Coupe de sons, Point d’ouïe

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N’ayant sans vergogne regardé aucun match de football durant cette coupe du monde, j’ai décidé hier, demi-finale oblige, de réparer cela, en ne regardant pas non plus ce dernier match.

Néanmoins, j’ai pris le parti d’écouter, non pas le match lui-même, mais plutôt ce qu’il génère comme ambiance dans l’espace public.

A 20H tapante, je me suis posté sur un banc d’écoute. Je l’ai choisi hors des places ou des rues où se trouvent beaucoup de bars, un brin éloigné du centre, là où l’on est entre des scènes acoustiques de proximité et la rumeur de la ville.

La première heure s’est révélée d’un calme plat assez décevant, pas de variations remarquables des ambiances habituelles, les même voitures, voix, sources sonores disparates. Heureusement, j’avais prévu un bon roman.

Puis, des cris qui s’échappent des fenêtres, des sifflets, une explosion de voix; j’en déduis que la France, ou plutôt son équipe footbalistique, a marqué un but.
Quelques interjections suivront, plus discrètes, puis tout redeviendra « comme avant ».

Le soufflé retombe, encore une période calme, sans remous, sans grandes émergences.

Puis les voix investissent, voire envahissent l’espace public « On est en final » et autres phrases de cet acabit. Le message est explicite, le match bouclé.
Voix, cris, pétards, prélude au 14 juillet à venir, sifflets, tout s’agite autour de moi, impassible écoutant sur son banc assis.

Petit à petit, les voitures sen mêlent, entrent en jeu, toutes cornes braillardes. Un déluge de klaxons, meuglant à qui mieux mieux, et des cris, des chants, des vociférations, comme mariage géant qui durera longtemps, une tonique débauche d’énergie.

Si le scénario avait été autre, je suppose qu’un calme qui aurait tout du désenjouement, si ce n’est de la désolation, marqueur de profondes déceptions, se serait installé, tout drapeaux rentrés, toute fierté retombée, toute gauloiserie éteinte.

J’ai hésité à enregistrer ces séquences, avant de décider de m’offrir cette petite séance à oreille nue, juste pour entendre les remous-variations d’une tranche de mondial, sans les images, ni les commentaires d’aucuns journalistes cocoricausant.

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PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute, parcours et cartographie

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City Sonic -Mons (Be)

 

PAS – Parcours Audio Sensibles et Points d’ouïe sur bancs d’écoute

J’envisage généralement deux principales postures physiques, pour écouter, tout simplement, et mettre en scène, et ou en action, un ou plusieurs Points d’ouïe.
En plus du fait d’être promeneur-écoutant, voire écouteur public, je m’efforce de mettre en scène des espaces d’écoute(s), afin de pouvoir partager ces ambiances où finalement, l’immatérialité des sons pose un voile parfois assez épais sur les oreilles potentiellement intéressées. Souvent, lorsque l’écoute se porte consciemment sur des lieux, cela tient du fait que ces derniers sont soumis à des déséquilibres sonores parfois extrêmement violents, à la limite de l’invivable, d’une insupportable pollution acoustique. Il est évident que, si nous ne pouvons ignorer ces situation de crise, d’excès, il ne faut pas attendre qu’elles se généralisent pour porter une écoute active sur notre environnement. Nous ne pouvons pas non plus ne montrer que ces points de déséquilibre stressants, en ignorant le fait qu’il existe encore, pour l ‘instant, de beaux oasis sonores, y compris en hyper centre urbain.
Bref je tente de mettre en scène ce que le paysage sonore possède comme des aménités environnementales constructives, pour ne pas tomber dans le panneau sclérosant du bruit sans autre échappatoire que de s’enfermer dans un habitat cocon isolé, dans une situation quasi autistique.

L’écoute se pratique bien évidemment au cœur des sons, des cités, de l’espace public, et des personnes qui l’habitent et le façonnent au fil de leurs activités.

