PAS – Parcours Audio Sensibles, Cagliari 2018

Vico Giuseppe Garibaldi

Cagliari , le retour.
Après un séjour fin avril 2017, lors d’un stage de prise de sons naturalistes encadré par Bernard Fort du GMVL de Lyon, et dans le cadre du projet Européen Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons », nous sommes de nouveau accueillis par Amici della Musica di Cagliari.
Lors du premier séjour, nous avons arpenté la campagne, les lieux où l’eau et les oiseaux règnent en maître, et tenté d’en capter les ambiances significatives.
Mais nous avons aussi tendu oreilles et micros sur l’incroyable procession de la San Efisio.
Cette année, en mai 2018, c’est la ville même de Cagliari qui sera le décor principale de nos audioscènes. Il faut dire qu’elle s’y prête bien, et même joue le jeux de la diversité sonore, avec son port, ses ruelles, places, son marché couvert, ses hauteurs…
Notre séjour s’articule autour d’un très intéressant colloque « Natura percepita/Natura idealizzata » auquel je suis invité à intervenir, et guider en préambule un PAS – Parcours Audio Sensible dans la belle capitale régionale Sarde.

Cagliari m’ouvre, avenante et riante, de belles fenêtres d’écoutes.
La mer, le port, les clapotis, ressacs
Des avions à basse altitude, tout prêt d’atterrir aux abords de la ville
Des ruelles à la fois minérales et très fleuries
Des places, petites ou grandes, intimes ou populaires
Une galerie couverte toute bruissonnante
Un marché couvert, une profusion de, couleurs et odeurs
Une tour dominante et des terrasses surplombantes
De jour comme de nuit, je la marche avec plaisir.
Ensuite, j’en capterai des bribes en tendant mes micros.

Cette année, je guide donc un PAS. Nous y enchainons, comme de coutume, déambulations et Points d’ouïe statiques.
Une petite terrasse ouvrant une fenêtre en contrebas sur le boulevard longeant le port, la mer en toile de fond, muette à cette distance
Un parking souterrain où jouer de la voix pour exciter les capricieuses réverbérations
Des ruelles enchainées, d’ombres est de lumières, de sons et de presque silences
Un théâtre nous nous écoutons les rumeurs dans le hall de l’Auditorium, passage obligé
Encore un entrelacs de ruelles intimes
Une place où un guide commente une fresque à un groupe de touristes
Un guitariste, curieusement positionné à un carrefour assez bruyant, mixage de voix, musiques, voitures…
Encore des ruelles accueillantes
Une placette très doucement animée, une de mes préférées, de jour comme de nuit
L’intérieur d’une église, avec le même groupe de touristes et leur guide…
Pause et causerie informelle devant une boisson rafraîchissante.
La plupart des promeneurs sont de Cagliari. j’adore emmener marchécouter des résidents qui redécouvrent de l’oreille leurs lieux territoires de vie.
J’ai ici un grand avantage sur les autochtones, ne comprenant pas un mot d’Italien, je joui pleinement de la musique des mots et des voix sans cesse croisées.

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Cagliari en replis et déplis

Durant mes pérégrinations, repérages, flâneries, je tends parfois les micros.
Et construit un petit récit audio, des plus personnel, une vision auriculaire de la cité, parmi tant d’autre.
Cette fois-ci, j’ai envie de télescopages, de mixages, et autres incongruités acoustiques.
Je fais entrer le dehors dedans, fais sortir l’intérieur à l’extérieur, replie la ville en recouvrant le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, mêle la gare au port, la fontaine aux ruelles, la place haute à la ville basse.
Un joyeux désordre qui n’en a que faire de la géographie bien ordonnée.
Une élucubration où jour et nuits se confondent.
Quelques maltraitantes sonores donc.
La nuit, presque omniprésente, et son gommage de certaines sonorités.
Un non-sens qui perd le promeneur en lui déboussolant les esgourdes, qui embrouille même l’idée de parcours dans une dé-linéarisé assumée.
Un jeu de l’ouïe, où les clapotis n’en font qu’à leur tête.
L’expérience d’une durée fugace.
Des réminiscences sonores, comme ces traces de formes et de lumières en persistances retiennes.
Les acoustiques brassent des lieux qui n’ont pas lieu d’être, si ce n’est dans l’imaginaire d’un écoutant fasciné par les espaces imbriqués d’une ville imprévisible et néanmoins amène.

