point d’ouïe – Traversée n° 3 – Rythmes et cadences, ralentissements, arrêts et progressions

point d’ouïe – Flux aquatique – Cirque de Gavarnie, Hautes Pyrénées
Résidence Audio Paysagère Hang Art

La traversée n°3 sera rythmée, cadencée, ponctuée, tout en mouvements et en pauses, en arrêts et en départs, en mobilité et en immobilité.

Le monde sonore n’est pas, tant s’en faut, un flux régulier, prévisible, un espace temps qui se déroule uniforme, continuum sans surprises.

Le monde sonore suit son train, qui peut être chahuté, et/ou nous suivons le sien, avec toujours la possibilité/probabilité d’accélérer, de ralentir, de suivre des cycles, ou non.

Le flux temporel écouté nous fait mesurer l’incertitude du son dans le courant du temps qui passe, de la chose sonore qui apparaît ici, disparaît là, dans les caprices d’espaces métriques capricieux.

Bien sur, il est des repères que le temps nous indique, nous assène, des découpages rythmant une journée, une semaine, un mois, de façon quasi rassurante…

La cloche de l’église, lorsqu’elle sonne encore, de quart d’heure en quart d’heure, d’heure en heure, ponctue nos espaces de vie en graduant inlassablement le temps fuyant. Une façon rassurante ou anxiogène de nous situer dans un chronos auquel nous n’échappons pas. Notre vie s’écoule en un sablier tenace qui se fait entendre ans ménagement.

Les tic-tacs métronomiques habitent des espaces d’écoute découpée, pour le meilleur et pour le pire.

Parfois l’accidentel ponctue la scène auditive, un mariage qui passe, un coup de tonnerre inattendu, une altercation au coin de la rue… Un brin de chaos que nos oreilles agrippent, y compris contre leur gré.

Les sons font parfois habitude, voire rituel, dans leur itération, même les plus triviales. Le rideau de fer de la librairie d’en face, la sonnerie d’une cour d’école, la présence d’un marché quelques jours par semaine, la sirène des premiers mercredis du mois à midi… Des marqueurs temporels que l’on pourrait croire immuables si la finitude ne les guettait. Des jalons que l’on apprend à déchiffrer au fil du temps. Carte/partition du temps qui fait et défait.

Et puis il y a la façon de progresser dans les milieux sonores, de les arpenter par exemple.

Le rythme d’une promenade, sa cadence, sa précipitation ou sa lenteur, ses inflexions, infléchiront la façon d’écouter, d’entendre, et sur la chose écoutée elle-même.

Avancer vers des sons plus ou moins rapidement, accélérer par curiosité, ralentir par prudence, s’arrêter là où quelque chose se passe, où la musique jaillit, où la cloche sonne, où le rire fuse, où mugit la sirène…

Les sonorités sans cesse en mouvement, ponctuelles pour beaucoup, dans les flux soumis à moult aléas, influent, parfois subrepticement, nos rythmes de vie, de faire, de penser, tout comme nos faits et gestes, réciproquement, peuvent écrire des rythmicités au quotidien.

Le mouvement de réciprocité, les interactions, les gestes sonores scandant des situations audibles (le marteau d’un forgeron, la frappe du percussionniste), comme les sons déclenchant des gestes ou des mouvements (le sifflet de départ, l’ordre crié) viennent se frotter dans des mouvements que l’oreille perçoit plus ou moins clairement.

La voix de Chronos, père et personnification du temps, dieu ailé porteur de sablier, nous fait entendre notre vie s’écoulant, comme celle de Kaïros parfois, le moment opportun.

Le ralentissement est-il propice à une meilleure écoute, à une entente plus profonde. Sans doute oui. Surtout dans le contexte d’une société où l’oisiveté est non seulement mal vue, mais sacrifiée à l’autel d’un productivisme forcené. Russolo décrivait déjà une cité de bruits où puissance vociférante et guerre sont au final de vieilles compagnes.

