Point d’ouïe, traversées de paysages sonores in progress

Emprunter les chemins traversant des paysages sonores, via donc une écoute ambulante, pédestre, me fait les entendre au fil d’expériences qui, géographiques, environnementales, sociales, esthétiques, symboliques, tendent à construire une approche croisée autour de parcours parfois plus complexes qu’ils n’y paraissent de prime abord.

D’autant plus complexes, lorsqu’on les creuse de l’oreille, qu’ils superposent des couches d’écoutes que l’on pourrait qualifier d’hétérotopiques, comme d’ailleurs tout territoires arpentés qui se respecte.

Bref, traverser des paysages auriculaires, s’y frayer des chemins de traverse, de travers, des arpentages, des plus sauvages, erratiques, aux plus balisées, itinérarisées, c’est se garder sous le coude, si ce n’est sous l’oreille, une série d’outils, d’approches, de point de vue, de façons, ou possibilités de faire. C’est ce qui nous permettra sans doute de décaler les points d’ouïe, tout en conservant une approche sensible, et qui plus est sensorielle.

Cette approche, entre expérimentations de terrains, chantiers in situ, une approche du Faire, côtoie les processus descriptifs, l’élaboration de processus d’écritures contextuelles, de modèles conceptuels, de réflexions introspectives…

Le Faire et le Penser s’auto-alimentent dans des aller-retours féconds, qui font traverser le paysage auriculaire en empruntant moult voies, parfois clairement tracées, parfois incertaines, erratiques, superposées, mixées, dans leurs enchevêtrements complexes.

De quoi à ne jamais être sûr de son chemin, ce qui garantit de nouvelles traversées, toujours renouvelées, développées, dans leurs conceptions comme dans leurs mises en situation.

Cette réflexion en cours va se concrétiser par une série de traversées sonores thématiques, prenant vie pour l’instant à partir des textes rédigés pour la circonstance.

On peut envisager par la suite des pièces sonores venant dialoguer avec ces textes, en contrepoint, pas forcément illustratifs, mais amenant une façon de voir par l’oreille certaines traversées et leurs potentiels modes et processus exploratoires.

On peut également envisager une série de PAS-Parcours Audio Sensibles, autour des traversées, expérimentations concrètes, collectives, sur le terrain, qui amènera une couche de pratique et de sociabilité, chose pour moi primordiale à tout projet de recherche.

Action !

Voyons ici quelques façons, non exhaustives et non hiérarchisées, de traverser les paysages sonores sans trop s’y perdre, quoiqu’en osant les explorations favorisant les pas de côté.

Les traversées, des modes et processus exploratoires

Traversée n° 1 – Les seuils, frontières et espaces intersticiels

Être à la limite, être aux limites, voire les dépasser, y compris de l’oreille.

Où les chercher, car ces dernières ne sont pas forcément clairement marquées, identifiées comme telles.

Comme des frontières plus ou moins matérielles, plus ou moins immatérielles, parfois indécises.

Où rentre t-on dans la ville, ou ailleurs, par l’oreille ?

Où en sort-on, et le cas échéant comment ?

Existe t-il des seuils par où passer du dehors au dedans, et inversement, d’un plan sonore à un autre, ou d’une scène acoustique à une autre ?

Des seuils où se tenir en attente, attente d’une invitation à pénétrer dans un paysage sonore, invitation à le quitter ?

Les lieux interstices où les sons fondent, se confondent, en des espaces mouvants.

Se tenir ici et entendre au-delà, ou inversement.

Être au croisement de champs acoustiques qui se télescopent, agrandissent ou resserrent leurs bulles, notre audio-bulle, nous questionnent sur la place à tenir, comme écoutant, plus ou moins actif, ou non…

Les espaces intersticiels sèment le doute dans une géolocalisation auriculaire. Suis-je encore ici, ou déjà là, ou temporairement ici et là ? L’entre-deux fluctue dans ses flux-mêmes.

Les interstices sont aussi espaces de jeu, faire de l’incertitude, du flou audio-géographique, de l’entre-espace, des terrain d’explorations, de transitions, des zones tampons, par exemple dans un parcours friand de surprises, qu’il nous faut, sérendipité oblige, laisser venir.

La notion de passage se noie t-elle dans l’écoute, ou l’écoute dans le passage ?

