PAS – Parcours Audio Sensible pour la World listening Day 2020

Translate this page

40926012662_0d76ec03ae_k

Samedi 18 juillet, jour de la World Listening Day, premier parcours d’écoute de puis le mois de février. Public réduit, trois personnes, mais très belles écoutes.
Un immense parc urbain que connaissent bien tous les lyonnais, et touristes, le Parc de la Tête d’or, 117 ha offrant des zones vertes, un lac, un zoo, une très belle roseraie.
Un lieu idéal pour déconfiner l’oreille au grand air tout en gardant de sages distances.
Et pour trouver une vie acoustique entre joyeuse animation et espaces très apaisés.

Séquences
Partir d’une entrée principale très animée et, rapidement, entendre un grand decrescendo en traversant une pelouse. Les sons de la circulation et voix s’estompent, la marche comme un potentiomètre en fade out…
Longer le lac. Voix d’enfants, canards, pédalo, vélos…
Traverser une petite forêt. Retour au calme, crissement des pas sur des branchages et feuilles sèches.
Une petite ile avec un kiosque et un piano au bord du lac. Quelqu’un y joue maladroitement un air du parrain. Instant magique, hommage à Morricone.
L’entrée d’un passage souterrain permettant d’accéder à une autre ile est fermé. Dommage, c’est un couloir très réverbérant. Nous nous contenterons de le faire sonner en criant depuis la grille.
Traversée de la roseraie, plutôt calme. Les fontaines et ruisseaux sont à sec, des sources de fraicheur manquent à l’oreille.
Un train passe au loin, marquant les du parc en le longeant.
Une allée en sous-bois, de joggers rythment les lieux, martelant le sol sablé. Un bus passe à notre droite, en haut d’un talus.
Dans une clairière, une vingtaine personnes dansent sur un air oriental, guidées par une professeur à l’énergie communicative. Belle séquence surprenante.
Retour à la pelouse et à la grand porte, le petite train touristique dit le Lézard, faisant visiter le parc, arrive avec ses sifflets caractéristique. Un flot de voyageurs en, descend, un autre y monte. Le pilote donne ses dernières consignes au micro. Une ambiance qui me rappelle des souvenirs d’enfance…
Nous rompons le silence et trouvons un banc pour deviser autour de nos ressentis, de l’écoute, des sons ambiants, de la crise sanitaire, des rapports sons et images, de l’écologie, de la marche, de nos activités respectives… Comme à l’habitude, une heure de silence collectif favorise et stimule les échanges qui s’en suivent. Ils en seront d’autant plus riches et sympathiques et participent intrinsèquement, au fil du temps et des déambulations, à la construction d’un rituel marchécouté.

Et après quatre mois sans PAS publics, cela fait vraiment un bien fou de retrouver ces moments de sociabilités auriculaires !

En résonance avec le Festival des Humanités

35020964810_b23ecc8c63_k

Point d’ouïe, l’oiseau au cœur de l’écoute

Translate this page

le-merle-noir-est-la-principale-victime-du-virus-photo-claude-nardin-1479482753

« Les oiseaux sont responsables de trois au moins des grandes malédictions qui pèsent sur l’homme. Ils lui ont donné le désir de grimper aux arbres, celui de voler, et celui de chanter…
Alors, quand on pense à l’Everest, aux fusées et au prolongement naturel de ses suggestions habilement introduites dans la cervelle de quelques primitifs par le bec pointu d’un archéopteryx gloussant, on s’en prend un peu aux oiseaux, et l’on voudrait qu’il soit presque muets, qu’ils ne quittent pas le sol et qu’ils nichent sous les pierres. (Chose désespérante, la nature à pensé à tout. Il en est qu’il remplissent ses conditions. Ce sont des oiseaux d’une espèce un peu particulière : les crapauds.) »
Boris Vian « En avant la zizique » Pauvert 1958

Après ce préambule teinté de l’humour pataphysique de Boris Vian, je focalise aujourd’hui sur la gente ornithologique, ses chants, et surtout sa place incontournable dans un paysage sonore qui, au sortir du déconfinement, s’est retrouvé, notamment en ville, à nouveau chahuté, voir chaotique. Retour à la normale et quelque part à l’anormal.

Notons qu’à la même époque que celle du texte de Vian, Charles Trenet chantait « Les oiseaux me réveillent par leurs chants et leurs cris. Ils font bien plus de bruit que les autos, les oiseaux. » Il n’est pas sûr que l’on puisse en dire autant aujourd’hui…

Vinciane Despret à  consacré récemment à ces chanteurs volatiles, entendez ce mot dans le sens qu’il vous plaira, comme un nom ou un adjectif, ou polysémiquement comme les deux, un ouvrage de plus intéressants « Habiter en oiseaux »(1)(2), approches philosophiques, éthologiques, au croisement de pensées vivifiantes.

Ces animaux volants sont pourvus, à la différence de nombreux vertébrés, de syrinx siffleurs de douces mélodies. Quoi qu’entre un rossignol virtuose, un merle moqueur et chanteur, un corbeau coasseur et une pie jacassante, tous n’ont pas, à mon avis, le même degré de raffinement dans leurs chants et cris respectifs. Esthétiquement parlant. Mais n’étant ni ornithologue, ni audionaturaliste, ni grand connaisseur de chants d’oiseaux (respect posthume Mr Messiaen), ni philosophe éthologue, je me contenterai de parler des oiseaux comme des acteurs, que j’espère incontournables, dans la construction de paysages sonores.

