L’écoute, une poïétique en résistance

Translate this page

Écouter est un geste volontaire, dans un contexte de faire, d’agir, de fabriquer, comme des écoutants impliqués que nous devrions être.

Écouter est un geste de résistance non violente, qui refuse d’absorber sans réfléchir toute pensée imposée, injonctions et autres commandements péremptoires.

Penser un paysage sonore partageable est une action politique, construite sur la poïétique, le faire, l’action, et l’esthesis, le percevoir, le ressentir.
Le son des rues, des voix en colères, des villes exacerbées, ou non, les média toujours plus multi, les injonctions, les actions artistiques hors-les murs, tout cela s’entend, plus ou moins bien, se propage, tisse une rumeur tenace, néanmoins émaillée de stridances, d’émergences saillantes.


Des histoires à portée d’oreilles en quelque sorte.


Tendre l’oreille ne doit pas être un geste innocent, pas non plus une action tiède, soumise à une pensée pré-mâchée, nivelée par les réseaux sociaux et les discours politiques épidermiques.


Porter l’écoute à l’intérieur, dans les hôpitaux, les prisons, les lieux de vie de personnes handicapées… est une chose des plus importantes, pour que la parole, les sons, circulent avec le plus de liberté que possible.
Faire sortir le son en dehors des murs, physiques et sociaux, matériels et psychiques, aide à comprendre des modes d’enfermements, l’expression de corps contraints, qui ne demandent qu’à faire savoir ce que peu de gens savent. Faire savoir, sans rechercher la compassion, sans se morfondre, sans chercher des justifications, des approbations, des félicitations, juste faire savoir, ce qui est déjà énorme.


Il faut également faire en sorte que l’écoute puisse être le témoin, et juger des bouleversements écologiques, biosanitaires en cours, qu’elle puisse être l’émulation, sinon le moteur d’une pensée écosophique, engagée, avec des aménageurs, des politiques, des chercheurs, des artistes, des citoyens…


Écouter, et si nécessaire apprendre à écouter,  sans se laisser noyer par l’écrasante masse sonore, médiatique, est une nécessité absolue pour ne pas devenir trop sourd au monde qui va bon train, sans doute trop bon train.


Écouter le vivant, humain et non humain compris, la forêt, la rivière, comme des co-habitants.es, voisinant et inter dépendants.es, est une façon de décentrer notre oreille vers des aménités qui nous seront de plus en plus nécessaires, voire vitales.


La poïétique de l’écoute est un moyen de créer de nouvelles formes d’entendre, de s’entendre, de nouveaux gestes sociétaux, de nouveaux chemins d’arpentage, de pensées, de nouvelles postures humaines aussi justes et sincères que possible, car nourries d’interrelations fécondes.
On ne peut plus se contenter d’être un écouteur passif, blasé, égocentré sur nos petites créations personnelles, ou trop en distanciel, mais, quels que soient nos terrains d’écoute, il nous faut agir dans des gestes collectifs, même à à des échelles territoriales moindre.


Et de nous rappeler cette maxime de Scarron « Car à bon entendeur salut ! »

Entre presque silence et bruitalisation urbaine

tumblr_60dafb510c7fc89c383fccaa21eec699_bcc199c3_1280
Solitaire sifflant @Blandine Rivière

 

Après la stupeur de l’effondrement, de la ville fantômisée, des espaces démesurément vierges d’activités, passé l’installation d’un calme plus inquiétant que serein, la ville s’ébroue à nouveau.

Elle s’ébruite progressivement.

Pas besoin de la regarder, juste lui tendre une oreille de sa fenêtre ouverte.

Le silence, à défaut d’être rompu, perd du terrain, en même temps que son calme.

Les ouatures cotonneuses se déchirent.

Les voitures rouleuses se déconfinent sans vergogne, redonnant du moteur et du claque qui sonne à tour de roues.

Les gazouillis s’estompent car eux sont aussi masqués, et ce n’est qu’un début.

Et comme l’espace public, ainsi que l’autre, notre co-habitant, sont potentiellement de dangereux ennemis semant la pandémie.

Et comme le transport en commun est aujourd’hui trop en commun, terreau de germes viraux, brouillon de culture insanitaire, espace bardé de contraintes…

L’habitacle carrossé fait effet de refuge inviolable, invirussable.

La sécurité distanciée d’un chez-soi sur pneus.

Et la voiture de reprendre la route, peut-être plus que jamais, ou pire que jamais, ou les deux on ne sait jamais.

A tombeau roulant, bruitalisant la cité, et même urbi et orbi.

Mais le piéton aussi repeuple la cité.

D’abord ombre fugitive esquivant le voisin trop pressant.

Heureusement, les postillons ne roulent plus, le crachat de la poste faisant froid !

Ainsi le passant, masqué, défie croit-il, la reconnaissance faciale, pour un instant, pour un instant seulement.

Piéton redonnant de la voix dans la voie.

D’ailleurs à propos du masque,  c’est à l’origine objet de théâtre, antique.

Il se nomme personna, mon nom est personne, et mon masque le personnage que je joue…

Du verbe latin per-sonare, qui sonne par, à travers, et par extension qui parle à travers, et non pas à tord et à travers. Quoique…

Car le masque d’alors ne cache pas la parole, bien au contraire, artifice acoustique, il l’amplifie, la fait porter, publique.

Pas sûr que cela soit vraiment le cas aujourd’hui.

Un théâtre urbain d’ombres solitaires distanciées n’aide pas l’échange cordial.

C’est un terrain miné, qui musèle brutalement des velléités de révolte, jugées sanitairement bien trop bruyantes !

L’ether nu ment !

Si le silence se déchire par voix et voitures, la société s’est  sensiblement désociabilisée, sans doute via la politique entretenue de la peur généralisée, bâillon plus redoutable que bien des masques, même de fer.

 

tumblr_bcf3a62d760805349c6133675278a12e_0942bcde_1280
Ombres urbaines @Blandine Rivière

 

Photos Blandine Rivière – Texte Gilles Malatray

Écrit et ouï  de mes fenêtres 06 mai 2020 – https://soundatmyndow.tumblr.com/

Les écrits urbains, ce que la voix ne peut aujourd’hui faire entendre

Translate this page

Sur fond de crise sanitaire

entre autres crises

la révolte s’étouffe

ou se fait étouffer

taclée d’espaces empêchés

la parole

surtout celle dissidente

se confine

se tait

se fait taire

des rassemblements proscrits

interdits

sanctionnés

réprimés

des voix muselées

parfois éclatées en fenêtres

confinées en silence

confinées au silence

alors

le texte

l’écriteau

la banderole

donnent de la voix

s’affichent publiquement

sur murs support

fenêtres support

mobiliers urbains support

portes support

28b66f7defee58acd7f6548a8e05121c43b70723

ainsi la grogne couve toujours

s’écrit

se placarde

ce que l’on met sous cloche d’un côté

réapparait d’un autre en mots collés

le fait n’est pas nouveau

mais en ces temps de crises

crises multiples et sclérosantes

nourries de silences imposés

de censures généralisées

l’écrit prend du poids

prend un autre poids

en guerilla de mots dits

et parfois

rassérénante ou non

s’installe la poésie.

acda3482872b775c45413bceadceba5ae27d56b1

@ Photos Blandine Rivièretexte Gilles Malatray

Fenêtres d’écoute/Listening windows : https://soundatmyndow.tumblr.com/

https://soundatmyndow.tumblr.com/archive

Points d’ouïe, une façon d’être au monde

17828026848_35a0746c7d_o

Translate this page

Confiné par cette crise sanitaire qui n’en finit pas de finir, dans une réflexion qui prend parfois, bon gré mal gré, des allures quasi monacales, la notion de point d’ouïe se pose encore, peut-être pour moi plus nécessaire que jamais.
Je creuse cette idée d’écoute, et de lieu et de posture d’écoute, comme un objet portant et maintenant une attention, voire une tension sur le monde environnant, dans tous ses balbutiements, ses incertitudes, ses tâtonnements et sans doute ses peurs d’un avenir plus incertain que jamais.
Des angles d’approche se dessinent.
Le point d’ouïe géographique, le point d’ouïe touchant à l’image, voire à l’imaginaire, et enfin celui qui se rattache à l’idée, à la pensée active développée par une écoute circonstanciée.

