Points d’ouïe et maillage

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Je relie de plus en plus les lieux et les moments d’écoute, non pas comme une somme d’identités plus ou moins indépendantes et singulières, mais comme une sorte de récit globalement cartographié, mis en son et en mots. A la façon de Gilles Clément, dont le Tiers-paysage est tissé d’une multitudes de friches, de dents creuses, par des parcelles de non emprise, dans un éco-système global et cohérent, je pense de multiples points d’ouïe, spots auriculaires appréhendés par l’écoute, comme la fabrique, le façonnage, d’un paysage sonore aussi diversifié que quasiment universel.

Certes je n’ai pas posé, loin de là, mes oreilles partout, il me reste tant de zones que j’aimerais tant entendre, mais j’ai sans doute suffisamment posté mes écoutes me me tisser, métisser, un large récit auriculaire à portée d’oreilles.

Des villes et des pays – Lyon, Mons, Cagliari Victoriaville, Tananarive, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Vienne, Paris, Sabugueiro…  endroits singuliers où j’ai installé, souvent se façon récurrente, diverses écoutes, parcours, solitaires ou collectifs, ont fortement maillé une géographie auriculaire qui se fait progressivement cohérente. Partout de l’inouï, partout du déjà entendu…

Et des entre-deux, comme des interstices où l’oreille cherche les seuils, les limites, les lisières et les passages…

Au fil des arpentages, collectages, rencontres, expériences de terrain, se construit un territoire sonore sensible et mouvant, mais néanmoins de plus en plus descriptible dans une forme d’entité perceptible.

Si chaque projet, dans sa contextualité spatio-temporelle, est écrit et cousu main, ou cousu-oreille, il apporte néanmoins à chaque expérience, une pièce supplémentaire à une sorte de carte-puzzle, un jeu dont les règles ne cessent de se ré-écrire, de s’adapter au milieu et aux personnes croisés.

Entre deux villages, voire deux hameaux, à quelques kilomètres ou centaines de mètres, comme entre deux métropoles distantes de milliers de kilomètres, le fil d’écoute est déroulé virtuellement, comme celui d’une pelote de laine vagabonde – un « fil qui chante » transmetteur, qui dessine un voyage au creux de l’oreille. Oreille collective dans le meilleur des cas.

Un voyage où l’image est aussi sonore que visuelle, si ce n’est plus.

Un voyage où les sensations kinesthésiques, haptiques, invitent le corps entier, y compris à gouter et à savourer les saveurs du monde. Le son d’une cuisine qui mijote, associé à sa tenace et jouissive persistance odoriférante, gustative est souvent un moment d‘exception, d’altérité amène. Les épices de la vie passent par et dans tous les sens.

Des voyages donc dans tous les sens, même sans presque bouger…

Lobe-trotters est le surnom que m’a donné un collègue, Michel Risse pour ne pas le citer, lui aussi voyageur et voyagiste de la chose sonore. J’avoue apprécier cette perspective d’une écoute nomade, assez librement déployée partout où un lieu se met à sonner à sa façon, c’est à dire vraiment partout !

Une belle offrande au promeneur écoutant insatiable dans sa quête d’un paysage sonore partagé par de multiples récits et expériences.

Point d’ouïe, auprès de mon arbre

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« Auprès de mon arbre je vivais heureux… » Georges Brassens

Plaisirs arborés

Depuis longtemps, je côtoie la gente sylvestre. Mes parents y marchaient longuement, cabanes et champignons. Mes grands-parents avaient une ferme au milieu des bois. Je suis né dans une région où l’exploitation forestière est une activité centrale, deux de mes oncles étaient bûcherons. J’ai fait des études d’horticulteur paysagiste. Et plus que jamais, je promène mes oreilles au gré des troncs et branchages, posant une oreille bienveillante sur les forêts rafraichissantes et les vieux arbres séculaires, dont ceux qui résistent encore à l’urbanisation bétonnante.

Bref, je parlerai ici de paysages sonores arborés, ou bien des arbres sonores, sonnants, auscultés…

« Auprès de mon arbre j’écoutais, et j’écoute heureux… ». Dans ce monde bruitaliste, l’adaptation de cette phrase, citée en exergue, et surtout sa mise en œuvre, peut nous faire le plus grand bien.

« Comme un arbre dans la ville » Maxime Le Forestier 1972

 

Dans un souffle, ou une tempête

Tout commence par une brise légère, un doux zéphyr qui caresse les branches et fait frissonner les feuillages. Ça bruisse, comme des chuchotements aériens. Parfois, ça grince, bois contre bois. Écoutez le peuplier tremble (Populus trémula) le bien nommé, qui chante sous le vent. Mais aussi le saule ou le roseau. Et plein d‘espèces dont le frisson diffère selon les vents et essences. L’arbre est parfois le révélateur du vent, celui qui lui donne corps en lui opposant une résistance audible. Parfois, sous un coup d’orage capricieux et imprévisible, les arbres se crispent, ploient, gémissent, résistent quittent à y laisser des plumes vertes, et parfois hélas, ils s‘écroulent terrassés dans de tristes fracas.

Parfois c’est de la main de l’homme, qu’ils sont abattus sans ménagement, dans le cris de tronçonneuses hurlantes ou de gigantesques machines aux bras coupants. Fracas toujours.

Verts ressourcements

Mais ils leurs arrivent de finir leur histoire séculaire après des siècles, voire des millénaires pour certains, ayant abrité de leur ombre bienveillante, et bercé de leurs murmures boisés moult promeneurs ou travailleurs fatigués. Ressourcement végétal.

Langage(s)

Prendre langue avec un arbre n’est pas langue de bois, tant s’en faut.

Si l’arbre pouvait parler (notre langage et d’autres encore) combien d’histoires fabuleuses nous raconterait-il, à fleur de nos tiges vertes étonnées. Mais on peut toujours les imaginer. Untel a vu de grandes révoltes, des hommes qui firent (ou défirent) l’histoire, l’arrivée des automobiles, de la ville qui les entoure maintenant, du temps qui passe, pour le meilleur et pour le pire…

Arbres à palabres, là où on se rassemble, où la société fait corps, où la parole circule, des histoires, des mythes, des contes, et de la vie politique du village. Un gros brin de sagesse fertile qui puise sa sève vive dans le terroir des vies, des hommes, des animaux, de la terre et du ciel… Et n’empêche pas hélas, les guerres tribales, ou autres.

