City Sonic 2017 – Points d’ouïe et PAS-Parcours Audio Sensible à Charleroi

Charleroi , écoute by night

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©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Ce nouveau PAS Belge répond à une commande de Transcultures, association fondatrice et organisatrice du festival international des arts sonores City Sonic.
Cette commande comportait deux opus dans une même fin de journée et soirée. Le premier consistait en une conférence autour de l’œuvre du compositeur américain Max Neuhaus. devant un parterre avec beaucoup de « gens du son ». j’y évoquais les recherches et réalisations de ce visionnaire et précurseur des arts sonores, tels son travail sur l’espace, notamment l’espace public, la perception, le design sonore, les représentations graphiques d’installations, et bien entendu, une de ses actions phares, les Listens. C’est en effet au cours de ces soundwalks, performances d’écoutes urbaines, que l’artiste expérimente une posture d’écoute en marche, performative, transformant la ville en une scène d’écoute musicale. Par delà l’approche pédagogique de Murray Schafer, Max Neuhaus nous invite à une expérience esthétique forte, ce qui résonne fortement en moi depuis que j’ai regardé de près les gestes et les écrits de ce pré-soundwalker.
Le PAS que j’ai effectuer à Charleroi, suite à la conférence, et prolongeant également un fabuleux concert de Charlemagne Palestine, je vous en reparlerai bientôt, sont en effet tout naturellement, et très modestement, en écho des Listens de Max Neuhaus, comme une illustration pratique de ce que j’ai énoncé durant la conférence.
Il ne s’agit pas pour autant de copier le modèle Neuhausien, ce qui ne représenterait que bien peu d’intérêt, mais de mettre la ville en écoute façon Désarsonnante. Pratiquant ces écoutes en marche depuis le milieu des années 80, plutôt dans l’esprit didactique d’un Murray Schafer au départ, j’ai découvert, quelques années plus tard, les Listens, qui ont certainement influencé mes marches pour les rapprocher plus près des arts sonores, tout en gardant une forme de militance pour la belle écoute et une sensibilisation autour de Points d’ouïe remarquables.

 

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©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Pour effectuer un PAS dans de bonnes conditions, maîtriser un tant soit peu le paysage investi, ne pas trop s’y perdre, physiquement comme sensoriellement, tout commence par une série de repérages.
Ma première journée à Charleroi fut une grande marche urbaine entre la ville basse et la ville haute, le centre en grand travaux de réhabilitation et la périphérie post industrielle. Bref beaucoup de kilomètres pour s’imprégner des ambiances, des acoustiques, dans un journée très physique, avec quelques bonnes dénivelées. Mais au final, ce fut une plongée vivifiante dans une ville très tonique.
Charleroi est incontestablement, aujourd’hui, une ville de contrastes, auditivement et visuellement parlant. Ancienne cité industrielle, minière, sidérurgique, elle fut très prospère dès la révolution industrielle. De la fin des année 60 jusqu’à 2012, les secteurs industriels qui faisaient vivre la ville s’écroulent les uns après les autres, laissant d’immenses champs de friches industrielles désertées, un paysage digne des meilleurs albums de la BD science-fiction, et une catastrophe économique, sociale.
Le paysage alentour est bordé d’immenses crassiers, certains de plus de 200 mètres de haut, reliefs signant la feu prospérité minière. La Sambre, rivière sinueuse sur laquelle naviguent d’imposantes péniches, canalisée entre d’énormes entrepôts, longe la ville basse. Un incroyable réseau routier ceinture la ville, rings en hauteur dominant la cité d’un entrelacs de ponts et de voies suspendues. Le réseau ferroviaire est lui aussi assez gigantesque. Tout ceci vous vous en doutez bien, n’est pas sans conséquence sur l’ambiance sonore de la ville! Ajoutons à cela d’incroyables trompes, identiques à celles de gros bateaux, qui sonorisent les tramways, notamment à un carrefour où voitures et trams cohabitent, plutôt mal à certaines heures, et la ville se fait se fait parfois trépidante, voire bruyante, n’ayons pas peur des mots.
Fort heureusement, la requalification de certains quartiers a aménagé un réseau de places et de rues piétonnes qui viennent donner un peu d’air à la cité, y compris pour les oreilles.

