L’art d’une scénophonie située

Première approche, scénophonie de terrain

Je vais aborder ici une approche scénophonique toute personnelle, qui ne cherche pas, tant s’en faut, à englober tout ce que cet étrange vocable peut convoquer. Le terme de scénophonie est d’ailleurs très peu défini, pas plus que le potentiel métier de scénophoniste. Il y a donc peu de chance que vous trouviez des définitions satisfaisantes à ce néologisme composé sur le principe des mots-valises. À chaque scénophoniste, sa scénophonie.
Faisant ici implicitement référence à la scénographie, que l’on pourrait définir succinctement par « … L’art de l’organisation de l’espace scénique, grâce à la coordination des moyens techniques et artistiques… » comme le propose Wikipédia, la scénophonie serait donc l’art d’organiser un espace scénique sonore, un lieu pensé comme une monstration écoutable.
Il existerait donc bel et bien une scène sonore, à l’égal d’une scène visuelle, que l’on pourrait donc agencer pour placer le spectateur auditeur face à un cadre d’écoute inouï, des objets, des ambiances acoustiques, en usant de techniques et de savoir-faire scéniques appropriés.
Mettre en scène des espaces sonores, les porter non seulement au regard, mais ici à l’oreille, valoriser des situations et jeux d’écoute, proposer des postures et des cheminements stimulants pour l’oreille, sont autant de propositions, et presque des défis, à relever pour des scénophonistes aventureux et aventureuses, et pas seulement dans un espace muséal ou des lieux dédiés à la monstration.
Contrairement à un décor matériel, physique, qui constitue une partie de l’agencement scénique, participe à l’écriture scénographique, le « décor sonore » est néanmoins difficile à contenir dans un cadre, tant il se joue des hors-champs, et se fait un malin plaisir à fluctuer sans cesse. Faut-il pour autant renoncer à composer des espaces sonores ? La question, volontairement orientée, présuppose d’emblée une réponse négative.
Il s’agit pour moi de ne pas se soucier du monde sonore qu’en termes de nuisance, de pollution, dans une vision écologique négative, pour éviter de potentielles nuisances.
Pourquoi les notions d’esthétisme, de couleurs, de plans, de mouvements, de pouvoir indiciels, au-delà du simple bruitage, mais aussi de charge émotionnelle, ne seraient pas à prendre en compte dans une scénophonie s’inscrivant l’espace public, urbain, muséal, comme d’ailleurs en milieu naturel ou dans d’autres espaces non dédiés ?
Écouter un site, statiquement ou en déambulation, pourrait-il mettre des espaces sonores en représentation comme un véritable spectacle pour l’oreille, des installations à ciel ouvert, sans forcément développer d’imposants dispositifs scéniques, voire en les évitant ? La scénophonie située, hors-les-murs, propose, selon moi, de réfléchir à des mises en situation contextuelles, qui mettent l’écoutant et l’écoutante dans des espaces auditifs singuliers.

Dresser le décor d’une écoute urbaine, hors-les-murs et hors citésMises en écoute(s) des bruits sonnants