Point d’ouïe, de là où je suis, de là où j’écoute
La première approche, sans doute la plus évidente dans l’énoncé même du point d’ouïe, est pour moi celle d’un point d’écoute localisé, géographié, un Locus Sonus, pour reprendre le nom d’un laboratoire de recherche marseillais autour de la chose sonore et de ses mobilités.
La question est donc d’où est-ce que j’écoute ? Comment j’écoute, de là où j’écoute ? Et comment, de là où j’écoute, je peut parler de ce que j’entends, en terme de point d’ouïe ?
Quelles sont les circonstances, ou facteurs, critères, qui m’ont fait choisir tel lieu plutôt qu’un autre ? Un lieu avec lequel je m’entends bien. Qu’elle est la part d’arbitraire, de non maitrisé, d’hasardeux, en regard d’un choix délibéré, réfléchi, anticipé, dans la localisation d’un poste d’écoute, même temporaire et très bref ?
Sans doute peut-on penser que, selon les circonstances, les projets d’écoute, les lieux définis sciemment et ceux qui s’imposent plus ou moins naturellement, alternent et parfois se superposent même, en des cheminements mi-contrôlés, mi-spontanés.
Si l’on prend le cas d’un PAS – Parcours Audio Sensible, d’une marche d’écoute, les points d’ouïe viendront jalonner, entrecouper la déambulation, soit qu’is aient été repérés préalablement, soit qu’ils se présentent de façon quasi incontournable, par des aléas sonores méritant un arrêt sur image sonore.
En fonction du lieu, de son acoustique, de ses sources sonores, activités du moment, l’espace d’écoute que j’aurai décidé comme tel va donc faire entendre sa propre géographie acoustique, du topos et du tempus, là où, et au moment où.
Le point d’écoute, qu’il soit remarquable, emblématique, ou plutôt indifférencié, nourrit la curiosité auriculaire de l’écoutant. Il lui fournit un cadre, un là où je suis, qui permet peut-être de ne pas trop égarer l’oreille dans les méandres infinies des ambiances acoustiques, et parfois des saturations complexes.
Par exemple, la situation de confinement sanitaire, vécue à l’instant où j’écris ces lignes, impose des cadres assez strictes. Mes fenêtres, et parfois le court trajet de mon domicile au lieu où je vais faire mes courses. La situation est ici inédite, et de plus, dure suffisamment pour en devenir lieu d’itération où se comparent les jours qui passent, avec leur monotonie et leurs variations sans cesse renouvelées.
Une expérience du lieu-cadre comme point de référence, pivot et champs d’expérimentation, géographiquement prédéterminé par notre lieu de résidence, et/ou de confinement, est ici totalement inédite, et en cela inouïe.
Fort heureusement, cette expérience du point d’ouïe confiné, fortement contraint est, en tous cas espérons-le, exceptionnelle. Si elle nous pose, voire impose des cadres d’écoutes singuliers et de nouvelles façons de les penser, sa violence et sa durée ne sont pas choses faciles à vivre.
Lorsque nos oreilles retrouverons la liberté de choisir des lieux d’écoute extérieurs, gageons que nous apprécieront plus que jamais ces espaces retrouvés, sons y compris, même si certains redeviennent vite envahissants.
L’importance du « là où j’écoute », de la géographie embrasée par l’oreille, des ambiances intrinsèques à un lieu donné, des activités qui animent ce dernier, humaines, météorologiques ou animales, mettent l’écoutant au cœur du concert de la vie, qu’il soit selon les moments, harmonieux ou bruitistes, concertants ou déconcertants.
On pourrait se questionner, de façon plus systématique, à chaque poste d’écoute choisi, sur le pourquoi et le comment, les raisons qui ont motivé notre choix, et au final, si c’était ou non « le bon lieu », pertinent dans ses réponses auriculaires. Ces questions soulèvent des problématiques toposoniques qui sont très liées au domaine de l’affect, du subjectif, de l’interprétation de ressentis. elles restent ainsi difficiles à évaluer, d’un individu ou d’un lieu à l’autre par exemple. Elles sont à considérer sans doute comme des formes de récits propres à chaque écoutant, et aux climats locaux dans lesquels ll est plongé au cœur de tels ou tels espaces. Néanmoins, ses récits, ancrés dans des points d’ouïe spécifiques, circonstanciés, mis bout à bout, raconteront sans doute pertinemment une histoire de nos paysages sonores en marche, et par-delà, de notre société, Oh combien chaotique et complexe ces temps-ci.

