves, entre harangues et slogans parfois drôle, parfois violents, des cornes, un vacarme social plus ou moins orchestré, portés par des flux, des masses organisées en défilés contestataires, et parfois marches silencieuses en mémoire de, construisent des espaces de contestations éminemment sonores.
D’autre part, l’espace sonore est marqué depuis longtemps par la volonté de montrer une puissance sociale et politique aux yeux et aux oreilles de tous.
Le nombre et la puissance des cloches, à l’époque ou châteaux et églises marchaient de concert, non seulement comme des rythmes marqueurs temporels, journaux d’information dans l’espace public (naissances, baptêmes, mariages, décès…) mais aussi révélateur de la richesse et du poids politique des villes, duchés, comtés…
De même les fanfares d’apparat dans les grandes cours, et celle, plus guerrières, de  troupes avec tambours fifres et clairons en avant-garde des batailles rangées, dont l’importance du nombre et la puissance sonore soulignait la potentielle force militaire qui avançait en chargeant au contact de l’ennemi.
Je ne m’étendrai pas ici sur les sons de guerres et d’actes terroristes, dont parlait déjà Luigi Russolo dans son manifeste « L’art des bruits » et parfois mis en poésie, de Victor Hugo à Guillaume Appolinaire.
Sans compter les discours politiques, commémoratifs, en campagne, parfois déversés par voix de puissants haut-parleurs dans l’espace public, le verbe haut comme force de propagande.
Le paysage sonore, l’espace sonore, le territoire sonore, sont donc bien construits sur des terrains sociaux et politiques parfois radicaux et très violents, et donc inévitables « écoutables » comme des marqueurs nous montrant les soubresauts d’un monde jamais vraiment apaisé.
Si j’ai souvent l’habitude de vous montrer, et de vous inciter à entendre les beautés intrinsèques des paysages sonores, je ne romps pas ici avec mes positions plutôt esthétiques, cherchant un apaisement social, mais je mets simplement au clair ma position d’écouteur public qui n’occulte pas la force obscure  du sonore, en tout cas les révélations parfois violentes et inattendues que l’écoute amène à nos oreilles ouvertes sur le monde, pour le meilleur  et pour le pire.

Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensible, exercice d’écoute/écriture en plateforme multimodale

Exercices d’écoute en marche, gare aux oreilles !

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Les frimas sont là, avec une belle humidité stagnant sur la ville.
Pour autant, pas question pour moi de renoncer à mes points d’ouïe et autres PAS – Parcours Audio Sensibles. Ce sont devenus des exercices journaliers, comme faire mes gammes, garder l’oreille vive, entrainée, tester chaque jour de nouveaux espaces, de nouvelles postures…
Les frimas et la pluie rendant parfois l’exercice assez inconfortable, je choisis d’élire temporairement domicile dans un vaste lieu, à deux pas de chez moi, à savoir une gare ou, pour être plus précis, une plateforme multimodale – où se croisent trains, bus, métro, voitures, vélos, piétons. C’est une sorte de grande zone d’aiguillage, sur quatre niveaux, redistribuant les piétons usagers vers différents transports et sorties sur le quartier. Un lieu couvert, qui me permet à la fois de déambuler et de me poster sur des bancs d’écoute, d’explorer, de tester.
Exploration niveau -2 , quai des métros
Exploration niveau  -1, desserte parkings
Exploration niveau 0, hall d’accès, escaliers et ascenseurs de distribution
Exploration niveau  I, couloirs et quai des bus
Exploration niveau 2, quai SNCF
En bref, d’immenses zones à parcourir, ouïr, décrire, écrire. J’ai déjà exploré moult fois ce lieu, seul ou accompagné, et ce soir, je décide d’investir le niveau 1, donnant accès aux bus. C’est un très grand U, couloirs carrelés, baies vitrées, portes coulissantes, fosse donnant sur le métro en contrebas, nombreux bancs métalliques, sans compter les usagers…
Il est 19 heures, nous sommes un vendredi 11 novembre, donc jour férié, ce qui, au niveau de la circulation, réduit le flux habituel à ces heures-là, mais en conserve néanmoins une riche activité, diffuse sur tout le plateau scène d’écoute.
Certaines heures sont plus propices, très tôt le matin, ou tard le soir, de même que certains jours, les dimanches soir notamment, ou jours fériés.
Cette plateforme me donne un terrain de chasse remarquable, avec de longues coursives, des perspectives visuelles et sonores en enfilades, trouées de portes coulissantes qui ponctuent l’espace de chuintements pneumatiques, et des sons pénétrant de l’extérieur.
Les nombreux bancs, dos à dos, me permettent des visées sur de nombreux cadrages, plus ou moins ouverts, abrités, ou non, ilots-affuts dans ce grand bateau de veille sensible.
Des voix et des voies, rires, chuchotements, nombreuses langues d’Afrique ou de l’Est, enfants, ados, adultes, l’homme est au centre de la scène. Il passe par flux, sa présence parfois s’amenuise, puis réapparait de plus belle. Mouvements dans l’espace, les voix comme objets posées ou traits sonores traversant. Les pas, talons hauts, chaussures crissantes, ou silencieuses, un autre marqueur sono-spatial sur les vastes carrelages.
Des voix juste derrière moi, sur un bans accolé dos à dos, à quelques centimètres – une intimité où je suis le confident malgré lui, épémère, d’une personne toute proche à cette instant. Je ne me sens pas forcément audio-voyeur, mais plutôt  un peu plus vivant, dans le sens vivant dans une harmonie fragile et éphémère avec l’autre, avec mes proches de l’instant.
Annonces, un train, un métro qui ne prend pas de voyageur, une personne attendue à l’accueil, les consignes vigipirates « tout bagage abandonné… »
Des signaux sonores, bips des portes d’entrée, des portes des métro en contrebas, parfois tels des chants cristallins proches des crapauds des pierres en été.
Des acoustiques changeantes au détour d’un couloir, plus ou moins réverbérantes, ou sèches.
Grondements, sifflements, chuintements, freins dans des aigus acérés. Les métros en bas, les trains en haut, sur un butte tallutée, comme une hiérarchie verticale, ou deux mondes, celui de l’underground, et celui de la lumière s’étagent à l’oreille.
D’ailleurs, concernant les lumières, elles sont comme les sons, diverses, crues, feutrées, points lumineux, clignotantes, réfléchies en tâches, en halos diffus, irrisantes sur les chaussées mouillées qui se reflètent dans les vitres de la gare…
Je m’absorbe dans ces flux sensoriels, tentant parfois de les démêler, et parfois me laissant subjuguer, en errance dans leurs mouvances, leurs variations, marchant consciemment dans des traces situationnistes, psycho-géographiques.
Tantôt assis, tantôt déambulant, je teste différentes postures, au niveau du corps, de l’état d’esprit, de l’écriture in situ, crayon et papier en main.
Les gares sont des voyages immobiles, ou empreintes d’un mobilité bien circonscrite physiquement, alors qu’elles ouvrent d’immenses champs symboliques, imaginaires, des voyages infinis, ouverture pour moi sur une magnifique hétérotopie, des lieux divers, d’autres lieux, des lieux autres, qu’a si bien formulé Michel Foucault.