Premier postulat, la ville présente des lieux qui méritent d’être écoutés, appréciés, pouvant se révéler comme espaces acoustiques accueillants, voire générant de véritables beautés auditives, bien souvent ignorées car bien souvent inécoutées. Tout n’est pas que bruit dans la ville, tant s’en faut !
Un décor physique, visuel, matériel, est en capacité de mettre en scène un point d’ouïe remarquable, de donner envie de s’y arrêter, de prêter l’oreille aux sonorités ambiantes.
Ce décor peut être par exemple un simple banc public, ou une autre assise, un hamac, une couverture ou des coussins au sol, judicieusement mis en scène pour inviter à une écoute située, orientée.
Un cadre physique matérialisé, des lignes de couleurs tendues vers… et d’autres dispositifs visuels, signalétiques, seront capables de guider, d’orienter l’oreille vers des sources sonores intéressantes.
Des murs, cloisons en surfaces réfléchissantes, ou des objets paraboliques, des réflecteurs, des pavillons orientés, tuyaux et autres dispositifs acoustiques de type « longues ouïes » dirigeront, amplifieront, colorieront et canaliseront l’écoute. On convoque ici des mobiliers et dispositifs acoustiques, récepteurs et non producteurs, liés à des formes de design sonore.
Des sonorités ponctuellement rapportées, tintements, bruits blancs, entrechocs… révéleront, valoriseront, feront sonner, résonner de nouveaux paysages, en apportant des contrepoints sonores, des frottements… telles de nouvelles strates sonores recomposant les espaces d’écoute. Il conviendra toutefois de prendre en compte l’échelle du lieu, la qualité de ses ambiances, et ses capacités d’absorption sonore, pour préserver un équilibre acoustique non polluant.
Une signalétique pointant ou repérant un espace acoustiquement intéressant, donnant parfois quelques consignes brèves et claires, incitant à tester des postures d’écoutes, à exciter des effets acoustiques, viendront renforcer la lecture de paysages sonores en mouvement. Tout un secteur de design au service de l’écoute reste sans doute à développer, à inventer
Il ne s’agit là que de quelques possibilités en matière de mise en scène acoustique. Chaque lieu, chaque espace, intime ou grandiose, resserré ou panoramique, calme ou plus turbulent, offrira différentes possibilités, valorisant son cadre d’écoute, donnant à entendre le micro-son très faible comme la rumeur plus prégnante. On y découvrira des émergences, le son le plus proche comme le plus éloigné, le marqueur (la cloche, la fontaine, la réverbération…), l’effet sonore qui va signer un espace, nous en faire cerner ses contours, ses plans, ses couleurs, ses qualités intrinsèques…
Une scénophonie n’est pas forcément statique, tel un tableau devant lequel on se poserait. Les notions de parcours, de cheminements, de déambulation, de balades, de promenades écoutantes, notamment dans la pratique des soundwalks, nous offrent l’occasion d’arpenter des territoires propices à de nouvelles scénographies. Des mises en espaces acoustiques que l’on découvrira au fil de nos pas, même si parfois cela suppose d’organiser des haltes, des pauses pour s’extraire du flux et se concentrer sur un espace donné.
De même, si j’ai au départ choisi en exemple un terrain urbain, les milieux naturels, les espaces muséaux sont tout aussi propices à être mis en scène, scénophoniés.
La scénophonie doit se poser en catalyseur d’écoutes valorisées, proposant des scènes acoustiques souvent, voire toujours inouïes, dans des espaces pourtant régulièrement traversés et vécus au quotidien.
La beauté des paysages sonores est fréquemment cachée dans leur trivialité ambiante, sachons la (faire) découvrir pour jouir d’un spectacle d’écoute à portée d’oreille. Encore faut-il parfois la révéler, la mettre en scène.

Techniquement la scénophonie est habituellement associée à des principes de diffusions sonores spatialisées, des espaces immersifs, multidirectionnels, pensée par le placement de haut-parleurs dans des systèmes multiphoniques complexes… Vous aurez compris ici que mon propos dépasse largement ces approches techniciennes, pour plutôt s’appuyer sur des situations sensorielles simples, proposant des dispositifs légers, pas forcément électroacoutiques, pouvant être facilement installées hors-les-murs… Un point d’ouïe lors d’u PAS-Parcours Audio Sensible, une chaise sous un pont réverbérant, les Otto Date d’Akio Suzuki, Kaléidophones de Michel Risse, comme certaines calligraphies d’écoute, étant de parfaits exemples pour moi, de scénophonies acoustiques remarquables, ponctuelles, non envahissantes, loin de technologies hi-tech.