Point d’ouïe, l’image et l’idée que je m’en fais
Je réécoutais il y a peu, des émissions consacrées à Pierre Schaeffer. Intarissable et cultivé, ce personnage qui a dépoussiéré notre façon d’entendre, et bien au-delà, inventer de nouvelles façons d’écrire avec des sons.
Lors de ces entretiens, il parlait régulièrement d’image sonore, comme l’ont entre autres fait François Bayle, Michel Chion, et bien d’autres.
Ces derniers qualifiaient ce qui sortait du haut-parleur, entre musique et ambiances sonores, d’image-de-son, comme des représentations de l’auditeur, représentations d’objets sonores ou musicaux, ou constructions d’un cinéma pour l’oreille.
La question que je pose ici comme postulat, est d’adopter ces modes perceptifs, représentatifs, en regard, ou plutôt en écoute du paysage sonore, et ce par l’entremise du cadre point d’ouïe.
Après avoir donc choisi un lieu, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, nous sommes donc parés pour l’écouter d’oreille ferme, acceptant ainsi toutes les représentations/images qui pourraient en découler.
Prenons l’exemple d’une posture d’écoute, physique, assez classique, dans des approches pédagogiques comme dans des expériences performatives sensibles, l’écoute en aveugle, yeux fermés, avec éventuellement un bandeau…
Le monde du sonore peut effectivement se priver de la perception visuelle, pour parfois entrer plus avant dans une écoute profonde, attentive, immersive.
Même si j’aime associer et corréler les perceptions visuelles et sonores, avec toutes leurs connivences et leurs décalages de champs/hors-champs, cette écoute en aveugle est souvent riche.
Si on prend comme posture d’écoute un mode blind listening, que ce soit en situation de point d’ouïe fixe ou de marche guidée, c’est notamment pour éprouver un peu plus fortement l’image sonore interne, mentale, qui va se substituer à celle du regard ponctuellement confisqué.
Supposons que je sois guidé, en aveugle, dans un lieu qui m’est inconnu, et que je me poste pour l’écouter, sans le voir.
A quoi vais-je me rattacher ? A des sources connues, reconnues, courantes, peut-être rassurantes?
Ou bien au contraire à des choses spécifiques, singulières, pas nécessairement identifiées, et delà questionnantes, si ce n’est inquiétantes ?
Ou encore à un mélange des objets et ambiances sonores que nous avons déjà cataloguées comme reconnaissables dans notre immense banque de sons, et de celles qui devant encore à l’être, donc ignorées, non identifiables.
Et dans quelles sens ces images audio-mentales, ces représentations acousmatiques seront -elles plus ou moins en phase avec une certaine « réalité » du paysage entendu ?
Notre cerveau, par l’occultation de l’un de ses sens, reconstruira t-il un monde crédible, ou se laissera t-il berné par des trompes-oreilles qu’il aura cru reconnaitre ?
Cherchera t-il une forme de véracité ou au contraire un imaginaire assumé, voire recherché, via peut-être des sensations synesthésiques associant sons, formes couleurs,de façon très symboliques ou plus ou moins abstraites… ?
N’étant pas versé dans les domaines de la neuro-perception, je n’ai pas de réponses, ni d’explications suffisamment étayées et fondées, par une approche scientifique, à ces questions, pas plus que des modèles d’analyse efficients sur les expériences sensorielles vécues.
Néanmoins, je peux décrire nombre d’images sonores, fortes, éprouvées lors de parcours d’écoute vécus.
Certaines semblent irrémédiablement gravées dans ma mémoire. Des perceptions d’espaces, de profondeur, des géographies palpables de l’oreille, qui sont durablement associées à des lieux bien précis, des événements, des moments d’actions collectives…
Lors d’un parcours nocturne, souvent propice à la fabrication d’images mentales, nous nous sommes retrouvés, un groupe d’une vingtaine de personnes, dans un champ herbeux, dominant une vaste combe, à nuit tombée, allongés dans l’herbe, yeux fermés, durant une bonne vingtaine de minutes. Un panorama sonore à la fois sobre et très riche s’offrait à nous. Grillons, oiseaux nocturnes, chiens et vaches au loin, parfois des bribes de musique d’un fête en contrebas… Un paysage sans moteurs, et avec une incroyable mise en espace des sources, des plans acoustiques, des réverbérations lointaines.Tout un monde bruissonnant dans notre tête, créant un théâtre acousmatique, et intrinsèquement des images auriculaires plein les oreilles. C’est en tout cas ce qu’il est ressorti des échanges post promenade, qui elle fut silencieuse, pour être d’autant plus habitée par les sons.
Des exemples comme cela, je pourrais en citer bien d’autres, dans lesquels un imaginaire dopé par une écoute collective se déroule comme un film, dans laquelle, chacun à sa façon sans doute, se déroule ses propres images au gré du point d’ouïe stimulant.
Si je contextualise ces images sonores au prisme des points d’ouïe actuels, et dans un contexte de pandémie qui nous confine et rend notre écoute forcément plus recluse, je vois nettement des changements se profiler.
Par exemple dans ces fameux rituels de vingt heures, où beaucoup de personnes se mettent aux fenêtres et balcons, pour applaudir une profession, huer des politiques, de nombreux champs cadrés et hors-champs viennent créer de nouveaux imaginaires. Je vois les voisins d’en face, et j’en entends beaucoup, à droite, à gauche, au-dessus, que je ne vois pas. J’imagine alors qui sont mes voisins aux casseroles ou applaudissements. Ces spots auditifs, très cadrés dans le temps et dans l’espace, convoquent des images sonores, et visuelles, tendant à remplir une sorte de vide des hors-champs de signifiés audibles.
il y a donc ce que j’entends, le signifiant auriculaire, et l’image et la représentation que je m’en fait, le signifié entendu.
Et le fait de penser un paysage sonore par points d’ouïe permet de réunir et d’activer plusieurs entités structurantes de l’écoute, tel le lieu et le moment comme cadres, les objets écoutés, et les représentations mentales, ou images sonores associées.

Au-delà de l’image que me suggère un point d’ouïe, il y a également le jugement critique que je pourrais porter sur un paysage ambiant au travers cette forme de protocole, ou de scénario de mise en écoute que j’installe par l’intermédiaire du point d’ouïe.
Associé à l’image d’un lieu, des notions d’analyse, de jugement, d’appréciation, émergent de façon inéluctable de ces écoutes installées.
L’idée d’esthétique, que j’ai déjà abordée précédemment entre en jeu. Beau, pas beau, insipide, remarquable… ? Affaire de goût, de culture, et sans doute d’affect du jour et de l’instant. La question du jugement esthétique reste sujette à controverse, d’accord pas d’accord, en parti d’accord… L’urbain peut-il combler les oreilles, ou les agressent t-il a l’envi ? La campagne peut-elle être belle a entendre, ou mortifère, en écoute par exemple de la paupérisation systématique de ses écosystèmes des plaines céréalières dévastées? Je ne rentrerai pas ici dans un débat trop souvent conflictuel. C’est sans doute pour cela que je pose souvent cette question « Et avec ta ville, ton quartier, ta rue, ton village… tu t’entends comment ? Approche certes toujours personnelle, discutable, mais plus ouverte que les dichotomies beau/laid, agréable/désagréable. Les demi-teintes et divergences y sont permises, si ce n’est souhaitées. Le tout restant influencé des affinités sur le vif, quiétude d’un instant, irritation d’un autre, le paysage sonore étant très versatile, les jugements pourront être, d’un moment à l’autre, changeants, contrariés, sans pour autant se contredire.
Mais je reviens ici à l’approche sociale d’un lieu d’écoute, qui elle aussi influera, et de façon très sensible, l’analyse d’une ambiance saisie en point d’ouïe. La posture d’écoute, notamment en espace public, est forcément marquée de la vie sociale ambiante, qui se déroule devant et autour de nos oreilles comme devant nos yeux. Sociale donc politique, au sens premier du terme, en rapport à la chose commune que les sons mettent en scène, parfois en exergue, dans une espace cadré de cité audible.
Cette réflexion prend d’ailleurs un sens tout particulier au cœur de ce confinement sanitaire, qui place les fenêtres ouvertes comme des points d’ouïe privilégiés, sinon obligés.
Donc je me poste, scrute de l’oreille, et sens les tensions, les violences, comme les moments plus apaisés, sinon des instants de quiétude.
Les sirènes, police, pompiers et ambulances, qui sillonnent inlassablement les cités sont des signaux souvent liés à des tensions, dangers, accidents, donc nous font entendre un paysage urbain plutôt stressant.
Dans les périodes de mouvements sociaux, et nous en vivons à répétition ces temps-ci, les cris, slogans, chants et musiques offrent une tonicité frondeuse, mais hélas trop souvent contrariée de heurts, violences, bruits de grenades et autres sonorités aux accents guerriers.
Le son est ici, plus que jamais, un marqueur de soubresauts sociétaux, entre liesses collectives contestataires, généreuses, désir de casser, et répressions, souvent démesurées.
Prendre le temps d’écouter la cité, c’est accepter que la ville politique nous saute aux oreilles, pour le meilleur et pour le pire.
Il ne s’agit plus là d’une image, d’impressions, même si elles sont toujours bien présentes, mais d’une écoute qui nous met en relation directe avec notre monde turbulent, et souvent nous pousse à prendre parti, à accepter, refuser, se retirer, rentrer dans la ronde…
Le point d’ouïe est pour moi étroitement lié au point de vue. Non pas le belvédère d’où je contemple, de loin, un beau panorama, mais celui de l’idée que je défends, parfois à chaud, face aux choses qui ne sont pas que vues, mais aussi entendues.
Un feu d’artifice et une répression à grand renfort de grenades lacrymogènes ne sonnent pas pareil, et surtout, ne s’entendent pas avec la même oreille.
Les points d’ouïe nous font entendre, et comprendre, voire juger un monde parfois emprunt de joie de vivre, mais aussi déchiré de violentes tensions, elles-même signes d’une séries de graves crises et dysfonctionnements parfaitement audibles.
Tendre l’oreille est aussi une façon de rester dans une dynamique d’écoutant actif, tendre l’oreille vers l’autre, et vers tous les signaux à même de nous faire percevoir les menaces multiples de notre époque.
Les points d’ouïe sont pour moi comme des radios ouvertes sur le monde, où via l’oreille l’écoutant à son mot à dire, et la place de se faire entendre.