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Points d’ouïe Sardes

Chroniques de Cagliari et alentours à l’écoute

 

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Contexte
Stage de prise de sons audio naturaliste*, à Cagliari (Sardaigne), encadré par Bernard Fort du GMVL (Groupe de Musique Vivantes de Lyon), accueilli par les Amici della Musica di Cagliari, dans le cadre du projet européen Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons »

Prologue
Arrivés tôt le matin, une journée d’exploration urbaine libre s’offre à nous, pédestre bien entendu. En journée comme de nuit, environ cinq heures d’arpentage du haut en bas de Cagliari, et les pentes n’y manquent pas, histoire de se mettre au diapason de la ville. Ses places et bancs, ses recoins, acoustiques, la langue qui reste pour moi musique des mots, une fête nationale… Mais aussi des couleurs, des odeurs, la mer au pied de la cité. Des espaces resserrés de ruelles en ruelles, des panoramiques offerts sur le sommet d’espaces pentus, une ville qui n’est pas encore investie par les touristes, saison oblige, assez nature, qui me semble de prime abord très accueillante, et qui par la suite se révélera l’être vraiment, le tout sous un soleil un brin frais pour la saison.

Pédagogie, des méthodes, un brin de théorie, voire plus
Dés le début du stage, de nombreuses questions sont abordées, autour des techniques de prise de son, notamment audio naturaliste, du matériel, des méthodes de nettoyage, dérushage, compositions liées au paysage sonore. L’occasion pour ma part de me frotter à des pratiques audio naturalistes, qui ne sont pas forcément dans mes habitudes, ni compétences, et de les comparer avec des expériences plutôt liées aux soundwalks et field recordings anthropophoniques qui me sont plus familières.
Certes la base commune reste l’écoute, néanmoins, le fait de confronter des expériences de praticiens sardes, italiens, portugais, grecs, ne peut qu’enrichir nos propres travaux et réflexions par ces échanges transnationaux.

Captations de terrain
Parce que la théorie à elle seule ne suffit pas à comprendre et savoir faire, il nous faut partir sur le terrain, avec une paire d’oreilles affutées, autant que puise se faire, et son magnétophone numérique, parabole, couples stéréo, et autres dispositifs de prises ce sons.
L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt dit-on parfois, et bien c’est au petit jour, voire avant, à cinq heures du matin que nous nous retrouvons.
Première escapade, une pointe rocheuse du Cap Sant’Elia, qui, après un sentier un brin pentu au départ, nous amène sur un promontoire, site archéologique, dominant joliment la ville. Le jour se lève à notre arrivée. Sur ce site archéologique à la flore typiquement maquis méditerranéen, les oiseaux marins se partagent le territoire (sonore) avec ceux des terres. L’occasion pour sortir de nos sacs les enregistreurs et de capter tout ce qui bouge, ou presque. Nous sommes parfois dans un entre-deux, sur certains versants, où la rumeur de la ville qui s’éveille se mêle aux ressacs de la mer, à tel point de ne plus savoir exactement parfois qui dit quoi, et de fait ce qu’on entend vraiment… Cerise sur le gâteau si je puis dire, alors que j’enregistre ce curieux mélange de fond urbano-marin, se met en marche une soufflerie, au bas d ‘une falaise, incroyablement puissante, au point de gommer quasiment tout autre son du paysage. Entorse à la pratique audio naturaliste et penchants personnels qui reprennent insidieusement le dessus, j’’enregistre consciencieusement cette « aberration sonore » qui vient violemment contrarier le paysage sonore.

