Points d’ouïe, dans nos confinements réunis, des sons à nos fenêtres

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@ photo – Judith Lesur, contributrice
Après un peu plus de trois journées pleines, l’appel à contributions « Des sons à ta fenêtre – Sounds at your window », s’inscrivant dans la crise sanitaire du Covid19, compte presque 30 sons, pour un peu plus de 5h de matière brute.
Sons de fenêtres, de balcons, terrasses, et pour les plus chanceux de jardins.
Sons de villes, de villages, de hameaux, de quartiers…
Sons de France, du nord au sud et d’est en ouest…
Mais aussi de Suisse, du Danemark, d’Allemagne…
Sons et photos, parfois textes, vidéos.
Sons isolés ou en séries quasi quotidiennes.
Sons très brefs, ou qui prennent tout leur temps.
Sons au hasard de l’instant ou sur des événements prévus, anticipés (les 20h, rituels de soutien collectifs aux fenêtres).
Sons, images et textes, voire vidéos, qui marquent des changements progressifs, comme des ruptures, des effondrements, des apaisements, de silencieuses tensions.
Sentiments d’étonnement, d’isolement, de solitude, mais aussi volonté de faire encore, autrement dans nos confinements réunis.
Si l’oreille vous en dit
A suivre
A alimenter encore
In progress
Une cartographie à venir

Points d’ouïe, fenêtres et balcons, une géographie de l’écoute

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Des percées Points d’ouïe, un cadre d’écoute
Aujourd’hui, la fenêtre, le balcon, sont devenus des points d’ouïe privilégiés pour tendre une oreille vers la ville, lui faire prendre l’air, et les sons, rester présent, observateur, actif, malgré notre confinement.
Ces lieux donnent un cadre, dans tous les sens du terme, ils orientent nos points d’ouïe, les limitent parfois, imposent des axes, des horizons, des rapports vision/écoute plus ou moins contraints, des confrontations de chez soi vers des ailleurs percés.

Jonctions

Dedans dehors
Je suis plus ou moins dedans, plus ou moins dehors, et mon écoute se joue de cet entre-deux.

Devant derrière
Derrière, c’est une cuisine, un bureau, une chambre…
Devant c’est un jardin, une cour d’immeuble, un champs, une route.
Et les sons sont en conséquence.

public privé
Ce que je vois, ce que j’entends à portée de vue, relève en général du public, ou de l’espace public, ou des usages publics, des espaces privatifs, ou privatisés.
Mais hors-champs, lorsque je suis tourné vers l’extérieur, c’est chez moi, là où j’habite, de l’endroit où j’écoute.
Et les deux se mêlent ainsi, me faisant axe entre deux mondes orientés via l’oreille. Plus ou moins précisément d’ailleurs.

intime extime
L’intimité de chez soi, je l’entends par des gestes confinés, des présences de proches, des voix et bruits du quotidien, de l’eau qui coule, des couverts rangés, ou la solitude calfeutrée.

L’extime, c’est la vie au-delà de l’intime, au-dehors, voitures, chantiers, oiseaux, et tout ce qui résiste encore en laissant des traces auriculaires…

Seuils
La fenêtre et le balcon font seuils
Ils sont entrée, porte ouverte aux sons du dehors
Ils sont sortie, laissant les sons du quotidien s’échapper vers le dehors
Ils sont passage
Ils sont lisière, marge, croisement, recoupement, interstice, superposition
Ils sont espaces de mixage où se confondent les jonctions auriculaires
Se tenir sur la PAS, accueillant la vie sonore, au lieu de faire un PAS – Parcours Audio Sensible.
Nouvelles contraintes, nouvelles pratiques.