Il va d’ailleurs falloir un jour, que je me penche sur ce que sont, ou ne sont pas, les hétérotopies d’un paysage sonore.

http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html.

PAS – Parcours Audio Sensibles en résonances

Passages couverts en résonances

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Ce n’est certes pas la première fois que, en tant qui promeneur écoutant,  j’aborde le sujet.
Néanmoins, j’assume mes propres itérations, mes propres répétitions, qui sont pour moi un moyen d’affirmer mes coups de cœur, mes coups d’oreilles, de les ancrer dans un vécu, une expérience de marcheur.
Au-delà, qui sait, c’est sans doute un moyen de trouver en les partageant des échos chez d’autres marcheurs, ou écoutants, ou les deux.
Comme je le constate souvent, la vue est indissociable de l’oreille et vice et versa, en tous cas dans mes propres parcours.
L’oreille peut guider la vue, l’emmener vers…
La vue peut guider l’oreille, la faire tendre vers…
Ces deux sens se complètent, s’auto-enrichissent, stimulent des états perceptifs qui viennent exacerber nos sensations, plaisirs, ou déplaisirs.
Or il se trouve que : J’aime les passages couverts.
J’aime les couloirs.
J’aime les galeries.
J’aime les tunnels.
Y compris parfois dans les sentiments d’étrangeté, des sensations de froideur, d’humidité, d’obscurité, voire d’insécurité.
J’aime les espaces confinés, aux perspectives resserrées, fuyantes, aux longues réverbérations.
Il me semble qu’il y a dans ces lieux de belles adéquations entre ce que je vois et ce que j’écoute.
Les sonorités  y sont parfois étouffées, parfois amplifiées, réverbérées, portées par des murs minéraux qui les colorent de timbres presque métalliques. Les voix s’ajustent aux lieux, soit intimes, soit au contraire expansives, portées à jouer avec les lieux – tels les enfants criant quasi systématiquement dans les tunnels justement.
A chaque nouveaux PAS – Parcours Audio Sensible, je n’ai de cesse que de rechercher au moins un passage de ce type, allée couverte, pont ou autre boyau acoustique, même de taille modeste.
Ces parcours, ponctués de résonances, ou d’endroits plus mats, plus secs, acoustiquement parlant,  nous procurent des sensations d’ouvertures/fermetures acoustiques, d’élargissements/rétrécissements, où l’espace devient tangible à l’écoute. On y sent les pressions acoustiques se déployer ou se resserrer physiquement, corporellement, comme une enveloppe immersive. On y percoit une certaine compacité élastique de l’air, ce qui d’ailleurs nous fait mesurer l’incroyable acuité de notre système d’écoute, et de notre corps résonant et résonateur.

