La marche, l’écoute, pratiques du commun

8137985224_9e4211a380_o

Très jeune, nous avons arpenté, avec mes parents, forêts, prés et montagnes.
La randonnées entre amis a occupé par la suite nombre de mes vacances et loisirs.
Milieu des années 80, je découvre le paysage sonore, et les promenades écoute, pour comprendre et partager des préoccupations esthétiques, environnementales, écologiques, sociales…
Cette découverte infléchira profondément mon travail, et plus généralement ma façon d’entendre le monde.
Aujourd’hui, plus que jamais, je questionne la marche, solitaire ou collective, l’écoute, dans une recherche-action liée à des projets de territoires, à des sites et à des hommes.

Par curiosité, j’ai fouillé et creusé en direction des pratiques pédestres, dans leur grande diversité.
Marche sportive, athlétique, de santé
flânerie, errance, dérive
approche touristique, randonnée
forme méditative, poétique, philosophique, quantique
performances artistiques, écritures kinesthésiques, esthétiques in situ, photographiques, sonographiques
lecture, analyse, diagnostique de territoire, géographie sensible, outil d’aménagement du territoire, étude des mobilités et sociabilités
action politique, revendicative, commémorative, contestataire
Et toute autre formes hybrides et inclassables…

Accumuler de la ressource, quantité d’écrits, de traces, des expériences, des rencontres… fabriquer des matières à penser la marche en grande pointure, au sens large du terme… Tout cela me pousse à rechercher quel fil conducteur, quel point(s) commun(s) je pourrais dégager de cette pratique en ébullition, en tous cas fort prisée de nos jours.
Comment trouver chaussure à son pied pour suivre un chemin, voire plusieurs, sans trop s’égarer, ou juste ce qu’il faut pour garder la curiosité intacte et mobile ?

N’en déplaise à Jean-Jacques, pour moi c’est le geste collectif qui prime sur l’individuel, même si je reconnais qu’arpenter en solitaire puisse avoir un certain attrait, notamment celui de se retrouver dans ses propres pas, de tenter de suivre ses propres traces, et peut-être d’en laisser de nouvelles.
Construire collectivement, ne serait-ce qu’un espace-temps d’écoute, est un atout que la marche favorise. Elle peut faire éclore des prises de consciences par l’expérience partagée du terrain et au-delà, des actions à venir, plus engagées, quel que soit le niveau d’engagement.

Il m’apparait ainsi que marcher m’inscrit d’emblée, m’implique, dans un territoire. Je passe par, et le paysage me traverse aussi, il influe ma démarche, me modèle quelque part. Je suis un acteur mobile, récepteur-émetteur, qui pourra conscientiser des formes d’admiration, de respect, voire prôner des politiques de protection, de valorisation (en se méfiant d’un tourisme de masse), d’aménagement raisonné…

Quelque soit la forme de marche, sa durée, sa destination, sa trajectoire, son public, la marche s’inscrit donc dans une visée politique, au sens premier du terme, celui qui a rapport à une société organisée, pour le meilleur et pour le pire. Marcher, écouter, c’est dés lors participer, me confronter, me frotter à une organisation sociale, avec l’envie naturelle d’en extraire les meilleurs choses, et si possible de les faire fructifier. Un exemple terre à terre si je puis dire, serait le fait de mieux réfléchir aux circulations piétonnes en ville. Moins de voitures, plus de piétions, des trajets agréables, sécurisés, dans des approches à la fois fonctionnelles tout en laissant la place aux déambulations plus « aventureuses ». Des cheminements, tracés, ou simplement suggérés, qui puissent encore surprendre, en s’encanaillant avec le péri-urbain par exemple, comme des liens tissés entre hyper-centres et territoires excentrés, souvent par les politiques d’aménagement, ou les politiques tout court.

Le commun est donc à portée de pieds, se fabriquant au fil des marches, accumulant les expériences sensibles et les réflexions autour des pratiques partagées. Traverser la ville, suivre un chemin de pèlerins, participer à une manifestation, partir en randonnée, en promenade familiale, ou guider un PAS – Parcours audio Sensible, autant de façon de franchir, de s’affranchir même d’un quotidien souvent trop balisé.

Publicités

AMÉNITÉS FERROVIAIRES

OÙ L’ÉCOUTE VA BON TRAIN

2016-04-01-02-32-59-9431

Ce soir, de nouveau assis sur un de mes bancs d’écoute favoris et récurrent, je me pose la question d’une collection de sons, collection virtuelle, à construire, juste dans ma tête. Par exemple ici, des trains. Trains de marchandises notamment. Une butte où il passent devant moi, s’étirent, disparaissent, imprévisibles, de droite à gauche, ou à l’inverse, un pont qui les amplifie, des rythmes ferraillés… Et chacun différent, musique urbaine et ferroviaire, tranche de quartier à l’oreille, sur banc d’écoute. Je les apprécie d’autant plus que je les écoute attentivement, comme de vrais micros concerts impromptus.

Là où l’on pourrait y voir excès, nuisances, désagréments, mon oreille cherche, en toute bonne foi, les aménités du paysage, celles, esthétiques, qui me permettent de bien m’entendre avec ma ville, et au-delà. 

Ce point d’ouïe est singulier, lié au lieu, à l’instant et au geste de l’auditeur, signant sa propre écoute.

Ce point d’ouïe est également universel, susceptible de relier à l’envi une communauté d’écoutants partageant un paysage sonore comme une composante d’espaces communs, voire d’espaces où fabriquer du commun.

Lyon 9e arrondissement, un dimanche  à 23H