PAS – Parcours Audio Sensible Stéphanois

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PAS – Parcours Audio Sensible Stéphanois, histoire(s) et mémoire(s)

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Préambule

Invité par le collectif Carton Plein à des PAS – Parcours Audio Sensibles, dans le cadre de  la Biennale international de design à Saint-Étienne, nous commençons, comme d’habitude, par un repérage. Il est effectué en compagnie de trois acteurs du collectif, lequel est implanté dans le quartier de la place du Peuple, lieu emblématique et historique de la cité stéphanoise. Cette association travaille à former un dynamisme associatif, de créativité, de richesse culturelle liées au passé industriel et à l’immigration, en développant le pouvoir d’agir citoyen sur la ville. Un ami musicien, coutumier des repérages, joint sa paire d’oreilles aux nôtres pour la deuxième partie du repérage en après-midi, plus on est, plus on ouït
C’est donc, par un temps très humide, et après un petit débriefing, que nous allons explorer, à partir de balades déjà repérées par Carton Plein, les alentours, en tachant de nous imprégner de leurs ambiances acoustiques, et autres.

Dialogues
Le collectif Carton plein, avec ses artistes, architectes, designers, ingénieurs du son, sociologues est un collectif à géométrie variable, très investi dans l’histoire sociale de la ville, de sa mémoire, de ses traces, par les rencontres avec les habitants, les acteurs associatifs, les politiques…
Les acteurs locaux me sont donc, dans une phase de repérage, des ressources amies des plus efficaces pour plonger rapidement corps et oreilles dans la cité à marcher écouter.
Ils me guident, me racontent, me font rencontrer des commerçants, des acteurs associatifs, parfois au débotté, de façon impromptue, action sérendipienne sans doute.
ils accélèrent mon appropriation temporaire des quartiers alentours, et le fait d’écouter/dialoguer/déambuler avec eux facilite grandement mon premier « frottage  territorial » dans une cité beaucoup plus cosmopolite, voire parfois hétéroclite que je n’aurais pu le penser de prime abord. En effet, lors  de déambulations vagabondes, la complexité de ces rues, de cette cette ville stratifiée, apparaît au fil des pas.  Stratification y compris invisible, jusque dans son sous-sol gruyère minier… Et ces aspects cosmopolites et hétéroclites ne sont pas, pour moi, négatifs, mais sans doute au contraire agissant agissent comme de puissants stimulants, une activation d’une curiosité vivace à découvrir la ville, celle qui ne s’offre pas toujours de prime abord au passant extérieur que je suis.

Histoire(s) et a priori
Pour moi, la cité stéphanoise, pourtant voisine de mon port d’attache lyonnais, était essentiellement qualifiée par une histoire liée à la Révolution industrielle, manufactures, mines, développement de grandes chaines commerçantes, naissance de la VPC (Vente Par Correspondance ur catalogue)…
Et sur le terrain, je découvre une ruelle, cœur historique, où subsistent de très beaux bâtiments fin Moyen-âge, Renaissance. La ville a donc une histoire beaucoup plus ancienne que je ne l’imaginais, même si elle a vu son explosion démographique dopée par l’industrie, en l’occurrence minière, avant que le mouvement inverse ne s’amorce avec la disparition de cette dernière.
Le fait de commencer le repérage par la rue la plus ancienne de Saint-Étienne, puis par la visite-écoute d’une église Renaissance, conduit incontestablement vers une approche qui ne peut ignorer les traces historiques, y compris sonores, que la pierre des murs et des pavés semblent avoir captées, emprisonnées dans des gangues minérales, laissant néanmoins suinter ci et là des effluves du passé.