Écoutez/regardez, imaginez les ambiances…

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Ambiances sonores du tunnel de l’ile du souvenir – Parc de la tête d’Or à Lyon – Balade – expérimentations sensibles par Nathalie Bou et Desartsonnants

ET AVEC TA VILLE, COMMENT TU T’ENTENDS ?

Partages d’écoute(s) en parcours sonores urbains et périurbains

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Des projets visant :

Des quartiers concernés par les actions de la Politique de la ville, notamment les QPV – Quartiers Prioritaires  et les QVA – Quartiers de Veille Active
Pour : entendre la ville, mieux s’entendre avec la ville (et ses habitants, passagers, usagers…), créer du lien par l’écoute collective, désamorcer les notions de bruit permanent, marcher d’un lieu à l’autre en ouvrant les oreilles pour rattacher son quartier, son ilot, à d’autres espaces urbains, voisins ou plus éloignés (le son n’a pas vraiment de frontières physiques)

Des quartiers en rénovation urbaine
Pour, garder des traces, mémoires de grands travaux, comment sonne la ville, la cité, avant, pendant, après les chantiers de rénovation ? Comment s’effectuent (ou non) les transitions architecturales, urbanistiques, sociales, culturelles, avec l’oreille comme témoin et organe de transmission.

Postures et collaborations
Ces propositions peuvent convoquer, selon les approches envisagées, des postures où l’esthétique, l’artistique, l’écologie et le développement durable (l’écosophie), le social… Elles peuvent également, voire souhaitent fortement pour cela associer différentes compétences, s’intégrer dans des équipes…

Propositions de terrain
Des PAS -Parcours Audio Sensibles, écouter, commenter, mieux comprendre sa ville en marchant, écrire et construire des récits de territoire au pas à pas
des enregistrements in situ, ambiances, radio trottoirs, rencontres…
montages radiophoniques, documentaires et/ou fictions
montages audionumériques de paysages sonores, cartes postales sonores, fictions et territoires imaginaires
diffusions, rencontres et écoutes publiques, les sons de mon quartier
installation sonore et visuelles en espace publics, appartements – travail entre photographies et sonographies (documentaires, fictions, cartes postale sonores, formes mixtes)
cartographie de l’écoute
récits d’écoutants via des textes collectés, enregistrés, des graphismes…
Cartographies sensibles, mentales de la vile sonore
Sculptures sonores et installations éphémères, points d’ouïe et écoute scénographiés…

Ces propositions ne restent bien évidemment, en l’état, que des propositions, un champ de possibles. Elles seront définies, choisies, construites en fonction des projets, du terrain, des acteurs locaux (institutions, structures socio-éducatives, conseils de quartiers, associassions, habitants…)

Quelques expériences menées
– Mâcon, quartiers des Blanchettes  (71)« Le bruit de ta ville ? » avec les services sociaux et de santé
– Chalon/Saône quartier Fontaine aux Loup (71), « sons de ton quartier  » Académie, école maternelle
– Chalon/Saône quartier des Charreaux (71), avec le centre social et la ville de chalon
– Besançon centre et périphérie (25) avec des écoles primaires et un sociologue de la ville
– Saint-Étienne (42), quartier Bellevue, avec le conseil de quartier, le service santé et urbanisme
– Bron, Les essarts/Mermoz (69) « Histoire(s) pour les oreilles » avec le service culturel de la ville, une école primaire, dans le cadre du festival RVBN
– Lyon 9, Conseil de quartier Vaise Industrie Rochecardon « Mémoire orale des ouvrières de Vaise » – enregistrements de mémoires orales, CD et livret
– Tananarive, Madagascar – Quartier d’Ankatso, « Sons de Tana », avec « Art’Mada », le Ministère de la culture, l’Université de la francophonie, des artistes locaux…
– Victoriaville – Québec, colloques  rencontres et balades sonores autour de « l’écosophie », approche de l’écologie sonore transatlantique, avec CRANE Lab (France), l’Université de 3 Rivières et GRAVE (Québec)
– Lausanne – Suisse – Quartier du Vallon, Journées des alternatives urbaines autour de la restructuration du quartier, balades sonores et sensibles, avec l’association Écovallon, la ville de Lausanne…

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Points d’ouïe et Paysages sonores partagés
https://desartsonnantsbis.com/
https://fr.linkedin.com/in/gillesmalatray

Contacts
desartsonnants@gmail.com
07 80 06 14 65

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