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Autre point d’intérêt, pour moi, une cabane dont les planchers en caillebotis de bois sont mis en musique par des centaines de gouttes d’eau; il a plu peu avant notre ascension. Plusieurs prises de sons sous différents angles, pour envisager par la suite la façon de rendre l’ambiance des lieux, ou de tenter de le faire… Et bien sûr les nombreux et incontournables oiseaux locaux, prolixes au lever du jour
Sons dans les besaces, ou plutôt  disques durs et cartes SD, nous redescendons notre butin vers la ville.

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Deuxième escapade, tout aussi matinale, la réserve naturelle de Monte Arcosu, gérée par la World Wildlife Fund, à une vingtaine de kilomètres de Cagliari. Une escale incroyablement dépaysante pour nos oreilles, et notre regard, voire tous nos sens. Emmenés par une guide, nous traversons, en voiture, un paysage de maquis méditerranéen, au sein d’un massif de moyenne montagne, en empruntant un chemin assez chaotique, pour nous retrouver dans un véritable oasis sonore. Arrivés à destination, moteurs éteints nous passerons une journée sans aucune trace motorisée, sans aucune rumeur urbaine, et même, chose incroyable, avec un seul passage d’avion au loin. Ici la douce rumeur et tissées d’oiseaux et de ruisseaux, de vent dans les branchage et du crissement de nos pas. c’est je pense la première fois que je ressens une telle quiétude dans un paysage havre de paix, où les oreilles comme les yeux sont  véritablement à la fête. Je profite personnellement de cette journée pour tester différentes techniques et micros, notamment au fil d’un cours d’eau, où je promène des micros X/Y, MS et un hydrophone, auscultation aquatique et aviaire oblige, ou comment raconter le paysage au gré de l’onde. Le retour à la civilisation de Cagliari nous montre combien ce genre de lieu est rare et de ce fait à protéger impérativement, y compris (et surtout) en terme d’écologie sonore.

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Dernière escapade d’écoute de notre séjour, et non des moindres, la procession de Sant’Efisio, le jour du premier mai. C’est une autre cerise sur la gâteau, hors de notre champ d’étude initial, qui nous est offert en supplément si je puis dire. Nous somme ici dans un univers urbain, entourés de sons  propres à l’activité humaines, anthropophoniques diraient certains. nous sommes également dans un cadre lui aussi extraordinaire, une des plus grandes et longues processions du bassin méditerranéen, s’étalant sur plusieurs jours et environ soixante kilomètres. Cet immense cortège dédié à San Efisio part du centre de Cagliari, avec des milliers de participants, hommes et femmes en tenues traditionnelles sardes, bœufs enrubannées et enclochetés tirant d’énormes charrettes de bois enguirlandés, chevaux et cavaliers en grand apparat où noirs rouges et ors rivalisent en riches étoffes … Et puis au niveau du paysage sonore, un monde riche, coloré, tissé de chants et prières, d’ensembles de musiciens jouant des launeddas, flutes à trois tuyaux typiquement sarde, jouées en respiration circulaire, ce qui donne une nappe sonore quasi  ininterrompue, sans compter les sabots des chevaux et bœufs battant le pavé et leurs guirlandes de milliers de clochettes tintinnabulantes. Ajoutons à cela la foule enjouée les applaudissements, les voix chantantes de la Méditerranée, les cloches de midi saluant à la volée la procession, et pour finir, l’incroyable et puissant concert de cornes de bateaux sur le port saluant le départ du saint hors de la ville. Bref une ambiance, un paysage que mes oreilles goûtent avec grand plaisir. Ce jour là, après un repérage la veille, chacun avait choisi ses micros et emplacements, postés ici ou là, sur une place, un balcon, un carrefour… J’ai quand à moi décidé d’être mobile, itinérant, restant dans ma logique de promeneur écoutant, d’arpenteur de bitume. De la tour du bastion la plus haute de la cité, en passant par des places, avenues, jusqu’au port, suivant un groupe, ou l’écoutant passer devant moi, micros collés aux roues de bois d’un char, ou captant un plus large panorama, je teste différentes postures en tentant de capter l’esprit de cette immense fête religieuse. Et la tâche n’est pas facile devant la richesse et la diversité de la scène acoustique.
Les fins de soirées urbaines, hors contexte du stage, ont été pour moi, d’autres terrains d’exploration, de marches solitaires, d’écoute(s), au fil de petites ou grandes places, des bancs, des squares, des chanteurs de rue, des cris enfants, des terrasses de restaurants, de la vie qui se déroule à l’oreille, des ambiances du Sud où dés les premiers beaux-jours l’espace public est animé, bien vivant.

