Et pluie voila ! Eaux vives

Ces temps-ci sont souvent ponctués d’averses, parfois toniques.

On peut s’en désoler.

On peut s’en réjouir.

La campagne alentour, et même la ville en son cœur, je ne les ai pas vues si vertes depuis longtemps déjà.

Il me semble que les arbres respirent, que le vivant, oiseaux, hommes et autres échappent, pour l’instant, à des chappes estivales de chaleur étouffantes.

Je respire, même, et sans doute mieux sous la pluie.

J’apprécie de marcher sous/dans, au cœur, de la pluie, d’y plonger corps et bien et oreilles inondables. Se mouiller pour savourer la liberté d’aller là où ça (nous) chante, quitte à sacrifier du confort bien au sec.

Non, la pluie ne rend pas triste, les oiseaux chantent de plus belle, les grands saules s’ébrouent, les enfants sautent dans les flaques, et j’ose en faire de même, et avec grand plaisir.

Le paysage sonore ruisselle de sons toniques.

Walking in the rain, singing in the rain, listening in the rain.

Pendant que j’écris ces mots, une averse est arrivée, orageuse et drue. Je vais courir à sa rencontre.

En écoute – Il y a quelques années, une marche nocturne dans mon quartier sous la pluie.

Sacrés sons !

Excursion sonique à Lourdes.
Une petite ville nichée au cœur des Hautes-Pyrénées, arrosée par les méandres du Gave du Pau, et surtout mondialement connue comme un des plus hauts lieux de pèlerinage, avec son immense sanctuaire, sa grotte aux apparitions, ses milliers de touristes, de pèlerins…
Mais ce n’est pas ici sa religieuse histoire qui m’intéresse, même si mes micros n’ont pas pu échappé à cette réalité de terrain.
Et encore que, Covid aidant, toutes les boutiques de la ville basse étaient encore fermées le jour de mon passage, sans compter un temps des plus capricieux. L’immense esplanade du sanctuaire, la basilique et même les alentours de la grotte étaient encore bien calmes.
Ce qui m’a intéressé dans cet espace pour le moins atypique, c’est de capter certaines acoustiques, dans différents lieux de la ville, aux fonctions très différentes pour deux d’entre eux, et néanmoins avec des résonances sympathiques comme on dit en acoustique.
Un premier et bref son de cloche m’accueille sur le parvis de la basilique. J’aurais aimé avoir une plus longue volée mais l’orage et la pluie battante qui sont arrivés peu après ce jour là m’en ont empêché.
Intérieur de la basilique et ses magnifiques réverbérations.
Presque du silence où chaque son se révèle, ciselé dans l’espace.
Au-delà de toute croyance religieuse, je me sens toujours bien à tendre l’oreille vers ces imposants espaces immersifs, dans une forme de quiétude auriculaire qui laisse le temps se déplier sans à-coups, comme un refuge contre les bruits urbains extérieurs, parfois à la limite de la saturation.
Au dehors, adossée à la basilique, la fameuse grotte aux apparitions, miracles…
Un prêtre africain égraine, en anglais, une litanie, ponctuée de réponses par deux religieuses en chœur.
Nous sommes ici dans une forme de répétition que n’auraient pas dénié les minimalistes et répétitifs américains.
Ces itérations sonores sont je dois dire, dans leur lancinant entêtement, dans leurs phrasés, dans leurs scansions, musicalités, ritualités, assez envoûtantes à entendre. Mais c’est bien là un des effets du rituel, que de plonger à la base le participant, l’auditeur, dans une suite de règles collectives à suivre irrésistiblement. Et Dieu sait, c’est le cas de le dire ici, si les sons, de la danse tribale à la prière en passant par la techno, en connaissent un rayon en la matière.
La journée va toucher à sa fin, je remonte les rues de la ville, très calmes, vers la gare.
L’acoustique de cette dernière, excitée par une voix de femme très présente, et chantante à sa façon, me font ressortir mes micros.
Il y a là une sorte d’écho entre les ambiances de la basilique, de la gare, les voix des religieux et celles de la femme dans ce hall d’attente, qui va naturellement influencer le montage de la petite pièce sonore retraçant mon passage lourdais.
Toujours le frottement des lieux et des moments, des affinités et des discordances, des choses de terrain et de la fiction narrative.
Sacré son quand tu nous tiens !

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Pour des paysages qui sonnent !

Faites vous Bells !

