POINTS D’OUÏE, JEUX THÈMES ET VARIATIONS

POINTS D’OUÏE, JEUX THÈMES ET VARIATIONS

Définitions

Rappelons ici que nous avons pour principaux objectifs de proposer différentes formes de lectures et d’écritures du paysage sonore in situ, que les projets qui en émanent se déclinent en plusieurs modes d’actions, de réflexions, selon les contextes.

Sans compter ici toutes celles en chantier, ou qui restent encore à inventer au fil des expériences et des rencontres à venir.

Polarités

Le projet se positionne dans une préoccupation esthétique, artistique, celle du ressenti, de l’émotion, de la beauté intrinsèque des paysages sonores, quels qu’ils soient, à écouter et à construire, et également dans un soucis de montrer la fragilité de ces espaces, la nécessité de les protéger, dans une démarche explicitement liée à l’écologie sonore.

Postures

Deux postures émergent d’emblée.

D’une part, la promenade, le parcours, écoute en mouvement, au rythme de la marche, nous allons vers les sons, improvisant ainsi une «musique des lieux» en action, selon les événement et les choix du promeneurs, d’autre part, le point d’ouïe statique, où nous laissons plutôt les sons venir à nous.

Ceci implique en fait une troisième posture qui est celle de coupler marche et arrêts sur sons, toujours en fonction des aléas du terrain.

Déclinaisons, variations

Différentes expérimentations physiques viendront enrichir les possibilités d’écoute, oreille collée à, auditeurs allongés, en aveugles, mains canalisatrices…

http://desartsonnants.tumblr.com/post/127846492966

Les écoutes dites «à oreilles nues», et/ou celles prolongées d’objets et de dispositifs.

Comme son nom l’indique, la première fait appel au seul appareil auditif embarqué par chacun de nous.

D’autres situations d’écoute utiliseront différents objets existants ou non, du stéthoscope à un jeu de «longues-ouïes» imaginées et bricolées pour l’occasion.

http://desartsonnants.tumblr.com/post/127846417806

http://desartsonnants.tumblr.com/post/113638531001

Des calligraphies, consignes, modes de jeu, injonctions poétiques décalées pourront être envisagées pour guider et orienter le parcours vers des représentations et ressentis poétiques, surprenants…

Des installations éphémères, lutherie expérimentale, installations électroacoustiques mobiles, portables et autonomes.

L’installation de cartes postales ou création sonores réalisées sur le terrain, à partir des ambiances glanées, venant frotter des formes d’imaginaires recomposées au terrain initial, ou écoutes délocalisée, de l’extérieur vers l’intérieur, ou dans différentes temporalités…

Des performances musicales (improviser en faisant sonner les lieux), dansées (proposer des postures d’écoute via la danse), des lectures performatives de textes, des écritures spontanées…

Références et inspirations

Pour élargir le projet, des acteurs – penseurs nous font creuser plus avant le sujet.

– Guy Debord et ses expériences de l’errance situationniste, de la psychogéographie

http://www.larevuedesressources.org/theorie-de-la-derive,038.html

– Michel Foucault et sa réflexion autour du concept d’hétérotopie – http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html

– Georges Pérec avec ses écritures, pensées et descriptions d’espaces

http://www.grenoble.archi.fr/cours-en-ligne/tixier/perec/perec.html

Et autres d’autres ressources réflexives apportées par les participants.

Transdisciplinarités

Les approches sont pensées dans des pratiques transdisciplinaires, transmédiales, convoquant à l’envi le jeu, l’écriture ou l’improvisation musicale, la création sonore acoustique et/ou électroacoustique, la danse ou la performance, le chant, la voix, la poésie, la lutherie, le land art, les arts plastiques tels le graphisme, la calligraphie, la sculpture sonore, selon les savoir-faire, les affinités et les contraintes du projet.

L’idéal étant de puiser dans un panel de gestes, d’objets, de dispositifs, pour éprouver le terrain par l’oreille, notamment lors de workshops ou d’ateliers, en résidence, sur une durée de plusieurs jours à plusieurs semaines.

