Zone Libre, points d’ouïe et histoires-traces bastiaises

According the World, Murray Schafer

Lorsque je reviens d’un séjour Desartsonnants, forcément sonore, j’ai dans la tête, en mémoire, mille souvenirs de rencontres, de beaux moments d’écoute, en concerts, performances, installations, ambiances urbaines… des choses que j’aime conserver, triturer, partager… Faire chanter les lieux…

Ce qui est le cas aujourd’hui, de retour de mon récent séjour au festival Zone Libre à Bastia.

Retrouvailles corses (de paysages comme de gens), découvertes, échanges, écoutes et promenades auriculaires, prises de sons, une semaine riche à tous points de vue (et d’ouïe).

J’ai donc envie, comme de coutume, de partager tout cela, via les sons glanés sur place, d’écrire une petite pièce, carte postale sonore personnelle, qui tentera de convoquer des sonorités, ambiances, capturées et mixées à ma façon. Une fiction qui rassemble ce qui ne va pas de soi, et pourtant me parait fidèle à ma petite histoire.

Ceci n’est pas une réalité acoustique, tant s’en faut, ceci est un paysage, sonore qui plus est !

Une musique bastiaise au fil des rues, pour qui sait l’entendre.

Avec la participation, et j’espère ne pas en oublier, de : Thibaut Drouillon, Hélène Blondel, un pianiste invisible et anonyme devant Una volta, une fontaine, des bateaux pétaradants et des passerelles grinçantes, des publics, la cloche de Saint-Marie, des passants, leur voix et leurs talons, les ouvriers de la place du musée et leurs incroyables poulies chantantes, Marc Veyrat et des élèves bastiais, Philippe Franck, Tommy Lawson, Roberto Paci dalo, La mer, Jean-Daniel Bécache, la ville de Bastia toute bruissonnante…

En écoute – According Bastia

Forum « Création sonore en espace urbain » à Bastia

Le 04 février 2022, à 17.30, centre culturel Una volta de Bastia, se tenait le forum « création sonore en espace urbain ».

Ce dernier était proposé dans le cadre du festival d’arts sonores Zone Libre.

Trois participants animaient ce débat/rencontre avec le public, Philippe Franck, notamment directeur du festival international des arts sonores City Sonic et de Transcultures en Belgique, Tommy Lawson, directeur artistique du festival Zone Libre à Bastia, et Gilles Malatray, écouteur activiste Desartsonnants.

La place de la création sonore en espace public, avec la naissance des festivals dédiés, la diversité de pratiques parfois hybrides, les parcours urbains, les relations entre artistique et espace public, y compris dans les approches politiques, sera abordée et discutée.

En écoute

En écho (parce que le paysage sonore accueille souvent de beaux échos !)

À visionner et écouter : Forum des Paysagistes sonores 2022 (PePaSon à Lyon)

Forum des Paysagistes sonores 2022

Bastia, Zone Libre et sonore, au PAS !


 
 Retour 

Depuis quelques années, Desartsonnants revient, au mois de février, dans la belle ville de Bastia, lors du festival d’arts sonores Zone Libre.


Il y retrouve et découvre des compères activistes et  des œuvres sonores, des espaces d’échanges; et aussi des paysages à portée d’oreilles où, cette année, le bleu du ciel et de la mer offraient un bel écrin aux sonorité de la ville, du haut de sa Citadelle, au pied des montagne, jusqu’au port et bords de mer.


Cette année, le partenariat des amis de Transcultures et des Pépinières Européennes de Création étoffait encore un programme riche dans la diversité des genres accueillis.

Premiers PAS en pré-ambule

Digital Camera

Sous le soleil la vieille ville nous attire, comme un aimant sensoriel irrésistible.
A peine les valises posées, l’envie d’arpenter la cité, perchée entre mer et montagne, est plus forte que tout, et c’est avec un immense plaisir que nous y cédons sans retenues.


De ruelles en places fortifiées, de remparts en jardins, d’escaliers en piétonniers, je retrouve avec joie les sonorités bastiaises, l’accent chantant du Sud, les ambiances acoustiques qui modulent l’espace au gré de la promenade…
Et les succulents canistrellis de chez Raymonde…


Les cités et villes retrouvées, revisitées régulièrement, deviennent de petits laboratoires d’écoutes, où petit à petit, d’années en années, se creusent des pratiques, des réflexions, s’affinent des expériences, s’écrivent des histoires.
Leurs paysages sonores se construisent, se matérialisent en prenant de l’épaisseur, du sens, dans une histoire auriculaire, partageable avec qui veut bien l’entendre.

Repérage

Comme pour tout PAS qui se respecte, le repérage est une phase clé dans l’écriture du parcours.


Savoir où l’on va, où l’on met les oreilles.


Anticiper les acoustiques que l’on traversera, les relations Points d’ouïe/Points de vue, les activités (espaces portuaires, commerçants, sites spécifiques…), ambiances des lieux, quelques marqueurs (fontaines, clochers…), des événements ponctuels (travaux, marchés, festivités…), envisager des temporalités (diurnes, nocturnes, à certains moments de la journée, selon la saison…).


imaginer laisser place aux aléas, rencontres fortuites, événements imprévus…
Doser le maîtrisé prévu, anticipé, et les moments où l’improvisation sera de mise en fonction des objets et ambiances sonores de l’instant.