Comme je le dis parfois
il y a souvent quelque chose qui cloche dans le paysage
en tous cas dans les miens.
Installées en vigies
des dames d’airain se font entendre
d’heure en heures
en heurts battant
en fêtes carillonnées
en joyeux événements
ou pas
esprit de clocher
paysage campanaire
des signatures sonores de hautes volées
des marqueurs acoustiques résonnants
elle se balancent
sont tintées
teintées acoustiquement
couleur sonore d’un village
d’un quartier
d’un sanctuaire
je ne manque jamais de les saluer de l’oreille
attendant la bonne heure sonnante
d’en goûter les envolées toniques
d’en capter les percussions-résonances
de défendre leur droit à la sonnerie
n’en déplaise au mauvais coucheurs de l’oreille
à ceux qui haranguent coqs et cloches
préférant sans doute les moteurs à tord
ici, dans les montagnes pyrénéennes qui m’accueillent
je les laissent venir
à ma fenêtre
aux des bancs d’écoute
de Lourdes à Luz Saint-saveur
en passant pas Esquièze Sère
à chacun son son de cloche
j’en joue
faisant frotter leurs sonorités a l’envi
à cloche-oreilles parfois.

Petite fiction campanaire
Avec la participation de différentes cloches de Lourdes, Luz Saint-sauveur et Esquièze-Sère.
Des espaces temps qui se télescopent, font dialoguer des lieux par les cieux, des géographies triturées en mode résonant, de la matière fondue et refondue…

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Point d’ouïe, donner de la voix

Donner de la voix,
un cadeau,
une friandise sonore,
un don offert sans contre-partie,
juste pour le plaisir d’entendre parler.
Pas de message,
pas d’explication,
pas de contenu sensé,
juste une musique,
des timbres,
des accents,
des ambiances,
des bribes glanées ici et là
la vie quoi.
Un marché,
une place bordée de bancs,
une ruelle,
des commerces…
une scène acoustique multiple,
habitée de voix multiples.
Donner de la voix,
comme un jeu,
un plaisir d’entendre dire,
un paysage sonore,
une énergie communicative,
qui vient réveiller l’espace,
dans des temps d’enfermement,
dans des temps qui s’ébrouent,
dans des temps où la vie sociale à besoin de donner de la voix.

Résidence audio paysagère accueillie par

Le Hang-Art à Esquièze Sère

Le Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur

Oiseau de fer, oiseaux de chair

Entendu dans le ciel,
le grondement, bourdonnement, vrombissement, d’un hélicoptère.
Il tournoie au dessus de la montagne
en rapace guetteur
toutes pâles tournoyantes
il marque des pauses sur-place au surplomb d’une crête.
Randonneur en mauvaise passe
hélitreuillage sauvetage
observation surveillance ?
Difficile de savoir.

Un peu plus bas
mais dans un rapport au ciel,
des oiseaux
oiseaux chantant
gazouillant
pépiant…

Quel rapport entre les deux ?
L’un de fer les autres de chair
l’un bourdonnant du moteur et sifflant des pâles
les autres chantant à plein syrinx ?
Des sons évoquant la hauteur ?
Le ciel ?
L’envol ?
La mise en regard d’une puissance mécanique
et d’une fragilité oiseleuse?
La pure facétie de l’écoutant ?
Faire se répondre dans une même zone d’écoute montagnarde
objets ferraillant et oiseaux volant
L’un,
puis l’autre
chacun son thème en réponse
puis les deux
réunis en un contrepoint singulier
si ce n’est anachronique
d’une machine volante et de vie animale
dans des étagements de plans sonores plus qu’improbables
mais assumés
si ce n’est affirmés
contre toute vraisemblance.
Le paysage sonore, dans son imaginaire
peut se le permettre sans complexe.


Ceci n’est pas la chose sonore
ceci n’est qu’un paysage
un audible possible parmi mille autres possibles.

Après tout, ce paysage n’est,
d’abord et avant tout,
qu’un espace de sons racontés
entre les deux oreilles exactement.