Mémoire(s) et vie contemporaine
Partant de la Place du Peuple, noyau et croisement urbain incontournable, nous emprunterons, par une longue boucle urbaine,  le « vieux Saint-Étienne », quartier de la Comédie, Boivin, ilot de la Tarentaise, le Clapier, hauteurs des Ursulines et retour .
Un itinéraire qui nous fait traverser des places centrales, ou intimes, quartiers en réhabilitation, espaces et ilots « sensibles », plus ou moins délaissés, parkings souterrains, places et rues où la mixité est urbainement  tangible, bâtiments administratifs et architectures contemporaines, quartiers miniers… Bref, un véritable raccourci d’une cité à la fois Oh combien malmenée par un déclin industriel ravageur, par une brutale fin des trente Glorieuses, et la volonté d’une dynamique requalification urbaine, notamment par le développement de la cité internationale du Design.
Ici, l’oreille est attirée par certains signaux symboliques et emblématiques, tel ceux du Tramway, qui a investi la ville en 1881 et ne l’a jamais quitté depuis, et donc reste ainsi le plus ancien de France. Ses sonorités singulières, un brin lourdes et  massives, dues à un écartement des voies assez étroit, sans compter sa cloche qui l’annonce, signal original que n’ai pas encore entendu nulle part ailleurs, font sens à l’écoute. Un marqueur urbain très stéphanois donc, y compris avec l’accent local des quelques 70 000 usagers au quotidien croisés dans ses rames.
Et puis, comme dans beaucoup de villes, tout se brasse rapidement, se mixte, se superpose, se confond, dans des espaces où se distinguent, émergent se fondent dans la masse, alternent ou se chevauchent, moult sonorités.
Un quartier des plus emblématique de la ville ne laisse pas mon écoute indifférente, bien que paradoxalement, il ne s’y déroule rien de remarquable à l’heure où nous le traversons. C’est en effet le site (ex)industriel du Clapier, où s’érige le Puit (de mine) Couriot, lieu actuel du musée de la Mine sur un fond de crassiers, marquant fortement un paysage minier adossé aux contreforts du massif du Pilat.
Ici, rien de singulier à l’oreille. Et pourtant la haute et imposante silhouette métallique du puit, ses bâtiments de briques alentours, et autres infrastructures minières, semblent encore sonner à mes oreilles. Cliquetis, grondements, grincements, ferraillements, voix, minéraux déversés, c’est tout un imaginaire sonore fantomatique qui surgit fantasque, suggéré par ce site, un des nombreux lieux industriels qui a fait battre le pouls d’une ville entre autre minière. Ambiance urbaine l’empreinte si fortement liée entre dessus, à l’air libre, et dessous, dans des galeries labyrinthiques. Je n’ai pas besoin ici d’audio-guide, d’ambiances reconstituées, surajoutées, pour entrer de pleine écoute, en vibration avec les lieux. Je laisserai néanmoins volontairement de côté le son des FAMAS…
Sans doute pourrait-on penser un PAS où les sonorités d’un (récent) passé industriel rendraient quasi tangibles à nos oreilles, par la simple suggestion, les lieux traversés, avec ses sites et architectures. Virtualité non augmentée, ou simplement stimulée par la force de notre imaginaire puisant dans l’histoire-même et le patrimoine des lieux.

Ville de hauteurs et rumeur(s)
Saint -Étienne est une ville très vallonée, avec 7 collines, comme une plus célèbre cité romaine, et pas seulement par ses anciens crassiers. Adossée aux contreforts du Pilat, elle domine la vallée du Furan, entre 500 et 700 m d’altitude, offrant aux yeux comme aux oreilles, des points de vue et d’ouïe panoramiques, avec des nappes de rumeurs qui nous font apprécier des écoutes belvédères que j’apprécie personnellement beaucoup. Ici, nous finissons notre parcours repérage par la terrasse de l’ancienne École des Beaux-Arts, dominant le parking des Ursulines, bel exemple d’une architecture nichée dans un parc urbain, surplombant un espace très dynamique acoustiquement. Un lieu où les points de vue et d’ouïe ne manquent pas, dominant auriculairement la la cité à nos pieds.
Il faut sans doute prendre de la hauteur pour prendre, sensoriellement, du recul.

