De la continuité dans les PAS

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Fin des années 80, tout début des années 90, lorsqu’ avec l’association ACIRENE, je commençais à marcher pour écouter le Haut-Jura, à repérer les lieux qui sonnent, partager ces écoutes paysagères avec nombres d’écoliers, d’enseignants, je ne me doutais pas que, trente ans plus tard, cette pratique serait plus que jamais au cœur de mon travail.

Depuis, j’ai testé moult chemins de par le monde, parcours, postures, objets, tout cela en centre ville comme en périphérie et en rase campagne, dans de modestes comme de monumentaux espaces.

J’ai rencontré et rencontre encore nombre de marcheurs activistes, écoutants, regardants, aménageurs, artistes ou écologistes, philosophes ou chercheurs de sacré, de spiritualité, de retour sur soi, de l’altérité, marcheurs prônant la revendication, ou la simple beauté du geste de mettre un pied devant l’autre.

J’ai confronté la vue et l’ouïe, voire tous les sens en alerte, en éveil, odeurs, matières, poids de mon propre corps, sensations kinesthésiques, pluri-sensorielles, parfois synesthésiques.

J’ai arpenté des territoires singuliers, seul ou accompagné, de jour comme de nuit, essayant d’en faire un récit, parfois à plusieurs voix, via les sons, les gestes, les mots, l’image, ou toute autre représentation selon les projets et rencontres.

J’ai lu des pages et des pages autour du paysage sonore, de l’écologie sonore, du soundwalking, balades écoutes, qui ont progressivement donné naissance à mes propres PAS – Parcours Audio Sensibles, les ont nourris, épaissit, assurés.

J’ai consulté et suivi nombre de travaux, expériences d’artistes activistes marcheurs, créateurs sonores de tous bords, et eu très souvent avec eux de riches échanges, souvent en mobilité.

J’ai organisé ou participé à l’organisation de petits ou plus grands événements sur ces sujets, ai encadré beaucoup de workshops, donné des conférences, participé à des rencontres, forums, journées de travail, dans de multiples lieux, institutions, espaces associatifs, culturels, souvent en plein air

J’ai accumulé et commencé de trier des milliers de pages, des adresses de sites, mémoires, thèses articles, cartographies…

J’ai enregistré des heures et des heures, retravaillant parfois ces collectages en créations sonores, radiophoniques, installations environnementales, concerts/performances live…

J’ai tenté de croiser des approches esthétiques, environnementales, sociales, des questions autour de l’urbanisme, l’architecture, l’aménagement urbain, l’espace public, l’écoute partagée

J’ai inauguré des points d’ouïe, raconté ou lu des histoires en marchant, donné la cadence et rythmé les déambulations sensibles, ses pauses, à nombre d’oreilles curieuses et souvent surprises.

J’ai cherché tant le dépaysement, les lisières, les décalages, les singularités, que des formes d’universalités, des communs partageables ici et là, avec un maximum de personnes, dans un langage je l’espère accessible au plus grand nombre, et parfois-même dans le plus profond silence !

Après avoir testé bien des technologies, processus, dispositifs, plus ou moins hi-tech, je suis revenu essentiellement à l’essence de la « marchécoute » à oreilles nues, ce qui ne m’empêche pas de temps à autre, une incursion ponctuelle vers des systèmes plus « branchés ».

J’ai tenté de mettre en place de modestes outils pour engager des recherches-actions, entre art, science et sociabilité auriculaire, en privilégiant souvent l’aménité stimulante contre la tragédie sclérosante, sans pour autant dénier les dangers environnementaux ambiants et Oh combien contemporains.

Je me suis appuyé sur des formes de rituels auriculaires, de cérémonies d’écoute.