Je procède par une approche d’écoute immersive, si possible dans des laps de temps suffisamment conséquents pour prendre la mesure des ambiances sonores, mais aussi plus globalement des ressentis plurisensoriels.
Deux postures se sont ainsi imposées au fil des expériences, l’une statique, en situation d’affut, de guetteur qui laisse venir à lui les sons, l’autre en mouvement, via la marche, pour aller vers les sources sonores, et en mixer des ambiances au gré des PAS.

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Invitation à l’écoute

 

Je parlerai ici de la première, celle qui s’effectue de façon statique, immobile, et le plus souvent assise.
J’ai très rapidement élu domicile, en tous cas dans des situation d’écoutant, sur des bancs publics, ceux que je nomme souvent « Bancs d’écoute ». Ils se sont révélés d’excellents points d’ouïe, faisant face à des situations urbaines, ou non, très variées, tantôt sereines, tantôt turbulentes, étant parfois situées dans des lieux surprenants, atypiques. Certains bancs sont posés de façon assez anachronique, faisant face à une rue, tout en tournant le dos à une forêt, un magnifique panorama, une rivière de beaux cas d’étude.
Mais pour moi, c’est bien la visée sonore qui m’intéresse dans un premier temps.
Je suis capable de m’assoir parfois deux à trois heures consécutives sur un même banc, voire plus, écoutant, regardant, notant, enregistrant, parfois conversant… Ce mobilier devient alors, lorsque le temps le permet, un bureau de travail provisoire, susceptible ainsi de se déplacer dans différents points d’un quartier, de la ville, dans différentes cités, via une forme de construction géographique studieuse autant qu’audiophile. Prenant mon propre quartier et ses bancs comme terrain d’expérimentation, tel un laboratoire auriculaire urbain, ou, modestement, une ré-écriture de la performance de Georges Pérec qui tentait de mener à bien l’épuisement d’un lieu parisien, j’ai ainsi cartographié, au fil des écoutes assises et publiques, une série d’ambiances finalement assez caractéristiques, en fonction des jours, des heures, et des saisons.
Il me faut, comme lors des PAS – Parcours Audio Sensibles, construire dans une certaine durée, dépassant de très loin es quelques minutes accordées à des pastilles sonores radiophoniques, pour viser une immersion qui se compte plutôt en heures. Il me faut aussi tabler sur une répétition, une itération des écoutes, sur un même banc, sur une compilation de situations qui feront que j’appréhenderai les scènes acoustiques comme des pauses non contraintes par des rythmes de vie trépidantes, mais visant plutôt le repos du flâneur, une certaine aspiration vers la lenteur, le non pressé, le temps de vivre, de ressentir à l’envi. Pierre Sansot avec ses ouvrage « Du bon usage de la lenteur » et « poétique de la ville », mais sans doute aussi un Gaston Lagaffe travaillant à « rebrousse poil » sont des références des plus inspirante dans mon appropriation en mode doux.

 

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Cadre d’écoute et point d’ouïe

 

 

La géographie des mobiliers, la spécialisation des bancs dans l’espace public, urbain, dessine une forme de parcours qui nous conduit d’un point d’ouïe à l’autre, jouant sur les différences sensibles d’un espace à l’autre.

J’ai ainsi conçu un dispositif, un mode d’écriture de PAS qui sont directement liés à des implantations de mobiliers urbains, ici les bancs, sachant que, d’une ville à l’autre, ou dans différents villages, les déambulations, les modes de jeu, seront très donc différents.

J’ai expérimenté ces parcours dans différentes villes ou villages, de Mons (Be), Lausanne (Ch), Malves en Minervois, Lyon, Charleroi, Paris, Orléans, Loupian, Victoriaville (Québec), Tananarive (Madagascar), Nantes, La Romieu, Cagliari (Sardaigne), Vienne (Autriche)…
Dans chaque lieu, sur chaque banc, le parcours et ses haltes sont tellement différents, que l’on peut imaginer une collection infinie de points d’ouïe, tous plus riches et dépaysants les uns que les autres.

