Points d’ouïe en Stations d’écoute

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Husserl disait que les choses n’allaient jamais de soi et méritaient toujours d’être questionnées. Questionnées notamment en terme de phénomènes. Le philosophe indique que par le questionnement, nous aurons une démarche d’explorateur qui pourra ainsi expérimenter le monde, ce qui me convient parfaitement dans la posture de promeneur écoutant.
Le phénomène n’est pas ici lié au phénoménal, à l’énorme, au hors-norme, mais plutôt dans son acception première « Ce qui apparaît, ce qui se manifeste aux sens ou à la conscience, tant dans l’ordre physique que dans l’ordre psychique, et qui peut devenir l’objet d’un savoir- source (Centre National Textuel et linguistique) », donc dans la description phénoménologique du terme. Or pour questionner le phénomène, il convient tout d’abord de le décrire.

Et pour décrire, il nous faut observer, ou dans le cas de phénomènes sonores, écouter.

Et c’est là que resurgit l’importance de la posture, celle qui poste notre corps, nos sens, notre attention, face à un objet, ici paysage sonore, dans une position favorable pour l’écouter, le questionner, et l’expérimenter, de préférence collectivement.

Après les PAS – Parcours Audio Sensible, qui impliquent une écoute en mouvement, même si cette dernière est ponctuée de Points d’ouïe stationnaires, et les inaugurations événementielles de certains de ces dits points d’ouïe, c’est maintenant autour de zones, ou stations  d’écoute que je recherche de nouvelles postures, méthodologies, protocoles, rituels…

En résonance avec ces expériences, toujours en chantier, je suis en train de mettre en place, à titre expérimental, des Stations d’écoute in situ, rassemblements ponctuels d’écoutants potentiels sur un site précis, dans une durée assez longue (quelques heures). Il s’agit de mettre en commun nos oreilles, les paysages sonores ambiants, nos ressentis, dans une posture d’écouteurs publics postés.
Je réfléchis donc à des sites pouvant accueillir ces Stations, places publiques, parcs, escaliers, rivages, clairières…
Ces lieux devront pouvoir offrir un certain confort d’écoute pour y stationner assez longtemps (bancs, assises, ombrages, possibilité d’amener ses fauteuils…) et bien entendu offrir une biodiversité auriculaire intéressante, même si elle n’est pas spectaculaire, sans doute bien au contraire.

L’écoute sensible doit tenter de revenir aux sources, sans autres artifices que l’attention portée aux choses, la synergie d’un groupe d’écouteurs publics, et de la mise en commun d’une écoute »partagée.

Remarques : Selon les cas, on pourra assimiler ces actions à des ZEP (Zones d’Écoutes Prioritaires), ou à des ZAD (Zones Auriculaires à Défendre)

 

Imaginons ici quelques dispositifs postés, comme assises d’écoute, dans tous les sens du terme.

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Points d’ouïe, Le paysage sonore, exercices de logique sans a priori, ou presque

 

9369_10200865785583470_211076436_nPar déduction (syllogistique)
Tous les paysages sonores sont bruyants
La ville est un paysage sonore.
Donc la ville est bruyante

Par induction (anti syllogistique)
Tous les matin, j’entends les sirènes des véhicules de pompiers qui quittent leurs casernes.
La ville résonne comme une caserne de pompiers.
La ville, et au-delà, est une immense caserne de pompiers, à deux tons.

Par analogie
L’environnement sonore urbain est au concert ce qu’est le grand vacarme qu’ont orchestré des Fluxus, Russolo et autres metallo-noisy réunis.

Par intentionnalité (phénoménologique)
A travers le chant d’un oiseau en cage (enfin des oiseaux !), j’entends la grande symphonie de la nature. Merci Monsieur Krauss !

Par l’effet de synthèse (a priori)
L ‘environnement sonore est menacé, comme du reste tout autre environnement. il est de ce fait dangereux car il sera à la fois le fossoyeur et le tombeau de nos oreilles exsangues

Par la compréhension (ou l’inverse)
Le paysage sonore est d’autant plus insaisissable qu’il nous révèle toute sa subjectivité culturelle et par-delà, le côté acoustiquement instable de son approche.

