Points d’ouïe et mouvements pendulaires

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©photo Jeanne Schmid

Au sommet d’une combe, surplombant la ville, un musée du temps.

Histoire d’une cité horlogère.

En extérieur, une fontaine, monumentale, métallique.

Un long balancier rythme le temps de son mouvement en va et vient lancinants, inlassablement.

Cet assemblage chronométrique se fait également entendre.

Il grince, gémit, ferraille, cliquète, avec parfois de réels désynchronisations semblant contrarier la rigueur du balancier tel qu’on le voit osciller.

De petites contradictions véritablement anachroniques, où le son et le mouvement observés, ne partageraient pas toujours le même espace-temps.

 

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Au bas de la ville, le remontoir.

Une petite cabine ascenseur-funiculaire qui permet d’avaler rapidement la raide pente menant à la gare, à moindre effort.

Là encore, un mouvement pendulaire, tout autre.

Linéaire, de haut en bas, et vice et versa.

Ce remontoir est très utilisé, parcourant chaque jours d’innombrables trajets.

Dedans-dehors, il a aussi sa façon de souligner à l’oreille ses rotations verticales.

Les poulies et câbles grincent, grondent, les portes chuintent; toute une palette sonore associée aux  flux de voyageurs transitant de bas en haut de la cité.

 

Et si, par un dérèglement, un glissement géographique, l’horloge du musée dialoguait avec le remontoir, créant une ligne sonore, contrepoint imaginaire du bas de la ville jusqu’à une ligne de crêtes ?

 

Résidence artistique « Écoute voir Le Locle, Point d’ouïe et Points de vue » à Luxor Factory, avec Jeanne Schmid – octobre 2018

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Écoute voir Le Locle, carte postale sonore

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©Franz – LuXor Factory

 

Une histoire qui démarre

tissée de sons

moteur joyeux

comme une douceur

que viennent confirmer des cloches

douze coups de l’église

puis en écho

la volée du temple

en rumeur lointaine

descente vers la ville

 

centre de ville 72dpi
©Jeanne Schmid

 

cœur de ville

Hôtel de ville

un mariage

lui aussi joyeux

du soleil

musiques du Maghreb

cris

danses

klaxons

Drapeaux (inaudibles)

l’espace s’ébroue

acoustique festive

le convoi s’ébranle

puis tout s’assagit

en apparence

Carte des sons 72dpi
©Jeanne Schmid

 

De l’autre côté de la rue

un chantier fébrile

voix

moteurs

marteaux

grincements

raclements

échos

un toit refait peau neuve

toujours du soleil

qui n’imprègne pas mes micros

si ce n’est d’une allégresse ambiante

perceptible

la ville bruissonne

l’oreille s’en régale.

 

 

Résidence artistique « Écoute voir Le Locle » avec Jeanne Schmid – LuXor Factory Octobre 2018

Point d’ouïe, Le Locle, dans l’aire du temps

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©photo Jeanne Schmid

 

Le locle est une petite cité historique Suisse, majeure dans l’histoire de l’horlogerie. Dans l’aire du temps !

Mesure du temps, chronographie, ponctualité oblige, mécanismes de précision, un certain sens du luxe, des manufactures aux architectures singulières, jusqu’aux objets connectés qui commencent à se tailler une place non négligeable dans notre quotidien… on ne réside pas dans cette ville sans mesurer l’emprise du temps qui défile.

 

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©photo Jeanne Schmid

 

Il est des temps multiples, des temps facétieux, joueurs, scandés par différents sons de la vie. Desartsonnants en triture les signes sonores, Jeanne Schmid les photographie, les dessine, nous  réfléchissons aux croisements possibles, bref, nous n’échappons forcément pas aux temps qui passent. Nous tâchons d’en garder trace, même fugace.