.

Points d’ouïe, crise sanitaire et ambiances acoustiques dystopiques

Capture-d%u2019écran-2020-03-19-à-07.43.38-687x433

Amateur de science-fiction, j’ai connu bien des dystopies littéraires, où se raréfiait la foule, l’humain, sous des menaces diverses; plus terribles les unes que les autres. Un peu comme maintenant quoi.
Arpenteur urbain, écouteur public, j’ai traversé nombre d’ambiances sonores chaotiques, parfois jusqu’à l’oppression chronique.
Depuis quelques jours, marcheur urbain confiné en appartement, je regarde et tends l’oreille à ma fenêtre. Je vois et j’entends la cité se déserter, se taire, passe progressivement du joyeux chahut au chuchotement.
Je vois les passants esquisser, des pas de cotés, chorégraphies ‘évitement corporel lorsqu’ils se croisent, à vrai dire assez rarement, sur le trottoir..
Bien sûr, j’en vois d’autres passer de longues heures à siroter des bières sur un banc, néanmoins avec gants et masques… A chacun la façon d’interpréter son confinement
Aujourd’hui, enfermé depuis trois jours, je sors faire des courses, autorisation dérogatoire en bonne et due forme en poche.
Quelques centaines de mètres jusqu’au magasin, une promenade de luxe quoi.
Le soleil, outrageusement généreux ces jours-ci, et l’air sur la peau me font un bien fou. Comme si j’avais subi des lustres de privation de ces éléments qui me paraissent si agréables. Un petit plaisir retrouvé qui en devient un grand
On s’aperçoit ici, très vite, surtout pour quelqu’un qui a l’habitude dans son travail de battre le pavé, que l’enfermement pèse rapidement très très lourd.
On repense l’univers carcéral autrement, peut-être. Surtout qu’étant intervenu récemment à la prison des Baumettes de Marseille, je considère maintenant avec un œil et une oreille interpellés, les notions de dedans/dehors, et de libertés fondamentales.
Sinon, une sorte de sidération sensorielle.
À 17 heures, période généralement qui fait grouiller les trottoirs de passants et les rues d’engins motorisés, presque rien ne bouge.
Ou si peu.
Si peu de voitures, et ça c’est un vrai luxe à tous les niveau, acoustique, piétonnier, respiratoire…
Si peu de gens, dans des espaces fantomatiques un brin inquiétants, presque anxiogènes.
Le regard embrasse la longue alignée d’une rue en générale très passante, et ne voit que peu de véhicules ni de piétons.
On peut traverser tranquillement une trois voies urbaine sans courir.
Beaucoup, ceux qui le peuvent en tous cas, la crise n’est pas la même pour tous, ont quitter la ville pour se mettre au vert.
Les autre évitent, ou sont contraints à bouger le moins que possible.
Je n’aurais jamais penser connaitre ça.
Et si peu de sons en conséquence.
Une sorte d’étouffoir acoustique, de chape de plomb, qui fait ‘ailleurs d’autant plus ressortir les sirènes des ambulances, pompiers, policiers… et nous remet à l’oreille un monde sanitaire malmené, des espaces publics devenus suspects, voire dangereux, plus que d’habitude en tous cas.
Une ville métamorphosée, transfigurée, réduite au presque silence.
Certes pas un silence de mort, mais sans doute de peur oui.
On peut jouir maintenant d’une forme de calme sans doute rarement observé, écouté, au cœur des grandes villes en principe si sonifères.
Un calme que je trouve cependant plus paupérisant qu’apaisant, qui aurait effacé toute l’énergie d’une ville, ou les élans dynamiques seraient bridés, si ce n’est brisés, où l’oreille chercherait des repères perdus, gommés, des voix gouailleuses et des cascades de rires par exemple.
Merci les oiseaux d’entretenir une forme de gaité pépiante.
Merci également, sur le coup des vingts heures, au initiatives citoyennes spontanées, cris, vivats, applaudissements, charivaris, mais aussi colère et protestation, de balcon en balcon, à l’instar des concerts italiens.
Par ces manifestations bruyantes, toniques, vivantes, rassemblantes, il y a aussi des conspuations de politiques privilégiant les chiffres et le rendement plutôt que la santé publique.
Après les places, les rond-points, ls balcons et fenêtres.
Même contraints à quitter l’espace public, l’espoir et les colères se font encore entendre.
Rassurant quelque part !

 

Le charivari de 20 heure à ma fenêtre : https://desartsonnants.bandcamp.com/track/lyon-vaise-le-charivari-de-20-heures

Pour en écouter plus de nos fenêtres : https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Participer au projet collaboratif : https://desartsonnantsbis.com/2020/03/17/appel-a-contribution-ouvert-point-douie-quentends-tu-de-ta-fenetre/

 

 

Points d’ouïe, Paris 8, genres d’espèces et espaces de genres

GENREDEP

Assez tôt le matin, quartier du Télégraphe dans le XXe parisien, je sors prendre un petit-déjeuner sous une belle averse de neige, et me dis que le parcours d’écoute qui s’annonce ce matin devrait nous rafraichir les oreilles.
En en effet…

Arrivé à Paris 8 Saint-Denis, lieu de l’action, après un bon bain de foule sardinée dans le ligne 13, je retrouve deux enseignantes du LEGS ( Laboratoire d’Étude de Genres et de Sexualité) qui mont invité, et avec qui se déroulera un PAS – Parcours Audio Sensible, ainsi qu’avec des étudiants.