POINTS D’OUÏE – MARCHER POUR MIEUX S’ENTENDRE

ALÉATOIRE ET À TRAVERS

Marcher,
Marcher encore,
Marcher toujours,
Si possible,
Emmener,
D’autres marcheurs,
Grossir les rangs,
Partager,
Ou non,
Parcours,
S’immerger,
Dans la ville,
Dans les rues,
Le long des quais,
Dans la proximité d’un territoire à trouver,
Dans les interstices,
Dans la trivialité d’un moment,
De jour,
De nuit,
Entre chiens et loups,
A l’aube,
Dans nulle part,
Ou ailleurs,
Marcher,
S’user,
Urbaniquement parlant,
Déambulation,
Se fondre dans la pierre,
Le bitume,
Dans les sons,
Dans la lumière,
Dans la pénombre,
Dans l’obscurité,
Se confondre avec des gens,
S’en extraire,
Les fuir,
Les retrouver
S’imprégner des odeurs,
S’arrêter,
Parfois,
à l’envi,
Marcher,
Ecouter,
Regarder,
S’isoler,
Péripler,
Pas à pas,
A perdre son entendement,
Ou l’aiguiser,
Qui sait,
Errance,
Ne pas résister,
Se couler,
Dans un flux,
Ou plusieurs,
ans le courant,
A contre-courant,
Oublier,
S’oublier,
Marcher,
Solitaire,
De concert,
Flânerie,
Frôler,
Se glisser,
S’immiscer,
Trouver les failles,
Les aspérités,
Le lisse,
Le rugueux,
La foule,
Le silence,
Le chaos,
Ou un semblant de chaos,
Le vide,
Le plein,
L’entre-deux,
Avancement,
Etre stoppé,
Découvrir l’obstacle,
Trouver l’allure,
Ou non,
Emmener,
Sur ses traces,
Dans l’éphémère,
Faire durer,
Perdurer
Inviter,
Sans forcément savoir à quoi,
Se poser,
Se laisser submerger,
Envahir,
Déborder,
Céder,
S’aider,
Ne pas calculer,
Sensations,
Ne pas préméditer,
Frissons,
Ne rien lâcher,
Ou lâcher prise,
Eprouver,
Le végétal,
L’humain,
La pluie,
Le vent,
L’inconscience,
Aller vers la musique,
Le brouhaha,
Le tintamarre,
Le chuchotement,
Le non entendre,
Ou s’en éloigner,
Echanger,
Un regard,
Un sourire,
Une complicité fragile,
Une incompréhension latente,
Une parcelle d’invisible,
Marcher,
Aller vers,
Aller contre,
Aller avec,
Aller sans,
Aller, encore
Souvenirs,
Du paysage ouvert à l’incertitude,
Association,
Ou rupture,
Perdre ses repères,
En trouver d’autres,
Peut-être,
Avancer,
Point de chute,
Détours,
Impasses,
Passages,
Reliefs,
Platitudes,
Accentuations,
Rondeurs,
Traversées,
Un semblant d’initiatique,
Une terne réalité,
Des pans de rêves cités,
Les mots s’étirent,
L’esprit se noie,
Trop de sensations sauvages,
Zig-Zag,
Du coin de la rue,
Du pied de l’escalier,
A la porte de je ne sais où,
De ruelles en collines,
Se régénérer,
Se défiler,
Filer,

Ecouter

Transcender,

Dans la marche, erratique, ou écrite…

Texte en écoute, lecture croisée avec Valérie Champigny

POINT D’OUÏE – DEUX PROMENADES SONORES AVEC HOËLLE CORVEST

ÉCOUTER SAILLON 

Une fois n’est pas coutume, je vous présente aujourd’hui une balade sonore intégrale, non pas impulsée par Desartsonnants, mais par Hoëlle Corvest.