Par l’imagination
La sirène d’un camion de pompier est posée sur un rocher, au centre d’une fontaine, pour attirer à elle toutes les voitures de la villes.

 

Part du rêve. Bien sûr, au-delà de ces exercices de style, on peut toujours parcourir un paysage sonore, celui que l’on se construit en marchant par exemple, en recherchant des affinités plus généreusement apaisées…

Parcours et paysages sonores, des oreilles, des pas et des mots

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Depuis longtemps je me pose la question de ma propre perception du monde sonore environnant, et des interactions complexes entre vie sociale, monde sensible, création artistique, environnement, paysage et territoire auriculaires…

Comment les questions écologiques, écosophiques, sociales, patrimoniales, politiques, résonnent-elles entre mes deux oreilles ? Quelles sont les moyens de représentation, d’analyse, de partage, qui me permettraient de comprendre un tant soit peu plus finement mes espaces auriculaires, les stimuli qu’ils déclenchent, les modes de vie et de pensée qu’ils influent ?

Je relie alors des pratiques qui me sont familières, et au final chères. L’écoute est bien entendu au tout premier plan. La marche s’impose d’emblée comme une pratique spatio-temporelle, kinesthésique, sensible, vectrice d’une énergie intellectuelle connectée, traversant moult éc(h)o systèmes, m’immergeant dans des ambiances plurisensorielles. Et enfin, le mot, la description textuelle, voire même littéraire m’ apportent de nouveaux modus operandi, qui eux-même peuvent m’amener à une forme de distanciation féconde.

Je convoque alors le récit, la narration, la description littéraire, ou littérale, sensible, poétique, analytique, phénoménologique, sémantique, l’inventaire, la liste, le journal (de bord, de voyage, intime), le carnet de notes, la fiche (pratique, de lecture, de renseignement), le glossaire, l’abécédaire, le corpus, la note, le renseignement, la consigne… Je cherche l’espace, le moment où le mot, le texte, l’écrit, peuvent élargir, et/ou rafraichir l’écoute et ainsi l’appréhension environnementale pour les conduire vers des approches plus pertinentes. Quand le fait de s’assoir longuement sur un banc, ici ou là, ou de traverser la ville à pied, armé de mon carnet et de mon stylo, fait de moi un marcheur (plus) impliqué.

Un croisement d’actions et de réflexions est sans doute plus que jamais nécessaire pour démêler un brin la complexité du monde, en saisir les prémices de ses innombrables hybridations, ne pas trop s’y noyer, et surtout rester socialement connecté au territoire. Car si le paysage sonore est esthétique, le territoire sonore est tout d’abord et avant tout social. Dissocier ces deux réalités amputerait ma, notre perception environnementale d’une bonne partie de sa crédibilité, de sa force, voire de sa légitimité.

Point d’ouïe, FluxOdiOcartO

PAS – Parcours Audio Sensible et cartographie sonore

FluxOdiOcartO est une action/installation audio-paysagère qui mixe en temps réel des ambiances sonores locales, pour nous les faire voir et entendre autrement. Nous fabriquons ainsi une scène acoustique et une cartographique singulière, à la fois bâties sur des points d’ouïe emblématiques, captés in situ, identifiables, et sur un brassage sonore permanent réalisé par une sorte d’audio-morphose numérique. Cette exploration auditive nous fera percevoir un paysage auriculaire en perpétuel mouvement, naviguant entre un terrain (re)connu et d’autres inouïs, mais toujours alimentés par le terreau sonore local, les ambiances du cru. C’est une façon ludique et prospective de (re)découvrir des territoires auriculaires environnants, de la concrétude du paysage arpenté jusqu’au qu’à son interprétation via le dispositif de monstration.
Entre apparition et disparition, cette installation, par de multiples morphings et polyphonies tissées en contrepoints, pose non seulement la question de l’identité sonore des lieux, de ses esthétiques, mais aussi de l’équilibre fragile, voire du déséquilibre acoustique, liés à une saturation ou à une paupérisation sonore tout aussi sclérosante. Ces dysfonctionnements chroniques se réfèrent et font écho aux concepts de l’écologie sonore, développés depuis les année 70 par le compositeur et chercheur Canadien Raymond Murray Schafer.
Et avec ta ville, ton quartier, tes lieux de vie, d’activité, comment tu t’entends ? la question est posée !
Entre musique(s) des lieux et questions environnementales, sont convoquées des approches esthétiques, tout autant que des problématiques liées au confort ou inconfort d’écoute, jusqu’au niveau de l’insupportable, de l’intolérable. En contrepartie, sont aussi abordées les questions des aménités paysagères, du plaisir d’entendre, de s’entendre, voire de bien s’entendre, réflexions primordiales entre toutes ici.
Ce travail, dans ses différentes phases d’élaboration ou dans sa globalité, peut faire l’objet d’ateliers partagés, outdoor/indoor, avec et pour différents publics.
Il peut également être complété par l’inauguration officielle d’un point d’ouïe. https://desartsonnantsbis.com/2016/05/23/inaugurez-votre-point-douie/

