A votre sentier !

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Prologue pro podologiste

Au départ, j’avais pensé écrire un texte qui serpenterait dans les idées brassées par les marcheurs, et trop rare marcheuse, lors de notre rencontre Marseillaise, entre faiseurs de sentiers-parcours métropolitains.

Un texte un peu sage, ou pas sage, un passage.

Et puis tout c’est un brin entremêlé. Une incertaine Fédération à venir qui sort insidieusement des sentiers battus, une charte qui prend des chemins de traverse, une rencontre post rencontres, au pied de la gare Saint-Charles, où on re-questionne ce qui  semblait évident.

Les visées se révèlent, a postériori, plus dérivantes que prévues, de l’ordre d’une belle collection d’écritures multiples, sensibles, politiques, esthétiques, sociales, où chaque projet trace à sa façon des chemins singuliers, parfois en devenir, parfois aux lisières du non chemin…

Mais le chacun croise fort heureusement le brassage, et remet en question la singularité-même des projets.

Le chantier en sentier serait-il de l’ordre – ou du désordre, d’un laboratoire d’écritures in situ, ex situ, au foisonnement qui ne craint pas l’inextricable, le fil conducteur indémêlable, aux tracés qui ne sauraient parfois rester en place ?

Toujours est-il que mon projet de texte a cheminé autrement, de façon plus sauvage, b(r)uissonnant, aphorismatique, quitte à risquer le hors-piste.

Pré-texte et texte

C’est à Massalia, l’ancienne et bouillonnante cité, que nous avons été conviés à participer aux Assises Nationales – ce terme par trop statique remet déjà en cause le cheminement, ou propose la pause – des Sentiers métropolitains.

Rencontres, raout, retrouvailles, voire trouvailles, Saint Posium et autre conglomérations urbi et orbi, parfois péri humaines, avec autant de démarches, ou dé-marches.

Justement, des marcheurs, arts penteurs, déambulateurs, et à travers, activateurs écriveurs de chemins post Machado, constituent une brochette de gens qui, au final,  ne savent guère tenir en place.

Ils sont béta-testeurs en chantier, en sentiers, ou l’inverse, .

Ils marchent en maniant le stylo, poétisent, politisent, poëtisent, griffonnent, ont le verbe haut, le pied alerte (polysémiquement), sont agitateurs, Ik(r)éateurs, traceurs, tracteurs, des tracteurs en campagne…

Si bien que nous étions au MuCEM invités à fédérer, peut-être à nous fédérer, métropolitainement parlant, voire charter, voire friser ou oser du manifeste… mais l’heureux doute s’installe au fil des paroles. On re-doute la Grande Redonnée, en s’appuyant hardiment sur des lignes fuyantes, le point de fuite est une perspective paysagère en soi, sans compter des lignes brisées, si ce n’est tremblantes.

On refait le monde, un pied à terre, là où nous habitons, enfin on aimerait le refaire d’un pas qui ne serait pas ricide.

A votre sentier !

Carnets de sentiers, collections de traces partagées.

Sans forcément aligner des rangs donneurs.

On apprend par cours, ou presque, à dé-marcher, sans forcément baliser, des ports en peurs vagues, à l’horizon, où le marcheur n’aura plus pied. Ne restons pas pour autant en rade dans la cité Phocéenne.

Le menu est dense à la carte, au risque d’en perdre le Nord, et ses quartiers. Heureusement les hôtels (du Nord) restent de chaleureux guides, avec leurs bureaux attenants.

En bref, on devient plus sens cibles que prés vus.

Cependant, attention à la marche ! on se dé-file conducteurs, ductiles diraient certains d’entre nous, mais de quoi ils semelles.

Auteurs autour d’une table de dés-orientations pas noramique, l’axe, tout comme le centre, ne font plus toujours ni foi ni loi.

Alors on raconte, on se le raconte (le sentier), on brode, on tri-côtes, en montrant les évidences, les évidements. On invente celles qui le sont trop (évidences), dans le paysage de l’un connu et l’autre pas, de côté.

Traits, points, discontinuités, l’impasse (et l’autre pas), la trace ne fait pas le tracé, et inversement, sans parler du demi-tour ou du rebrousse chemin.

Voix, discours, théorie de la marche en marche, comment restons nous en phase avec le No Made, et le risque du méga pôle éthique.

On peut facilement se perdre en chemin, comme en conjonctures.

Si l’un passe, en silence, l’autre mure murs. Les frontières ne sont pas toujours aussi étanches que le marcheur, grand et généreux ordonnateur universel, le voudrait. Les franchissements parfois risqués, dans un chaotique droit du sol renversé à l’extrême.

Les pieds sur Terre gardons, en prose, en vers,  et contre tout.

De calanques en traboules, d’estuaires en portuaires, les lisières se brouillent, ou se débrouillent au mieux. L’écriture partagée tisse des iles marginaires, archipels et mouvants, entre utopies et hétérotopies. Les gros mots sont lâchés !

Territoires de flous s’il en est !

Chemins faisant, ou défaisant, on trace, on signe, on désigne, mais pas trop, on sonifie, on signifie, ou on tente de le faire. Battre le faire pendant qu’il est chaud n’est pas une posture tiède.

Certains ponctuent le parcours d’abris, nids, où les corps se couchent comme les écrits, en douces performances qui conduisent au rêve, partagé, co-habitatif, reliant des chemins habités.

Bords d’eau et des rivages des rivants.

L’inter se tisse entre des haltes, non injonctives.