Je me suis beaucoup inspiré de philosophes pour creuser l’idée de la marche, de l’écoute, du paysage, de Foucault à Merleau-Ponthy en passant par Montaigne, Husserl, Adorno, De Certeau, Guattari, Deleuze, Thoreau, Benjamin… histoire de prendre un brin de recul sur mes spontanéités in situ, de relier des choses, des pensés et des gestes, des gens et des expériences…

Mais aussi de m’inspirer de l’écriture de Georges Pérec, Will Self, Jacques London, Jacques Réda…

Entre le contextuel et le relationnel, la conscience écologique et sociale, j’ai essayé de garder une certaine éthique dans des approches, où la rencontre est, plus que le « produit », au centre de mes préoccupations, la façon de faire ensemble primant sur la réalisation finale.

Malgré l’emploi de l’imparfait, ici celui du récit, faisant traces d’un parcours jalonné d’écoutes toujours renouvelées, j’écris par ce temps conjuguant le passé, mais étant avant tout le témoin d’actions à long terme, toujours en cours, d’un chantier sans cesse en recherche de nouveaux développements.

Bref après un cheminement qui commence à constituer une entreprise assez conséquence, et pour moi intellectuellement fertile, à défaut de l’être économiquement, j’ai l’impression que tant de choses restent à penser, à marcher, écouter, raconter, partager, construire, hybrider…

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Le paysage, y compris sonore, frotté à l’usure de l’impermanence

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IMPERMANENCE, subst. fém.
Caractère de ce qui n’est pas permanent, de ce qui ne dure pas. (CNRTL)

Il y a quelque temps déjà, lors d’une résidence artistique dans une petite ville Suisse, Le locle, nous avons, avec ma comparse Jeanne Schmid, aiguisé nos yeux et oreilles par le prisme de l’impermanence. Croisons l’image et le son, la relecture « Écoute voir Le Locle ! » en binôme, de cette cité horlogère et montagnarde, nous a très vite suggéré de nous attacher aux côtés éphémères du site, mais aussi, en contre-partie à ses résistances. De l’érosion spatio-temporelle à la résilience, il n ‘y a qu’un pas, ou en tous cas une distance franchissable à l’aune de l’observation sensible, processus phénoménologique qui a déjà fait ses preuves.

La première impermanence que nous constatèrent fut celle de l’eau. Élément structurant du paysage, avec près de 30 fontaines, des ruisseaux, une chute/cascade souterraine géante qui actionne d’anciens moulins, l’aquatique fabriquait un paysage rafraichissant et vivifiant, via le regard, l’écoute le goût et le toucher, des rythmes, des flux, des séquences… Tout au moins au début de notre séjour puisqu’à mi-parcours, toutes les fontaines furent mises à sec, en prévision de la saison froide arrivant. Et toute une partie de la cité retomba dans une sorte d’engourdissement sonore pré-hivernal. Qu’une seule onde vous manque et beaucoup de choses (sonores) sont dépeuplés. Une mosaïque de jalons, de repères auditifs, quadrillant la cité, faisant parcours, devenait alors, pour un temps de surprise, plus présents dans leurs subits silences. Un effet frigo, celui de l’oreille qui se rend d’autant plus compte de sa présence lorsque son moteur s’arrête brusquement, laissant dans la mémoire et dans l’espace comme une rémanence auriculaire. Et cela à l’échelle de la ville. Fort heureusement, nous avions instinctivement capté sons et images avant cette extinction ponctuelle. Impermanence en coupures ponctuelles.
Pour ce qui est du ruisseau, le Bied, qui traversait la ville de part en part, dans toute sa longueur, une forme d’impertinence l’affectait également. Non pas celle d’un tarissement de ses flots dû à une période de sécheresse, se qui pourrait arriver, mais plutôt générée par une coupure, une rupture de son lit, du fait du recouvrement de ce dernier lorsqu’il traverse le centre ville. il disparait ainsi de notre vue, comme de notre écoute, de notre perception sensible, perdant contact avec une ville qu’il arrosait jadis à l’air libre, devenant un flux souterrain qui le fait disparaitre du paysage pour ressurgir en sortie de bourgade. Ce qui nous le verrons n’est pas sans incidences.
Donc sur le paysage aquatique plusieurs formes, instables par définition, d’impermanences, de disparitions par coupures temporelles, tarissements, recouvrements géographiques, enfouissements…

