Point d’ouïe, ambiances en échos

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C’est un petit PAS – Parcours Audio Sensible a minima, et aussi une réunion de travail, avec un collègue, lui aussi passionné de paysages sonores, il y en a.

Nous sommes sur les bords de Saône à Lyon.

Sous un pont, le pont Schuman pour être précis, qui enjambe la Saône en reliant le 9e arrondissement au 4e.

IL fait un temps magnifique.

Nous marchons en devisant des choses sonores et de projets en cours et à venir.

C’est un quartier, le mien, que je connais comme ma poche, et sans doute mieux encore, lieu d’expérimentations auriculaires.

Sous le pont, de beaux reflets aquatiques animés font spectacle, sous le tabouret bétonné de cette architecture réfléchissante.

Et en écho, le mot est ici adéquat, un effet sonore singulier et surprenant. L’écho justement.

Sept échos en réponse à nos sollicitations sonores, identiques à ceux rencontrés en paysage de moyenne montagne, le Haut-Jura étant un territoire on ne peu plus sonnant.

Trois puissants, suivis de quatre brutalement estompés, allant decrescendo jusqu’à tendre l’oreille.

On en joue sans compter, à la trompe, à la voix, au mains claquées.

Les passants sont interpellés par nos jeux, les oreilles titillées, amusés, surpris, dubitatifs…

C’est un de mes points d’ouïe fétiche, que je ne me lasse de faire sonner, et de faire découvrir.

C’est un micro spot d’écoute où il pourrait se jouer bien des choses, sans grand dispositif, juste les lieux sonnants et les sonneurs joueurs.

Et c’est ce que j’aime par dessus tout.

Point d’ouïe, série gare #2

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Deuxième point d’ouïe de la série « garée ».

Un banc dans une gare routière de Lyon, quartier de Vaise, 9e arrondissement.

Environ 18H30.

Une petite heure de pause sur un banc habituel, dont environ 12 minutes d’enregistrement.

Prise de son brute, field recording sans aucunes retouches.

Voix, moteurs, bips, langues, enfant rechignant à apprendre sa leçon en attendant le bus, valises à roulette, portes… La vie qui passe devant mes micros…

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En écoute :

Points d’ouïe, le jeu des séries

Le jeu des séries

Dans ces temps bien empêchés, j’accroche des pans d’écoute ici et là, comme des repères qui scandent un travail en manque de terrain, en manque de mouvement.

La récurrence des séries apporte du grain à moudre pour offrir un espace sonore, et plus globalement sensible, qui le sortirait d’un territoire aujourd’hui à mon goût trop circonscrit.

J’imagine donc des stratégies d’itérations, des points d’ouïe récurrents, catalyseurs d’actions in situ.

Parmi eux

  • Des réverbérations des ponts, églises, parkings souterrains
  • Des cloches alentours
  • Des marchés
  • Des pas et les réponses acoustiques des sols arpentés
  • Des voix d’enfants, ou d’autres-
  • Des cliquetis d’escaliers roulants
  • Des signaux d’alerte et autres bips
  • Des valises à roulettes
  • Des itinéraires journaliers, répétés au mètre près
  • Des parcs publics et leurs bancs
  • Des rives de fleuves ou de rivières…
    J’en imagine tant et plus, en regardant et écoutant autour de moi, comme un collectionneur qui hésiterait à choisir, à se focaliser sur une série d’objets (d’écoute) spécifiques.

Et puis je choisis un lieu, ici un couloir de gare routière voisine, un banc en particulier, s’il est libre, vers 18 heures
J’appuie sur le REC de mon enregistreur et vérifie les niveaux d’entrée.
Je capture environ quatre minutes de flux, de passages, au gré des arrivées et départs, voix, talons, moteurs, roulettes, avec en toile de fond une boulangerie.

Je verrai où cela me mènera, vers quelle construction audio-paysagère, vers quelle tentative d’épuisement, vers quel improbable récit… 

Le champ d’action rétréci de cette époque sous contraintes me pousse à imaginer des stratégies de proximité, où la répétition de gestes est stimulante pour garder en chantier la fabrique de paysages sonores, avec leurs questionnements intrinsèques.