Le passage, en terme de parcours devient un jeu de mixage d’une ambiance à une autre, le promeneur un DJ se jouant en marchant des frontières poreuses mais néanmoins tangibles, audibles. Les pieds et les oreilles comme une table de mixage à 360°, et en mouvement. L’instabilité intrinsèque du son rajoute une dose de piment stimulant la traversée d’espaces dont on ne peut jamais savoir exactement ce qui se passera lorsqu’on l’arpentera.

Les seuils et frontières acoustiques sont par essence mouvants, au gré des vents, des écoutants, des perceptions, des déplacements…

Lorsque l’on entend deux clochers de deux villages ou quartiers différents, chacun interpénétrant le territoire de l’autre en bonne entente, sans velléité conquérante, la notion d’espace élargi, de repères spatio-temporaires partagés est alors bienveillante.

La notion de porosité acoustique doit être pensée comme un facteur déterminant. On peut enfermer une lumière entre quatre murs aveugles, pas forcément épais, mais il est plus difficile de contraindre une onde acoustique qui met les matériaux eux-mêmes en vibration. Les espaces intérieurs et extérieurs, sauf traitements complexes, mêlent leurs ambiances acoustiques, pour le meilleur – sentiment d’ouverture, de non enfermement; et pour le pire – sentiment d’intrusion, voire d’invasion, dans des espaces parfois intimes.

Dans des lieux d’enfermement, la prison en étant un par excellence, la communication sonore, est très impressionnante lorsqu’on la découvre pour la première fois. Un vacarme organisé, qui tente de faire exploser les murs, de garder a minima un contact humain, car décloisonné, autant que faire se peut.

Dans la scénographie sonore muséale, peut-être que cette notion de porosité acoustique nous pousse à penser des ambiances globales plutôt que cloisonnées, ce qui d’ailleurs fonctionne rarement correctement ou tend le visiteur à chausser des casques audio l’isolant du milieu ambiant.

Dans l’aménagement du territoire, ces porosités capricieuses devraient nous faire réfléchir à des cohabitations plus vivables, amènes, pour des habitants/usagers, dans leurs déplacements, activités, leurs besoins des zones apaisées, oasis acoustiques non pas coupées du monde, mais simplement protégées de ses sur-tensions sonores, ou autres. Des lieux ou parler reste chose facile sans crier…

Construire un mur anti-bruit est mettre une frontière sonique entre deux espaces, dont l’un doit généralement être protégé d’un vacarme invasif, intrusif, si ce n’est hégémonique.

La tentative de segmentation d’espaces acoustiques, supposons l’un calme et l’autre non, fait naitre des expériences de zonages acoustiques, recherchant des bulles de confort, pas forcément pertinentes, voire insoutenables, socialement parlant.

Se couper des bruits en s’enfermant derrière des doubles vitrages et des murs acoustiques peut vite virer à une forme d’autisme sclérosant, enfermant, isolant, dans le pire sens du terme.

Mieux vaut réfléchir en amont aux problèmes de cohabitations sonores potentiels, et prévenir que guérir, ou réparer partiellement les dégâts d’un territoire sonore non pensé.

Les limites et les seuils ne doivent pas être envisagés comme des espaces géographiques excluants, clivants, mais comme des interstices féconds, où un brassage dynamique favorise les bonnes ententes.

La belle écoute doit rester un objectif articulant le plus harmonieusement que possible les espaces et milieux sonores toujours très fragiles. Trop ou trop peu de frontières est un écueil à prendre en compte.

Sacrés sons !