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Bref, en 7 journées, Cagliari et ses environs m’auront donner bien du son à moudre ! Et présage de nombreuses heures restant à réécouter, nettoyer, trier, monter, affiner ces cartes postales sonores, qu’elles soient issues d’espaces naturels ou urbains.
Et puis sans doute l’envie de retourner un jour à Cagliari pour saisir tout ce que je n’ai pas eu le temps de faire, comme dans de nombreux lieux où j’ai posé oreilles et micros, toujours insatisfaits de devoir partir si vite…

Des sons à venir…

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*Audionaturalisme

L’audionaturalisme est l’étude et la connaissance de la nature par le biais des sons qu’elle produit. Le terme « naturalisme » est généralement employé de nos jours dans une acception qui l’entraîne hors de la science officielle. Peut-être parce que cette dernière, trop cloisonnée, a rejeté le terme de « sciences naturelles » qui évoque trop la tradition pluridisciplinaire héritée des Lumières, de l’Encyclopédie et des grandes expéditions. On peut dire que les naturalistes sont aujourd’hui plus des connaisseurs de la nature – des pratiquants des sciences naturelles, en somme – que des personnes ayant un statut de chercheur. Dès lors, l’audionaturaliste serait un amateur éclairé (ou un professionnel qui n’est ni biologiste, ni acousticien : ce peut être un musicien, un preneur de son, un animateur…) qui se consacre à l’étude des sons de la nature. En marge du milieu scientifique universitaire, les audionaturalistes poursuivent des activités de description et de connaissance de la nature. Ils se focalisent en particulier sur la connaissance du monde animal à travers la production et l’écoute d’enregistrements sonores

Point d’ouïe campanaire à Cagliari

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Desartsonnants ne le répètera jamais assez, il adore lorsqu’il y a quelque chose qui cloche dans le paysage. Ici à Cagliari, du centre ville au bastion supérieur, il joue à fabriquer, après écoute, un petit raccourci spatio-temporel… Ceci dans le cadre du projet Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons » – avec GMVL Musiques Vivantes de Lyon

En fait, l’un des marqueur spatio-temporel qualitatif et installé dans l’espace public, préféré de Desartsonnants est certainement celui proposé par ces belles dames d’airain hautes perchées, au voix tellement différentes du Nord au sud, de ville en ville, de clochers en beffrois.

Je les cherche, les écoute avec délectation, les capte, en collectionne les envolées et sonneries carillonnantes.

J’aime entendre comment elles inter-agissent sur l’espace public, lui donnant une texture, des dimensions, des plans, d’échos en réverbérations, des profondeurs rapprochées ou éloignées au gré des vents tourbillonnants, de nos postes d’écoute, du lieu où elles nous surprennent.

PAS – Parcours Audio Sensible Nocturne à Lyon Vaise

Le paysage sonore dans lequel nous vivons, un exemple parmi tant d’autres

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Église de l’annonciation  -Lyon Vaise, point de départ du PAS, à la tombée du jour – ©Patrick Mathon

Le contexte: un projet européen Erasmus+ « Le paysage sonore dans lequel nous vivons », qui est organisé par le GMVL (Groupe de Musiques Vivantes de Lyon), en impliquant quatre autres partenaires Italiens, Sardes, Portugais et grecs.
Le but de la promenade : effectuer un repérage collectif sur le quartier de Vaise, par une promenade écoute en trois points focus.
Nous sommes huit personnes, parmi lesquels des artistes sonores, étudiants travaillant autour de la soundwalk, membres du Conseil de quartier, protagonistes du projet « Sentiers métropolitainS » autour de Lyon…
Il s’agit dune écoute à oreilles nues, sans enregistrement ni autre dispositif d’écoute. La captation  viendra ultérieurement,  très prochainement.
Tous les focus d’écoute s’effectuent d’une seule traite, entre 15 et 20 minutes, et en silence. Nous commentons après, durant les liaisons (pédestres) entre chaque focus, et en fin de parcours.
Il est 18H30, la nuit est tombée, il fait très beau et assez doux pour la saison.