La deuxième forme d’impermanence que nous constatâmes dans un même temps, fût temporelle. Dans le sens chronométrique du terme, celui de la mesure, du fractionnement, de l’étalonnage, de la marque, de la division du temps. Les années, mois, heures secondes sont au Locle prétexte à un économie, à un savoir-faire historique, celui de l’horlogerie, et qui lus est de l’horlogerie de luxe et de précision. Cette spécificité artisanale es associée à la conception et à la production de tous les mécanismes de mécanismes, machines chronométriques, de la montre à l’horloge monumentale, qui façonna Le Locle, jusque dans ses incroyables architectures de fabriques horlogères, aujourd’hui classées au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Une ville tic-tac, bien que le son soit plus dans la virtualité de nos tête que dans l’espace sonore « réel ». Si ce n’est que de pénétrer dans un atelier de décolletage pour se frotter aux sons des machines ciselant le métal.
S’il est un symbole de l’impermanence c’est bien la fuite inexorable du temps, celle qui nous entrainant tous vers une disparition programmée, et nous la rappelle régulièrement. Et là je parle bien de l’individu, et non pas d’une humanité prise dans les courants vertigineux de l’Anthropocène. Ce qui est une autre problématique éminemment contemporaine. Notre entourage, avec ou sans montre, notre physique, le rythme des saisons d’endormissements en réveils, marquent de façon indélébile l’usure du temps, fussions nous à l’aube d’un quelconque transhumanisme, ne nous épargne pas.
Ici, marques du temps si je puis dire, plus géographiquement prégnantes avec l’arrivée du numérique. En effet, beaucoup de ces belles fabriques de mécanismes de précision fermèrent. Aujourd’hui friches industrielles, ou en voie de reconversion. Gageons que le paysage sonore, celui vers lequel je tourne le plus souvent mon attention, mon oreille, dut également être sensiblement modifié par la disparition de certaines grosses entreprises, ou leur restructuration, par la modification de lux humains, résultante des rythmes de travail, et ceux des flux automobiles saturant la vallée, en emmenant une cohorte d’ouvriers travailler hors la ville.
Toujours au final des questions de rythmes, de flux, et d’incontournables temporalités.

Une troisième forme d’impermanence fut décelée au travers l’effondrement d’une partie des bâtiments du centre ville, dans sont axe longitudinal, avec des demeures très lézardées, fragilisées, jusqu’à leur écroulement possible, voire parfois provoqué par mesure de sécurité. La cité, construite sur une vallée marécageuse, gorgée d’eau en surface et dans ses entrailles, et un ruisseau recouvert, celui que j’ai évoqué plus haut, bougeait sur ses assises. Ces tressaillements géologiques, accentués par les phénomènes karstiques des hauts plateaux jurassiques, et le « gruyère » souterrains de grottes et de failles, malmenaient d’imposants bâtiments de pierre qui pourtant semblaient vouloir, de par leur monumentalité minérale, défier le temps, justement. Des sous-sols mouvants mettaient en péril un axe architectural central de la cité. Les travaux de consolidation se sont révélés énormes, nécessitant la mise en place de pieux s’enfonçant jusqu’à la roche mère pour assurer la stabilité des bâtiments. Ces travaux-même du reste faisaient entendre au cœur de la cité des efforts de résistances, de résilience pour des reconstructions qui fassent front aux dégradations ambiantes. Un alliance du temps et de l’eau, qui érodait une partie de la ville, et quand j’emploie ici cet imparfait du récit lié à notre résidence, je pourrais tout aussi bien employer un présent qui relate un état de fait toujours d’actualité.