A priori chantres des forêts, icône sonore égayant nos déambulations sylvestres, cible très prisé des preneurs de sons animaliers, le genre ailée n’en est pas moins bien présent en ville, souvent beaucoup plus que l’on ne croit.
Bien sûr, certaines espèces sont particulièrement visibles, et/ou audibles, selon les époques et les lieux.

Pour ce qui est des oiseaux en forêt, sa présence est essentiellement acoustique, voire acousmatique (écoute dont on ne voit pas la source) car, dans les forêts les plus densément boisées, on ne voit en fait que très peu d’oiseaux chanteurs. Par contre on peut en entendre beaucoup, si cependant la forêt n’a pas trop été abimée. Ici commence le règne des ornithologues et des identifications des espèces par l’oreille. Redoutable et ludique exercice. Ces chants, marqueurs sonores de biocosmes, de microcosmes forestiers, sont aussi des alertes, entre autre de la disparition progressive d’espèces, pour différentes raisons (monoculture, déforestation, incendies, changements climatiques…). Chaque chant qui ne se fait plus entendre, chaque syrinx qui se tait, a hélas de fortes chances de signaler la disparition, ou au mieux la migration d’une espèce, ou de plusieurs espèces.

Par exemple, les nuées d’étourneaux grappilleurs automnaux, qui viennent se reposer dans les grands platanes urbains, après une journée de piratage viticole, qui « enfientent »les voitures d’une belle couleur lie de vin, et même les passants téméraires s’aventurant sous les arbres, tout cela dans un incroyable nuage acoustique qui parfois se déplace dans l’espace avec une vélocité remarquable.

Citons aussi les combats de pies et de corbeaux qui se poursuivent d’arbre en arbre avec des cris guerriers, affaire de territoires, querelles qui n’appartient pas seulement à l’homme… Bon ce ne sont pas là les exemples les plus flatteurs en terme d’espaces sonores, quoique…. ni en terme sanitaire, avec le risque de se faire crotter le chapeau, au meilleur des cas si vous en portez.

Et que dire des parfois exaspérants roucoulements monotones des envahissants pigeons et tourterelles…

Le craquètement des cigognes qui jouent, sans chant ni cri de syrinx, des claquettes avec leurs becs, est assez surprenant pour qui l’entend pour la première fois, en Alsace ou ailleurs.

Certains soirs orageux, les martinets, réputés pour rester des jours en vol, voire y dormir, plongent très bas chasser les insectes en vol, dans de grandes flèches sonores assez stridentes, mais qui dessinent des espaces et des mouvements auriculaires des plus spectaculaires.

Le merle noir, migrateur, chanteur virtuose de ville, adore chanter haut et fort, au fait d’une toiture ou juché sur une cheminée. Un vrai phare auditif qui surveille la ville tout en sifflets, moqueurs, dit-on.

Dans certains sites architecturaux très minéraux, ce sont des chouettes et autres hiboux qui élisent domicile au creux des pierres et murailles, hululant à qui mieux mieux dés la nuit tombée. Je me souviens entre autre de beaux concerts nocturnes lors de résidences dans de superbes lieux tels l’Abbaye de Cluny et la Saline Royale d’Arc-et-Senans, toutes deux en Région Bourgogne Franche Comté.

Des éperviers habitent les tours des cathédrales et chassent en pleine ville, redoutables rapaces silencieux en hiver, et poussant de brefs « kiou kiou kiou » à l’époque de la nidification.

Et on pourrait encore longuement parler de ces oiseaux concertants, parfois déconcertants dans leurs rapports aux villes, à leur prédateurs, et aux hommes mais là, je sortirais de mon domaine de compétence.

Profitant du confinement des hommes lors de la crise du Covid, et surtout de celui de leurs polluantes automobiles, l’oiseau urbain s’est fait entendre à qui mieux mieux. Non pas qu’il est été plus nombreux, ni même qu’il ait piaillé plus fort, mais tout simplement parce qu’il n’avait plus la concurrence déloyale des sources sonores motorisées. L’émergence, ou plutôt la ré-émergence de ces sonorités avicoles en ont surpris, voire ravi plus d’un.e, redécouvrant une face cachée de leur environnement sonore quotidien et faisant de l’oiseau une nouvelle star chantante de la ville apaisée. Nombre d’articles, de commentaires, d’interviews l’ont démontré et en attestent au plus fort du confinement.
Pourtant, tout écouteur attentif, praticien de la ville comme une entité sonique, entendait, avant l’installation du méchant virus, chanter moult oiseaux urbains, ou de passage, dans les périodes de calme ou au cœur de lieux plus protégés, voire même au cœur des cités, sans forcément tendre l’oreille. d’autant plus que le spectre acoustique des oiseaux se situe dans un champ (chant) beaucoup plus élevé plus aigu dirait-on, que celui des transports. Il constitue donc constitue ce que l’on appelle justement une émergence sonore, se détachant nettement de la rumeur, du bruit de fond ambiant.

