Partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, des modes de jeu

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Dans l’un de mes chantiers actuels, les partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, ces dernières ne sont pas une fin en soit, même si l’idée de  construire un sorte de collection a , de prime abord, un côté assez jouissif.

Ces partitions vont plutôt dans le sens d’une joyeuse stimulation, conduisant à des déclinaisons où les postures d’écoute(s) sont des moteurs très actifs.
Ces déclinaisons, ou variations pour rester dans une métaphore d’écriture musicale, décentrent, ou recentrent, selon les points d’ouïe adoptés, l’objet-même de l’écoute, voire l’objet-même qu’est l’écoute.

L’écoute, envisagée comme pratique expérimentale, peut être ainsi décalée, parfois via la recherche de postures inouïes, même très simples, mais également affirmée comme un geste infléchissant sensiblement la perception d’ambiances auriculaires spatio-temporelles.

Il s’agit ici de remettre en question les gestes d’écoute, frottés aux lieux, mais aussi à leurs occupants et activistes divers.

On peut alors se positionner comme un acteur qui n’est jamais sûr de se trouver au bon endroit, au bon moment, ou dans le bon geste, mais qui questionne sans relâche sa position, la ou les postures de l’écoutant, de l’objet écouté, dans des espaces eux aussi en écoute.

Les interactions, inter-relations, synergies, hybridations, alimentent un jeu, ou plutôt des modes de jeux, qui seront partitionnés en vue d’être joués, re-joués, interprétés, offerts et soumis aux aléas de la variation, elle-même soumise aux contingences du moment.

Il est donc essentiellement question de jouer, de mettre en mouvement des situations ludiques, de construire des jeux comme autant de mises en situation in situ. Le verbe anglais « to perform », prend ici tout son – ses sens, celui d’exécuter (musicalement), d’interpréter, mais aussi de réaliser, de produire, même immatériellement, et qui plus est, si on le croise avec l’idée polysémique de performance dans notre langue, de frotter notre propre corps à l’expérience, parfois éphémère, fugace, de l’espace sonore, du groupe.
La partition/consignes, d’ailleurs plus suggestion que véritable consigne injonctive, nous donne des pistes à explorer de l’oreille et du corps. Jeux de déambulations, de postures physiques et mentales, de rapports à l’espace, au groupe, à la vibration des lieux, qui puisent dans des « scores »* pouvant s’écrire, se composer, se jouer en même temps parfois que le geste improvisé, celui en réponse à des stimuli souvent inattendus, sinon inouïs.

Un multitudes de situations, de sensations sont envisageables, possibles, de la plus écrite jusqu’à la plus spontanée, entre trame/canevas et improvisation, partition et expression libre.

* Dans l’acception anglaise de la partition

Page des Partitions de PAS : https://desartsonnantsbis.com/pas-parcours-audio-sensibles-partitions-de-pas/

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°16, Calligraphies sonores

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Lieux : Partout

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit

Public : Groupe de 2 à 20 personnes, ou parcours libre en autonomie…

Actions : Ponctuer des parcours d’écoute, des lieux, des villes, des sites spécifiques, par des calligraphies proposant des pistes d’écoute, des points d’ouïe, incitant à expérimenter des postures d’écoute, via un affichage en espace public. Travailler avec des graphistes sur des propositions/partitions originales. (Voir des exemples visuels ci-après).

Remarque : chaque parcours audio-calligraphié est contextualisé dans ses rapports au lieu.

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Extraits de calligraphies Desartsonnants, en partenariat avec la plasticienne Nathalie Bou

Partition de PAS – Parcours Audio Sensibles N°13 – Hauteurs et Points d’ouïe panoramiques

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Lieux : Ville, espaces naturels avec collines, belvédères, falaises, escaliers…

Temporalités : Pas de contraintes ni durées

Public : De 1 à 20 personnes

Actions : Choisir un point haut, culminant, dominant un site, une ville, une vallée, une place… Écoutez la rumeur du bas, d’un point d’ouïe panoramique, les émergences, bruits de fond…

Variantes : Faire un parcours de Points d’ouïe panoramiques, enregistrer les rumeurs, les décrire, les comparer, construire des PAS des hauteurs…

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 11

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible n° 11 « Rejouer/détourner le parcours »

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Lieu :  Partout où il existe déjà un, des parcours sonores géolocalisés (applis)

Temporalité :  A votre choix
, selon les circuits choisis

Participant (s): Seul ou en groupe

Spécificité : Un détournement d’usage d’un appli audio-guidée, un jeu sous forme de variation

Actions Téléchargez une application, un parcours d’écoute au casque, un circuit géolocalisé, type GPS.