Prendre le temps de faire des arrêts sur sons, des pauses écoutes, des points d’ouïe, résister à la course du toujours plus, qui jette dans les espaces publics des torrents de voitures ne laissant guère de place au repos de l’oreille, et de fait de l’écoutant malgré lui… Ralentir, douce utopie ou rythme salutaire à rechercher avant tout ?

Retrouver, à l’aune d’un Thoreau, une oreille qui vivrait au rythme des saisons. Paysages printaniers où, dans une sorte d’idéal enchanté, tout chante et bruissonne, un été plombé de soleil et d’une torpeur écrasante secouée par l’orage, un automne où la vie ralentit au rythme des pluies, un hiver engourdi que la neige ouate dans des quasi silences…

Images d’Épinal où le son est partie prenante, répondant aux ambiances attendues, présupposées, voire participant à les forger à nos visions clichés d’un chronos saisonnier.

Nous progressons dans un monde sonore qui ne répond pas toujours à nos représentations, à nos attentes, trop lent ou trop emballé, trop frénétique ou trop engourdi.

Chaque individu, lorsqu’on le regarde agir, a sa propre dynamique temporelle, selon les contextes, les moments, les événements… Et d’innombrables temporalités se font entendre dans des espaces auriculaires, espaces publics notamment, qui ne sont pas toujours aisément partageables.

Chacun semble avoir sa propre partition, ses propres tempi, ses propres variations rythmiques qui font qu’il n’est pas toujours facile d’accorder nos violons, de se régler sur la même heure, et de jouer de concert une œuvre collective, comme un orchestre parfaitement synchrone. Risque de vacarme résiduel, car non orchestré ?

Ces discordances de tempi se font entendre à qui sait écouter les flux de la vie qui passe, comme deux cloches qui ne sonneraient pas, par un désynchronisme chronique, dans une même temporalité.

Mais néanmoins, nous nous forçons d’adapter la longueur comme la vitesse de nos pas, de caler des moments de rencontres où nos paroles prennent le temps de s’échanger, ou nos métronomes font entendre des pulsations accordées, qui permettent à une vie sociale d’exister, de perdurer, malgré toutes les incontournables arythmies possibles.

A condition comme le chantait Georges Moustaki, de prendre le temps à minima le temps de vivre, et d’écouter la vie qui passe.

Point d’ouïe – Écoute installée pour paysage et duo d’écoutants – Prendre le temps de pause.

Pour ne pas en finir avec le paysage sonore !

Le paysage sonore est aujourd’hui, dans sa formulation en tous cas, voire dans ses fondements historiques, attaqué, ringardisé, dénigré, par un certain nombre d’acteurs du sonore… Alors que paradoxalement, il réunit plein d’activistes qui voient plus loin que les querelles de clocher en perpétuelles sonneries. Alors qu’il est aussi en capacité de parler au plus grand nombre, au-delà d’une élite bien-pensante et bien écoutante, d’agir in situ, de proposer du vécu, du sensible, des choses en mouvement, du social, de l’esthétique, de l’éthique, des problèmes de terrain, d’actualité.

C’est un projet dont on commence tout juste à entrevoir l’immense potentiel à fédérer des écoutes, des sociabilités, des prises de consciences, notamment écologiques, parce qu’il arrive à un stade où il a véritablement une histoire, avec des gens qui l’on porté, qui l’ont fait vivre. Alors pourquoi vouloir l’enterrer, en finir avec. Il faudrait pour cela avoir des outils aptes à mener une nouvelle réflexion fertile, mais surtout de vraies actions, pour éventuellement le remplacer, si besoin était, ou plus futilement le renommer, ce qui n’est vraiment pas le cas aujourd’hui. Le faire évoluer, le croiser à de nouvelles formes de penser et d’agir, oui, le sacrifier à l’autel de la Tabula rasa sous prétexte d’inventer du neuf à n’importe quel prix, non ! Il existe bel et bien, dans toute sa diversité, et chacun peut y trouver et y créer ce qui lui correspond le mieux, en y apportant sa pierre auriculaire plutôt qu’en œuvrant sourdement en démolisseur.