Suite(s)
Maintenant, il me reste à laisser mijoter tout cela, à refaire sans doute un repérage complémentaire, à trouver des angles d’attaque via l’oreille, à imaginer des postures et des mots judicieux, des circuits adéquat, alternant itinéraires repérés et aléas du moment.Bref, comme d’habitude, il reste à construire un PAS, tout en ne me laissant pas enfermer dans mes habitudes de promeneur écoutant.
Le paysage sonore est vivant, il me faut toujours être réactif.

http://www.carton-plein.org/index.php/carton-plein/demarche/2/

PAYSAGE SONORE, UN PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL ?

PAYSAGE SONORE, UN PATRIMOINE CULTUREL IMMATÉRIEL ?

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Ce questionnement s’est posé à moi suite à un colloque/atelier, organisé par la ville de Lyon, autour du patrimoine. Lyon étant largement reconnue comme une ville ayant de nombreux atouts pour faire valoir ses attraits patrimoniaux, comme en témoigne le centre historique et la colline de la Croix-Rousse, qui sont en effet classés au Patrimoine Mondiale de l’humanité par l’UNESCO.
L’un des ateliers était d’ailleurs consacré au patrimoine culturel immatériel, et l’un des aspect abordé fut celui du sonore, et particulièrement du paysage sonore. Cet intéressant atelier suscita je dois dire, pour moi en tous cas, plusieurs questions auxquelles je n’ai d’ailleurs pas la prétention de répondre clairement ici, mais qui en tout cas alimentent une réflexion concernant le versant patrimoniale de la chose sonore.
Un paysage sonore est-il patrimoine, ou tout au moins peut-il ou devrait-il être patrimonialisable ? Si oui, est-il forcément patrimoine immatériel ? Sur quels critères et d’après quelles définitions ? Où commence et où s’arrêtent les limites d’un éventuel paysage patrimoine sonore immatériel ?

La notion de patrimoine, depuis longtemps, et de différentes façons selon les époques, les lieux, les politiques mises en place, se traduit par la volonté de sauvegarder, de conserver, de protéger, de valoriser des éléments significatifs, remarquables, emblématiques d’une culture locale. Au départ, il s’agissait essentiellement des constructions architecturales, monumentales, de sites bâtis, châteaux, cathédrales, pyramides, cité fortifiées…
Progressivement, l’UNESCO, à l’échelon mondial, à élargi le classement à des sites, parfois naturels, montagneux ou maritimes.
Puis est apparue il y a quelques années la notion de patrimoine culturel, et enfin, début des années 2000, celle de patrimoine culturel immatériel.

