Chemins d’écoute – La pratique du soundwalk (promenade sonore) en écrits

DESARTSONNANTS - SONOS//FAIRE

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Comme vous l’avez sans doute constaté, Desartsonnants aime l’écoute en marche, au sens littéral du terme. Il la pratique régulièrement, l’explore, en cherche des déclinaisons, des modes de contextualisation. Il expérimente différentes formes de déambulations auriculaires avec d’autres artistes plasticiens, écrivains, conteurs, danseurs…, des aménageurs, des chercheurs, des écoutants de tous crins. Il use de ces chemins d’écoute sans cesse réécrits au fil des pas, pour réfléchir à nos propres postures d’écoute au quotidien, mais aussi à celles, plus extraordinaires, qui nous offrent un décalage sensoriel propre à jouir de perceptions environnementales élargies. Il questionne nos relations avec l’espace, le son, nos co-habitants/co-écoutants, la construction de paysages voire de territoires sonores partagés.

Au-delà de la (dé)marche d’écouteur public, via des approches esthétiques qui ne perdent jamais de vue une forme de militance pour la belle écoute liée à l’écologie sonore, celle que nous a fait découvrir Murray Schaeffer, une réflexion…

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PAS – Parcours en duo d’écoute n°14 avec Isabelle Gessen

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Lundi 22 avril 2019, jour de Pâques, départ du 14e PAS en duo Lyonnais, de la gare Saint-Paul vers les hauteurs de Fourvière.

La visite est cette fois-ci emmenée par Isabelle Gessen.

Des escaliers, des écoles, couvents reconvertis, des parcs, un parcours en Acro-branches, des points de vue panoramiques, un cimetière, hélas fermé à cette heure, et des points d’ouïe aussi, sur le parvis d’une basilique, à l’intérieur et dans la crypte de celle-ci, d’autres parcs, une fin dans les ruines gallo-romaines, pour finir une redescente hors-micros.

Près de trois heures de marches, dont plus de deux enregistrées non-stop, sans retouches aucunes. Des dialogues, des lectures, certaines inédites, circonstanciées, beaucoup de dénivelés, et des espaces somme toute assez apaisés. Une nouvelle tranche de ville Lyonnaise à portée d’oreille s’offre à nous.

Au-delà des choses écoutées, c’est notre petite fabrique de paysages sonores qui est toujours au cœur du processus. C’est la façon dont nous le vivons, racontons, faisons vivre par notre récit croisé, in situ, en grande partie imprévisible, selon ce qui se passe, les sensibilités de chacuns -unes…

Je ne m’en lasse pas.

 

En écoute

 

 

Les sons de l’EmoSonne

PAS – Parcours Audio Sensible, des marches, des silences, des sons, des parcours, des paroles

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Suite à un PAS récemment effectué, sur la thématique de l’écologie sonore, que finalement très peu connaissent, je réfléchissais, une fois de plus, aux tenants et aux aboutissants de cette pratique, pour moi incontournable qu’est le Parcours Audio Sensible.

Un PAS est tout d’abord un espace-temps, un instant marché, où mille particules sonores, infimes bruissements, fragments d’un puzzle acoustique morcelés, épars, avec lesquels nous reconstituons un flux-paysage cohérent, un tout écoutablement logique et logiquement écoutable.
Le parcours tisse des lignes géographiques sonores, où se répondent places et jardins, cours et impasses, rires d’enfants et harangueurs des marchés. Une géographie sonore se dessine. Les espaces et les sons, au départ fragmentés, éparpillés en événements disséminés, disparates, sont recollés, recousus à l’aune de l’écoute et des traversées sensibles, kinesthésiques. Ces parcours écrivent un chemin qui prend sens au cœur d’un paysage sans cesse renaissant à l’écoute.
Le promeneur écoutant devient alors à même de se re-trouver dans des écoutes peuplées d’indices auriculaires, qui lui donnent petit à petit des clefs, confortant ses quêtes et recherches. Clés de lectures, ou d’écriture, parmi celles qui nous proposent de reconsidérer le paysage sonore comme un objet d’étude, ou comme une source de plaisirs. Entre autre, plaisir de se reconnaître dans un parcours non pas entièrement balisé, ce qui serait assez mortifère, mais au moins jalonné, tout en gardant la possibilité de se perdre encore à certains moments, pour mieux se retrouver ensuite.