9 heure du matin. lors du 2e Congrès mondial d’écologie sonore, Hoëlle Corvest, membre du Colllectif Environnement Sonore, aveugle, chargée de l’accessibilité pour le public déficient visuel à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, nous emmène faire une promenade écoute quotidienne. Hoëlle possède une capacité à faire entendre et à débattre de l’espace sonore qui fait de ses promenades de merveilleuses expériences sensibles.

Nous sommes dans un petit village du valais Suisse, à Saillon, en aoüt 2012.

En écoute, deux journées, deux promenades, deux paysages sonores. Prenez le temps d’écouter, fermez les yeux…

1ère promenade, prise de son Laurent Choquel

2e promenade, prise de son Desartsonnants

POINT D’OUÏE À VITRY SUR SEINE

CARTES SUR TABLE À VITRY-SUR-SEINE

Ce jour là, j’étais passé à Vitry pour discuter avec Mustafa, le directeur de Gare au théâtre de projets en cours, mais également pour me promener dans Vitry et m’en imprégner de l’ambiance. Une grande fête de quartier battait son plein, avec braderie, danses, et un personnage que j’avais envie de croiser sur l’un de ses ateliers urbains.

Dans le cadre de cetr atelier, une grande carte étalée sur une table, avec Nicolas Fonty, architecte, urbaniste cartographe, qui questionnait, animait moult conversations sur la vie du quartier (les Ardoines), et proposait un jeu débat autour des espaces encartés.

Le fait de proposer une grande carte en libre accès incitait les gens à venir spontanément autour. Tout d’abord, repérer où on habite, sa rue, sa maison, son immeuble, l’école de ses enfants, le stade, la gare. Puis commenter, ce qu’on y voit, ce qu’on y vit, les plaisirs et les petites misères, l’avenir du quartier en restructuration…

Les dialogues se nouent naturellement – On est ici – Non, la carte est dorientée ainsi on est là – Et ces travaux qui n’en finissent pas !… Rien de telle qu’une carte pour établir des contacts, faire que les passants se parlent. Dialogues confus parfois, beaucoup de voix superposées, mais néanmoins très riche.

J’avais prévu ce jour là de tendre mes micros plutôt dans le quartier, aux bords de Seine, sur la brocante…

Cependant, la richesse des échanges m’ont fait changer mes micros d’épaule et finalement passer une bonne partie de l’après-midi autour de cette table carte de discussion.

Tranches de ville à Vitry-sur-Seine, lors d’une fête de quartier.

Par Gare au théâtre, dans le cadre de frictions urbaines.

POINT D’OUÏE LYONNAIS, FAÇON PÉREC

TENTATIVE D’ÉPUISEMENT D’UN POINT D’OUÏE LYONNAIS , FAÇON PÉREC

Hier, mardi 18 août, aux alentours de 21H, assis sur les marche du Théâtre Nouvelle Génération, rue de Bourgogne à Lyon, 9e arrondissement.
Une légère pluie vient tout juste de cesser, l’air est agréable, presque frais. La nuit est maintenant tombée.