En fait, si on l’entend bien, c’est à dire en écoutant bien, le chant des oiseaux donne aux lieu une spatialisation qui en définit des contours, des champs, des mouvements toniques.
Prenons une place arborée ou un parc urbain, focalisons l’écoute sur les volatiles chantants, écoutons les dialogues, réponses, leurs déplacements sonores, froissements d’ailes compris. On a très souvent, surtout dans les matinées et les fins de journées printanières et estivales, un véritable pointillisme sonore, très précisément situable dans l’espace, qui vient d’ailleurs rompre avec les nappes épaisses et brouillonnes des circulations automobiles. Il peut s’agir pour nous de repères auriculaires donnant géographiquement l’échelle du lieu, et aussi un forme d’échelle sonore dans les fréquences comme dans les intensités.
C’est sans doute là un effet de filtrage acoustique qui peut nous permettre d’échapper à des formes sonores chaotiques fatigantes, en se accrochant à des éléments plus apaisants, moins agressifs, en principe, comme on peut le faire via des voix d’enfants dans un parc ou une cour d’école.
D’ailleurs, en parlant filtre ou psychoacoustique, pour employer un gros mot, nos protections acoustiques gomment sans doute la présence de voitures, comme celle d’oiseaux, dans une écoute urbaine globale peu consciente, ou peu aiguisée. Si par un réglage de type syntonisation (accord de fréquences en radiophonie), nous nous rebranchons sur la canal oiseau, alors nous constaterons qu’ils sont bien toujours là, et bien toujours perceptibles, voire clairement audibles.

Néanmoins, le bruit constant de la ville semble perturber le sommeil des moineaux, qui de plus, entendent moins, ou n’entendent plus les appels des oisillons qui ont faim, mettant en danger une espèce cohabitant depuis longtemps, de façon familière et sympathique avec les citadins.

Un des jeux de l’écoute paysagère consiste parfois à filtrer notre écoute en la canalisant, en tendant l’oreille vers des sources sonores choisies, animaux, enfants, fontaines, cloches, bruits de pas, vent, et en constatant que nous pouvons mettre en avant, ou quasiment ignorer des éléments auriculaires de notre environnement. Un sympathique jeu de filtrage et de mixage pour aiguiser l’oreille et en affuter ses capacités de discrimination (positive) des sons.

Notons également que des artistes ornithologues, ou passionnés d’oiseaux, trouvent mille richesses à noter, enregistrer, retranscrire sous forme musicale, de Clément Janequin à Olivier Messiaen, mais aussi aujourd’hui Bernard Fort et sa « Grive solitaire » ou encore Sainkho Namtchylak et ses impressionnants Night Birds.

Sans oublier l’immense travail de l’ornithologue Jean Rocher, un des pères de l’audionaturalisme qui a ouvert bien des oreilles à l’incroyable diversité des chants d’oiseaux dans le monde.

Les oiseaux, marqueurs acoustiques très présents dans nos environnement urbains, y compris dans les « mauvais jours », inspirateurs de compositeurs, sont une constituante importante du paysage sonore, et s’ils disparaissent de notre champ d‘écoute, chacun sait, ou devrait savoir, qu’il se passe alors des choses inquiétantes, voire plus, au niveau de nos milieux de vie.

 

1) https://www.actes-sud.fr/catalogue/nature-et-environnement/habiter-en-oiseau
2) https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/profession-philosophe-4974-vinciane-despret-philosophe-des-oiseaux

 

Écouter : Le chardonneret – France Culture –

Point d’ouïe, le paysage sonore, une approche transversale

Translate this page

00

Je pense, de plus en plus fortement d’ailleurs, que travailler la notion de paysage sonore pour elle-même, de considérer le point d’ouïe de façon autocentrée, n’est pas satisfaisant.
Cela réduit le champ de pensée et d’action à une visée esthétique qui, si elle demeure des plus intéressantes, reste en partie coupée d’une société où les interactions sont de plus en plus nombreuses et complexes, pour le meilleur et pour le pire. L’actualité nous le montre un peu plus chaque jour.

Il ne s’agit pas pour autant de se proclamer artiste spécialiste multi-compétences, pouvant répondre à de nombreux problèmes, possédant des savoir-faire et une super boite à outils universelle, cela relèverait de la plus haute fumisterie.

Il est plutôt question de prendre en compte un paysage sonore à l’aune de différents champs, où différents acteurs viennent croiser leurs compétences pour tenter d’analyser les situations de terrain et d’y apporter quelques réponses des plus pertinentes que possible. Réponses qui seront d’autant plus pertinentes si elles sont frottées à plusieurs enjeux, via différents outils de lecture, dispositifs, processus…

Le champ du paysage sonore est donc une des problématiques soulevées, en regard de questionnements plus globaux concernant des milieux spécifiques, qu’ils soient urbains, péri-urbains, ruraux, en sites naturels ou dans des aménagements touristiques, industriels…

Ainsi, les processus d’aménagement du territoire, l’urbanisme, l’architecture, la gestion paysagère, les questions de mobilités, de santé publique, de loisirs, d’approches artistiques et culturelles… pourront questionner de concert les espaces investis.

Le rôle de l’artiste, que je suis en tant que promeneur écoutant, restant ici dans celui qui propose une approche sensible, notamment par l’écoute, le soundwalking (marche d’écoute) et autres PAS – Parcours Audio Sensibles, comme dans la création sonore paysagère. Ces approches venant décaler les perceptions pour donner à entendre autrement, voire à ré-écouter, pourront compléter des opérations plus techniques, par exemple en terme de métrologie, d’études des comportements…

Paysage géographique, topologique, visuel, sonore, territoire aménagé, espaces sensibles, le terrain est multiple, hétérophonique. Les habitants, les passagers, les visiteurs, les travailleurs… sont à la fois acteurs/producteurs, y compris d’émissions sonores et récepteurs, ou réceptifs, à une grande quantité de stimuli. Parfois tellement grande, avec des phases de saturation, différentes pollutions, qu’il faut s’inquiéter des conditions de vie, de travail, de santé, d’équilibre physique et mental, avant-même de rechercher le bien-être.