Cette seule petite ville de quelques dix milles âmes nous semblait finalement un condensé d’impermanences paysagères, industrielles, architecturales, sociales, qui donnaient du reste du grain à moudre à notre récit… Même si, bien sûr, l’écriture sensible, esthétique de nos regards et écoutes croisées peuvent donner impression de forcer le trait, ou tout au moins d’en accentuer ou d’en révéler singulièrement des saillances émergentes.

 

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Dans un deuxième contexte, le travail que je mène désormais autours des jardins sonifères, espaces verts re-naturés, paysages paysagers, comme des espaces oasis acoustiques, surtout en milieu urbain, me permets également d’appréhender, ou plutôt d retrouver de nouvelles impermanences. Ces états fragiles participant très nettement à la construction-même de paysages, qu’ils soient paysages jardins ou paysages sonores, ou bien au final les deux, dans une acception hétérotopiquement foucaldienne de l’espace.

Le jardin lui-même, celui agencé via des topographies remaniées, la distribution de circulations piétonnes, la plantation de végétaux, la pose de clôtures, des aménagements aquatiques, des jeux d’enfants, ouvrages d’art et autres fabriques, architectures exotiques, folies… est un espace en perpétuel évolution. Tout jardinier qui se respecte sait agencer des formes et des couleurs végétales qui évolueront sans cesse, au fil des saisons, des feuillages caduques ou non, passant d’une multitude de verts à des ocres infinis, jusqu’à joncher le sol de tapis crissants sous nos pas. Des floraisons alternées, de la vigueur printanière à la sécheresse des tiges fanées, toujours entre naissance, croissance et déclin, voire joyeuses renaissances post-hivernales pour les vivaces. Faut-il y voir ici une sorte de métaphore à destination des civilisations, plus fragiles qu’elle n’y paraissent, car nombre de jardins et d’arbres leurs ont survécus, quand ces derniers n’ayant pas enfoui et effacé leurs traces, y compris les plus monumentales.
A un niveau plus modeste, plus terre à terre, dans le jardin, un coup de vent suffit à faire chanter joliment les peupliers trembles (Populus Tremula) les bien-nommés, comme les roseaux bruissants sous la caresse d’Éole.
Une petite cascade que quelques empierrements contribueront à construire, viendra perturber un cours d’eau glougloutant, qui pourra d’ailleurs se tarir et de fait se taire au plus fort de l’été.
Une glycine, outre son parfum enivrant, bourdonnera de mille insectes butineurs, avant que de rendormir dans un discret silence… Un sorbier attirant les passereaux qui raffolent de ses fruits engazouillera ses alentours de joyeux pépiements… Des compositions qu’un jardinier sait agencer pour ces effets sensoriels, même s’il n’en maitrise fort heureusement pas tous les paramètres.
Souhaitons en tous cas que ces image, y compris sonores, ces paysages sensibles, persistent encore dans un long terme.
Nous pouvons rajouter ici où là, empruntant à des traditions ancestrales, des mobiles éoliens, harpes éoliennes elles aussi, et pourquoi pas quelques Shishi-odoshi, marquant une sorte de scansion rythmique dans un flux temporel incessant, comme s’il tentait par ce micro mouvement perpétuel, de balancier percutant, de lutter contre l’impertinence ambiante. Des pointillistes sonore éphémères.
Bref, le jardin botanique, paysager autant que sonifère sera, quelque soient ses forme, ses courants esthétiques, ses usages, plus ou moins naturellement, contraint aux changements du temps, des saisons, des caprices de l’homme, à se pourvoir ou départir de couleurs, senteurs, choses à caresser, à goûter, à écouter. Contraint à une joueuse et naturelle impermanence que celle-là.
Comme toute nature vivante, fût-elle ici la plus artificielle, la plus artialisée disait Montaigne, le jardin est une forme impermanante par excellence, une instabilité chronique à demi apprivoisée, ce qui en fait du reste son immense charme. A l’instar d’une peinture figeant le regard du peintre sur un paysage immobilisé, presque fossilisé, le jardin, de sa conception à sa friche éventuelle, connait et entretien une vie bouillonnante, et la partage à nos yeux et nos oreilles, voire à tous nos sens comblés. Et plus grande est parfois l’absence de gestes trop paysagers, la déprise des tiers-paysage chère à Gilles Clément, plus grande est la biodiversité résultante d’espaces dé-laissés en friches fertiles.