Lorsque le magnétophone connait ses limites, les mots s’y substituent…

Devant moi, une intersection avec des feux tricolores, des voitures de tous genres passent, s’arrêtent, passent, s’arrêtent, passent, s’arrêtent… Voitures, camions, motos, à chacun sa façon de vrombir…
Un bar ouvert, le patron rentre tables et chaises en causant fort avec des clients à l’intérieur.
Une jeune femme passe tout près, d’un pas pressé. Ses tongues claquent sur l’asphalte mouillé.
Une voiture anime la rue des puissants cliquetis de la grosse remorque métallique qu’elle tracte. On l’entend venir bien avant de la voir et partir bien après l’avoir perdu de vue. Hors champ.
Un vélo traverse le scène, en silence.
Un bus en colère klaxonne rageusement après une voiture qui lui a joliment grillé la priorité.
Un train de marchandise, sur la droite, hors-champ, n’en finit pas de secouer le paysage de ses rythmes saccadés, réverbérés par les constructions adjacentes et les deux ponts de pierres qu’il enjambe.
Le clocher de l’église de l’Annonciation, que l’on voit émerger des toits, égrène ses neuf coups, avec de surprenants échos qui feraient croire que deux clochers se répondent très rapidement.
Un groupe de promeneurs déambulent en parlant de vive voix d’un spectacle apparemment très apprécié.
Des gens fouillent les poubelles d’une supérette, on entend les froissements des sacs en plastique et les fermetures des couvercles.
Une moto, monocylindre, (Harley peut-être?) démarre du feu avec un tintamarre à la fois beau et à la limite de ce que le paysage urbain, et ses habitants, puissent supporter.
Un père de famille portant sur ses épaules une fillette, lui fredonne une chansonnette que l’enfant a l’air de fort apprécier.
Deux personnes regardent à leur fenêtre, en silence.
Un autre train, plus discret et plus court celui-ci.
Le bar ferme ses portes dans un bref mais énergique roulis métallique.
La supérette ferme également ses portes sans particulièrement se signaler à l’oreille, seule l’extinction de ses lumières atteste de sa fermeture. Le quartier, petit à petit, presque en catimini, se blottit un peu plus profondément dans la nuit.
Un jeune homme africain arrive en chantant, me demande du feu avec une voix joviale. Come je lui répond que je n’en ai pas, du fait que j’ai cessé de fumer, il me répond dans un grand rire que j’ai bien de la chance, et s’en va en m’adressant un sympathique signe de la main.
Les voitures se raréfient progressivement, jusqu’à laisser de temps à autre, de vraies plages de silence, durant quelques secondes en tout cas… Surprenant et apaisant.
Un jeune homme chevauchant un Vélov (bicyclette urbaine en libre location) tente de venir arrimer sa monture à la station se trouvant à quelques mètres de moi. Comme il n’y a pas d’espaces libres, il repart en grommelant.
Nouveaux tintements des dames d’airain dans leur tour de pierre, qui semblent rassurer le quartier. Dormez tranquilles braves gens, nous veillons sur vous…
Des adolescents, garçons et filles, arrivent en parlant haut et fort, en chantant et en faisant tintinnabuler leur réserve de bouteilles qu’ils portent dans de grands sacs. Le calme reprend peu à peu le dessus lorsqu’ils s’éloignent. La rentrée étudiante s’approche.
La fenêtre d’où observait le couple s’est refermée, sans bruit.
Un autre train se fait entendre, toujours invisible, de voyageurs celui-ci.
L’heure avançant, les événements deviennent moins denses, le quartier s’apaise, je décide alors de rentrer.

Ainsi va la ville, ou tout au moins une tranche de ville, lorsqu’on lui prête l’oreille

POINTS D’OUÏE ET PAS DE DEUX – PARCOURS AUDIO SENSIBLES EN DUO

PAS – Parcours Audio Sensible en duo d’écoute

PAS – avec Céline Grisoni – départ de la gare Saint-Paul

Un lieu donné, espace urbain, site naturel, architectural…
Desartsonnants, invite un résident, à partager une promenade de concert.
Un rendez-vous est pris.
L’invité choisit le lieu de départ, la durée, le parcours, le moment…
Un dialogue s’établit autour des choses vues et entendues, des ressentis, des impressions, images mentales, spontanées…
Ce parcours est enregistré dans son intégralité, comme une mémoire, trace sonore, carte audio .
La matière sonore captée in situ pourra être, par la suite, retravaillée; éventuellement associée à des photos, écrits, et ensuite installée ici ou là, en prolongement du parcours, enrichi d’expériences de terrain en duo…
Une œuvre participative, à plusieurs voix, déambulatoire, contextualisée, se construira ainsi, au gré des rencontres et des promenades.