Il s’agit cette fois-ci un PAS d’un genre nouveau, que mes comparses universitaires ont pour l’occasion nommé Cont’errance. Ce jeu de mot-valise n’est pas, loin de là, pour me déplaire, et je préviens la rédactrice du texte de présentation que je l’emprunterai volontiers dans certains de mes parcours causerie à venir.
Le but de cette déambulation expérimentale est d’arpenter pour écouter et parler des espaces traversés, sous le prisme du sonore, mais aussi de l’approche d’espaces genrés (ou non), de la place de chacun, des habitus d’un campus… sans toutefois être dans une véritable conférence marchée, plutôt dans un mode causerie dé-ambulante.

Nous alternerons donc les moments de silences, les expériences sensorielles, les jeux d’écoute, des échanges autour de la vie universitaire, via une approche résolument polyphonique, plutôt flexible dans son déroulé.
La conversation embraye d’ailleurs devant un thé et café, alors que les étudiants arrivent. Musicologie, science de l’éducation, sociologie, littérature et genres, les profils et expériences sont diverses. Se joindra à nous un chargé de mission qui travaille sur une étude des espaces publics de l’université, et qui en profitera pour tendre l’oreille vers des lieux qu’il n’appréhende pas habituellement de cette façon.
Nous avons là un petit groupe d’une dizaine de personnes, mais avec un beau potentiel de croisements sensibles.

Quelques lieux et architectures ont été préalablement repérés, tels la bibliothèque, des halls, cours extérieures, passerelles, maison des étudiants, espaces verts peuplés de moutons éco-brouteurs urbains, qui finalement, garderont obstinément le silence.
Nous jonglerons entre intérieur et extérieur au gré d’averses parfois virulentes et d’un bon petit vent frais.

D’acoustique en acoustique, d’architecture en architecture, nous cherchons tout à la fois les ambiances, les signes, parfois genrés – tags, affiches, sons – observons les mouvements d’étudiants, d’ailleurs assez peu nombreux ce matin entre les mouvements de grève et la météo très ingrate.

La bibliothèque nous livre quelques pistes, disparates, sur papier, des écrits et es penseurs, philosophe, sociologues, anthropologues…. Nous aurions aimé descendre dans les incroyables sous-sols techniques, que nous avions déjà exploré lors d’une rencontre précédente, mais la personne habilitée à nous y conduire n’étant pas présente, nous resterons donc hélas en surface.

Entre deux écoutes, les enseignantes commentent le campus à l’aune de leurs recherches respectives, et de l’actualité un brin surchauffée.
Tout cela se mélange dans un sympathique petit chaos qui emprunte des chemins de traverses, lors d’une déambulation qui bouscule quelque peu les pratiques enseignantes universitaires habituelles, ce qui n’est pas pour me déplaire. Un brin de désordre dans l’institution remet parfois quelques idées en ordre de marche.

187461231_0fe1568f4a_k_d

Le auvent d’un restaurant abritera temporairement une installation sonore quadriphonique (à quatre haut-parleurs autonomes), à partir de voix et de chants de femmes de différents pays et continents, mixées et spatialisées. Le tout est composé spécialement pour cette déambulation. Genre oblige.
Nous promènerons d’ailleurs un moment ces voix à travers les couloirs et halls, histoire de faire sonner autrement les lieux dans une intime et bavarde polyphonie mobile, et de surprendre les personnes croisées sur notre passage.

Et comme à l’accoutumée, nous ausculterons un espace extérieur à l’aide de stéthoscopes et autres longues-ouïes, malgré le temps capricieux et particulièrement humide.

Cette forme de PAS mêlant silences, marches, points d’ouïe, jeux de l’ouïe et installations, paroles et commentaires, échange autour de ressources écrites ou sonores, est assez vivifiante, dans les marges qu’elle explore, y compris architecturales, sociales et acoustiques. Elle permet une intervention qui questionne l’espace universitaire et ses pratiques, entre approche sensible, histoire des lieux, usages, aménagements et cohabitations humaines, dans les tensions sociales et politiques du moment, et comme une appréhension spatio-temporelle vivante… tout en restant dans une approche privilégiant le sensible.

Avec certains, en fin de parcours, nous avons longuement continué à échanger, à réfléchir, à nous questionner. Que reste t-il vraiment de l’espace public et des libertés d’action et d’expression qu’il pourrait nous offrir, au travers les tensions qui le traversent et le secouent régulièrement, les emprises institutionnelles et politiques ?
Quelles sont les modes d’interventions, dans des espaces politiques et sociaux complexes, surveillés, encadrés, les désobéissances civiles, militantes, qui résisteraient à une instrumentalisation paupérisante ou à un violente chape de silence ?

Cette journée passée à tendre l’oreille et déployer la parole dans une ambiance universitaire marquée de mouvements sociaux, conforte en moi le fait que travailler sur le paysages et les écosystèmes sonores, au-delà de leurs esthétiques, d’une approche écosophique, ne peut faire l’économie du geste politique, tant s’en faut. Ce qui me questionne à nouveau sur les leviers d’action, de résistance, de militance, pacifistes, à commencer par le niveau dans lequel j’interviens, le monde des sons et de l’écoute, à leurs portées, si modeste soit-elle, et intrinsèquement, à leurs limites.

mg_0107_sd_liberte_rue_de_universiteparisviii

Point d’ouïe – Pratiquer le Zone’Art

23237191992_430ac03119

Démarche essentiellement urbaine, en ce qui me concerne, pratiquer le Zone’Art, voire être Zone’Art.

Zone’Art pentage
Souvent entre chiens et loups, nuit tombante, voire plus tard, si ce n’est bien plus tard. Errances, déambulations au hasard des rues, des quartiers, parcs, places, escaliers, impasses, parcours d’instinct, au fil des choses croisées, vues, entendues, entr’aperçues… Post debordage. Dans des villes connues, celle où je vis par exemple, celles parcourues régulièrement, pleines de balises apprivoisées, ou en cités abordées de prime abord, ou depuis peu. Espaces peuplés d’inconnu(s) et réservoir de surprises sensorielles, lieux d’excitantes perditions géographiques, fabriques de repères en chantiers, parfois catalyseurs de dépaysements exosoniques, exotoniques. Pensées vagabondes, souvent fugaces, fugitives, recouvertes par d’autres, au fil des pas. Zone’Arthétérotopique.

Puis le besoin de pause se fait sentir.

Zone’Art soyez vous donc
Un banc, un recoin de muret, d’escaliers… Pause. Ne plus aller vers les choses, les gens, les laisser venir à moi, ou pas. Immersion, être au cœur d’une ville, même dans sa périphérie, ses lisières, plongée dans ses sons, lumières, mouvements, rythmes, ambiances, météo comprise, palpitations plus ou moins ténues, effrénées, mi-figue, mi-raisin… Regarder, écouter, lire, noter, rêvasser, échafauder des scénari, des plans d’actions, plus ou moins réalistes, laisser murir l’idée, celle qui parait pertinente, avoir des velléités d’écriture, désirs d’actions, de rencontres, creuser les choses, différemment… Croiser le chemin de passants, connus ou inconnus. Renseigner sur une direction, échanger sur la pluie et le beau temps, sur le roman qu’on lit, sur l’anecdote, le front social grondant, la galère quotidienne de celui qui a juste envie de s’épancher, et qu’on l’écoute un peu. Banc d’écoute, j’y reviens. Bureau nomade avec ses points habituels, ponctuels, ponctuant, et ses nouveaux spots Zone’Artendus. Parfois, voire souvent Art du presque rien. Zone’Artborés, bordés, ceux de la vie à ciel ouvert, du prendre place à 360°, assises hors-les-murs, espaces du fragile et du solide concomitant. Zone’ Artifices, sans cesse réécrits, pour le meilleur et pour le pire.

