Ce que, pour moi, écouter veut dire

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Tendre l’oreille
l’oreille tendre
audio, j’entends
je vous entends
ausculto, j’écoute
je vous écoute
mais avec attention
attention portée au Monde
au vent, à l’eau, au tonnerre roulant
aux végétaux et aux animaux
aux choses et aux gens
sans doute plus encore aux gens
attention bienveillante à tout ce qui bruisse
à la parole donnée
à la parole recueillie
à la parole partagée
qui n’est rien sans écoute
comme lettre morte sans auditeur
écouter pour discerner
entendre le sujet et son environnement
percevoir le sujet dans son environnement
distinguer le sujet, ses valeurs, ses limites, ses faiblesses
sa véracité, ses contresens, ses manipulations
entendre en se gardant des choses confondues
par erreur ou à dessein
écouter pour résister
à la frénésie ambiante
aux grondements climatiques
aux murs qui s’érigent en protectionnisme sourd
en barrières de mésentente
en cloisons mortifères
aux parois de silence
dans l’étouffement des voix
muselées de discours totalitaires
qui s’emploient à faire taire
écouter pour comprendre
un peu mieux
pour ralentir la course
dans des marches apaisées
dans un calme silence
écrin de mille bruissements
écouter le Monde par plaisir
s’immerger dans les sons
en prenant garde de ne pas s’y laisser submerger
en prenant garde de ne pas s’y noyer
Ouïr par empathie, altérité aidant
syntonisation de l’oreille et des espaces auriculaires
paysages sonores en communs
plus qu’en lieu-commun
laisser sourdre la sympathie, les émotions
des sentiments et ressentis
des bonheurs bien sonnants
des aménités sonnifères
chercher des oasis quiets
et s’ils n’existent pas
les construire d’urgence
des refuges où parler et écouter sont choses faciles
et avant tout choses tolérées
écouter d’une oreille curieuse
se laisser surprendre pas l’inattendu
par l’inentendu
dans les limites de l’audibe
aux lisières de l’inaudible
des petites parcelles soniques
des micros sons intimes
de la plume soyeuse
de la caresse d’Éole
écouter pour rester vigilant
ne pas s’endormir sur nos certitudes
accepter la sérendipité
voire la rechercher
paysages sonores à perte d’entendement
pensés du petit ou grand bout de l’oreillette
des marteaux, enclumes et étriers
comme un jeu d’osselets sonores
le paysage s’honore
écrit à l’aune d’un tympan réactif
membrane vibrante et fragile
réceptacle des musiques du monde
oreille en coin
oreille verte
oreille en colimaçon
au creux de l’oreille
sans la faire sourde
en tenant compte que les murs aussi en ont
et que ce qui rentre par l’une peut ressortir par l’autre
qu’en cas de bêtise, on risque de se les faire tirer
qu’il arrive qu’ont les ait battues
qu’on en ait par-dessus
quelque soit notre écoute
participons à bien s’entendre
pour nous entendre mieux.

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Audiobaladologie, une démarche de l’indicible

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L’Audiobaladologie est une esthétique nomade, se revendiquant comme non matériellement tracée.
Elle m’amène ici à penser mes marches dans une éthique sensible, qui écrirait une forme de charte à l’adresse du marcheur écoutant.
 
 
« Ne laisser comme traces que son empreinte éphémère sur la boue des pavés et des champs.
 
Ne laisser comme trace que quelques sons cueillis, quelques mots couchés, quelques images glanées, quelques récits colportés.
 
Ne laisser comme traces que la ou les mémoires kinesthésiques, celles du vent, des tiédeurs ou froidures, des courbatures du corps, des gestes répétés, transes physiques de paysage en paysage…
 
Ne laisser comme traces, si nécessaire, que le croquis griffonné de lignes et de courbes, de signes et de légendes polysémiques.
 
Ne laisser comme traces que le ressenti auriculaire, les sensorialités bues à fleur de peau dans nos marches intimes.
 
Ne laisser comme traces que la mémoire des belles énergies croisées sur le chemin.
 
Ne laisser comme traces que le tracé intérieur, intime, des sentes et avenues parcourues, y compris dans toute sa fragilité de l’incertitude.
 
Ne pas apposer de marque pérenne.
 
Ne pas ajouter de couches sonores hégémoniques, ou même discrètes, si ce n’est le son éphémère de sa voix, de ses chants, de ses pieds foulant des sols multiples.
 
Ne pas avoir peur du vide, du désœuvrement, de l’apparente inaction, de la production qui se défie de la matérialité comme norme incontournable de faire et de garder trace.
 
Accepter le silence, y compris et surtout pour tout ce qu’il est de bruissonnances.
 
Ne pas imposer une géographie par trop cartésienne.
 
Ne pas tracer le chemins en sillons, en ornières incontournables, se laisser des marges de liberté dans des parcours que trop de contraintes verrouilleraient.
 
Ne pas imposer sa présence, garder une juste place de marcheur écoutant amène.
 