Vous êtes intéressés pour proposer un nouveau PAS en duo d’écoute ? desartsonnants@gmail.com

PAS en duo avec Patrick Mathon – Lyon pentes de la Croix Rousse

Des traces de PAS en duo d’écoute

Maxime Jardry – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-maxime-jardry/

Patrick Mathon – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-patrick-mathon/

Yannis Kosmas – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-yannis-cosmas/

Marjolaine Pont – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-opus-4-avec-marjolaine-pont/

Céline Grisoni – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-f%C3%A9coute-avec-c%C3%A9line-grisoni/

Geneviève Girod – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-duo-d%C3%A9coute-avec-genevive-girod/

Quentin Thirionnet – PAS (Parcours Audio Sensible) Duo d’écoute à Confluence avec Quentin Thirionet by Desarts Sonnants | Mixcloud.html

Péroline Barbet – https://www.mixcloud.com/desartssonnants/pas-parcours-audio-sensible-avec-p%C3%A9roline/

POINTS D’OUÏE, L’INVITATION À L’ÉCOUTE

AU FINAL, SE CONFRONTER AU TERRAIN

Œuvrer à un catalogage de sites auriculaires remarquables, à un état des lieu des paysages sonores, à un répertoire de points d’ouïe me parait au final une vaste utopie, et en tout cas une volonté somme toute assez prétentieuse.

Pourtant, raconter par des mots, des sons, des images, un territoire sonore, l’enregistrer quelque part en l’écrivant sur quelques pages d’un livre, ou sur un des innombrables recoins de la toile n’est pas un geste vain, tant s’en faut.

Cette trace, inscrite et partagée, prend alors tout son sens lorsqu’elle incite le lecteur à aller se frotter au terrain, lorsqu’elle lui donne envie de s’émoustiller les sens en les confrontant à un chemin sauvage, un arbre, un ruisseau, une rue, une ville…

C’est là la véritable force de la trace répertoire, non pas de dresser un tableau représentatif de paysages sonores, mais de faire rêver de potentiels promeneurs écoutants, de les inviter à un voyage d’écoute, physique, de leurs montrer les beautés intrinsèques en même temps que la fragilité de certains lieux, et la nécessité d’en préserver leurs richesses.

Le projet Points d’ouïe convie à une expérience esthétique in situ, qui n’a d’autre volonté que de changer votre regard/écoute de sites choisis, en vous invitant à vous y frotter physiquement. Pas moins que cela !

POINTS D’OUÏE – BEAUMONT, UN MATIN ESTIVAL

BEAUMONT MATINAL

Ce post fait suite à celui consacré au Sentier des Lauzes puisqu’il s’agit d’une séquence enregistrée au cours du même séjour.

Il fait écho également à la prise de son de Raymond Delepierre, qui m’accueillait dans ce magnifique site, captation effectuée sans concertation aucune, peu de temps après, entre autre dans la même église.

7 heures du matin, à Beaumont, petit village joliment perché à flanc de collines, au cœur des cévènes  ardèchoises, il fait encore une relative fraîcheur. Le village est endormi, il se repose d’une éprouvante journée aux températures très élevées. Je jette un petit coup d’oreille sur la place centrale du village avec tout d’abord, l’Angelus entendu de ma chambre, puis un petit test acoustique vocal dans l’église pour finir avec une note rafraîchissante du lavoir juste en contrebas de cette même église. Les cigales quand à elles ne sont pas encore réveillées. Sans doute ont-elles trop fait la fête et chanté la veille, dans ces journées caniculaires de juillet. Chose surprenante à la réécoute, la cloche, la voix et la résonance de l’eau dans le lavoir voûté de lauzes sont toutes quasiment accordée sur une même fréquence… Une douce musique des lieux en quelque sorte.

POINTS D’OUÏE – MALVES EN MINERVOIS EN ÉCOUTE

MALVES EN MINERVOIS  EN ÉCOUTE

PARCOURS D’ÉCOUTE ET INSTALLATION SONORE

Invité dans le cadre du festival « Mai numérique » à Malves en Minervois, je m’installe une semaine dans ce beau vilage entouré de vignes, logé dans un chateau s’il vous plait. J’arpente le village et ses alentours de nuit comme de jours. j’en tire une carte postale sonore qui sera installée dans une salle voûtée obscure, et retraitée en temps réelle de façon plus ou moins aléatoire. Cette installation sonore servira de point d’arrivée à des promenades écoute.