Faite le parcours en suivant les consignes données, en écoutant les sons écrits pour le circuit.

Refaite le parcours différemment.

Cette fois-ci, ne chaussez pas le casque, gardez les oreilles au vent.

Suivez visuellement le déplacement du parcours proposé, s’arrêter si l’appli le propose.

Substituez, naturellement, les sons du parcours par ceux des espaces traversés, voyez si cela résonne (autrement), crée des décalages, des frottements, des espaces imprévus, entendus plus ou moins différemment du parcours initialement proposé.

Remarques
Il ne s’agit absolument pas de dénigrer, de contester, de déformer les parcours existants, mais simplement d’en re-jouer une version ludique, frottant deux écoutes, ou formes d’écoutes d’un même lieu.

Partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles

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Bouger Écouter, Partitions de PAS – Parcours Audio Sensibles, pour marchécouter autrement

Move Listen, Scores for Soundwalks, walk the difference

N°1 https://desartsonnantsbis.com/…/point-douie-partition-de-p…/

Audiobaladologie, PAS – Parcours Audio Sensible, Partition Guide d’écoute 1

PAS – Parcours Audio Sensible
Partition Guide partition d’écoute 1
Quartier de Vaise/industrie

 

Notice : Ce premier guide partition d’écoute s’appuie sur une série de repérages dans un site donné. En l’occurrence mon quartier, terrain favori et privilégié pour mener mes explorations et expérimentations audio-sensibles. Il propose un parcours pédestre d’environ deux kilomètres, en boucle, partant d’une station de métro, et nous y ramenant. Il ne demande aucun équipement spécifique, ni ne propose aucune installation sonore amplifiée, s’effectuant via des situations d’écoutes purement acoustiques. Cet itinéraire s’appuie au mieux que possible, sur une éco-audiobaladologie non énergivore, non intrusive, non invasive, privilégiant l’oreille, nue pour aborder des formes d’installations sonores quasi aléatoires, au final déjà pré-existantes, et éminemment contextuelles et interactives. Les PAS ainsi encartés œuvrent à créer des partitions de marches sensibles où la mise en situation et la posture sont au centre de processus créatif, tant en lecture qu’écriture paysagère. Il s’agit de goûter, de savourer des paysages sonores ambiants, en pour moi d’en faire collection. Ce jeu de partitions marchécoutées s’inscrit dans un long processus d’actions récurrentes, avec tout un contexte de variabilité in situ, impulsé il y a déjà une dizaine d’années maintenant, « Et avec ta ville, comment tu t’entends ? »

En pratique : Prévoyez une heure trente à deux heures pour le parcours intégral. Il est possible de le faire de façon fractionné, ou point par point, bien qu’il soit préférable de l’envisager comme une continuité spatio-temporelle qui gagnera à être appréhendée dans sa totalité. Vous pouvez télécharger et imprimer le plan guide, le consulter sur votre smartphone.  Une application autonome est en cours d’écriture. Votre marche doit être apaisée, sans presser le pas, comme un geste d’arpentage non stressant. Libre à vous de choisir la durée des points d’ouïe immobiles, sachant que deux à trois minutes sont des valeurs propices à apprécier les ambiances à leur juste valeur, à « rentrer dedans ». Selon les moments, les événements sonores, vos humeurs d’écoutants, ces durées pourront être adaptées à chaque situation. A chaque point d’ouïe, il est intéressant de tester plusieurs postures d’écoute – yeux fermés, en tournant le dos à la source sonore, en mettant ses mains en pavillon derrière (ou devant) les oreilles, en tournant lentement sur soi-même, en faisant de lents aller-retours entre deux sources sonores… L’écoute reste ici le geste privilégié, mais n’exclue en rien de se délecter des couleurs d’une nuit tombante, des reflets de l’eau, des odeurs, des textures sous nos pieds, du vent sur le visage… Nous restons des être fondamentalement multi-sensoriels ! Vous pouvez effectuer ces parcours en solitaire, ou à deux ou trois. Au vue de leur caractère intime, où le silence est de mise, il est beaucoup plus difficile de les pratiquer en groupe plus conséquent.