Il y a également les ceintures, grandes ou petites, vertes ou noires, qui tentent de circonscrire la cité, barrant parfois la route au marcheur, celui qui n’a de cesse que de transgresser les obstacles, passer et outrepasser, pour relier le disjoint.

Mais les cités comme le marcheur sont indociles, indicibles parfois, à défaut d’invisibles.

Fédérer des marcheurs n’est pas chose facile. Il est toujours un franc-tireur qui vient casser le rythme, fait un pas de côté, quand ce n’est demi-tour; mais c’est là que réside la force,  qui ne nous fait que nous ne croyons guère en l’immobile absolu, quitte à ne jamais boucler la boucle.

Les péripraticiens que nous sommes au final, se rejoignent pour ne pas perdre pied, et résister à la grande route d’une pensée trop commune.

Apologie, podologie, promenadologie sont les semelles du destin cheminant.

Les talons sont mesures d’art d’ares, côtes comprises, et marché, si l’on fait œuvre.

On périurbanise en décentrant le cœur de ville, quitte à s’encanailler du quotidien trivial, caminant en étoiles, en grands huits, en Y, en virtualités des errantes.

Il nous faut chercher les limites pour mieux s’en extraire, ou les repousser plus loin.

Chacun à sa façon, ou en conjuguant nos pas, au risque d’aller vers l’extinction de voies.

Le tracé est-il rang donnable ? Soluble dans la marche ?

Le tracé est-il rassurant, ou somme de fuyantes à la recherche de vérités flux tuantes ? Il peut forcer le trait d’utopies bétonnées, de cités radieuses, ou de tiers-lieux politiquement corrects, ou non.

L’archi texture emboite la cité, comme on emboite le pas d’autrui. Mais le marcheur qui a l’âme pèlerine ne se laisse pas si facilement arrêter pas une mise en boite. Il a besoin d’aires plus vastes et de plus d’air qu’il souhaiterait moins vicié.

L’urbanisme est parfois producteur de chausse-trappes. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il n’est jamais trottoir pour bien faire, mais le terrain est souvent glissant, dans toute l’essence du terme.

Reste à creuser d’autres sillons à fleur d’asphalte, car le marcheur est citoyen, parfois en déplaçant les bornes, voire en les dépassant.

Méfiance, même le marcheur court le risque d’être borné !

Trouver les bords sans être débordés, aurait dit Debord…

GR de rien en réécrivant des prés sentis, ou vers les prés textes, pas toujours échos logiquement fleurs bleues.

Pro-meneur, pro-metteur – en scène, en espace – on conte nos pas super posés, on muse comme à musé. Mais que montrer dans les vitrines sentiers ?

L’entrelacs des sentes montre bien des différences de niveaux, au dessus ou au dessous de l’amer, mais le marcheur résiliant, résidant, résiste mieux aux pires des enlisements. Prendre racine n’est pas mieux que perdre ses racines.

Si le guide a le pied ferme, la ruralité n’est pas trop vacharde, comme traire d’union et pis encore, et pis aller. Le laid peut-être le calcium de nos pérégrinations.

Battre la campagne, sans méchanceté, n’exclue pas la péri-féérie, clin d’œil Nantais.

Périphérie Gonzo, je cite encore, un brin voyeuriste, qui surgit parfois sans prés venir, sujets à banlieues arts, écritures perverses, jouissives ou cathartiques.

Le péril urbain est-il ex-croissance mal ligne. Plus mégapole tumeurs ! Ou tu t’inventes, te réinventes dans l’urgence, comme fée Nixe.

Le syndrome de la grenouille qui périt sans s’en apercevoir, parce que la température de ses eaux ambiantes augmente très très lentement, est-il un symbole d’une décoassance inévitable ?

D’autre part, conter n’est pas duché, ni baronnie, quoique… Les châteaux s’écartent à jouer, pouvant s’écrouler, comme chacun sait. Et pourtant le marcheur s’écarte en corps.

Parler ici, à Marseille, d’écroulement est hélas relié à une funeste actualité, même si je sens la cité à la fois bouillonnante de rage et forte d’une solide résilience.

Le récit n’est jamais si loin du terrain que lorsqu’il y prend sa source, et si proche que lorsqu’il invente, sans vers grogne, le cheminement qu’il va, ou pourra  traverser.

 

Les participants aux Assises : Julie Le Muer, Noémie Galvez, Baptiste Lanaspeze, Philippe Piron, Jens Denisen, Paul-Hervé Levassière, Patrick Mathon, Gilles Malatray, Pierre Gonzales, Fabrice Frigout, Nicolas Maimain, Thibault Berlingen, Yvan Detraz, Alexandre Field, Denis Moreau

 

Suite aux Assises Nationales des Sentiers métropolitains, au MuCEM de Marseille, dans le train du retour, après une discussion impromptue avec Baptiste Lanaspeze au pied de la gare Saint Charles. Le 09 novembre 2018, Ouigo entre Massalia et Lugdunum.

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Points d’ouïe, Points de vue, résidences, résistances

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Une résidence artistique est un moyen de s’immerger dans un territoire, ville, espace naturel, ou autres lisières et interstices hybrides.

C’est un moyen de gratter les lieux, d’y imprimer le poids de ses pas arpenteurs, de s’y asseoir aussi, écouteur observateur, à la recherche de balises urbaines spacio temporelles.

Par exemple sur cette place publique, presque tous les jours, à certaines heures, se retrouvent des personnages sur des bancs, souvent les mêmes, moi compris.