Zone’Artchitecture, urbaine, urbanique, lieux publics où vivent et parfois survivent certains, qui auraient pu presque être citoyens. Lieux qui peuvent se donner à entendre si on leurs prête l’oreille. Donner du grain à moudre à mes oreilles, perpétuelles insatisfaites, mais réjouies aussi.

 

PAS – Parcours Audio Sensible, vers une esthétique de la fragilité

3375520115_47dc561be9_o

Est esthétique ce qui recherche la beauté, ou sa définition, voire ses différentes définitions, ce qui tend à cerner la perception, si ce n’est la fabrication du beau, avec toutes les variations culturelles et subjectives de ces notions. Le beau, ou la notion du beau, est donc de ce fait fragile

Est fragile tout ce qui peut se rompre, s’altérer, voire se détruire, ou être anéanti.

L’esthétique de la fragilité cherche à construire une beauté pouvant constamment être remise en question, sans canons académiques figés, mais plutôt dans une inconstance constructive, dans un ressenti aussi mouvant que la marche elle-même.
C’est d’ailleurs enfoncer une porte ouverte que de constater la fragilité des ressentis et sentiments humains. Il en est comme de l’état d’esprit, le moral, comme on dit, d’un marcheur, qui variera au fil des dénivelés, kilomètres, embûches du terrain, conditions météorologiques, forme physique…
Le marcheur peut-être fétu de paille dans la tempête, mais aussi, fort heureusement, roseau résiliant, plus tenace et coriace que jamais.

Quand au PAS – Parcours Audio Sensible, il nous ramène au promeneur écoutant, concentré sur des espaces et périodes où les sons prennent une place des plus importantes dans sa perception du paysage.
Là encore, la non matérialité et non visibilité du sonore, comme une trace vibratoire d’action énergétique, nous ramène une fois de plus à la notion de fragilité, de caractère éphémère.
Le parcours, fut-il tracé, balisé, cartographié, prolongé via différents média-supports, pourra lui aussi être dans une logique de cheminement non définitif, chemin de traverse, soumis à de multiples contraintes, modifiable à l’envi par d’innombrables variantes, ou variations, obstacles, égarements, détours, impasses, impraticabilités chroniques.

Si on considère le PAS comme un geste collectif, ce qu’il est intrinsèquement pour moi, vient alors s’ajouter l’aventure humaine, avec toutes ses beautés justement, mais avec aussi tous les risques de ruptures, de non collectif ou de sa dissolution, d’écoutants disparates, de mayonnaise non prise, quand ce pas n’est l’exacerbation de tensions durant de longue marches.

Dés lors, bâtir une esthétique partagée, sur des terrains semblant aussi incertains, peu balisés parfois, peut relever de la gageure, pour qui s’aventurera dans des territoires aux contours et aux contenus sans cesse mouvants. Mais la société, qu’elle qu’elle soit, n’est-elle pas constamment dans la fragilité et la force conjuguée, d’une perpétuelle transformation.

Par expérience, j’aurais tendance à prendre ici le problème via une pensée positive. Une esthétique de la fragilité viserait ainsi à resserrer des liens dans des territoires géographiquement et politiquement plus ou moins dissouts, si ce n’est dissolus, fragmentés, désagrégés, et à exploiter les faiblesses et situations parfois peu amènes, pétris de de tensions, comme une arme de cohésion massive.
Je parlais il y a peu avec un ami de l’ex ZAD de Notre-Dame-des Landes, terrain d’expérimentations sociales aussi fertile que fragile. Fertile parce que sa précarité, soudant sa militance, a conduit à revisiter et repenser des usages et des rapports sans passer par un modèle étatique souverain. Fragile, c’est ce qui lui a d’ailleurs valu d’être violemment détruit par ce type d’État compresseur, comme on désherberait un terrain envahi d’adventices* indomptées via une grosse dose de Round-Up. La métaphore n’est pas évidemment sans références.

Donc un territoire sonore, au sens large du terme, acoustique, esthétique, social, écologique… s’il est précisé par la marche de l’écoutant, des écoutants, via un dispositif a minima, éphémère et lié aux gré des pratiquants, peut construire des aménités et autres bénéfices équitables. La marche traversant des territoires parfois secoués de violentes crises sociales, ne peut ignorer les tensions, souvent nettement perceptibles à l’écoute, et devrait y trouver force de dialogue, de réflexions, bâties sur des politiques sociales de proximité.
Il ne s’agit pas de mettre en avant le bruit comme une violence supplémentaire, ce qu’il peut être parfois, mais aussi de le considérer comme un révélateur de tensions sous-jacentes, sans toutefois tomber dans un catastrophisme résigné.
Marcher, écouter, c’est aussi prendre le temps, prendre de la distance pour échapper au poncifs amplifiés par des média et réseaux sociaux avides de sensations bon marché et régulièrement fabricants de d’images et clivages populistes.
Occuper le terrain, l’arpenter, n’est pas une position conquérante, donneuse de leçon, mais un acte d’agir in situ, de tout simplement marcher à la rencontre de l’autre, pour entre autre sortir des grands discours pré-mâchés.

En déambulant avec une certaines ténacité, les failles et aspérités sociales du terrain nous apparaîtrons avec sans doute plus de force au tout au moins plus de clarté.
Un jour, marchant avec des ados d’une cité stéphanoise, l’un deux me disait » Ici, t’es comme dans le 9.3, mais la ville (ses politiques), elle s’en fout, elle vient tout juste éteindre les incendies de voitures qui crament, il faut que tu viennes la nuit pour écouter ce qui se passe, … » Alors je l’ai pris au mot, et je suis venu, la nuit, avec le même groupe. Force a été de constater que cette nuit là, tout était particulièrement calme. Le récit construit parfois en interne, fait de la cité comme un espace souvent plus violent qu’elle ne l’est en réalité, fort heureusement.
Ce qui n’exclue pas le mal-être de certains territoires, qui se traduit aussi par des pétarades de motos, rodéos de voitures et langages vif et colorés, à l’invective et à l’injure facile, et des voitures qui brulent. Mais reste l’écoute et dialogue, auxquels je suis très attaché, qu’un marcheur sait généralement enclencher, plus facilement en tous cas qu’un automobiliste plus soucieux de sa voiture, propriété intouchable sur quatre roues.

Marcher et écouter différents lieux, c’est explorer des lisières pas toujours très lisibles, entre centres urbains et périphéries, qui d’ailleurs peuvent glisser d’un coté comme de l’autre au fil des grands travaux d’aménagement et requalifications de quartiers.
Des zones deviennent de vraies enclaves, des presque délaissés, d’autres sont absorbées et nettoyées avec la bonne conscience d’une bienveillante gentrification.
Encore une source de fragilité sans doute, que ces porosités, lisières peu claires, parfois récupérées par des politiques instrumentalisantes, celles dont l’artiste marcheur urbain doit entre autre se méfier pour garder son libre arbitre.