Bonne déambulation, bonne écoute, bon PAS !

 

Calcul d'itinéraires - Course à pied, Vélo, Randonnée, Roller...

Parcours Vaise Industrie (Lyon9) : Rendez-vous sur le parvis de l’église Notre-Dame de l’Annonciation, place de Paris à Lyon 9, de préférence en fin de journée, dans l’idéal entre chiens et loups, nuit tombante.
Regardez et écoutez en direction de la place, ou plutôt des deux places, celle du marché, devant vous, celle de la gare, plus à gauche. Un cœur urbain généralement très fréquenté et animé.

Prenez à gauche, traversez la rue de la Claire, puis celle du 24 mars 1852. Légèrement sur votre gauche, empruntez le passage couvert qui passe sous le bâtiment qui, longez le sur votre droite.
Sur votre gauche, le talus de la voie de chemin de fer. Avancez jusqu’au premier embranchement, par où sortent les bus. Arrêtez vous dans l’avancée du trottoir.
Écoutez ! passage de bus, soufflerie, trains, rythmes de grilles métalliques sur la chaussée au passage des bus, voix. Un espace entre-deux, singulier, plein de sonorités et rythmicités toniques !

Continuez en longeant le trottoir jusqu’au deuxième passage de bus, suivez le trottoir sur votre droite jusqu’à l’arrivée aux portes de la gare routière, sur votre droite également.
Entrez dans le couloir intérieur d’attente des bus.
Accoudez vous sur la rambarde dominant la fosse du métro au niveau inférieur.
Écoutez la surprenante polyphonie du lieu. Voix, trains, métros, pas réverbérés… Un véritable concert multimodale !

Continuez le couloir jusqu’aux commerces (bureau de tabac, boulangerie). Contournez les par la droite pour prendre le couloir et l’emprunter vers la gauche. Peu après la boulangerie, quittez le hall par une porte coulissante à droite, avancez jusqu’au coude de la voie des bus. Traversez via le passage piéton pour vous diriger vers un passage couvert.
A l’entrée de celui-ci, sur l’avancée de trottoir, vous pouvez écouter un nouveau point d’ouïe, surtout animé par le passage fréquent de bus dans un acoustique très réverbérante.

Empruntez le couloir à droite de la fresque murale, ressentez la transition acoustique. Des voix et des pas, tout s’apaise soudain.
Légèrement sur votre gauche, empruntez l’escalier menant au premier niveau des parkings. Entrez dans ceux-ci.
Traversez le parking en largeur, pour venir contre la paroi de grilles métalliques, d’où vous pouvez entendre la gare juste en face. De belles sonorités ferroviaires.
Des voitures qui entrent ou sortent du parking font joliment claquer des joints métalliques au sol.
Longez la paroi sur votre droite. Vous vous retrouvez juste au dessus d’une voie d’arrivée de bus.
Une grosse dynamique visuelle et sonore, juste sous vos pieds.
Au centre du parking, des grondements de basses sur la dalle au dessus de votre tête.
De nuit, l’ambiance est assez saisissante.

Quittez le parking, rejoignez le passage couvert, sortez en direction de la rue de Saint-Cyr – Quai de la gare d’eau. Traversez cette dernière, longez le bâtiment Groupama sur votre droite, puis pénétrez par un chemin descendant dans l’espace extérieur des stades Joseph Boucaud, et des pistes de vitesse “Sport dans la ville”.
Promenez vous le long des stades, dans les tribunes, écoutez l’acoustique très réverbérante des lieux, la rumeur de la ville étant sensiblement étouffée. Les jeux de ballon et parfois les courses de rolliers donnent à l’espace de belles dynamiques acoustiques, joliment spatialisées.

Ressortez par le même chemin, continuez sur votre gauche, en direction du Pont Schuman. Traversez la rue à l’angle du quai du Commerce – Quai Hyppolythe Jaÿr, empruntez le pont Robert Schuman par la large allée côté gauche. Arrêtez vous quelques minutes sur un banc vers le centre du pont, tourné vers la Saône. Écoutez.