Couples, ados, marginaux, retraités, cadres…

L’histoire se tisse, se lit, s’écrit, façon Pérec.

Les rythmes se précisent.

Et de ce fait les espaces.

Sortie d’écoles, flux de travailleurs, une acmé, un apaisement avec la nuit qui tombe; des cycles qui au final ne varient que par de menus événements.

Les sons et lumières entretiennent de réelles accointances.

Les ambiances se précisent aussi, au rythme des jours et de la saison.

La résidence nous offre de nouveaux repères, qu’ils nous faut aller chercher, des rituels, des ailleurs à se construire, des surprises à accueillir.

L’ailleurs stimule la sérendipité qui nous ouvre des portes inattendues.

Ici, des évidences, des récurrences, quasi universelles, des voix, du vent, de l’eau, des flux.

Ici des singularités, des accents, des expressions, des codes couleurs qui changent, des signalétiques du cru, des architectures singulières, anachroniquement entremêlées.

Ici, nous nous re-créons nos propres symboles, dans un lieu où nous n’avons pas (encore) d’espaces qui puissent nous situer fortement dans l’ancrage d’une géographie sensible.

Une résidence, c’est un moment, plus ou moins long, où le temps et l’espace s’offrent autrement. Ils nous permettent à la fois de développer des gestes, des postures, des dispositifs d’écritures nomades, et de nous créer une nouvelle palette de jeux, ou tout au moins de l’élargir, de l’adapter aux contextes, aux ambiances in situ.

L’hétérotopie de Foucault y prend souvent tout son sens, strates de territoires géographiques, esthétiques, politiques, sociaux…

Mon oreille par exemple, procède par une forme de syntonisation, ocsillant entre le paysage intérieur de mes souvenirs, de mes expériences, et le paysage extérieur plus ou moins inconnu, que j’appréhende peu à peu, me mettant autant que faire se peut au diapason des lieux.

Mon œil sans aucun doute en fait-il de même.

Mon corps entier cherche une syntonie où accorder un maximum de fréquences, internes et externes, tendant à vibrer et résonner de concert.

Le dépaysement est pour cela un stimulateur sans pareil.

Une résidence, c’est augmenter une collection de parcours et de sites liés à des expériences sensibles, ici des Points d’ouïe, Points de vue, des parcours sensibles, entre autres choses.

C’est aussi se frotter à d’autres personnes, autochtones ou non, à d’autres pratiques, d’autres connaissances, hybridations.

Un moyen de travailler l’altérité, de pourfendre l’a priori.

De résidence, non assignée, à résistance, quelques pas, sans plus.

Quitte à déstabiliser notre confort bâti sur une série de repères (trop) bien identifiés.

Une résidence, ou plutôt l’enchainement de différentes résidences, nous fait nous sentir appartenir à un monde multiple, complexe, mouvant, si possible accueillant, sans enraciner nos pensées et gestes dans un cocon terreau trop sédentarisant.

 

Gilles Malatray – Texte en résidence à LuXor Factory (Jura Suisse), avec L’artiste plasticienne Jeanne Schmid

Le Locle, Octobre 2018

Des règlements temporels ?

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©dessin Jeanne Schmid

 

Le temps tic

vraiment vrai ?

le temps tac

passe comme il peut

s’écoule comme il pleut

comme il veut

en non fleuve tranquille

il s’ébroue

soubressaute

est compté

mesuré

scandé

montré

montres en main

mécanismes à l’appui

roues âge défilants

chronos féériques

faucheuse irrémédiable

hors loges sécurisantes

balanciers funambules

sur le fil de je ne sais quoi

et de fils en aiguilles

globe-trotteuses

et réveils difficiles

secondes et moi

une minute s’il vous plait

vous n’êtes pas alors

en retards retors sans excuse

pont que tu, elle

nous avançons

ou retardons

dés lors d’été qui n’est plus

dés lors diverses

qui est un tic

qui est un tact

toujours fuyant

tout passe en ses temps dans

passés composés, ou bien décomposés

de rendez-vous manqués

l’heure des traqués

sur des ruines battant la chamade

y’a quelque chose qui cloche

et quand sonne l’heure

la retraite fuyante

vie est, est-ce demeure

le temps l’emporte levant

car l’arythmie nous guette

en cassures métriques

des pas cadencés

des non cas danses

coucou, montre moi

ce qui s’écroule en sablier

ce qui flux en son temps

aiguilles âges des croisements

l’horloge rit toujours

de nous voir retardés

nous croyant en avance

des mesurés sommes nous

m’user du temps

musée du tant

tempus fugit.

 

 

©Dessins Jeanne Schmid – ©Texte et création sonore Gilles Malatray – Résidence artistique le Locle – LuXor Factory – Octobre 2018

 

En écho

https://jeanne-schmid.com/2018/10/16/le-temps-du-locle/

Marcher, parler, danser l’espace Matières/manières d’écoutes

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Le corps est dans l’espace
Il y bouge
s’y déplace
s’y déploie
s’y replie
y prend place
danse
écoute
sensible aux stimuli
réceptacle sensoriel
miroir de soi
de l’autre
d’un iota de ville toujours en devenir
le corps construit sa bulle
il occupe sa bulle
croise celles des autres
les traverse
les modifie parfois
y crée des interstices
espaces privés publics
personnels et communs
intimes et extimes
imbriquements complexes
tissu de gestes physiques
tissu de gestes perceptuels
tissu de gestes relationnels
tissu de gestes conceptuels
l’espace est dans le corps.