 

Texte écrit dans le cadre du projet  » Des sons à ta fenêtre – Sounds at your window« 

https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Points d’ouïe, crise sanitaire et ambiances acoustiques dystopiques

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Amateur de science-fiction, j’ai connu bien des dystopies littéraires, où se raréfiait la foule, l’humain, sous des menaces diverses; plus terribles les unes que les autres. Un peu comme maintenant quoi.
Arpenteur urbain, écouteur public, j’ai traversé nombre d’ambiances sonores chaotiques, parfois jusqu’à l’oppression chronique.
Depuis quelques jours, marcheur urbain confiné en appartement, je regarde et tends l’oreille à ma fenêtre. Je vois et j’entends la cité se déserter, se taire, passe progressivement du joyeux chahut au chuchotement.
Je vois les passants esquisser, des pas de cotés, chorégraphies ‘évitement corporel lorsqu’ils se croisent, à vrai dire assez rarement, sur le trottoir..
Bien sûr, j’en vois d’autres passer de longues heures à siroter des bières sur un banc, néanmoins avec gants et masques… A chacun la façon d’interpréter son confinement
Aujourd’hui, enfermé depuis trois jours, je sors faire des courses, autorisation dérogatoire en bonne et due forme en poche.
Quelques centaines de mètres jusqu’au magasin, une promenade de luxe quoi.
Le soleil, outrageusement généreux ces jours-ci, et l’air sur la peau me font un bien fou. Comme si j’avais subi des lustres de privation de ces éléments qui me paraissent si agréables. Un petit plaisir retrouvé qui en devient un grand
On s’aperçoit ici, très vite, surtout pour quelqu’un qui a l’habitude dans son travail de battre le pavé, que l’enfermement pèse rapidement très très lourd.
On repense l’univers carcéral autrement, peut-être. Surtout qu’étant intervenu récemment à la prison des Baumettes de Marseille, je considère maintenant avec un œil et une oreille interpellés, les notions de dedans/dehors, et de libertés fondamentales.
Sinon, une sorte de sidération sensorielle.
À 17 heures, période généralement qui fait grouiller les trottoirs de passants et les rues d’engins motorisés, presque rien ne bouge.
Ou si peu.
Si peu de voitures, et ça c’est un vrai luxe à tous les niveau, acoustique, piétonnier, respiratoire…
Si peu de gens, dans des espaces fantomatiques un brin inquiétants, presque anxiogènes.
Le regard embrasse la longue alignée d’une rue en générale très passante, et ne voit que peu de véhicules ni de piétons.
On peut traverser tranquillement une trois voies urbaine sans courir.
Beaucoup, ceux qui le peuvent en tous cas, la crise n’est pas la même pour tous, ont quitter la ville pour se mettre au vert.
Les autre évitent, ou sont contraints à bouger le moins que possible.
Je n’aurais jamais penser connaitre ça.
Et si peu de sons en conséquence.
Une sorte d’étouffoir acoustique, de chape de plomb, qui fait ‘ailleurs d’autant plus ressortir les sirènes des ambulances, pompiers, policiers… et nous remet à l’oreille un monde sanitaire malmené, des espaces publics devenus suspects, voire dangereux, plus que d’habitude en tous cas.
Une ville métamorphosée, transfigurée, réduite au presque silence.
Certes pas un silence de mort, mais sans doute de peur oui.
On peut jouir maintenant d’une forme de calme sans doute rarement observé, écouté, au cœur des grandes villes en principe si sonifères.
Un calme que je trouve cependant plus paupérisant qu’apaisant, qui aurait effacé toute l’énergie d’une ville, ou les élans dynamiques seraient bridés, si ce n’est brisés, où l’oreille chercherait des repères perdus, gommés, des voix gouailleuses et des cascades de rires par exemple.
Merci les oiseaux d’entretenir une forme de gaité pépiante.
Merci également, sur le coup des vingts heures, au initiatives citoyennes spontanées, cris, vivats, applaudissements, charivaris, mais aussi colère et protestation, de balcon en balcon, à l’instar des concerts italiens.
Par ces manifestations bruyantes, toniques, vivantes, rassemblantes, il y a aussi des conspuations de politiques privilégiant les chiffres et le rendement plutôt que la santé publique.
Après les places, les rond-points, ls balcons et fenêtres.
Même contraints à quitter l’espace public, l’espoir et les colères se font encore entendre.
Rassurant quelque part !