 

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©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Mon parcours devant s’effectuer en nocturne, situation que j’apprécie et recherche d’ailleurs de plus en plus, une bonne partie du repérage s’effectuera durant une semaine, de nuit, après avoir interviewé les artistes du festival pour la Sonic Radio.
A ces heures obscures la ville prend une toute autre allure, surtout si l’on se promène sous les rings, le longs d’usines désaffectées, et sur les bords de la Sambre, ce que bien entendu, je ne manquerai de faire, parfois micros en mains, pour capter l’ambiance un brin canaille de cette cité en pleine mutation.
Car la ville, surtout basse, est un immense chantier où les places et les quais sont réaménagés, où un imposant centre commercial flambant neuf a vu le jour, ainsi que plusieurs centres culturels, restaurants lieux d’exposition, cinémas… Déjà riche de quelques lieux phares, culturellement parlant, dont le célèbre Charleroi Danse, la cité mise, comme l’a fait quelques années auparavant Mons sur un développement de l’offre culturelle. Ceci pour redynamiser une ville que les séquelles d’un violent déclin industriel stigmatisent encore, et faire en sorte d’oublier le slogan qu’a développé une équipe artistique « Charleroi Adventure ». Cette dernière propose des circuits safari dans la ville, élue à ce titre comme « la plus laide d’Europe ». Bien sûr, aussi surprenante et contrastée que soit le tissu urbain, il s’agit là également d’un effet d’annonce de ce Safari urbain décalé, même si je me rendrai compte que, inconsciemment, je suivrai plus ou moins ces chemins post industriels de l’oreille. On ne peut, en tant qu’arpenteur, échapper à ce qui fait de Charleroi une ville un brin sauvagement fascinante, même s’il ne s’agit pas pour moi de construire une nouvelle série de situations touristico-artistiques. La ville en tous cas, est multiple et il faut s’en saisir par un bout, celui des oreilles pour moi…

 

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©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Le jour J, qui s’avère le plus humide de tout mon séjour, mais un PAS Belge, ça se mérite ! À 21H30 devant la basilique Saint-Christophe de Charleroi, se forme un groupe d’intrépides et sympathiques marcheurs écouteurs noctambules.
Sous une pluie fine, qui finalement s’estompera au fil ne notre déambulation, nous entamons une descente de la ville haute vers la ville basse. Beaucoup de passants flânent encore, leurs voix réverbérées entres les murs serrés. Nous zigzaguons pour suivre des passants, coller nos oreilles à une bâche derrière laquelle se déroule une fête, nous arrêtons sous des porches, auvents, fenêtres d’écoute(s) où les gouttes de pluie rythment joliment l’espace. La ville chuinte finalement, joliment en fait, sous les pneus des voitures, dans ambiance caractéristique des journées pluvieuses. A l’approche de la grande place centrale de la ville basse, dite Place verte, alors que paradoxalement son réaménagement l’a transformée en une immense aire minérale, intégralement bétonnée, les voix se font plus denses, plus présentes, dans un crescendo progressif. Essentiellement des étudiants qui s’égaillent en volées de rires partagés.
Nous partons vers la périphérie où l’effet acoustique inverse va se faire sentir, un decrescendo lié à la raréfaction progressive des passants, un apaisement sonore que la nuit renforce sans doute.
Arrêt Point d’ouïe, moment fort du parcours, sous un nœud routier où les rings distribuent nombres de véhicules, quelques mètre au-dessus de nos oreilles. La scène acoustique nocturne est saisissante, entre chuintements tout autour de nous et d’incroyables claquements, grondements, infra basses rythmées juste sur nos têtes. Impressionnant, même pour les carolorégiens qui n’ont finalement pas l’habitude de s’arrêter sous des rings pour en écouter leurs sauvages plaintes nocturnes. J’installerai en contrepoint, de façon éphémère et en décalage, des sons d’une forêt francomtoise et une histoire d’Écho cherchant désespérément à séduire l’inatteignable Narcisse.
Nous longerons ensuite cet entrelacs sonique pour nous éloigner encore un peu plus du centre ville. Une petite rue s’éclaire à notre passage, ilot très vert, très fleuri,féerie passagère en parfait décalage avec le site environnant hyper bétonné, un petit havre de paix pour l’oreille et la vue. Sans prévenir, au détour de cette ruelle, c’est un champs d’usines en ruines, sombres, inquiétantes, qui servent d’ailleurs visiblement à la fois de squats sauvages et de dépôts d’ordures en tout genre. Acoustiquement, c’est plutôt calme, visuellement, plutôt violent, dans une distorsion, un paradoxe sensoriel. Nous voilà débouchés sur les quais de la Sambre, que nous remonterons vers le centre. Arrêt Point d’ouïe sur des clapotements à nos pieds, des gouttes d’eau tombant d’un surplomb, espace aquatique où les lumières de la villes flirtent avec l’eau, dans des miroitements irisés, comme les sons cette fois-ci plus en adéquation. Ce passage des quais de nuit est un vrai délice, sensoriellement parlant, une autre magie urbain qui vient donner à notre PAS une coloration finalement très sereinement inattendue.

