POINTS D’OUIE ET DE VUE – MIRIBEL JONAGE

POINTS D’OUÏE (ET DE VUE) À MIRIBEL JONAGE

zone d’écritures sensibles

@ Nathalie Bou

Un petit voyage en bus, de Lyon jusqu’aux lacs du Grand Parc de Miribel Jonage, avec l’envie de porter en duo, avec Nathalie Bou, artiste plasticienne et scénographe, l’œil, l’oreille, la main, le corps, vers des paysages ambiants.

Désir de spontanéité territoriale, de gestes qui ne chamboulent rien radicalement, mais secouent un peu la torpeur des lieux.

En préambule déambule.

Petite marche.

Trouver l’espace adéquat, avec des lumières, des sons, des ouvertures visuelles, sans trop de foule.

Constante, l’eau, omniprésente, étale, vivante, qui s’impose comme une matière incontournable, qui éclaire l’espace de mille reflets changeants… Nous n’y échapperons pas, néanmoins, nous sommes venus en connaissance de cause.

Trouvaille en forme de rencontre paysagère.

Au détour d’un sentier sinueux.

Une plage de galets, des arbres, de beaux points de vue, et d’ouïe…

Adopté, nous posons les bagages.

Rumeur d’une ville invisible, des voix réverbérées, de clapotis, des chiens au loin…

Les lumières tremblotantes du soleil sur le miroir d’eau étale.

Deux personnes sur leurs chaises de plage, nous observent curieusement.

Première approche, ne rien faire, en apparence. Se laisser immerger, submerger, envahir.

Garder les yeux et les oreilles aux aguets, marcher, sentir les galets et les racines sous ses pieds.

Faire des gestes simples, lancer des cailloux dans l’eau, désir enfantin, apaisant ressourçant.

Les lancer longtemps, petits, gros, un par un, par poignées, fortement, mollement, au ras de l’eau, en l’air. Ténacité ou agacements, qu’importe.

Ecouter.

Regarder.

Eclaboussements.

Ronds aux mouvances concentriques.

Reflets de soleil secoué dans le miroir de l’eau clapotante…

Enregistrer, au cas ou…

Pendant se temps là, Nathalie étale du bleu, du rouge sang, beaucoup de rouge aujourdhui, majoritaire, sur des racines, des pierres, des herbes, qui n’en demandaient certes pas tant.

Mais dociles, les végétaux, la surface de l’eau se laissent colorer, acceptent des teintes parfois inquiétantes.

@Nathalie Bou

La volonté transparait de s’élever contre des massacres d’animaux, actualité violente, sanglante, cétacés massacrés noyés en masse dans leur sang, l’eau sauvagement rougie, rouge Goya, jusqu’au au bord de cette plage quiète.tranquille.

Troubler le paysage de ses propres écœurements.

Déborder l’actualité, catharsis sans doute.

L’humeur se déteint en couleurs.

Pus sereinement, je dicte quelques mots à mon magnétophone, ressentis phrasés.

J’ajuste un vrai faux paysage dans des rythmes de paroles qui surgissent, sauvages, brouillonnes et espérées tout à la fois.

Encore une trace d’écriture qui prendra peut-être place, ou non, dans une réécriture prochaine, après un temps de maturation, non encore estimé dans sa temporalité.

J’installe une série de petits haut-parleurs dans un grand cercle, sur la plage même, à fleur de galets.

Points sonores à la fois ténus et marqueurs affirmés.

De petits sons importés, délocalisés, anachroniques, anecdotiques, frictions entre l’existant et la fiction doucement imposée.

Écriture par couches.

Le couple nous jette des coups d’œil curieux, mais ni franchement inquiets, ni trop dérangés. Ils écoutent, observent de loin, sans interférer, étonnés et amusés, sans plus.

Les sonorités tournent dans l’espace, voix chuchotantes, cris d’enfants, grincements de portails, gouttes et ruissellements en contrepoints aquatiques, face à une grande étendue d’eau plutôt sereine, et bien réelle celle là.

L’espace acoustique se trouve  momentanément, en léger déséquilibre, dans une discrète instabilité, sans pour autant qu’il soit malmené, ni violenté, tout juste questionné par ces ajouts soniques, pointillistes et capricieux.

@Nathalie Bou

Au final, épuration progressive, on ne gardera qu’une source sonore, nichée dans le creux d’une petite souche, juste un tremblement, un tressaillement localisé, petite balise sonifère.

Brautigam est alors convié.

Nathalie avait envie de lire cet auteur, que j’adore aussi.

Autres contrepoints, au bleus et rouges, aux micros sons distillés, au paysage, des textes courts, incisifs, entre humour, dérision et noirceur,

Encore une trace. Enregistrée.

Et, comme les autres, matière à, ou à ne pas, peut-être, je ne sais comment, trop tôt pour, on verra bien…

Le paysage m’échappe encore, toujours,  en même temps qu’il s’inscrit, en même temps que nous le fabriquons à notre façon, que nous le traçons, incertains, de sons et d’images et de gestes.

Des traces de végétaux encrées, toujours du rouge, parfois du bleu, autres contrepoints aquatiques, nervures imprimées sur des feuilles blanches, fragiles et résistantes.

Les heures ont passé, vite.

Ranger.

Laisser les lieux dans leur état initial.

Leurs laisser le temps d’une résilience tranquille.

Le couple part. Comme je sens qu’ils auraient envie de nous dire un mot, je m’excuse donc de la gène qu’on a pu leur causer, notamment via notre installation sonore impromptue.

Il n’en a rien été nous disent-ils, au contraire, c’était plutôt agréable.

Un petit public qui est resté, sans faire de bruit, curieux de nos agissements.

Nous partons aussi.

Traces dans la mémoire de nos mains, de nos têtes, quelques sons, des idées, en chantier.

Écritures à suivre, ici ou ailleurs, dans un soucis de partage.

Les paysages pour exister doivent s’écrire sans cesse.

@Nathalie Bou

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