 

Le charivari de 20 heure à ma fenêtre : https://desartsonnants.bandcamp.com/track/lyon-vaise-le-charivari-de-20-heures

Pour en écouter plus de nos fenêtres : https://desartsonnants.bandcamp.com/album/des-sons-ta-fen-tre-sounds-at-your-window

Participer au projet collaboratif : https://desartsonnantsbis.com/2020/03/17/appel-a-contribution-ouvert-point-douie-quentends-tu-de-ta-fenetre/

 

 

Appel à contribution ouvert – Fenêtres d’écoute – Listening windows

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English below

Cet article est écrit alors que, face à une sérieuse crise sanitaire due au Coronavirus, Covid-19 de son petit nom, des mesures de confinements ont été prises à l’échelle internationale.

Ce qui signifie pour moi, et pour bien d’autres hélas, l’annulation de toute pratique publique, parcours d’écoute, point d’ouïe, atelier, workshop, conférence…. Bref l’oreille confinée, l’écoute en appartement, au mieux à la fenêtre, hormis de rares sorties ravitaillement. Mais l’ampleur de la crise oblige à se montrer très prudent.

Donc, comme beaucoup, je réfléchis comment continuer à pratiquer, non plus des PAS – Parcours Audio Sensibles, l’appartement ne s’y prêtant guère, mais à développer des formes de Points d’ouïe adaptés aux circonstances contraignantes. Je réfléchis aussi à la façon de les partager, de les faire circuler, sans rapprochements physiques, mais en conservant des sociabilités humaines, plus que jamais nécessaires dans ces temps compliqués et anxiogènes.

Inspiré des performances chantées et musicales des fenêtres et balcons italiens, mixés à mes propres points d’ouïe et autres bancs d’écoute, je lance donc un appel collaboratif et participatif à des « Écoutes en fenêtres ».

La forme est simple et assez libre.

Ouvrir sa fenêtre, ou aller à son balcon, à une heure choisie, diurne ou nocturne, écouter le paysage ambiant, l’enregistrer, ou le décrire vocalement, ou par écrit, graphiquement, ou bien encore mixer les genres, inventer nos propres modes de description, de représentation… Le faire autant de fois que bon nous semble…

Créer ainsi une sorte de chaine de Points d’ouïe et d’écoutants, histoire de garder l’oreille tournée vers l’extérieur, et vers l’autre !

M’envoyer tout ça par mail desartsonnants(at)gmail.com (remplacer le (at) par un  @), ou via ma page FB, un wetranfer ou autres média…

Préciser l’heure et le lieu de la captation sonore, et envoyer une photo du Point d’ouïe embrassé.

Les contributions reçues seront inscrites dans sur une carte pour les sons, et un espace numérique sera ouvert pour les documents reçus autres et complémentaires (visuels, multimédia, …).

A noter que dans un second temps, ces captations sonores pourront être matière à (re)composition par des artistes audio et musiciens expérimentaux internationaux qui seront, dans les prochaines semaines, sollicités das un autre appel et que les personnes participant à la première phase de récolte des sons qu’ils ont enregistrés marquent leur accord pour en participant à ce projet collectif.

Merci beaucoup pour votre participation et bonne captation !

Site in progress : https://soundatmyndow.tumblr.com/

Open call for participation – Listening windows

This text is written when, faced with a serious health crisis due to the Coronavirus or Covid-19, containment measures have been taken on a national and international scale.This means for me, and unfortunately for many others, the cancellation of any public practice, listening course, hearing point, workshop, workshop, conference…. In short, a confined ear, listening in and to an apartment, at best by the window, apart from rare outings for supplies. But the scale of the crisis means that you have to be very careful.