 

 

Résidence artistique à LuXor Factory Écoute voir Le Locle, Points d’ouïe, Points de vue – octobre 2018

 

 

Points d’ouïe, Points de vue, résidences, résistances

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Une résidence artistique est un moyen de s’immerger dans un territoire, ville, espace naturel, ou autres lisières et interstices hybrides.

C’est un moyen de gratter les lieux, d’y imprimer le poids de ses pas arpenteurs, de s’y asseoir aussi, écouteur observateur, à la recherche de balises urbaines spacio temporelles.

Par exemple sur cette place publique, presque tous les jours, à certaines heures, se retrouvent des personnages sur des bancs, souvent les mêmes, moi compris.

Couples, ados, marginaux, retraités, cadres…

L’histoire se tisse, se lit, s’écrit, façon Pérec.

Les rythmes se précisent.

Et de ce fait les espaces.

Sortie d’écoles, flux de travailleurs, une acmé, un apaisement avec la nuit qui tombe; des cycles qui au final ne varient que par de menus événements.

Les sons et lumières entretiennent de réelles accointances.

Les ambiances se précisent aussi, au rythme des jours et de la saison.

La résidence nous offre de nouveaux repères, qu’ils nous faut aller chercher, des rituels, des ailleurs à se construire, des surprises à accueillir.

L’ailleurs stimule la sérendipité qui nous ouvre des portes inattendues.

Ici, des évidences, des récurrences, quasi universelles, des voix, du vent, de l’eau, des flux.

Ici des singularités, des accents, des expressions, des codes couleurs qui changent, des signalétiques du cru, des architectures singulières, anachroniquement entremêlées.

Ici, nous nous re-créons nos propres symboles, dans un lieu où nous n’avons pas (encore) d’espaces qui puissent nous situer fortement dans l’ancrage d’une géographie sensible.

Une résidence, c’est un moment, plus ou moins long, où le temps et l’espace s’offrent autrement. Ils nous permettent à la fois de développer des gestes, des postures, des dispositifs d’écritures nomades, et de nous créer une nouvelle palette de jeux, ou tout au moins de l’élargir, de l’adapter aux contextes, aux ambiances in situ.

L’hétérotopie de Foucault y prend souvent tout son sens, strates de territoires géographiques, esthétiques, politiques, sociaux…

Mon oreille par exemple, procède par une forme de syntonisation, ocsillant entre le paysage intérieur de mes souvenirs, de mes expériences, et le paysage extérieur plus ou moins inconnu, que j’appréhende peu à peu, me mettant autant que faire se peut au diapason des lieux.

Mon œil sans aucun doute en fait-il de même.

Mon corps entier cherche une syntonie où accorder un maximum de fréquences, internes et externes, tendant à vibrer et résonner de concert.

Le dépaysement est pour cela un stimulateur sans pareil.

Une résidence, c’est augmenter une collection de parcours et de sites liés à des expériences sensibles, ici des Points d’ouïe, Points de vue, des parcours sensibles, entre autres choses.

C’est aussi se frotter à d’autres personnes, autochtones ou non, à d’autres pratiques, d’autres connaissances, hybridations.

Un moyen de travailler l’altérité, de pourfendre l’a priori.

De résidence, non assignée, à résistance, quelques pas, sans plus.

Quitte à déstabiliser notre confort bâti sur une série de repères (trop) bien identifiés.

Une résidence, ou plutôt l’enchainement de différentes résidences, nous fait nous sentir appartenir à un monde multiple, complexe, mouvant, si possible accueillant, sans enraciner nos pensées et gestes dans un cocon terreau trop sédentarisant.

 

Gilles Malatray – Texte en résidence à LuXor Factory (Jura Suisse), avec L’artiste plasticienne Jeanne Schmid

Le Locle, Octobre 2018

Point d’ouïe, ce qui cloche, joliment, au Locle

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©photo Jeanne Schmid

S’il est une signature sonore que j’apprécie tout particulièrement, c’est bien celle, aérienne, imprimée dans un paysage auriculaire, qu’égrènent les cloches.