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Pont Schuman

 

Reprenez votre chemin vers le quai Joseph Gillet, parvenu à l’extrémité du pont, empruntez l’escalier à votre gauche qui descend vers les bas-quais des rives de Saône. Revenez légèrement sur votre droite, pour vous arrêter sous le pont, au milieu de préférence. Regardez la Saône. Écoutez. Après quelques instants, claquez dans les mains, ou poussez de brefs cris, assez forts. Écoutez les incroyables échos du pont. Jouez à les faire sonner, en tournant le dos à la Saône, testez différents sons, courts, longs, vous êtes au cœur d’une surprenante chambre d’échos !

Reprenez votre chemin sur le cheminement piétonnier des bas-quai, en vous dirigeant vers la passerelle Masaryk, sur votre gauche en regardant la Saône.
Écoutez les clapotis, remous, les grincements des amarres et des gréements des péniches. Les sons des coureurs, promeneurs et parfois festoyeurs animent ces aménagements piétons très empruntés…

Continuez jusqu’à la passerelle Masaryk. Arrêtez vous au-dessous. Écoutez le grincement de ses haubans et les rythmes et percussions sur vos têtes, des piétons et vélos qui l’empruntent.

Remontez par les escaliers sur les quais hauts. Empruntez la passerelle Masaryk en écoutant sonner vos pas, ceux des promeneurs croisés, les sons des bicyclettes, skates, trottinettes et autres engins légers, éventuellement le passage de bateaux, péniches, sur la Saône, en contrebas…

Prenez droit devant vous, la rue Mazarik, jusqu’à revenir place de Paris, en face l’église Notre-Dame de l’Annonciation. Dernière petite halte d’écoute sur le parvis, pour voir ce qui à, ou non changé à l’oreille depuis votre départ.
La boucle sonore est alors bouclée !
Vous pouvez la réempruntez à d’autres moments, plus tôt, plus tard, un jour de marché (Mercredi samedi et dimanche matin, de jour, de nuit…) J’avoue avoir une préférence pour la nuit, juste après la tombée du jour.

 

Parcours online : https://www.calculitineraires.fr/index.php?id=872401#tab-Export

 

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Gare de Vaise nocturne

 

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Passerelle Mazaryk

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Stade Joseph Boucaud – Gare d’eau

PAS – Parcours Audio Sensible, partition n°8 – 4’33 »

Ré-interprétation : Un PAS – Partition en 3 mouvements marchés outdoor, avec public
(0:00–0:30) 1er mouvement — Marche/silence
(0:31–2:53) 2e mouvement — Marche/silence
(2:54–4:33) 3e mouvement — Marche/silence
Clin d’œil et d’oreille à la manière de John Cage

On peut imaginer d’autres durées, si possible multiples telles 8’66 » –  41’06 »

 

L’image contient peut-être : 1 personne, barbe et plein air

PAS – Parcours Audio Sensible au Parc de La Villette à Paris

À La Villette, on tranche l’écoute !

 

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©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

C’est sur l’invitation de chercheurs de Paris 1 Sorbonne, Notamment Frédéric Mathevet et Célio Paillard, dans le cadre d’un  séminaire autour du thème « Partitions »* et accueilli par le CDMC (Centre de Documentation de la Musique Contemporaine) que s’est déroulée ce nouveau PAS Parisien.
Le LAM, structure organisatrice, Laboratoire l’Autre Musique est associé à l’ACTE, UMR 8218 Paris1 Panthéon_Sorbonne/CNRS, équipe Musique et Arts Sonores effectue des recherches/actions; ouvertes à la participation de nombreux artistes et chercheurs, autour de thématiques musico/sonores. Parmi celles-ci, se construisent des des axes de réflexion tels que le corps/corporalité, le rapport social, la circonstance, le bruit, la technologie… Des publications électroniques sont ainsi accessibles à tous pour prendre connaissance de ces foisonnantes recherches interdisciplinaires.
Le CDMC quant à lui, qui nous accueille, est situé entre la Cité de la musique et la toute nouvelle Philharmonie, et à quelques encablures du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de paris, tout près de la Fontaine aux lions et de la Grande Halle de La Villette, donc dans un espace haut en sonore.
La journée de travail portait sur les partitions, objets de conservation, d’interprétation(s), de (re)lectures multiples et variées. Des partitions graphiques aux jardins en passant par l’architecture et le Parcours sonore, il n’y a qu’un, ou que quelques pas, que nous avons allègrement franchi. Des enregistrements sonores de ces débats seront prochainement en ligne.
J’ai donc été invité à présenter mon travail sous deux aspects, une présentation orale des PAS – Parcours Audio Sensibles, de leurs généalogies, objectifs, formes esthétiques… Et une déambulation in situ, démonstration physique et sensible qui vaut bien de longs discours, d’autant plus que le site s’y prête à merveille.
Comme à mon habitude, même si ce n’est pas ma première exploration auriculaire à la Villette, j’ai effectué un traditionnel repérage préalable, mise en oreilles et en jambes, façon de voir les chantiers en cours, les atmosphères de saison, et de me ré-immerger dans le tissu sonore local.