On peut travailler conjointement par exemple, la recherche de zones de fraicheur, en prévision de périodes caniculaires, liée à celle de zones calmes, de lieux isolés, ou tout au moins apaisés. Ce qui nous conduit à penser des cheminements piétonniers alliant ombre et calme, où l’aménagement urbanistique, paysager est soumis à différentes contraintes, entre fonctionnalité et plaisir, sécurité et dépaysement sensible…
En cela, l’approche de paysages sonores comme un composante d’un milieu global, qui ne serait pas traités uniquement en terme d’isolation de la pollution sonore, ni comme une seule mise en œuvre esthétique, mais aussi comme une recherche d’espaces de vie ou de loisirs socialement valorisants.

Comment mieux s’entendre, se comprendre, d’un regard et d’une écoute, pouvoir prendre le temps de marcher hors des grandes allées bétonnées, ou des sentiers battus ? Comment s’étonner de l’oiseau ré-entendu, pour rester dans une récente actualité, d’un ruisseau rafraîchissant, de bruits de pas sur différents matériaux, de bruissements végétaux, associés à des couleurs, des odeurs… ? Comment profiter de mobiliers urbains, bancs, abris, pour y faire des pauses, écouter battre le pouls de la cité, jouir de cadres amènes, discuter sereinement… ?

Il nous faut penser des espaces de socialité, où la rencontre est possible, voire privilégiée, comme une nécessité humaine non distanciée, sans trop de contraintes; réfléchir à du mobilier urbain, des aménagements qui soient aussi fonctionnels qu’agréables, non discriminants.

Ce sont pour moi des problématiques récurrentes, qui questionnent ma position de paysagiste sonore, sans tomber dans l’utopie du « tout est beau », mais en restant engagé dans un société où les urgences écologiques sont Oh combien trop négligées, si ce n’est écrasées par des logiques de développement véritablement mortifères.

 

Un paysagiste sonore

Translate this page

 

cadre-dc3a9coute2

Un paysagiste sonore est un homme à l’oreille curieuse, qui puise dans le paysage de la matière sonore, pour la ré-agencer et la réinstaller parfois, la repenser, souvent dans des gestes collectifs.

Il revisite ainsi de nombreux espaces inouïs, des jardins sonores à parcourir, des formes de musées auriculaires vivants, à ciel ouvert, à 360°, arpentés toutes oreilles dehors.

Il pense toujours à l’échelle acoustique des lieux, avec la voix comme étalon, pour ne pas saturer ou déséquilibrer des espaces auriculaires par essence fragiles et instables.

Il pense esthétique, écologie, sociabilité…

Il est essentiellement acteur du dehors, et il enseigne, transmet, participe à des groupes de travail, séminaires, ateliers…

Il a une vision politique, au sens d’une réflexion sur la place et de la responsabilité du citoyen écouteur/producteur, de l’aménagement du territoire qui prenne en compte les milieux sonores, avec leurs beautés et leurs dysfonctionnements.

Il propose des parcours d’écoutes, des balades sonores, PAS – Parcours Audio Sensibles, pour arpenter des sites auriculaires à découvrir collectivement, au fil de marches sensorielles.

Il aime les espaces-temps nocturnes, écrins à des ambiances spécifiques, et propices à des expériences audio-kinesthésiques sublimées.

Il cherches des postures physiques et mentales ad hoc, pour mieux jouir de moult écoutes, sources, acoustiques…

Il cherche des cadres d’écoute, installe des points d’ouïe, les inaugure parfois, invite le public à s’immerger dans les sons, à les découvrir au fil de grands panoramiques, d’espaces intimes, de points fixes ou en mouvement, de coupures ou de fondus…

Il imagine des scripts, des scénari, des mises en situation contextuelles, des mises en scène d’écoutes in situ, gardant en ligne de mire l’importance du relationnel comme moteur de recherche-action.

Il cogite des paysages sonores à partager, avec leurs singularités et leurs communs, leurs spécificités et leurs récurrences quasi universelles, l’espace d’une écoute, et plus encore, et plus en corps…

Il convoque des champs d’expériences croisées, en textes et images, danse et arts plastiques, abordant l’espace public, naturel ou urbain comme un art du sonore pluriel, qui revisite nos lieux de vie en en privilégiant les aménités.

Il garde, voire fabrique des traces, pour alimenter son travail, sa réflexion, partager la transmission, penser des gestes à venir, construire le récit audiobaladologique de ses expériences d’écoutant.
 
Il tente de combattre certaines formes de surdités au monde, de celles qui ferment l’écoute et les esprits, généralisent la contamination de la pensée unique et empêchent la créativité, la résistance à des emballements catastrophiques. Mais là, il se sent souvent bien impuissant ! Alors, il garde plus que jamais l’oreille aux aguets, ouverte à une altérité bienveillante et sans doute salutaire.

Texte original de 2007, toujours d’actualité, remis à jour.

49260923413_3a5a7321e3_o_d
PAS – Parcours Audio Sensible nocturne – Transcultures, Festival City Sonic 2017 à Charleroi     @photo Zoé Tabourdiot

La marche urbaine, l’écoute, et les calculs salutaires

Translate this page

 

34093209746_b7d6cfa93a_k_d
PAS – parcours Audio Sensible – Saillans Drôme – Festival « Et pendant ce temps les avions –  avril 2017

Mon activité de marcheur écoutant, bien que dernièrement drastiquement réduite lors du confinement réducteur de distance, m’a poussé à observer mes co-marcheurs urbains, croisées de chaussées en trottoirs.