Citons l’UNESCO «  Ce que l’on entend par « patrimoine culturel » a changé de manière considérable au cours des dernières décennies, en partie du fait des instruments élaborés par l’UNESCO. Le patrimoine culturel ne s’arrête pas aux monuments et aux collections d’objets. Il comprend également les traditions ou les expressions vivantes héritées de nos ancêtres et transmises à nos descendants, comme les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, rituels et événements festifs, les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ou les connaissances et le savoir-faire nécessaires à l’artisanat traditionnel.
Bien que fragile, le patrimoine culturel immatériel est un facteur important du maintien de la diversité culturelle face à la mondialisation croissante. Avoir une idée du patrimoine culturel immatériel de différentes communautés est utile au dialogue interculturel et encourage le respect d’autres modes de vie.
L’importance du patrimoine culturel immatériel ne réside pas tant dans la manifestation culturelle elle-même que dans la richesse des connaissances et du savoir-faire qu’il transmet d’une génération à une autre. Cette transmission du savoir a une valeur sociale et économique pertinente pour les groupes minoritaires comme pour les groupes sociaux majoritaires à l’intérieur d’un État, et est tout aussi importante pour les pays en développement que pour les pays développés… »*
Voici donc posé quelques définitions autour de ces inventaires et classements patrimoniaux.
En ce qui concerne le paysage sonore, je me demande donc, suite à sa convocation dans le colloque,  comment il s’inscrit, ou non, ou partiellement, dans cette catégorisation qui pose apparemment certains problèmes récurrents. Notons entre autre ceux de trop, ou de ne pas assez définir les champs de ce que l’on peut englober pour que ce PCI soit suffisamment riche sans pour autant devenir un fourre-tout qui délayerait l’idée, voire l’existence même du patrimoine.
Prenant une des définitions premières du paysage, il s’agit de représenter, avec un cadrage personnel, subjectif, une portion d’environnement, au départ visuel. Gravure, dessin, peinture, bas-relief, photographie, vidéo, ont donc contribué à fixer des parcelles traces, mémoires, mais aussi œuvres esthétiques, représentant des portions de territoires. Ajoutons cela cela l’écrit et, plus tardivement, le magnétophone, en ce qui concerne le son. Cette idée de construction mentale, même si elle se veut parfois trace fidèle, se révèle donc bien teintée ici d’une certaine immatérialité.
De même, le Paysage sonore tel que l’a posé et théorisé Raymond Murray Schaffer, espace d’écoute, terrain d’analyse, écosystème fragile, parfois malmené, pollué, en même temps que terrain esthétique, musical, reste bien encore ancré dans un concept forgé de toute pièce par la pensée de l’écoutant musicien théoricien. Cette construction nous amène jusqu’à la préconisation d’une écologie sonore, nécessaire à maintenir la qualité des espaces acoustiques, et à rechercher ainsi une belle écoute.
Malgré ces positions plutôt intellectuelles, que l’on pourrait donc classer dans des formes pensées de patrimoine immatériel, il n’en reste pas moins que le son, en tout cas les sources sonores, sont bien physiques, vibratoires. Vibrations de l’air, de matières, d’objets, de molécules, de cordes, à l’origine. Vibrations de membranes/tympans, d’osselets, de cavités, de liquides pour ce qui est de la perception auditive. Donc dans tous les cas, un paysage sonore ne peut exister sans écoutant, et qui plus est sans écoutant qui le considère et le qualifie comme paysage sonore. Il n’existera d’ailleurs pas non plus sans l’excitation matérielle, la mise en vibration de particules, phénomènes réellement physiques.
C’est d’ailleurs dans ces passages de la matière, du geste, au concept, que la notion de patrimoine immatériel met parfois celui qui use de ce classement, dans une situation relativement instable, devant l’ambiguïté des définitions, du passage parfois délicat de la chose physique à sa représentation, à sa conceptualisation.
Durant le colloque, un exemple donné, typiquement lyonnais, illustrait bien cette situation parfois difficile à cerner. L’UNESCO a en effet classé le repas gastronomique lyonnais comme patrimoine culturel immatériel. Il faut pour cela que le dit repas comporte un apéritif, une entrée, un plat de viande et/ou de poisson, un accompagnement de légumes, du fromage, un désert et un digestif, rien que cela ! De préférence avec de bons produits, frais, locaux pour certains, une cuisine traditionnelle raffinée, et qui réunisse autour de la table une communauté de gourmands pour un bien manger et bien boire.