REPÉRAGE

Exploration Nocturne

« Je rentre tout juste d’une première promenade écoute nocturne à Malves en Roussillon. Petit village niché à flanc de coteau, au milieu des vignes, des champs et des forêts; l’écoute y est de l’ordre du « Presque rien », pour paraphraser Luc Ferrari. Mais c’est justement ce qui fait tout. Pas de pollution automobile (deux ou 3 autos croisées en 1H30 environ), chaque son, glougloutis de fontaine, chiens aux loin, cloches, murmures derrière les volets; oiseaux nocturnes, pas résonnant dans les étroites ruelles, grésillement de transformateur… contribuent à ciseler un espace d’écoute joliment bruissonnant. Le magnétophone à d’ailleurs du mal à transcrire ce fourmillement synesthésique nocturne ou sons, vents, odeurs et lumière émoustillent les sens en alerte. La suite avec une exploration diurne…

Exploration diurne

« Chaque lieu exploré à l’oreille, chaque séjour dans un espace sonore, urbain, rural ou naturel, nous invite à construire un récit tissé d’images sonores. Hier, à Malves en Minervois, une exploration auriculaire diurne, pour faire suite à celle nocturne de la veille. Et toujours ce sentiment de calmé posé, où chaque son prend sa place sans qu’aucun ne vienne s’imposer. Un doux récit emprunt d’une certaine sérénité, construit par le pointillisme d’une multitudes de bribes sonores fugaces.

 » Une brèche sonore plus imposante excite cependant le bas du village, par la porte ouverte d’un atelier de menuiserie ébénisterie. A la sympathique invitation de l’artisan maître des lieu, j’y entre et capte les hurlements et stridulations aigus des scies circulaires et raboteuses. En ressortant, par effet de contraste le village ne m’en paraît que plus calme. 10H30, l’école déverse dans la cours de récréation un flot de jeunes enfants. Leurs voix égaient soudainement le centre du village. 11H, la cloche haute perchée sur son campanile leur répond en contrepoint bien sonnant. Chaque élément se met en place en même temps qu’il construit ce récit topophonique, paysage sonore Minervois. Charge à moi maintenant de le réécrire, à ma façon, mais sans en trahir la sonorifique moelle. »

http://desartsonnants.tumblr.com/post/91667557936/balade-sonore-malves-en-minervois-festivalMai Numérique : http://www.graph-cmi.org/

Annexe : Bancs d’écoute à Malves

POINTS D’OUÏE – A EN PERDRE L’ENTENDEMENT, VOIRE L’ENTENDEUR !

Ne suivez pas forcément le Dieu Guide !

Si j’avais à écrire des audioguides, ce que du reste je ne fais pas, je ne chercherais surtout pas à guider les utilisateurs. – Paradoxe ? – Je m’emploierais à les perdre. A leurs donner une sorte de mode d’emploi piégé de la dé-route. Un guide du détournement. Des conseils pour sortir des sentiers battus, pour abuser des chemins de traverses, ou de ceux des écoliers, ou tout autre fantasque itinéraire qui de fait n’en serait plus un – Brouillage – Je leur donnerais le goût de l’impasse intime, de l’escalier trivial, de la friche résistante, de la cour désuète, de la banlieue inassouvie, des usines menaçantes, de la ville encanaillée… Et mille autres urbanités bien rangées à l’abri du regard, et de l’oreille.

Je proposerais aux promeneurs potentiels de lire un plan à l’envers, de le découper en carrés puis de le recoller sans logique géograhique, de surajouter leurs propres lignes de pensées, ou de direction, des symboles d’espaces capricieux, des échelles dé-mesurées…

Je conseillerais de déambuler avec « Espèces d’espaces » de Pérec et le texte « Hétérotopies » de Foucault en poche.

Si j’avais à écrire des audioguides, j’y perdrais tout sens de l’orientation, si tant est que je l’eusse, j’irais jusqu’à perdre mon quartier latin, si tant est qu’il m’appartint.