POINTS D’OUÏE – CATALYSER L’ÉCOUTE

Points d’ouïe,                                                 Un catalyseur d’écoute

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Choisir un lien, un endroit précis, et le définir comme un point d’écoute en fait-il un site acoustique exceptionnel ?
Dans certains cas, certainement, dans la mesure où ce lieu présente des caractéristiques exceptionnelles, soit au niveau des sources, sachant que celles-ci sont souvent fragiles, éphémères, ou ponctuelles, soit, plus sûrement, au niveau des qualités ou effets acoustiques  du site, beaucoup plus stables dans le temps.
Néanmoins, en tout cas dans la démarche qui anime mon projet, la localisation, voire l’inauguration d’un point d’ouïe, ne sont pas totalement liées aux caractéristiques exceptionnelles d’un lieu, telles que pourraient l’être un point de vue par exemple, un belvédère, un panorama.
Le point d’ouïe se charge une valeur symbolique, un endroit où est suggérée une consigne, en l’occurrence celle d’écouter. Cette proposition, face à un paysage, a priori plus visuel que sonore, pour le commun des mortels, n’est pas pour autant une injonction. C’est plutôt un moyen de révéler à un écoutant potentiel, la propension d’un espace à changer de statut, passant, au gré des postures, d’un paysage à voir à un paysage à entendre, et sans doute les deux de façon concomitante.
Trouver un lieu qui serait idéal pour ce genre de lecture tient parfois de la gageure.
C’est pour cela que le point d’ouïe pourra s’ancrer dans un espace a priori non spectaculaire, auriculairement parlant. Il sera de toute façon toujours singulier et unique, dans l’instant d’écoute, car il est fort improbable que des ambiances se reproduisent à l’identique sur un point donné.
En fait, un espace que l’on prend le temps d’écouter, en se plaçant dans une attitude d’ouverture sensorielle, à des instants d’hyper réceptivité, moments où les sens seront émoustillés, sera toujours spectaculaire, si l’on veut bien le considérer comme  tel. Question de mise en condition, l’artiste construira le décalage  nécessaire pour entrer dans l’écoute d’un espace musicalisé, sans pour autant que des musiciens y officient, ni même que la  moindre bribe de musique, telle qu’on l’entend habituellement ne soit présente. Juste la musique des lieux.
Même les sources les plus ténues peuvent devenir magiques, poétiques, et enchanter, ou réenchanter notre écoute, en même temps que le lieu lui-même.
Il me revient en mémoire des espaces/temps d’écoute où une grue, quelques grillons et des gouttes d’eau composaient un paysage sonore qui captivaient un groupe d’écoutants de longs moments. Nous étions en présence de ces lieux envoûtants, en partie d’ailleurs composés, musicalement parlant, au fil de notre propre écoute, et d’où il était très difficile de s’extirper, de rompre la magie du moment.
Le point d’ouïe, plus qu’un espace sublime, doit souvent être sublimé par le geste d’écoute. Il appartient à l’écoutant de le rehausser, de le faire accéder au rang de site acoustique exceptionnel.
Le fait d’instaurer, ou d’installer des points d’ouïe, ici et là, même temporairement, renforce la proposition d’écoute, en agissant comme un véritable catalyseur. Qu’il s’agisse d’installer une signalétique, d’inaugurer officiellement, de mettre en scène un point d’ouïe, l’objectif reste de stimuler l’audition, même si le théâtre des opérations ne présente pas à première écoute de grandes richesses apparentes.Tout espace peut sans doute être éligible, même si, pour faciliter l’accès du plus grand nombre aux plaisirs de l’écoute paysagère, on choisira, tant que faire ce peut, des sites qui ne soient pas trop austères, ou saturés. L’habitude aidant, un écoutant aguerris à poster son oreille dans différents lieux des plus variés, sera en mesure d’affronter des espaces plus ingrats, soit dans la grande prolifération de sons, soit dans un minimalisme qui demandera de tendre l’oreille vers des miniatures sonores.
Sans avoir la prétention de gommer toute laideur acoustique, d’ignorer les dysfonctionnement de certains lieux, le fait de savoir re- poser une paire d’oreille avec une curiosité quasi naïve, nous procurera de beaux moments où le plaisir de l’écoute sera loin des salles de concert, à 360°, au cœur de la ville comme en rase campagne.
Le point d’ouïe comme catalyseur d’une belle écoute jouera donc son rôle, si toutefois on trouve les moyens de l’installer naturellement, en fonction de l’espace, on  en s’entendant bien avec le lieu