Lors de cette crise sanitaire, loin de la meilleure façon de marcher en mettant un pied devant l’autre et en recommençant, nos sourdes anxiétés virales ont très sensiblement transformé nos gestes d’homo-déambulatori.

Tout d’abord, durant la phase de confinement stricte, qui nous a cueilli de façon brutale et assez radicale, l’espace comme la durée, ainsi que les motivations à marcher, y compris pour écouter la ville, se sont drastiquement réduits. Des espaces interdits, confisqués à l’usage du piéton.

Plus question d’aller flâner sur les berges d’un fleuve (fermées) ou de faire du lèche-vitrines de magasins en magasins (fermés). Difficile également de profiter, de jouir d’une décroissance sonore contextuelle. Il fallait agir fonctionnellement et rapidement.

Un kilomètre, une heure, avec une auto-dérogation de sortie en poche pour éviter la verbalisation.

Tout cela à changé radicalement nos habitudes, en tous cas pour ceux qui, comme moi, prenons la cité, et ses abords, comme des espaces d’expérimentations sensibles, où la marche, et pour moi la marche d’écoute, est une forme de jeu exploratoire modulable à l’infini. Et qui plus est, restriction des expérimentations majoritairement collectives, dont la pratique est fortement remise en question par les barrières sanitaires.

On est alors obligé de composer avec ces nouvelles règles, et dés lors de calculer bien plus qu’avant. Il nous faut calibrer notre espaces entre un intérieur très enclos et un extérieur ouvert, mais néanmoins Oh combien rétréci.

Nos calculs porteront sur les distances parcourus, nos périmètres d’arpentages tolérés, attentifs à rester, approximativement, dans les règles, dans les espaces-temps autorisés, surveillés, quadrillés, encadrés… une sorte de nouvelle prison à ciel ouvert. Espace déambulatoire resserré, qui nous pousse parfois à refaire invariablement les mêmes trajets, sécurisants car respectant la proximité imposée, quitte à les user progressivement, sensoriellement compris.

Durant le confinement, et même encore aujourd’hui, alors que celui-ci est sensé être levé, ou assoupli, depuis plus d’une semaine, l’espace public marchable est encore calculé, anticipé, et quelque part rationalisé.

Quand sera t-il opportun de changer de trottoir, de descendre la la chaussée, de se glisser le long d’un mur, pour éviter autant que faire se peut la proximité potentiellement sanitairement dangereuse ? L’ennemi est partout, chez le passant croisé et soigneusement évité.

Comment feinter, sans trop toutefois le montrer, pour ne pas croiser l’autre, danger possible viralement parlant ?

Quels espaces risquant d’être les plus occupés, devraient-on éviter ?

Quelle sera l’heure la plus propice pour faire ses courses, et dans quel commerce se sentira t-on en sécurité, en rencontrant le moins de monde que possible ?

Autant de calculs stratégiques pour éviter, esquiver, ne pas se retrouver nez-à-nez avec l’autre, qui d’ailleurs en fera tout autant.

Des questions, des calculs, des contraintes, qui impacterons non seulement notre façon de marcher, d’écouter, de communiquer, mais notre vie sociale dans sa globalité.

Les stratégies d’esquive et de dérobade, le jeu des masques si je puis dire, loin de favoriser le relationnel, la proximité intime, celle que je recherchais et tâchais d’installer précédemment, de la façon la plus spontanée que possible, dans mes PAS – Parcours Audio Sensibles, se jouent aujourd’hui hélas dans l’évitement et la prise de distance. Une altérité et des sociabilités mises à mal.

Jusqu’à quand ces fameuses barrières sanitaires et sociales nous feront-elles souffrir d’un sentiment d’isolement qui nous réduit à des sortes de particules marchantes et écoutantes individuelles, plus ou moins distanciées et isolées les unes des autres ?`

Ces appréhensions, peurs, du risque encouru au contact d’autrui, au fait de marche et d’écouter ensemble, et parfois-même de se toucher pour mieux s’entendre dureront-elles encore longtemps, créant ainsi progressivement des vides, aussi bien culturels que sociaux ?

Combien nous faudra t-il encore calculer des stratégies de la distance spatiale, sociale, des temporalités, des itinéraires, des contraintes en tous genres, pour retrouver des espaces de sociabilités plus apaisés, plus ouverts ? Et je ne parlerai pas ici, pour ne pas noircir le tableau plus que de raison, des risques climatiques qui fondent sur nous à grande vitesse.

Les réponses ne sont pas des plus évidentes. En attendant, les gestes de marche, d’écoute, de constructions collectives de paysages sonores, tentent de se chercher des failles, des interstices, quitte peut-être à jouer avec les limites, tout en respectant les espaces de libertés de chacun, pour garder un cap préservant de belles écoutes, bienveillantes et constructives.