Comparée à l’impermanence sociétale, voir d’une humanité qui semble proche d’un certain chaos climatique, social, politique, vue sous un angle collapsologique, celle du jardin paysage semble plutôt rassurante, voir même vivifiante et stimulante. Si la situation sociale et climatique ont de quoi, à juste titre, à nous inquiéter, le jardin qui ne cesse de se transformer, quelque part de se régénérer, quand il n’est pas nourricier, peut nous apporter des formes d’aménités apaisantes. En centre ville, poumon vert, oasis acoustique nous coupant, ou atténuant le flot incessant des moteurs, espaces où la communication orale est aisée, agréable, lieu de détente, de repos, de rencontres, d’activités physiques, de douces méditations, sur un banc ou une pelouse, à l’ombre bienveillante d’un chêne séculaire, le jardin paysager nous offre un point de répit, havre de paix, ou tout au moins d’apaisement. Face à une impermanence déstabilisante, et parfois anxiogène de la cité, de mégalopoles titanesques, les îlots de verdures et leurs douces impermanences nous offrent de généreux contrepoints sensibles, remparts aux tensions d’hyper architectures impersonnelles et de dégradations climatiques et sociales de plus en plus flagrantes.

Si le paysage, au sens large du terme, est voué, à plus ou moins long terme, comme du reste ses résidents et la planète entière, à une forme d’érosion, d’enfrichement, d’effondrement inéluctable, mais n’est-ce pas là un retour à une « saine sauvagerie initiale », certains espaces proposent encore, dans leurs constantes variations sensibles, des lieux protégés où peuvent se ressourcer nos yeux, nos oreilles, notre corps fatigué, notre pensée aux aguets. Charge à nous d’entretenir et d’exploiter leur potentiel ressourçant, ballottés aux centres d’impermanences grondant en sourdine l’annonce un chaos en chantier.

World Listening Day 2019

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You are invited to participate in World Listening Day 2019, an annual global event held every July 18.

 

This year’s theme is LISTENING WITH created by internationally acclaimed sound artist Annea Lockwood.

Listening with …

listening with the neighborhood

at midnight, and again at dawn.

Listening with an awareness that all around you are other life-forms simultaneously listening and sensing with you – plant roots, owls, cicadas, voles – mutually intertwined within the web of vibrations which animate and surround our planet.

Dozens of organizations and thousands of people from six continents have participated in World Listening Day since its inception in 2010. Help share and grow participation in this annual event please by adding your information to our online form (coming soon).

July 18th is the birth date of renowned Canadian composer, music educator, and author, R. Murray Schafer. His World Soundscape Project developed the fundamental ideas and practices of acoustic ecology in the 1970s. These inform the current, burgeoning interest in our changing acoustic environment. Thus, World Listening Day honors Schafer’s contribution to understanding our world.

Notes et chroniques d’Audiobaladologie

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Un document sous forme de dossier téléchargeable, compilant différents articles audiobaladologiques postés sur ce blog ou ailleurs.