 

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©Zoé Tabourdiot – Transcultures

 

Remontés sur les hauts-quais, là où s’aménagent moult nouveaux lieux de culture et de loisirs, nous nous retrouvons dans une lumière et des sons plus organiquement urbains. Ce sera notre dernière halte, utilisant mes longues-ouïe et audio-stéthoscopes pour ausculter les sols, les mobiliers et plantations, histoire de finir le parcours en ramenant l’écoute vers une micro matérialité, de promener l’oreille de vastes champs vers des parcelles intimes.
Nous nous retrouverons au final dans un de ces nouveaux lieux disposant du reste d’une excellente brasserie, endroit idéal pour échanger sympathiquement autour de notre expérience d’écoute partagée.

Charleroi a donc conquis mon oreille, à tel point je souhaiterais évidemment prolonger la sonique aventure vers d’autres terrains encore inexplorés pour moi.

 

En écoute, deux portraits sonores de Charleroi effectués lors des repérage du PAS

Charleroi, dedans dehors et Charleroi Song Industries

 

 

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PAS – Parcours Audio Sensible à Mons

Carillons et valises à roulettes

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Mons, petite bourgade aux belles et douillettes bâtisses de briques, que surmonte un beffroi monumental juché au fait de la colline, d’où le nom de la cité, fut pour moi, pendant plus de 10 ans,un territoire d’exploration sonore tous azimut.
Ce long cycle de ville sonore laboratoire s’achève par un workshop d’une semaine avec des étudiants de la Faculté d’architecture et d’urbanisme de Mons, avant que de rejoindre Charleroi, prochain territoire d’écoute.
Mons est une ville qui sonne donc familière à mes oreilles, tout comme Lyon, autre terrain d’investigation, principalement en marches d’écoute.
J’en connais les tonalités de sa grand place, de ses pavés, de sa collégiale, de ses ruelles et parcs, de son carillon, de ses accents du Hainaut, de ses commerces…
C’est de plus un rendez-vous annuel international des arts sonores, qui développe des parcours d’écoute, sous la houlette de l’association Transcultures, et qui m’a permis de rencontrer de nombreux artistes sonores aux travaux riches et passionnants.
Bref, Mons est une ville port d’attache pour mes oreilles, où j’ai développé, en fin d’été comme en hiver, de vraies affinités acoustiques, traqué des aménités urbaines, errer de jour comme de nuit, déambulant ou posté sur mes bancs d’écoute, à la recherche de perles sonores, qui ne manquent pas des ces espaces riches en recoins réverbérants.
C’est donc sur une pointe de nostalgie, mais également avec l’impatience de découvrir le bouillonnant Charleroi que s’achève ce cycle de balades auriculaires en Hainaut.
Durant une semaine, par ailleurs très humide, sept étudiants vont parcourir avec moi les rues parcs et places, pour en découvrir les paysages sonores superposés. Nous avons ainsi tenté d’en dégager une identité, des tonalités, des ambiances caractéristiques, d’en fabriquer des cartes postales sonores, d’extraire la substantifique moelle acoustique, au fil de balades régulières, d’enregistrements et de notes.

