Gare aux oreilles, un point d’ouïe, un banc d’écoute, une liste

saxe_interieur

Des pas et des pas
beaucoup de pas
discrets ou claquants
assurés ou hésitants
rapides ou flâneurs…
Des voix et des voix
beaucoup de voix
féminines et masculines
Jeunes ou matures
dans différentes langues
différentes accentuations
des voix annonceuses aussi
microphoniques et amplifiées
des trains au loin
à gauche, au-dessus du talus entr’aperçus
grondant et ferraillant par intermittence
klaxonnant vivement
ponctuation virulente déchirant l’espace ferroviaire
et nocturne de surcroit
des métros chuintant en dessous
s’arrêtant puis repartant cycliques
des bips de composteurs véloces
stridences aigus sur bruit de fond magmatiques
des portes coulissantes
feutrées feulantes et sans claquement
et d’autres portes sésames
soumises aux cliquetis des tickets approuvés
parfois une sonnerie rageuse
bad compostage ou hors délai
puis un balai effleurant les dalles
en traquant l’immondice
un charriot cliquetant
des bruits de papiers froissés
de bouteilles jetées
decrescendo avec la nuit tombante
un apaisement gradué s’installe
des bus qui s’arrêtent tout près derrière la vitre
des portes qui s’ouvrent alors
des flux de pas et de voix en déferlantes
puis un relâchement détente résiliant
un calme envahissant qui revient
les espaces qui ’apaisent discrètement
les voix au loin encore
se perdant dans un enchevêtrement de réverbérations
un bébé braillard s’égosille
un curieux effet d’écho
au fond d’un long couloir vitré et obstinément dallé
deux enfants passent en trombe
de l’énergie dans les voix
de l’énergie dans les corps
des boules de vitalité
bousculant la presque somnolence des lieux
avant que de lui rendre
la sirène d’une escouade policière
parcourant furieusement les quais
une valise à roulette fait chanter le jointoiement des dalles
scansion entêtante qui marque son trajet indécis
crescendo decrescendo chaotiques
et vis et versa entremêlés
jusqu’à l’extinction lointaine irrémédiable
un tintement de clés des gardiens médiateurs
le vacarme oh combien envahissant
d’un rideau de fer qui coulisse en grondant
en fermeture d’un commerce fatigué
une gare toute aux oreilles en somme
sa multiplicité
ses acoustiques
ses activités
ses passagers
ses objets
fixes ou ambulants
ses ambiances changeantes
ses paysages forgés par l’écoute postée autant qu’obstinée
des scènes remodelées par les mots du récit adjacent.

 

 

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Points d’ouïe et PAS – Parcours Audio Sensible, exercice d’écoute/écriture en plateforme multimodale

Exercices d’écoute en marche, gare aux oreilles !