 
 
 
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Audiobaladologie – plans-guides et partitions d’écoute

 Audiobaladologie et plans-guides, partitions d’écoute

– Repérer, avec des locaux, des lieux qui sonnent joliment
– Construire et cartographier, collaborativement, un parcours d’écoute, des PAS-Parcours Audio Sensibles ponctués de points d’ouïe, signalisés ou non.
– Préconiser des postures d’écoute ad hoc pour chaque point, ou lors de liaisons en marche
– Partager et diffuser les plans-guides partitions d’écoute, sur différents supports, matériels et virtuels, pour les expérimenter, les arpenter collectivement ou individuellement.
– Le faire vivre en développant différents parcours dans des espaces urbains, périurbains, ruraux, naturels…
Pour chaque lieux, mettons en place, ensemble, une méthodologie et une écriture appropriées.
Penser l’Audiobaladologie comme un mode (très) doux, avec l’Homauditus au centre du projet
Envie de réaliser un parcours, de partager nos écoutes, contactez moi : desartsonnants@gmail.com
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Point d’ouïe – Parcours d’écoute – Centre culturel Musica Neerpel (Be)- 2011
Fichier à télécharger :

Écouter-marcher pour occuper le monde

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PAS – Parcours Audio Sensible à Mons – Transcultures, École d’Architecture et d’Urbanisme –  ©Zoé Tabourdiot

Pour moi, effectuer un PAS – Parcours Audio Sensible, c’est chercher à occuper, peut-être un peu plus activement, le monde.

Non pas tout le monde, le monde entier, mais au moins les espaces traversés, dans la bulle d’écoute qui m’entoure, et que je déplace ici et là.

Laquelle bulle d’écoute varie, s’élargissant ou se rétrécissant au gré des pas, se déformant constamment selon les lieux, leurs dimensions, constructions, topologies, horizons, les événements et centres d’intérêt, et surtout se mêlant, parfois en résonance, à une multitude d’autres.

Occuper le monde n’est pas se l’accaparer, le dominer en conquérant. Il s’agit au contraire d’y trouver une modeste place, où bienveillance et respect sont deux postures qui contribueront à une belle écoute.

Il nous faut nous positionner comme des promeneurs à l’affût, naviguant à l’oreille dans des espaces peuplés d’objets, de paysages écoutables et d’êtres également écoutants et communicants.

Occuper le monde, c’est mettre en scène des actions, des gestes, notre propre corps, celui d’autres, dans l’espace public, ou privé, c’est être concerné, acteur, influenceur, même comme un simple ouïsseur quasi invisible, voire quasi inaudible.

Occuper le monde c’est y avoir prise, se le forger à notre façon, dans une sphère auditive aussi immatérielle que fragile, qui n’appartient qu’à nous seuls, et pourtant que nous avons à cœur de partager, de confronter, d’altériser, dans des actions in situ et in auditu.

Occuper le monde, c’est prendre conscience des universalités comme des singularités, d’une sociabilité complexe, multiple, incontournable, d’une éco-politique intrinsèque, d’une géographie du sensible. Ceci pour appréhender des espaces acoustiques au départ non tacites, et au final plus humainement vivants, dans une perception à la fois individuelle et collective, moteur de prises de conscience.

Occuper le monde, c’est arpenter ensemble en croisant nos écoutes respectives pour le rendre un brin plus vivable.

Occuper le monde, c’est vouloir sortir l’oreille du trivial trop identifié, trop (re)connu, via des décalages sensibles, créer des fenêtres ouvertes sur un imaginaire acoustique, performer un faisceau de gestes et de postures qui élargissent une conscience de l’espace physique et social, souvent anesthésiée par une lénifiante habitude.

Écouter en occupant le monde, même dans une proximité intime, nous permet de faire ce pas de côté nous attirant vers de nouvelles sphères sensorielles à arpenter, où il reste encore tant à explorer.

Les PAS nous offrent une, ou de multiples façons d’occuper le monde, ou de nous occuper du monde, en se gardant bien de l’envahir, de lui imposer des sonorités prégnantes. Il s’agit a contrario de l’entendre, voire de le faire sonner humblement, à échelle humaine, néanmoins en y étant éminemment présent et acteur, avec toutes les oreilles de bonne volonté !

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PAS – Parcours Audio Sensible, École Nationale Supérieure d’Arts de Bourges – © Roger Cochini

Invitation à la marche/danse

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©Clare Qualmann

Parfois, j’ai l’impression que les danseurs marchent et que les marcheurs dansent.

Je crois percevoir que les frontières en mouvement du corps marcheur danseur ambulateur sont ténues, que le paysage écouté s’y prête, que l’arpentage nous mesure au territoire tracé de nos propres pas, que notre corps-oreille se déploie jusqu’à la pointe de nos doigts et pieds…

Sans doute plus qu’une impression…

Point d’ouïe, genèse d’un voyage auriculaire

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J’ai, ces dernières années, parcouru beaucoup de kilomètres en voiture (de moins en moins), trains, bus, et parfois avions et bateaux. Néanmoins, l’aventure, petite ou grande, ne commence vraiment pour moi que lorsque je mets pied à terre. Je me sens bien arrivé lorsque j’arpente et écoute, deux gestes souvent indissociables dans ma pratique, le territoire en bout du chemin, où qu’il soit, et fût-il une des innombrables étapes d’un long parcours toujours en chantier.