Pour lire et ou télécharger : https://www.dropbox.com/s/zlpl83dqn69i2p0/NOTES%20AUTOUR%20DE%20L%E2%80%99AUDIOBALADOLOGIE.pdf?dl=0

 

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Audiobaladologie, PAS – Parcours Audio Sensible, Partition Guide d’écoute 1

PAS – Parcours Audio Sensible
Partition Guide partition d’écoute 1
Quartier de Vaise/industrie

 

Notice : Ce premier guide partition d’écoute s’appuie sur une série de repérages dans un site donné. En l’occurrence mon quartier, terrain favori et privilégié pour mener mes explorations et expérimentations audio-sensibles. Il propose un parcours pédestre d’environ deux kilomètres, en boucle, partant d’une station de métro, et nous y ramenant. Il ne demande aucun équipement spécifique, ni ne propose aucune installation sonore amplifiée, s’effectuant via des situations d’écoutes purement acoustiques. Cet itinéraire s’appuie au mieux que possible, sur une éco-audiobaladologie non énergivore, non intrusive, non invasive, privilégiant l’oreille, nue pour aborder des formes d’installations sonores quasi aléatoires, au final déjà pré-existantes, et éminemment contextuelles et interactives. Les PAS ainsi encartés œuvrent à créer des partitions de marches sensibles où la mise en situation et la posture sont au centre de processus créatif, tant en lecture qu’écriture paysagère. Il s’agit de goûter, de savourer des paysages sonores ambiants, en pour moi d’en faire collection. Ce jeu de partitions marchécoutées s’inscrit dans un long processus d’actions récurrentes, avec tout un contexte de variabilité in situ, impulsé il y a déjà une dizaine d’années maintenant, « Et avec ta ville, comment tu t’entends ? »

En pratique : Prévoyez une heure trente à deux heures pour le parcours intégral. Il est possible de le faire de façon fractionné, ou point par point, bien qu’il soit préférable de l’envisager comme une continuité spatio-temporelle qui gagnera à être appréhendée dans sa totalité. Vous pouvez télécharger et imprimer le plan guide, le consulter sur votre smartphone.  Une application autonome est en cours d’écriture. Votre marche doit être apaisée, sans presser le pas, comme un geste d’arpentage non stressant. Libre à vous de choisir la durée des points d’ouïe immobiles, sachant que deux à trois minutes sont des valeurs propices à apprécier les ambiances à leur juste valeur, à « rentrer dedans ». Selon les moments, les événements sonores, vos humeurs d’écoutants, ces durées pourront être adaptées à chaque situation. A chaque point d’ouïe, il est intéressant de tester plusieurs postures d’écoute – yeux fermés, en tournant le dos à la source sonore, en mettant ses mains en pavillon derrière (ou devant) les oreilles, en tournant lentement sur soi-même, en faisant de lents aller-retours entre deux sources sonores… L’écoute reste ici le geste privilégié, mais n’exclue en rien de se délecter des couleurs d’une nuit tombante, des reflets de l’eau, des odeurs, des textures sous nos pieds, du vent sur le visage… Nous restons des être fondamentalement multi-sensoriels ! Vous pouvez effectuer ces parcours en solitaire, ou à deux ou trois. Au vue de leur caractère intime, où le silence est de mise, il est beaucoup plus difficile de les pratiquer en groupe plus conséquent.

Bonne déambulation, bonne écoute, bon PAS !

 

Calcul d'itinéraires - Course à pied, Vélo, Randonnée, Roller...

Parcours Vaise Industrie (Lyon9) : Rendez-vous sur le parvis de l’église Notre-Dame de l’Annonciation, place de Paris à Lyon 9, de préférence en fin de journée, dans l’idéal entre chiens et loups, nuit tombante.
Regardez et écoutez en direction de la place, ou plutôt des deux places, celle du marché, devant vous, celle de la gare, plus à gauche. Un cœur urbain généralement très fréquenté et animé.

Prenez à gauche, traversez la rue de la Claire, puis celle du 24 mars 1852. Légèrement sur votre gauche, empruntez le passage couvert qui passe sous le bâtiment qui, longez le sur votre droite.
Sur votre gauche, le talus de la voie de chemin de fer. Avancez jusqu’au premier embranchement, par où sortent les bus. Arrêtez vous dans l’avancée du trottoir.
Écoutez ! passage de bus, soufflerie, trains, rythmes de grilles métalliques sur la chaussée au passage des bus, voix. Un espace entre-deux, singulier, plein de sonorités et rythmicités toniques !