 

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PAS – Lyon – Projet Parcours métropolitainS – ©photo Pierre Gonzales

 

Ainsi, un parcours de bancs d’écoutes géolocalisés et cartographié dans mon quartier (Lyon 9e)
https://www.google.fr/maps/d/edit?hl=fr&mid=1IEid3WtJ2bsP92Ejss-iLmauDsNnDIJA&ll=45.77441642784203%2C4.808858875940018&z=18

Un texte
https://www.linkedin.com/pulse/bancs-publics-d%C3%A9coute-gilles-malatray/

Un projet de parcours
https://fr.scribd.com/document/156704291/Bancs-d-e-coute-parcours-sonore-urbain

Desartsonnants, promeneur et metteur en écoute

Lyon le17 novembre 2017

 

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Audiographie

POINTS D’OUÏE SUR BANC D’ÉCOUTE

MONS LE SONS – NOCTURNE CENTRAL 2016

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Au fil des années, de mes passages à Mons, somme toute assez réguliers, dans cette cité belge, certains de ses lieux sont devenus pour moi, des espaces d’exploration sonores tout indiqués. Quelques bancs, bancs d’écoute, ici et là, notamment sur la grande place centrale, au pied des jardin du beffroi, me servent régulièrement de refuge -affût d’écoute. Ils me permettant, à différentes heures, ou époques, de prendre le pouls acoustique de la ville, de noter ses changements d’ambiances assez sensibles d’un moment à l’autre, et qui plus est d’une saison à l’autre.
En été, une fontaine a tendance, surtout de nuit, à devenir un brin envahissante dans son flot ininterrompu de bruits blancs, gommant ainsi beaucoup de détails et d’arrière-plans. En hiver, cette fontaine étant hors d’eau, l’espace retrouve une ampleur et une finesse qui se déploie sur toute l’entendue de la place, et cette dernière est très vaste. Le lieu est minéral, avec de nombreux débouchés de rue ou de passages piétonniers, ce qui donne à l’espace acoustique une magnifique spacialisation agrémentée de réverbérations qui nous donnent l’échelle du paysage. Le soir, peu de véhicules y circulent, ce qui laissent aux voix et aux activités humaines une belle place.
Des badauds, des étudiants, quelles fêtards, des patrons de bars restaurants, très nombreux sur ce site historique, qui vantent les spécialités, rangent les terrasses, des clients qui sortent fumer, des francophones, des néerlandophones, une palette de sons bel et bien vivants.
Et puis, agréable surprise de cette écoute nocturne, après des années de silence dues à d’interminables travaux, le beffroi surmontant la ville de Mons sur sa colline (Mons/Bergen…) à retrouvé de la voix. Tous les quarts d’heure, il égrené une courte mélodie joliment ciselée dans l’espace. Un vrai bonheur que de réentendre ces sonneries, ces musiques repères spatiaux et temporaires !
D’ailleurs, hier soir, une intéressante expérience d’écoute à l’improviste. Je marche dans la rue principale, noyée sous un flot de musique/muzac à mon goût bien trop présente  quand soudain, à 19 heures, elle s’interrompt brusquement. Et la ville retrouve enfin ses espaces acoustiques subtiles. Nous la réentendons subitement, comme le notait parfois et le faisait constater Max Neuhaus dans ses installations sonores. De plus, le carillon du beffroi, enchaine par une délicate sonnerie dans ce nouveau « silence installé». La ville comme j’aime l’entendre, et la faire entendre.

Texte et captation sonore lors d’une invitation par Transcultures – Balades, conférences et workshops avec la Faculté d’architecture et d’urbanisme de Mons (cycle de conférences les territoires augmentés par le son) et l’école supérieure des arts Arts au Carré de Mons

Le 24/12/2016 – Grand Place de Mons – 19H30

En écoute