 

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La ville comme terrain kinesthésique
arpenter
sentir
se sentir
re-sentir
se protéger
s’ouvrir
entre les entre-deux
les entre-sols
les entre-soi
entre-l’autre et entre autres choses
aller vers ou s’éloigner
tendre l’oreille
prêter l’oreille
bien ou mieux s’entendre avec
une ville un corps autrui
oreille arpenteuse
oreille épieuse
oreille un brin voyeuse
oreille généreuse
oreille voyageuse
oreille cartilagineuse
organe prolongement d’un corps
comme un cap tendu vers
ou aimant sonifère
l’écoute est mouvante
La kinesthésie comme terrain urbanique.

 

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Tout espace est in-carné
à prendre corps
à bras le corps
à corps perdus et retrouvés
de villages en cités
l’oreille au pied du mur
le mur à portée d’oreilles
et le mouvement syncrétique
telle hétérotopie mouvante
cité de sons en friche
rumeurs et signes
magmas et émergences
accrochés au construit
architecture liquide
flux et autres flux
le corps s’y noie
le corps s’y baigne
adapte sa rythmie-cité
aménage sa sur-vie
via les sens chahutés
des résistances salutaires à terre
tout in-carnation est espace.

 

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La marche met en branle
le mouvement architecture
la trajectoire balise
le parcours accomplit
l’espace contraint
l’obstacle stimule
la barrière se contourne
ou donne envie de franchir
la lisière se dessine
comme parfois structure
le sensible y fait sens
le phénomène y apparait
la carte peut guider
ou tracer les traces
ou faire perdre le Nord
à celui qui s’y fie
tandis que l’oreille entre autre
jauge juge repère
l’ébranlement met en marche.

 

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La parole se fait nomade
elle dit
commente
invente
raconte
récite
interpelle
appelle
urbanise
ré-unit
critique
revendique
résiste
va de paire à l’action
réinvente l’Agora
fabrique le récit
les mythes de cités inaccomplies
elle se colle à l’écoute complice
s’encanaille d’emprunts
part du corps racontant
des histoires ambulantes
les propose à autrui
ou en son for intérieur
le mot peut se coucher
sur le grand livre des villes
ou s’oraliser façon griot
le nomade se fait parole.

 

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Aller plus loin que la marche
danser l’espace
lâcher prise
un brin de révolte douce
des corps à l’unisson
des corps frictions
forcer l’union
prendre prises
les aspérités aidant
des contrepoints urbains
les sons comme musique(s)
donnent le la comme le là
façon de chorémarchécouter
les acoustiques s’en mêlent
la ville est corps écoute
réceptacle sonique
spectacle auriculaire
le bruit se fait complice
le groupe crée de l’espace
l’espace soude les contacts
le spectateur peut y emboiter le pas
ou pas
la marche s’organiser autrement
ses rythmes impulser le tempo
en cadences stimulantes
chamboulements urbains
l’oreille se démultiplie
relie la ville au corps
et le corps à la ville
danser plus loin pour aller.

 

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Ce texte est né de rencontres d’ami.es complices de marches/expériences, qui dansent et performent la cité, la traversent autrement, et me donnent l’énergie d’expérimenter encore en frottant mon oreille et battant le pavé.
Lyon, dans la chaleur de l’été 2018

PAS – Parcours Audio Sensibles, carnets de marche

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Le carnet griffonné est-il une forme d’in-carné, in carnet, de la marche parcours, de la marche écoute ?
Les notes et autres relevés donnent-ils chair à un corpus audio kinesthésique, et une certaine matérialisation de déambulations de pieds en cap ?

J’annote les distances, les reliefs, les matières, lumières, ambiances sonores, divagations, hésitations, interrogations, bifurcations, explorations, plus ou moins abouties, comme la matrice d’une mobilité en quête de points d’ancrage.

J’écris l’écoute comme on graverait un interminable sillon, offrant de la place à une mémoire/partition, qui nous permettrait d’innombrables re-lectures audio paysagères, et plus largement pluri-sensibles.

Je couche des mots, jetés en pâture, où des chemins à peine tracés, encore Oh combien broussailleux, qui interrogent de potentiels marcheurs en devenir, quitte à les égarer d’emblée un peu plus encore. Un chemin interrogé est d’ors et déjà une voie possible en construction.

Je m’octroie le droit de re-faire le monde, celui que je traverse de l’écoute, oreille en avant, comme celui que j’aurais pu traverser, ou que je fabrique à contrecoup.

Mes carnets, quels qu’ils fussent, agglutinent des signes à l’âme vagabonde, tentant de mettre de l’ordre dans la marche, dans sa re-présentation, tout comme le promeneur écoutant impénitent en ordre de marche.

Le pied, l’oreille, l’esprit, le corps, entité ou dissocié, contribuent, souvent sans en avoir conscience, à marquer quantité de cheminements perceptuels, envisageables dans leurs multiples déclinaisons.

Mon être, à son corps arpentant, marche-écoute, mais s’écoute aussi, comme il le peut, au rythme de ses pieds et à l’invitation de ses oreilles, traçant des notes caminantes et quasi musicales. Il fabrique ainsi, par carnets interposés, une de ces milles histoires aux trajectoires parfois erratiques. Fixer le rituel, un rituel, de son stylo fébrile.

Les notes griffonnées entassent des particules de monde, qui ne cessent de s’agréger ou de se dissoudre dans l’action capricieuse de la marche.