Continuez en longeant le trottoir jusqu’au deuxième passage de bus, suivez le trottoir sur votre droite jusqu’à l’arrivée aux portes de la gare routière, sur votre droite également.
Entrez dans le couloir intérieur d’attente des bus.
Accoudez vous sur la rambarde dominant la fosse du métro au niveau inférieur.
Écoutez la surprenante polyphonie du lieu. Voix, trains, métros, pas réverbérés… Un véritable concert multimodale !

Continuez le couloir jusqu’aux commerces (bureau de tabac, boulangerie). Contournez les par la droite pour prendre le couloir et l’emprunter vers la gauche. Peu après la boulangerie, quittez le hall par une porte coulissante à droite, avancez jusqu’au coude de la voie des bus. Traversez via le passage piéton pour vous diriger vers un passage couvert.
A l’entrée de celui-ci, sur l’avancée de trottoir, vous pouvez écouter un nouveau point d’ouïe, surtout animé par le passage fréquent de bus dans un acoustique très réverbérante.

Empruntez le couloir à droite de la fresque murale, ressentez la transition acoustique. Des voix et des pas, tout s’apaise soudain.
Légèrement sur votre gauche, empruntez l’escalier menant au premier niveau des parkings. Entrez dans ceux-ci.
Traversez le parking en largeur, pour venir contre la paroi de grilles métalliques, d’où vous pouvez entendre la gare juste en face. De belles sonorités ferroviaires.
Des voitures qui entrent ou sortent du parking font joliment claquer des joints métalliques au sol.
Longez la paroi sur votre droite. Vous vous retrouvez juste au dessus d’une voie d’arrivée de bus.
Une grosse dynamique visuelle et sonore, juste sous vos pieds.
Au centre du parking, des grondements de basses sur la dalle au dessus de votre tête.
De nuit, l’ambiance est assez saisissante.

Quittez le parking, rejoignez le passage couvert, sortez en direction de la rue de Saint-Cyr – Quai de la gare d’eau. Traversez cette dernière, longez le bâtiment Groupama sur votre droite, puis pénétrez par un chemin descendant dans l’espace extérieur des stades Joseph Boucaud, et des pistes de vitesse “Sport dans la ville”.
Promenez vous le long des stades, dans les tribunes, écoutez l’acoustique très réverbérante des lieux, la rumeur de la ville étant sensiblement étouffée. Les jeux de ballon et parfois les courses de rolliers donnent à l’espace de belles dynamiques acoustiques, joliment spatialisées.

Ressortez par le même chemin, continuez sur votre gauche, en direction du Pont Schuman. Traversez la rue à l’angle du quai du Commerce – Quai Hyppolythe Jaÿr, empruntez le pont Robert Schuman par la large allée côté gauche. Arrêtez vous quelques minutes sur un banc vers le centre du pont, tourné vers la Saône. Écoutez.

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Pont Schuman

 

Reprenez votre chemin vers le quai Joseph Gillet, parvenu à l’extrémité du pont, empruntez l’escalier à votre gauche qui descend vers les bas-quais des rives de Saône. Revenez légèrement sur votre droite, pour vous arrêter sous le pont, au milieu de préférence. Regardez la Saône. Écoutez. Après quelques instants, claquez dans les mains, ou poussez de brefs cris, assez forts. Écoutez les incroyables échos du pont. Jouez à les faire sonner, en tournant le dos à la Saône, testez différents sons, courts, longs, vous êtes au cœur d’une surprenante chambre d’échos !

Reprenez votre chemin sur le cheminement piétonnier des bas-quai, en vous dirigeant vers la passerelle Masaryk, sur votre gauche en regardant la Saône.
Écoutez les clapotis, remous, les grincements des amarres et des gréements des péniches. Les sons des coureurs, promeneurs et parfois festoyeurs animent ces aménagements piétons très empruntés…

Continuez jusqu’à la passerelle Masaryk. Arrêtez vous au-dessous. Écoutez le grincement de ses haubans et les rythmes et percussions sur vos têtes, des piétons et vélos qui l’empruntent.