 

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Phasage

Phase 1 : Se promener dans une ville, un quartier, un espace rural, naturel, un site spécifique,…Écouter, repérer des points d’ouïe emblématiques, des ambiances caractéristiques (cloches, fontaines, acoustiques réverbérantes, échos, marchés, commerces…).

Phase 2 (en règle générale concomitante à la phase 1): Enregistrer des séquences sonores caractéristiques pour esquisser un paysage auriculaire des lieux investis, élaborer la construction d’une cartophonie in progress, d’un cheminement intra muros, un PAS – Parcours Audio Sensible.

Phase 3 : Positionner les sons et ambiances, les géolocaliser comme des Points d’ouïe sur une carte numérique, audio-géographique dédiée, aux paysages sonores, en prenant soin de les taguer et renseigner très précisément.

Phase 4 : Mettre en place un player multipiste, application qui mixera de façon aléatoire deux à 4 points sonores des lieux investis, avec la possibilité de les travailler/jouer en live lors d’une audition/performance, à la suite d’un PAS collectif, in situ.

Phase 5 : Mettre en scène la projection de la carte sonore qui se modifiera en même temps que les sons seront mixés, aléatoirement, en faisant voir les points écoutés et des liaisons mouvantes entre les différentes sources mixées (fond de carte et multi-player Open Source Aporee).

 

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Dispositif
Un espace d’installation plutôt obscur et acoustiquement isolé.
Un ordinateur relié à internet.
Un vidéo-projecteur.
Une surface de projection (assez grande).
une système se diffusion sonore de bonne qualité (2 ou 4 HP).
Une ville, un quartier, un site naturel et leurs ambiances à cueillir à fleur de tympans et de micros, des résidents, acteurs potentiels.

Timing
2 à 4 jours de repérage/écriture, voire une résidence artistique de quelques semaines à quelques mois, enregistrements in situ, dérushage et mixage des sons, création sonore contextuelle…
1 journée d’installation, pouvant être finalisée par un concert mixage audio-paysager en live, un ou plusieurs PAS – Parcours Audio Sensible publics…
L’installation pourra se poursuivre ensuite de façon autonome.

Intervenant(s)
Une personne, artiste sonore, promeneur écoutant, avec éventuellement d’autres acteurs associés, des participants à des ateliers dans les lieux d’accueil (Centres culturels, écoles, écoles de musiques, structures d’éducation populaire, conservatoires de musique, Beaux arts…).

Ce projet recherche des lieux de résidences, d’accueil, et équipes susceptibles   de ramifier et mailler des territoires/paysages sonores dans une synergie d’écoute partagée. Qu’on ce le dise !

 

Desartsonnants,
L’art du paysage sonore
Gilles Malatray-Desartsonnants
34, rue Roger Salangro 69007 LYON
28, rue Lamartine 69003 LYON
Skype : desartsonnants
Portable :07 80 06 14 65
desartsonnants@gmail.com

 

Postures – Installations d’écoute(s) collective(s)

Version forestière

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Se tenir debout, longuement, immobile, au cœur de la forêt, et l’écouter bruisser. Aujourd’hui, ma recherche questionne les façons d’installer une forme d’écoute performative, via différentes postures physiques et mentales, quelque soit le lieu (nature/urbanité…) et de préférence en groupe.