Lyon le 18 mai 2020

Points d’ouïe, fenêtres d’écoute, de l’extime à l’intime, une résistance

Translate this page

photo0382

Cela va faire maintenant presque cinq semaines que, dans mon confinement d’écoutant, j’ai lancé au gré des réseaux l’appel à contributions « Fenêtres d’écoute – Listening windows.
Et il est toujours actif, alimenté, commenté, au jour le jour.
Des sons bien sûr, mais aussi des photos, des textes, des vidéos, des points de vue et points d’ouïe.
Un riche collectage, qui part de la fenêtre de ma voisine d’en face, photographe et joueuse de louche et d’écumoire, mais aussi des quatre coins de la France métropolitaine, de Corse, Allemagne, Danemark, Suisse, Belgique, Tunisie, États-Unis, Québec, Italie…
Des diffusions et relais en Russie et ailleurs.
Des partenariats belges, européens…. (voir en pied d’article)
Bref, des sons qui se promènent, s’échangent, s’écoutent ici et là.
Des contributions uniques, ponctuelles et pour certaines journalières, en mode feuilleton et série.
Un récit qui se déroule, rebondit, s’auto-alimente, croise des géographies auriculaires et visuelles, communes et singulières.
Des rituels, tels les applaudissements de 20h en France, qui nous font mettre des visages des voix sur nos voisins d’en face.
Des envies de collaborations avec des artistes sonores, ou multimédia, ou autres, des idées de dispositifs, d’installations, des expérimentations…

Au-delà du projet en lui-même, ce sont des liens entretenus, ou repris, avec des personnes que j’ai croisées, avec lesquelles j’ai travaillé, échangé, sympathisé, voire avec qui une amitié s’est forgée au fil du temps.
Ce sont également de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges, de média comme d’idées, confortant un réseau qui, même à distance, s’agrandit par les sons écoutés de nos fenêtres ouvertes, ceux qui s’en échappent, vers l’espace public, comme ceux qui entrent dans nos sphères privées.
Des échanges, autour du son, mais également concernant des situations compliquées, parfois des craintes, des révoltes, des rêves, des impatiences, des colères, des amertumes, des désarrois, de l’humour ou de la tristesse…
Derrière ces échanges soniques, il y a une bonne dose d’humain.
Plus que je ne l’aurais pensé en lançant ce projet.
Et cela fait du bien dans ces périodes de solitudes confinées, de vies ralenties, d’empêchements à répétition.
Au travers ces échanges, il y a des ressentis, des émotions, qui sont véhiculés en filigrane dans les paysages sonores captés, dans les commentaires, dans les images et autres à-cotés.
Certains de ces extensions, très personnelles, resteront dans la sphère intime du privé des donneurs-receveurs, car dans des temps où nos libertés sont mises à mal, nos vies sous haute et insidieuse surveillance, tout n’est pas forcément à verser dans la sphère publique. Il nous faut garder entre nous des parts de sensible, d’émotionnel, qu’il serait sans doute indécent de partager publiquement, et qui donnent d’ailleurs aux échanges une profondeur accrue par des spontanéités avant tout humaines.

Jamais je n’ai autant ressenti le geste d’écouter comme un besoin d’altérité, mais aussi comme une sorte de filtre résistant à des discours présageant des lendemains pour le moins liberticides..

Vous êtes évidemment les bienvenus, ou re-bienvenus pour écouter, commenter, contribuer…

Partenariats avec Transcultures et les Pépinières européennes de création

Blog « Fenêtres d’écoute – Lisening windows »

Point d’ouïe – Quelque chose qui cloche ?

241a4676f5724b918f4dffb320f060975a67fe60

A mesdames les cloches

J’ai déjà bien des fois

écrit et dit des choses

sur ces dames d’airain

mais sans doute pas assez

au-delà de leur fonction religieuse

elles sont

instrument musical

installation sonore ancestrale à ciel ouvert

animatrice de paysage

paysage à elles-seules

marqueur du temps qui passe

et ce depuis très longtemps déjà

à une époque et dans des lieux

journal local

des volées saluant naissances et mariages

des glas plus sinistres

des alarmes en tocsin

elles sont marqueur de territoire

phare auditif

signal géographique spatio-temporel

tenant les habitants sous leur bienveillante résonance

signature acoustique du quartier

jusque parfois à l’esprit de clocher

objet de controverse

à cloche-oreille

entre leurs admirateurs et leurs détracteurs

empêcheurs de sonner en rond

près de chez moi elles sont quatre

juchées tout en haut d’une imposante tour de pierre

surmontées de drôles d’angelots dorés

bien visibles dans leur chambre ajourée

elles tintent joliment

et chaque soir à vingt heures

en ces temps confinés

elles élargissent l’espace

en carillonnantes notes égrainées

et leur volée festive

se mêle aux applaudissements,

aux vivats et charivaris en fenêtres

il y a quelque chose qui cloche

mais c’est normal.