Oasis et vertes allées soniques

Un parc, un bosquet ou une forêt urbaine, rien de tel pour se mettre au vert (physiquement) et se rafraichir les écoutilles, dites aussi les feuilles. Tout d’abord, la gente avicole s’y complait, et vient y faire ses vocalises perchées, ce qui est toujours plus agréable que le brouhaha des voitures toussantes et pétaradantes. Plantez des sorbiers des oiseaux (Sorbus aucuparia), eux-aussi bien nommés, et vous ne tarderez pas à voir et à entendre moult oiseaux faire une halte sur ce bel arbre, tout en légèreté qui plus est, ce qui ne gâche rien.

Toutes les allées de grands parcs, avec leurs alignements solennels d’arbres – le platane y règne souvent en maitre, parfois conduisant à de fastueuses demeures, sont des abris à sons oiseleurs, et non pas oiseaux-leurres.

Je pense ici à une forme d’installation sonore acoustique, végétale, pour le peu véritablement écologique. De quoi à garder l’oreille verte, voire même l’oreille ouverte.

Dans les aménagements urbains, ont pourrait parler d’écran acoustiques, phoniques autant que fauniques.

Et puis les arbres et grands arbustes constituent aussi ce que je nomme des oasis sonores. Espaces intimes, à l’écart des voitures, espaces de fraicheur, ilots de quiétude, où l’on peut converser sans hausser la voix, sans s’égosiller pour passer au-dessus de la rumeur urbaine. On en trouve aujourd’hui dans les parcs urbains, même de tailles modestes, et dans l’aménagement de trames vertes, parfois suivant les rives d‘une rivière ou d’un fleuve. Certaines places végétalisées offrent des belvédères (littéralement belles vues) en promontoires, qui déroulent la ville tel un plan-maquette sous notre regard, et qui peuvent aussi se révéler de beaux points d’ouïe. Quand la vue et l’audition sont privilégiées, et que la végétation nous fait échapper aux ardeurs du soleil, du reste de plus en plus ardent, ne boudons pas notre plaisir, et profitons en de tous les sens convoqués.

Ausculter, vers le cœur des arbres

Lorsque nous faisons plus qu’écouter le vent et les oiseaux dans les arbres, et que nous approchons notre oreille plus près, très près, jusqu’à la coller au tronc, à l’écorce. Geste empathique, intime s’il en fut. Et bien, grande déception, nous n’entendons rien. Point de battements du cœur des arbres, ni de circulation de sève… Sauf parfois, sur des bouleaux à l’écorce aussi fine qu’une feuille de papier, au printemps, dans un environnement calme, et sur des sujets pas trop volumineux, nous permet effectivement d’entendre les flux de sève au cœur de l’arbre. Et mieux encore si on est équipé d’un stéthoscope médical, objet loupe amplifiant les sons entendus, qu du reste j’utilise très souvent dans mes PAS – Parcours Audio Sensibles. Comme l’écoute de la sève est finalement compliquée et requiers une série de conditions très rarement réunies, je vais orienter autrement une écoute intime avec l’arbre, ses branchages, son feuillage, comme un geste actif, consistant à caresser lentement les matières végétales de la membrane d’un stéthoscope, pour en créer une musique assez surprenante. Des craquellements, petites percussions, frôlements, raclements… Il est en fait assez difficile de décrire ces expérimentations sonores, qui varient selon les matières explorées et les gestes auscultatoires des écoutants manipulateurs. Le lien de la vidéo ci-après donne un aperçu, même s’il y a, pour les besoin de l’installation dans un centre d‘arts, quelques effets rajoutés.

https://www.youtube.com/watch?v=5_SB8pyp5SE

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PAS – Parcours Audio Sensible desartsonnants – Grand Parc de Miribel Jonage – Armée du Salut de Lyon

Les amis artistes de Scénocosmes ont conçu une belle installation sonore, discrète, intimiste, mais très poétique, où ils proposent de coller notre oreille au tronc d’un arbre pour en écouter le cœur battre. Pulsations, c’est le nom de cette installation provoque un effet magique, apaisant comme le ronronnement d’un chat sur nos genoux, et qui nous met physiquement en contact avec l’arbre.

Qui n’a jamais éprouvé le besoin d’enlacer un tronc, d’en puiser l’énergie de sa sève circulante, ou de partager la force tranquille de ces colonnes végétales parfois séculaires.

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@Scénocosme

 

Murmures de micro-forêts

L’artiste plasticienne, et sonore, Cécile Beau nous propose de tendre l’oreille vers une micro-forêt, maquette et condensé végétal qui bruissonne doucement. Cette installation sylvestre, au doux nom de Suma, nous fait tendre le regard et l’oreille vers ces espaces recomposés, comme par la main d’un paysagiste qui nous tendrait une loupe pour entrer dans la forêt par le petit bout de la lorgnette, et de l’oreillette, dans un monde à l’échelle décalé et poétique. Peut-être y verra t-on aussi une métaphore de la main-mise humaine, via des asservissements végétaux façon bonsaïs.

https://www.cecilebeau.com/suma/

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Sonner et faire chanter les arbres

Du plus simple geste, caresser le feuillage d’un arbre contre son oreille pour en écouter le chant intime, jusqu’à l’appareillage hyper technique, l’arbre se prête, notamment par sa morphologie accueillante, à moult expériences sonores et auditives.

Au-delà de ces bruissements sous les caresses d’Éole, on peut lui suspendre quelques objets, eux-aussi qualifiés d’éoliens, justement parce qu’il font chanter, sonner, carillonner, tintinnabuler, brises et zéphyrs, tramontane ou vent d’autan. J’aime d’ailleurs beaucoup suspendre, de façon éphémère pour ne pas abuser des sons, quelques carillons éoliens, souvent artisanaux, ici ou là, au branchage de géants verts, qui semblent apprécier ces sons cristallins. Pointillisme ou guide sonore dans un chemin d’écoute, en priant Dieu qu’il fit du vent (emprunt à Georges Brassens «L’eau de la claire fontaine»), même, et surtout un vent très léger.