Un article en miroir

Bonne année de ma fenêtre

Passage en 2021, sous couvre-feu sanitaire.

Mon repas de la Saint-Sylvestre s’étant terminé à 21H00 tapantes, suivi d’un Fellini, vers lequel je reviens régulièrement, j’ai re-tendu ce soir mes micros aux fenêtres. Ça ne m’était plus arrivé depuis le premier confinement. J’ai tenté de capter la montée jourdelanesque jusqu’à minuit sonnant, même un peu avant, voire un peu après, sur fond de pluie. Presque sans aucune voitures, ambiance inhabituelle en ces circonstances où ordinairement, les klaxons font partie de la liesse. Les pétards étaient bien là, eux. Étrange ambiance festive, où les fenêtres se sont ouvertes, bonne année, d’un bout à l’autre de la rue, sur fond de pluie. Promis, je vous ferai entendre, sur fond de pluie.

En fait, voici les sons que j’ai maintenant fixés, et quelques mots les contextualisant.

Fellini sur mon ordi annonce peut-être la fête, mais une bien étrange fête, aux accents de Cabiria, entre joie et désespoir, noirceur et espérance, magnifique film que je viens de re-revoir. Avec l’ambiance installée par les sublimes musiques de Nino Rota. Mais revenons à notre fête à nous, la Saint Sylvestre, à Lyon, à ma fenêtre, ce soir, entre le 31 décembre 2020 et le 1er Janvier 2021.

À l’arrière de chez moi, dans un cœur d’ilot, des voix, chants, des musiques, bribes fêtes lointaines, mais néanmoins fêtes, dons les traces audibles s’échappent des fenêtres.

L’heure approche, je passe à l’avant, côté rue. La pluie se fait maintenant nettement entendre, drue sur l’asphalte. Minuit, passage-changement, une année s’en va, chaotique, une autre lui succède, incertaine elle aussi. Peu à peu, des fenêtres s’ouvrent, des voix, des vœux, à distance, mais personne dehors. Des pétarades, au loin, scandent la fête, font sonner les reliefs, les collines entourant le quartier par des échos réverbérés qui balisent l’espace de notre scène d’écoute. Puis, tout va progressivement s’apaiser. Un SDF poussant un chariot bringuebalant et capricieux passe, monologuant avec lui-même, seule présence physique à être outdoor. Il souligne un peu plus l’étrangeté de cette fête distanciée. Pas de rassemblements publics, chaque groupe communique par fenêtre interposée.

Cette scène à ma fenêtre, sous couvre-feu, vient compléter logiquement les rituels de 20h00 du premier confinement, faisant suite à cette trace auriculaire de crise sanitaire qui n’en finit pas de finir.

https://archive.org/details/fav-desartsonnants

Et il pleut toujours.

Une année s’égoutte, ce soir, à ma fenêtre, et un iota de celle-ci s’écoute, et s’en va à vau-l’eau.