Mais c’est bien sur toutes ces incertitudes et mutations constantes qu’une forme d’esthétique, non pas souverainiste, imposée comme un modèle labélisé « politique de la ville » mais plutôt comme une action concertée sur le terrain, ne serait-que prendre le temps d’écouter ensemble, doit se construire. Prendre conscience, avec le plus de partialité que possible, des fragilités d’un territoire, y compris par l’oreille, c’est aussi entrevoir des améliorations qui ne seraient pas de l’ordre du ravalement de façade, aussi coloré fut-il, mais plutôt d’un dialogue où chacun s’écouterait un peu mieux.
Mettre du rap, tout comme du Mozart, partout ne résoudra pas les problèmes si on ne les écoute pas de l’intérieur.
Ce que j’entends par une esthétique de la fragilité passe tout d’abord par des rapports humains, de bouche à oreille, dirais-je dans ce cas là. Construire de l’écoute, et au-delà une esthétique de l’écoute, c’est chercher des points d’apaisement à même le quartier, à même le social, à même l’écoutant.
Et avec ta ville, tu t’entends comment ?

* Une adventice, appelée également mauvaise herbe, désigne, pour les agriculteurs et les jardiniers, une plante qui pousse dans un endroit (champ, massif…) sans y avoir été intentionnellement installée1. Les adventices sont généralement considérées comme nuisibles à la production agricole, bien qu’elles puissent également être bénéfiques.
Leur contrôle est le principal objectif des pratiques agricoles de désherbage.

Points d’ouïe, vers une éco-écoute sensible, sociale et politique

17828026848_35a0746c7d_o

PAS – Parcours Audio Sensibles, Points d’ouïe et paysages sonores partagés, vers une éco-écoute sociale et écologique

Dés le milieu des années 80, les rencontres que je fis, notamment avec Elie Tête et l’association ACIRENE, m’ouvrirent tout un champ de pensée, d’actions, que je ne pensais pas alors si durables, voire essentielles aujourd’hui.
C’est à la lumière des travaux de Raymond Murray Schafer que nos réflexions, recherches et constructions se firent, m’engageant d’emblée dans une démarche liée à l’écologie sonore*.
Aujourd’hui, plus que jamais, face à des réels dysfonctionnements, pour ne pas dire dangers qui guettent nos sociétés, tant écologiquement que géo-politiquement, les deux étant d’ailleurs souvent liées, mes simples PAS – Parcours Audio Sensibles, si ils ne révolutionnent pas les modes de pensées et d’agir, s’inscrivent franchement dans une démarche politique et sociale. Ré-apprendre à écouter, à s’écouter, à écouter l’environnement, à sentir ce qui reste en équilibre, ce qui dysfonctionne, ce qui est devenu véritablement intenable, ce qui crée des liens, ce qui les mets en péril, ce qui peut être pris comme modèle esthétique, social, partageable, aménageable… Le monde sonore ne peux plus être, selon moi, pensé dans une seule visée esthétique et artistique. Il nous avertit par des signes ou des disparitions, des hégémonies et des déséquilibre, par une série de marqueurs acoustiques, des dérèglements sociaux et écologiques. La raréfaction des silences, ou tout au moins des zones de calmes, l’homogénéisation d’écosystèmes, l’accroissement des villes mégalopoles, avec leurs sirènes hurlant nuit et jour, la violence des affrontements et des armes ici et là… tout un ensemble d’alertes qui, malgré la résistance d’oasis sonores, nous obligent à considérer notre environnement, et global, comme sérieusement menacé de toutes parts.
Emmener des promeneurs écoutants au travers une cité, dans une zone d’agriculture céréalière intensive, ou ailleurs, c’est forcément les confronter, à un moment ou à un autre, à des situations d’inconfort, et parfois de stress. Les questions qui suivent ces déambulations le confirment bien d’ailleurs.
Sans tomber dans les excès d’une dramaturgie du chaos, un anthropocène omniprésent, on ne peut rester insensible à des phénomènes d’amplification, ou de raréfaction, qui se traduisent à nos yeux comme à nos oreilles.
Le promeneur écoutant, même s’il le souhaiterait bien intérieurement, ne peut plus se retrancher derrière une cage dorée pour l’oreille, territoires idylliques, âge d’or d’une écoute peuplée de chants d’oiseaux, de bruissements du vent et de glouglouttis des ruisseaux.
L’acte d’écouter est bien liée à l’écologie, au sens large du terme, voire de l’écosophie façon Guattari Deleuze, qui décentre l’omnipotence humaine pour replacer l’homme dans une chaine globale. Chaine qu’il faut aborder avec des approches environnementales, sociales et mentales, économiques, si ce n’est philosophiques, donc éminent subjectives et diversifiées. Prendre conscience de l’appartenance à un tout au travers une a priori banale écoute replace, modestement, l’écoutant dans un rôle de producteur/auditeur et surtout acteur de ses propres écosystèmes, fussent-ils auditifs.
La démarche liée au paysage sonore implique que le son soit pensé à l’échelle d’un paysage en perpétuelle construction, évolution. Un paysage où le jardinier aurait pour rôle de préserver, d’organiser sans trop chambouler, de cultiver des ressources locales, de retrouver et de partager du « naturel », d’éviter l’envahissement hégémonique, de préserver la diversité… Imaginons filer la métaphore paysagère et jardinière avec la notion, ou le projet d’un jardins des sons. Un espace abordé non pas comme un simple parc d’attractions sonores ou d’expériences ludiques, mais comme une forme approchant les systèmes ouverts, favorisés par exemple par la permaculture. Un espace (utopique?) où il y aurait des friches sonores, sans pour autant qu’elles soient colonisées par la voiture ou la machine en règle générale, où il y aurait des accointances favorisées, entre le chants des feuillages dans le vent, des espèces d’oiseaux et d’insectes liés à la végétation, les sons de l’eau, liés à des topologies d’écoutes, des Points d’ouïe aménagés de façon la plus discrète et douce que possibles, façon Oto Date d’Akio Suzuki. Appuyons nous sur des modèles « naturels », qui pourraient servir à concevoir l’aménagement au sein-même des villes tentaculaires, alliés aux recherches scientifiques, acoustiques, économiques, dans lesquelles l’écoute serait (aussi) prise en compte d’emblée, comme un art de mieux vivre, de dé-stresser les rapports sociaux. Recherchons une qualité d’écoute tant esthétique qu’éc(h)ologique, en rapport avec les modes d’habitat, de déplacements, de travail, de loisirs, de consommation, de nourriture… Conservons des espaces d’intimité où la parole peut s’échanger sans hausser le ton, ni tendre l’oreille. Il ne s’agit pas ici d’écrire une nouvelle utopie d’une Cité radieuse de l’écoute, bien que… mais de placer l’environnement sonore en perspective avec un mieux vivre, un mieux entendre, un mieux s’entendre, un mieux communiquer, un mieux habiter, ou co-habiter. Il faut considérer le paysage sonore à l’aune des approches économiques, des savoir-faire, de la santé publique, des domaines des arts et de la culture, de l’enseignement et de la recherche, tant en sciences dures qu’humaines. Il nous faut l’envisager dans une approche globale, systémique, où l’humain et ses conditions de vie restent au centre des recherches.
A chaque nouveaux PAS, je me pose, et pose régulièrement et publiquement la, les questions liées aux lieux avec lesquels on s’entend bien, on se sent bien, que l’on voudrait conserver, voire installer, aménager ailleurs. A chaque fois, les réponses sont diverses, même divergentes, prêtant à débat, mais en tout cas très engagées comme une réflexion sur la nécessité de considérer le monde sonore comme un commun dont nous sommes tous éminemment responsables, pour le meilleur et pour le pire.
L’écoute d’un paysage, sans forcément l’ajout d’artifices, le fait entendre ses pas sur le sol, sur différentes matières, sa respiration mêlée au souffle du vent, ses gestes et sensations kinesthésiques qui construisent des cheminements singuliers, intimes, mais aussi collectifs et partageables, sont des prises de conscience de nos corps et âmes éco-responsables d’un environnement qui concerne aussi nos oreilles. Ces gestes de lecture-écriture territoriales en marche, tentent de mettre en balance les lieux où il fait « bon vivre », dans un bon entendement, comme les lieux plus problématiques, plus déséquilibrés. Une des question étant de savoir comment les premiers pourraient sensiblement et durablement contaminer les deuxièmes, et non l’inverse. Comment de ce fait, le politique, l’économiste, l’aménageur, mais aussi le citoyen, peuvent mettre l’oreille à la pâte, dans une action où le son n’est certes qu’une infime partie d’un système complexe, mais néanmoins partie importante pour l’équilibre social.