Remontez par les escaliers sur les quais hauts. Empruntez la passerelle Masaryk en écoutant sonner vos pas, ceux des promeneurs croisés, les sons des bicyclettes, skates, trottinettes et autres engins légers, éventuellement le passage de bateaux, péniches, sur la Saône, en contrebas…

Prenez droit devant vous, la rue Mazarik, jusqu’à revenir place de Paris, en face l’église Notre-Dame de l’Annonciation. Dernière petite halte d’écoute sur le parvis, pour voir ce qui à, ou non changé à l’oreille depuis votre départ.
La boucle sonore est alors bouclée !
Vous pouvez la réempruntez à d’autres moments, plus tôt, plus tard, un jour de marché (Mercredi samedi et dimanche matin, de jour, de nuit…) J’avoue avoir une préférence pour la nuit, juste après la tombée du jour.

 

Parcours online : https://www.calculitineraires.fr/index.php?id=872401#tab-Export

 

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Gare de Vaise nocturne

 

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Passerelle Mazaryk
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Stade Joseph Boucaud – Gare d’eau

Écoute voir Le Locle, carte postale sonore

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©Franz – LuXor Factory

 

Une histoire qui démarre

tissée de sons

moteur joyeux

comme une douceur

que viennent confirmer des cloches

douze coups de l’église

puis en écho

la volée du temple

en rumeur lointaine

descente vers la ville

 

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©Jeanne Schmid

 

cœur de ville

Hôtel de ville

un mariage

lui aussi joyeux

du soleil

musiques du Maghreb

cris

danses

klaxons

Drapeaux (inaudibles)

l’espace s’ébroue

acoustique festive

le convoi s’ébranle

puis tout s’assagit

en apparence

Carte des sons 72dpi
©Jeanne Schmid

 

De l’autre côté de la rue

un chantier fébrile

voix

moteurs

marteaux

grincements

raclements

échos

un toit refait peau neuve

toujours du soleil

qui n’imprègne pas mes micros

si ce n’est d’une allégresse ambiante

perceptible

la ville bruissonne

l’oreille s’en régale.

 

 

Résidence artistique « Écoute voir Le Locle » avec Jeanne Schmid – LuXor Factory Octobre 2018

Point d’ouïe, ce qui cloche, joliment, au Locle

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©photo Jeanne Schmid

S’il est une signature sonore que j’apprécie tout particulièrement, c’est bien celle, aérienne, imprimée dans un paysage auriculaire, qu’égrènent les cloches.

Les déferlantes campanaires, vigoureuses, vivifiantes, celles qui balaient la ville, la secouent parfois de sa torpeur, me mettent les oreilles en liesse.

Chaque volée a sa personnalité, ses rythmes, ses couleurs, ses harmonies, son écrin acoustique, architectural. C’est ce qui fait que, rarement, voire jamais,  une sonnerie n’est rigoureusement identique à l’autre. C’est pourquoi je considère les cloches, à l’instar des fontaines, lorsque l’on prend le temps d’écouter l’une et l’autre dans leurs cadres, comme de véritables signatures acoustiques.

Les volées du grand temple du Locle sont superbes. De la terrasse où nous résidons, à quelque encablures du clocher, nous les entendons clairement, éclats d’airain virevoltant au dessus des toits, semblant tout à coup se rapprocher, ou s’éloigner, selon les caprices d’un vent complice.

Traverser une ville, c’est souvent pour moi l’occasion de lever les oreilles, et de tendre les micros vers les clochers, pour augmenter peu à peu une collection d’objets sonnants, qui participent activement à la fabrique de paysages sonores.

 

 

Résidence artistique à LuXor Factory, avec Jeanne Schmid