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Les frimas sont là, avec une belle humidité stagnant sur la ville.
Pour autant, pas question pour moi de renoncer à mes points d’ouïe et autres PAS – Parcours Audio Sensibles. Ce sont devenus des exercices journaliers, comme faire mes gammes, garder l’oreille vive, entrainée, tester chaque jour de nouveaux espaces, de nouvelles postures…
Les frimas et la pluie rendant parfois l’exercice assez inconfortable, je choisis d’élire temporairement domicile dans un vaste lieu, à deux pas de chez moi, à savoir une gare ou, pour être plus précis, une plateforme multimodale – où se croisent trains, bus, métro, voitures, vélos, piétons. C’est une sorte de grande zone d’aiguillage, sur quatre niveaux, redistribuant les piétons usagers vers différents transports et sorties sur le quartier. Un lieu couvert, qui me permet à la fois de déambuler et de me poster sur des bancs d’écoute, d’explorer, de tester.
Exploration niveau -2 , quai des métros
Exploration niveau  -1, desserte parkings
Exploration niveau 0, hall d’accès, escaliers et ascenseurs de distribution
Exploration niveau  I, couloirs et quai des bus
Exploration niveau 2, quai SNCF
En bref, d’immenses zones à parcourir, ouïr, décrire, écrire. J’ai déjà exploré moult fois ce lieu, seul ou accompagné, et ce soir, je décide d’investir le niveau 1, donnant accès aux bus. C’est un très grand U, couloirs carrelés, baies vitrées, portes coulissantes, fosse donnant sur le métro en contrebas, nombreux bancs métalliques, sans compter les usagers…
Il est 19 heures, nous sommes un vendredi 11 novembre, donc jour férié, ce qui, au niveau de la circulation, réduit le flux habituel à ces heures-là, mais en conserve néanmoins une riche activité, diffuse sur tout le plateau scène d’écoute.
Certaines heures sont plus propices, très tôt le matin, ou tard le soir, de même que certains jours, les dimanches soir notamment, ou jours fériés.
Cette plateforme me donne un terrain de chasse remarquable, avec de longues coursives, des perspectives visuelles et sonores en enfilades, trouées de portes coulissantes qui ponctuent l’espace de chuintements pneumatiques, et des sons pénétrant de l’extérieur.
Les nombreux bancs, dos à dos, me permettent des visées sur de nombreux cadrages, plus ou moins ouverts, abrités, ou non, ilots-affuts dans ce grand bateau de veille sensible.
Des voix et des voies, rires, chuchotements, nombreuses langues d’Afrique ou de l’Est, enfants, ados, adultes, l’homme est au centre de la scène. Il passe par flux, sa présence parfois s’amenuise, puis réapparait de plus belle. Mouvements dans l’espace, les voix comme objets posées ou traits sonores traversant. Les pas, talons hauts, chaussures crissantes, ou silencieuses, un autre marqueur sono-spatial sur les vastes carrelages.
Des voix juste derrière moi, sur un bans accolé dos à dos, à quelques centimètres – une intimité où je suis le confident malgré lui, épémère, d’une personne toute proche à cette instant. Je ne me sens pas forcément audio-voyeur, mais plutôt  un peu plus vivant, dans le sens vivant dans une harmonie fragile et éphémère avec l’autre, avec mes proches de l’instant.
Annonces, un train, un métro qui ne prend pas de voyageur, une personne attendue à l’accueil, les consignes vigipirates « tout bagage abandonné… »
Des signaux sonores, bips des portes d’entrée, des portes des métro en contrebas, parfois tels des chants cristallins proches des crapauds des pierres en été.
Des acoustiques changeantes au détour d’un couloir, plus ou moins réverbérantes, ou sèches.
Grondements, sifflements, chuintements, freins dans des aigus acérés. Les métros en bas, les trains en haut, sur un butte tallutée, comme une hiérarchie verticale, ou deux mondes, celui de l’underground, et celui de la lumière s’étagent à l’oreille.
D’ailleurs, concernant les lumières, elles sont comme les sons, diverses, crues, feutrées, points lumineux, clignotantes, réfléchies en tâches, en halos diffus, irrisantes sur les chaussées mouillées qui se reflètent dans les vitres de la gare…
Je m’absorbe dans ces flux sensoriels, tentant parfois de les démêler, et parfois me laissant subjuguer, en errance dans leurs mouvances, leurs variations, marchant consciemment dans des traces situationnistes, psycho-géographiques.
Tantôt assis, tantôt déambulant, je teste différentes postures, au niveau du corps, de l’état d’esprit, de l’écriture in situ, crayon et papier en main.
Les gares sont des voyages immobiles, ou empreintes d’un mobilité bien circonscrite physiquement, alors qu’elles ouvrent d’immenses champs symboliques, imaginaires, des voyages infinis, ouverture pour moi sur une magnifique hétérotopie, des lieux divers, d’autres lieux, des lieux autres, qu’a si bien formulé Michel Foucault.

Il va d’ailleurs falloir un jour, que je me penche sur ce que sont, ou ne sont pas, les hétérotopies d’un paysage sonore.

http://foucault.info/doc/documents/heterotopia/foucault-heterotopia-en-html.