Entre insatisfaction et apaisement, fatigue et enthousiasme, coucher des signes sur le papier, ou ailleurs, affirme le désir de parcourir encore, des chemins bruissonnants autant que sauvageons, dont une infime partie se laissera au final capturer.

Mon crayon, prolongement des pieds et des oreilles, tente de fixer un marquage, en partie factuel et en partie symbolique, comme le guide facétieux d’un chemin d’écoute, ou d’un chemin tout court, mu par la volonté de tracer la route, un peu plus loin devant.

Carnet de voyage, de point d’ouïe en point d’ouïe

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Mon carnet de voyage, toujours en chantier, est fait de sons et de silences, d’ombres et de lumières, de couleurs et de matières, d’odeurs et de goûts, de visages et de paysages, d’architectures et de natures, de haltes et de mouvements, de trajectoires et d’errances, et surtout, d’une infinité de réminiscences furtives…

L’imprécision chronique d’un réel parcellaire, où le corps et l’esprit semblent pourtant trouver ce qui pourrait faire sens, enracine moult paysages sensibles, complexes, aussi présents que volatiles, dans une mémoire vibrante.

Se nouent ainsi à l’envi, des espace-temps déliés ou entremêlés à l’aune des périples cheminants.

Strate par strate, se compile un mille-feuilles à jamais inaccompli, un sédiment mémoriel où la pensée s’aventure parfois, sans doute pour se rassurer d’être encore bien là, et d’aller de l’avant.

PAS – Parcours Audio Sensibles, tentative de définitions non définitives

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Des mots et des actes, tentatives de définitions contextualisées. Une réflexion lexicologique en chantier, non exhaustive tant s’en faut ! Liste non triée, non hiérarchisée, écrite selon ce qui me venait à l’esprit dans l’instant de la rédaction.

– Écoute : Tendre l’oreille et oreille tendre, se tendre vers et se détendre ici…

– Paysage sonore : Nos lieux de vie, des villes, des forêts, des parcs, des espaces péri-urbains, des sites naturels, entre nos deux oreilles exactement.

– Ensemble : Un groupe de promeneur écoutant à l’oreille solidaire, en synergie de faire avec les autres.

– Parcours : Partir d’un points pour aller vers un ailleurs qui transformera, peut-être, notre façon de voir, et d’entendre, les choses, sonore et autres.

– Ville/cité : Une entité géographique, sociale, territoriale, complexe, que l’on abordera par le petit bout de l’oreillette, ou par le grand, selon les cas.

– Point d’ouïe : un arrêt sur son, un point focal où il fait bon écouter, un espace-temps immobile surprenant.

– Lenteur : Où il faut prendre le temps de marcher et d’écouter sans rien presser, en sentant la présence d’autrui dans chaque geste partagé.

– Partage : Faire ensemble, créer une dynamique collective pour mieux échanger sur nos ressentis, nos émotions, colères, espoirs, désirs…

– Géographie : Une géographie du sensible qui trace des espaces à portée de tympan.

– Société : Des espaces – temps où les communs sont en écoute, voire se construisent en écoutant.

– Marche : Le moteur-même de l’action. un geste kinesthésique, une façon de lire et d’écrire le cheminement, le territoire, de le traverser collectivement et d’en être traversé.

– Repérage : Découvrir des lieux pour en saisir les saillantes auriculaires, les ambiances caractéristiques, se qui nous tire l’oreille.

– Improvisation : Jouer avec l’inattendu, les événements sonores, composer l’espace d’écoute en fonction de ce qui s’y passe, jouer de la sérendipité.

– Corps : Un corps agissant, sensible, émetteur et récepteur, en lien avec d’autres corps, immergé dans une sonosphère vivante.

– Oreille : Le réceptacle de nos petits et grands plaisirs auriculaires, mais aussi de potentiels désagréments.

– Aménités (humaines, paysagères, urbaines…) : Ce qui nous charme, nous met en joie, nous servira de modèle pour embellir notre marche, voire notre vie.

– Nuit : Un espace privilégié pour re-découvrir de l’oreille nos villes et campagnes. Des instants d’apaisement propices à la rêverie de promeneurs solidaires.

– Effets acoustiques : Chercher et jouer avec des échos, des réverbérations, des lieux surprenant nos écoutes.

– Marqueurs sonores : Ce qui fait qu’un espace se révèle singulier, un carillon, une fontaine…

– Sensible : Nos sens en émoi, en éveil, en alerte, en jouissance de l’instant présent, paysage à fleur de peau, d’oreilles, nous sommes des êtres pluri-sensoriels. Développer notre sensibilité pour ne pas rester de marbre.

– Voir : L’œil guide l’oreille, et vice et versa, une complicité/complémentarité bien entendu(e).

– Mixage : L’espace acoustique comme un vaste terrain de jeu, jeu de l’ouïe, parcours en fondues, en ruptures, en glissements progressifs, agrégations sonores, diminution, amplification, zooms… La marche secoue des sons.

– Ambiances : Harmonies ou dysharmonies, atmosphère plus ou moins agréables, fonctionnements ou dysfonctionnement, ce qui nous imprègne.

– Audio : Littéralement, j’écoute !

– Silence : Ce qui permet aux sons de (mieux) trouver les place, espace qui, ou inquiet, poétique ou trivial. Le PAS se fait en silence, pour mieux laisser la place aux sons.

– Oasis : Une zone de calme « naturelle » ou construite, un lieu Agora ou l’échange sera privilégié.