Résidence audio-paysagère
Accueillie par Ramuncho Studio à Luz Saint-Sauveur
et HANG-ART à Esquièze-Sère
Mai 2021

Point d’ouïe, j’ai eu vent de…

En priant Dieu qu’il fit du vent…
Et il y en fit !
Une nuit bien ventée
tempétueuse même.
Éole au meilleur de sa forme.
Un vent tout droit venu du sud
qui balaie les hautes vallées pyrénéenne (scène de l’action en cours)
ça charrie
ça gémit
ça siffle
ça grince
ça grogne
ça secoue
ça ballote
ça traine
ça remue
ça vibre
ça s’infiltre
ça se calme
et se déchaine
ça rythme la nuit

Et tendre l’oreille au vent
c’est vivifiant
paysage mouvementé
paysage secoué

Nous entendons du vent
plus ce qu’il anime, met en mouvement
plus ce qu’il met en vibration
notre peau et tympans compris
plus ce qu’il fait chanter
les obstacle à son flux
ceux qui lui résistent,
que le vent lui-même
Le vent, on le sent à fleur de peau
à fleur d’oreille
telle une vibrante friction aérienne

Quand il s’engouffre dans la vallée
c’est comme un couloir acoustique
un tuyau d’instrument
une pavillon vibrant.

Et les micros tendus peinent à le saisir
dans son humeur de tempête
qui collent les membranes
saturent les prises de sons
jusqu’à l’inaudible
alors il faut ruser
emmailloter les micros
se mettre dans les recoins
les anfractuosités
derrière des fenêtres
à l’abri du grand souffle
mais à l’affut de ses courants déchainés.

Doucement, tout se calme
le grand souffle retombe
laissant un paysage quasi épuisé
et ses arpenteurs écoutants
également épuisés
et repus
après ces grands bols d’air.

Et la pluie d’arriver
Autre ambiance plus feutrée
qui égoutte la vallée
tout bascule dans une intimité mouillée.

Écoute au casque de préférence.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021

Point d’ouïe, série gare #2

Digital Camera

Deuxième point d’ouïe de la série « garée ».

Un banc dans une gare routière de Lyon, quartier de Vaise, 9e arrondissement.

Environ 18H30.

Une petite heure de pause sur un banc habituel, dont environ 12 minutes d’enregistrement.

Prise de son brute, field recording sans aucunes retouches.

Voix, moteurs, bips, langues, enfant rechignant à apprendre sa leçon en attendant le bus, valises à roulette, portes… La vie qui passe devant mes micros…

Digital Camera

En écoute :

Points d’ouïe, le jeu des séries

Le jeu des séries

Dans ces temps bien empêchés, j’accroche des pans d’écoute ici et là, comme des repères qui scandent un travail en manque de terrain, en manque de mouvement.

La récurrence des séries apporte du grain à moudre pour offrir un espace sonore, et plus globalement sensible, qui le sortirait d’un territoire aujourd’hui à mon goût trop circonscrit.

J’imagine donc des stratégies d’itérations, des points d’ouïe récurrents, catalyseurs d’actions in situ.

Parmi eux

  • Des réverbérations des ponts, églises, parkings souterrains
  • Des cloches alentours
  • Des marchés
  • Des pas et les réponses acoustiques des sols arpentés
  • Des voix d’enfants, ou d’autres-
  • Des cliquetis d’escaliers roulants
  • Des signaux d’alerte et autres bips
  • Des valises à roulettes
  • Des itinéraires journaliers, répétés au mètre près
  • Des parcs publics et leurs bancs
  • Des rives de fleuves ou de rivières…
    J’en imagine tant et plus, en regardant et écoutant autour de moi, comme un collectionneur qui hésiterait à choisir, à se focaliser sur une série d’objets (d’écoute) spécifiques.

Et puis je choisis un lieu, ici un couloir de gare routière voisine, un banc en particulier, s’il est libre, vers 18 heures
J’appuie sur le REC de mon enregistreur et vérifie les niveaux d’entrée.
Je capture environ quatre minutes de flux, de passages, au gré des arrivées et départs, voix, talons, moteurs, roulettes, avec en toile de fond une boulangerie.

Je verrai où cela me mènera, vers quelle construction audio-paysagère, vers quelle tentative d’épuisement, vers quel improbable récit… 

Le champ d’action rétréci de cette époque sous contraintes me pousse à imaginer des stratégies de proximité, où la répétition de gestes est stimulante pour garder en chantier la fabrique de paysages sonores, avec leurs questionnements intrinsèques.

Un article en miroir

Bonne année de ma fenêtre

Passage en 2021, sous couvre-feu sanitaire.