C’est également lorsque, durant ces arpentages-écoutes, les rencontres, les échanges, les expériences humaines, les explorations partagées, font que les voyages s’ancrent plus profondément dans un parcours intime, paysage sonore affectif, singulier, personnel et pourtant je l’espère partageable.

C’est sans doute ici que le récit se construit, autre voyage dans le voyage, pétri de mémoires vives, où les sons sont inscrits en exergue d’une histoire rhizomatique, entre les deux oreilles.

[Conférence] De l’écoute paysagère à la composition musicale

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De l’écoute paysagère à la composition musicale et sonore, entre nature et culture
par Gilles Malatray

Le moment où l’homme a imprimé durablement sa trace dans le monde a été qualifié d’ère de l’anthropocène. En conséquence, on pourrait imaginer une longue période où l’environnement et ses sonorités ont imprimé leurs traces dans la composition musicale et la création sonore. Parlerait-on alors d’anthroposonie ? On peut toujours inventer le terme pour l’occasion.

L’intervenant Gilles Malatray, créateur – paysagiste sonore et « promeneur écoutant » jalonnera cette période imaginaire par une série de citations, d’emprunts et de transcriptions musicales et sonores. Entre emprunts, transcriptions et créations de paysages imaginaires, le musicien ou artiste sonore puise régulièrement matériaux, rythmes et inspirations de son environnement quotidien. Loin d’un genre ou d’une esthétique, il s’agit la d’une multitude d’œuvres cosmopolites se référant ou évoquant des sons anthropophoniques, ambiantaux…
La conférence sera centrée sur des œuvres empruntant clairement des éléments rythmiques, des timbres et des éléments issus du field recording.

La conférence s’articulera en trois parties illustrées par des exemples sonores ou musicaux.

La première partie : « Nature, culture, le cas des oiseaux « nous fera parcourir quelques siècles en montrant comment musiciens, chanteurs performeurs et autres installateurs ont utilisés le langage des oiseaux dans leurs écritures.

La seconde partie sera marquée par la ville : vivante, dynamique, toujours en chantier… Les bruits urbains questionnent l’écoute, entre esthétisme et écologie sonore. (D’après le concept de Raymond Murray Schafer)

La troisième et dernière partie portera sur la composition paysagère dans la musique acousmatique : ses emprunts et ses esthétiques spécifiques. La question du paysage sonore est abordée par les compositeurs, recréant des univers à la fois reconnaissables et imaginaires, où la musique acousmatique est un espace de création tout indiqué.

Extraits diffusés :

▰ Première partie – Nature, culture, le cas des oiseaux

Différents compositeurs, de la Renaissance à nos jours, ont retranscrit, interprété, reformulé, installé, composé, à partir de chants d’oiseaux :
– Clément Janequin « Le chant des oiseaux – l’alouette»
– Olivier Messiaen « le catalogue des oiseaux – l’alouette »
– Bernard Fort, « Miroir des oiseaux » Le Bruant jaune»
– Sainkho Namtchylak « Nights birds »
– Gilles Malatray « Les oiseaux-leurres – Canopé »

Deuxième partie – Ville, vitesse, vacarme ?
– Clément Janequin « Les cris de Paris »
– Luigi Russolo – Intonarumoris »
– Pierre Schaeffer « Étude aux chemins de fer »
– Frédéric Acquaviva « Concerto pour ville et voix »

Troisième partie – Le paysage recomposée via la musique acousmatique
– Luc Ferrari « Presque rien n°1 »
– Claude Risset « Sud »
– Yannick Dauby « Phonographie de Taïwan »

A propos de l’intervenant :
Gilles Malatray est un artiste créateur sonore, promeneur écoutant, travaille depuis de nombreuses années autour du paysage sonore. Dans une posture associant des approches esthétiques, artistiques et écologiques, l’écriture, la composition de paysages sonores sont
fortement liées aux territoires investis, sites, villes, quartiers, espaces naturels, architectures, et occupent une position centrale dans la pratique désarçonnante. Formations et interventions artistiques in situ constituent la base de ce travail où l’écoute reste au centre de toute création et construction, notamment via des PAS – Parcours Audio Sensibles, marches d’écoutes collectives, ateliers de lecture et d’écriture du paysage.

Site web : https://desartsonnants.wordpress.com/
Des Arts Sonnants – Earin’ progress  – https://gmvl.org/

INFOS PRATIQUES :
■ GMVL – 25 rue chazière, parc de la cerisaie 69004 LYON
■ Mardi 12 février – 19 h
■ Buvette sur place
■ Prix libre pour les adhérents – 5 euros d’adhésion pour les nouveaux