So, like many others, I am thinking about how to continue practicing, no longer PAS – Sensitive Audio Courses, the apartment space is not appropriate for that, but to develop forms of hearing points adapted to the constraining circumstances. I am also thinking about how to share them, to circulate them, without physical connections, but while preserving human sociability, more than ever necessary in these complicated and anxiety-provoking times.

Inspired by the sung and musical performances of Italian windows and balconies, mixed at my own hearing points and other listening benches, Desartsonnants have therefore launched, with the support of Transcultures (Centre for digital and sound cultures – Belgium – which has initiated the sound arts festival City Sonic, longtime partner of desartsonnants) along with European Pepinieres of Creation (international network to promoting and developing exchanges in various forms of contemporary arts)  a collaborative and participative call for the ongoing project/online platform Listening windows.

The application form is simple and fairly free.

Open your window, or go to your balcony, at a chosen time, day or night, listen to the surrounding landscape, record it, or describe it vocally, or in writing, graphically, or even mix genres, invent your own modes description, representation … Do it as many times as we want …

Create a kind of Hearing/Listening Points  chain, just to keep your ear turned  towards the outside, and towards the others!

Send it to me by email desartsonnants (at) gmail.com (replace the (at) with an @), or via my FB page, a wetransfer or other media …

Specify the time and place, if you have a picture of the kissing point, it’s great.

I will retransmit the documents on a Soundmap, and an open digital space for other types (visual, multimedia…) of documents .

Please note that in a second step, the gathered sound recordings could be material for (re)compositions/revisitations by international audio artists and experimental musicians who will, in the coming weeks, be invited to submit their artistic proposals via another call, and that the participants in this first phase of this in progress project/platform mark their agreement for this possible creative use of their recordings.

Thanks a lot!

Point d’ouïe bastiais, les oreilles au vent !

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Atterrissage un brin agité, venté, à l’aéroport de Bastia Poretta en fin d’après-midi pour rejoindre la belle cité bastiaise. Au menu, des rencontres autour des paysages sonores urbains. Tout un programme !

Le premier soir, après un excellent diner où les poissons locaux ravissent nos palais, je décide, comme à mon habitude, de faire une promenade en nocturne. C’est ma troisième venue dans cette ville nichée au pied du Cap Corse, face à la mer, et j’aime toujours autant, et sans doute de plus en plus, l’ayant un brin apprivoisée lors de mes précédentes déambulations, y trabouler, selon l’expression  lyonnaise. Ce terme convient d’ailleurs bien à cette ville pentue, agrippée à la montagne, où l’on peut se glisser de petites rues en placettes, via des escaliers serpentant à flanc de collines.

Ce soir, la météo est capricieuse, très capricieuse même,  en cette fin de janvier. A la fois un ciel dégagé, des températures  clémentes pour l’époque et une alternance de moments calmes, presque endormis, et de sautes de vents tempétueux, dans le vrai sens du terme.

Alors, tout siffle, gémit, craque, claque, gronde… De grosses poubelles en sacs plastiques traversent la rue dans un bruit de friture amplifiée, parfois accompagnées d’une chaise de bar grinçant métalliquement sur la chaussée. La nuit se déchaine dans une série de flux tonitruants, qui rafraichissent soudainement l’atmosphère et déclenchent des tempêtes soniques, balayant et griffant l’espace auriculaire sans ménagement.

Puis, aussi soudainement que ces séquences venteuse sont apparues, tout se calme. Durant quelques instants, la ville semble s’ébrouer en silence, remettant un peu d’ordre dans un espace apaisé, pour un temps durant lequel l’oreille reprend des repères plus sereins. Avant que tout ne reparte de plus belle, dans une sorte de désordre plus frénétique que jamais, les vents d’Ouest étant Oh combien capricieux !