L’arbre et le vent sont de vieux complices en ce qui concerne la musique des lieux.

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Carillons éoliens, Parcours sonores à Lausanne (Ch) Journées des Alternatives urbaines 2015

Autres façons de faire sonner une clairières, ou des arbres soulignant le tracé d’une allée ombragée, se servir des végétaux comme support d’installation sonore, tout en gardant un propos contextuel, voire en étroite relation avec le site, son histoire…

Je pendrai ici deux exemples auxquels j’ai activement participé.

Le premier concerne une installation sonore collaborative à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, magnifique site architectural de claude Nicolas Ledoux. Cinq artistes, Aurélien Bertini, Ben Farey, Corsin Vogel, Pierre-Laurent Cassière et Gilles Malatray, aka Desartsonnants, auteur de ces lignes, se sont rassemblés à l’invitation de Lionel Viard, pour faire chanter une allée de tilleuls à l’arrière des jardins. Notons que l’installation a été dédié en hommage à l’artiste Étienne Bultingaire, disparu prématurément alors qu’il devait faire partie de l’équipe. Un Dispositif de diffusion sonore multicanal de 36 haut-parleurs nichés dans les arbres, sur une longueur de 200m a été créé de toutes pièces pour l’occasion, par le collectif 3615 Senor. Les Échos de la Saline, nom du projet puise essentiellement les sources sonores dans les ambiances environnantes, pour les retravailler, collaborativement ou individuellement, dans différents modes de diffusions. Ce dispositif fait voyager les sons tout au long de l’allée, dans une ambiance immersive, intime très mobile, pensée à l’échelle du lieu. Ce projet qui devait s’installer de façon pérenne dans le site, pour notamment accueillir des artistes dans des résidences d’écriture sonore, a été hélas, pour différents raisons, abandonné sans connaitre vraiment le développement escompté.

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Le deuxième exemple est un autre installation sonore perchée dans les arbres, d’où son nom de Canopée. Elle a mêlé sons et graphismes, avec l’artiste plasticienne et graphiste Sterenn Marchand-Plantec, dans une clairière du parc du château Buffon à Montbard (21).

La partie sonore était composée de chants d’oiseaux imaginaires, sons tricotés à partir de vraies sonorités avicoles triturées, où l’oreille pouvait parfois hésiter entre le réel et l’imaginaire. Hommage sonore à Buffon dessinateur naturaliste, mais aussi à Daubenton, autre célèbre naturaliste spécialiste de la dissection avec qui Buffon œuvra.

Durant presque quatre mois, jours et nuits, ces oiseaux-leurres chantèrent, perchés dans des arbres, avec une diffusion en mode aléatoire à partir de décalages de boucles sonores asynchrones. Les sonorités étaient très douces, perceptibles uniquement dans la clairière, sous des systèmes de douches. Elles incitaient à tendre l’oreille vers des oiseaux factices, mais en même temps sur l’environnement global et sur les vrais oiseaux qui cohabitèrent d’ailleurs joyeusement avec ces miroirs sonores installés. Comme souvent, une façon d’engager un dialogue avec la fragilité des espaces naturels, et ce que l’oreille nous en raconte, avec message en sous-jacent, la nécessité de protéger des espaces naturels, boisés, et habités d’une faune de plus en plus menacée.

Parallèlement, des PAS – Parcours Audio Sensibles furent organisés, ainsi que l’inauguration officielle de deux Points d‘ouïe.

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Canopée, Par Buffon à Monbard, Desartsonnnants et Steren Marchand Plantec – Musée Buffon, Ville de Montbard, CRANE-Lab

Les arbres qui chantent

Les Arbrassons de l’ami José le Piez sont, pour ceux qui les découvrent pour la première fois, une très belle surprise, tant pour les yeux que pour les oreilles, et les mains. José est un esthète, un artiste perceptuel qui met le corps en relation directe, sensible, avec son environnement. Élagueur, cueilleur de graines, sculpteur de sons et d’arbres, les deux étant ici indissociables, musicien plasticien, l’artiste installe des sculptures instruments taillées dans des tronc d’arbres. Arbres morts ou abattus pour d’autres raisons que pour la sculpture bien sûr. Il manie la tronçonneuse comme le burin, taille, polit, strie, encoche, et ses Arbrassons ainsi façonnés chantent de la plus belle des façons sous la caresse de nos mains humides. Une mélodie sylvestre envoûtante, entre douce plainte et chant de sirènes que l’on fait naitre de nos caresses, belle communication entre l’arbre et l’humain qui prolonge la vie végétal en lui donnant de la voix, dans un contact physique très sensoriel, intime, affectif. L’artiste sculpte, installe, donne des concerts avec d’autres amis musiciens, dont Benat Achiary, merveilleux chanteur improvisateur basque, lui aussi un très belle personnalité. Vous l’aurez sans doute compris, je suis un grand admirateur du travail de José, et apprécie beaucoup la profonde humanité de cet ami que j’ai à chaque fois un grand plaisir à croiser, généralement en forêt.

https://www.youtube.com/watch?v=bTcmDvVmqYk

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Retour aux arbres

Je parlerai ici d’une rencontre forestière qui me tient tout particulièrement à cœur, que je suis, et à laquelle participe, depuis sa toute première édition bisontine. Il s’agit de Back To The Trees, rassemblement autour de l’arbre d’artistes, qu’ils soient gens du son, de l’image, du théâtre, des arts plastiques, graphiques, de la danse, du conte, mais aussi philosophes, forestiers, chercheurs et autres passionnés par la sylve. Beaucoup auront sans doute reconnu l’origine de ce titre, référence explicite au célèbre roman « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis, fable préhistorique et déjà prônant, avec un humour ravageur, l’esprit de la décroissance – revivre comme des singes.

