Silence caniculaire, l’eau Je plonge régulièrement mes oreilles et mes micros au fil de l’eau, notamment sur le petit ruisseau tout près de ma maison. Sous l’effet des coups de surchauffes consécutives, son chant s’est petit à petit amenuisé, jusqu’à disparaitre totalement du paysage auditif ambiant. Son cours n’est plus que quelques flaques muettes, stagnantes et croupissantes. Et il en est hélas de même pour des cours d’eau que je croise, beaucoup plus importants, réduits à des filets sans voix, avec les dramatiques conséquences au niveau de la biodiversité interne et alentour. C’est pour le moins très inquiétant pour notre avenir.
Silence caniculaire, la fête Cette année, exit la traditionnelle fête locale du 14 juillet. Les fortes chaleurs interdisant, avec raison, le feu d’artifice, l’absence de forains, entrainent l’annulation des concerts, repas est autres sociabilités habituelles. Là aussi, le silence n’est pas, tant s’en faut, le fait d’apaisements sereins, mais plutôt le marqueur d’effets délétères, tant au niveau climatique que social.
PAS – Parcours Audio Sensible, Campus de la Doua à Villeubanne
L’écoute permet, entre autres choses : D’entendre, de travailler, d’extraire des matières sonores. Les matières sonores quant à elles, révèlent des esthétiques aussi variées que les espaces explorés. Nous font travailler et partager des gestes, des postures d’écoute, des pédagogies de terrain. Caractérisent des lieux via la lecture de l’agencement de marqueurs sonores singuliers, permettant de mieux les comprendre par l’oreille. Nous amènent à construire des traces, des histoires, du patrimoine, de l’imaginaire, des récits inouïs, en mouvement. Nous font rechercher des dispositifs simples, non énergivores, le plus souvent à oreille nue. Renforcent une ou des cultures auriculaires actives. Développent des espaces et des situations pour mieux s’entendre. Participent à une action autour d’une écosophie écoutante, environnementale, sociale, mentale (G. Guattari). Permettent d’avoir une vision/audition globale d’un ensemble de territoires sonores morcelés Aident à nous immerger sensoriellement, tout comme à prendre du recul pour ne pas nous noyer dans une masse de données sans cesse en expansion. Nous incitent à croiser des savoir-faire indisciplinés, transdiciplinaires…
Selon les projets, les rencontres, il faut nous activer telle ou telle approche, voire les croiser, les hybrider, pour être et rester en phase avec des projets cohérents, qui fassent que l’artiste soit investi dans des actions éthiques et valorisantes. Par exemple, l’approche esthétique est construite au départ sur la recherche d’aménités audio paysagères inspirantes, plutôt que sur des impasses essentiellement bruitistes. Un autre angle d’attaque est de sensibiliser, via l’écoute, à la fragilité intrinsèque des territoires arpentés et écoutés, dans une visée pédagogique est résolument écologique, pour ne pas dire écosophique. Le geste artistique, les pratiques culturelles, les recherche-actions autour des paysages et territoires sonores doivent plus que jamais agir de concert, pour le mieux-être de tous. Constater les nuisances sonores est une chose, sans pour autant oublier de valoriser les qualités acoustiques d’un lieu, mais sans prendre le son à bras l’oreille, on reste dans un état d’inaction improductive.
Écouter de tout son corps Parfois à corps défendant Parfois au corps à corps avec les sons Notre épiderme est comme une peau tendue Une surface vibratile sensible Les pieds reliés aux sols vivants Les bras qui enserrent un arbre pour emprunter de son énergie généreuse Les mains qui sentent le parapet d’un pont vibrer Le dos collé à l’humus fertile, allongé là-où la terre frémit Nous sommes des corps qui luttent aussi contre le trop, l’invisible pernicieux Des corps éponges qui tressaillent de joie, ou d’inquiétude Des vents taquins font vibrer nos tympans Au-delà de l’oreille ouverte Good vibrations sonic bodies ! Chaque centimètre corporel, chaque pore, résonne ou résiste aux ondes flottantes Ouvert ou récalcitrant aux flux amènes ou agressifs Il nous faut choisir des espaces aux résonances raisonnables et raisonnées Privilégier des lieux vivables, supportables, acceptables, écoutables Nous sommes des ouïes bien au-delà du lobe et du colimaçon dedans Plongés dans un bouillon vibratoire mouvant Dans un environnement en hautes, moyennes ou basses fréquences Il nous faut nous mettre en résonance, en harmonie, en syntonie Ou bien en résistance, avec une inertie protectrice Nous sommes comme une caisse de résonance interactive Des résonateurs internes toujours en mouvement Des membranes qui se tendent et se détendent pour amplifier, amortir, amoindrir Selon la force et le caractère des flux sonores Nous sommes des êtres écoutants, reliés au monde par un faisceau vibratoire Nous écoutons de tout notre corps, même défendant.