– Récit : De l’histoire qui fait naitre, qui explique, qui transmet, qui charme, à la trace qui conserve en mémoire.

– Traces : Des paroles, des images, des sons, des façon de ré-incarné un geste passé, une action éphémère, immatérielles, ou de la transposer.

– Territoire : Là où la présence humaine se montre, se fait sentir, où l’oreille se socialise (ou non).

– Auriculaire : Une des synonymes d’acoustique que j’aime bien il sonne joliment.

– Mémoire : Ce qui restera en nous d’un parcours, d’une action d’écoute collective, qui peut-être changera notre façon de ressentir les choses.

– Art (sonore) : Une modeste façon de décaler notre regard, notre écoute, notre vision-audition du monde.

– Écologie (sonore) : Sensibiliser, prévenir, conserver (les aménités paysagères), améliorer, prendre conscience d’un patrimoine sonore Oh combien fragile et souvent bruyamment malmené.

– Patrimoine : Des spécificités territoriales et humaines hérités de traditions, de savoir-faire, des cloches, des langues et des accents, des chants et des sonnailles, ce qui fait vie.

– Écho : Un mythe ou un phénomène physique dont je ne me lasse pas, avec lequel j’adore jouer.

– Campanaire : Relatif à la cloche, un objet musical installé de puis fort longtemps dans l’espace public, à défendre envers et contre tout.

– Chemin : Ce qui nous mène à, vers, et aussi ce que l’on construit en marchant, y.

– Poésie : Ce qui nous emmène vers une sensibilité exacerbé, un imaginaire bienveillant, un décalage stimulant.

– Environnement : Ce qui nous entoure, écosystèmes fragiles, agréables ou oppressants, voire hostiles, là où nous sommes à la fois écoutant récepteurs et hommes sonores producteurs, pour le meilleur et pour le pire.

– Philosophie : Ce qui est lié à la sagesse (d’entendre et de s’entendre) à la recherche de clés auditive, à une phénoménologie descriptive du geste d’écoute et de ses sources.

– Hétérotopies : Concept de lieux superposés selon Michel Foucault. Un espace sonore à la fois physique, social, artistique, territoire et paysage en couches.

– Mouvement : Tout ce qui nous empêche de trop prendre racine, met en marche notre corps, notre oreille et notre pensée, nous unis dans une réflexion sociale parfois revendicative, voire résistante.

– Résistance : Ce qui nous évite de tomber dans la pensée unique, l’écoute pré-fabriquée, de résister à la folle accélération du monde, d’accepter l’altérité et l’hybridation pour vivre plus dignement.

– Groupe : Ensemble d’individus potentiellement ou temporairement communauté de promeneurs écoutants, mettent en commun leur énergie et volonté à mieux entendre le monde, et par delà, à mieux s’entendre.

– Chemins de travers : Emprunter des passages inhabituels, décalés, écouter le quotidien le trivial, rompre avec les habitudes des chemins machinaux; mettre du piment dans notre écoute, notre parcours.

– Errance : vagabondage sans itinéraire préalable, utilisation de cartes pour mieux se perdre, et sans doute se retrouver.

– Images : Images acoustiques, visuelles, mentales, tout ce que la promenade écoute peut générer, entre interprétation et rêverie.

– Politique : Au sens premier, qui est partie prenante dans la vie de la Cité, mais peut-être contestataire aussi, marcher/écouter, c’est aussi montrer, questionner, résister, proposer…

– Quotidien : Montrer sous un autre angle (sonore) les richesses d’un dépaysement à partir de nos quotidiens, faire sortir nos trajets d’un geste machinal, ouvrir les oreilles sur le détail comme sur le panorama in-entendu, ou inécouté.

– Universalité : Entendre le Monde comme un vaste chantier d’écoute où se partagent des valeurs universelles, de la voix aux sons des pas en forêt, du vent et de l’eau ruisselante…

– Transmission, apprentissages : Faire passer ses expériences, ses valeurs, ses récits, ses joies et questionnements, donner envie de poursuivre plus avant les chemins d’écoute.

– Promeneur écoutant : Emprunté au compositeur Michel Chion. Dans mon cas, personnage engagé dans une écoute collective, en mouvement, et rune réflexion autour de ce qui fait sens dans nos vie par le prisme, entre autre, du sonore. Atelier our marcheurs entendant à ciel ouvert.

– Installation sonore : Par extension, ou imagination/décalage, considérer que toute écoute peut permettre une posture mentale qui nous ferait considérer le paysage sonore comme une immense installation sonore à ciel ouvert, à 360°, interactive, auto-générative, et plus si affinités…

– Audition/addiction : L’écoute à forte dose peut générer des habitudes addictives dont il fait parfois savoir se dégager our remette les oreilles sur terre, ou les déconnecter de leur activités d’écoutantes forcenées.

– Parole : Source sonore très présente par le biais de la voix. La parole qui précède, qui ritualise, qui fait entrer dans, celle qui suit, qui se libère après une marche silencieuse , qui partage les ressentis, qui exprime son propre parcours et celui du groupe, cette qui aide à conserver en mémoire, celle qui matérialise et parfois combat, ou réunit.

– Postures : Des postures mentales (attention, bienveillance, ouverture, curiosité…) ou physiques, faire ensemble, être guidé (ou guider), s’assoir, tourner le dos à, ausculter, se toucher, s’allonger…

– Plaisir : Un des moteur essentiel pour des parcours d’écoute dont on gardera un souvenir agréable, une impression forte, une envie peut-être de refaire.