2021 balbutiant en écoute

Ce soir-ci, point d’ouïe

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Je suis sorti
Je suis sorti ce soir
Je suis sorti comme tous les soirs
Je suis sorti marcher
Je suis sorti écouter
Je suis sorti dans mon heure autorisée
Autorisée à marcher
Autorisé à écouter
Autorisé à être dehors, dérogation en poche
Autorisée à écouter la ville
Autorisée à écouter mon quartier, dans son kilomètre circonscrit
J’ai choisi, comme souvent, de le faire à mon heure préférée
Celle entre chiens et loups
Partir à nuit tombante
Rentrer à nuit tombée
Et dans cette toute petite fenêtre
Fenêtre d’une soixantaine de minutes
Il s’est passé bien des choses
Nous sommes en confinement
On devrait le sentir
On devrait le ressentir
On devrait l’entendre
On devrait le percevoir
Aux travers des sons étouffés
Aux travers leur disparition
Aux travers leur absence
Et pourtant
À l’écoute, je ne l’entends guère
À l’écoute, je ne l’entends pas
À l’écoute, je ne l’entends même pas du tout
À l’écoute, rien ou presque n’a changé
À l’écoute, rien à voir, rien à entendre
Avec le précédent état d’enfermement
D’enfermement logiquement similaire
Celui de ce printemps passé
Avec sa sidération plombante
Avec ses silences associés
Ce soir-ci
Ce soir-ci, les voitures, sont presqu’aussi prégnantes que de normal
Ce soir-ci,comme si de rien n’était, la rue bourdonne
Ce soir-ci, des flux piétonniers, aussi normaux
Ce soir-ci, des enfants qui jouent sur les places et les trottoirs, aussi normaux…
Ce soir-ci, c’est presque rassurant, en apparence.
Ce soir-ci, du presque normal, dans l’air du temps.
Ce soir-ci, des sons triviaux, sans, comme précédemment, les oiseaux en héros.
Ce soir-ci, pas ou peu de décroissance sonique
Ce soir-ci, un entre-deux auriculaire
Ce soir-ci, une tiède ambiance entre les deux oreilles.
Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent bien nous dire
Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent nous prédire
Ce soir-ci, qu’est-ce que les sons peuvent nous révéler
Et pour demain, qu’est-ce que les sons peuvent nous faire comprendre
ou non

Point d’ouïe, connaitre et s’y re-connaitre

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Plus de 20 ans à habiter dans ce même quartier, malgré d’incessants déplacements, y revenir toujours, s’ y ancrer en quelque sorte, comme dans un port où il fait bon mouiller pour s’y ressourcer.
Forcément, le temps marque un territoire, forcément, le temps fait territoire.
Territoire de vie, d’activité, de loisirs, de rencontres, d’habitudes, d’habitus. Territoire vu sans être vu parfois, ni entendu vraiment.
Par manque d’exotisme et de dépaysement ?
Et pourtant mille détails le construisent au quotidien. Se stratifient en mémoire vive.
Et parmi eux des sonorités à foison.
Je m’entends finalement bien avec ce coin de la place de Paris à Lyon 9e.
J’y connais et reconnais tant de choses repères, balises, marqueurs…
Les cloches voisines.
Les voix de mes voisins.
De certains passants.
Des commerçants.
Des camelots et primeurs des marchés.
Des clients du bar en bas.
Des trains ferraillant sur le pont.
Des marchés qui s’installent, et se plient.
Des surprenants échos sous le pont Schuman.
Un haut-parleur qui crachote depuis des années dans le hall de la station de métro.
La sirène des premiers mercredis du mois à midi, sur le toit du théâtre.
Les cliquetis du volet roulant du bar en face
Et même la Saône silencieuse.

Toujours trouver un terrain d’entente.
Même s’il semble instable.
Surtout s’il semble instable.
Et avec ta ville, ton quartier, comment tu t’entends ?

Points d’ouïe, Place de Paris charivaris

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Des ustensiles charivrisent

casseroles et écumoires

en fenêtres applaudissantes

tintamarres festifs

timbres de cuisines

non plus des ustensiles

mais de vraies percussions

instruments instrumentalisés

depuis longtemps déjà faiseurs de charivaris

dénonciateurs bruyants

montrant du doigt

à l’oreille

jamais il n’est bon de trainer des casseroles

et qui plus est retentissantes

 

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mais il y a aussi de la fête aux fenêtres

dans ses casserolades de 20h

entre mécontentements et soutiens

concerts et chahuts

retrouvailles confinées

on les ré-entend avec plaisir

de soir en soir

travaillant de nouveaux rythmes

se répondant parfois

l’orchestre est encore jeune

mais il gagne en dialogues

au gré des soirs chahutés

les casseroles se frottent à l’improvisation collective

sans même s’en douter

mêlées aux voix et claps concertants

que j’engrange au fil des jours.

 

@Fenêtres d’écoute – Listening windows avril 2020