Les déferlantes campanaires, vigoureuses, vivifiantes, celles qui balaient la ville, la secouent parfois de sa torpeur, me mettent les oreilles en liesse.

Chaque volée a sa personnalité, ses rythmes, ses couleurs, ses harmonies, son écrin acoustique, architectural. C’est ce qui fait que, rarement, voire jamais,  une sonnerie n’est rigoureusement identique à l’autre. C’est pourquoi je considère les cloches, à l’instar des fontaines, lorsque l’on prend le temps d’écouter l’une et l’autre dans leurs cadres, comme de véritables signatures acoustiques.

Les volées du grand temple du Locle sont superbes. De la terrasse où nous résidons, à quelque encablures du clocher, nous les entendons clairement, éclats d’airain virevoltant au dessus des toits, semblant tout à coup se rapprocher, ou s’éloigner, selon les caprices d’un vent complice.

Traverser une ville, c’est souvent pour moi l’occasion de lever les oreilles, et de tendre les micros vers les clochers, pour augmenter peu à peu une collection d’objets sonnants, qui participent activement à la fabrique de paysages sonores.

 

 

Résidence artistique à LuXor Factory, avec Jeanne Schmid

Écoute voir ! Le Locle, Point d’ouïe, Point de vue

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©photo Jeanne Schmid

En résidence avec Jeanne Schmid, à Luxor Factory, Le Locle cité Neuchâteloise dont l’urbanisme horloger est classé au patrimoine Mondial de l’Unesco, nous posons une écoute et un regard croisé sur le site investi, arpenté au pas à pas.

Le Locle, Point d’ouïe, Point de vue

Aborder une ville par les sens, cherchant son essence, dans tous les sens, c’est l’arpenter pour tenter d’en lire des lignes fortes, directrices, saillantes ou sous-jacentes.

Après un temps de tâtonnements, errances, déambulations, hésitations, hypothèses, nous appréhendons Le Locle via trois axes qui nous semblent pertinents, si ce n’est évidents.

Il s’agit pour nous de retranscrire des parcelles de vie, de respirations, d’évolution d’une ville en mouvement perpétuel, d’en capturer des instants, fragments, paysages, au travers le filtre de nos pratiques artistiques. La ville et ses activités, ses habitants, ses industries, vivantes ou disparues, ses pratiques collectives, est le vivier de notre investigation, de notre récit en construction.

Comme dans tout récit, les traces du passé, du présent, et certainement d’un imaginaire assumé, d’une fiction audio-visuelle, tissent une petite histoire du Locle, à notre façon.

Le flux, le temps, l’impermence sont les trois lignes fortes que nous posons d’emblée comme fils conducteurs.

La ville flux est une ville sans cesse traversée de flux, aquatiques ou autres.

– Une rivière souterraine, une trentaine de fontaines, des moulins enterrés, la pluie parfois… L’eau est une quasi constante, structurante ici

– Les flux humains qui traversent la ville, flux de pas et de voix.

– Flux de voitures, dont les chuintements se mêlent parfois à ceux de l’eau.

La ville temps s’impose au Locle, un point fort de l’horlogerie, de la micromécanique de précision, du décolletage, avec sa quarantaine de fabriques. La mesure du temps qui passe, du présent et du passé est sans cesse rappellé au promeneur, via notamment l’urbanisme horloger (site classé au Patrimoine Mondial de l’Unesco).

En regard de notre première approche, le temps est également un flux, de celui qui marque l’histoire d’un lieu, entre passé présent et vision d’avenir.

La ville impermanence, c’est la ville qui bouge, qui connaît une succession d’incendies, démolissions, qui se fissure par endroits, subit des affaissement, écroulements. Les transformations sont permanentes, déconstructions et reconstructions. La ville est chantier, son impermanence la fait résistante aux flux comme au temps qui passe, et lui assure une résilience vitale.