Version panoramique

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Belvédère acoustique… Dominer le sujet ? pas vraiment certain d’y parvenir à ce jour…

La question de la posture, ou des postures, comme une façon d’installer de nouvelles formes d’écoute, donc de nouveaux paysages sonores, pose une problématique qui irrigue et alimente mes travaux, tant dans le faire que dans la réflexion. Comment donner vie à une écoute intense, collective, par quelles postures physiques et mentales ? Comment plonger ses oreilles dans une forêt comme en centre ville, en périphérie comme dans des sites architecturaux, en les transformant en scènes auditives, en installations sonores permanentes ? Et par delà, se pose la question de comment partager ces constructions sonores à un groupe, via des gestes performatifs, oscillant entre marche et immobilité ?

Version urbaine

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La notion de groupe partageant une même (in)action, in-action, notamment celle de l’écoute est bien au cœur du questionnement. Comment mettre en place des espaces d’écoute par des formes de rituels, de cérémonies, la création des micro communautés éphémères d’écoutants ? Comment la trace du geste accompli  pourrait, à contrecoup, influencer (durablement) des sensibilités plus actives ?  Autant de terrains restant très largement à explorer… Jeux de l’ouïe, le chantier est vaste et d’autant plus passionnant.

« Donc, si vous voulez, mon art serait de vivre ; chaque seconde, chaque respiration est une œuvre qui n’est inscrite nulle part, qui n’est ni visuelle ni cérébrale. C’est une sorte d’euphorie constante. »
Marcel Duchamp

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Point d’ouïe et rêve(s) de sons

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Je me suis souvent demandé pourquoi les villes, ou des parcelles de villes, des événements urbains, petits ou grands, exerçaient sur moi une telle fascination auditive.

Les immenses marchés de Tananarive, la fontaine souterraine dite des lépreux à Dole, le carillon de Bruges, l’incroyable procession de San Efiso à Cagliari, les fontaines d’Aix-en-Provence, une transhumance à Aubrac, la grosse cloche de la cathédrale de Lausanne répercutée sur les collines voisines… autant de sites/événements, parmi tant d’autres, qui ont marqué durablement l’écoutant que je suis. De petites pépites auriculaires, de véritables friandises sonores.

Ces images fortes, ancrées dans le compartiment archives sonores de ma mémoire, sont pour moi de puissants raccourcis sensibles, totalement subjectifs, de petites ou grandes villes arpentées, parfois dans certaines circonstances murement préméditées, d’autres fois dans des rencontres surprises effectuées par le plus grand des hasards.

Suite à cette collections de sons, j’imagine aujourd’hui ce que j’aimerais entendre, ce que je rêverai de « voir pour de vrai », les ou la ville où il me plairait de promener mes oreilles.

Dans mon imaginaire, sans doute allègrement fabulateur, mais aussi d’après des lectures et des retours de résidents et visiteurs, c’est Rio de Janeiro qui remporte au final mon adhésion, et où je rêverais de faire escale. Ville mythique, où la mer, les plages, la forêt urbaine, la musique, la fête… semblent pour moi une sorte d’Eldorado pour le promeneur écoutant, même si, je m’en doute bien bien, de nombreuses autres facettes moins carte postale devraient inévitablement influencer la façon de tendre mes oreilles et micros. Il n’en reste pas moins ce puissant attrait d’un Rio aux couleurs sonores excitant fortement mon imagination. Un rêve d’écoutant en recherche de dépaysement pour rafraîchir son écoute gourmande, sinon insatiable.

Alors si des Cariocas, ou autres, savent comment faire ?

