Points d’ouïe, installer l’écoute !

Printemps, été, et après… l’écoute s’installe !

Paysages sonores en chantier, scènes auriculaires, réactivées, outdoor

Inaugurations de Points d’ouïe

Faire, officiellement, la fête aux sons, dans un cérémonial d’écoute in situ

PAS – Parcours Audio Sensibles en duo d’écoute

Parcourir, écouter, deviser, amasser et collecter des Points de vue et Points d’ouïe de concert, récits dialogués de ville(s) et d’ailleurs…

PAS – Parcours Audio Sensibles partagés

Parcours d’écoute(s), thématiques ou non, écritures/lectures contextualisées, collectives, participatives…

Bancs d’écoute(s)

Parcours ou one shot, à deux ou en groupe, les bancs comme points d’ouïe, objets et postes d’écoute, de rencontre, d’échange, d’installations, espaces de sociabilités auriculaires bien assises…

En éc(h)ogestation

Scènes d’écoutes installées

Parcours d’écoute urbains ou non, visites d’installations sonores à ciel ouvert, à 360°, mises en scène et en situation de Points d’ouïe à oreilles nues, espaces dé-concertants et Desartsonnants…

Et tant de choses à imaginer et installer sur place, avec vous, les autres…

On en parle ? desartsonnants@gmail.com

Points d’ouïe, lieux, moments et ressentis d’écoutes

@Photo Zoé Tabourdiot – Festival City Sonic -Transcultures be

Il y a des lieux où l’on peut sereinement s’assoir sur un banc, entouré de mille friandises sonores, qui nous font nous sentir investis par et dans le monde.

Il y en a d’autres, plus instables, où des marchands de cigarettes et autres produits, nous harcèlent, et où l’on sent le pugilat, toujours prêt à vous exploser à l’oreille et au regard.

Il y en a où l’on prend plaisir dans l’explosion ferraillante de multiples trains, lancés à grande vitesse, interminables, décoiffants, qui vous agressent d’une jouissive sidération.

Il y a ces forêts, ruisseaux, oiseaux et soleil complices, qui semblent vous faire la fête sans vergogne, ni contreparties aucunes.

Il y a ces forêts d’où l’on se sent exclus, hors-jeu, tant les lémuriens hurleurs et les insectes stridulants empêchent tout sommeil ; jusqu’à ce que l’on soit rassurés, voire bercés par l’insistance évidente de cette vie trépidante.

Il y a ces ressacs obstinés, hypnotiques, roulant des galets soumis, anesthésiant toute pensée rationnelle, quitte à laisser le champ libre à la rêverie folâtre.

Il y a des choses sonores, qui scandent les moments d’une vie qui s’écoule inexorablement, sans que nous en soyons vraiment maîtres.

Il y a ces faux silences, toujours troublés d’un iota de quasi indicible, mais qui nous rassurent sur le fait que la fureur guerrière n’est pas (toujours) maitresse d’un monde bruissonant.

Et puis il y a tous ces lieux où je n’ai encore jamais posé les oreilles, mais où j’aimerais tant !

Paysages sonores singuliers, des ambiances

L’écho des falaises
la quiétude des cimetières
les réverbérations et signaux des gares
la gouaille des marchés
le bouillonnement des ruisseaux
la rumeur des belvédères urbains
le silence habité des églises
le bourdonnement des avions
l’électricité grondante des orages
l’onirisme de la nuit
le grondement des boulevards
l’apaisement des jardins
le ressac de l’océan
le tintement des cloches
les chuchotis des bibliothèques
le fracas des cascades
le feulement du vent
la vie qui s’écoule
la vie qui s’écoute

2022, restons à l’écoute

Calligraphie sonore – Gilles Malatray – Nathalie Bou – Festival Les temps d’arts

2022Les choses étant ce qu’est le son

et bien plus encore

écouter le monde

modestement

à portée d’oreilles

l’écouter de concert

Le sentir tressaillir

le sentir frémir

en saisir ses aménités

en saisir ses fragilités

y rechercher l’entente

la belle écoute

les choses à protéger

les choses à réparer

les choses à embellir

les choses à raconter

entre sons et mots tissés

résonances et vibrations

images et gestes

corps marchant

corps agissant

éviter le mur du son

les ambiances bruitalistes

porter attention

écouter pour prendre soin

les choses étant ce qu’est le son 2022

En écoute, une hétérophonie pour 2022

Des cloches et carillons vaudais

Des marchés auvergnats et malgaches

Des oiseaux, rivières et flutes launedas sardes…

Jeu de l’ouïe

Écouter de l’avant

J’écoute, je m’indigne, j’enrage, je suis écœuré, je me sens politiquement impuissant, responsable, écrasé, impliqué…

Mais je me dis que les petites idées, actions partagées, si modestes soient elles, infimes et fragiles instants où l’oreille est tendue alentours, vers l’autre, vers le vivant, au sens large, c’est un levier pour conserver une pointe d’espoir qui nous fasse encore aller, ensemble, de l’avant.