– Synesthésie : Quand un son devient forme, couleur, abstraction mentale…

– Transitions : Passer d’un lieu ou une ambiance à l’autre en ressentant les espaces intermédiaires, passer entre, par, dedans, à côté, transiter pour appréhender les vides et les creux, les espaces indéterminés, quasi indéfinis.

– Collaborations : Inviter un graphiste, un élu, un habitant, une danseuse, un musicien improvisateur… à découvrir, faire sonner, élargir ses savoir-faire, hybrider ses pratiques, cultivé une altérité féconde, construite ensemble…

– Acoustique :Tout ce qui vibre autour de nous, colore l’espace, révèle et signe des topophonies, des architectures…

– Acousmatique : Écoute immersive, sans voir les sons, point d’ouïe enfermé qui ne laisse de la place pratiquement qu’à nos oreilles, plaisir et surprises du hors-champ, très fréquent dans l’acte d’écoute.

– Écrit : ce qui peut venir fixer l’écoute, la transposer, la matérialiser via des mots et images mentales, mais aussi substituer au microphone lorsque celui-ci ne parvient pas à faire ressentir le sensible et l’émotion du parcours.

– Questions : Retrouver des questions façon fraîcheur enfantine. Pourquoi le paysage sonore n’existe t-il que s’il y a des auditeurs pour l’écouter ? Pourquoi le chemin n’existe t-il que s’il y a des marcheurs pour le tracé ?

– Synergie : Lorsque la somme de nos énergie amplifie nos capacités perceptives.

– Variations : Sur la base d’un parcours, d’une thématique, explorer les différentes façon de faire, comparer les différentes phases, étapes, modification, ne jamais reproduire à l’identique, une faon d’avancer sans se répéter.

– Contexte : Ce qui entoure la marche, l’écoute. Le lieu de l’action, les circonstances, le climat, l’ambiance, l’histoire, les personnes… Tout ce dont il faut absolument tenir compte pour ne pas dénaturer l’action, mais au contraire la rendre plus crédible.

– Partage : Un élément moteur pour que les PAS – Parcours Audio Sensibles prennent tous leurs sens. Il faut que les expériences et ressentis soient généreusement partagés.

– Guide : Celui qui accompagne, qui montre le chemin, qui imprime l’allure, qui propose des postures, qui sait « sentir » les attentes du groupe et y répondre. Celui qui parfois désoriente et parfois fait se retrouver.

– Sérendipité : Transformer l’imprévu, l’inattendu, l’in-entendu, l’accident, la perturbation en un élément de jeu, de découverte. Rester ouvert à tout ce qui peut venir modifier le parcours et s’en servir comme une nouvelle richesse. Une forme d’improvisation positive.

– Rituel : Ce qui permet d’assoir une base reproductible et rassurante. Mise en condition, mise en marche, offrande et cérémonie de l’écoute, inauguration de points d’ouïe…

– Relationnel (art /esthétique) : Le fait que le faire ensemble soit plus important que la chose faite. Une œuvre immatérielle, construite sur des relations avant tout humaines.

– Nature : Un espace naturel, la nature des chose. Question d’origine. ce qui se fait tout seul (nature) face à ce qui est fabriqué (culture). Un son naturel, culturel, résiduel, conceptuel, hybrides ?

– Couleur : Ce qui donne des aspects singuliers aux sons, des timbres, des chaleurs, des éléments reconnaissables,identifiables.
– Humanité :

– Sens : Le sens de la marche, géographiquement parlant, ou la recherche de définition, de justification, d’un forme de philosophie ambulante, nomade. Les sens qui nous font aborder le paysage sonore comme une construction sensible, pluri-sensorielle.

– Culture : Ce qui fait qu’un son ne sera pas forcément le même ici ou là, que ces perceptions, jugements de valeur, appréciations esthétiques varieront beaucoup. L’écoute et la perception auditive st éminemment culturelle. On peu t également parler de culture de l’oreille lorsque l’écoute est développée comme un apprentissage visant à améliorer l’acuité auditive, sa (re)connaissance des sources. Le chemin de campagne n’a rien de naturel, u-il est construit à travers champs et bois. Comme la campagne aménagée, l’environnement est donc culturel. Quand aux sons… 

– Inauguration (de points d’ouïe) : Une cérémonie officielle, publique, discours et moment d’écoute à l’appui, certifiant un Point d’ouïe comme un site reconnu, identifié, cartographie, renseigné. Un repérage préalable, souvent public, aide à le choisir, à l’aide d’une série de critères esthétiques et sensibles.

– Nomadisme : Ce qui met le promeneur écoutant en mouvement, évite qu’il ne s’enracine dans un paysage trop figé par l’habitude.

– Dépaysement : Un changement plutôt positif, stimulant, à l’inverse du « Mal du pays », dans notre façon de voir les chose, d’aborder un territoire inconnu. A lire le superbe ouvrage de Jean-Christophe Bailly « Dépaysement, le voyage en France »

– Empathie : Entrer et rester en contact avec autrui, et les territoires explorés… Ne pas se faire engloutir par l’émotionnel mais néanmoins, le cultiver comme une émulation créative, et généreuse.

– Bruit de fond : Une masse résiduelle, arrière-fond sonore peu ou pas maitrisée ni contrôlée, un brouillage assez désagréable et perturbant dans son invasion chronique et parfois hégémonique.

– Kinesthésie : Le corps en marche, dans l’espace public, dans l’espace humain, dans un forme de danse, le monde ressenti comme une expérience toujours en mouvement.