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©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Le repérage fut tout à fait concluant même si, comme d’habitude, le PAS public ne le suivra pas dans son intégralité, qui peut le plus peut le moins, par manque de temps. La température et l’ensoleillement en ce début d’automne sont très agréables, ce qui ne gâche rien à la balade, bien au contraire.
Le jour dit, je dispose d’une heure et demi de présentation et parcours, devant un public de d’intervenants et de participants, logiquement déjà très impliqués dans les choses sonores et musicales.
L’imposante Fontaine aux lions, formant une sorte de grand rond-point piétonnier, lieu de casse-croûte et de discussion aux margelles fort appréciées, sculpture rafraîchissant l’espace acoustique par sa pétulance aquatique nous attire inévitablement, pour constater l’effet de masque. En acoustique, un effet de masque est un son continu qui cache presque tous les autres. La fontaine en est un exemple flagrant, lorsque que l’on se tient très près de ses jeux d’eau, toute la circulation alentour, la vie animée d’un espace public semblent tendues presque muets, à quelques émergences près.
Nous éloignant lentement de la fontaine, les sons du parc réapparaissent progressivement, dans un fondu croissant, un fade in diraient les spécialistes des studios électro-acoustiques.
Tournant le dos à la fontaine, nous nous dirigeons lentement sous l’immense auvent de la Grande Halle, vestige conservé des anciens abattoirs installés en ces lieux. Nous jouons alors avec l’effet de fondue en sortie, ou Fade out, qui fait disparaître peu à peu le drone aquatique pour laisser ré-émerger les sons ambiants du parc, voix et rumeurs urbaines entremêlées. Longeant les bâtiments de la Grande Halle, nous écoutons à l’intérieur des essais de sons annonçant un concert à venir, en percevant visuellement quelques mouvements internes, sans trop les distinguer. Nouveau mouvement en direction du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse, nouvelles trajectoires dans la partition sonore de La violette, que nous sommes en train d’écrire in situ. Nous nous arrêtons sous le auvent de l’entrée principale, en jouant, comme à l’entrée de la Grande Halle, sur les notions de lisières, de frontières, et à la fois de porosités sonores intérieur/extérieur.
La veille, jour du repérage, des sons instrumentaux, virtuoses, entre gammes et traits techniques, exercices et décorticage d’un passage ardu, partition déchiffrée, travaillée, rabâchée à l’envi, s’échappaient des minuscules fenêtres du conservatoire. Aujourd’hui, vendredi après-midi, aucun musicien ne daigne se faire entendre, le week-end arrivant, beaucoup ont sans doute quitter le navire. C’est toujours la surprise du décalage entre repérage et geste public, où ce qui était n’est plus, ou fort différemment, et où ce qui n’était pas s’est installé depuis, sans vergogne.
Même sans un seul musicien audible, le fait de s’aligner de part et d’autre de l’entrée, d’écouter les flux de personnes passer entre nous, nous regardant d’ailleurs curieusement, d’entendre les portes battantes entremêler le dedans du dehors, par séquences aléatoires, de regarder la dense circulation du proche boulevard sans pour autant que celle-ci envahisse notre espace d’écoute, n’est pas sans intérêt, loin de là. Nous nous offrons un petit concert insolite, que seul notre groupe perçoit, à l’entrée d’un grand temple de la Musique, la Grande…
Nous empruntons maintenant une allée bordée de vastes pelouses et sous-bois, où de nombreux groupes de promeneurs profitent de l’été indien, égrenant ci-et là cris, rires et bribes de voix qui anime l’espace à 360°.
J’en profite pour faire sonner de ma trompe,les échos et réverbérations, et s’envoler en même temps des masses de pigeons, dans un froissements d’ailes et un flot de roucoulements.

