Des séries thématiques vers un paysage sonore global

Selon les lieux, les projets, la façon de travailler, de collecter de la matière, de la mettre en forme, sera parfois très différente.
Des processus, façons de faire, vont très vite apparaitre comme plus opportuns, adaptés à la situation de l’espace et du moment.
Cette semaine, immergé dans une haute vallée pyrénéenne, l’écriture sonore va passer par un collectage et un travail autour de thématiques acoustiques. Selon les opportunités hasardeuses, les périples, les envies, certains jours seront dédiés à une série de sons traitant d’un sujet commun, d’un micro événement, d’une thématique anticipée ou non.
Sur d’autres lieux et à d’autres moments, il en ira différemment.
L’écriture d’un paysage sonore in situ partira donc ici d’éléments de même nature, ou très proches, traités par petits blocs, avant d’être ré-assemblés, pour aller vers une composition audio-paysagère plus globale.
Au départ, des éléments a priori indépendants les uns des autres, dissociés, presque autonomes, pour aller, à l’aune d’une sorte de description phénoménologique, vers un paysage sensible, construit de briques sonores agencées par le montage et le traitement audionumérique.
Prenons par exemple quelques thématiques rencontrées lors de mon actuelle résidence montagnarde.
Des oiseaux, premier jour et heure bleue, passereaux, rapaces et hirondelles, la gente avicole se fait entendre.
Des eaux, rigoles, pluies,fontaines, torrents, cascades… Le paysage est à cette époque printanière ruisselant.
Des voix, des timbres, des activités, des accents, des dialectes, les voix synonymes de vie et d’espaces sociaux…
Du campanaire, des cloches d’églises et de chapelles, des ensonnaillements de troupeaux, le paysage tinte.
Des phénomènes météorologiques, vent/pluie/orage, le ciel printanier est très changeant en montagne.
D’autres sonorités plus singulières, telles que celles d’un hélicoptère tournoyant longuement au dessus d’une montagne, élément sonore habituel dans ces contrées. Peut-être à mettre en analogie avec les oiseaux, un sujet potentiel autour des « sons volants ».
Tous ces marqueurs sonores, plus ou moins permanents ou plus ou moins éphémères, recomposés entre eux, me permettront de dessiner des ambiances sonores qui, à défaut d’être réalistes, dresseront un portrait auriculaire des lieux. Portrait bien sûr en temps que représentation subjective et personnelle, mais où chacun pourra je l’espère, ici ou là, à un moment ou à un autre, s’y retrouver.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021

Point d’ouïe, j’ai eu vent de…

En priant Dieu qu’il fit du vent…
Et il y en fit !
Une nuit bien ventée
tempétueuse même.
Éole au meilleur de sa forme.
Un vent tout droit venu du sud
qui balaie les hautes vallées pyrénéenne (scène de l’action en cours)
ça charrie
ça gémit
ça siffle
ça grince
ça grogne
ça secoue
ça ballote
ça traine
ça remue
ça vibre
ça s’infiltre
ça se calme
et se déchaine
ça rythme la nuit

Et tendre l’oreille au vent
c’est vivifiant
paysage mouvementé
paysage secoué

Nous entendons du vent
plus ce qu’il anime, met en mouvement
plus ce qu’il met en vibration
notre peau et tympans compris
plus ce qu’il fait chanter
les obstacle à son flux
ceux qui lui résistent,
que le vent lui-même
Le vent, on le sent à fleur de peau
à fleur d’oreille
telle une vibrante friction aérienne

Quand il s’engouffre dans la vallée
c’est comme un couloir acoustique
un tuyau d’instrument
une pavillon vibrant.

Et les micros tendus peinent à le saisir
dans son humeur de tempête
qui collent les membranes
saturent les prises de sons
jusqu’à l’inaudible
alors il faut ruser
emmailloter les micros
se mettre dans les recoins
les anfractuosités
derrière des fenêtres
à l’abri du grand souffle
mais à l’affut de ses courants déchainés.

Doucement, tout se calme
le grand souffle retombe
laissant un paysage quasi épuisé
et ses arpenteurs écoutants
également épuisés
et repus
après ces grands bols d’air.

Et la pluie d’arriver
Autre ambiance plus feutrée
qui égoutte la vallée
tout bascule dans une intimité mouillée.

Écoute au casque de préférence.

Résidence audio-paysagère à Luz Saint-Sauveur
Accueillie par Ramuncho Studio et HANG-ART
Mai 2021

Eaux-Niriques, extension du domaine de l’écoute

Après avoir promené oreilles et micros au fil des ondes pyrénéennes, construit un premier paysage sonore aquatique en sons et en mots,

https://desartsonnantsbis.com/2021/05/08/points-douie-points-deau/

Points d’ouïe, des torrents de sons en cascades

voici maintenant quelques autres méandres plus imaginaires.

Écoute au casque conseillée

Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Points d’ouïe, Points d’eau

Digital Camera

Au fil des ondes luzéennes

Récit de résidence audio Paysagère pyérénéenne.

Avec toute une bouillonnante, écumante matière sono-aquatique, un paysage se met en place doucement.
Il raconte, à sa façon, à ma façon, désartsonnante, un petit périple de Luz Saint-Sauveur à Gavarnie et alentours.
Il parle d’une haute vallée montagneuse, celle des Gaves de Pau, qui a bien voulu me laisser capturer des sons de ses nombreux cours d’eau.
Torrents et cascades, dans tous leurs états, ou presque.
Un corpus de sons assemblés, truiturés, dessinant un lieu imaginaire issu de plusieurs lieux, bien réels eux.
Tenter de montrer la diversité.
Tenter de montrer la puissance.
Tenter de montrer la douceur.
Imaginer les reflets ondoyants par des moirages sonores.
Imaginer un cheminement aux gré de rives creusées à même la montagne.
Imaginer la montagne environnante, puissante.
Imaginer la voix des eaux qui écument les vallées, dévale les falaises, s’assoupit dans des creux.
Ceci n’est pas une rivière, ni un torrent, ni une cascade, mais ce que j’en entend, ce que j’en écris, ce que j’en invente, ce que j’en raconte.

Onirisme compris.

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Écoute au casque conseillée

Album Photos

https://photos.app.goo.gl/xZvzTzmTRRugVDQf6

Résidence audio paysagère accueillie Par Ramuncho Studio et Hang-Art à Luz-Saint-Sauveur (65)

Merci à Béatrice Darmagnac de m’avoir si gentiment guidé vers ces écoutes bouillonnantes