Paysage sonore qui est-tu ?

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Depuis de nombreuses années, je me bats avec la notion de paysage sonore. Qu’est-il ? Que n’est-il pas ? Est-il vraiment ? Pendant longtemps, je l’ai approché comme un objet esthétique, un objet qui serait en quelque sorte digne d’intérêt, donc digne d’écoute. Je l’ai également considéré comme un marqueur environnemental, écologique, qui nous alerterait sur des problèmes de saturations, de pollution, de déséquilibres acoustiques, comme de paupérisation et de disparition. Aujourd’hui, son approche sociétale a tendance à prendre le pas dans ma démarche, sans toutefois renoncer aux premières problématiques. Mon projet questionne de plus en plus la façon d’installer l’écoute, plus que le son lui-même. Comment l’écoute du paysage sonore, son appréhension, son écriture, contribuent t-elles à nous relier un peu plus au monde, à une chose politique, au sens de repenser la cité, l’espace public, la Res publica, à l’aune de leurs milieux auriculaires ? Comment cette écoute s’adresse, même modestement, aux écoutants et écoutantes de bonne volonté, quels qu’ils ou elles soient ? Comment le paysage sonore peut-il s’alimenter, trouver ses sources, dans le terreau d’une série d’écoutes installées, y compris dans leur mobilité, partagées et engagées ?

Appel à communication : « Paysages inouïs écouter | résonner | habiter »

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« Paysages inouïs écouter | résonner | habiter » du 8 au 10 avril 2021 à Blois

Le 10e symposium international FKL (Klanglandschaft Forum – Forum pour le paysage sonore) est organisé avec l’Ecole de la nature et du paysage (INSA Centre Val de Loire), AAU-CRESSON et le Réseau International Ambiances.
Ce partenariat inédit s’inscrit dans une démarche prospective pour imaginer de nouvelles façons de considérer l’apport de la question sonore dans nos existences. Les situations expérimentales seront privilégier.

Pourquoi Paysages inouïs ?

La métaphore ouvre un champ libre pour l’imagination, l’impensé ou l’inconnu, mais aussi pour le passé et le futur, pour des scénarios sonores encore inexplorés. Cette image touche aussi au domaine multiforme de la perception auditive. Par l’intermédiaire des qualités auditives, des phénomènes acoustiques, des pratiques de conception spatiale, des créations artistiques et des expériences d’écoute, le son constitue une entrée transversale inspirante sur les paysages et les ambiances.

L’appel à communication pour ce 10e symposium international FKL est construit autour de cinq thématiques :

  • Dans quels paysages sonores aimerions-nous vivre ?
  • Que pouvons-nous apprendre en écoutant le monde à venir ?
  • Utopique / dystopique / hétérotopique  ;
  • Des écoutes différentes à travers les formes et les rythmes de la vie  ;
  • Quelles voies pour les actions collectives ?

Les auteurs, musiciens, scientifiques, artistes, étudiants, pourront envoyer des propositions scientifiques ou des compositions sonores, qui peuvent être soit des enregistrements audio, soit des compositions instrumentales écrites, soit des installations sonores, ou encore des propositions vidéo.
Parmi les propositions créatives il y a aussi la possibilité d’inventer et de proposer des jeux qui comportent, dans les modalités de déroulement ou comme objet même, une référence au son et à l’écoute. Des photos, des cartes, des enregistrements des lieux prévus pour les installations seront disponibles en ligne à partir du 30 septembre 2020.