Ces enchainements de tensions et de détentes ravissent au final mes oreilles rafraichies. J’ai choisi de faire halte sur un banc, en évitant toutefois ceux placés sous d’imposants platanes ancestraux, sait-on jamais… Je me délecte alors, solitaire, de ces concerts éoliens aux sonorités si changeantes, si joliment capricieuses. Le vent semble contester l’ordre des choses trop bien établies, ou mettre en garde, en apportant un brin de révolte urbaine incontrôlable et rebelle. Sans doute là une vision très personnelle, métaphore météorologique d’une société traversée de soubresauts sociaux, politiques, autant que climatiques.

Je suis apparemment un des seuls à apprécier ces sautes d’humeur atmosphériques, la ville étant désertée, y compris des automobiles, les rares passants marchant vite, tête baissée, cache-cols remontés sur les oreilles, insensibles à ces tourbillonnements d’air toniques, voire les fuyant au plus vite pour s’en mettre à l’abri.

Le lendemain, le vent est totalement tombé, le soleil brille, la vie et la ville ont repris leurs rythmes de croisière, les terrasses se déploient, les passants et voitures sont de retour. Une journée plus paisible s’amorce, presque radieuse, avant que d’autres déchainements impromptus ne viennent secouer la quiétude ambiante, notamment d’un paysage sonore aux multiples facettes.

Bastia, le 30 janvier 2020, Forum des arts sonores, Semaine du son, accueilli par Zones Libres

https://www.zonelibres.com/

https://www.lasemaineduson.org/

Workshop Points d’ouïe lyonnais 2019

FireShot Capture 144 - Points d'ouïe 2019 – Google My Maps - www.google.com

 

Workshop « Points d’ouïe » avec des masters 1 de L’ENSAL – École Nationale Supérieure d’Architecture de Lyon – Épistémologie des ambiances

Au départ, une approche théorique – Qu’est-ce qu’un point d’ouïe ? Quelques définitions ? Des écoutes audio commentées, une approche technique de la prise de son, du montage audionumérique.

Les étudiants forment des groupes, par 4 ou 5, choisissent un lieu « point d’ouïe » dans la métropole lyonnaise, justifient ce choix, documents à l’appui (descriptifs, scénari envisagés, photos, cartes sensibles..)

Ils partent sur le terrain, l’arpentent, l’écoutent, le photographient, l’enregistrent

S’ensuit une série d’écoutes critiques en studio (qualité de la prise de son, adéquation des sons à la problématique, singularité du propos, technique de montage…).

Deux à trois minutes de rendu sont demandées, en format vidéo, s’appuyant sur des images ou graphismes types plans-fixes et une bande-son (montée à partir des prises in situ) en contrepoint, le tout prenant le partie de montrer très subjectivement un lieu. Deux « états des lieux » peuvent être montrés, donnés à entendre, interprétés, l’un actuel, l’autre, prospectif, imaginaire, dans un futur plus ou moins lointain.

Une cartographie interactive, géolocalisée, permet de visionner les vidéos sonores.

 

Carte en ligne : https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1LfRMbj6UMTfkcZBIIzTvxaQuql_43_Us&hl=fr&ll=45.77227274075625%2C4.866849832502339&z=12

Responsable Cécile Regnault
Enseignants intervenants :
Julie Bernard
Gilles Pathé
Gilles Malatray

Des Points d’ouïe, l’exemple de Sabugueiro, opus 3

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La notion de point d’ouïe n’est pas neuve. Elle a parfois été explicitée, discutée, mise et remise en question, et sujet à controverse.
Peut importe, je la fait ici mienne, partant de mon expérience propre, et d’une des définitions que j’ai forgé au fil du temps, tout en acceptant la polysémie du terme, les différents sens et applications que tout un chacun puisse lui accoler.
M’étant déjà expliqué sur la définition que j’applique aux Points d’ouïe, je ne m’étendrai pas sur le sujet, si ce n’est pour rappeler que je suis proche de l’idée anglo-saxonne de Sweet spot, l’endroit où il faut être pour bénéficier de la meilleure écoute. Et dans le cas d’une écoute paysagère, je dirais l’endroit et le moment, me rapprochant ainsi de l’instant du déclic photographique. Être là juste au bon endroit, et quand il faut. Une part d’instinct, de repérage, d’opportunité, une part de hasard et de chance.
Il y a pour cela des lieux qui se prêtent à ce genre de situations. Des endroits que je sens propices à me fournir de la belle matière auriculaire, visuelle, qui viendra confirmer, à certains moments, que je suis bien sur un Point d’ouïe, ce lieu qui pourra mes donner du grain à moudre, où je reviendrai régulièrement, me poster dans l’attente d’une scène sonore intéressante, belle, construisant un paysage auriculaire intéressant.