Excursion sonique à Lourdes.
Une petite ville nichée au cœur des Hautes-Pyrénées, arrosée par les méandres du Gave du Pau, et surtout mondialement connue comme un des plus hauts lieux de pèlerinage, avec son immense sanctuaire, sa grotte aux apparitions, ses milliers de touristes, de pèlerins…
Mais ce n’est pas ici sa religieuse histoire qui m’intéresse, même si mes micros n’ont pas pu échappé à cette réalité de terrain.
Et encore que, Covid aidant, toutes les boutiques de la ville basse étaient encore fermées le jour de mon passage, sans compter un temps des plus capricieux. L’immense esplanade du sanctuaire, la basilique et même les alentours de la grotte étaient encore bien calmes.
Ce qui m’a intéressé dans cet espace pour le moins atypique, c’est de capter certaines acoustiques, dans différents lieux de la ville, aux fonctions très différentes pour deux d’entre eux, et néanmoins avec des résonances sympathiques comme on dit en acoustique.
Un premier et bref son de cloche m’accueille sur le parvis de la basilique. J’aurais aimé avoir une plus longue volée mais l’orage et la pluie battante qui sont arrivés peu après ce jour là m’en ont empêché.
Intérieur de la basilique et ses magnifiques réverbérations.
Presque du silence où chaque son se révèle, ciselé dans l’espace.
Au-delà de toute croyance religieuse, je me sens toujours bien à tendre l’oreille vers ces imposants espaces immersifs, dans une forme de quiétude auriculaire qui laisse le temps se déplier sans à-coups, comme un refuge contre les bruits urbains extérieurs, parfois à la limite de la saturation.
Au dehors, adossée à la basilique, la fameuse grotte aux apparitions, miracles…
Un prêtre africain égraine, en anglais, une litanie, ponctuée de réponses par deux religieuses en chœur.
Nous sommes ici dans une forme de répétition que n’auraient pas dénié les minimalistes et répétitifs américains.
Ces itérations sonores sont je dois dire, dans leur lancinant entêtement, dans leurs phrasés, dans leurs scansions, musicalités, ritualités, assez envoûtantes à entendre. Mais c’est bien là un des effets du rituel, que de plonger à la base le participant, l’auditeur, dans une suite de règles collectives à suivre irrésistiblement. Et Dieu sait, c’est le cas de le dire ici, si les sons, de la danse tribale à la prière en passant par la techno, en connaissent un rayon en la matière.
La journée va toucher à sa fin, je remonte les rues de la ville, très calmes, vers la gare.
L’acoustique de cette dernière, excitée par une voix de femme très présente, et chantante à sa façon, me font ressortir mes micros.
Il y a là une sorte d’écho entre les ambiances de la basilique, de la gare, les voix des religieux et celles de la femme dans ce hall d’attente, qui va naturellement influencer le montage de la petite pièce sonore retraçant mon passage lourdais.
Toujours le frottement des lieux et des moments, des affinités et des discordances, des choses de terrain et de la fiction narrative.
Sacré son quand tu nous tiens !

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Pour des paysages qui sonnent !

Faites vous Bells !

Comme je le dis parfois
il y a souvent quelque chose qui cloche dans le paysage
en tous cas dans les miens.
Installées en vigies
des dames d’airain se font entendre
d’heure en heures
en heurts battant
en fêtes carillonnées
en joyeux événements
ou pas
esprit de clocher
paysage campanaire
des signatures sonores de hautes volées
des marqueurs acoustiques résonnants
elle se balancent
sont tintées
teintées acoustiquement
couleur sonore d’un village
d’un quartier
d’un sanctuaire
je ne manque jamais de les saluer de l’oreille
attendant la bonne heure sonnante
d’en goûter les envolées toniques
d’en capter les percussions-résonances
de défendre leur droit à la sonnerie
n’en déplaise au mauvais coucheurs de l’oreille
à ceux qui haranguent coqs et cloches
préférant sans doute les moteurs à tord
ici, dans les montagnes pyrénéennes qui m’accueillent
je les laissent venir
à ma fenêtre
aux des bancs d’écoute
de Lourdes à Luz Saint-saveur
en passant pas Esquièze Sère
à chacun son son de cloche
j’en joue
faisant frotter leurs sonorités a l’envi
à cloche-oreilles parfois.

Petite fiction campanaire
Avec la participation de différentes cloches de Lourdes, Luz Saint-sauveur et Esquièze-Sère.
Des espaces temps qui se télescopent, font dialoguer des lieux par les cieux, des géographies triturées en mode résonant, de la matière fondue et refondue…

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Pour ne pas en finir avec le paysage sonore !

Le paysage sonore est aujourd’hui, dans sa formulation en tous cas, voire dans ses fondements historiques, attaqué, ringardisé, dénigré, par un certain nombre d’acteurs du sonore… Alors que paradoxalement, il réunit plein d’activistes qui voient plus loin que les querelles de clocher en perpétuelles sonneries. Alors qu’il est aussi en capacité de parler au plus grand nombre, au-delà d’une élite bien-pensante et bien écoutante, d’agir in situ, de proposer du vécu, du sensible, des choses en mouvement, du social, de l’esthétique, de l’éthique, des problèmes de terrain, d’actualité.