Contact AAU-CRESSON : Nicolas Tixier

Comité d’organisation :

  • FKL : Giuseppe Furghieri, Francesco Michi, Stefano Zorzanello
  • Ecole de la nature et du paysage INSA Centre Val de Loire, CNRS CITERES : Olivier Gaudin, Lolita Voisin
  • AAU- CRESSON ENSA Grenoble :  Jean-Paul Thibaud, Nicolas Tixier.

Points d’ouïe, l’entendu des choses et autres rêves et projets

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@photo Yuko Katori – Inauguration d’un Point d’ouïe à Drée – Festival Ex-VoO – CRANE – Lab

Marcher au débotté, lentement, sans se presser, sans rien presser
courir la ville, toujours dans la lenteur, et battre la campagne, sans violences aucunes
écouter de concert la symphonie du monde, dissonances comprises
inventer des jeux de rôles et des jeux drôles, jouer dans tous les sens
cartographier, partitionner et rejouer encore, en corps et en chœur, de tout cœur avec
mettre l’oreille au vert, mettre l’oreille ouverte
faire sonner à l’envi, mais en restant dans de modestes échelles, celles du respect d’autrui et celles du lieu en l’occurrence
entrer dans la résonance, vibrer de tous ses pores, se baigner dans les acoustiques enveloppantes
chercher les havres de paix, les oasis sonores, les aménités urbaines, et celles paysagères
aller de point d’ouïe en point d’ouïe, s’y arrêter, y contempler les sons,  prendre le temps,   laissons les sons sonner, au besoin les y aider
pratiquer les bancs d’écoute, les longues pauses en immersion, mettre à profit des échanges assises
choisir un point d’ouïe et oser l’inaugurer, officiellement
écrire ce qui nous passe par la tête, ce qui nous passe par les oreilles, ce qui nous passe par tout le corps accueillant
profiter de l’inattendu, de l’inentendu, de l’inouï, de l’in ouïe, le contexte faisant foi, le contexte faisant loi, ne la respectons pas
profiter de l’air du temps, de l’aire du vent, de l’air de fête
se construire un musée urbain, ou pas, à ciel ouvert, à 360°, où seront exposées des ambiances et émergences sonores hautes en couleurs
se fabriquer des chemins pour mieux s’en éloigner, dé-router, dé-localiser, oser se perdre, en soi et en dehors
errer hors-champs, hors-temps, hors-lieu, errer et rêver de
lutter contre l’enfermement et la pensée unique en ouvrant les écoutilles
regarder et écouter des théâtres de boulevards hors les murs
profiter des instants de bascule, de l’aube à vesprée, entre chiens et loups, lorsque les sens flottent entre deux mondes, lors d’un instant T mouvant
s’immerger dans l’heure bleue, comme un nouveau départ toujours recommencé, croire aux promesses de l’aube
mixer la ville en DJ – Déambulateur Joyeux – platiniste urbain, juste entre les deux oreilles sillonnantes
faire campagne pour une politique de l’auricularité partagée
penser et chercher le beau son, chercher la belle écoute, pour dé-stresser le monde
recueillir la parole, celle en laquelle nous croyons, en faire mémoire, en faire témoin, en faire force vive
être toujours surpris, se garder une marge d’incertitude, ne pas tout mesurer, apprécier les flous interstitiels, questionner à tout va
maintenir une oreille bienveillante sur le monde pour y rester à flots …

Point d’ouïe, le paysage sonore, une approche transversale

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Je pense, de plus en plus fortement d’ailleurs, que travailler la notion de paysage sonore pour elle-même, de considérer le point d’ouïe de façon autocentrée, n’est pas satisfaisant.
Cela réduit le champ de pensée et d’action à une visée esthétique qui, si elle demeure des plus intéressantes, reste en partie coupée d’une société où les interactions sont de plus en plus nombreuses et complexes, pour le meilleur et pour le pire. L’actualité nous le montre un peu plus chaque jour.

Il ne s’agit pas pour autant de se proclamer artiste spécialiste multi-compétences, pouvant répondre à de nombreux problèmes, possédant des savoir-faire et une super boite à outils universelle, cela relèverait de la plus haute fumisterie.