Mon repas de la Saint-Sylvestre s’étant terminé à 21H00 tapantes, suivi d’un Fellini, vers lequel je reviens régulièrement, j’ai re-tendu ce soir mes micros aux fenêtres. Ça ne m’était plus arrivé depuis le premier confinement. J’ai tenté de capter la montée jourdelanesque jusqu’à minuit sonnant, même un peu avant, voire un peu après, sur fond de pluie. Presque sans aucune voitures, ambiance inhabituelle en ces circonstances où ordinairement, les klaxons font partie de la liesse. Les pétards étaient bien là, eux. Étrange ambiance festive, où les fenêtres se sont ouvertes, bonne année, d’un bout à l’autre de la rue, sur fond de pluie. Promis, je vous ferai entendre, sur fond de pluie.

En fait, voici les sons que j’ai maintenant fixés, et quelques mots les contextualisant.

Fellini sur mon ordi annonce peut-être la fête, mais une bien étrange fête, aux accents de Cabiria, entre joie et désespoir, noirceur et espérance, magnifique film que je viens de re-revoir. Avec l’ambiance installée par les sublimes musiques de Nino Rota. Mais revenons à notre fête à nous, la Saint Sylvestre, à Lyon, à ma fenêtre, ce soir, entre le 31 décembre 2020 et le 1er Janvier 2021.

À l’arrière de chez moi, dans un cœur d’ilot, des voix, chants, des musiques, bribes fêtes lointaines, mais néanmoins fêtes, dons les traces audibles s’échappent des fenêtres.

L’heure approche, je passe à l’avant, côté rue. La pluie se fait maintenant nettement entendre, drue sur l’asphalte. Minuit, passage-changement, une année s’en va, chaotique, une autre lui succède, incertaine elle aussi. Peu à peu, des fenêtres s’ouvrent, des voix, des vœux, à distance, mais personne dehors. Des pétarades, au loin, scandent la fête, font sonner les reliefs, les collines entourant le quartier par des échos réverbérés qui balisent l’espace de notre scène d’écoute. Puis, tout va progressivement s’apaiser. Un SDF poussant un chariot bringuebalant et capricieux passe, monologuant avec lui-même, seule présence physique à être outdoor. Il souligne un peu plus l’étrangeté de cette fête distanciée. Pas de rassemblements publics, chaque groupe communique par fenêtre interposée.

Cette scène à ma fenêtre, sous couvre-feu, vient compléter logiquement les rituels de 20h00 du premier confinement, faisant suite à cette trace auriculaire de crise sanitaire qui n’en finit pas de finir.

https://archive.org/details/fav-desartsonnants

Et il pleut toujours.

Une année s’égoutte, ce soir, à ma fenêtre, et un iota de celle-ci s’écoute, et s’en va à vau-l’eau.

2021 balbutiant en écoute

Playlist en points d’ouïe et chemins de travers(e)

webSYNradio

POINTS D’OUÏE

Le fait d’élaborer cette playlist désartsonnante m’a donné l’occasion, une de plus, de repenser une thématique que j’axais, tout naturellement, ou presque, autour du paysage sonore, voire du soundwalk. C’était un vœu pieux, que je ne respecterai pas au pied de la lettre, comme souvent. Certes, les sons convoquent le paysage, des voyages, des balades et autres expériences field recordinnisantes, auxquelles je peux difficilement échapper. Cependant, le fait d’aller fouiller des sources audio, dont certaines que je croyais disparues corps et bien, a infléchi la playlist au jour le jour, et l’a poussé à emprunter des chemins de traverses plus tortueux que je ne l’aurais pensé de prime abord. Madagascar, la pluie, des espaces bruicolés, percutés, radiophonisés, vocalisés, socialisés… Une empreinte de sérendipité aidant, c’est un parcours coup de cœur, que moi-même je ne suis pas sûr de vraiment maîtriser, et qui évolue capricieusement, d’un jour à l’autre. Mais là, il faut bien le fixer à un moment donné, et tant pis si demain je l’aurais fait tout autre… C’est aussi cela les chemins écoute !

– Arioso Barbaro 2’42
– Bestiaire et papillons 5’32
– Bruicollage historié 2’54
– C’est juste un moment 6’44
– Glissendo pogressif 3’09
– Moi j’men fisch(e) 2’18
– Malagasy soundscape 10’28
– Ménage en récurrences 2’44
– Nuitance onirique 7’38
– Paysages virtuellement radiophoniques 6’28
– Percussives 7’23
– Soir de pluie 8’06
– City Sonic Soundscape 8,19
– Valilah Song 4’45
– Voxa Tana 5’10

En écoute ici WebSYNradio