* https://www.wildproject.org/journal/4-glossaire-ecologie-sonore

 

22737949963_a75064d040_o

Enregistrer

Points d’ouïe, des paysages sonores sociaux et politiques

Le paysage sonore est (aussi) un paysage social et politique !

gilles-malatray_parcours-audiosensible-gare_city-sonic_art-sonore_transcultures-2016-1170x777
@City Sonic 2016 – PAS -Parcours Audio Sensible à Mons

S’il est vrai qu’au travers de mes PAS – Parcours Audio Sensibles, mes Points d’ouïe, je recherche souvent à partager des esthétiques apaisantes, des aménités paysagères, le plaisir d’écouter collectivement le monde environnant, je ne voudrais pas pour autant réduire mon travail à une écologie (acoustique) fleur bleue, qui ignorerait, éviterait, fuirait, ou pire, tendrait à cacher les tensions ambiantes de nos sociétés.
Car le paysage sonore est un véritable marqueur social, avec toutes les frictions que ces territoires peuvent contenir et engendrer, un paysage audiblement politique, où se font entendre les grincements, les violences urbaines, ou rurales, les solitudes également, celles d’espaces délaissés, en friche, quasi abandonnés.
Bien sûr un promeneur écoutant n’est pas forcément armé pour analyser socialement, politiquement l’énorme masse d’informations qui lui tombe sous l’oreille, tel un sociologue pourrait par exemple le faire. Néanmoins, à force d’écoute, la vie s’impose belle et bien l’oreille, avec ses joies et ses misères, parfois oh combien cruelles et tragiques !
Un écoutant aguerri ne peut pas faire abstraction, ne peut pas tout filtrer, se boucher les oreilles devant quelques désordres, sans doute un euphémisme, sociaux et politiques qui marquent régulièrement les paysages sonores traversés.
Se promener dans la rue, arpenter la cité, ne peut laisser l’oreille indifférente aux fractures sociales, à l’emprise du politique, même hors discours.
Si l’oreille perçoit nettement le dynamisme de certains quartiers où existe encore une saine mixité inter-culturelle, un véritable brassage social, qui peuvent rendre des espaces plus « vivants » que d’autres à l’écoute, les tensions sociales, les ségrégations, la gentrification, la ghettoïsation, d’y perçoivent aussi nettement par l’auditeur. arpenteur
Violences langagières, cris, exhortations, bagarres de rues, insultes, harcèlement, discriminations, harangues, scènes de ménage, conflits de voisinage, d’automobilistes à cran, et j’arrêterai là cette liste assez sombre, tissent aussi le quotidien de l’espace public, comme de l’espace privé qui transpire parfois ses rancœurs et violences dans la rue, bafouant  ainsi tout intimité.
J’ai d’ailleurs personnellement assisté, à différentes reprises, promeneur écoutant en repérage, et témoin auriculaire involontaire, à des scènes de ruptures, ou de profondes fractures sentimentales extrêmement violentes, en tous cas dans la douleur exprimée par les mots et les intonations vocales, exacerbées, de celles qui nous glacent, nous atteignent profondément,  nous émeuvent dans ces drames, pourtant à l’origine  intimes.
Des conflits dune « tragédie humaines» révélée à l’écoutant, des cris, pleurs, supplications, qui parfois se mettent en scène via les smartphones où les acteurs hurlent leurs haines et leur vindicte aux oreilles de tous, entre colère surjouée et débordement catharsis, et qui d’ailleurs rajoutent des couches de tensions dans l’espace public. Ces violences quotidiennes s’ajoutent, ou se superposent aux concerts de klaxons exacerbés, et même aux insipides, lénifiantes et insupportables musaks d’ambiances, qui envahissent parfois nos rues, comme des empilements de sons contraignants.
De même, les revendications sociales, mouvements sociaux, grèves, entre harangues et slogans parfois drôle, parfois violents, des cornes, un vacarme social plus ou moins orchestré, portés par des flux, des masses organisées en défilés contestataires, et parfois marches silencieuses en mémoire de, construisent des espaces de contestations éminemment sonores.
D’autre part, l’espace sonore est marqué depuis longtemps par la volonté de montrer une puissance sociale et politique aux yeux et aux oreilles de tous.
Le nombre et la puissance des cloches, à l’époque ou châteaux et églises marchaient de concert, non seulement comme des rythmes marqueurs temporels, journaux d’information dans l’espace public (naissances, baptêmes, mariages, décès…) mais aussi révélateur de la richesse et du poids politique des villes, duchés, comtés…
De même les fanfares d’apparat dans les grandes cours, et celle, plus guerrières, de  troupes avec tambours fifres et clairons en avant-garde des batailles rangées, dont l’importance du nombre et la puissance sonore soulignait la potentielle force militaire qui avançait en chargeant au contact de l’ennemi.
Je ne m’étendrai pas ici sur les sons de guerres et d’actes terroristes, dont parlait déjà Luigi Russolo dans son manifeste « L’art des bruits » et parfois mis en poésie, de Victor Hugo à Guillaume Appolinaire.
Sans compter les discours politiques, commémoratifs, en campagne, parfois déversés par voix de puissants haut-parleurs dans l’espace public, le verbe haut comme force de propagande.
Le paysage sonore, l’espace sonore, le territoire sonore, sont donc bien construits sur des terrains sociaux et politiques parfois radicaux et très violents, et donc inévitables « écoutables » comme des marqueurs nous montrant les soubresauts d’un monde jamais vraiment apaisé.
Si j’ai souvent l’habitude de vous montrer, et de vous inciter à entendre les beautés intrinsèques des paysages sonores, je ne romps pas ici avec mes positions plutôt esthétiques, cherchant un apaisement social, mais je mets simplement au clair ma position d’écouteur public qui n’occulte pas la force obscure  du sonore, en tout cas les révélations parfois violentes et inattendues que l’écoute amène à nos oreilles ouvertes sur le monde, pour le meilleur  et pour le pire.