Il est plutôt question de prendre en compte un paysage sonore à l’aune de différents champs, où différents acteurs viennent croiser leurs compétences pour tenter d’analyser les situations de terrain et d’y apporter quelques réponses des plus pertinentes que possible. Réponses qui seront d’autant plus pertinentes si elles sont frottées à plusieurs enjeux, via différents outils de lecture, dispositifs, processus…

Le champ du paysage sonore est donc une des problématiques soulevées, en regard de questionnements plus globaux concernant des milieux spécifiques, qu’ils soient urbains, péri-urbains, ruraux, en sites naturels ou dans des aménagements touristiques, industriels…

Ainsi, les processus d’aménagement du territoire, l’urbanisme, l’architecture, la gestion paysagère, les questions de mobilités, de santé publique, de loisirs, d’approches artistiques et culturelles… pourront questionner de concert les espaces investis.

Le rôle de l’artiste, que je suis en tant que promeneur écoutant, restant ici dans celui qui propose une approche sensible, notamment par l’écoute, le soundwalking (marche d’écoute) et autres PAS – Parcours Audio Sensibles, comme dans la création sonore paysagère. Ces approches venant décaler les perceptions pour donner à entendre autrement, voire à ré-écouter, pourront compléter des opérations plus techniques, par exemple en terme de métrologie, d’études des comportements…

Paysage géographique, topologique, visuel, sonore, territoire aménagé, espaces sensibles, le terrain est multiple, hétérophonique. Les habitants, les passagers, les visiteurs, les travailleurs… sont à la fois acteurs/producteurs, y compris d’émissions sonores et récepteurs, ou réceptifs, à une grande quantité de stimuli. Parfois tellement grande, avec des phases de saturation, différentes pollutions, qu’il faut s’inquiéter des conditions de vie, de travail, de santé, d’équilibre physique et mental, avant-même de rechercher le bien-être.

On peut travailler conjointement par exemple, la recherche de zones de fraicheur, en prévision de périodes caniculaires, liée à celle de zones calmes, de lieux isolés, ou tout au moins apaisés. Ce qui nous conduit à penser des cheminements piétonniers alliant ombre et calme, où l’aménagement urbanistique, paysager est soumis à différentes contraintes, entre fonctionnalité et plaisir, sécurité et dépaysement sensible…
En cela, l’approche de paysages sonores comme un composante d’un milieu global, qui ne serait pas traités uniquement en terme d’isolation de la pollution sonore, ni comme une seule mise en œuvre esthétique, mais aussi comme une recherche d’espaces de vie ou de loisirs socialement valorisants.

Comment mieux s’entendre, se comprendre, d’un regard et d’une écoute, pouvoir prendre le temps de marcher hors des grandes allées bétonnées, ou des sentiers battus ? Comment s’étonner de l’oiseau ré-entendu, pour rester dans une récente actualité, d’un ruisseau rafraîchissant, de bruits de pas sur différents matériaux, de bruissements végétaux, associés à des couleurs, des odeurs… ? Comment profiter de mobiliers urbains, bancs, abris, pour y faire des pauses, écouter battre le pouls de la cité, jouir de cadres amènes, discuter sereinement… ?

Il nous faut penser des espaces de socialité, où la rencontre est possible, voire privilégiée, comme une nécessité humaine non distanciée, sans trop de contraintes; réfléchir à du mobilier urbain, des aménagements qui soient aussi fonctionnels qu’agréables, non discriminants.

Ce sont pour moi des problématiques récurrentes, qui questionnent ma position de paysagiste sonore, sans tomber dans l’utopie du « tout est beau », mais en restant engagé dans un société où les urgences écologiques sont Oh combien trop négligées, si ce n’est écrasées par des logiques de développement véritablement mortifères.