Petit débriefing au départ, qu’est-ce que met en jeu le projet autour des paysages sonores européens ?  Pourquoi une écoute sous forme de balade sonore ? Son articulation dans le repérage, dans le projet ?…

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En route, Gare de Vaise – ©Patrick Mathon
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En route, Gare de Vaise – ©Patrick Mathon

Premier focus auriculaire, gare aux oreilles !
La traversée de la gare de Vaise, vaste nœud de circulation multimodale (piétons, métro, bus, trains, vélos, voitures…).
Traversée horizontale, sur toute sa longueur, en zigzagant (sobrement) de droite à gauche, dedans, dehors.
Traversée verticale, sous-sol métro, niveau rue garde des bus, étages des parkings…
Gare de rythmes.
On y trouve pêle-mêle :
Drones de ventilations faisant écho, ou couches mixées aux graves des trains ronronnant sur le talus.
Claquements de grilles, joints métalliques lors des passages de bus ou voitures, effet percussif puissant ! Cliquettements des escalateurs, à chacun les siens, contrepoints complexes, Crachotements très sympathiques d’un haut-parleur déficient, depuis quelques mois déjà.
Chuintements de métros invisibles en contrebas, mouvements acousmatiques. Flux droite gauche et inverse.
Chuintements rythmiques des portes coulissantes en fonction des flux des passagers. Mixages ponctuels intérieurs/extérieurs, porosité des espaces et de leurs ambiances, effets de coupures, apparitions/disparitions…
Signaux sonores, attention à la fermeture des portes, compostages de billets.. Des bips aux émergences aigües, pointillistes ponctuant les espaces-temps.
Transitions acoustiques en fondus ou en coupures, dedans-dehors, des espaces resserrés, ouverts, plus ou moins réverbérants, mais en général toujours réverbérants, volumes des espaces et matériaux obligent.
Mixages intimes, des escaliers, des voix, des pas, d’incessantes montées et descentes des ascenseurs très très proches nous, la vue, les mouvements, les sons dessus dessous… Étranges sensations de tiers-lieux sonores d’entre-deux acoustiques.
Écoute panoramique, les parkings offrent des points d’ouïe sur quasiment 360°, ouverts sur l’extérieur, très différents selon son poste d’écoute ou ses mouvements traversants (mixages en marchant). L’extrémité du parking est remarquable, entre les bus sous nos pieds, les train à portée de vue et d’oreille, et les voitures qui font claquer puissamment les joints métalliques du sol. Belle scène acoustique à saisir et à déguster sans modération…

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Gare aux oreilles – ©Patrick Mathon
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Gare aux oreilles – ©Patrick Mathon
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Guidage au sol pour Promeneurs écoutants en parkings – ©Patrick Mathon