POINTS D’OUÏE – L’ÉCOLOGIE SONORE À L’ÉCOUTE

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE AUTOUR DE L’ÉCOLOGIE SONORE

Desartsonnants vous propose un PAS – Parcours Audio Sensible, sous forme d’une balade in situ, présentant les concepts de l’écologie sonore, de Murray Schafer à nos jours. Au programme, déambulations ponctuées de points d’écoute, lectures, commentaires, et autres surprises auditives…

POINT D’OUÏE, MON QUARTIER EN ÉCOUTE

POINT D’OUÏE COMMENTÉ – BANC D’ÉCOUTE

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A deux pas de chez moi, un banc.
C’est un lieu des plus familiers pour moi.
j’y lis, j’y regarde, j’y écoute, j’y prends le pouls de ma ville, de mon quartier.
Un espace qui se présente, a priori sans concession, sans aucune velléité à valoriser l’espace ambiant, peut-être même, au premier coup d’oreille et d’œil, plutôt enclin à en montrer les fragilités, les dysfonctionnements du lieu.
Un banc coincé entre trois routes, très circulantes, faisant face à une voie de chemin de fer.
Mais néanmoins, un point d’ouïe où j’aime tout particulièrement à expérimenter une écoute critique, par l’écrit, par l’écoute, par la parole…
Ce que je fais ce soir, avec plaisir, in situ, de façon spontanée, épidermique.

POINTS D’OUÏE – L’ÂME DU PAYSAGE SONORE

Le paysage sonore a t-il une âme ?

Si nous partons d’une problématique, comme une forme de définition philosophique, qui consisterait à chercher ce que pourrait être l’âme d’un paysage sonore, on peut se demander a priori quel éventuel souffle viendrait l’animer, au sens premier du terme ? En bref, qu’est-ce qui pourrait lui donner vie, lui transmettre une forme d’existence tangible, au delà de l’idée, du concept.
Je perçois bien, au travers la multitude des particules sonores incarnant un environnement audible, une organisation des choses entre elles, même si elle peut sembler relativement chaotique. Des tensions, des détentes, des nappes, des acmés, toute une évolution sonore qui rythme l’instant, la journée, la saison, qui fait qu’une coloration acoustique, toujours en mouvement, irise mes espaces de vie, de travail, de loisirs… Les sons s’agencent, se frottent, résistent, mais au final, finissent par s’entendre sur un déploiement de matières organiques, résiduelles ou conceptuelles, qui viennent asseoir ma perception de l’espace, recentrée entre mes deux oreilles.
Dans la vallée de haute montagne, sur les quais d’un port du bord de mer, dans la forêt profonde, au cœur de la cité, ces agencements, ces organisations mouvantes, seront bien différentes. Les sources et couleurs sonores, les tessitures, les dynamiques, les effets acoustiques intrinsèques aux topologies, dessineront des espaces non pas homogènes, mais en tout cas suffisamment spécifiés pour qu’une forme de reconnaissance, un brin rassurante pour l’oreille, s’installe.
Au-delà et dans des myriades de variations, le paysage sonore peut prendre corps.
Comme l’âme d’un village, d’une vallée, d’une usine, peuvent se déceler dans une sorte sensation d’appartenance, liée à une vie bien réelle, parfois quiétude, parfois inquiétude, celle d’un paysage sonore y  trouve également sa place. Ce dernier participe vraisemblablement à l’élaboration d’un terreau social cohérent, ou se cherchant des cohérences . Sans doute glisse t-on là vers la reconnaissance d’un territoire sonore, en partie lié à un existant domestiqué et reconstruit, sonorités y compris.
Installer un jeu de cloches carillonnant au cœur de la cité, ou au sommet d’un village, n’est pas un geste anodin, pas plus qu’édifier un kiosque à musique au cœur du parc municipal.
L’âme d’un paysage, c’est aussi, ce qui en fait un cadre singulier, avec des spécificités, celles qui vont favoriser un ensemble de sensations, de représentations, de perceptions, comme autant d’éléments moteurs dans l’entretien, voir la survie même d’un paysage sonore, en tout cas d’un espace auriculaire vivant et vivable..
Comment se sentira t-on, s’entendra t-on, selon les endroits, les époques, les événements, dans des des lieux spécifiques ? Comment t’entends-tu avec ta ville ?