 

Autour du flux, Fontaines Locloises, notre première production à quatre mains, quatre yeux et quatre oreilles. 

Vidéo Jeanne Schmid, son Gilles Malatray

Paysages toniques, micro récits auriculaires

Projet Titre à venir
Haut plateau du massif du Bugey

Centre d’Art Contemporain de Lacoux – 16/27 août 2018

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Lundi 8H15
Brume
Une brume effilochée, et pourtant tenace, court sur les arêtes boisées des combes environnantes.
Durant de longs moments, seul un vent tonique se fait entendre, déversant par à-coups une fraîcheur à la caresse par trop revigorante.

Mardi 6H30
Dialogue
Deux buses invisibles devisent, l’une dans une futaie en contre-bas, face au banc sur lequel je suis assis, l’autre à l’orée de la forêt, à flanc de coteau, juste derrière moi.
Elles entament un dialogue matinal, joute de cris-réponses perçants, entrecoupés de silences
qui tracent une ligne d’écoute quasi stable.
Je suis un point d’écoute focal, médian entre les deux rapaces bavards.

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Mercredi 8H30
Rituel
Chaque jour ou presque, dans le champ voisinant notre campement, un rituel sonore se répète à mes oreilles.
Progressivement, une «enclochatement » paysager se fait entendre, poudrant la prairie de droite de tintements malicieux.
Le troupeau de chèvres de notre hôte s’installe en gambadant, parfois caché dans les prémices de la forêt, parfois courant à notre rencontre.
Ces animaux au regard malicieux et aux mouvements tintinnabulants nous font rentrer dans le vif de la matinée, si ce n’est de la journée.

Jeudi 7H30
Retournement
Ce matin là, le vent a tourné, et le paysage sonore semble avoir subi une révolution auriculaire conjointe.
De nouvelles sources sont ainsi apparues, mécaniques, en quasi opposition avec la quiétude pastorale visuelle.
Une carrière invisible, derrière la colline, assène des chocs métalliques au paysage, qui viennent buter en sourds échos dans le foisonnement de la forêt.
Ils jouent à tromper sournoisement la, notre perception des espaces sonores.
A ne plus savoir qui est l’écho ou la source initiale, comme matrice énergétique acoustique.

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Vendredi 10H
Apparition – disparition
Je marche, nous marchons au fil d’une rivière, ou torrent, ou les deux.
A son extrémité, ou début, elle s’achève, ou nait au grand jour, tout en haut d’une falaise en imposante cascade jaillissante.
Sur le sentier capricieux, l’écoute nous joue des tours.
Au gré d’un dénivelé, d’un détour boisé, d’un obstacle minéral, des basculements incessants, glissements ou cassures acoustiques scandent un paysage aquatique en continuel évolution.
La rivière joue à cache-cache, je l’entends, elle disparait de mon champ auditif, puis revient, puis s’en va, se rapproche, s’éloigne, semble loin, puis toute proche… Méandres d’écoutes.

samedi 16H
Récurrence
Un groupe d’une dizaine de personnes entament un PAS – Parcours Audio sensibles aux alentours du village de Lacoux.
Marcher lentement, faire halte sur des points d’ouïe, écouter ensemble, les règles sont toujours très simples.
Au départ, une fête, repas villageois au lointain; puis une sente forestière; un silence presque (trop) parfait.
Le sentier nous ramène au-dessus du village où la fête en contrebas nous revient à l’oreille, invisible, claire, un brin fantomatique. Nouvel estompage sur le chemin du retour. Réapparition fugace à l’approche du centre du village, comme un yoyo sonore.

Dimanche 8H
Réminiscence
Le séjour touche à sa fin, le village s’ébroue, s’éveille doucement, très doucement, dans une fraîcheur automnale. Bientôt, les randonneurs arriverons. Bientôt, l’oreille reprendra sa place urbaine, avec l’empreinte prégnante de cette résidence montagnarde en contrepoint, tenace et douce réminiscence.

 

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