Bref, né dans des forêt du Doubs, sous l’impulsion de Lionel Viard, Back To The Trees rassemble chaque année, sauf hélas celle où j’écris ces lignes, crise sanitaire oblige, de 18 heures à 00h00, un bon nombre d’artistes, tout champs confondus, qui vont installer, performer, conter en forêt, autour et dans les arbres. Une large partie se déroulera entre chiens et loups et en nocturne, avec des ambiances qui décalent joliment nos sensations, au gré d’un cheminement qui mènera le promeneur de surprise en surprise. Pour beaucoup d’entre nous, participants, organisateurs, public, c’est une très sympathique façon de nous retrouver en fêtant l’arbre, dans une forme de rituel coloré, tout en sons, en lumières, en formes éphémères, en corps dansant, au cœur de la forêt bienveillante.

http://www.backtothetrees.net/fr/

BTTT nidÉc(h)ographisme – Performance sonore et visuelle de Gilles Malatray (France) et David Bartholoméo (France) présentée à Back To The Trees le 30 juin 2018 à Saint-Vit (France, Doubs) @photo David Bartholomeo

 

 

Pour en conclure avec les arbres, provisoirement.

Il y aurait encore tant à dire.

Il y a encore tant à faire.

Il nous faut choyer les arbres.

Les écouter longuement.

Les inviter de plus en plus jusqu’au cœur de la ville.

Les protéger de notre mieux.

S’inspirer de leur calme séculaire comme d’une sagesse à partager.

Se promener sous leurs ramures.

S’y abriter de chaleurs écrasantes.

Se frayer des sentiers forestiers, pour sortir des sentiers battus.

Les laisser accueillir mout oiseaux, écureuils et autres faune y trouvant refuge.

Se battre contre les monocultures mortifères, les déforestations massives, les abattages sauvages…

Les écouter encore…

Lyon, Juillet 2020

 

PAS armée salutPAS – Parcours Audio Sensible en sous bois – Grand Parc de Miribel Jonage – Armée du Salut , Lyon

 

Quelques autres pistes boisées à suivre

Forêts et villes durables (revue)

Des arbres et des hommes (émissions radiophoniques France Culture)

D’écrire les arbres (projet Desartsonnants)

Point d’ouïe, l’oiseau au cœur de l’écoute

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« Les oiseaux sont responsables de trois au moins des grandes malédictions qui pèsent sur l’homme. Ils lui ont donné le désir de grimper aux arbres, celui de voler, et celui de chanter…
Alors, quand on pense à l’Everest, aux fusées et au prolongement naturel de ses suggestions habilement introduites dans la cervelle de quelques primitifs par le bec pointu d’un archéopteryx gloussant, on s’en prend un peu aux oiseaux, et l’on voudrait qu’il soit presque muets, qu’ils ne quittent pas le sol et qu’ils nichent sous les pierres. (Chose désespérante, la nature à pensé à tout. Il en est qu’il remplissent ses conditions. Ce sont des oiseaux d’une espèce un peu particulière : les crapauds.) »
Boris Vian « En avant la zizique » Pauvert 1958

Après ce préambule teinté de l’humour pataphysique de Boris Vian, je focalise aujourd’hui sur la gente ornithologique, ses chants, et surtout sa place incontournable dans un paysage sonore qui, au sortir du déconfinement, s’est retrouvé, notamment en ville, à nouveau chahuté, voir chaotique. Retour à la normale et quelque part à l’anormal.

Notons qu’à la même époque que celle du texte de Vian, Charles Trenet chantait « Les oiseaux me réveillent par leurs chants et leurs cris. Ils font bien plus de bruit que les autos, les oiseaux. » Il n’est pas sûr que l’on puisse en dire autant aujourd’hui…

Vinciane Despret à  consacré récemment à ces chanteurs volatiles, entendez ce mot dans le sens qu’il vous plaira, comme un nom ou un adjectif, ou polysémiquement comme les deux, un ouvrage de plus intéressants « Habiter en oiseaux »(1)(2), approches philosophiques, éthologiques, au croisement de pensées vivifiantes.

Ces animaux volants sont pourvus, à la différence de nombreux vertébrés, de syrinx siffleurs de douces mélodies. Quoi qu’entre un rossignol virtuose, un merle moqueur et chanteur, un corbeau coasseur et une pie jacassante, tous n’ont pas, à mon avis, le même degré de raffinement dans leurs chants et cris respectifs. Esthétiquement parlant. Mais n’étant ni ornithologue, ni audionaturaliste, ni grand connaisseur de chants d’oiseaux (respect posthume Mr Messiaen), ni philosophe éthologue, je me contenterai de parler des oiseaux comme des acteurs, que j’espère incontournables, dans la construction de paysages sonores.

A priori chantres des forêts, icône sonore égayant nos déambulations sylvestres, cible très prisé des preneurs de sons animaliers, le genre ailée n’en est pas moins bien présent en ville, souvent beaucoup plus que l’on ne croit.
Bien sûr, certaines espèces sont particulièrement visibles, et/ou audibles, selon les époques et les lieux.

Pour ce qui est des oiseaux en forêt, sa présence est essentiellement acoustique, voire acousmatique (écoute dont on ne voit pas la source) car, dans les forêts les plus densément boisées, on ne voit en fait que très peu d’oiseaux chanteurs. Par contre on peut en entendre beaucoup, si cependant la forêt n’a pas trop été abimée. Ici commence le règne des ornithologues et des identifications des espèces par l’oreille. Redoutable et ludique exercice. Ces chants, marqueurs sonores de biocosmes, de microcosmes forestiers, sont aussi des alertes, entre autre de la disparition progressive d’espèces, pour différentes raisons (monoculture, déforestation, incendies, changements climatiques…). Chaque chant qui ne se fait plus entendre, chaque syrinx qui se tait, a hélas de fortes chances de signaler la disparition, ou au mieux la migration d’une espèce, ou de plusieurs espèces.