@photo Blandine Rivoire – @texte et sons Gilles Malatray

En écoute à 20heures, place de Paris, Lyon 9e

Points d’ouïe, crise sanitaire et ambiances acoustiques dystopiques

Capture-d%u2019écran-2020-03-19-à-07.43.38-687x433

Amateur de science-fiction, j’ai connu bien des dystopies littéraires, où se raréfiait la foule, l’humain, sous des menaces diverses; plus terribles les unes que les autres. Un peu comme maintenant quoi.
Arpenteur urbain, écouteur public, j’ai traversé nombre d’ambiances sonores chaotiques, parfois jusqu’à l’oppression chronique.
Depuis quelques jours, marcheur urbain confiné en appartement, je regarde et tends l’oreille à ma fenêtre. Je vois et j’entends la cité se déserter, se taire, passe progressivement du joyeux chahut au chuchotement.
Je vois les passants esquisser, des pas de cotés, chorégraphies ‘évitement corporel lorsqu’ils se croisent, à vrai dire assez rarement, sur le trottoir..
Bien sûr, j’en vois d’autres passer de longues heures à siroter des bières sur un banc, néanmoins avec gants et masques… A chacun la façon d’interpréter son confinement
Aujourd’hui, enfermé depuis trois jours, je sors faire des courses, autorisation dérogatoire en bonne et due forme en poche.
Quelques centaines de mètres jusqu’au magasin, une promenade de luxe quoi.
Le soleil, outrageusement généreux ces jours-ci, et l’air sur la peau me font un bien fou. Comme si j’avais subi des lustres de privation de ces éléments qui me paraissent si agréables. Un petit plaisir retrouvé qui en devient un grand
On s’aperçoit ici, très vite, surtout pour quelqu’un qui a l’habitude dans son travail de battre le pavé, que l’enfermement pèse rapidement très très lourd.
On repense l’univers carcéral autrement, peut-être. Surtout qu’étant intervenu récemment à la prison des Baumettes de Marseille, je considère maintenant avec un œil et une oreille interpellés, les notions de dedans/dehors, et de libertés fondamentales.
Sinon, une sorte de sidération sensorielle.
À 17 heures, période généralement qui fait grouiller les trottoirs de passants et les rues d’engins motorisés, presque rien ne bouge.
Ou si peu.
Si peu de voitures, et ça c’est un vrai luxe à tous les niveau, acoustique, piétonnier, respiratoire…
Si peu de gens, dans des espaces fantomatiques un brin inquiétants, presque anxiogènes.
Le regard embrasse la longue alignée d’une rue en générale très passante, et ne voit que peu de véhicules ni de piétons.
On peut traverser tranquillement une trois voies urbaine sans courir.
Beaucoup, ceux qui le peuvent en tous cas, la crise n’est pas la même pour tous, ont quitter la ville pour se mettre au vert.
Les autre évitent, ou sont contraints à bouger le moins que possible.
Je n’aurais jamais penser connaitre ça.
Et si peu de sons en conséquence.
Une sorte d’étouffoir acoustique, de chape de plomb, qui fait ‘ailleurs d’autant plus ressortir les sirènes des ambulances, pompiers, policiers… et nous remet à l’oreille un monde sanitaire malmené, des espaces publics devenus suspects, voire dangereux, plus que d’habitude en tous cas.
Une ville métamorphosée, transfigurée, réduite au presque silence.
Certes pas un silence de mort, mais sans doute de peur oui.
On peut jouir maintenant d’une forme de calme sans doute rarement observé, écouté, au cœur des grandes villes en principe si sonifères.
Un calme que je trouve cependant plus paupérisant qu’apaisant, qui aurait effacé toute l’énergie d’une ville, ou les élans dynamiques seraient bridés, si ce n’est brisés, où l’oreille chercherait des repères perdus, gommés, des voix gouailleuses et des cascades de rires par exemple.
Merci les oiseaux d’entretenir une forme de gaité pépiante.
Merci également, sur le coup des vingts heures, au initiatives citoyennes spontanées, cris, vivats, applaudissements, charivaris, mais aussi colère et protestation, de balcon en balcon, à l’instar des concerts italiens.
Par ces manifestations bruyantes, toniques, vivantes, rassemblantes, il y a aussi des conspuations de politiques privilégiant les chiffres et le rendement plutôt que la santé publique.
Après les places, les rond-points, ls balcons et fenêtres.
Même contraints à quitter l’espace public, l’espoir et les colères se font encore entendre.
Rassurant quelque part !

 

Le charivari de 20 heure à ma fenêtre : https://desartsonnants.bandcamp.com/track/lyon-vaise-le-charivari-de-20-heures

Pour en écouter plus de nos fenêtres : https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Participer au projet collaboratif : https://desartsonnantsbis.com/2020/03/17/appel-a-contribution-ouvert-point-douie-quentends-tu-de-ta-fenetre/

 

 

Paysages (rien que) pour les oreilles ?

1fc93d67-945a-49c9-bacc-15012030f250 copy

Paysage(s),
représentation
artistique
d’un fragment de nature,
de lieu
de scènes
de mythologies…

Peinture,
paysage-toile,
vue de et par l’homme,
homo artiste,
picturaliste
naturaliste
urbaniste
idées à listes…

Représentation(s),
étalée de couleurs,
agencée sur la toile,
paysage re-présenté,
non naturel,
re-construit,
transmission,
vision,
artefact
inclinaison dominatrice
environnement capturé
entoilé.

Paysage et picturalité,
des écoles,
des genres.

Paysage photographique,
carte postale,
tout est
en partie
affaire de cadrage
ou de décadrage
d’éclairage
ou d’obscuricissement
polysémies lumineuses.

Paysages cinématographiques
le mouvement en plus
kinesthésie à volonté.

Le paysage se montre
dans et par l’espace
délimité,
points de vue,
parti-pris
que le regard choisit
en s’aidant de la main.

Quid d’un paysage sonore ?

Idem,
parcelle d’espace
de temps
d’espace-temps
mis en boîte,
capté
enregistré
conservé.

Traces in-fidèles ?
fossiles d’écoute ?
reliquats acoustiques
résidus acoustiques
échantillonnages de territoires…

Technicité
choix du lieu,
des sources
des sujets
de l’instant
de la durée
des mouvements…

Composition,
re-composition,
de l’espace
plan auditif,
réagencé,
remixé pour l’oreille.

Décision de captation sonore
geste prémédité,
volontaire,
contraint de subjectivité latente.