En complément

– « L’art de la scénophonie » Dossier de la SAT (Société des arts Technologiques)

Point d’ouïe signalétique – Jardin du Mas joyeux – Marseille
Mobile de l’écoute – Journée de l’Urbanisme Alternatif – Lausanne (Ch)
Partitions flottantes – Nathalie Bou – Par de la Feyssine Lyon
caligraphie flottante – Nathalie bou – Parc de la Feyssine Lyon
Micro installation solaire – Parc de Miribel Jonage
Inaugurations de Points d’ouïe
PAS – Parcours Audio Sensible – TALM Le Mans
Parcours d’écoute à oreilles nues – Point d’ouïe consignes d’écoute – Parc d’installations sonores Klankenboos – Musica – Nerpelt (Be)
Bancs d’écoute – Face au Rhône – Festival Chapelle Sauvage 2026 – Lyon
Calligraphie Point d’ouïe – Avec Nathalie Bou Plasticienne – Festival Les Temps d’art – Lyon 2 – Saint-Martin en Haut

Installer l’écoute par mots sons mis en scène

Calligraphie sonore – Texte Gilles Malatray – Calligraphie Nathalie Bou – Parc de la Fessyne (Villeurbanne)

Penser un point d’ouïe

un endroit où les sons s’offrent à nous

un espace d’écoute privilégié

où le son est joliment sonnant

mais néanmoins ignoré

tant il est « naturellement » là

à la fois présent et inaudible

dans son habituelle constance.

Il suffit donc de le révéler !

Il suffit de le pointer, de le faire remarquer

de nous surprendre, passant ignorant sa triviale existence

de le placer dans notre bande passante

de syntoniser notre attention

nous accordant écouteur avec un potentiellement l’écouté.

Il suffit sans doute de dire, de nommer

non pas de dire ou nommer un processus

mais les sons-mêmes, écoutables comme tels

et peut-être de poétiser leurs dites sonnances

Dire, c’est faire exister.

Quelques mots, mis en scène

en scène acoustique, comme il se doit

des propositions et invitations auriculaires.

Faire sortir subrepticement l’ouïrdinaire de l’ordinaire.

Trouver des mots qui comptent

des mots qui content

qui interpellent, qui surprennent

au détour d’une rue

d’une place

d’un mur

d’une clairière

d’un sentier.

Des rythmes partitions aussi…

De micros installations qui s’écrivent dans, pour, et avec un lieu

un lieu et bien sur toutes ses potentielles oreilles traversantes.

Comment ça sonne ?

Comment tu t’entends (ou pas) avec (ta ville, tes lieux de vie)

Comment ça te raccroche au paysage dans tout ce qu’il a de plus – ou moins – trivialement sonore ?

Comment ça te questionne sur l’inouï de tous les jours ?

Comment cet inouï devient parfois partition ouïssible ?

Comment ça écrit une histoire entre tes, nos deux oreilles ?

Et pour se faire

un brin de graphisme

d’écritures circonstanciées

d’humour, pourquoi PAS

de scénophonies non audio invasives

d’invitations à la pause Point d’ouïe

à l’immersion de l’écoute installée

sans sons rajoutés

sans édulcorants auriculaires

sans sur-couches envahissantes

brouillonnes et bruyonnantes.

Juste pour profiter de l’instant

avec le mot et le dispositif a minima

des propositions non audiostentatoires

souvent discrètement éphémères, contextuelles, conjoncturelles

de petites portes auriculo-graphico-visuelles

pour échapper l’oreille vers un ailleurs, finalement de proximité

vers un modeste mais surprenant monde sonore à portée de tympans.

Visitez l’album photos

Calligraphie sonore – Texte Gilles Malatray – Calligraphie Nathalie Bou Festival Les Temps d’Arts – Saint Martin en Haut

Partition de PAS – Parcours Audio Sensible N°16, Calligraphies sonores

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Lieux : Partout

Temporalités : Pas de contraintes, de jour comme de nuit

Public : Groupe de 2 à 20 personnes, ou parcours libre en autonomie…

Actions : Ponctuer des parcours d’écoute, des lieux, des villes, des sites spécifiques, par des calligraphies proposant des pistes d’écoute, des points d’ouïe, incitant à expérimenter des postures d’écoute, via un affichage en espace public. Travailler avec des graphistes sur des propositions/partitions originales. (Voir des exemples visuels ci-après).

Remarque : chaque parcours audio-calligraphié est contextualisé dans ses rapports au lieu.

SONY DSC

Extraits de calligraphies Desartsonnants, en partenariat avec la plasticienne Nathalie Bou