Paysages sonores, les pesants silences caniculaires

Point d’ouïe un brin dystopique, quoique que…
J’ai entendu cet été, dans le parc voisin, se taire les voix des jeunes au cœur de la journée brulante, puis réapparaitre, timides, au mitan de la nuit, dans une fraicheur relative.
Tout comme s’est tu le ruisseau attenant, asséché par un impitoyable et torride étiage.
La placette voisine se réduit en journée, à une portion congrue d’un paysage sonore squelettique et rabougri, assommé de soleil.
Mes pieds foulent des sols où les herbes grillées et les feuilles et brindilles prématurément desséchées craquellent.
Il me semble qu’une géographie facétieuse nous ait transporté, à moindre bruit, dans des déserts aux léthargies sidérantes.
Tout est pétrifié dans une sourde torpeur, où les corps sont malmenés par des sommeils perturbés, dans des chambres étuves.
Comme pour amplifier une ambiance dystopique, il me revient en mémoire le chapitre caniculaire « Le chemin de cendres », du terrible roman de René Barjavel, « Ravage ».
Je cherche, comme beaucoup, des ilots de fraicheur où pépient les oiseaux et où ruissellent des eaux vives, où résonnent les voix. J’attends que la saison veille bien apaiser son climat incendiaire débridé.
En craignant des lendemains où tout s’accélère encore, et où des silences apathiques deviennent coutumiers.

Silences caniculaires

Silence caniculaire, l’eau
Je plonge régulièrement mes oreilles et mes micros au fil de l’eau, notamment sur le petit ruisseau tout près de ma maison.
Sous l’effet des coups de surchauffes consécutives, son chant s’est petit à petit amenuisé, jusqu’à disparaitre totalement du paysage auditif ambiant.
Son cours n’est plus que quelques flaques muettes, stagnantes et croupissantes.
Et il en est hélas de même pour des cours d’eau que je croise, beaucoup plus importants, réduits à des filets sans voix, avec les dramatiques conséquences au niveau de la biodiversité interne et alentour.
C’est pour le moins très inquiétant pour notre avenir.

Silence caniculaire, la fête
Cette année, exit la traditionnelle fête locale du 14 juillet. Les fortes chaleurs interdisant, avec raison, le feu d’artifice, l’absence de forains, entrainent l’annulation des concerts, repas est autres sociabilités habituelles.
Là aussi, le silence n’est pas, tant s’en faut, le fait d’apaisements sereins, mais plutôt le marqueur d’effets délétères, tant au niveau climatique que social.