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©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Commence alors la partie plus intime, et sans doute la plus surprenante, de ce PAS. Nous nous engageons dans une petite sente qui descend directement au cœur du jardin des bambous, dans lequel se trouve le Cylindre sonore, cette magnifique installation sonore de Bernhard Leitner, que nous ne pouvions pas manquer de visiter, surtout qu’elle n’est pas, au final, pas si connue qu’elle le mérite. Pour ceux qui ne connaitraient pas, Le cylindre sonore est une sorte d’amphithéâtre circulaire, niché dans un espace en creux, à l’intérieur du jardin des bambous. Il est construit de huit plaques de béton arrondies, alvéolées, contenant chacune un haut-parleur. Ces plaques diffusent une composition électroacoustique, dont les sons se confondent parfois avec ceux de l’environnement du parc. Ils entourent le public en jouant des mouvements sonores véloces, en contrepoint avec les sonorités de l’espace alentour. La porosité acoustique de cette grande installation avec son milieu crée un bel effet immersif. Pour ma part, je connais cette œuvre depuis longtemps, et ne manque jamais d’y passer un moment lors de mes déplacements à La Villette. Notons que Bernhard Leitner mène, depuis le début des années 70, un remarquable travail autour des rapports sons/espace/architecture/postures d’écoute (voir le lien ci-avant).

 

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©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

Mais autour du cylindre, la musique des lieux est elle aussi bien présente. Enfermés dans une fosse plantée de bambous, la plupart des sons nous parviennent en mode acousmatique. Nous les entendons en effet sans en voir les sources, ce qui rajoute un véritable intérêt à ce paysage sonore perçu au maxima par les oreilles. Par exemple, une voix (africaine?) lance de belles mélopées non loin de nous, sans que nous sachions précisément la situer. Nous empruntons une étroite passerelle métallique, zigzaguant au milieu d’une bambouseraie sauvage, que nos pas font sonner. Brusquement, des rollers, ou skates, nous passent juste en dessus de la tête, sur une passerelle surélevée enjambant la fosse dans laquelle nous déambulons, effet de surprise assuré!.
Débouchant sur une sorte de clairière, toujours enchâssée entre murs de béton et végétaux, des sons de voix et de djembés se mêlent à d’autres ambiances, auxquelles je rajoute une éphémère installation sonore personnelle. Ici aussi, ces acousmaties sont saisissantes, tout cela à quelques encablures de la Philharmonie.
Remontant « en surface », nous traversons une grande pelouse qui nous ramène vers la Cité de la musique. Profitant de cette belle journée ensoleillé les, de nombreux groupes se prélassent, jouent au ballon, dans un pointillisme de sons disséminés sur cette aire, qui tranche assez radicalement, de par son ouverture acoustique et visuelle, avec la scène d’écoute précédente, très intimement circonscrite.
Lorsque soudain, bouquet sonore final, retentit, venant du bâtiment de la Philharmonie toute proche, une puissante sirène d’alarme, très rythmique, dont les motifs sonores ne cessent de se répéter, façon minimalisme américain survitaminé. Cette sonnerie d’alarme fait violemment sonner l’espace, le rudoyant même dans sa répétitivité, son insistance tonitruante, et sa durée. Ce leitmotiv n’en finit pas de bousculer l’acoustique des lieux, quelques minutes avant plutôt sereine. Les sons incisifs nous font remarquer de beaux échos contre la façade d’un théâtre, qui se modifieront selon nos déplacements. Tout semble calculé pour nous accueillir, de façon très tonique, en fin de PAS.
Sauf que nous nous retrouvons, avec beaucoup d’autres, refoulés au-delà d’un périmètre de sécurité, contenus par des sentinelles vigipirates, tous les bâtiments ayant été évacués, ou étant en voie de l’été. Alerte à la bombe oblige. Après une bonne attente, l’alerte ayant été levée, nous réintégrons notre salle pour clore ce parcours d’une façon tout à fait imprévue. Néanmoins, le petit parcours effectué dans le parc de La Villette aura tenu toutes ses promesses, voire plus encore, en nous offrant un vaste panel de sons, d’acoustiques, d’ambiances. Un PAS, entre les lieux repérés et les improvisations liées à d’heureux accidents sonores, reste, et restera sans doute toujours, une expérience unique, à vivre en groupe, et entre les deux oreilles.

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©photo Frédéric Mathevet – l’Autre Musique

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