La première question qui s’est posée pour nous est celle des récurrences, des occurrences, des sources significatives, emblématiques, parfois symboliques, comme des images de marque ou des signatures sensibles de la ville.
Le carillon s’impose d’emblée comme une évidence. Tous les quarts d’heure, il égraine de délicates mélodies, une délicieuse cascade de sons ciselés, cristallins, aux timbres très typiques des systèmes campaniles du Nord.
Rappelons que la cloche, et tout particulièrement le carillon est une des première installation sonore et musicale installée dans l’espace public, et ce depuis bien longtemps déjà.
Tout à la fois journal sonore et instrument de musique arrosant la ville, il donne aux résidents un sentiment d’appartenance qui les fait s’ancrer par l’oreille dans un territoire marqué d’un halo bienveillant.
Ce signal auditif, marqueur du paysage sonore, apparait donc comme un élément incontournable, d’autant plus qu’il est resté muet de très nombreuses années, suite à une longue restauration du beffroi. Sa réapparition dans l’espace public est un vrai plaisir pour moi, j’en savoure les moindres mélodies tenues et fuyantes sur différents axes urbains, selon les vents dominants.
Un soir, -justement très venté, assis au pied du beffroi, j’écoute un carillonneur qui exerce son art, passant sans transition de Bach à Jacques Brel, de Mozart à Edith Piaf, de Queen à l’hymne locale chantée durant le carnaval… Les bourrasques de vent tourbillonnantes sont tempétueuses, emmenant ci et là les mélodies, tantôt proches, tant dispersées aux quatre coins de l’espace, dans la plus parfaite pagaille sonore. Ce vent très violent interdit hélas tout enregistrement, qui serait réduit à un long grondement illustrant la souffrance des membranes de mes micros bravant la tempête. Ne reste donc juste un souvenir, précis, mais pas aisé à raconter devant la richesse de l’instant.

Un autre élément important de la scène sonore montoise est sans aucun doute ses nombreux pavés ancestraux.
Pavés anciens, grossièrement dégauchis, souvent disjoints, soulevés ou abaissées au fil du temps en reliefs chaotiques qui malmènent les pieds et la mollets, ils font sonner gravement la ville  peuplée de bruits de roulements, nappes grondantes en flux de basses profondes.
Rythmes singuliers, pas toujours très organisés, ces roulements sonores envahissent le paysage des claquements, comme des riffs de basses désobéissantes, dans une musique à l’omniprésence capricieuse et fractale.
Pavés innombrables, acoustiquement collés au sol comme une peau indissociable, sonnante, minérale et granuleuse, dans l’épicentre de la vielle ville.
Pavés policés par de milliers de voitures en tous genres, depuis longtemps déjà, délavés par la pluie, donnant dans des nuits humides une luminescence fractionnée, quasi pixellisée, s’étalant dans les  rues et places empierrées.
Pavés de sons et de lumières donc.
Pavés sur lesquels déambulent des gens.
Et une autre constante nous apparait comme une évidence, traçant un sillage sonore de la gare de Mons (la fameuse gare fantôme à ce jour inachevée), jusqu’au centre ville.
Un sillage de valises à roulettes multiples, semblant claudiquer bruyamment, sur les pavés justement.
Une série de roulements, grondements s’échappant des coffres amplificateurs que constituent les valises à roulettes.
Ces cheminements audio ambulants se suivent parfois, en flux assujettis aux trains, se croisent, se dispersent au gré des rues, dans des traines sonores persistantes à l’oreille.
Ils dessinent une sorte de carto/géograhie mouvante où l’on suit de l’oreille, souvent hors-champs, les déplacements d’hommes à valises.
Les pavés aidant.
Nous déciderons alors, avec un groupe d’étudiants, de nous mesurer à la ville, à ses pavés, de la faire sonner, armés de valises à roulettes. Nous en enregistrerons les réponses acoustiques, dans des grandes rues, cours, églises, passages de gares, ruelles, sur différents pavés, matériaux.
Nous tracerons un voyage sonore de la gare à l’école d’architecture.
Nous emmènerons, le dernier jour, des promeneurs écoutants visiter de l’oreille la cité, entourés de valises grondantes, qui nous permettrons de mieux entendre les paysages lorsqu’elles se tairont en s’immobilisant brusquement, stratégie de la coupure.
Nous n’oublieront pas les carillons.
Ni les voix et autres sons de la vie quotidiennes.
Nous en écrirons une trace vidéo donnant à entendre, une audio vision très subjective de Mons, à l’aune de certains prégnances acoustiques, de cheminements pavés, d’ambiances mises en exergue, de curiosités révélées, amplifiées, aux sonorités mises en scène par un PAS – Parcours audio Sensible.
Ainsi s’achèvera pour moi ce long cycles d’écoutes montoises, avant que d’aller, dans quelques mois, frotter mes oreilles à la turbulente Charleroi.