 

Un paysagiste sonore

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Un paysagiste sonore est un homme à l’oreille curieuse, qui puise dans le paysage de la matière sonore, pour la ré-agencer et la réinstaller parfois, la repenser, souvent dans des gestes collectifs.

Il revisite ainsi de nombreux espaces inouïs, des jardins sonores à parcourir, des formes de musées auriculaires vivants, à ciel ouvert, à 360°, arpentés toutes oreilles dehors.

Il pense toujours à l’échelle acoustique des lieux, avec la voix comme étalon, pour ne pas saturer ou déséquilibrer des espaces auriculaires par essence fragiles et instables.

Il pense esthétique, écologie, sociabilité…

Il est essentiellement acteur du dehors, et il enseigne, transmet, participe à des groupes de travail, séminaires, ateliers…

Il a une vision politique, au sens d’une réflexion sur la place et de la responsabilité du citoyen écouteur/producteur, de l’aménagement du territoire qui prenne en compte les milieux sonores, avec leurs beautés et leurs dysfonctionnements.

Il propose des parcours d’écoutes, des balades sonores, PAS – Parcours Audio Sensibles, pour arpenter des sites auriculaires à découvrir collectivement, au fil de marches sensorielles.

Il aime les espaces-temps nocturnes, écrins à des ambiances spécifiques, et propices à des expériences audio-kinesthésiques sublimées.

Il cherches des postures physiques et mentales ad hoc, pour mieux jouir de moult écoutes, sources, acoustiques…

Il cherche des cadres d’écoute, installe des points d’ouïe, les inaugure parfois, invite le public à s’immerger dans les sons, à les découvrir au fil de grands panoramiques, d’espaces intimes, de points fixes ou en mouvement, de coupures ou de fondus…

Il imagine des scripts, des scénari, des mises en situation contextuelles, des mises en scène d’écoutes in situ, gardant en ligne de mire l’importance du relationnel comme moteur de recherche-action.

Il cogite des paysages sonores à partager, avec leurs singularités et leurs communs, leurs spécificités et leurs récurrences quasi universelles, l’espace d’une écoute, et plus encore, et plus en corps…

Il convoque des champs d’expériences croisées, en textes et images, danse et arts plastiques, abordant l’espace public, naturel ou urbain comme un art du sonore pluriel, qui revisite nos lieux de vie en en privilégiant les aménités.

Il garde, voire fabrique des traces, pour alimenter son travail, sa réflexion, partager la transmission, penser des gestes à venir, construire le récit audiobaladologique de ses expériences d’écoutant.
 
Il tente de combattre certaines formes de surdités au monde, de celles qui ferment l’écoute et les esprits, généralisent la contamination de la pensée unique et empêchent la créativité, la résistance à des emballements catastrophiques. Mais là, il se sent souvent bien impuissant ! Alors, il garde plus que jamais l’oreille aux aguets, ouverte à une altérité bienveillante et sans doute salutaire.

Texte original de 2007, toujours d’actualité, remis à jour.

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PAS – Parcours Audio Sensible nocturne – Transcultures, Festival City Sonic 2017 à Charleroi     @photo Zoé Tabourdiot

Point d’ouïe et figuralité

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Lorsque j’écoute, je marche, un lieu, et les deux actions vont souvent de paire dans mon travail, j’en extrais, plus ou moins consciemment, des singularités, de aspérités, des ambiances particulières…
Je commence à me construire une série de repères pour approcher de l’oreille un environnement fugace.
Je me ménage des points d’ouïe durant mes déambulations, qui parfois s’arrêteront sur des marqueurs sonores, comme on les nomme dans notre jargon, de la fontaine à la cloche…
Ces repères vont petit à petit s’organiser, au fil des marches et écoutes, pour agencer, voire ré-agencer une forme de paysage sensible, qui va prendre sa cohérence, sa consistance, via les écoutes accumulées.