Sentir les « envies » des promeneurs écoutants que l’on accompagne pour rester autant que faire se peut dans une forme de complicité tacite. Une belle scène acoustique pourra faire que l’on s’arrachera difficilement à tel espace/temps, où l’oreille aura envie de faire une pause pour prendre le temps de l’écoute, sans que l’on vienne la forcer à quitter prématurément une harmonieuse place d’écoute.


Un autre critère ici était pour moi d’éviter les rues trop circulantes, trop bruyamment motorisées, en empruntant des espaces plutôt piétonniers, entre citadelle, jardins et traversées de la ville commerçante.


Bref, un jour et demi de repérage, pas mal de kilomètres parcourus, et de belles dénivelées en prime. Une belle écoute se mérite !

Franchir le PAS

Le jour j, à 14 heures, devant la cathédrale Sainte-Marie de la Citadelle, au cœur de la cité historique..

Un groupe de promeneurs écoutant se retrouve, pour partir à l’affût des sonorités bastiaises, sous un beau soleil printanier malgré l’époque hivernale.

Quelques consignes, suggestions, mises en condition; installer le silence, puis l’écoute; l’un invitant l’autre, et nous partons, du pas lent de l’écoutant.
Nous sommes ici dans une expérience audio immersive. il s’agit de recevoir, d’accueillir les sons, de s’y baigner. Sans doute ne faut-il pas résister aux affects, voire émotions qui peuvent surgir en nous, fussent-ils et elles dérangeant.es;

Un premier spot intérieur, plutôt serein, pour se mettre les oreilles en condition, sans les brusquer. Entrée en matière tout en douceur;
Le calme de la cathédrale, sa pénombre intime, ses espaces réverbérants, sa faible porosité avec l’extérieur, l’amplification des pas, des micro-bruits, jusqu’à notre propre respiration….
Un cadre est posé.

Nous poursuivrons par une petite déambulation dans les rues piétonnes de la Citadelle, au cœur historique de la cité.
Calme serein.
Quelques voix ici et là.
De belle percées lumineuses vers la mer, silencieuse.
Débouché sur la place du musée, et là, une très belle scène acoustique.
Un chantier de ravalement de façade.
Des voix du sud de de l’Italie.
On se hèle du haut en bas de l’échafaudage.
On chante.
Une poulie manœuvrée pour monter des seaux de crépis cliquette joyeusement.
Le tout dans une superbe réverbération minérale.
Un régal pour les oreilles !

Nous empruntons ensuite les sentes et escaliers du jardin Romieu, qui nous mènent vers la ville basse, le port, la mer.
Nous perdons en quelques pas la circulation de la route voisine;
A nouveau un espace calme, mais très différent de la vieille cité, ouvert sur le bleu de la mer à l’horizon.
Espace végétal où les oiseaux s’éveillent à la douceur en pépiant.
Les rumeurs du port nous parviennent feutrées.
Un Ferry embarque lentement vers le large dans un doux ronronnement.
Nous le suivrons des yeux et des oreilles, assis sur des bancs surplombants.
Nous finirons la descente dans une large fenêtre qui encadre le ferry prenant le large.
Traversée du port de plaisance.
Nos pas résonnent sur un large caillebotis.
quelques gréements tintinnabulent sous un vent mollasson.
Des coques grincent en se frottant aux passerelles.
Des voix croisées de promeneurs nonchalants.
Ambiances toujours apaisées d’un Bastia encore à l’heure hivernale.

Pénétrante dans la ville par des petites ruelles.
Des commerces et quelques terrasses, voix devisantes.
une très grande place minérale où des scouts jouent, yeux bandés, à des exercices de repérage en aveugle, se dirigeant vers les collègues qui les guident vers eux. un jeu d’écoute de circonstance dans notre exploration auriculaire.
Passages de ruelles en escaliers, de terrasses en parvis, nous gravissons la ville en serpentant.


Ouvertures et fermetures des espaces acoustiques; Toujours les voix comme une sorte d’étalon référentiel.


Quelques passages tonitruants de motos ou scooters qui viennent déchirer les zones tranquilles mais disparaissent rapidement, laissant les espaces s’ébrouer dans une résilience auriculaire.

Passage dans un parking à flanc de colline;
J’adore encanailler l’oreille dans ces lieux a priori mal famés pour l’oreille.
Et pourtant les réverbérations s’y déploient magnifiques.Grincemenst de roues.
Claquements de portières.
Cliquetis de barrières.
Passages de véhicules dessus, dessous, loin, prêts…
Tour est superbement mis en espace.

Dernier tronçon de ville pour revenir à la citadelle et boucler notre boucle d’écoute.

Une promeneuse écoutante de notre groupe nous invite à prendre un verre.
Terrasse qui accueille nos retours et ressentis.


Nous faisons connaissance.