Par exemple, les nuées d’étourneaux grappilleurs automnaux, qui viennent se reposer dans les grands platanes urbains, après une journée de piratage viticole, qui « enfientent »les voitures d’une belle couleur lie de vin, et même les passants téméraires s’aventurant sous les arbres, tout cela dans un incroyable nuage acoustique qui parfois se déplace dans l’espace avec une vélocité remarquable.

Citons aussi les combats de pies et de corbeaux qui se poursuivent d’arbre en arbre avec des cris guerriers, affaire de territoires, querelles qui n’appartient pas seulement à l’homme… Bon ce ne sont pas là les exemples les plus flatteurs en terme d’espaces sonores, quoique…. ni en terme sanitaire, avec le risque de se faire crotter le chapeau, au meilleur des cas si vous en portez.

Et que dire des parfois exaspérants roucoulements monotones des envahissants pigeons et tourterelles…

Le craquètement des cigognes qui jouent, sans chant ni cri de syrinx, des claquettes avec leurs becs, est assez surprenant pour qui l’entend pour la première fois, en Alsace ou ailleurs.

Certains soirs orageux, les martinets, réputés pour rester des jours en vol, voire y dormir, plongent très bas chasser les insectes en vol, dans de grandes flèches sonores assez stridentes, mais qui dessinent des espaces et des mouvements auriculaires des plus spectaculaires.

Le merle noir, migrateur, chanteur virtuose de ville, adore chanter haut et fort, au fait d’une toiture ou juché sur une cheminée. Un vrai phare auditif qui surveille la ville tout en sifflets, moqueurs, dit-on.

Dans certains sites architecturaux très minéraux, ce sont des chouettes et autres hiboux qui élisent domicile au creux des pierres et murailles, hululant à qui mieux mieux dés la nuit tombée. Je me souviens entre autre de beaux concerts nocturnes lors de résidences dans de superbes lieux tels l’Abbaye de Cluny et la Saline Royale d’Arc-et-Senans, toutes deux en Région Bourgogne Franche Comté.

Des éperviers habitent les tours des cathédrales et chassent en pleine ville, redoutables rapaces silencieux en hiver, et poussant de brefs « kiou kiou kiou » à l’époque de la nidification.

Et on pourrait encore longuement parler de ces oiseaux concertants, parfois déconcertants dans leurs rapports aux villes, à leur prédateurs, et aux hommes mais là, je sortirais de mon domaine de compétence.

Profitant du confinement des hommes lors de la crise du Covid, et surtout de celui de leurs polluantes automobiles, l’oiseau urbain s’est fait entendre à qui mieux mieux. Non pas qu’il est été plus nombreux, ni même qu’il ait piaillé plus fort, mais tout simplement parce qu’il n’avait plus la concurrence déloyale des sources sonores motorisées. L’émergence, ou plutôt la ré-émergence de ces sonorités avicoles en ont surpris, voire ravi plus d’un.e, redécouvrant une face cachée de leur environnement sonore quotidien et faisant de l’oiseau une nouvelle star chantante de la ville apaisée. Nombre d’articles, de commentaires, d’interviews l’ont démontré et en attestent au plus fort du confinement.
Pourtant, tout écouteur attentif, praticien de la ville comme une entité sonique, entendait, avant l’installation du méchant virus, chanter moult oiseaux urbains, ou de passage, dans les périodes de calme ou au cœur de lieux plus protégés, voire même au cœur des cités, sans forcément tendre l’oreille. d’autant plus que le spectre acoustique des oiseaux se situe dans un champ (chant) beaucoup plus élevé plus aigu dirait-on, que celui des transports. Il constitue donc constitue ce que l’on appelle justement une émergence sonore, se détachant nettement de la rumeur, du bruit de fond ambiant.

En fait, si on l’entend bien, c’est à dire en écoutant bien, le chant des oiseaux donne aux lieu une spatialisation qui en définit des contours, des champs, des mouvements toniques.
Prenons une place arborée ou un parc urbain, focalisons l’écoute sur les volatiles chantants, écoutons les dialogues, réponses, leurs déplacements sonores, froissements d’ailes compris. On a très souvent, surtout dans les matinées et les fins de journées printanières et estivales, un véritable pointillisme sonore, très précisément situable dans l’espace, qui vient d’ailleurs rompre avec les nappes épaisses et brouillonnes des circulations automobiles. Il peut s’agir pour nous de repères auriculaires donnant géographiquement l’échelle du lieu, et aussi un forme d’échelle sonore dans les fréquences comme dans les intensités.
C’est sans doute là un effet de filtrage acoustique qui peut nous permettre d’échapper à des formes sonores chaotiques fatigantes, en se accrochant à des éléments plus apaisants, moins agressifs, en principe, comme on peut le faire via des voix d’enfants dans un parc ou une cour d’école.
D’ailleurs, en parlant filtre ou psychoacoustique, pour employer un gros mot, nos protections acoustiques gomment sans doute la présence de voitures, comme celle d’oiseaux, dans une écoute urbaine globale peu consciente, ou peu aiguisée. Si par un réglage de type syntonisation (accord de fréquences en radiophonie), nous nous rebranchons sur la canal oiseau, alors nous constaterons qu’ils sont bien toujours là, et bien toujours perceptibles, voire clairement audibles.

Néanmoins, le bruit constant de la ville semble perturber le sommeil des moineaux, qui de plus, entendent moins, ou n’entendent plus les appels des oisillons qui ont faim, mettant en danger une espèce cohabitant depuis longtemps, de façon familière et sympathique avec les citadins.

Un des jeux de l’écoute paysagère consiste parfois à filtrer notre écoute en la canalisant, en tendant l’oreille vers des sources sonores choisies, animaux, enfants, fontaines, cloches, bruits de pas, vent, et en constatant que nous pouvons mettre en avant, ou quasiment ignorer des éléments auriculaires de notre environnement. Un sympathique jeu de filtrage et de mixage pour aiguiser l’oreille et en affuter ses capacités de discrimination (positive) des sons.