C’est alors que je me sens prêt à enregistrer les sons des lieux, à en capter des bribes, fragments, échantillons, ambiances, comme si je carottais une matière déjà visitée, et quelque part déjà malaxée de l’oreille.
Autant de fragments représentatifs, en tous cas pour moi, d’un territoire sensible que je vais organiser, à ma façon, selon ma propre audio-vision des lieux investis.
Je reprends ici à mon compte le terme de figural, forgé par Jean-François Lyotard dans Discours, Figure, et repris par Gilles Deleuze, qui explique que le figural n’est pas le figuré.
Le figural se voit, et ici s’entend, se comprend, et pourtant échappe à la rigueur descriptive du langage. Quelle que soit d’ailleurs la forme du langage.
Il s’agirait donc de donner une certaine lisibilité à l’audible, par une forme de pensée du sonore, qui ne soit pas forcément ni descriptive, au sens premier du terme, ni figurative, comme certains field recordings peuvent l’être.
Le figural est, au delà d’une forme de représentation, une expression intimement, étroitement, liée au ressenti, à la sensation. Nous revenons donc à la représentation d’espaces sensibles.
Francis Bacon disait, parlant des impressionnistes, qu’ils ne peignaient pas le paysage, mais plutôt ce qu’ils ressentaient en le regardant.
De même, une composition audio-paysagère, telle que je la conçois aujourd’hui, est plus figuraliste que figurative.
Si elle s’appuie bien sur des fragments/échantillons sonores prélevés sur le terrain, d’abord via mes oreilles, puis mes micros, la composition est essentiellement nourries de multiples ressentis, associés aux expérience de soundwalking (marche d’écoute).
Faire entendre un paysage brut, sans tenter d’en donner les émotions, aboutit souvent à un objet triste, très neutre, car coupé des sentiments éprouvés in situ. Il en devient à mon sens, parfaitement inintéressant, à moins que d’effectuer un collectage ethnologique, ce qui est une toute autre démarche.
En ce qui me concerne, tout est donc re-configuré, resserré, souvent, remixé, l’espace, le temps, les ambiances, les sources, les événements… L’écriture sonore est donc une forme de récit à la subjectivité assumée, né des expériences sensibles, des rencontres, des coups de cœur…

Et c’est à cet endroit que se fabrique un paysage sonore qui n’existait pas de prime abord, si ce n’est, modestement, par l’action d’écoutes figuralistes de promeneurs enregistreurs écoutants, qui vont mettre en récit auriculaire un territoire ordonné et agencé selon leur sensibilité propre.
De plus, ce qui restera pour moi comme une expérience forte, c’est l’invitation et l’expérience que j’aurai faites et vécues, entrainant d’autres promeneurs écoutants, quels qu’ils soient, dans cette expérience de lecture figurale, entre silences et sons, plaisirs et inconforts. Cette expérience nous fait penser le monde par des formes d’esthétique du sonore, mais aussi par les problématiques écologiques et sociétales, de ces potentiels paysages sonores, au final fabriqués de toute pièce. Mais n’est-ce pas là un des sens du mot paysage ?

En tous cas, il s’agit, par ces approches d’une figuralité qui ferait sens, au pluriel, de toucher de l’oreille la très grande fragilité de nos écosystèmes, y compris dans leur dimension acoustique, en les faisant ressentir plus qu’en les décrivant, quitte à prendre le risque de ré-écritures qui ne trouveront certainement pas le même écho selon les auditeurs potentiels.