Parlons bioacoustique, spécialité de certains d’entre nous.
Écologie sonore, paysage collectionnés, voyages effectués ou à venir.
Et mille autres choses encore pour clore en douceur ce PAS – Parcours Audio Sensible, sous la belle lumière méditerranéenne déclinante.


L’un d’entre nous, preneur de sons passionné, à capturé l’ensemble du parcours.


Traces à monter, en attente de faire récit, de fixer un brin de mémoire, de raconter l’aventure d’un instant d’écoute partagée.

S’il il a des lieux et des contextes favorables à l’accueil de PAS, la cité bastiaise, sa Citadelle historique et le festival des arts sonores Zone Libre sont assurément de ceux là !

Point d’ouïe, face à la mer, Jardin Romieu, dominant le port de Bastia

En écoute, des travaux comme une belle musique des lieux, place du Musée, Citadelle de Bastia 

point d’ouïe, mettre l’oreille en condition

Cathédrale Sainte-Marie, calme, sérénité et belles réverbérations

Face à la mer, les oreilles aux larges

Écoutes portuaires


Vidéo de Philippe Franck – Transcultures

 

En écoute, prise de son Gilles de Bastia

Point d’ouïe bastiais, les oreilles au vent !

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Atterrissage un brin agité, venté, à l’aéroport de Bastia Poretta en fin d’après-midi pour rejoindre la belle cité bastiaise. Au menu, des rencontres autour des paysages sonores urbains. Tout un programme !

Le premier soir, après un excellent diner où les poissons locaux ravissent nos palais, je décide, comme à mon habitude, de faire une promenade en nocturne. C’est ma troisième venue dans cette ville nichée au pied du Cap Corse, face à la mer, et j’aime toujours autant, et sans doute de plus en plus, l’ayant un brin apprivoisée lors de mes précédentes déambulations, y trabouler, selon l’expression  lyonnaise. Ce terme convient d’ailleurs bien à cette ville pentue, agrippée à la montagne, où l’on peut se glisser de petites rues en placettes, via des escaliers serpentant à flanc de collines.

Ce soir, la météo est capricieuse, très capricieuse même,  en cette fin de janvier. A la fois un ciel dégagé, des températures  clémentes pour l’époque et une alternance de moments calmes, presque endormis, et de sautes de vents tempétueux, dans le vrai sens du terme.

Alors, tout siffle, gémit, craque, claque, gronde… De grosses poubelles en sacs plastiques traversent la rue dans un bruit de friture amplifiée, parfois accompagnées d’une chaise de bar grinçant métalliquement sur la chaussée. La nuit se déchaine dans une série de flux tonitruants, qui rafraichissent soudainement l’atmosphère et déclenchent des tempêtes soniques, balayant et griffant l’espace auriculaire sans ménagement.

Puis, aussi soudainement que ces séquences venteuse sont apparues, tout se calme. Durant quelques instants, la ville semble s’ébrouer en silence, remettant un peu d’ordre dans un espace apaisé, pour un temps durant lequel l’oreille reprend des repères plus sereins. Avant que tout ne reparte de plus belle, dans une sorte de désordre plus frénétique que jamais, les vents d’Ouest étant Oh combien capricieux !

Ces enchainements de tensions et de détentes ravissent au final mes oreilles rafraichies. J’ai choisi de faire halte sur un banc, en évitant toutefois ceux placés sous d’imposants platanes ancestraux, sait-on jamais… Je me délecte alors, solitaire, de ces concerts éoliens aux sonorités si changeantes, si joliment capricieuses. Le vent semble contester l’ordre des choses trop bien établies, ou mettre en garde, en apportant un brin de révolte urbaine incontrôlable et rebelle. Sans doute là une vision très personnelle, métaphore météorologique d’une société traversée de soubresauts sociaux, politiques, autant que climatiques.

Je suis apparemment un des seuls à apprécier ces sautes d’humeur atmosphériques, la ville étant désertée, y compris des automobiles, les rares passants marchant vite, tête baissée, cache-cols remontés sur les oreilles, insensibles à ces tourbillonnements d’air toniques, voire les fuyant au plus vite pour s’en mettre à l’abri.

Le lendemain, le vent est totalement tombé, le soleil brille, la vie et la ville ont repris leurs rythmes de croisière, les terrasses se déploient, les passants et voitures sont de retour. Une journée plus paisible s’amorce, presque radieuse, avant que d’autres déchainements impromptus ne viennent secouer la quiétude ambiante, notamment d’un paysage sonore aux multiples facettes.

Bastia, le 30 janvier 2020, Forum des arts sonores, Semaine du son, accueilli par Zones Libres

https://www.zonelibres.com/

https://www.lasemaineduson.org/

Points d’ouïe, des oasis sonores

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Rencontres, sites spécifiques, festivals, si cette approche vous intéresse, Desartsonnants est toujours partant !

Points d’ouïe, aménités paysagères, ZAD (Zones Acoustiques à Défendre), oasis sonores, des approches, des parcours, un plaidoyer pour des espaces apaisés, une belle écoute…