Texte écrit suite à un workshop « Paysage sonore » avec des étudiants de Master de l’École supérieure d’architecture et d’urbanisme, et un PAS – Parcours Audio sensible, en présence d’autres étudiants, notamment de l’École des Beaux arts de Mons.
Partenariat Transcultures, École d’architecture et d’urbanisme, Desartsonnants.

Workshop son from DES ARTSONNANTS on Vimeo.

 

Cliquez sur l’image pour accéder à l’intégralité de l’album – ©photos Drita Kotaji

PAS - Parcours Audio Sensibles à Mons (BE)

CONFÉRENCE – SOUNDWALKING

 

LE SOUNDWALKING

« L’ÉCOUTE EN MARCHE »

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CONFÉRENCE DONNÉE À L’ÉCOLE D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME DE MONS

Avec Transcultures et l’UMons, dans le cadre du cycle « Territoires numériques augmentés » – Le 25 février 2016

 

Vidéo de Zoé Tabourdiot

 

https://transcultures.be/2016/02/10/conference-cycle-territoires-augmentes-gilles-malatray-soundwalking/

La suite en février 2017, où Desartsonnants encadrera une semaine de workshop au sein de l’école d’architecture et d’urbanisme de Mons, avec les mêmes partenaires. Une façon de passer à la pratique de terrain, de la promenade écoute à l’écriture et mise en scène de paysages sonores urbains, des parcours d’architectures sonores partagées.

Merci à Lydia Bollen, Philippe Franck, Lucie knockaert,  de leur accueil permettant à Desartsonnants de développer des Sonic projets  et de belles rencontres.

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PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLES À MONS