Un PAS, c’est encore une série de gestes qui font que le silence est instauré, installé et entretenu au sein du groupe de promeneurs. Ce silence accepté, y compris sur une assez longue durée, celle de la déambulation, contribue fortement à rendre le monde audible, ou tout au moins un peu plus audible, et ce de façon plus efficace que mille savants discours. C’est dans ce silence qu’est perçue plus finement la complexité de notre environnement sonore, et que nous pouvons devenir un peu plus acteur, ne serait-ce qu’en posant une oreille curieuse sur ce qui nous entoure.

C’est également le moment où, lorsque le silence, intrinsèquement peuplé de sons, est rompu, que la parole collective peut à nouveau se libérer. Après un long silence, pas toujours facile à maintenir, les voix collectives ont à nouveau le pouvoir d’échappées belles, d’exprimer des ressentis, des frustrations, de narrer des gestes ayant donné naissances à de beaux moments, comme à des espaces-temps parfois discordants, dans une expérience d’écoute à la fois commune, et néanmoins individuelle et singulière, que la marche silencieuse a cependant souvent unifiée.

Le paysage sonore qu’on assassine !

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Beaucoup assassinent le terme de Paysage sonore (et parfois les pratiques liées), sous différents prétextes.

Ces prises de positions souvent abruptes génèrent, entre « spécialistes », de longs débats tendus, où d’ailleurs on s’aperçoit que les partis-pris inflexibles écornent paradoxalement beaucoup l’écoute de l’autre, du groupe, voire de soi-même. Paysage sonore et éthique sociale ne résonnent pas toujours hélas en harmonie…

Au final, sous l’avalanche de propositions sémantiques, concepts forcément innovants, rien de neuf ni de solide ne se construit. Force est de constater que le paysage sonore, si décrié et complexe fut-il, comme tout paysage du reste, possède aujourd’hui une histoire, des postulats, des pratiques, des recherches, des productions, des acteurs, une continuité temporelle, bref, une existence que l’on ne remet pas en cause si facilement, sous l’envie soudaine de réformer, quitte à flirter avec la pure Tabula rasa.

Le paysage sonore, des premiers travaux de Raymond Murray Schafer à aujourd’hui, ne cesse de se remettre en question, d’écoutes en captations, d’écrits en installations, de parcours en Points d’ouïe, de recherches en actions… et n’est pas, n’en déplaise à certains détracteurs, synomyme de collectages et autres field-recordings qui figeraient un sonore muséal poussiéreux.

Ce n’est pas une impasse, intellectuellement pauvre ou contre productive non plus. C’est en fait tout le contraire, à une époque d’hybridation de pratiques, géographie, aménagement, esthétiques, socialités, mobilités, éthique, écologie à l’appui…

Je pense, au risque de passer pour un indécrottable passéiste réac, qu’il serait dommageable de jeter le bébé avec l’eau du bain, et de raser sans égards un champ de recherche et d’action qui au final, ne fait que commencer et ouvre progressivement nombre de portes à nos oreilles reconnaissantes.

Le ralentissement bénéfique, une décélération sonore créative et salutaire

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Poursuivant ma réflexion autour d’une approche minumentale, je parlerai ici de ralentissements, ou des formes de ralentis créatifs, stimulants.

Il ne faut pas ici, considérer le fait de ralentir comme une décroissance négative, une perte d’activités contre-productive, appauvrissante, un élan dynamique brisé, mais bien au contraire comme un rééquilibrage physique et mental apportant de nouvelles énergies moins stressantes.