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE N°10

PAS – PARCOURS AUDIO SENSIBLE EN DUO D’ÉCOUTE N°10
Raphaël Cordray

Copyright (2015 ) Daniel F Valot
Copyright (2015 ) Daniel F Valot

Vaise, 7H30-9H30 – Place de Paris – Quais de Saône

Nous partons d’un marché.
Il s’installe, il réveille le quartier, il se réveille…
Quais de Saône, ventés, hantise du preneur de sons, justifiée…
Nous devisons, commentons, testons, marchons…
Sous un pont, un pont assez imposant et très récent, le pont Schuman. Nous déplorons son acoustique assez fade, sans réverbération vis à vis des anciens ponts de pierre, lorsque, presque par hasard, nous excitons des échos d’une incroyable qualité – dignes des plus beaux sites acoustiques jurassien. LA découverte acoustique de cette promenade, à deux pas de chez moi. A coup sûr, j’y reviendrai, l’écouter, l’enregistrer, le donner en exemples à d’autres paires d’oreilles.
Précision : la prise de sons avec ses incroyables échos est garantie sans trucage aucun, y compris le chien qui vient donner de l’aboiement à mes cotés.
Polyphonie.
Zones calmes, zones trépidantes, zones tampons… La ville dans toute sa diversité, en quelques pas, en quelques mètres.
Passages.
Des transitions, des fondues, des coupures, nos oreilles s’acclimatent, s’adaptent vont chercher le détail, prennent du recul sur les flux, cherchent à rester en contact.
Les sons d’ici nous renvoient à de sons d’ailleurs, à d‘autres ambiances, par analogie, au fil de nos écoutes, de nos pensées…
Paysages.
On arrive même à s’émerveiller d’un flux de voitures entendues à hauteur d’oreilles, sous un pont, ou à jouer avec des gaines métalliques…
Rythmes
Descentes de tuiles tonitruantes dans une goulottes de chantier, en plastique.
Les voix s’approchent ou s’éloignent des micros, rien n’est retouché, si ce n’est un léger gommage du vent.
Tout cela nous renvoie au statut-même de l’écoutant, du preneur de sons, de sa, ou de ses positions vis à vis des « autres », des regardeurs…
Passage dans un parc urbain,  oasis sonore, oiseaux, calme, sons ciselés, voix, portail chantant… Tout y est pour nous ravir l’oreille. Bon, il y a bien une souffleuse de feuilles…
Des échanges autour d’artistes sonores qui jouent aussi avec l’espace, les sons, l’environnement…
Anecdotes.
Retour sur le marché, des voix cette fois-ci, nombreuses. Le marché s’est réveillé, en rythme de croisière.
Une revendication impromptue, saisie à la volée.
Passage culinaire…
Grillades, sons et odeurs…
Gros plans multisensoriels.
Une belle joute verbale, en clôture…
J’écris ce texte au regard, ou plutôt à l’écoute de notre balade, sur le vif, en contrepoint.

ÉCOUTEZ LE PAS ICI

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Le site de Raphaël Corday – Microphone – Porter la parole – https://vimeo.com/user9864324

 

 

 

RITUEL DU BANC D’ÉCOUTE

STATUTS, PASSAGES ET RITUELS

Bancs roquette

Comment un simple jeu, celui des bancs d’écoute, s’instaure t-il progressivement comme une habitude, un geste récurrent, une sorte d’exercice, d’entrainement, de gammes pour l’oreille, pour finalement se ritualiser en une fête cérémonie structurante de l’écoute, du paysage en point d’ouïe, et de l’écoutant.

 

POINT D’OUÏE, MON QUARTIER EN ÉCOUTE

POINT D’OUÏE COMMENTÉ – BANC D’ÉCOUTE

PO

A deux pas de chez moi, un banc.
C’est un lieu des plus familiers pour moi.
j’y lis, j’y regarde, j’y écoute, j’y prends le pouls de ma ville, de mon quartier.
Un espace qui se présente, a priori sans concession, sans aucune velléité à valoriser l’espace ambiant, peut-être même, au premier coup d’oreille et d’œil, plutôt enclin à en montrer les fragilités, les dysfonctionnements du lieu.
Un banc coincé entre trois routes, très circulantes, faisant face à une voie de chemin de fer.
Mais néanmoins, un point d’ouïe où j’aime tout particulièrement à expérimenter une écoute critique, par l’écrit, par l’écoute, par la parole…
Ce que je fais ce soir, avec plaisir, in situ, de façon spontanée, épidermique.