MONS EN ÉCOUTE

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Vendredi 26 février, temps gris et frisquet, Parcours Audio Sensible effectué dans le cadre d’une intervention avec l’école Supérieure d’Arts ARTS2 de Mons,et suite à une conférence au sein de la Faculté d’architecture et d’Urbanisme, invité par Transcultures dans le cadre d’un programme universitaire « Bouquets de sons ».
Cette balade fait suite à de nombreuses déambulations effectuées ces dernières années dans cette même ville, notamment dans le cadre du festival international d’arts sonores City Sonic.
Au fil des explorations pédestres, des choses s’affirment concernant le paysage sonore.
La cité montoise, de par sa typologie, ses reliefs, la diversité de ses bâtis, ses passages, cours intérieurs, escaliers, parcs… est un terrain de choix pour y promener ses oreilles.
Espaces intimes, panoramiques, grandes places et ouvertures de belles perspectives donnent à l’écoute un panel de points d’ouïes, de champs et de hors champs, de couleurs sonores qui maintiennent l’attention et aiguisent les sens.
Quelques signatures acoustiques se font entendre.
La grande majorité des rues sont pavées. Un pavage généralement assez ancien et parfois très irrégulier, bosselé par l’usure du temps et les véhicules qui le maltraitent. La ville gronde souvent par ses bruits de roulements aux fréquences très graves. Si l’on se tient sur le parvis de la Collégiale Sainte Waudru, surplombant une rue en contrebas, « l’effet pavés » est assez saisissant.
D’ailleurs cette imposante collégiale possède une acoustique remarquable, sereine, à ne pas rater pourrait-on dire.
Autre bijou sonore, le carillon du beffroi surmontant la ville au sommet de sa colline. Après presque vingt ans de silence dus à d’interminables et lourds travaux de restauration et de consolidation, ce phare visuel de la ville retrouve de la voix. Il devient de ce fait également un fort beau phare acoustique, égrenant de de douces mélodies ciselées dans l’airain, marquant délicatement les repères temporels de la ville. Il est intéressant de noter que, au détour d’une rue, au fond d’une cour intérieure ou sur la grand place, les tintements campanaires se colorent fort différemment, donnant parfois l’impression que différents carillons jalonnent Mons.
Je ne peux résister à citer Victor Hugo qui, visitant Mons, « écrit ceci dans une lettre à Adèle :
« De temps en temps un carillon ravissant s’éveillait dans la grande tour (la tour des théières) ; ce carillon me faisait l’effet de chanter à cette ville de magots flamands je ne sais quelle chanson chinoise ; puis il se taisait, et l’heure sonnait gravement. Alors, quand les dernières vibrations de l’heure avaient cessé, dans le silence qui revenait à peine, un bruit étrangement doux et mélancolique tombait du haut de la grande tour, c’était le son aérien et affaibli d’une trompe, deux soupirs seulement. Puis le repos de la ville recommençait pour une heure. Cette trompe, c’était la voix du guetteur de nuit. Moi, j’étais là, seul éveillé avec cet homme, ma fenêtre ouverte devant moi, avec tout ce spectacle, c’est-à-dire, tout ce rêve dans les oreilles et dans les yeux. J’ai bien fait de ne pas dormir cette nuit-là, n’est-ce pas ? Jamais le sommeil ne m’aurait donné un songe plus à ma fantaisie. »
Le parc qui entour le beffroi offre sur la ville une splendide vue panoramique à quasiment 360°, et un promontoire, belvédère d’écoute en rapport au champ visuel. On perçoit la ville dans sa rumeur, avec ses innombrables sirènes de polices à l’américaine comme des émergentes assez saillantes. Le vent étant souvent de la partie sur ce point très exposé brouille parfois l’écoute de ses mugissement assez virulents.
Sur la grand place en contre-bas, centre névralgique et historique, où alterne une architecture flamande assez imposante et des reconstruction contemporaine « dans le style de « somme toute très réussie, l’acoustique est également remarquable. Cet immense espace pavé, hyper minéral, très peu circulé, offre à l’oreille de splendides réverbérations, écrins à toutes les sonorités de voix, de talons qui animent la place. De beaux et larges bancs m’offrent régulièrement de splendides points d’ouïe contemplatifs. En été une fontaine que je trouve un brin trop envahissante, bavarde, à tendance à masquer, à gommer un peu trop les finesses auriculaires, de la place, au moins à l’une de ses extrémités. En hiver, cette fontaine hors service laisse toute la place aux bruissements ambiants.
Cette endroit possède également une rythmicité très marquée. Le matin, plus ou moins tôt selon les saisons, elle s’éveille doucement, au sons des terrasses qui s’installent, «été comme hiver, sur quasiment tout le pourtour de la place. Le rythme des chaises et tables raclant ou martelant les pavés s’accélère progressivement dans un crescendo allant de paire avec les voix des passants partant travailler ou se rendant à la gare en contrebas. Autre signal qui s’est fortement accru ces dernières années, le sons des valises à roulettes qui tissent de longues traces sonores, plus ou moins rythmiques, et amplifiées par les pavés et la réverbération ambiante.

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La cité est par ailleurs ponctuée de jolis petits ou grands parcs, tel les jardins du Mayeur ou le parc du Vaulxhall en contrebas, qui préservent de beaux oasis de quiétude por le promeneur urbain
La nuit tombée, les tables et chaises se replient contre les devanture, effet decrescendo, les passant, en ce mois de février se font de plus en plus rares, tout s’apaise, le carillon prend un peu plus de présence, sans toutefois trop violenté l’espace.
Un passage commercial couvert au centre ville propose de belles sonorités, notamment la porte d’une grande et belle libraire qui carillonne joliment de la même façon depuis des années, repère sonore presque rassurant dans son immuabilité.
Bien sûr, Mons n’échappe pas à quelques horreurs acoustiques. Une muzzac très envahissante dans la rue piétonne principale et un « ring », ceinture périphérique hyper circulante en fond partie.
Certaines zones se sont, ou plutôt ont été fortement apaisées. Ainsi, la place du marché aux herbes avec ses bars très étudiants, qui les fins de semaines se transformaient en discothèques à ciel ouvert, des sound systems rivalisant de watts, et les pavés de la place recouvert d’un tapis crissants sous les pas de verre en plastique à été très « nettoyées », au point de paraître aujourd’hui presque une belle endormie
Néanmoins, et je pense que vous l’aurez compris, la cité demeure pour moi une belle scène d’écoute qui se révèle de plus en plus finement au fil de mes venues.

Album photos du PAS montois – Cliquez ici

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