Je prendrai, comme à mon habitude, le cas du paysage sonore, ou en tous cas des actions de création, de marche, d’écoute, se posant dans le cadre de projets à résonances environnementales, dans le sens large du terme.

La première chose, a priori élémentaire, mais pas toujours la plus aisée a assimiler ou pratiquer, est de prendre le temps. Prendre le temps de réfléchir avant de faire, prendre de faire, sinon de laisser faire parfois, comme une déprise libératrice.

Prendre le temps de poser son écoute, non pas comme un flash ultra bref, désirant capturer un maximum en un minimum de temps, mais comme une séquence, ou un ensemble de séquences, suffisamment longues pour que nous ressentions l’enveloppe du paysage ambiant. Des séquences suffisamment longues pour que nous prenions conscience non pas de l’environnementalité du paysage, mais de notre appartenance ambiante à ce dernier. Faire partie du paysage, y compris sonore, c’est conscientiser nos responsabilités d’écouteurs bruiteurs, pour ne pas se mettre en marge de ce qui nous environne. Je reprends ici des propos, forts judicieux, de Gilles Clément, qui dénonce les danger du concept d’environnement, de par la possibilité à l’homme de s’en extraire, de se différencier de ce qui l’environne, donc de se déresponsabiliser des méfaits qu’il pourrait, et ne manquera pas de commettre.
Cet aparté refermé, revenons à notre ralentissement.

 

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Outre le fait de prendre le temps, moment quasi contemplatif, d’écouter alentours, nous pouvons dans un même temps ralentir nos mouvements, nos actes, nos gestes. La marche par exemple, qui constitue pour moi un dispositif d’écoute et d’écriture sensible éminemment pertinent, et ses arrêts point d’ouïe associés, se fera à une cadence délibérément lente, sinon très lente. Approche qui pourrait suggérer, toute proportion gardée, une résonance butoïste, d’ailleurs une lente danse et marche, fortement lié à la fois au sol et au cosmos.
Le ralentissement d’une marche n’est d’ailleurs pas si évident que cela, non pas pour le “guide”, mais pour les promeneurs embarqués qui devront faire l’effort de la lenteur, et qui plus est souvent du silence. Ralentissement du geste, raréfaction de la parole, attitude pour beaucoup contre-nature, donc contraignante. Mais l’accès à une perception augmentée, sans autre dispositif que notre propre corps ralenti, mérite bien quelques efforts, surtout dans une société qui ne cesse de nous bousculer, de nous pousser à agir de plus en plus vite, à flux tendu, sans espaces de repos, ni possibilité de laisser décanter les choses amassées.

Nous pouvons également ralentir, diminuer, le nombre de propositions, pour nous attarder sur celles qui nous paraissent les plus riches à long terme. Là encore le rythme trépidant, souvent imposé par les opérateurs culturels, les institutions publiques, les collectivités, les budgets, sont, dans le désir de (trop) bien faire bien, plus souvent de l’ordre du saupoudrage que du projet de territoire à long terme.
Ralentir le torrent de projets pour s’appuyer sur des constructions plus longues est une action qui permet de mobiliser des énergies de façon plus concentrées et au finale créatives.
Prendre le temps de faire, de faire murir, sans succomber à la sur-production à la chaine, laisser faire le temps, quitte à laisser s’installer un patine qui frottera le projet à une centaine usure temporelle, en examinant ce qui résiste plus ou moins à cette érosion voulue, et en dégraissant le projet de ses excédents qui noient le cœur de la démarche.

Prendre le temps de laisser faire, sans forcément imposer une intervention humaine. Installer une écoute en jachère, en friche, sauvage, non anthropique. Pour cela, laisser des espaces où non seulement il y aura ralentissement, mais abandon, où les sons pourront être ce qu’ils sont, entre silences et chaos, sorte de zones acoustiques primaires où l’oreille ne ferait, éventuellement, qu’écouter, que constater, et à la limite serait même absente. Ralentir la mainmise, l’oreille mise, jusqu’a l’effacement de l’écoutant. Effacement symbolique, ou physique, rêve d’un retour aux sons premiers, au chaos génératif, au seul bruit de la mer à perte oreilles, des volcans émergents… Imaginons…

Ralentir le flot de paroles, d’explications surabondantes, de thèses pour laisser place à une expérience brute, à du no comment, à l’essence de l’exploration sensorielle; quitte à être un brin perturbé, déboussolé, désorienté, à en perdre, momentanément, le sens de l’écoute, et à se laisser porter par l’émotion purement instinctive, viscérale.