Écoute que coûte !

Installer l’écoute par mots sons mis en scène

Calligraphie sonore – Texte Gilles Malatray – Calligraphie Nathalie Bou – Parc de la Fessyne (Villeurbanne)

Penser un point d’ouïe

un endroit où les sons s’offrent à nous

un espace d’écoute privilégié

où le son est joliment sonnant

mais néanmoins ignoré

tant il est « naturellement » là

à la fois présent et inaudible

dans son habituelle constance.

Il suffit donc de le révéler !

Il suffit de le pointer, de le faire remarquer

de nous surprendre, passant ignorant sa triviale existence

de le placer dans notre bande passante

de syntoniser notre attention

nous accordant écouteur avec un potentiellement l’écouté.

Il suffit sans doute de dire, de nommer

non pas de dire ou nommer un processus

mais les sons-mêmes, écoutables comme tels

et peut-être de poétiser leurs dites sonnances

Dire, c’est faire exister.

Quelques mots, mis en scène

en scène acoustique, comme il se doit

des propositions et invitations auriculaires.

Faire sortir subrepticement l’ouïrdinaire de l’ordinaire.

Trouver des mots qui comptent

des mots qui content

qui interpellent, qui surprennent

au détour d’une rue

d’une place

d’un mur

d’une clairière

d’un sentier.

Des rythmes partitions aussi…

De micros installations qui s’écrivent dans, pour, et avec un lieu

un lieu et bien sur toutes ses potentielles oreilles traversantes.

Comment ça sonne ?

Comment tu t’entends (ou pas) avec (ta ville, tes lieux de vie)

Comment ça te raccroche au paysage dans tout ce qu’il a de plus – ou moins – trivialement sonore ?

Comment ça te questionne sur l’inouï de tous les jours ?

Comment cet inouï devient parfois partition ouïssible ?

Comment ça écrit une histoire entre tes, nos deux oreilles ?

Et pour se faire

un brin de graphisme

d’écritures circonstanciées

d’humour, pourquoi PAS

de scénophonies non audio invasives

d’invitations à la pause Point d’ouïe

à l’immersion de l’écoute installée

sans sons rajoutés

sans édulcorants auriculaires

sans sur-couches envahissantes

brouillonnes et bruyonnantes.

Juste pour profiter de l’instant

avec le mot et le dispositif a minima

des propositions non audiostentatoires

souvent discrètement éphémères, contextuelles, conjoncturelles

de petites portes auriculo-graphico-visuelles

pour échapper l’oreille vers un ailleurs, finalement de proximité

vers un modeste mais surprenant monde sonore à portée de tympans.

Visitez l’album photos

Calligraphie sonore – Texte Gilles Malatray – Calligraphie Nathalie Bou Festival Les Temps d’Arts – Saint Martin en Haut

Point d’ouïe spectaculaire autant que ferroviaireGare aux oreilles !

Attention, cette expérience décoiffante est à déconseillée aux oreilles sensibles et aux tympans fragiles !
Il s’agit d’un événement, ou plutôt d’une suite de micros événements, aussi brefs qu’intenses, où l’écoute est placée sur des rails extrêmement dynamiques, où la vitesse est perçue comme une sorte de héros post russolien*, nous happant dans des sillons sonores vertigineux.

Le contexte, une toute petite gare, à quelques encablures de Lyon, direction Roanne, ou Mâcon. Petite gare comme beaucoup fermée, inoccupée, juste des distributeurs automatiques et autres composteurs.
Petite gare où il passe de nombreux trains, TER, TGV, gros porteurs de marchandises, engins de travaux…
Petite gare où néanmoins peu de trains s’arrêtent, beaucoup la traversant à vive allure.
Un aspect délaissé, des quais vieillots, enherbés, peu aménagés, un passage souterrain glauque et humide, presque un lieu fantôme.
Entre deux quais assez étroits, deux bancs, posés sur une petite ile étroite, enclose de sillons métalliques.