Deuxième focus auriculaire, un complexe sportif  en extérieur nuit
A quelques pas de la gare, le complexe sportif Boucaud, ex Gare d’eau.
Une plongée dans une vaste fosse extérieure, en contrebas des voies de circulation, position topologique qui amortit considérablement la rumeur de la ville, jusqu’à la faire presque oublier, si ce ne sont les émergences de klaxons ou motos à grosse cylindrée.
Une vaste ensemble de stades pour footballeurs, handballeurs, basketteurs, une grande piste en anneau de vitesse, et des bâtiments vestiaires, salles de gym…
Première impressions et images (visuelles et sonores) fortes, un long ruban de patineurs, dans une grande glisse, par groupe, avec une belle virtuosité quasi chorégraphique, rythme toute la piste.
Par deux, cinq, dix, les patineurs se suivent de très près, se talonnent, dans un impeccable synchronisme corporel, et à une vitesse impressionnante.
Des flux entrecoupés de quelques joggeurs.
A l’oreille, c’est tout aussi intéressant !
Chaque groupe passe près de nous avec une sorte de traine chuintée-sifflée, où se perçoivent les rythmes de mouvements extrêmement précis. Difficile à décrire, il faut l’entendre.
Des voix réverbérées, consignes, comptages de tours, dialoguent en glissant, éparpillées tout au tour de l’anneau, toujours en mouvement elles aussi, dans une glissade circulaire véloce. Bel espace sonore, dynamique et poétique, dans les lumières de la nuit tombée.
Je note le jour et l’heure, espérant que ce rendez-vous est régulier pour revenir armé de micros cette fois-ci.
Nous sommes ensuite sur une pelouse synthétique, entourés de l’anneaux des surfeurs et d’un stade où s’entrainent des footballeurs, et en dessus, une salle de Gym tonic.
Encore de beaux mixages en se déplaçant au gré des sons, ou postés, entre voix, glissements de patins, chocs de ballons… Polyphonie sportive spacialisée.
Ce complexe sportif est un espace d’écoute privilégié où, selon les jours et les heures, rien n’est jamais pareil, une propriété du paysage sonore me direz-vous, mais particulièrement sensible en cet endroit. J’espère pouvoir retranscrire et transmettre la magie des lieux par micros interposés.

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A toute vitesse – ©Patrick Mathon

Troisième focus auriculaire, le pont Schuman ou la chambre d’échos
Une fois la Saône traversée, à quelques encablures ad pedibus, sous le pont Schuman, dernier né des  enjambeurs de rivière (ici la Saône) lyonnais, un dernier focus sonore qui se jouera cette fois-ci sur un seul et unique effet, l’écho.
éc(h)logiquement votre dirait-je en parlant de paysages sonores.
Certes, je le connais déjà, un vrai faux repérage donc, et l’ai déjà testé à envi, mais ne résiste jamais à partager cette friandise acoustique comme un petit bouquet final pour les oreilles.
Nous l’avons découvert par hasard, avec un ami voisin et aussi écoutant, lors d’une promenade auriculaire.
C’est un effet qui me rappelle certaines combes jurassiennes, échos multiples, assez cours, réverbérés, colorés, bluffants.
C’est tout à fait surprenant dans ce genre de lieux. Pourtant, tel un enfant qui aime entendre sa voix chamboulée par les tunnels, les ponts, je joue souvent à traquer les effets acoustiques de ce genre. Celui-ci est proprement spectaculaire. A se demander si il n’est pas voulu et recherché. Ce qui m’étonnerait fort, mais qui sait…
Un premier coup de trompe pour révéler la caractéristique sonore aux oreilles de tous.
Puis nous jouons, à tour de rôle, ensemble, style improvisation libre…
Nous constatons que les sons aigus, même à très faibles volumes, excitent facilement l’acoustique, l’écho nous répondant sans forcer la voix, même en chuchotant.
Pour les médiums et gravent, ils faut déployer plus d’énergie.
Retour par les quais de Saône aux magnifiques lumières, car malgré tout, le paysage n’est pas que sonore, tant s’en faut !

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Sous l’pont de vaise, échos, échos i….

Post focus auriculaire, finissage  en forme de causerie
Pour se remettre de ses émotions, s’assoir devant une boisson, en terrasse place de Paris, et discuter à bâtons rompus.
Les faits saillants, les surprises, les sons en vrac, les images aussi, l’expérience du groupe ou de chacun, coutumière pour certains, un brin desartsonnante pour d’autres.
Les projets et réseaux croisés de chacun, autour du son, des installations, promenades, parcours sensibles…
En bref, tout ce qui prolonge est termine convivialement un PAS, la relation entretenant la bonne et belle écoute, et inversement.
Prochaine étape, fixer tout cela, et certainement d’autres choses aléatoires, micros en mains, et oreilles aux aguets !

 

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