Ralentir l’excroissance sonore urbaine, mégapolitaine serait certainement une action des plus importantes à mener. A condition pour autant, de ne pas systématiquement rejeter vers l’extérieur de la cité les fauteurs de troubles (voitures, vie festive), transformant les périphéries en de véritables poubelles sonores. Et c’est malheureusement la stratégie adoptée dans bien des cas ces dernières décennies.

Parallèlement, ralentir, voire enrayer, l’extinction d’espèces, la disparition des chants d’oiseaux en même temps que de leurs pratiquants, dans les espaces ruraux et naturel devient une urgence absolue, un cas de force majeur. Ce déséquilibre exponentiel nous est clairement montré à l’oreille par la paupérisation sonore grandissante de nombreux écosystèmes, témoignage d’une biodiversité oh combien menacée.

Deux défis qui semblent de plus en plus relever de la mission impossible, à moins que de renverser rapidement et radicalement vapeur, chose actuellement hautement improbable, un simple ralentissement s’avérant souvent tellement problématique à mener pour qu’il constitue une action un tant soit peu efficace.

Parmi toutes ces approches ralentisseuses, il y en a certaines que je mets en action régulièrement, le plus souvent que possible, d’autres que je tente de développer, d’étendre, d’autres encore auxquelles je participe avec mes petites mains et oreilles d’écoutant citoyen, et d’autres enfin que j’aspire à développer au cœur de mes pratiques. L’artiste sono-paysagiste que je suis est depuis longtemps préoccupé, engagé, dans une mouvance liée à l’écologie sonore telle que l’a pensée Murray Schaffer, conscient des difficultés actuelles à ralentir les choses pour que ces efforts ne restent pas de simples utopies, néanmoins motivantes.

D’autre part, marchécouter sans presser le pas, ni le tympan, le ralentir même, est une façon de résister à des violences cumulées, physiques, psychologiques, sociales, économiques, politiques… Et sans doute de les dénoncer, de les désamorcer, en ne répondant pas à la violence par la violence, mais au contraire par une attitude, une écoute, bienveillante, attentionnée, généreusement humaine.

 

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AudioGraphie – @Nathalie Bou et Gilles Malatray -Installation silencieuse – Parc de La Feyssine Lyon

 

 

 

PAS – Parcours Audio Sensible en duo d’écoute avec Sarah Neuffer

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Un nouveau PAS – Parcours Audio Sensible en duo d’écoute avec Sarah Neufer, étudiante Berlinoise qui travaille autour de l’écoute dans l’espace public. 50 minutes de balade, du haut de la Croix-Rousse à Lyon, au pied du Gros caillou, jusqu’à la place des Terreaux, au bas des « pentes ». Nous écoutons, parlons, marchons, enregistrons, sans aucune retouche.

Cette demi journée, puisque après le PAS, nous parlerons encore 3 ou 4 heures, autour des PAS, mais aussi du travail d’enquête de Sarah, écoute, espace public, société…

Un beau soleil, l’après-midi, de 15 à 20H, sera placé sous le signe de la convivialité. Plusieurs personnes nous aborderons de façon sympathique, enjouée, avec ou hors micro.

Les pentes sont animées, les terrasses de cafés bondées, chacun profitant de cette température estivale pour flâner dans l’entrelacement de ruelles et escaliers pentus.

 

 

Écoutez d’autres PAS – Parcours audio Sensibles en duo d’écoute :https://desartsonnantsbis.com/les-pas-parcours-audio-sensibles-en-duo-decoute/