C’est un projet dont on commence tout juste à entrevoir l’immense potentiel à fédérer des écoutes, des sociabilités, des prises de consciences, notamment écologiques, parce qu’il arrive à un stade où il a véritablement une histoire, avec des gens qui l’on porté, qui l’ont fait vivre. Alors pourquoi vouloir l’enterrer, en finir avec. Il faudrait pour cela avoir des outils aptes à mener une nouvelle réflexion fertile, mais surtout de vraies actions, pour éventuellement le remplacer, si besoin était, ou plus futilement le renommer, ce qui n’est vraiment pas le cas aujourd’hui. Le faire évoluer, le croiser à de nouvelles formes de penser et d’agir, oui, le sacrifier à l’autel de la Tabula rasa sous prétexte d’inventer du neuf à n’importe quel prix, non ! Il existe bel et bien, dans toute sa diversité, et chacun peut y trouver et y créer ce qui lui correspond le mieux, en y apportant sa pierre auriculaire plutôt qu’en œuvrant sourdement en démolisseur.

Oiseau de fer, oiseaux de chair

Entendu dans le ciel,
le grondement, bourdonnement, vrombissement, d’un hélicoptère.
Il tournoie au dessus de la montagne
en rapace guetteur
toutes pâles tournoyantes
il marque des pauses sur-place au surplomb d’une crête.
Randonneur en mauvaise passe
hélitreuillage sauvetage
observation surveillance ?
Difficile de savoir.

Un peu plus bas
mais dans un rapport au ciel,
des oiseaux
oiseaux chantant
gazouillant
pépiant…

Quel rapport entre les deux ?
L’un de fer les autres de chair
l’un bourdonnant du moteur et sifflant des pâles
les autres chantant à plein syrinx ?
Des sons évoquant la hauteur ?
Le ciel ?
L’envol ?
La mise en regard d’une puissance mécanique
et d’une fragilité oiseleuse?
La pure facétie de l’écoutant ?
Faire se répondre dans une même zone d’écoute montagnarde
objets ferraillant et oiseaux volant
L’un,
puis l’autre
chacun son thème en réponse
puis les deux
réunis en un contrepoint singulier
si ce n’est anachronique
d’une machine volante et de vie animale
dans des étagements de plans sonores plus qu’improbables
mais assumés
si ce n’est affirmés
contre toute vraisemblance.
Le paysage sonore, dans son imaginaire
peut se le permettre sans complexe.


Ceci n’est pas la chose sonore
ceci n’est qu’un paysage
un audible possible parmi mille autres possibles.

Après tout, ce paysage n’est,
d’abord et avant tout,
qu’un espace de sons racontés
entre les deux oreilles exactement.

Résidence audio-paysagère
Accueillie par Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur
et HANG-ART à Esquièze-Sère
Mai 2021

Point d’ouïe, j’ai eu vent de…

En priant Dieu qu’il fit du vent…
Et il y en fit !
Une nuit bien ventée
tempétueuse même.
Éole au meilleur de sa forme.
Un vent tout droit venu du sud
qui balaie les hautes vallées pyrénéenne (scène de l’action en cours)
ça charrie
ça gémit
ça siffle
ça grince
ça grogne
ça secoue
ça ballote
ça traine
ça remue
ça vibre
ça s’infiltre
ça se calme
et se déchaine
ça rythme la nuit

Et tendre l’oreille au vent
c’est vivifiant
paysage mouvementé
paysage secoué

Nous entendons du vent
plus ce qu’il anime, met en mouvement
plus ce qu’il met en vibration
notre peau et tympans compris
plus ce qu’il fait chanter
les obstacle à son flux
ceux qui lui résistent,
que le vent lui-même
Le vent, on le sent à fleur de peau
à fleur d’oreille
telle une vibrante friction aérienne

Quand il s’engouffre dans la vallée
c’est comme un couloir acoustique
un tuyau d’instrument
une pavillon vibrant.