 

Gilles Malatray – Desartsonnants

Lyon, le 10 septembre 2019

Chroniques Desartsonnantes

Sabugueiro, impressions estivales

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Vers le haut
Des odeurs de poussière tournoyante
de pierre écrasée
de blocs granités
crissements des cailloux roulant
sous nos pas incertains
et puis des eaux moussues
gouleyantes
des herbes écrasées
arbustes desséchés
carqueja odorante
arbres calcinés
car le brulé persiste
des sonnailles grêles
de troupeaux invisibles
fondus dans la pierraille
des chiens au loin
se jouant des échos
le souffle du vent chaud
aux commissures des lèvres
dans la bouche entrouverte
comme à fleur de narines
tel un bouillon d’été

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vers le bas
des voix
profondes et joyeuses
riantes impétueuses
s’hêlant de rues en rues
devisant sur un banc
une terrasse ombragée
où pétille une bière
aux contours embués
Olà Boa tarde obrigado
musique à mes oreilles
qui ne décryptent rien
Ou bien si peu de choses
Un tracteur haletant
une moto d’un autre âge
sa charrette de paille
brinquebalante
ferraillante
le jardin que l’on bine
quelques voitures en prime
encore des chiens errant
en premier plan cette fois-ci
en concert impromptu
qui secoue la quiétude
du village assoupi
une cloche qui tinte
marqueur du temps qui passe
l’Angélus s’annonce
la fontaine qui s’égoutte
un lavoir en réponse
des bidons sont remplis
des sceaux y sont lavés
des enfants aux ballons
qui font sonner les lieux
de rebonds en rebond
les pavés cliquetants
des portes et des fenêtres
qui s’ouvrent et qui se ferment
des poubelles qui claquent
la fraîcheur qui s’installe
la lumière déclinante
des lampadaires s’allument
et la vie qui s’écoute
Sans accrocs apparents
comme l’eau des fontaines.

 

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel Criativo – Juillet 2019

Paysages sonores, arts sonores…

Le champ contemporain des arts sonores présente certaines pratiques qui ont progressivement émergé pour constituer des courants qui, a défaut d’être de véritables écoles, mais peut-on parler encore d’école à une époque où s’hybrident allègrement les genres, mettent en lumière des spécificités, territoires, façon de voir, ou d’entendre le monde.

Parmi ces pratiques, notons celle du paysage sonore, souvent très étroitement liée au fil recording, enregistrement in situ et à des mouvements militant pour l’écologie, dont bien sûr l’écologie sonore, issue de l’Acoustical Ecologie que prône Raymond Murray Schafer, la biophonie de Bernie Krause, les pratiques audionaturalistes et le Soundwalking, la marche d’écoute ou balade sonore.

Le but de cet article n’est pas ici de réécrire une énième définition, de proposer un historique en bonne et due forme, ni même un nouveau chantier d’analyse de ces courants, mais plus simplement de référencer quelques sites web dont l’intérêt me semble propre à jalonner ces approches audio-paysagères.

Cette sélection n’est évidemment pas exhaustive, tant s’en faut, et présente un choix tout à fait personnel, que tout un chacun peu compléter, ou parmi ces liens naviguer librement.

 

https://soundslikenoise.org/– Field recording and soundscape

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World Listening project– Écologie sonore, World Listen

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http://klanglandschaften.ch/fr/explorer/– Paysage sonore

 

https://www.leonardo.info/isast/spec.projects/acousticecologybib.html– Biographie autour de l’écologie sonore

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https://www.sfu.ca/sonic-studio-webdav/WSP/index.html– Barry Truax écologie sonore

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https://www.franceculture.fr/environnement/bernie-krause-contre-l-appauvrissement-des-sons-du-monde– Bernie Krause – biophonie

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https://www.greenroom.fr/99128-a-la-decouverte-du-field-recording/ – Field Recording

 

https://lemotetlereste.com/musiques/fieldrecording/– L’usage sonore du monde en 100 albums (livre)

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https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-3-page-101.htm– Field recording, hypothèses critique – David Christoffel

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https://www.poptronics.fr/Field-recording-un-art-ecolo– Field recording, un art écolo ?

 

http://www.bernardfort.com/bernard_fort/bernard_fort.html– Bernard Fort, Field recording, ornithologie et musique acousmatique

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http://www.franciscolopez.net/field.html – Franscisco Lopez – Field recording

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https://chriswatson.net/– Field recordinfg, Sound Art

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