Un paysage sonore, s’il est trop malmené, laissé en déshérence, peut-il perdre son âme ?

L’âme d’un  écoutant est -elle sereine, tourmentée, a-ton du bleu à l’âme, ou celle d’un poète, comment se sent-on face à un tourbillon sonore ayant tendance, dans cette période de forte urbanisation, à connaître une expansion parfois violente et plus ou moins contrôlable.
Bien sûr, tous ces agencements sonores, ces stratifications, ces concrétions, naturels ou fabriqués, voire contre nature, sont souvent bien aléatoires. Vents et grondements du tonnerre n’en font qu’à leur tête, et nous n’avons finalement, nous autres humains, que peut de prise sur la vie « sauvage », même si nous participons grandement à la modifier, pour le meilleur et souvent hélas, pour le pire.
L’infinie variété des ambiances sonores semblent bien mues par un système organique, quasi anthropomorphique, répondant à des stimuli, naturels ou humains, secoués de soubresauts, apaisés de silence, parfois.
Ces organisations sonores sont sans doutes en partie agencées par notre propre écoute, et surtout notre propre pensée, dans la volonté de cerner, de comprendre, de se rassurer, voire de se protéger des flots sonores incessants qui nous baignent à chaque instant. La construction d’un paysage sonore nous permet de donner vie (âme = anima = vie) à un flux de matières intangibles, mouvantes, immersives, pouvant selon les moments, nous baigner de belles sensations, ou nous noyer dans un tourbillon asphyxiant.
L’âme d’un paysage, y compris envisagée comme une forme de vie sonore, est empreinte des respirations du lieu. Encore cette évidence d’un inspire et d’un expire sans qui la vie ne se développerait pas. Il faut qu’un site respire, et que nous puissions, autant que faire se peut, mettre notre respiration en harmonie, pour  nous y sentir un tant soit peu en phase. Envisageons ces respirations comme des formes primaires de vie sonore. Si ces dernières sont trop haletantes, elles nous essouffleront l’écoute, l’attention, la pensée, dans une surenchère, une excroissance maladive. Si ce souffle, cette respiration sont trop ténus, teintés d’atonie, le mouvement de vie sera par trop amoindri, manquera d’allant, de fraîcheur, de vie en somme. Ces métaphores reliant souffle et son, mais la vie ne commence t-elle par un cri qui libère la vie grâce l’arrivée d’air dans nous poumons, instant crucial, nous font espérer un paysage sonore qui prolongerait métaphoriquement et physiquement la quiète sécurité du bain amniotique initial.

Paysages sonores avez vous une âme ?
Certes oui, celle que nous nous efforçons, à grand renfort de cris et de silences, de vous confectionner, et sans doute, bon gré mal gré, de construire selon nos propres modes de vie, avec des énergies positives, comme avec des carences et dysfonctionnements récurrents.
L’essentiel étant peut-être, de ne pas rester sourds aux états d’âme du paysage. Il est en grande partie ce que nous en faisons, parfois en notre âme et conscience, parfois, souvent, en parfaite inconscience.
Conserver l’âme d’un lieu, c’est garder suffisamment de recul, pour éviter que trop de choses n’échappent à notre écoute, et en partie à notre maîtrise, dans une chaotique hégémonie sonore qui rendrait invivable, inhabitable, impraticable, tout espace public.