Le micro,
asservi par l’écoutant,
manipulé,
à l’instar de l’objectif,
à effet loupe
grossissant jusqu’au presqu’ inaudible,
aspirant les sons,
travellings auditifs,
gros plans auriculaires
fabrique d’artifices…

Micro parfois complice de l’oreille,
et parfois dissident

Les sons nettoyés,
certains expurgés,
débarrassés de leur gangue
ou de résidus indésirables,
selon la définition de chacun
sons traités
parfois maltraités;
renforcés
amoindris
mélangés
malaxés,
étirés ou raccourcis dans le temps,
séquencés,
déplacés,
pour de trompeuses histoires.

Paysages en fabriques,
admirés,
dénoncés,
caricaturés,
incarnés,
par ou pour l’oreille.

Nouvelles histoires
à croire ou ne pas croire.

Paysage sonore
volonté politique
une approche sonore écho-citoyenne,
une pensée et des gestes d’écosophie sonore
les utopies s’entendent-elles ?

Le paysage,
sonore,
n’est pas fidèle au réel,
mais sans doute un reflet
un miroir déformant
de l’écoute elle-même,
personnelle,
parcellaire,
modelée
contaminée de culture,
et c’est en cela
que le son se fait paysage,
ou bien inversement.

Sources et ressources vives d’inspirations pour un promeneur écoutant

img_1000

Liste non exhaustive, intergénérationnelle non triée, non hiérarchisée, en chantier

 

Jean-Jacques Rousseau (promenades, philosophie)

Raymond Murray Schafer (Paysages sonore, écologie sonore)

Max Neuhaus (Soundwalking, Listen, installations sonores « environnementales )

Guy Debord (Dérives, situationnisme, psychogéographie)

Michel de Certeau (L’invention du quotidien, L’acte de marcher )

Henry David Thoreau (Walden, Walking )

Hildegard Westerkamp (Soundwalking )

Claude Merleau-Ponty (Phénoménologie de la perception)

Gilles DeleuzeFélix Guattari (Écosophie, les 3 écologies)

Michel Foulcaut (Hétérotopie)

Henri Lefebvre (Rythmanalyse, poétique urbaine)

Pierre Sansot (Poétique de la ville, du bon usage de la lenteur, approche sensible)

Alain Corbin (Silence, histoire du sensible)

Jacques Réda (Poésie et marches urbaines)

Élie Tête (Conception d’environnements sonores)

Stalkers (Walkscape, vides urbains)

Richard Long (Land Art, Lign Made by Walking)

John Cage (Silence, aléatoire, écoute)

Myriam Lefkowitz (Marche – Danse, Walk Hands, Eyes a city)

Luc Gwiazdzinski (Géographie, hybridation, nuit)

Mathias Poisson (cartographie sensible, marche blanche)

Hendrik Sturm (Artiste marcheur, penser avec ses pieds)

Jean-Christophe Bailly (Dépaysement, poétique de l’espace)

George Pérec (Espèces d’espaces, tentative d’épuisement d’espace)

Nicolas Bouvier (voyage, usage du monde et altérité)

Gilles Clément (Tiers paysage, Jardin planétaire)

Nicolas Bourriod (Esthétique relationnelle)

Nicolas Mémain (Conférences marchées, GR13)

René Dumont (Écologie)

Ingrid Saumur (Cartographie sensible, paysage)

Myriam Suchet (L’indiscipline, recherche action, penser hors-cadre)

Arne Nass (Écologie profonde, communauté et style de vie)

Pierre Schaffer (Musique concrète, solfège de l’objet musical)

Michel Chion (Acoulogie, Promeneur écoutant)

Francis Alÿs (Marche performance)

Batiste Lanaspèze (Wild Project Editions, GR13)

John Dewey (L’art comme expérience)

Jean-Marc Besse (Cartographie et Cheminements)

Augustin Berque (Géographie, mésologie, écoumène, milieux)

Peter Szendy (Philosophie, écoute)

Pierre Rabhi (Agroécologie, Colibris)

Gilles A Thibergien (Arts et paysages)

IMG_3498.jpg

J’ai, à un moment ou à un autre, croisé ces auteurs-trices, artistes, chercheur-euses activistes de toutes générations, œuvrant dans différentes pratiques, champs d’activités, quelquefois physiquement, d’autres fois, selon les époques ou les aléas de la vie, uniquement par leurs écrits ou productions, factuelles ou intellectuelles.

Il a parfois suffit d’une phrase, de quelques paroles, d’une fragment d’œuvre, d’un récit, d’une image ou d’un son, pour qu’ils/elles m’embarquent dans un univers qui allait, à plus ou moins long terme, infléchir mes travaux, et certainement ma façon de penser, d’écouter, de vivre.

Tant d’autres pourraient y trouver place, cette liste n’étant pas exhaustive loin de là, laissant ainsi toutes les opportunités, envies, aléas, de croiser bien d’autres penseurs activistes.

Je livre cette ressource en l’état, c’est à dire en chantier, forcément inachevée, ce qui peut permettre à ceux et celles qui en ressentent le besoin de la compléter ou retailler à leur façon.

Puisse t-elle ouvrir quelques désirs de cheminer aux grès des pensées et actions, voire de s’en inspirer pour creuser les sillons de la marche, de l’écoute, de l’écologie, quitte à oser des hybridations quasi contre-nature, ou des chemins de traverses hasardeux.

Gilles Malatray aka Desartsonnants

 

NB : Les liens ci-dessus renvoient soit à des sites personnels, biographiques, soit à des textes en ligne, en rapport direct avec la marche, l’écoute, l’écologie…