Ces Points d’ouïe peuvent constituer, dans des parcours d’écoute, des haltes, des pauses, des façons de zoomer sur une ambiances, de se concentrer sur un objet sonore, une scène, d’en profiter dans toute sa durée, ou tout au moins sur un long temps, le temps de s’en imprégner. Ils jalonnent une marche, constituent des repères spatio-temporels, des points d’ancrage qui quadrillent et dessinent un territoire sonore.
Ce sont très souvent pour moi des bancs publics, mobiliers placés à différents endroits de la ville, du village, d’un sentier, sur un site panoramique… Je me sens d’ailleurs très bien assis sur un banc, regardécoutant ce qui se passe autour de moi, quitte à construire un parcours autour de ces assises favorisant la pause perception sensorielle, et souvent la rencontre inopinée, lorsque l’on pratique un même banc de façon régulière, sur un certain long terme.

Ils peuvent donc être uniques, fixes et servir d’affûts, points d’ouïe d’un territoire de proximité, circonscrits à un échelle spatiale relativement restreinte.
Mais également être multiples, jalonnant voire constituant un parcours d’écoute, un itinéraire pédestre, où la marche alterne avec des pauses auriculaires préalablement repérées.

Nous en répertorierons donc de ces deux natures différentes. Ceux précisément situés géographiquement comme des espaces bien définis, fixes, quasiment incontournables. Des lieux donc bien repérés dans leur dimension géographique et spatiale. Les objets et aménagements sonnants, tels les fontaines, rivières, cascades, cloches, ainsi que les acoustiques, lieux réverbérants, à échos, ou autres effets acoustiques remarquables constitueront des critères de choix pour les choisir et les localiser..
Nous trouveront également ceux, plus aléatoires, improbables, fugaces, éphémères, non repérés en amont, étant plutôt issus de l’instant, du moment, de ce qui se passe à l’instant T, de l’événement inscrit dans une temporalité et non dans une spatialité déterminante. Une volée de cloches, un musicien de rue, un troupeau ensonnaillé, et bien d’autres « accidents » sonores feront que nous établirons, pour une durée en générale indéfinie, car intrinsèquement liée à la chose sonore, un point d’ouïe temporel, qui ne s’appuiera pas sur une géographie acoustique préalablement repérée.

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Prenons un exemple concret, géographique, un cas pratique, dans le cadre d’une résidence artistique que je suis en train, au moment où j’écris ces ligne, de vivre.

Je me trouve, milieu juillet, dans un petit village Portugais, à Sabugueiro, littéralement le Sureau noir, au cœur de la montagne Serra da Estrela, dans un magnifique Parc Naturel.
Le petit village de Sabugueiro, le plus haut en altitude du pays, s’étire en longueur, traversé par une route sinueuse et pentue, au bord de laquelle s’enchainent des magasin de produits locaux, nourriture et peaux, des, chambre d’hôtes et d’hôtels, des restaurants.
A chaque extrémité, des points culminants, cols rocailleux, où la majorité des arbres ont été calcinés par de récents et violents incendies. L’aspect de ces montagnes jonchés d’énormes blocs de pierre est à la fois fascinant et un brin austère.
Au bas du village, une rivière creuse un profond sillon aquatique verdoyant. De nombreuses sources alimentent le cours d’eau Alva, espace rafraîchissant et joliment glougloutant.
En haut de la rue commerçante principale, se tient le vieux village, site historique très pittoresque, dont les habitations, église, fontaines, sont construites dans un beau granit gris bleuté. Village minéral, pavé à l’ancienne, et dont les bâtisses se parent de grandes plaques granitiques du plus bel effet.
Peu de touristes, qui restent généralement vers ls commerces de produits locaux et de peaux, le cœur de Sabugueiro reste dans son jus, espace rural préservé, lieu calme et retiré.