POINTS D’OUÏE, DE RUELLES EN SENTIERS…

ARPENTER LES PAYSAGES SONORES, L’IMAGE AURICULAIRE

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Diaporama Passages, ruelles et sentiers – Points d’ouïe

Points d’ouïe, parcours audio sensibles, psychogéographie, eurythmie, rythmanalyse, comment le mouvement, la marche, stimulent la pensée, l’oreille, le regard, les sens ?
Des territoires à explorer, des paysages sonores à construire, à raconter, à vivre, des ambiances immersives, qui nous plongent au cœur des lieux.
La part du rêve, du paysage transfiguré, à la frontière des utopies sensorielles…
Des modes d’écritures croisées où les sons, l’image, le texte, donnent matière à de multiples explorations physiques, mentales, intellectuelles…
La recherche d’actions et de réflexions pour construire du commun autour des lieux de vie, de passage…
Une écosophie en marche.
Une collection inépuisable de parcours sonores, lieux de découverte, de recherche et de partage.
Des écoutes singulières autant qu’universelles…

POINTS D’OUÏE PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN DUO D’ÉCOUTE OPUS 7

Confluence d’ écoute(s) avec Quentin Thirionet

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Comme à l’accoutumée, un PAS en duo d’écoute, offre à un promeneur volontaire, la liberté de choisir un lieu, un parcours, un moment, pour deviser en toute liberté, à micros ouverts, sur une approche instinctive, in situ, sensible, autour des paysages traversés.

On y entend, on y voit, on y ressent, on y croise, on a envie de dire, ou non, d’extrapoler, de décrire d’imaginer, de questionner… Format très libre !

Une tranche de ville, ou un site naturel, un instantané brut de montage, sans artifices d’embellissements, assumant ses dérives, longueurs, déséquilibres, bavardages, indécisions ou partis pris.

Quentin, compositeur, vidéaste, metteur en son pour le théâtre, bidouilleur de « machines sonores » et dotée d’une oreille hardie, s’est plié à l’exercice.

10H du matin, place Carnot, beau soleil, température fraîche mais sans plus. Des lumières de fin d’automne qui incitent à la promenade.

Le marché de Noël se réveille, les baraques ouvrent, on installe tranquillement bibelots et nourritures.

Un flux de passagers travailleurs descend de la gare, et traversent l’espace, l’air très affairés.

Des valises à roulettes cliquetantes, ici ou là, signature quasi emblématique d’un espace multimodale.

Des tramways « vers de terre » suivent leurs sillons ferrés, tranquillement, presque débonnaires.

Une gare et ses environs est une véritable collection de sons, d’ambiances, un catalogue offert à l’écoute et au regard.

Traversée de la gare underground, des passages souterrains sombres, humides, réverbérants, parfois presque à l’excès, des pas et des voix croisés, toujours le tram courant d’une halte à l’autre. Ce dernier nous suivra d’ailleurs jusqu’au bout, dans sa ligne trajectoire vers le tout nouveau quartier Confluence.

Sortie à l’air libre, de l’autre côté de l’échangeur multimodale, architecture monstre, coupant brusquement, sans concession, deux territoires urbains.

Places des archives, espace clair, ouvert, offert à la déambulation, ou à la pause casse-croûte ou aux discussions des étudiants de la Faculté catholique, récemment installée.

L’arrivée de cette foule d’étudiants à chambouler le quartier, lui donnant une nouvelle vie agitée de rires et de cris.

Nous  pénétrons dans l’université, micros en main.

Architecture claire, monumentale, lumineuse,de vitres et de pierres.

Un vigile nous interpèle. Nous expliquons brièvement notre projet du moment, sur le paysage urbain. Ce qui semble lui convenir, il n’en sera hélas pas toujours ainsi dans la suite de la balade.

l’intérieur de cette université flambant neuve à conservés en son sein, des murs de l’ancienne prison, joliment intégrés dans l’ensemble architectural. On se demande si, à l’intérieur, subsistent des traces gravées sur les parois, messages, barres de comptage de jours, de mois, d’années…  Sans doute que non. En tout cas, l’acoustique est fort plaisante.