– Itinéraire : Se tracer un chemin à suivre tout en sachant que l’on pourra s’en éloigner parfois, bifurquer, hésiter, prendre la tangente…

– Tourisme (culturel) : Visiter en s’imprégnant du patrimoine des langues, des coutumes, des savoir-faire, des sonorités intrinsèques… Mais surtout sans envahir, sans dégrader, sans imposer une présence, une idée, surtout dominante, un préconçu….

– Identité (sonore) : A l’origine, ce qui est identique. Aujourd’hui, surtout ce qui est identifiable, reconnaissable – la cloche, la fontaine, l’écho de la montagne… Des sons et ambiances dans lesquels on se reconnait. Mais attention aux dérives phobiques et excluantes !

– Zoom : Objectif à focal variable, grossissement et dé-grossissement. Se rapprocher d’un son, coller l’oreille à, focaliser un point d’ouïe, isoler, user de la parabole (acoustique)… Tout un monde de micro sonorités inouïes…

– Plans (sonores) : Étagement spatial du plus près (1er plan), au plus loin (rumeur), avec tous les intermédiaires selon les lieux. Mais les sons bougent très vites, s’éloignent, se rapproches, plans mouvants, fugaces, qui peuvent brouiller les carte de l’écoute. Ne restons pas en plan, en tous cas pas systématiquement. Sans parler des bons plans qui se révèlent parfois des mauvais plans…

– Signal : Signe ou geste convenu pour montrer, alerter, déclencher… Sonal, bip, sirène, cloche… Signaux informatifs, de préférence qualitatifs. Signal sur bruit (rapport), rechercher la qualité d’une information qui se détache du bruit de fond, très utile e milieu urbain.

– Scénario : Construction, trame, qui permet, si tout ce passe bien, de raconter, de montrer, de faire entendre, de mettre en scène, à portée d’oreilles, une histoire. Évitons les scénario catastrophes.

– Carte/cartographie : La représentation, ou les procédés représentatif d’un territoire géographique donné, avec la mise en exergue parfois de ses spécificités (dont les sources sonores). Carte mentale, du sensible au subjectif. Outil pour (moins) se perdre. Approche audio-géomatique en chantier.

– Enregistreur : Ce qui sert à enregistrer, à capturer à conserver des données, en un instant T et un lieu donné. Appareils, microphones, pas si objectif qu’on veut bien le dire, l’oreille reste la grande cadreuse. Parfois impuissant à retranscrire la charge émotive que l’on croyais capturée. Les mots peuvent perdre le relai si nécessaire.

– Field recording : Enregistrement in situ, de terrain, de choses existantes, issue à l’origine de la volonté de garder des traces ethnographiques (langues, chants…) et audio-naturalistes (espèces animales menacées). Également sources inspiratrices de paysages sonores.

– Sources (sonores) : Ce qui sourd de, l’eau, de la terre à l’origine. Ne pas confondre ici l’état de surdité et le verbe sourdre. Ce qui nous fait identifier un son par son producteur, son origine. Ce qui ne coule pas toujours de source à l’oreille.

– Décalages : Écart temporel, spatial, ou perceptif. Créer un décalage poétique par des gestes inhabituels, écoute de lieux où l’oreille n’as pas coutume à s’y frotter. Le décalage est bien souvent ce qui permet de vivre plus fortement une action, et de la mémoriser à plus long terme.

– Flux : Déplacements, dans un même sens, de données, de personnes, d’objets, de fluides, de sons… Attention de ne pas se laisser emporter, il faudrait parfois aller à contre-courant, mais pas si facile que cela !

– Coupures (effet de) : Brusque changement dans une ambiance acoustique, généralement disparition ou affaiblissement important et rapide. Il suffit pour cela qu’une source s’éteigne, ou de tourner à l’angle d’une rue, d’un bâtiment… En urbanisme, nous trouvons aussi un effet de coupure, mais en général beaucoup plus préjudiciable. Voie de circulation coupant une ville, un quartier…

– Dispositif : Agencement d’éléments, matériels ou non, pour mettre en scène, en pratique, un parcours, une écoute, une pédagogie, une installation sonore…

– Création sonore : Composition, installation, performance, à dominante sonore, mais non musicale, ou au frontières (imprécises) de…

– Soundwalk : L’équivalent anglophone des balades sonores, promenades écoute, et pour moi, une des formes des PAS – Parcours Audio Sensibles.

– Radio/radiophonie : La radio est un incroyable écran sonore. Terrain de jeu, d’exploration sonore, de diffusion, boite à images sonore, je ne cesserai de défendre ce média, lorsqu’il n’est pas trop médiatiquement instrumentalisé.

– Technologie : Des outils et des techniques qui, lorsqu’elles se font transparentes et ne prennent pas tout l’espace, sont d’incontournables leviers de création, même si parfois on peut faire sans.

– Casque : Dispositif et espace de diffusion intime (trop ?), permettant d’emmener des sonorités nomades au ras les oreilles. Parfois objet d’isolement, parfois prétextes à de beaux parcours d’écoute, parfois destructeurs de tympans… Personnellement, je limite drastiquement son usage. J’utilise aussi des casque anti-bruits plus ou moins trafiqués.

– Microphones : Matériel entonnoir à la base de la captation sonore, permettant de nombreuses techniques de prises de son. Ce qui, côté matériel, remplacerait nos oreilles. Enfin, l’émotion et les filtres psycho-acoustiques en moins.