CARNET DE NOTES AURICULAIRES MÉDITÉRANNÉENNES

CARNET DE NOTES AURICULAIRES, PIÉTONNIÈRES, AUTANT QUE MÉDITERRANÉENNES

Loupian
C’est un petit village pittoresque, blotti dans la garrigue, tout près de l’étang de Thau.
C’est une halte régulière, depuis quelques années, pour y retrouver des amis, les créateurs et programmateurs l’espace 0rJJ25, cette année à l’occasion des 10 ans du lieu, et d’autre artistes.
Dans ce village, Desartsonnants, pour y avoir promené les oreilles à différentes reprises, retrouve à l’écoute des points de repères, passages voûtés, placettes ceinturées d’épais murs, grande rue, place centrale  et terrasses de cafés, bancs adossés aux murailles médiévales, magnifique acoustique de la chapelle Saint-Hippolyte… des lieux testés lors de précédents PAS – Parcours Audio Sensibles.
Cette année, ambiance festive, une série de performances et de concerts, d’expositions, viennent animer le centre du village pour l’anniversaire de l’0rJJ25.
Desartsonnants, invité à la fête, décide d’intervenir de façon légère, mobile, à l’improviste, autour de trois postures d’écoute en duo, enchaînées, ou non, à la carte.
Première phase, nous nous asseyons côte à côte, sur des chaise posées ici ou ailleurs. Je propose à mon co-écoutant de chausser une paire de lunettes au travers desquelles on ne voit absolument rien. Posture d’écoute en aveugle. Immersion auriculaire durant quelques minutes, on s’imprègne des ambiances environnantes, on habitue l’oreille à être quasiment seule maître à bord.
Puis doucement, je commence à approcher des oreilles de mon co-écoutant de douces sonorités exogènes, pour un massages sonores spatialisant autour de l’écoutant des sons issus de matières récupérées ici ou là – papiers, bois, boite à musique, billes, pailles de fer,  petits objets divers qui viennent bruisser tout près des oreilles, sans les toucher pour autant, s’approchant, s’éloignant, tournant autour…  C’est une sorte de musique acousmatique, sans dispositif amplifié, sans haut-parleurs, un espace intime au creux de l’oreille, laquelle est mise en appétit pour un PAS – Parcours Audio Sensible en duo, et toujours en aveugle.
Troisième phase optionnelle, néanmoins très demandée, nous partons, main dans la main, effectuer le PAS, une boucle au travers les ruelles et les placette du vieux Loupian. Les sonorités de la fête s’estompent lentement, decrescendo, qui ramènent à l’oreille des sons discrets, ventilation au loin, oiseaux, bruits d’intérieur s’échappant des fenêtres ouvertes en cette belle fin de soirée. Le village se livre, l’écoutant guidé perd ses repères visuels, en retrouve d’autre, l’ouïe bien sûr, la sensation du sol, des micro reliefs sous les pieds, les courants d’air fluctuant au gré des espaces, les sensations d’ombres et de lumière, de chaleur et de fraîcheur… C’est un parcours sensoriel bâti sur la confiance de celui qui guide, sur l’intime, les relations entre des écoutes communes, les lieux parcourus, les sons du moment…
Final crescendo, retour progressif vers la place centrale où les sons de la fête reprennent progressivement le devant de la scène.
On retrouve l’usage de ses yeux, on commente les émotions, l’expérience vécue le temps de ces trois postures d’écoute enchaînées.
Presque 4 heures de parcours enchainés. Une riche et dense expérience à creuser dans d’autres lieux, d’autres ambiances, avec d’autres écoutants, complices d’un instant.

Sète
Deuxième halte sudiste, sous le soleil exactement, dans la ville de Sète.
Ici aussi, des sonorités qui me sont petit à petit devenues familières, au fil de mes passages.
Le port, gréements, mouettes, remous, clapotis, bateaux, vent, un passage commerçant couvert, des halles bourdonnantes, avec de sublimes odeurs et couleurs, des invectives aux accents méditerranéens, et d’autres accents, ou langues, car ce sont, en ce début juillet, les  premières transhumances touristiques…
Les quais sont acoustiquement saturés par une circulation très, très, trop, dense.
Ce week-end, c’est la fête des marins. Défilés de fanfares aux clairons et trompettes un brin désaccordés, ambiances festives, quasi militaires, celles que Brassens, un des héros des lieux, raillait et vilipendait en son temps.
Puis, je monte vers le Quartier du Haut.
Alors, le paysage sonore s’éclaircit, se décante, s’apaise, se désépaissit. Le détail auriculaire reprend droit de cité.
Tout au bout de la corniche, une magnifique vue panoramique, les rumeurs de la ville, mouettes et goélands criards, toujours présents, presque carte postale sonore…
Le cimetière marin, Paul Valéry, des histoires fortement ancrées, si j’ose dire, dans le paysage sètois.
Au bas, la Criée, un nom qui veut bien dire ce qu’il veut dire, une sorte de rituel marchand, assez ésotérique pour le non initié, qu’il faut avoir vu et entendu au moins une fois dans sa vie.
Fin de journée, dans un atelier d’artistes, la Laiterie. Installation in vivo, non prévue initialement à cet endroit, d’une pièce sonore écrite il y a peu, pour et dans une forêt francomtoise. Transposition, délocalisation, un frottement d’univers, des décalages, images anachroniques. Une forêt atypique, au cœur des pentes Sètoise, le son nous joue détours.