Nous remontons une large avenue, espace de transition entre la gare et le quartier hi-tech des Confluences. Rythmes de tramways, toujours, portes, voix, flux, séquences, glissements urbains…

Pour échapper au flots motorisés, nous empruntons des chemins de traverse, zigzagant en direction du Rhône. Tout s’apaise subitement. Des espace en requalification, chantiers, zone en construction, semblant indécises entre le passé et le devenir.

Une magnifique séquence sonore, un train au loin, circule lentement, sur un pont métallique en sortie de gare, sons de freins aux notes pures, deux sons comme accordés à la quarte, mélodies, rythmes, musique des lieux… Puis, au détour d’un bâtiment, une gosse tondeuse autotractée déboule sans prévenir, grognements, elles disparait vite, le calme revient, résillience acoustique, des pas et des voix qui viennent rééquilibrer les espaces de proximité avec le back gord au lointain.

Nous avançons vers le nouveau quartier. Formes architecturales surprenantes, parfois un brin audacieuses, parures ajourées, multicolores, ostentatoires… Une sorte d’exercice de style architectural qui tient de la démonstration, du catalogue, le tout un brin tape-à-l’œil.

Un calme surprenant.

Peu de mouvement, peu d’activité, presque trop calme pour être urbain, ou donner l’impression rassurante d’un quartier bien vivant.

Nous débouchons sur la « darse », avancée d’eau entre deux rangées de bâtiments, canal  intérieur en forme de petit port, façon méditerranée, qui vient s’échouer en cul-de-sac, face à l’Hôtel de Région. Trois bateaux de plaisance et quelques mouettes s’y sont invitées, pour parfaire le décor.

Soudain, un important groupe de personnes déboule d’on ne sait où, du bout du quai. nous fendons ce flot humain et bavard, le traversons, à contre-sens… Quelques brassards, porte-voix… Une manifestation ? Les bribes de paroles captées dans le flux ne nous en apprendrons pas plus.

Direction le centre commercial Confluence.

Espace haut, large, vitré, et singulièrement désert en cette proximité des fêtes de Noël.

Encore un indice de la difficulté de ce quartier à trouver un rythme de croisière qui l’assimile à un site urbain véritablement actif, accaparé par ses résidents, ses visiteurs…

Musac traditionnelle. Un Renne géant, immense marionnette pantin Père Noël, à la voix grave et tonitruante, apostrophe les visiteurs, leur proposant de venir jouer à une tombola commerciale. Drôle, décalé, kitch à souhait.

A deux pas, une grande fontaine, érigée en murs d’eau ruisselante, glougloute et clapote, au son d’oiseaux exotiques. On a cru bon de rajouter des sons aquatiques amplifiés à la scénographie. Là encore, un bien étrange design sonore, lui aussi très kitch, surtout lorsque la voix du grand renne vient s’en mêler. Tout près, un immense show room d’ordinateurs ornés de pommes. Un brouhaha tamisé, une cohorte de vendeurs de rouge vêtus, des conversations très geeks, un des seuls espaces vraiment vivants de ce complexe commercial.

Et c’est là que les choses se gâtent.

Un vigile vient nous voir en nous disant qu’il est interdit d’enregistrer dans ce lieu. Je lui explique que nous n’enregistrons que des ambiances sonores, ce qui et du reste parfaitement vrai. Il téléphone son PC et finit par acquiescer et s’éloigne.

Nous continuons donc notre écoute, captation. Peu après, il revient à la charge, nous expliquant que la loi nous interdit d’enregistrer sans autorisation dans ce lieu. Deuxième tentative de négociation, Une loi ? Ah bon ! Laquelle ? Nous voila donc partis pour nous expliquer auprès du responsable du PC sécurité. Nouvelles questions, des lois encore, en fait purement inventées pour appliquer des strictes consignes de sécurité post 13 novembre. Nous abdiquons finalement, et sortons, encadrés des vigiles, du centre commercial. De toute façon, nous avons mis en boite ce qui nous paraissait intéressant. La liberté de l’espace public se restreint bel et bien pour le preneur de son, voire pour tous ses usagers. Un brin inquiétant et agaçant, cet usage répressif de l’état d’urgence, ce musèlement dés que quelque chose sort un tant soit peu de l’ordinaire ! Vive les grandes masses dociles et silencieuses, et surtout pas de vagues !