Ce jour là, j’effectue un changement de train dans cette gare, avec un arrêt d’une vingtaine de minutes avant de reprendre ma correspondance. Chose assez fréquente pour moi lorsque je rends visite à mes parents.

Ce jours là, des travaux sur les quais et le long des voies. De nombreux ouvriers, tout de jaune vêtus, s’affairent à des marquages de couleurs, sans doute en vue de quelque réhabilitations à venir.
Ils s’étendent sur une assez grande distance, sur la voie en face de moi, à droite comme à gauche.

Régulièrement, quatre à cinq fois ce matin là, des guetteurs actionnent des trompes avertisseurs, cornes de brume à gaz, qui réveillent toniquement la gare. Des vagues de klaxonnent se répondent, partant à la fois vers la droite et vers la gauche, s’éloignant progressivement. L’effet de spatialisation est vraiment remarquable. Avec pour effet immédiat de faire remonter des ouvriers des voies vers les quais, et à d’autres de s’en éloigner.
Peu de temps après, surgit une machine grondante qui va traverser la gare dans un grand chambarlement de ferraillement, sifflements, turbulences d’air brassé dans tous les sens… assis à quelques mètres des voies, nous sommes pris dans une puissante tourmente qui secoue puissamment notre environnement sensoriel, ballotte notre corps comme un fétu de paille dans ce déchainement acoustique tonitruant.
Certains convois passe devant moi, très près en fait, quelques mètres, d’autres derrière moi, en mode acousmatique assez impressionnante, alternant les sens de l’écoute, spatialement parlant, comme une désorientation qui, les yeux fermés, nous laisse dans une forme de flottement, d’indétermination kinesthésique.

L’ensemble de la scène, en quelques minutes de temps, propose à l’oreille une véritable cohérence qui pourrait être compositionnelle, musicalement parlant. Elle évoque un geste qui serait comme une écriture dynamique parfaitement maitrisée dans le temps et dans l’espace, avec sa montée en puissance, son acmé frénétique, et son decrescendo dans un sillon d’air qui semble vouloir nous aspirer encore. On peut comprendre ici pourquoi les grosses mécaniques, dont les trains, la vitesse et parfois la violence liée ont inspiré des compositeurs, de la performance bruitiste a ceux des musiques concrètes, électro-acoustiques, acousmatiques… Il y a là quelque chose de violemment fascinant, qui nous agresse autant qu’elle nous transporte. Une griserie du chaos qui peine à se retranscrire, et qu’il faut vivre dans ces tourbillons vibratoires sauvages pour l’appréhender pleinement.
De plus, la réitération de ces scènes acoustiques pour le moins remarquables, avec toutes les variations intrinsèques selon les trains, longueurs des convois, crée une belle scansion rythmique, entre tensions et détentes alternées. La résilience audio-paysagère nous fait retrouver un calme d’autant plus présent, marquant, presque imposant, qu’il laisse à nouveau la place aux voix dans le lointain, cloches, chants d’oiseaux…

Cette expérience acoustique vient s’ajouter tout d’abord à une « petite histoire des bancs d’écoute », ou des bancs d’expérimentations sensorielles. Elle s’ajoute également aussi à une compilation de scène sonores remarquables. Celles-ci, tissées par un principe narration continue, participent à faire vivre un paysage sonore d’autant plus vivant qu’il est littéralement mouvementé. Paysage en mouvement et mis en mouvement, paysage perçu et vécu dans ses multiples trames dynamiques toute à la fois concordantes et discordantes.

Luigi Russolo (1855-1947), compositeur artiste futuriste, auteur de « L’art des bruits »

Les bancs d’ouïe des grands chemins, et des petites placettes intimes…

J’ai déjà, à plusieures reprises, parlé des bancs, ces mobiliers qui me sont chers, mais aussi des marches d’escaliers et autres murets, assises bienséantes rencontrées à l’aune d’explorations déambulatoires dans l’espace public.
Ces espaces de pause, urbains ou ruraux, en forêt ou le long d’une rivière, le long d’une plage ou d’une promenade publique, sont pour moi multifonctionnels.
Lieux de repos certes, de rêverie, méditation, d’écoute souvent, de travail, d’écriture, d’échange, dans une forme de co-working de plein-air, mobile et adaptable; une façon de co-habiter le monde, mon quartier, les lieux de résidences artistiques, de déplacements tous azimuts.