Notons également que des artistes ornithologues, ou passionnés d’oiseaux, trouvent mille richesses à noter, enregistrer, retranscrire sous forme musicale, de Clément Janequin à Olivier Messiaen, mais aussi aujourd’hui Bernard Fort et sa « Grive solitaire » ou encore Sainkho Namtchylak et ses impressionnants Night Birds.

Sans oublier l’immense travail de l’ornithologue Jean Rocher, un des pères de l’audionaturalisme qui a ouvert bien des oreilles à l’incroyable diversité des chants d’oiseaux dans le monde.

Les oiseaux, marqueurs acoustiques très présents dans nos environnement urbains, y compris dans les « mauvais jours », inspirateurs de compositeurs, sont une constituante importante du paysage sonore, et s’ils disparaissent de notre champ d‘écoute, chacun sait, ou devrait savoir, qu’il se passe alors des choses inquiétantes, voire plus, au niveau de nos milieux de vie.

 

1) https://www.actes-sud.fr/catalogue/nature-et-environnement/habiter-en-oiseau
2) https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/profession-philosophe-4974-vinciane-despret-philosophe-des-oiseaux

 

Écouter : Le chardonneret – France Culture –

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°9 « variations covid-19 »

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Lieu :  A vos fenêtres, balcons, terrasses
Temporalité :  A votre choix
Participant (s): Solitaire
Milieu : Urbain ou rural
Spécificité : Une écoute bien cadrée et confinée

Actions immobile :
– Choisissez une fenêtre, un bacon, une terrasse, un coin de jardin
– En regardant au dehors, écoutez, imaginez que vous marchécouter
– Suivez des yeux des promeneurs, mettez vous à la place de leurs oreilles
– Réitérez cette expérience à différentes heures, autant de fois que bon vous semble
– Gardez l’expérience dans un coin de votre mémoire.

Variante 1, mobile
Effectuez un PAS – Parcours Audio sensible en mode solitaire, dans la limite d’une heure et du kilomètre réglementaire autour de chez vous, muni votre autorisation dérogatoire de sortie. Si les forces de l’ordre vous interpellent, prétextez la marche comme activité physique (en rapport avec la case cochée) si vous parlez de PAS – Parcours Audio Sensibles, on ne vous comprendra pas et vous vous exposerez à un amende. La marchécoute devient ici clandestine, et acte de résistance !

 

Entre temps, vous pouvez aussi écoutez vers d’autres fenêtres ouvertes, voire contribuer au projet « Fenêtres d’écoute/Listening windows ».

https://soundatmyndow.tumblr.com/

https://soundatmyndow.tumblr.com/archive

Point d’ouïe – Quelque chose qui cloche ?

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A mesdames les cloches

J’ai déjà bien des fois

écrit et dit des choses

sur ces dames d’airain

mais sans doute pas assez

au-delà de leur fonction religieuse

elles sont

instrument musical

installation sonore ancestrale à ciel ouvert

animatrice de paysage

paysage à elles-seules

marqueur du temps qui passe

et ce depuis très longtemps déjà

à une époque et dans des lieux

journal local

des volées saluant naissances et mariages

des glas plus sinistres

des alarmes en tocsin

elles sont marqueur de territoire

phare auditif

signal géographique spatio-temporel

tenant les habitants sous leur bienveillante résonance

signature acoustique du quartier

jusque parfois à l’esprit de clocher

objet de controverse

à cloche-oreille

entre leurs admirateurs et leurs détracteurs

empêcheurs de sonner en rond

près de chez moi elles sont quatre

juchées tout en haut d’une imposante tour de pierre

surmontées de drôles d’angelots dorés

bien visibles dans leur chambre ajourée

elles tintent joliment

et chaque soir à vingt heures

en ces temps confinés

elles élargissent l’espace

en carillonnantes notes égrainées

et leur volée festive

se mêle aux applaudissements,

aux vivats et charivaris en fenêtres

il y a quelque chose qui cloche

mais c’est normal.

@photo Blandine Rivoire – @texte et sons Gilles Malatray

En écoute à 20heures, place de Paris, Lyon 9e

A mon corps marchant, mon oreille écoutante

Nature-Brain

Est-ce l’oreille qui met en branle le pied, le pousse à se mettre en marche, le motive à parcourir, ou bien le pied qui invite l’oreille à mieux entendre, l’oriente, la guide, lui donne des points de fuite, des points d’ouïe ?
En tout cas pour le marcheur écoutant que je suis.

Ou bien encore, plus vraisemblablement, une connivence réciproque, gestes favorisant des espaces-temps de connectivité, décidant pieds et oreilles de faire route ensemble, défrichant des territoires sensoriels entrelacés.

Cependant, cette affirmation me semble encore un peu trop simpliste et un brin réductrice.
Cette dualité complice suffit-elle à mettre en état de marche un promeneur écoutant ?
Le corps entier ne se mobilise t-il pas pour déployer, dans ses espaces d’exploration, toutes sortes d’antennes sensorielles, pour éprouver la résistance et une forme de plasticité du terrain, des choses, des ambiances, et se déplacer comme un réceptacle d’une foule de stimuli sonores, autant que kinesthésiques.
D’ailleurs, le verbe mobiliser a bien, à l’origine, une racine impliquant le mouvement, tout d’abord rendre un immobilier meuble (dans le cas d’un contrat de mariage) puis mettre sur le pied de guerre, et enfin, rassembler, mettre en œuvre, en action… Verbe tonique s’il en fut, pour le meilleur et pour le pire.

Différentes logiques et dynamiques, plus ou moins spontanées, se combinent pour traverser, dans un état d’éveil élargi, ou de veille, au sens premier du terme, des paysages sonores que le promeneur écoutant contribue à modeler, si ce n’est, et c’est souvent ma thèse, de construire a l’envi.
Il trace, dans des cheminements de lignes et des courbes, de repères et d’errances, un entrelacs de parcours possibles, de sentes bruissonnantes, de seuils et de lisières invitant à des marchécoutes sans cesse renouvelées.

Toute une machinerie organique d’interactions stimulantes, sensorielles, corporelles, affectives, nous baignent dans un environnement à la fois complexe, et néanmoins aisément, presque spontanément accessible, à fleur de peau, de tympan.