Et les micros tendus peinent à le saisir
dans son humeur de tempête
qui collent les membranes
saturent les prises de sons
jusqu’à l’inaudible
alors il faut ruser
emmailloter les micros
se mettre dans les recoins
les anfractuosités
derrière des fenêtres
à l’abri du grand souffle
mais à l’affut de ses courants déchainés.

Doucement, tout se calme
le grand souffle retombe
laissant un paysage quasi épuisé
et ses arpenteurs écoutants
également épuisés
et repus
après ces grands bols d’air.

Et la pluie d’arriver
Autre ambiance plus feutrée
qui égoutte la vallée
tout bascule dans une intimité mouillée.

Écoute au casque de préférence.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021

Eaux-Niriques, extension du domaine de l’écoute

Après avoir promené oreilles et micros au fil des ondes pyrénéennes, construit un premier paysage sonore aquatique en sons et en mots,

https://desartsonnantsbis.com/2021/05/08/points-douie-points-deau/

Points d’ouïe, des torrents de sons en cascades

voici maintenant quelques autres méandres plus imaginaires.

Écoute au casque conseillée

Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Desartsonnants en résidence audio-paysagère

PAS – Parcours Audio Sensible nocturne en Ardoinais – Gare au théâtre – Vitry sur Seine

Chaque année, je m’installe pour quelques temps dans des lieux dits de résidence, résidence artistique, résidence de création et/ou de recherche, en tous cas d’expérimentation pour moi.
A l’origine, la résidence est notre lieu d’habitation, là où l’on réside. Pourtant, pour les artistes nomades, itinérants, qui s’installent temporairement, le temps de de faire naitre ou de maturer une œuvre, de la mettre en scène, en espace, ou bien de travailler aux processus qui le permettront, aux outils, aux expérimentations de terrain, ce n’est pas la cas.
La résidence est une étape, quelle que soit l’état, l’avancée du travail en cours.
Elle va offrir le cadre, l’accueil, parfois les outils et l’accompagnement, voire des moyen de production.
Si je prends le cas d’une résidence audio-paysagère comme j’aime à les nommer, il s’agira de s’installer pour dessiner avec les sons un paysage sonore singulier, non pas ex-nihilo, mais puisant dans l’environnement du lieu qui m’accueille, de ses environs.
La résidence est une immersion qui permet de se consacrer, un temps, pleinement à un projet, à faire une focale sur un travail en chantier, à venir chercher de de la ressource parfois dépaysante, inspirante.
L’immersion est une étape importante. S’immerger dans l’action, dans les lieux environnants, dans les ambiances, les rencontres, des situations nouvelles… un ressourcement vivifiant qui peut faire rebondir une action stagnante parfois faute d’inspiration neuve.
S’immerger pour expérimenter, pour tester, pour contextualiser et frotter son écoute en un lieu et temps donnés, même de façon éphémère.
C’est aussi l’occasion, la chance, de rencontrer d’autres artistes, techniciens, opérateurs culturels, élus, structures locales, et de profiter des connaissances du territoire et savoir-faire de chacun, sans parler du côté humain, relationnel de par ces échanges enrichissants.
Une résidence est une coupure de l’ordinaire qui va nous stimuler pour arpenter, écrire en fonction de, se frotter à un territoire, ce qui va sans doute ouvrir de nouvelles perspectives, de nouvelles façons d’envisager des modes opératoires comme des mises en situation.
Parcours, installation extérieure, intérieure, forme hybride, carnet de notes, une montagne ne sonnera pas comme un port, une forêt comme une ville; les espaces arpentés, écoutés, influeront nos travaux, et peut-être vice et versa.
Pour ma part, le dépaysement m’est nécessaire pour avancer. Avancer sans toutefois aller vers une précipitation effrénée et stressante. Prendre le temps, à intervalle régulier, de s’assoir pour écouter la ville, la montagne environnante, les voix et ruisseaux, prendre le pouls auriculaire. Les résidences permettent de trouver des rythmes plus souples, à la fois propices à une écriture soutenue, sans toutefois être hyper contraignants, ce qui pour moi peut devenir très vite contre-productif.
Chaque lieu où je me suis posé a amassé une pierre nouvelle dans l’écriture globale, dans la construction d’une forme d’un vaste paysage sonore partagé, quasiment universel et pourtant si singulier selon les lieux.

Résidence Audio Paysagère à Luz Saint-Sauveur, accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART– Mai 2021