Je pensais hier, justement posé sur un banc, nuit tombée, aux choix de ceux-ci, que ce soit ici, dans mon quartier, ou ailleurs, dans beaucoup d’endroits forts différents.
Ces choix de s’assoir ici plutôt qu’ailleurs ne sont pas innocents, liés parfois à des contraintes du moment, et parfois à des options plus stratégiques.

S’il fait très chaud, ce sera un banc à l’ombre, dans un lieu aéré, (relativement) frais…
S’il fait un fort vent, ce sera un banc abrité, ou au contraire très exposé, pour profiter au maximum des caprices d’Éole.
Si je cherche la rencontre, l’échange, ce sera un banc situé sur un espace très passant, avec souvent des séquences réitérées, parfois dans un lieu habituel, près de chez moi…
Si je recherche l’isolement, la quiétude, ce sera dans un espace intime, en retrait.
S’il fait très froid, ce pourra être dans un espace fermé, ou semi fermé, un hall de gare, une galerie marchande…
Si je recherche une belle ambiance sonore, ce sera dans un espace où l’écoute est agréable, entre sources permanentes (fontaines), ponctuelles (cloches), acoustiques remarquables (passages réverbérants), présence de faune, de vie anthropophonique…
S’il pleut ce sera dans un espace abrité, sous un auvent…
Si je recherche un parcours déambulatoire, ce sera une suite de bancs qui guideront et ponctueront mes pas et points d’ouïe.
S’il fait nuit et que je désire lire, écrire, ce sera un banc sous un lampadaire. J’adore la nuit !
Si je recherche, outre un point d’ouïe, un point de vue, un lieu agréable à regarder, ce sera devant un panorama naturel, une place d’un centre historique…

Tout ceci m’entraine donc d’avenues en ruelles, de parcs en places publiques, de sentiers en promontoires, m’en faisant voir et entendre de toutes les couleurs.

Bref, jonglant avec les aléas climatiques, et les intentions et envies du moment, je me suis défini, l’expérience aidant, toute une typologie de bancs, dont certains autour de chez moi, comme lieux expérientiels, d’autres dans des lieux connus, déjà arpentés, écoutés, d’autres encore à découvrir dans de nouveaux espaces à investir. Se constitue ainsi un véritable inventaire pour promeneur écoutant, arpenteur de tous crins, une géographie bancale, des ressources assises à fréquenter selon les cas, les besoins, les nécessités, les adaptabilités du projet en cours.
Des villes me posent parfois problème, dans des choix délibérés d’aménager des espaces sans assises, pour des raisons tendancieusement sécuritaires et dans des volontés malsaines de cleaner l’espace public.
Néanmoins je trouve en général toujours de quoi à satisfaire mes postes d’observation, ou tout simplement de jouissance quiète du monde environnant.

L’apprentissage progressif et gradué de l’écoute paysagère

Après des années passées à entraîner l’oreille pour devenir progressivement plus efficace, pour lui procurer de plus en plus de plaisir, à ouïr une ville, une forêt, une gare, il me faut rester conscient que ce geste d’écoute n’est pas aussi naturel ni évident pour tous, moins en tous cas qu’il ne le paraît de prime abord. 

En guidant de nombreux parcours sonores, des PAS – Parcours Audio Sensibles, il m’a fallu progressivement amener l’oreille vers des espaces au départ relativement « évidents », simples à appréhender, à comprendre, ni trop saturés, ni trop paupérisés, ni trop minimalistes. Les parcours pourront par la suite, petit à petit, de façon graduée, se complexifier, en termes de densité, de longueur.

Il nous faut donc prendre conscience de de l’effort – même agréable – à fournir pour un promeneur écoutant débutant, pour entrer dans une écoute attentive et soutenue, qui sache dénicher les trésors de chaque lieu, et en jouir le plus naturellement que possible, sans trop d’a priori « bruitistes ».

Il nous faut également, comme dans toute forme d’enseignement, se garder de juger trop hâtivement, des formes « d’inculture sonore » alors que l’apprentissage, fût-il auriculaire, ne demande qu’à s’épanouir à son rythme, ici au rythme des pratiques d’écoutes.