Ces expériences font émerger des terrains-récits auriculaires, traces/matières à re-composer comme des espaces son-cibles.

Dés lors, le chant d’un oiseau au détour d’un sentier, le grondement d’une cascade qui vient nous cueillir à la sortie d’une courbe minérale, la fontaine glougloutante au fond d’une cour repliée, le volet qui grince et bat au vent d’ouest… seront perçus comme des signaux esthétiques, marqueurs de paysages sonore mouvants, sans cesse en construction.

Ces ponctuations auriculaires, remarquables car émergentes, captées, presqu’isolées par une oreille attentive, influenceront l’écoute, le rythme de la pérégrination, invitant parfois à l’arrêt pour ménager un point d’ouïe, écoute oblige, comme le ferait le regard du haut d’un belvédère.

Les relations étroites nouées au sein d’un corps écoutant prennent ici tous leurs sens, si je puis dire, pieds et oreilles dans un duo sensible.

Le paysage sonore lui-même trouve, dans ces explorations ambulantes, sa propre raison d’être !
Un cheminement parmi tant d’autres, mille-feuilles de strates sensibles, qui nous donnera des repères, teintés d’affects, jalonnés d’indices et d’alertes, dans nos parcours multiples.

Bon pied, bonne oreille !

Workshop – MarchÉcouteR – Installer l’écoute (et l’écoutant) dans la Ville

Installer l’écoute (et l’écoutant) dans la Ville

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Quelques pistes pour bien (mieux) s’entendre avec la ville :
Poser une oreille curieuse, ouverte, sensible, au gré des pas, dans des approches esthétiques, écologiques et sociales.
Laisser ses préjugés au vestiaire (beaux sons ou vilains bruits considérés avec le même statut d’objet d’écoute)
Capter des sons (enregistrés), les renseigner, annoter, commenter, faire commenter, constituer un corpus sonore, des objets à re-composer, installer, improviser…
Marchécouter, arpentécouter la ville, seul et/ou en groupe, de jour, de nuit, entre chiens et loups…
Repérer, localiser, cartographier, décrire et écrire des Points d’ouïe; Quelles définitions, quels critères de sélection ?
Imaginer, construire un parcours sonore urbain, via et entre les Points d‘ouïe.
Chercher des postures d’écoute en fonction des lieux, des ambiances, des mobiliers urbains, des événements, des envies de décaler l’écoute, la perception d’une ville entre les deux oreilles…
Inventorier des zones calmes, des oasis sonores, des ZEP (Zones d’Écoutes Prioritaires), des aménités auriculaires, imaginer comment les favoriser, ausculter, protéger.
Inaugurer, officiellement, des Points d’ouïe remarquables, ou non. Des cérémonies tympanaires.
Utiliser les bancs publics comme des affûts auriculaires, bricoler des objets d’écoute, des longue-ouïe pour ausculter la cité.
Imaginer, construire, aménager des lieux d’écoute, y installer des sonorités éphémères.
Diffuser un PAS – Parcours audio Sensible (signalétique, guide, cartographie, géolocalisation, applications embarquées…)
Favoriser les échange entre écoutants, habitants, passants, recueillir des paroles, de ressentis, des sentiments, des souvenirs, des envies, fabriquer des audio-utopies collectives, rêver la ville auditorium, installation sonore à ciel ouvert, à 360°, promouvoir la belle écoute urbaine…
Conserver et valoriser des traces multimédia, construire et partager des récits croisés de ville à portée d’oreilles…

Voir : Gestes, postures, sensorialités
Voir : Directions d’écoute(s)

 

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@photo Zoé Tabourdiot

Gilles Malatray – Desartsonnants

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34 rue Roger Salengro
69009 LYON

Skype : desartsonnants
Portable : +00 33 (0)7 80 06 14 65
Courriel : desartsonnants@gmail.com

Pour en savoir plus

POINTS D’OUÏE ET PAYSAGES SONORES PARTAGÉS

DESARTSONNANTS PROFIL ET PROJETS SUR LINKEDIN

EN ÉCOUTE
EN IMAGES Flickr
EN IMAGES Instagram
EN VIDÉOS
EN TEXTES Scribd
EN TEXTES Academia

Radiophonie

France Culture On Air « Un promeneur écoutant »
France Inter – Le cri du patchwork « Écouter l’environnement »

 

Les choses étant ce qu’est le son !

PIC – Paysage, Improvisation, Concert

Paysage

Improvisation

Concert

PIC
Les choses étant ce qu’est le son

 

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Intention

Je suis parfois insatisfait de morceler, de diviser, une démarche qui convoque à la fois des approches liées à l’écoute, la musique, ou la création sonore, le paysage, l’écologie voire l’écosophie et des formes de sociabilités sonores.

Comment trouver une cohérence qui puisse servir un propos alliant le faire et la réflexion, avec un large public, non forcément initié ?

Alors je construis un projet , un processus, un démarche qui pourrait tomber à PIC (Paysage Improvisation Concert).

Marcher, écouter, repérer, enregistrer, improviser des paysages en live, à partir des captations sonores captées in situ, faire ré-entendre, en parler... Un projet contextuel, de quelques jours à quelques semaines, que j’ai expérimenté et pratiqué lors de mes dernières résidences artistiques en Russie et au Portugal… Un dispositif à la fois bien cerné pour être efficace, et assez souple pour se confronter à de multiples espaces géographiques.

Des PICs en chantier qui, bien évidemment, ne demande qu’à s’exporter…

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oreille

sc zoé

Paysage Improvisation Concert

Le projet:

Un promeneur écoutant preneur de son, un travail autour du field recording, du soundwalking, de la lecture/écriture de paysages sonores.

Phase 1

Se promener, magnétophone en main, oreilles aux aguets.

Capter des ambiances, des échantillons sonores, l’esprit auriculaire des lieux.

Les restituer lors d’un PIC (Paysage, Improvisation Concert).

Phase 2

Improviser, lors d’un concert, d’une performance live, à partir des échantillons sonores, non mixés, récoltés in situ.