A priori, ces repas, banquets, sont éminemment matériels, la nourriture et l’action de manger, de boire, jusqu’aux calories qui en découlent, constituent des éléments pour le moins solides. Pourtant, par un glissement de la matière, du geste, vers une forme de tradition ritualisée, la dématérialisation s’effectue intellectuellement, ramenant le repas à une sorte de concept ritualisé, même si le fait de consommer un repas gastronomique est loin d’être, autour de la table, un simple concept, ou un simple rite gourmand.
Mais revenons au paysage sonore.
Dans sa représentation forcément cadrée, il faut bien trouver une limite au paysage qui n’est en aucun cas infini. Le paysage sonore, comparé au visuel, suppose alors de jouer avec des limites mouvantes et sans cesse à reconsidérer. En effet, si l’on peut cadrer un paysage visuel dans un champs bien défini, avec des plans, arrière-plans et horizons fixes, il n’en va pas de même pour le paysage sonore. Ce dernier se construit sur une majorité de hors-champs, sources sonores invisibles, qui élargissent et rétrécissent sans cesse le cadre d’écoute, en fonction des événements auriculaires. Ces hors-champs seront bien différents si, pour rester dans un cadre lyonnais, l’écouteur se poste sur le parvis de Fourvière, vaste panoramique surplombant la ville, ou dans l’intimité resserrée d’une cour intérieure de traboule ponctuant la colline de la Croix-Rousse. Les champs sonores continueront certes d’être toujours en mouvement, mais dans des proportions Oh combien différentes !
Sans vouloir redéfinir toutes les composantes du paysages sonores, cela a déjà été fait par ailleurs, tentons néanmoins de voir maintenant qu’est ce qui, à l’instar d’un Château de Versailles ou d’un site de terrils miniers du Nord, pourrait faire patrimoine dans le paysage sonore. Quelles seraient les sonorités ou ambiances singulières, emblématiques culturelles…? Le son du vent dans des branchages et des chants d’oiseaux en contrepoint sont-ils susceptibles d’être mentionnés, ou classés comme patrimoine culturel immatériel ?  Rien n’est moins sûr, et je dirais même que j’en doute fort !
Par contre si un recentrage sur les chants d’oiseaux font qu’ils deviennent terrain de recherche, de captations, matières à étude pour un ornithologue ou audionaturaliste, sujet de conservation, veille territoriale autour d’écosystèmes fragiles, menacés, le problème se posera alors bien différemment, et sans doute rentra t-il dans une forme de patrimoine vivant.
Il y a quelque années, ACIRENE (Association de Création d’Information pour l’Écoute d’un Nouvel Environnement) avait initié, sur le territoire sud bourguignon et par la suite haut jurassien, un projet nommé Perséphone. Il s’agissait de mettre en place un observatoire des paysages sonores, selon un protocole de captation et d’échantillonnage sonore d’un territoire et d’à long terme. Le but étant de recenser différentes typologies de paysages sonores, et de voir comment elles évoluaient au fil du temps, en fonction notamment des aménagements qui venaient plus ou moins les chambouler. Un territoire assimilait-il ou non de nouvelles sonorités liées aux infrastructures routières par exemple, conservait-il un certain équilibre acoustique ou connaissait-il une certaine saturation, de nouvelles nuisances ? Nous étions bien dans ces études de terrain dans une idée d’observation, voir de sauvegarde de territoires sonores parfois fragiles et malmenés sans vraiment de concertation ni d’études d’impact en préalable aux aménagements. On pouvait voir de véritables richesses sur des terrains naturels, richesses bioacoustiques menacées. En clair des patrimoines naturels vivants, paysages sonores en danger, et on n’était pas ici dans de l’immatériel, mais dans des cas de figures bien concrets. Cette action a d’ailleurs été suivi d’un autre projet d’inventaire lié aux paysages sonores remarquables du PNR du Haut-jura, où l’approche auriculaire tendait a travailler sur des identités fortes et singulières d’un territoire à portée d’oreilles. Valorisation, tourisme culturel, volonté de sauvegarder des espaces acoustiques, de mettre en lumière des savoir-faire tels que l’art campanile, l’ensonnaillement des troupeau… Nous étions bien là dans une démarche d’inventaire culturelle et patrimonial.** Notons d’ailleurs que presque trente ans après son départ, cette recherche/action se poursuit encore in situ.