De retour à l’air libre, nous remettons le magnétophone en marche et poursuivons vers la partie du quartier qui est encore en démolition reconstruction. D’anciennes halles et quais subsistent, vestiges d’un immense marché gare, aujourd’hui presque totalement rasé. Des engins de chantier partout, ambiance mécanique et slaloms entre les barrières de chantiers et les tas de gravats. Certains, bâchés de noir, vibrent joliment dans le paysage, comme une imposante installation land art involontaire

Rues désertes, longeant des espaces dents creuses, tiers lieux lépreux, en cours de démolition, des décharges sauvages, des terrains vagues où se posent parfois les cirques de passage. Espaces également accaparés par la prostitution, petit à petit repoussée de plus en plus loin vers l’extérieur de la cité, avec toutes les zones de violences cachées et de non droit que cette politique de nettoyage des centres peut générer.

Arrivés quasiment à l’extrémité de la Confluence, face au monstre métallique, nuage improbable du musée au titre éponyme, nous remontons en longeant la voie du tramway, sorte de ligne rouge mouvante et sonore de notre périple.

Un jardin urbain, avec un petit lac, quelques glougloutais, et beaucoup d’oiseaux. Soudain, une longue sonnerie de sirène, test du premier mercredi du mois ,transperce l’espace de ses hululements stridents. Puis à nouveau, tout se calme, et tout semble encore plus calme en comparaison avec le déferlement sonore qui vient de s’éteindre.

Petit à petit, retour dans des espaces plus habités, qui se densifient progressivement à l’approche de la gare. L’église Sainte Blandine est ouverte, nous y pénétrons. Les églises sont toujours d’agréables oasis de calme, nimbées de réverbérations donnant aux presque silences des lieux, des écoutes  limpides, qui se mêlent aux projections colorées des vitraux, marbrant le sol de lumières chatoyantes.

Pour traverser la gare, toujours par le dessous, nous empruntons cette fois-ci un très long tunnel tout en courbes, où se côtoient piétons, vélos, autos et motos, planches à roulettes, dans un joyeux mais à la longue stressant capharnaüm acoustique. Les ambiances sonores sont largement amplifiées par des voûtes bétonnées. Un groupe de jeunes adolescents exercent leurs expressions vocales dans de bruyantes joutes orales, cris et chants. Ajouter à cela quelques motos bien timbrées dans les fréquences graves, l’ambiance est à la fois quelque part jouissive, et à la limite du supportable.

De nouveau à l’air libre, retour sur la place Carnot, après un périple de deux heures trente environ, comme toujours riches en événements et échanges. En attendant les prochains PAS…

 

En écoute

https://vimeo.com/user13635839https://ephemeride.bandcamp.com/

https://vimeo.com/user13635839https://ephemeride.bandcamp.com/

POINTS D’OUÏE, SÉQUENCE URBAINE

Séquence de ville rythmique

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Nuit tombée,

dans une rue assez calme,

bordée d’une voie ferrée,

en hauteur…

Passage d’un train,

assez court,

plaintes aiguës de freins,

sur deux tons,

à la quarte,

cliquettements,

martèlements saccadés,

rythmes caractéristiques,

éloignement rapide,

extinction,

un instant de calme,

trois jeunes femmes me croisent,

bottes à talons hauts,

beaux claquements,

ainsi d’autres rythmes,

sur l’asphalte cette fois-ci,

nouvel instant de calme,

quatre voitures passent,

assez lentement,

chuintements sur le sol mouillé,

encore un instant de calme,

puis,

une personne,

avec une valise à roulettes,

petit grondement,

saccadé par la marche,

un klaxon au loin,

comme une ponctuation…

Si je voulais composer, un paysage sonore,

à partir de rythmes urbains,

celui-ci serait parfait !

Rien à retoucher !

Juste,

le saisir sur le vif !