Possibilité de précéder le PIC d’un PAS – Parcours Audio Sensible (Soundwalk) et de le poursuivre par une conférence/causerie autour des notions de paysages/parcours sonores et points d’ouïe, des rapports esthétique/écologie/sociabilité sonores.

Timing

Cycle court : 2 à 3 jours d’enregistrement, repérage, écoute, dérushage.

Un jour de répétition, concert.

Résidence sur plusieurs semaines, à définir selon le projet

Dispositif

Enregistreur numérique et logiciels audio amenés par l’artiste.

Sur place, un système son stéréo pour la diffusion improvisation.

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Photos PIC Saint-Pétersbourg/Kaliningrad – Institut Français de Russie Festival Sound Around 2019

 

Desartsonnants


POINTS D’OUÏE ET PAYSAGES SONORES PARTAGÉS

SONOS//FAIRE

DESARTSONNANTS PROFIL ET PROJETS SUR LINKEDIN

34 rue Roger Salengro

69009 LYON

Skype : desartsonnants
Portable : +00 33 (0)7 80 06 14 65
desartsonnants@gmail.com

Pour en savoir plus

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Dépaysement auriculaire

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Du tour, des tours, de mon quartier, à pied, itinéraires micro-itinérances triviales pour faire les courses, prendre un transport en commun, ou bien errer, en désœuvrance…

Jusqu’aux bords de la mer baltique, et autres océans, de la forêt malgache, jurassienne, des plaines québecoises, des montagnes portugaises, sardes, suisses… Entre autres lieux arpentés et à venir…

Dès que j’enclenche l’écoute, l’écoute bien entendante, impliquée, sensible, mon oreille part en voyage, au quart de tour (du monde ?) et sitôt se déploie, déplie, dépayse, auriculairement.

Mais l’oreille est insatiable, et je cherche sans cesse de nouveaux lieux, de nouvelles hétérotopies, hétérosonies, sonotopies, topophonies, sociauphonies, géophonies, scriptosonies… En connaitriez-vous ?

 

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Une écoute apaisée, Sabugeiro opus 4

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Le 16 juillet, Sabugueiro, Serra da Estrela, Portugal.

Il est parfois bon de s’isoler dans une forme de résidence où, dans un petit village de montagne, dont on ne comprend ni ne parle la langues des habitants, on se retranche dans une forme de douce solitude, somme toute très inhabituelle, pour moi en tous cas.
Peu de gens croisés en journée, peu d paroles échangées, mais beaucoup d’instant d’écoute profonde, Deep Listing, disait Pauline Oliveros.

On se lave ainsi, en partie, du surplus d’agitation urbaine, qui nous entraine parfois, à nos corps défendant, dans un tumulte remuant que Montaigne en son temps qualifiait déjà de grande branloire du Monde.

L’écoute nous relie sans doute plus profondément, dans des havres de paix à un Monde plus apaisé, dans une sorte de contemplation, de médiation sur une toile de fond sonore tout en douceur.
L’œil et le regard font de lents va-et-vient, balanciers horizontaux, du sommet des montagnes aux blocs basaltiques chaotiques, aux arbres calcinés, vers le creux du vallon verdoyant, avec sa rivière vivifiante, blottie dans un creux discret repli du paysage.

Je m’offre ici, tout en travaillant sur l’écoute, les parcours auriculaires, la prise de son et le montage de paysages sonores, le carnet de notes et les écritures multiples, une retraite loin de la fureur du monde. J’ignore pour un temps les actualités, les informations déprimantes, les drames et le catastrophisme ambiants, distillés par des médias vitupérant, exacerbant des violences latentes dont ils se repaissent insatiables, voracement.
Il n’est pourtant pas question de fuir les réalités d’une société au rythme par trop emballé, dans sa course folle, mais de ménager une pause temporairement plus sereine. De profiter de cet oasis sensoriel qui détend peu à peu les tensions et les nœuds qui bien souvent nous oppressent.

Les oiseaux et les voix, les sonorités les plus insignifiantes a priori, reprennent ici une place dont j’avais presque oublié les dimensions intimes possibles. Je me revois à 10 ans, dans le petit village de moyenne montagne de mes grands-parents, oncles et tantes, où le paysage sonore restait à une place mesurée, où la vie ne s’écoulait pas de façon si trépidante, même avec les saisons parfois rudes qui guidaient les travaux agricoles selon les urgences de l’instant.

Ici, la cloche rythme la vie, annonce la fin de soirée, accompagne l’obscurité grandissante qui noie progressivement la place et le banc sur lequel je me délecte de cet instant paisible. Un bain sonore sans gros à-coups, qui s’étire en ne brusquant rien, ou si peu, bien au contraire, en invitant à une quiète déprise, à une somnolente rêverie.
Des instants que mon magnétophone peinerait tant à saisir, à rendre, que les mots prennent naturellement le relai.

Au moment-même où j’écris ces lignes, un petit troupeau de chèvres égraine les tintinnabulements cristallins de leurs sonnailles. elles passent presque tous les jours, traversant la route, guidées par leur berger, faisant écho à la cloche de l’église, autre marqueur spatio-temporel rassurant dans sa ténacité à scander le temps qui passe.

J’ai peu à peu l’impression de me fondre un peu plus chaque jour dans le paysage. les commerçants et les passants me saluent d’un Ola souriant, souvent sur mon banc/bureau QGEE (Quartier Général d’Écoute Extérieure). Les chiens, qui au début m’évitaient, passaient au loin me jetant des regards suspicieux, viennent maintenant quémander des caresses, avant que de repartir d’un pas lent, adapté me semble t-il au rythme du village.

Je vis un véritable ralentissement qui, en marchant sur les chemins caillouteux ou en arpentant les ruelles pavées de granit, me transporte vers d’agréables solitudes, dans lesquelles Thoreau et Rousseau se seraient sans doute complus.

Le retour à la ville sera certainement une autre cassure, un emballement dans un mouvement contraire, a priori contre-nature. Et pourtant, je l’aime aussi, cette ville, avec et malgré tous ses excès.

 

Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019

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