Dans ce cadre géographique rapidement brossé, je vais donc mettre en place mes deux types de points d’ouïe, après l’arpentage repérage qui me permettra de rentrer dans l’intimité sonore des lieux, lieux dans lesquels je resterai deux semaines environ.

Le premier repérage sera celui de points d’ouïe répartis sur un petit circuit, en contrebas du village, que j’appellerai ici le « chemin de l’eau ». Vous aurez sans doute compris que la trame dominante de ce parcours sera bel et bien l’eau, dans tous ses états.
Lavoirs et fontaines au cœur du village, multiples sources le long d’une étroite sente très verdoyante et l’Alva, rivière en fond de vallon, où se trouve aménagée une aire de baignade.
Un panel de sons aquatiques, des filets d’eau de différents débits, de petits cuvettes naturelles réverbérantes, entourées de fougères, le bruissement régulier de la rivière, parfois entrecoupé de petites variations selon les rochers qui jalonnent et brisent jalonnant le cours. C’est un sentier qui ménage moult variations auditives, des transitions, des coupures où l’on adapte la vitesse de son pas, la fréquence et longueur des arrêts selon nos envies, au fil de l’eau.
Il est d’ailleurs assez rare de pouvoir parcourir de l’oreille un cheminement si cohérent, sans jamais perdre de l’écoute les scènes aquatiques, mais sans que celles-ci, dans leurs grandes diversités, ne deviennent pour autant trop omniprésentes, voire oppressantes. Un bel exemple d’équilibre acoustique.

Le deuxième point d’ouïe sera unique, localisé au centre du bourg historique, sur la place de l’église de Sabugueiro. L’environnement visuel et acoustique m’a très rapidement conduit à choisir ce site. Un environnement très calme, éloigné de la route principale, avec très peu de voitures.
Une acoustique légèrement réverbérante et des plans sonores multiples, dans des espaces plein de recoins, de cassures, qui spatialisent agréablement les sources sonores.
La présence d’une cloche, d’une fontaine, d’un lavoir, vient ajouter des éléments acoustiques à la fois ponctuels et d’autres stables, des signaux émergents sur un continuum aquatique discret.
La présence de confortables bancs de bois, comme postes d’écoute vient compléter cette scène acoustique très agréable.
Peu de touristes s’aventurent dans ces rues étroites, minérales et pentues, dommage pour eux, et tant mieux pour la tranquillité de ce centre bourg.
Des scènes sonores viennent parfois secouer la place dans sa douce torpeur. Le passage d’une très ancienne moto pétaradante, un concert de chiens, deux enfants qui jouent avec un chien, ou au ballon, une fête qui se prépare un peu plus haut, l’incroyable passage d’un troupeaux de chèvres ensonnaillées, la conversation d’un couple qui prend l’apéritif sur un banc… Petites événements ponctuels. Puis très vite, tout s’estompe, le calme revient.
Espace propice à enregistrer, pour fixer cette ambiance amène.
C’est un lieu à longues pauses, à nuit tombante, un espace contemplatif, où il faut jouir de ce calme, de cette sérénité apaisante, de ce sentiment d’être dans un monde à part, protégé, à la fois bien vivant et échappant au stress et à la grande branloir du monde, comme disait Montaigne. Assurément un des plus agréable Point d’ouïe que j’ai connu depuis longtemps, lieu d’aucultation serein du temps qui passe devant mes oreilles ravies.

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Résidence artistique Paysage sonore à Sabugueiro (Portugal) avec le Festival DMEHostel criativo – Juillet 2019