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Marseille
Massalia, 10e arrondissement, dans le Jardin du Mas Joyeux
Retour sur un lieu jardin, joliment niché sur les hauteurs du Xe Arrondissements, créé et animé par les amis des Rudologistes associés Sophie Barbeaux, paysagiste et Colin Bailleul, designer. Cet espace est une sorte d’oasis paisible, coupé de la « grande ville » toute proche, où Desartsonnants avait, avec des enfants du centre d’accueil attenant, installé il y a quelques mois un, voire deux Point d’Ouïe  inaugurés et signalisés.
Donc retour à ce point d’écoute, dans ce jardin caché au pied de la garrigue,avec des  discussions autour du son, du paysage, des jardins, de la cuisine, et de moult autres projets ou douces utopies.
Découverte du village des Goudes de nuit, calanque lunaire, étrange bout du monde, fin de ville surprenante, où l’on a envie de partir arpenter ces sites majestueux, où le blanc des rochers illumine un  paysage qui appelle le promeneur écoutant. A suivre…

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Marseille, l’urbanité toute crue, à pied
L’art de faire de l’anti tourisme urbain en marchant !
Choisir un jour à la météo assez chaude, voire très chaude.
Partir à l’heure zénithale.
Parcourir une assez grande distance, des dénivelés, des grands carrefours – par exemple du haut du quartier Saint-Loup jusqu’à Saint-Charles, via Castellanne, à Marseille bien entendu.
Suivre les avenues et rues les plus circulantes, bruyantes et autres « antes ».
Et s’apercevoir au final que tout cela n’est pas dénué d’intérêt, voire génère un certain plaisir, si si, celui entre autre de se frotter à la vraie ville, sur la durée, sur la distance, et ne pas être qu’un passant qui toiserait la cité de haut, ou de loin…

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Autre balade piétonnière à Marseille
Départ le vieux port, sous les fameux grands miroirs, trace de Marseille 2013 Capitale culturelle européenne. Rendez-vous avec un ami du MIM de Marseille, jean-Pierre Moreau, pour faire une promenade causerie urbaine à l’improviste. Durant cette déambulation, nous avons parlé, à bâtons rompus, Unité Sémiotiques Temporelles, écoute, parcours sonores, philosophie,  société, économie, formation, pédagogie, arts, acousmatique, politique, projets personnels, récit, narration, composition… Nous sommes montés jusqu’au pied de Notre Dame de la Garde, la Bonne Mère, et il y faisait très très chaud, avant que de redescendre tranquillement vers la mer. Depuis le vieux port jusqu’aux hauteurs, les sons de Marseille se sont progressivement apaisés, amenuisé, au fil de la montée, de petites rues en escaliers, avant qu’ils ne redeviennent plus denses  au terme de notre boucle urbaine.

Causerie en duo, écoute, balade, une façon qui m’est finalement devenue habituelle et très agréable, pour faire connaissance simultanément avec les gens, et les lieux…

L’autre pratique que je développe avec une certaine constance depuis quelques années, est celle de la chronique, qui vient parfois en appui, en contrepoint à mon vieil ami le magnétophone, mais souvent se suffit à elle-même. La chronique, entre description, ressenti, réflexion, coup de cœur voir coup de gueule, et une arme de description massive. Et bien au-delà de la pure description, le mot transcrit, engendre, crée du paysage, notamment sonore, mais plus largement sensible.

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Retour sur Lyon
C’est là que, paradoxalement, j’ai entendu le plus de cigales… Les temps changent.

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