Mentionnons également que d’autres inventaires ont eu lieu dans différents sites tels de la Communauté de communes du Creusot/Monceau-les mines/Montchanin, la vallée blanche à proximité de Chamonix, le Vieux Lyon quartier Saint Jean… et que trois colloques ont été organisés autour de ces thématiques à l’écomusée du Creusot, château de la verrerie.
D’autres cas de figures existent, où la chose sonore peut devenir objet patrimonial. Citons les enregistrements de paroles mémorielles, où le média son est très utilisé pour garder la trace de différentes mémoires. Nicolas Frize*** a d’ailleurs beaucoup travaillé sur ces approches consistant soit à recueillir des témoignages d’acteurs ayant travaillé dans tel ou tel secteur industriel, soit à enregistrer des ambiances d’usines, de machines, de métiers à tisser, de chaines robotisées, sachant qu’a l’heure de l’explosion numérique,  la technologie évoluant très rapidement, beaucoup de sonorités se transforment radicalement, disparaissent et apparaissent. Nous avons bien ici à faire à de véritables patrimoines culturels, dont l’immatérialité passe par le fait qu’ils se réfèrent à des actions passées, des traces mémorielles.
Parlons aussi de certains savoir-faire ou traditions sonore relevant incontestablement du champ patrimonial. En premier lieu l’art campanaire, installations sonores en espace public, objet musical, social, sources d’information à certaines époques, symbole religieux, représentation de puissance… la cloche est un patrimoine bien vivant, même si régulièrement contreversé, voire combattu dans sa verve sonore. Les inventaires campanaires convoquent des approches esthétiques, historiques, sociologiques, anthropologiques, où religions et savoir-faire des maîtres saintiers, des campanistes, des bâtisseurs tissent un tissu d’une forte valeur patrimoniale. Les cloches sont des objets d’études, des symboles et phares auditifs musicaux, tissant des territoires sonores unifiant, ou divisant, selon les cas, pouvant être médiatisées, voire si nécessaire protéger, sauvegarder.
Il en va de même, dans d’autres savoir-faire ancestraux, telles les pratiques de l’ensonnaillement des troupeaux en milieux montagneux. Ces musicalisations des troupeaux bovins, caprins ou ovins, outre les fonctions de repérage dans les pâturages en alpages non parqués, sont aussi composés comme des entités sonores singulières, musicale, où l’esthétique de l’ensonaillement contribue à mettre en avant son propre troupeaux par rapport à celui du voisin, mais aussi à faire sonner le paysages, à réveiller ses réverbérations, ses échos… Autre culture, autre savoir-faire, autre expression d’un patrimoine sonore lui aussi parfois mis à mal par l’intolérance de néo ruraux ayant du mal à partager pas les cultures locales.
Et l’on pourrait sans doute écrire encore beaucoup de choses autour de ce sujet qu’est le patrimoine sonore, tels ceux concernant les langues, dialectes, patois et autres idiomatismes constituant à souder des cultures locales, complexes.
Alors patrimoine ou non patrimoine sonore ? Tout dépend évidemment du statut de l’objet, de son histoire, de ses implantations culturelles, géographiques, et sans doute de la façon de le penser, de l’étudier dans un ou plusieurs champs. La cloche**** objet de fonderie, objet religieux, livre d’information à ciel ouvert, repère spatio-temporel, objet musical, symbole de pouvoir, parfois véritable fossile sonore qui nous font entendre quasi intacts des sons de plusieurs siècles, encore vivants… Patrimoine incontestable, tout à la fois immatériel dans son histoire, voire ces sonorités, et matérielles dans leur existence physique et vibrante.
L’ambiguïté de l’immatériel persiste donc dans la façon de considérer une pensée, un concept, un rite, une philosophie, et parfois les objets bien matériels qui y sont liés. Le paysage sonore n’échappe d’ailleurs pas à ces interrogations.
Notons que dans le classement de l’UNESCO, ni le paysage sonore en tant que tel, ni l’art campanaire ne sont pas (encore ?) référencés.

* Sources site UNESCO – http://www.unesco.org/culture/ich/fr/qu-est-ce-que-le-patrimoine-culturel-immateriel-00003
** http://www.acirene.com/recherche.html
*** http://www.nicolasfrize.com/textes.php

**** https://www.librairieleneuf.fr/livre/1231418-regards-sur-le-paysage-sonore-le-patrimoine-c–sous-la-direction-de-thierry-buron-agnes-barru–actes-sud